RÈGNE INORGANIQUE
CX>NSIDÉRATI05S GÉNÉRALES.
Définition dn mot Nature^ — Olqct de VHisioirt maturtUe.
Le moC Nature a des acceptions très-dÎTerses : on s'en sert pour exprimer d'une manière abrégée , tantôt l'enrsemble des propriétés ou qualités essentielles d'un corps, tantôt la collection des êtres qui composent l'univers, tantôt enfin les lois qui le régissent. C'est surtout dans ce dernier sens, a dit un savant illustre *, que Ton a coutume de personnifier la nature , et d'employer par res* pect son nom pour celui de son Auteur. La nature^ enyisagée dans la multitude innombrable de ses productions, est le spectacle le plus vaste et le plus imposant qui soit o£fert à la curiosité de l'homme • le sujet le plus digne d' ■ - ..
qui
tails,
contemplée dans ses œuvres , n'est pas un objet de pur
amusement , de vaine spéculation : non seulement son
étude éclaire l'esprit et l'orne de connaissances utiles.
esprit
* M. le baron Cavîer. *
( iio)
elle fait naître encore dans Taine des sentimens de respect et d'admiration à la vue de tant de merveilles, qui portent des caractères si luarque's d'une puissance et d'une sagesse infinies.
\J Histoire naturelle est la science qui a pour objet la connaissance des divers corps, soit vivans, soit inanimés, qui font partie du grand ensemble de la nature. Son but est d'étudier ces corps en eux-mêmes, ou tels que l'observation nous les présente , de reconnaître toutes les propriétés ou qualités qu'ils manifestent avant que l'art ne leur ait fait subir d'altération ; de se servir ensuite de ces propriétés comme de caractères propres à fournir le signalement ou la description de chacun de ces corps, et à les faire distinguer les uns des autres ; enfin , de les comparer entre eux pour établir ce qu'ils ont de commun ou de particulier, et pour les classer suivant leurs différens degrés de ressemblance.
Décrire et classer, tel est donc le double but que se propose le naturaliste ; ses principaux moyens pour y parvenir sont Vobsen^ation et la comparaison. Il observe successivement les différens corps , il les envisage sous toutes leursfaces, afin de découvrir leurs propriétés diverses ; puis il les compare entre eux jusqu'à ce qu'il ait reconnu des rapports entre ces propriétés, ce qui le conduit à trouver leurs lois de coexistence ; car telle de ces propriétés en suppose ou en exclut nécessairement uti certain nombre d'autres. Deux êtres que l'on compare peuvent donc avoir un certain nombre de propriétés communes avec des propriétés de nature toute différente. Les premières expriment la ressemblance des deux êtres, les dernières leur différence ; celles-ci forment donc leurs caractères distinctifs. Des propriétés de loéme genre peuvent aussi se rencontrer dans deux corps à des degrés divers , ou avec des modiûcalions particulières pour chacun d'eux. Ces degrés ou modifications des propriétés générales fournissent aussi des caractères distinctifs, tout aussi bien que la présence dans l'un des oorps de propriétés qui manquent totalement à l'autre.
Pour qu'un être pris isolément soit exactement connu, il faut que sa description soit complète , c'est-à-dire qu'elle comprenne l'énumération-de toutes ses proprié*
tés sans en omeUre une seule. Mais si l'on veut seulement le reconnaître au milieu d'uu petit nombre d'autresquioat toos avec lui quelques propriétés couimuues, OD peut Caire abstraction de ces propricte's, et n'avoir égard qa'à celles qui différent ou ne se montrent pas daos tons ces corps à la fois ; dans ce cas, le caractère de diacan d*eiix ne cooiprend qu'une partie de la description complète du corps ; et sa distinction au lieu d'être ibftolue, u'est plus que relative.
DaS MÉTHODES OU DES CLàSSIPICATIOlTS EJN HISTOIRE
jrATUHELLE.
C'est sur cette faculté qu'a notre esprit de conside'rer dans un objet certaines proprie'tés, en faisant abstraction des autres, que sont fonde'es les classifications ou méthodes , sortes de catalogues raisonne's dans lesquels les êtres que Ton veut distinguer sont groupe's entre eux d'après leurs différens degrés de ressemblance. L'ensemble de ces êtres est d'abord partagé en un petit nombre de grandes divisions, qu'on nomme ordinairement classes , et dont chacune comprend les êtres qui se ressemblent par quelques propriéte's très-générales, c'est-àdlrc qui conviennent à un très-grand nombre de corps. Ces propriétés, constantes dans tous les corps qui appartiennent à la même classe, constituent le caractère de cette première division. Chaque classe à son tour se partage en divisions moins grandes , appelées ordres ou /àmilles, dans chacune desquelles les corps se ressemblent par quelques autres propriétés générales, mais d'ime moins grande généralité que celles qui caractérisent la classe ; chaque famille se subdivise pareillement en groupes moins étendus, appelés genres, et dont chacun a pour caractères de nouvelles propriétés communes aux corps qu'il comprend ; chaque genre enfin se partage de même en un certain nombre de groupes plus petits , nommés espèces, et chaque espèce en un certain nombre de variétés. C'est ce mécanisme ou cet échafaudage de divisions successives, dont les supérieures contiennent les inférieures , que l'on nomme en histoire naturelle une classification ou une méthode.
