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CHAPITRE XV

Émancipation des colonies espagnoles et portugaises de TAmérique

du Sud.

Le système d’administration qui avait occasionné l’insurrection des États-Unis de l’Amérique septentrionale devait produire tôt ou tard les mêmes résultats dans l’Amérique du Sud. L’Espagne, qui destinait celte belle partie du monde à une éternelle enfance, l’avait attachée avec beaucoup de

* La route de la Corniche^ de Nice a Gène, le long de la mer

soin à sa décrépitude. Elle lui refusait jusqu’à ia connaissance innocente de ses arts et de sa littérature; elle y entretenait l’ignorance avec autant de zèle et de sollicitude qu’on en met ailleurs à répandre les lumières : on eut dit que toute celte population était née pour végéter dans les mines, et qu'après avoir fourni à la métropole du cacao, du jalap, de l’indigo et de la vanille, il ne lui restait plus rien à désirer. Nous avons exposé, dans le cliapitre Vill, les dangers de ce système qui devait retomber un Jour sur ses auteurs, et contribuer, autant que les progrès de la raison humaine, à ruiner la puissance des métropoles. Indépendamment du vice inhérent à son administration coloniale, l’Espagne était entraînée dans l’abîme par des causes que je pourrais nommer personnelles, par son impéritie, par la fatalité qui n’est que le châtiment des grandes fautes.

La guerre de la Succession, qui souleva la question délicate des légitimités, avait déjà porté un coup terrible à sa domination coloniale. Pourquoi n’aurait-on pas raisonné en Amérique sur la légitimité des métropoles, puisqu’on se faisait la guerre en Espagne pour la légitimité des rois? et si les armes décidaient un tel problème dans l’ancien monde, pourquoi n’y aurait-on pas eu recours dans le nouveau? On n'a pas assez médité sur la marche des événements dans l’Amérique méridionale, puisqu’on a omis cette importante considération dans l’histoire de son indépendance. Qui pourrait nier également la fâcheuse influence exercée sur le crédit espagnol par l’expédition romanesque de l’amiral Ansou? Avec un seul vaisseau, cet illustre marin avait humilié la fierté castillane, plus que n’auraient pu faire des flottes formidables. La paresse, l’anéantissement des manufactures, la mauvaise administration avaient achevé son ouvrage; et lorsque la grande union américaine se leva à l’Occident pour réclamer ses droits, l’Espagne n’avait plus que le souffle : nous allons assister à ses derniers soupirs. C’est ici qu’on pourrait s’écrier avec le Psalmiste : Et mine, reges, intelligite ; erudimini, qui judicatis terrarn.

les armées françaises, et les terribles effets de leur presence sur ce sol dévorant. Napoléon avait arrache à Chai les IV une renonciation au trône d’Espagne et des Indes en sa faveui . il ne s’agissait plus que d’en prendre possession. On sait comment l’Espagne accueillit le nouveau souverain ! voyons comment son avènement fut célébré dans les Indes.

Lorsque les agents de Joseph se présentèrent à Caracas, en 1808, pour exiger le serment de fidélité, on répondit à leurs propositions par le cri de : Vive Ferdinand FU 1 Bientôt après, en 1810, ce mouvement d’opposition fut suivi d’un manifeste. On y reconnaissait encore l’autorité de Ferdinand : mais il était facile de s’apercevoir que déjà les Américains annonçaient une arrière-pensée. Elle ne tarda point à se dévoiler en effet, et la province de Caracas déclara quelle ne reconnaîtrait plus de rois. L’incendie se répandit avec une extrême rapidité dans toute la Nouvelle-Grenade et Venezuela ; et lorsqu’en 1814, les Espagnols reparurent au nom de Ferdinand, ils se trouvèrent en pays ennemis. Le général Morillo, qui les commandait, crut qu’il fallait frapper fort, et il traita les Américains comme Pizarre et Cortez avaient traité les Indiens. Mais les temps étaient bien changés ; plus Morillo faisait fusiller de citoyens, plus il augmentait le nombre des mécontents; Bolivar se mit à leur tête, il parla à ses compatriotes le langage de l’enthousiasme, et il les conduisit à la victoire : la république de Colombie exista. Faisons connaître en peu de mots cette fille aînée de l’indépendance américaine du Sud.

