I. »l Là inUCtVMI JNI L'iGOlM HIKteAJhBf IT MS «ÉTOUITIOJIS
8B I*A SUrACB BO OftOll.
Nous connaissons maintenant les matciiaux essentiels dont se .compose la seule partie de. notre globe qui soit accessible à nos observations. Nous pourrions aès4ors les assenabler de manière à reconstituer les différentes sortes. de terrains dans lesquek cette partie du globe peut 80 diviser. Mais auparavant, il est nécessaire de jeter un coup-d'œil sur uk forme et la structure générale de la terre, et sur les différentes causes qui ont contribué et qui contribuent encore à former, accroître ou modifier ses couches superficielles. Considéré dans^on ensemble, le globe terrestre peut se diviser en quatre parties principales: i° la partie centrale, ou la masse internCf soustraite ppiir toujours à nos observations, et sur la nifture de laquelle nous ne pouvons aue former des conjectures plus ou moins probables; 2^ Tenveloppe solide, ou Yécorce minérale^ qui recouvre immédiatement la masse interne ; sorte de croûte oxidée , composée
Ï presque entièrement de substances pierreuses ; 3° l'enveoppe liquide, ou la masse des eaux qui couvre près des tix)is quarts de la superficie du globe ; 4* l'enveloppe aériforme ou l'atmosphère, qui entoure la précédente et embrasse le globe dans toute son étendue. Nous avons déjà exposé (Notions prélim. p. 61 et suiv. ) les considérations générales, relatives aux deux enveloppes fluides, l'océan et l'atmosphère. Il nous reste maintenant à faire connaître ce que les observations nous ont appris de positif sui* l'écorcc minérale, et nous chercherons ensuite à en tirer quelques inductions probables relativement à la nature de la niasse interne.
On sait que le globe terrestre a la forme d'un sphéroïde aplati vers les pôles( page 61 ); et cette forme est précisément celle qu'il a dû prendre de lui-même , par suite des mouvemens dont il est animé, s'il a été fluide à son oriffine. Poui* la déterminer, on suppose la surface de l'océan prolongée uniformément au-dessous
des surfaces continentales, et Ton fait ainsi abstraction des inégalités de différens genres, que nous offrent les continens- Ces inégalités, que nous avons fait connaitre ailleurs ("voyez p. io3), disparaissent, pour ainsi dire, lorsqu'on les compare à la niasse entière du globe. Mais considérées en elles-mêmes, et relativement à Técorce minérale, elles ont une grande importance, ])arcc qu'elles mettent à nu la superposition aun grand nombre de couches, et montrent ainsi dans leurs flancs entr'ouvertii la structure de la partie superficielle de cette ccorce.
Lorsqu'on observe avec attention les nombreuses inéealitës dont la surface du globe est recouverte, on est nrappé de Taspect morcelé qu'elles présentent ^ et si l'on vient à examiner de plus près la structure et la composi^ tiou intérieure de Técorce minérale, on arrive bientôt à des résultats qui étonnent par leur nouveauté et leur importance. On demeure, en effet, convaincu que le globe n'a pas toujours eu la mènîe enveloppe superficielle ; que la formation des masses minérales dont se compose son écorce a été successive, et souvent interrompue ; que la plupart des couches qui constituent nos continens actuels, ont été déposées sous les eaux qui recouvraient originairement ces continens; que ceux-ci sont sortis par deerés du sein des mers, dont le bassin s'est resserré de plus en plus ; que les chaînés de montagnes qui les traversent ne sont pas toutes contemporaines, mais qu'elles ont été soulevçes à des époques diverses ; enfin que la vie n'a pas toujours existé sur le globe, qu'elle s'est développée successivement, en commençant par les organisations les plus simples, et qu'elle a éprouvé des perturbations et des changemens brusques, en rapport avec les bouleversemens qui ont, à diverses reprises, modifié le relief de la surface du globe. On reconnaît d'abord dans cette écorce, deux ordres de roches ou de grandes masses minérales bien distinctes : l'un, composé de couches produites l'une après l'autre de bas en haut, et renfermant soit des fragmens de ro-> ches préexistantes, soit des débris d'animaux et de végétaux : ce sont les roches stratifiées^ nommées aussi roches neptwuennesy ou de sédiment, parce que les matières dont elles sont formées ont été évidemment, du moins, pour