Deux corps compiîs dans l*une quelconque des divisions de la méthode ont ne'cessai rement de commun, non seulement le caractère propre à cette division, mais encore ceux des divisions supérieures qui la contiennent. Par conséquent ils ont entre eux d'autant plus de ressemblance, qu'ils se trouvent faire partie de groupes moins élevés. Il est donc clair qu'en descendant 1 échelle de ces divisions successives , on finira bientôt par en atteindre une qui ne contiendra plus que des corps d'une ressemblance presque parfaite , et que l'on sera porté à identifier dans la même idée comme sous le même nom. Cette division fondamentale, qui est le terme auquel aboutissent les divisions supérieures , et où s'arrêtent pour ainsi dire toutes les distinctions possibles entre les êtres , est celle qui porte la dénomination A^ espèce. Les corps de même espèce sont donc ceux qui n'admettent entre eux que de légères différences , que souvent on néglige en raison de leur peu d'importance , ou qui , lorsqu'on juge à propos d'en tenir compte , constituent seulement ce qu'on nomme des variétés.
Dans les classifications relatives à l'histoire naturelle, non seulement tous les êtres ont des noms qui rappellent leurs caractères distinctifs, mais encore chaque division de la méthode a sa dénomination propre, qui est liée au caractère de cette division. Par là les rapports de ces êtres peuvent être exprimés de la manière la plus simple, et avec de Tattention et de la mémoire, on parvient aisément à se rendre familières toutes les parties de la méthode , en l'étudiant , soit dans les ouvrages où elle se trouve développée , soit surtout dans les cabinets ou grandes collections, qui en offrent une représentation fidèle.
L'utilité des classifications en histoire naturelle est incontestable. Un premier avantage qu'elles présentent , c'est de faire distinguer sûrement à celui qui commence l'étude de la science un objet qu'il voit pour la première fois, et dont il ignore le nom. En effet , une classification est comme une sorte de dictionnaire , ou de table raisonnée de matières , dans laquelle les caractères des objets jouent le rôle des lettres de l'alphabet. En partant de ceux que porte avec lui l'être que l'on considère ,
pour Its dierc^rr en tète des dÎTÙîoiis Je la inéibode , (omme on part des lettres initiales d'un mot pour intern^er les pages d'un vocabulaire , on arrive aisément à tfonrer la place et le nom de cet objet dans la méthode, «près avoir déterminé saccessivement la classe, l'ordre^ k genre et l'espèce auxquels il appartient.
Un antre avantage «les mêdiodes, lorsqu'elles sont Ken fûtes , c'est qu'elles ne se bornent pas à nous apprendre des noms ; elles nous font encore connaùre les objets , ce qui est tout différent; et elles nous les font connaître cnacnn en lui-même , et par comparaison avec les autres. En effet , si les divisions de la méthode ont été établies d'après Tensemble des caractères que peuvent offrir les objets auxquels elle se rapporte , il ne faut que récapituler tous ceux par lescfuels elle nous conduit au nom de chaque objet , c'est-à-dire ses caractères de classe , de famille , de genre et d'espèce , pour avoir le caractère total et absout du corps , tel que le donnerait sa description complète , faite indépendamment de toute classification , avec cette différence , que ce caractère absolu, quand il est donné par la méthode, se trouve décomposé en une série graduée de caractères relatifs, qui expriment les divers degrés de ressemblance de l'objet avec les autres corps. Aussi il arrive que, par on fréquent usage de la méthode , notre esprit finit par embrasser l'ensemble de tous les êtres qu'elle comprend, et s'accoutume à saisir les traits qui leur sont communs ou les différences qui les distinguent.
Le besoin de divisions méthodiques, semblables à celles qui caractérisent les classifications en histoire naturelle , se fait sentir partout où l'on a à distinguer un grand nombre d'objets , quelle aue soit d'ailleurs leur nature. Aussi trouve-t-on dans le mécanisme des langues , dans les sciences de faits , dans les travaux administratifs , etc. , une foule d'exemples œ pareils classemens que suggère aux hommes une logique naturelle ^ Cet ait de la méthode peut s'appliquer avec
* Ainsi, dans notre langae , le terme de mo^i7/>rezprinieaiieclane d*objets qae Ton a subdivisée en plusieurs genres , désignés par les noms de table ^ de vase y de siège ^ etc. ; et chacun de ces geores est
avantage à toute sorte d'étude , et aucune science n'est plus propre que celle de la nature à y fornxer notre esprit.
DIYISIOS DES iTBES NATURELS EN TROIS BÈGNES.