Appuyée sur les trois mers, et maîtresse de l’isthme, la république de Colombie occupe le nord de la presqu’île. Elle e^ abordable par chacune des trois mers ; au nord, le Bio- \1 •nafiiip levant, nemietleut aux navires

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de pénétrer assez avant dans ses terres, et on a expédié récemment de Liverpool un vaisseau à vapeur destiné à remonter ce dernier fleuve. Mais la limite de la navigation une lois atteinte, il est presque impossible de la franchir sans s exposer aux plus grands dangers. Les voyageurs parlent tous avec effroi de ces redoutables Paramos, véritables déserts de glace, où ^impression du froid est si vive, que les corps sont pétritiés instantanément. On passe souvent dans le même jour, du climat brûlant de l’Afrique aux froids moi tels de la Laponie, selon qu’on fait route dans les vallées ou sur les montagnes; et ces changements n’étant pas gradués, la santé de l’homme se dérange et s’altère aisément. Le mauvais état des routes, d’autant plus impraticables qu’elles sont plus fréquentées, interdira longtemps au commerce une direction intérieure. Longtemps encore, les spéculations seront réduites à l’enceinte des ports, où le négociant peu familiarisé avec les usages du pays, et pressé de regagner

Europe^ ne pourra pas donner à ses opérations toute rétendue dont elles seraient susceptibles.

La population de la Colombie est évaluée à deux millions six cent cinquante mille âmes, dont les blancs ne constituent pas la sixième partie; tout le reste se compose de noirs, de métis et d Indiens. Mais il y a dans cette petite agglomération d’hommes une vigueur et une activité capables des plus grandes choses. Déjà l’on parle de la section de l’isthme de Panama et de la communication des deux mers; les ports de Carthagène, de la Guayra, de Chagrès, de Panama, sont fréquentés par les vaisseaux de toutes les nations. Le 'peuple colombien sentira bientôt la nécessité de suffire à ses consommations par des échanges, et il n’y parviendra qu’à force de produits. C’est ce que n’a point compris l’Espagne. Trop confiante dans les mines du Mexique et du Pérou, elle a cru pouvoir exister avec de l’or : elle s’en croyait maîtresse exclusive au moyen des lois ridicules qui en défendaient l’exportation; mais l’or lui est sorti par tous les pores, l’équilibre du numéraire s’est rétabli, et cette malheureuse nation, ne

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pouvant pas mettre dans la balance les produits de ses manufactures, a dû mourir de faim, comme Midas, quoique ses inutiles moines aient prié Dieu pour elle. Combien il est à regretter qu’elle ait épuisé sur ses propres enfants, une énergie capable de vivifier tout un monde !

Lorsque la Colombie eut donné le signal, on fut surpris de la rapidité du mouvement insurrectionnel de toute l’Amérique. 11 nous est impossible d’en suivre les progrès et les variations; mais il suffit de dire que le système d’oppression étant organisé à peu près de la même manière dans toutes les colonies espagnoles, elles cherchèrent toutes à y échapper et à se reconstituer avec une égale ardeur, quoique avec des différences inséparables de leurs mœurs et de leurs habitudes particulières. Pendant ce temps, l’Espagne, livrée aux intrigues de la camarilla, voyait périr sur l’échafaud ou dans les bagnes les citoyens qui avaient le plus contribué à secouer le joug de Napoléon ; elle assemblait sans talent et sans activité la nouvelle armée qu’elle devait envoyer périr sur un champ de bataille de plusieurs milliers de lieues. Mais cette armée revint sur Madrid au lieu d’aller en Amérique, et la révolution de 1820 fut consommée. On sait comment elle a fini.

La restauration du pouvoir absolu dans la Péninsule a porté le dernier coup à la domination espagnole dans le nouveau monde, et l’indépendance des colonies insurgées a été. reconnue par l’Angleterre avec un empressement qui prouve le triste état où la métropole est réduite. Le Mexique, le Pérou, le Chili, Buénos-Ayres envoient déjà leurs corsaires sur ces côtes, et les successeurs de Pizarre viennent lui demander compte, au nom de l’Amériiiue émancipée, des trésors de Montézumc et de Guatimoziu. Combien aujourd’hui elle paraît petite devant ces colosses qu’elle traînait jadis enchaîn.!s à son char! elle ne pèse plus dans la balance de l’Europe, et déjà ils pèsent dans la balance du monde ; elle ne produit plus rien, et l’Amér.que est deveinie le plus grand marché de l’univers, ün coup d’œil sur l’état actuel

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de ce vaste hémisphère complétera l’exposé de sa régénération.