le plus grand nombre d'entre elles, déposées et nivelées par les eaux ; l'autre, composé de masses irrégulières à texture cristalUne, qui se lient diversement avec les terrains à couches, et dans Tintérieur desquelles on ne rencontre aucun des débris qui caractérisent ces derniers: ce sont les roches massives (ou non stratifiées }> nommées aussi roches plutoniquesj parce qu'il est prouvé, pour la plupart d^entre elles, et qu'il devient de plus en plus probanle pour toutes , que les matières dont elles se composent out été soulevées de l'intérieur du globe par les lorces d'expansion que développe la chaleur souterraine (page 102). Les roches neptuniennes s'observent principalement dans les pays de plaines et sur les flancs des montagnes; les roches plutoniques se rencontrent généralement au-dessous de toutes les couches neptuniennes, ou bien se présentent , au pied et vers le centre des montagnes , intercalées entre elles, paraissant le plus souvent les avoir traversées, rompues et redressées, pour se porter au-dessus de leur niveau. Les roches plutoniques sont essentiellement composées de silice et de sili* cates; elles se rapportent, pour la plupart, aux groupes des roches cristallines et vitreuses ; les plus communes sont les granités et syénites, les porphyres, les serpentines, les traps, les trachytes, les basaltes et les laves. Les roches stratifiées sont de deux sortes : les unes cristallines, et formées encore, pour la plupart, de silicates : ce sont les schistes cristallins, dontVorigine neptunienne n'est que présumée (les gneis , les micaschistes, les schistes talqueux et argileux ); les autres non cristallines, et évidemment sédimentaires : ce sont les calcaires compactes, et toutes les matières arénacées (poudingucs, grès, sables et arçiles).
De ce que chaque couche, et même chaque feuillet d'une roche stratifiée est un dépôt mécanique qui a eu lieu sous les eaux, et qui était tout-à- fait superficiel au moment de t^ formation, on doit en conclure que les couches qui sont maintenant superposées les unes aux autres, ont été formées successivement, de nianière que chaque couche recouverte est nécessairement plus ancienne que toutes celles qui la recouvrent. On conçoit dès lors qu'il est possible, en observant et comparant
entre elles un grand nombre de superpositions des différentes coadies existantes, de de'terminer l'âge relatif de ces couches, c'est-à-dire Tordre de leur formation,
Sii n*est autre que celui de leurs 'positions relatives. Q peut donc, en imaginant toutes les coucLes comme placées les unes au-dessus des autres, en former une série dans laquelle elles seront rangées par ordre dironolonque.
Les roches massives, comme nous le verrons bientôt, sont aussi de difiEérentes époques de formation; elles OMnposent une autre série indépendante de la première, mais plus difficile à établir. Ces deux séries ne sont pas relativement, l'une plus ancienne, et l'autre plus récente; mais elles se sont développées l'une à côté de l'autre, et toutes deux se continuent encore pendant la pé • riode actuelle.
On a la preuve que le sol de sédiment n'a point ctc formé d'une manière continue, mais bien par des opérations successives et par des causes intermittentes, lorsqu'on observe d'une part la stratification, de l'autre, la nature et la composition de ses couches. En effet, si, partant des plaines nasses de nos continens, pour se diriger vers les grandes chaînes de montagnes et s'élever jusqu'à leurs sommets, on examine avec soin la superposition des couches dont est formé le sol des pays que l'on traverse, soit dans les escarpemens naturels qui rendent cette superposition visible, ou dans les excavations fiâtes de main d homme, soit même à la surface du sol, lorsque les couches viennent y présenter. leurs tranches, on remarque, à mesure que Ton se rapproche des hauteurs, que ces mêmes couches ont perdu la position ho<rizontale dans laquelle elles doivent avoir été formées d'après leur nature, et qu'àdifférenS points delà série, eUêi se relèvent brusquement, pour se placer, relativement à celles qui précèdent ou qui leur sont supérieures, dans une position plus ou moins oblique, et quelquefois même verticale. Ces solutions de continuité dans le parallélisme des couches annoncent clairement qu'il y a eu des interruptions subites dans la succession des dépôts, et qu'àdifférenles époques les couches précédem-
(ùSo)
miàticktùéeâ (M ^ rëdiretiéea pardes canaes tes et passagères, ayant cpie des ooacbes plus récentes ne soient Dtenoes les recoivmr on s'appuyer sur elles; car les couches obKques sont nécessaurement plus andennes que les couches moins inclinées sous lesqueUes dles s'enfoncent. Ce sont ces solutions de continuité dans la stratification des dépôts de^sédimens, ou cesdis^ cordances entre les gisemens de certains groupes, succès* sifs de couches parallèles^ qui ont d'aboad conduit les fféologuefrà partager la série entièreréa un certain nombre d^ta^, et à- tracer entre eux des lignes- nettes de déttutfcation, mii marquent àla fois les interruptions et les reprises de radtion sédimcntaire. €baque groupe de caocbes, distinct par sa stratification de celui qiule suit et ie celui qui le précède, est ce qu'ils ont nommé une Jbrmation indépendante.