La distinction de tous les êtres de la nature en trois grandes classes j appelées règnes , date des temps les plus reculés. Ces trois règnes sont : le Minéral , le Ye'gétal et TAniinal. Les Minéraux sont des êtres bruts ou privés de vie ; les Végétaux sont des êtres vivans , mais dépourvus de sensibilité et de mouvement volontaire ; les Animaux sont des êtres vivans , qui sentent et se meuvent à leur gré. \J Histoire naturelle se partage en trois brancbes principales, qui correspondent à ces trois divisions , savoir : la Minéralogie, la Botanique et la Zoologie. ,\*wif^\-\*v/
Les végétaux et les mimé^mmi forment deux séries d'êtres , qui vers leurs extrémités semblent se confondre , les caractères dislinctifs des deux règnes finissant par s'efiPacer insensiblement, en sorte qu'il est des corps qui peuvent être rapportés à l'un et à l'autre avec le même degré de probabilité. C'est pour cela que la plupart des naturalistes modernes ont préféré ne faire que deux classes de tous les corps que présente la nature : celle des corps organiques , qui comprend les végétaux et les animaux, et celle des corps inorganiques , qui embrasse toute la nature brute , les minéraux , les liquides et les gaz. Tout diffère entre ces deux classes de corps , structure ou composition, forme extérieure, origine, accroissement et fin. 1° La structure : le corps organique est un tout essentiellement formé de parties disseud^la-
oomposé de plaslears espèces , faHe à manger, table àjouery tahie a écrire. Da^ rorganisation d*an état , on divise le territoire en dépariemens , et Ton subdivise chaqae département en arrondisscmens , cbaqae arrondissement en cantons, chaque canton en mairies on municipalités, L*armée est de même partagée en régimens , bataillons , compagnies, pelotons et soldats. C'est cet ordre qui permet an chef de l'état de l'état de connaître, de distinguer et de dénommer toutes les parties d'une administration, quelque vaste qu'elle soit, et de les cmbnisser, pour ainsi dire , d'un seul copp-d'ççi|.
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Ues, qa*Qa nomme des organes, sortes d'iostrumens créés pour des fonctions particulières qui doivent concourir à un bat commun , la TÎe ou l'existence du tout. Le corps brut , au contraire , est une niasse essentiellement liouiogène , un simple assemblable de particules ômilaires , qui , prises sëparénieut , ofirent les propriétés de rensemble. 2? La forme extérieure : le corps o^anique a une forme déterminée, due à une combi— Baison constante de parties semblables ; le corps inorganique a une forme nécessairement variable , en raison de l'indépendance de ses particules, que Ton peut réunir comme on le voudra , en nombre plus ou moins c<msidérable. 3® L'origine : le corps organique naù toujours d'un autre corps organique préexistant et semblaole à lui; le corps inorganique ^eyôrme chaque fois que des molécules de même nature sont en présence et se réunissent par leur atti*action mutuelle. 4^ L'accroissement : le corps organique s'accroît à l'intérieur par intussusceplion ou nutrition , c'est-à-dire par le transporrt et le dépôt de nouvelles molécules dans toutes les parties de son être , de manière que sa composition varie et se renouvelle sans cesse ; le corps brut s'accroît par juxtaposition, ou addition à l'extérieur de molécules nouvelles , mais semblables aux siennes , qui viennent envelopper de couches successives la masse des premières , de sorte qu'à un instant quelconque de son accroissement, tout ce qui a été formé jusque-là n'éprouve plus de changement. 5** La fin : le corps organique ne peut s'accroître que jusau'à un certain terme , après lequel il marche vers sa destruction, et finit bientôt par mourir de vieillesse ou d'accident , tandis qu'il n'y a point de limites à l'accroissement du corps inorganique , et une fois formé , il peut durer éternellement , si nulle action extérieure ne tend à le détruire.
Il y a des distinctions à faire entre les corps inorganiques , sous le rapport du mode de leur formation. Les uns ne peuvent être produits que dans l'intérieur des corps organisés vivans , et par l'action immédiate de la vie : tels sont les sucres, les gommes, les résines, le lait, etc. D'autres, au contraire, se forment au sein de la nature inerte, sans aucune participation des forces vitales.
comme les sels, les pierres et les métaux. D'autres en-?fin sont d'origine mixte; ils proviennent de matières organiques, qui, enfouies depuis long-temps dans le sol , y ont change de nature par suite des de'compositions qu'elles ont subies : tels sont , parmi les combustibles , la houille et le lignite. L'e'tude de tous les corps inorganiques compris dans la première division , et de ceux de la seconde, qui sont formés artificiellement dans les laboratoires de chimie , appartient à cette dernière science ; les seuls coips bruts qui soienl: du domaine de l'histoire naturelle sont donc ceux que la nature a produits d'elle-même » que nous retirons du sein de la terre , et auxquels s'applique exclusivement le nom de minéraux.