Le Pérou, pauvre malgré son or, vient d’être émancipé par Bolivar. Là végétaient, dans la paresse et l’abrutissement, des maîtres dévoués au sommeil et des milliers d’es“ claves occupés à leur chasser les mouches. L’indolence y était en honneur plus qu’en aucun lieu du monde; le travail, au contraire, y déshonorait : c’était une peine réservée aux coupables ou aux débiteurs insolvables. L’industrie et l’agriculture dépérissaient chaque jour sous le régime du monopole, et si quelque ardeur restait aux paysans, c’était pour exploiter ces mines fatales qui les ont détournés des routes véritables de la production. Tout est à refaire dans l’administration de ce beau pays. Émancipé le dernier, il se ressentira plus longtemps que les autres de la longue enfance dans laquelle il a vécu ; car lorsque les peuples se réveillent, les années, pour eux, valent des siècles.

Biiénos-Ayres en est une preuve frappante. Le nombre de ses habitants ne dépasse pas un million huit cent mille, mais elle a déjà acquis une importance considérable, et les provinces unies du Rio de la Plata, dont elle est la capitale, sont appelées à de hautes destinées. Le territoire de la république étant également propre à la culture des denrées du tropique et à celle des régions tempérées, il n’est pas douteux que le gouvernement ne favorise de toutes ses forces l’industrie agricole. On trouve à Buénos-Avres le luxe et la richesse de nos grandes cités d’Europe : les chevaux y sont si nombreux et à si bon marché, que les fermiers en possèdent habituellement cinq ou six cents, et les plus pauvres habitants, au moins un. Les mendiants mêmes, qui ne vivent que d’aumônes, la demandent presque toujours à cheval.

Dans leurs débats récents avec l’empire du Brésil, au sujet de l’occupation de Montevideo et de la bande orientale, les provinces unies de la Plata ont déployé une énergie qui annonce déjà une grande puissance. Si ce vaste territoire leur est restitué, si, comme tout l’annonce, leurs discussions

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avec les Patagons au sujet des limites, se terminent avec succès, Buénos-Ayres sera la capitale d’un des plus magnifiques empires qui aient jamais existé. Fasse le ciel que la France n’arrive pas la dernière sur ses marchés, où les Anglais ont chargé dans la seule année 1822 près de neuf cent cinquante mille peaux de bœufs, au prix modique d’un dollar

la pièce l

Le Chili, dont l’avenir est intimement lié à celui des provinces de la Plata, lutte encore, dans ses îles, contre la domination espagnole. Toutefois, cette république naissante renferme en elle-même les éléments d’une grande prospérité. Quoique les Espagnols y eussent proscrit avec soin tout ce qui pouvait inspirer une idée utile, les idées utiles n y sont pas absolument inconnues. Malgré 1 inégalité de son sol, compris sur une longueur immense entre les Cordillères et la mer, ses produits agricoles sont d’une qualité supérieure. Le froment, l’orge, le maïs, le raisin, les figues, les fruits de toute espèce s’y récoltent en abondance. Les mines d’or et d’argent y sont fort riches, et peut-être trop nombreuses, puisqu’elles occupent les deux cinquièmes d une population de huit cent mille âmes. Plusieurs d entre elles contiennent du sulfure 'd’argent qui fournit quatre-vingts pour cent de métal pur. On a découvert d excellentes cairières de charbon de terre, et tout fait esperer que les machines à vapeur joueront dans ce pays, comme dans tous les autres, un rôle avantageux à la civilisation. Ce résultat est d’autant plus probable, que le congrès ayant statué que tous les enfants naîtraient libres, avant peu de temps il n’y aura pas un seul esclave dans toute la république.

Le Mexique etGuatimala, qu’on est généralement convenu de ranger dans l’Amérique méridionale, quoiqu’ils soient situés au bord de l’isthme, forment à eux seuls un immense territoire, et ils marcheront un jour sur la même ligne que les États-Unis, s’ils en imitent la sagesse et la persévérance. Longtemps ces^ riches jirovinces jurent le paiadis teuestre

stupides habitants que TEspagne était la maîtresse du monde, et ils se trouvaient honorés d'appartenir à une monarchie dont la France, l’Angleterre, l’Allemagne et l’Italie leur étaient représentées comme tributaires. C’est avec ce système d’imposture qu’on a gouverné le Mexique pendant trois siècles. Tous les arts y étaient négligés, et lorsqu’au premier cri d’indépendance, la république jeta les yeux sur ellemême, elle dut être bien surprise de n’apercevoir sur toute la surface de son sol, que des fabriques de poterie en terre cuite, dont les Espagnols se servaient pour emporter ses produits au prix établi par eux-mêmes. Quelques centaines d’hommes achevèrent une révolution accomplie dans les cœurs, et les Espagnols, qui ne venaient au Mexique que pour faire la récolte, furent forcés d’aller semer chez eux.