Mais cfes^'chàngeniens brusques danir l'allure deé couches ne sMKt pas les .seules variations que l'on observe dans lasérie*des dépAtsde sédiment, et qui témoignent en &veaF d<eb iiévohitioncs nombreuses que la surface du glcdbe a éj)rowrées. On apciçoit de nouvelles traces de ces révolutions, lorsqu'on étudie les diflEérences que présentent les couches , tant dans leur composition minérale, que dans la nature des fossiles (animaux ou végé** taux) qui y sont enfouis.
La plupart de ces couches sont presque entièrement composées de produits de la mer, tels que des coquilles et des débris de polypiers-. Quelquefois les coquilles sont si abondantes, qu'elles forment à elles seules toute la masse du terrain à uoe très-grande profondeur. Cette présence de corps marins dans l'intérieur des couches sohdes du globe, se remarque non-seulement dans les parties basses des eontineiis, mais encore dans le& lieux situés à dé grandes distances des mers actuelles ^ aussi bien sur le somtnet de hautes montagnes que dans les vallées profondes. Ces débris fossiles sont presque toujours dans un état de conservation si parfaite, qu'on ne peut douter <pie la mer ne les ait déposés elle-même dans les couches où oh les trouve; ils fournissent donc la preuve du séjour long et. tranquille que- l'océan a fait
sur le sol que nous habitons ^ Mais les ooachet coquîHières n*oDt point été fonnées sans de nom* bfeases interrafitions de la cause qui les produisait; car dles alternent un grand nombre de fois avec d*autres oonclies, qui ne sont que des amas de débris de ro* ches plus anciennes^ de cailloux roulés et de matières sràiacees. Les périodes de tranquillité pendant lesquelles se déposaient les premières^ ont donc été séparées par desjtemps de trouble, où les eaux fortement agitées attaquaient et minaient les rockes supei^ficielles des p<Hnts élevés du globe , en cbariaient au loin les débris, et les étendaient sur le sol des parties basses, en sorte qae chaque destruction dans un lieu était suivie d'une reproduction dans un autre endroit. La force des mouvemens qui animaient la masse des eaux pendant la durée de ces phénomènes violens et passagers, est attestée non-seulement par l'immense quantité de débris qu'on trouve accumulés dans les profondeurs du sol^ mais aussi par les traces encore subsistantes du dernier bouleversement qui a donné à la surface du sol son relief actuel, et qui l'a recouvert presque partout d'un dépôt de limon, de sable et de galets, enlevés à toutes les couches que les eaux ont balayées.
Cette action destructive des eaux aété assez puissante pour produire une partie des petites vallées qu occupent nos rivières actuelles et des dépressions qui séparent les plateaux et les buttes isolées de nos plaines ; elle a donc enlevé les couches supérieures du sol, sur de
rads espaces , en sorte que des portions considérables terrains plus anciens ont été mises à nu : il n'est point de pays qui n'offre à sa surface des exemples plus ou moins frappans de ces phénomènes que les géologues appellent des dénud€Uions, Au lieu de couches entières, on observe presque partout des couches moFceléfiS
* Lm pliilosophei de raniiqnité coniuiitMicnt reziitence dof co* qoiQet oaiu rintériear de la terre ^ et ils ont très-bien concln ds 01 fidt que les continens avaient été formés par ja mer, comme le prou* ^mA cts paroles qa*Oride a misep dans la bôodiA de Pythagoai I
ViéUfactas ex mifuom temuis
Et proaU a pelago coaeha jacuere m0rvim
ôtt Aéânrée» , de véritables lambeaux épars , mab dont lia position atteste qu'ik faisaient {Primitivement un tont continu. Que Ton examine , aux portes de Paris, les coteaux qui bordent la rive droite de la Seine , et parti-* culièrement les buttes de Montmartre et de Ménil-Montant, et Ton verra les différentes couches de gypse et de marne qui composent ces buttes s'e'tendre horizontale^ ment, ti*averser tous les coteaux en conservant h même épaisseur, et se raccorder parfaitement entre elles. Les mimts isolés recouverts de bmbeaux basaltiques", que Ton voit aux environs de Glermont en Auvergne , pi*ésentent un autre exemple non moins remarquable ae ce morjc^ellement des coucnes superficielles. Un autre phénomène , qui semble fournir une nouvelle preuve des mouvemens violens dont les eaux ont été anciennement agitées , est celui des blocs de roches massives et cristallines, d'un volume considérable, qui sont répandus dans certains pays à la surface du sol de sédiment, souvent très-éloignés ou séparés par des vallées profondes des hauteurs d'où ils ont été détachés et où Ton retrouve encore en place des roches de même nature. On donne à ces gros débris épars le nom de blocs erratiques (ex. r blocs alpins , sur les pentes du Juta ; blocs Scandinaves , dans les plaines de la Baltique).