Combien la fortune de cette jeune république a marché rapidement! la folle tentative de l’avenlurier Iturbide lui a servi même à établir plus solidement son indépendance *, et ses ports, jusque-là fréquentés par les élus du monopole, sont ouverts maintenant au commerce de toutes les nations. Une réunion d’hommes sages prépare en ce moment sa destinée future, et les plaies honteuses si longtemps entretenues par les Espagnols, commencent à se cicatriser. Le Mexique est un des marchés les plus brillants que le nouveau monde ait ouverts à l’ancien. On ne peut lui comparer que le Brésil.

Le Brésil , naguère colonie du Portugal, en est devenu en quelque sorte la métropole , par suite des événements qui forcèrent la dynastie portugaise de se réfugier en Amérique, pendant les guerres de Napoléon. Dès lors, cette intéressante contrée passa du régime des prohibitions à celui d’une grande indépendance commerciale. Ses plaines spacieuses, ses vallées riantes, ses mines presque abandonnées, étaient restées comme stériles pendant plusieurs siècles : un simple changement de système, occasionné par l’arrivée du roi, ren-

Discours de M. Canning au Parlement d’Angleterre, séance du 3 fé

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dit la vie à tout. L’activité la plus générale succéda à l’indolence, et la population, longtemps stationnaire, ne tarda point à s’élever. Le revenu public s’accrut en proportion du travail; l’instruction se répandit, le commerce s’ouvrit des débouchés nouveaux.

Telle était la situation du Brésil depuis la présence du roi, lorsque la révolution du Portugal détermina ce prince à regagner l’Europe. Son départ de Rio-Janeiro devint le signal d’une véritable insurrection, et la séparation des deux couronnes en fut le résultat. Le fils aîné du souverain voyageur, l’infant don Pèdre, se fit proclamer empereur du Brésil, malgré son père, et sa déclaration d’indépendance vient d’être reconnue. Les conséquences de cet événement se font déjà sentir : le revenu public, qui ne dépassait pas trente-deux millions sous le roi Jean, est estimé à soixante-trois millions sous le règne de son fils. La population de la capitale s’élève à cent quarante mille habitants.

Quelques autres villes présentent aussi des agglomérations d’hommes favorables à la production : Fernambouc, Baïa, San-Luis de Maragnan. L’exploitation des mines y attire une foule de capitalistes et d’ingénieurs de l’Angleterre et de l’Allemagne, et avec d’autant plus d’espoir de succès qu’il ne s’agit pas seulement d’extraire de l’or, mais du mercure, du fer, du cuivre, de l’antimoine et du platine. Rio-Janeiro est destiné à devenir le premier entrepôt de l’Amérique méridionale. Sa situation est plus avantageuse que célle de Buénos-Ayres dont le port n’est pas accessible en tout temps, à cause de la navigation difficile de la Plata. On y rencontre des vaisseaux de toutes les nations, et lorsque l’agriculture y sera mieux entendue, l’Europe entière y trouvera de quoi suffire aux plus riches cargaisons. Le coton, l’indigo, la cochenille, le sucre, les bois de teinture et de construction, les métaux utiles y abondent. Pour peu que le propriétaire brésilien perfectionne ses facultés personnelles, et que le gouvernement cesse d’autoriser l’introduction des nègres, l’industrie fera des progrès très-rapides, et la colonie portugaise

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cédoine, la Thrace, membres épars de ce grand corps, ne s’étaient plus rassemblés depuis que son territoire avait été sillonné dans tous les sens par les émigrations des nations occidentales. Les Vénitiens et les Génois, fournisseurs de ces vastes expéditions, avaient obtenu, dans le partage des dépouilles, une récompense proportionnée à leurs services, et j’ai dit ^ comment le temple de Sainte-Sophie, à Constantinople, avait été profané par des chrétiens, avant d être converti en mosquée par Mahomet H.

Depuis cette fameuse époque, il semble qu'un monde entier nous ait séparé de la Grèce. A peine est-il possible de

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