Mais ce qui démontre plus évidemment encore les nombreuses révolutions auxquelles la surface du globe a été soumise , ce sont les changemens soudains que l'on observe à divers points de la série des dépôts de sédiment , dans la nature des corps organisés dont ils recèlent les débris ^En examinant avec soin les restes organiques qui
^ La considération de la simili tode on de la différence entre les fossiles qne renferment les conches de pays différens , qne Ton compare entre elles , est d^ane grande importance en géologie , parce qa'elle aide à faire reconnaître Fidentité on la différence d'âge de ces confies ; il fant dire cependant qa*elle a d'autant plus de valeur , qne les conches comparées ont été formées dans des contrées moins éloignées les unes des autres. Les géologues ont donné sorjrent le nom de/ar^ matUm à un enseinble de conches qu'ils regardent comme ayant été formées par les mêmes causes , agissant simultanément et sans inter* ruption pendant une certaine période de temps. Ces couches peuvent différer par leur nature; mais elles sont liées par les fossile» qui leur
Wf».
Mmi enfoiûs dans chacune de c^s couches , à partir des plus profondes y lesquels proviennent des animaux et des plantes qui ont vécu soit dans les mers qui recouyraient cette couche, soitsur les parties sèches de sa surr £8ice , on remarque que les fossiles de nature différente ne sont pas irréjgulièrement dispersés dans la succession des dépots 9 mais qu'ils s'^ montrent par groupes successifs , assez bien détermmés , et qui correspondent aux mndes périodes de formation du sol de sédiment ; que les genres et les espèces deviennent de plus en plus yari^ et noinbreux y à mesure que l'on s'élève dans la série des couches ; que dans les couches anciennes les êtres fossiles diffèrent en général de ceux qui vivent aujourdliai ; qu'ils paraissent s'en rapprocher de plus en plus à mesure qu'ils se rencontrent dans des couches plus modernes, mais que les êtres vivans avec lesquels ils ont de l'analogie n'existent pour la plupart que dans les régions intertropicales \ que la végétation et l'organisation animale se sont développées , de manière que dans chaque règne on voit paraître d'abord les êtres les plus simples, et successivement les classes d'êtres plus compli» qués y et que nous regardons comme plus parOstits ; que non seulement il y a eu dans la nature végétale et animale des variations successives , mais même des chan* gemens brusques à différentes hauteurs du sol, changemens qui correspondent aux solutions de continuité que nous avons déjà remarquées dans l'allure des couches, et qui probablement ont co'incidé avec les époques des con^ Tulsions auxquelles sont dus les dislocations et redressemens divers de ces mêmes couches.
Ainsi , de cet examen comparatif des différentes par ties du sol secondaire et de leurs fossiles, il résulte qu'il y a eu dans la nature vivante, soit végétale, soit animale y une succession de variations qui correspondaient sans doute à celles qu'éprouvait en même temps la nature brute environnante, c'est -à-dire les mers et l'atmosphère. Tout semble prouver que l'étendue des mers et la température ont toujours été en diminuant ; car on refont oominims y et ^ oonstitnent le caractère eoohgiqM de la for* qiAtioD.
marque que les dëpAts marins sont d'autant plna limités qu'ib sont plus modernes, et nous avons vu que les fossiles des dernières couches , qui se rapprochent des êtres actuellement vivans , n'ont d'analogues pour la plupart que panffi ceux des climats chauds , quoique nous les trouvions maintenant dans des régions froides. Tous ces âiangemens d'état de la surface au globe , les uns lents et progressifs , les autres subits , ont eu sur le développement des êtres organiques une influence telle qu'us ont amené par degrés les classes de ces êtres à leur état actuel. Dans chaque règne, on voit les différentes classes apparaître successivement, à mesure que les circonstances variables du monde extérieur rendent leur exi-^ stence possible ; et successivement aussi on voit disparaître sans retour plusieurs des espèces ou des races anciennes , que ces mêmes révolutions de la xiature ont complètement éteintes ou anéanties.
Dtms le i-ègne végétal , ce sont les plantes les plus sim* pies par leur structure qui se. montrent les premières : d'abord les cryptogames , puis des plantes en quelaue sorte intermécliaires entre celles-ci et les véritables pna* nérogames , puis les monocotylédones , et enfin, dans les dernières périodes de formation du sol sédimentaire, les plantes dicotylédones. Dans le règne animal , on voit aussi paraître en premier lieu les plus simples des animaux , les zoophy tes (coraux, madrépores ^ etc.)» les mol-* lusques à coquilles, les crustacés, les poissons, ensuite les reptiles, et enfin dans les couches les plus supérieures, les oiseaux et les mammifères. Quant aux ossemens humains, on n'en trouve que dans les terrains meubles de formation moderne et dans les fentes des rochers ^ d'où l'on conclut que l'homme n'a paru sur la terre qu'après toutes les autres classes d'animaux ^
' L'un des plus anciens liTres qni existent, et on Ton trouve quel-» qucs notions de géologie , est sans contredit la Genèse. Nous ferons remarquer ici la conformité qui se rencontre entre Tordre qu'elle assigne aux diverses époques de la création et celui des périodes géologiques que les observations modernes ont fait reconnaître. La première époque à laquelle remonte Tanteur de la Genèse est celle où k terre» jusqu'alors aride et sans habitans, était entièrement recou^ verte par l'abîme , sur les eaux duquel reposait une immense at»
Le seul examen de la structure et de la compositiou da sol de sédiment a suffi pour faire reconnaître les traces des réyolutions subites et nombreuses que la surface da {^obe a éprouvées , et qui ont interrompu à différentes époques et renouvelé les effets de l'action sédimentaire. Ces époques de troubles ont été séparées par des périodes die tranquillité , durant chacune desquelles se dépo* sait un système de coudies , et chaque système se distinguait du précédent par des changemens brusques , tant dans le gisement et la composition minérale des couches que dans la nature des fossiles enfouis et deb races d'animaux perdues.
Les traces de ces révolutions deviennent plus manifestes encore , et leurs causes plus faciles à saisir , lors* qu'on examine l'intérieur des chaînes de montagnes , et surtout ce qui a lieu à la jonction des roches stratifiées et des roches plutoniques. Là les couches de sédiment , qui d'après leur nature ont dû être primitivement continues et horizontales , se présentent disloquées et redressées ; le sol qu'elles composaient parait avoir éprouvé des c<mvubions qui l'ont brisé en une multitude de frag* mens, car ils n'offrent plus que des massifs de couches culbutées sur lem^s tranches , et dont les fentes et les intervalles sont remplis de roches granitiques , comme si celle-ci, ayant été soulevées , et ayant pénétré et rompu les couches qui les recouvraient, étaient venus former des enclaves au milieu des débris du sol sétlimentaire. C'est par suite de cette disposition des roches granitioues, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, que 1 on rencontre à la fois le granité dans les lieux les plus
moiphère. CVst aussi l'époqne qai sert de point de départ à la géologie moderne, celle où Tocéan cooTrait toute la surface du $ùL pri* mitif , et n'avait encore déposé aucun débris d*étre organisé , aucune oooiche secondaire. Une seconde époque, admise également par Moïse et les naturalistes, est celle où les eaux se rassemblant en un seul Uea , mettent à nu différentes parties de la terre , et donnent ainai naissance aux continens. Les autres époques, pareillement concor* dantet , sont celles on, la terre et les eaux ayant été séparées et vi* vîfiées par la chaleur solaire , les plantes et les animaux aquatiques Awent eiéés, poia les oiseaux et les animaux terrestiet| et eafia rhoBine, le «krnitr de tout.
pn^Emids, SOUS tontes les autres rochef y et danfleslieiixW plus élevés, où il se montre à nu, et forme ordinadre" ment les crêtes centrales des grandes chaînes.
C'est dans les pays de montagnes que les couches de sédiment se pr^ntent dana des positions fortement inclinées , et qui yont souvent jusqu'à la verticale. Plusieurs genres d'observations ocmcoureni à prouver que cette inclinaison desrcouchea est Teffet d'un mouvement postérieur à leur dépôt , et que ce mouvement a consisté dans un redressement opéré par des forces soulevantes. Le premier genre de preuves se tire de la présence des galets ou cailloux roulés de forme elliptique et des coquilles de forme aplatie^ que renferment souvent les couches de sédiment. Quand ces couches sont horiaontales, on remarque que les grands plans et les grands axes des cailloux et coquilles sont tous horizontaux, et que par conséquent tous ces objets sont couchés ou poses à plat dans une direction parallèle à celle de la stra* tification; c^est une suite nécessaire des lois de la pesanteur, les cailloux et les coquilles n'ayant pu, en se déposant, se fixer sur leurs pointes ou sur leurs tranches. Si toutes les couches inclinées ont été primitivement horizontales , le même caractère doit se retrouver dans la disposition des cailloux et coquilles qu'elles contiennent, c'estnà-dire que les grands axes de ces objets s'y présen» teront, non pas horizontaux , mais constamment parai** lèles au plan de la couche. Cest en effet ce qui a lieu , et ce que Saussure a observé le premier sur les poudingues de la vallée de Yalorsine , en Savoie , qui forment des couches encaissées par des roches schisteuses , dont la stratification est presque verticale.
Une autre preuve des dislocations et redressemens qu'un dépôt sedimenteux a éprouvé , résulte des obser» vations qui montrent, comme pour celui de la craie , par exemple , que le niveau de ce dépôt ne dépasse jamais une certaine hauteur (celle de 200 mètres) aans tous les lieux où il est encore horizontal , tandis que dans des régions montueuses, où il a été très-tourmenté, des lambeaux de ce terrain se trouvent à des élévations de trob à quatre mille mètres , comme au fiuet , en Savoie, et au AIont-Perdu> dans les Pyrénées. Si la masse d'eau
qui a déposée ce temin s était élevé à un niveau de trois à quatre mille mètres, la France en aurait été entièrement ooaTerle, et ou devrait le retrouver sur toutes les hauteurs infiérieures à trois mille mètres , ce qui n*esl pas.
Les filons nombreux qui traversent à la fois le sol nlutonique et les roches de la [Kirtie inférieure du sol ae sédiment y sont aussi des témoins non éqmvoques des mM>avemens divers et des dislocations nombreuses une la croate minérale a éprouvés. Tous les géologues 8 acGordentà reconnaître que les filons ( pag. an) sont des fentes qui se sont opérées par Tébranlement du sol y et dont les vides ont été remplis après coup de diverses substances. U ne peut y avoir de doute à cet égard y car > tout autour des filons » on remarque ordinairement des preuves du mouvement du terrain : presque toujours une partie s'est séparée de l'autre par un com-> menoement de rotation y puis elle a glisse de haut en bas f en sorte que les couches de même nature ne se correspondent plus sur les épontes. (Voy* pi. 5, Sç- 40 Quant au remplissage des filons , il a eu lieu de aifférentes manières^ et souvent après un laps de temps plus ou moins considérable, il paraît incontestable que des causes de nature différente ont concouru à la formation de ces masses minérales ^ car il existe des filons qui ont leur plus grande largeur vers le bas , et qui vont en se rétrécissant vers la surface du terrain. Ik ont donc été ouverts par la partie inférieure et n'ont pu être remplis que par des matières provenant de Tintérieur du sol. Au coalraire , il en est d'autres qui ont été ouverts dans le sens opposé > et qui n'ont pu être rem-* plis que par en haut, comme le prouvent les matières dont leur masse est formée.
Il existe ordinairement un grand nombre de filons de même nature dans une même contrée , et l'on remarque qu'ils ont une direction à peu près constante. Cette constance de direction et cette identité de nature montrent assez clairement que tous ces filons ont été formés en même temps et sont le produit de la même cause; une commotion du sol aura déterminé un système de fentes ou de fissures parallèles qui auront été
C a58 ) remplies ensuite di» mêmes substances , par une seule et même opéralion. Les filons formés à des époques différentes se disiinguent en général par une diftéretice de direction , et souvent même de nature minérale. On a une preuve convaincante que deux filons ne sont pas du même âge , et l'on peut déterminer celui qui est le plus ancien , lorsqu'ils viennent à se croiser, et qu'on observe comment se fait le cioiaemenl. Il arrive toujours que l'un des tleux traverse l'autre , sans éprouver d'interruption, tandis que celui-ci est conjié en deux
Sirties séparées . qui souvent ne sont plus dans la même irection (fig. 4)- Il est clair que le filon coupant doit être plus nouveau que le filon traversé ; ainsi les observations faites sur l'intersection des filons peuvent servir à prouver les dislocations successives qu'un même terrain a éprouvées. On voit aussi qu'il est possible de détermiuer l'âge relatif des filons, comme on détermine celui des couches. Or l'âge des filons n'est autre que celui des dislocations du sol qui leur a donné naissance.
Il est encore d'autres faits qui prouvent les dislocations et redressemens des couches , en di'montrant en même temps le soulèvement des niasses qui les' ont produits. Ce sont ceux que l'on observe à la jonction des terrains de sédiment et des terrains plutoniques. On voit souvent les roches granitiques et autres pénétrer les roches stratifiées , et s'étendre au milieu d'elles de bas en liaut , sous forme de filons. Dans d'autres cas, on voit ces mêmes roches recouvrir partiellement des dépAts sédimentaires qu'elles ont traversés , comme si elles s'étaient épanchées sur eux à l'état de fusion pâteuse (montagnes des environs de Champoléon, en Oisans). Eufia on remarque souvent, au contact d'une roche plutonique avec une rodie sédimenteuse , un changement dans la nature de la substance de cette roche : ce chan-
([ement consiste dans une altération deia couleur, de a dureté et quelquefois même de la texture de la roche, qui de compacte devient cristalline. Souvent aussi cette roche devient métallifère, ou présente dans le voisinage de la roche plutonique , des cristaux disseminés de divers minéraux qu'elle n'offre point dans le reste de la masse. Ces altérations causées par le voisi-
( aSgî
nage des roches platoniques, rendent compte des diffélenœs minéralogiaues quelquefois très-grandes, que Ton obserre entre les parties d'un dépôt de sédiment, md sont éloijjnées des nautes montagnes, et les parties ou même dépôt qui atteignent les flancs ou se prolongent dans les gorges d'une grande chaîne , uialgrë la oontinuité qui existe entre toutes les parties de ce dépôt. En ayant égard a cet ensemble de faits , à la manière dont les roches massives et cristallines qui constituent le centre et les hautes sommités des grandes chaînes , se présentent intercalées entre les roches stratifiées et sédimentaires , au milieu desquelles elles semblent s'être fait jour, et avoir pénëtix^ sous d ifférentes formes; à la disposition des couches de sédiiuent, qui sont conmie déchirées et relevées sur les flancs de ces montagnes, tandis qu'on les voit au loin dans la plaine conserver leur horizontaUté primitive, on est porte à croire que les masses des grandes chaînes ont été formées par voie de soulèvement et d'éruption , c'est-à-dire cju'elles sont sorties du sein de la terre , en brisant avec violence sa croûte superficielle. Cette manière de concevoir la formation dés montagnes , presque généralement adoptée maintenant par les géologues , outre qu'elle rend parfaitement compte des dislocations et redresscmens que l'on observe dans leur voisinage parmi les couches stratifiées , permet en même temps d expliquer la présence des coquilles sur quelques-uns de leurs sommets les plus élevés , sans qu'on soit forcé d'admettre que la mer les ait recouverts dans leur état actuel. 11 suffit de dire, en effet, que ces montagnes, en sortant du sein des eaux , ont soulevé avec elles et porté à de grandes hauteurs les couches coquillièrcs qui Les recouvraient auparavant.
L'existence des soulcvemens étant une fois admise « on est conduit à se demander s'ils ne seraient pas la cause de ces grandes révolutions physiques , qui ont interrompu à diverses reprises la formation des couches de sédiment, renouvelé l'état de la surface du globe, et marqué de nouvelles périodes dans la série des temps géologiques. On conçoit , en effet , que des soulèvemens de masses aussi considérables que des chaînes de mon^
tames , ont dû produire des changemcns brusques dans l'étendue relative des continens et des mers , dans le r^ime des rivières et des courans marins , dans la distribution des espèces animales et végétales , et par* conséquent aussi dans la nature et les caractères des dépôts, dont la formation recommençait après chaque convulsion. Or les soulèvemens ne sont pas tons de même date ; toutes les grandes chaînes n'ont pas surgi à la même époque, et tout semble indiquer que le nombre de celles qui difi%rent par leur ancienneté est comparable à celui des révolutions de la sur&ce du globe , que les variations brusques observées dans la série des aépôts sédimentaircs nous ont fait reconnaître.
Lorsqu'on examine la structure des di£Férens massifs qui font partie d'une chaîne simple et régulière de mon* tagnes , on est d'abord frappé d'un premier caractère que présente le phénomène du redressement des cour cbes : c'est la constance de la direction qui domine dans les couches redressées de toutes les portions de la chidne^ au milieu des variations sans nombre que l'on observe dans leurs inclinaisons » direction constante ou dominante qui n'est autre que celle de la chaîne ellemême. On est conduit à penser que cette constance dans le sens du redressement des couches provient de Ce que leur dislocation a eu lieu à la même époque et par une seule opération de la narture. Un autre caractère distinctif des montagnes contemporaines résulte encore du phénomène du redressement, qui, n'atteignant pas toutes les couches de sédiment que Ton ob^ serve sur leurs pentes, s'arrête toujours brusquement à un même terme de la série , affectant également toutes les couches inférieures à ce terme ou plus anciennes , tandis que les couches supérieures ou plus récentes conservent leur horizontalité primitive.
Mais c'est surtout ce dernier genre d'observations qui paraît établir de la manière la plus claire, non-seulement que la formation des montagnes a eu lieu par voie de soulèvement, mais encore que toutes les grandes chaînes n'ont pas surgi à la même époque , et que l'âge relatif de leurs soulèvemens ou des dislocations de touches qu'ils ont opérés , peut se déterminer , aussi
bien que Tige relatif des filons ou celai des oouches elles-nienies. H est évident , en effet , que pamii les conches de sédiment qui s'appuient sur les flancs des montagnes , celles qui sont redressées ont été déposées SDlérieiirement à la sortie de ces montagnes , puisqu'elles n^ont pu être redressées que par les forces qu ont soaleré ces grandes masses , tanais que celles qui se prolongent horizontalement jusqu'aux pentes des mêmes montagnes, sont d'une date postérieure à celle de leur soulèTement , puisqu'elles n'ont subi aucun dérangement depuis l'époque de leur dépôt. Chaque chune de montagnes est donc plus récente que les couches qui sont relevées sur ses flancs j et plus a]>-> denne que celles qui s'y présentent horizontales , et p^r conséquent elle a été soulevée dans l'intervalle de temps qui a séparé la formation des premières de celle des secondes.
Telles sont les considérations importantes qui ont servi de point de départ à M. Elle de Beaumont , pour établir qu'il y a eu plusieurs époques successives de soulèvement et de redressement des couches ; que U nombre de ces événemens n'a pas été illimité , rabais
Stt'il est tout-à-fait comparable à celui des révolutions e la surface du globe et des périodes de tranquillité qui les ont séparées. Ses recherches l'ont conduit à dé^ terminer avec beaucoup de probabilité l'âge relatif da plusieurs chaînes de montagnes de l'Europe, en rappor» tant le soulèvement de chacune d'elles à l'un des intervalles compris entre les périodes de formation du sol sédimentaire. lia trouvé que dans les différentes chaînes il Y avait toujours une séparation bien tranchée entre 1^ couches redressées et les couches horizontales ; que la limite entre ces deux ordres de couches , variable d'une chaîne à l'autre, était ce qui caractérisait le mieux chacune d'elles ; et qu'en général une différence de direction était un indice d'une différence d'âge, comme le parallélisme des crêtes un indice de contemporanéité. De l'ensemble des faits sur lesquels nous venons de jeter un coup-d'œil rapide , il résulte que l'écorce terrestre a été soumise alternativement à deux sortes d'actions : d*nne part, à des actions la plupart lentes et
continues , qui durant des périodes pins ou moins Ion** gués ont produit à la fois des dégradations et des formations nouTelles , comparables aux changemens qui 8*opèrent encore pendant la période actuelle; d'une autre part , à des actions passagères et violentes , dont l'effet a été souvent des changemens bien plus considé* râbles , et presque un renouvellement total dans l'état des choses. En cherchant à lier entre eux les différensr ordres de fÎBLits géologiques, nous avons été conduit à reconnaître ceux de ces faits que l'on peut regarder comme les causes de tous les autres. Ces causes naturelles n'offirent rien d extraordinaire que la grandeur des effets qu'elles ont produits à de certaines époques plus ou moins reculées ; car on les retrouve encore opérant de nos jours des effets semblables , mais en général avec moins de fréquence ou d'intensité qu'autrefoi» , les unes d'une manière lente et continue , les autres par intermittences et par paroxismes. C'est ce dont on peut se convaincre , en faisant une revue des causes actuellement agissantes. ^