‹ Précis élémentaire d'histoire naturelleChapitre 60 sur 89 · DES ANIMAUX EN GÉNÉRAL ET DE LA ZOOLOGIE · texte numérisé non relu

DES ANIMAUX EN GÉNÉRAL ET DE LA ZOOLOGIE

La zoologie est là science qui traite de Thistoire naturelle et de la classification des animaux : on nommu ainsi les êtres organisés et vivans ' doues de sensibilité et de inouyemenl volontaire , et qui sont pourvus d'njM cavité intérieure, appelée estomac ou canal intestinal y destinée à recevoir et à élaborer les matières propres à L-s nourrir. La vie animale, comme celle des végétaux, comprend tous les phénomènes qui se rapportent aux deux grandes fonctions de la nutrition et de la reproduction (page 2) ; mais chez les animaux ces fonctions principales se compliquent de fonctions secondaires plus ou moins nombreuses , et relatives aux deux facultés nouvelles qui caractérisent l'animalité , savoii* : la sensiùilité , par laquelle les animaux connaissent leur existence et celle des êtres qui les environnent, et reçoivent, de ces di£Férens corps des impressions de plaisir ou de peine , qui font naître en eux des volitions ; et la faculté de lotomotion , par laquelle ils peuvent déplacer à leur gré , en tout ou en partie , leur propre corps, pour chercher leur bien-être, ou pour fuir le malaise et le danger. L'exercice de ces facultés précède ou accompagne toujours l'une et l'autre des fonctions de la nutrition et de la reproduction. Ces deux grandes fonctions , qui sont con>niunes aux végétaux et aux animaux, sont ce qu^oii nomme chez ceux-ci les fonctions végétatives, oufonc^ tions de la vie organique : on appelle plus particulièrement fonctions animales , ou fonctions de la vie de relation , celles qui se rapportent aux facultés de la sensibilité et du mouvement volontaire. Comme tout acte relatif à une fonction suppose nécessairement des instru-

' Yoyez page i et sniv. des Considérations générales sar la vie et Torganisation , et sur la distinctioD des êtres organi(jaes en finiœaox et en végétaux.

mens dcslln^ i 1c procluîre , il doit exister chez les animaux des organes au différeiis genres , savoir : des orpnes propres à la fonction de ta nulrition {organes de la ntiiniionf des orgnnes propres à la fonction de la reproduction ou geoecation {organes de la génération) j Ati oi^anes conimuDs à ces deux grandes fonctions générales , et propres les uns à la faculté de locomotion (organes du mouvcmeni), les autres à la faculté de sentir {organes des sens cl de faction i>olonlairc.)

Indcpendaninieut du tissu cellulaire qui forme , ainn qae nous l'avons vu aîltenrs , la base de toutes les parties solides des plantes et des animaux, on observe chez ceuxci deu\ autres élriuens organiques qui leur sont propres, parce qu'ils sont en rapport avec les facultés de loconiotioD et de sensiliilite. Ce sont la/f6re musculaire el la pulpe nervejise. De la combinaison en proportions variables de ces éU-mens organiques , résulleiit tous les organes des animaux, ou ces parties de forme et de structare diOérentes , dout chacime a pendant la vie tine fbno tion particulière à remplir. L'ensemble des organes qui concourent à une même fonction générale porte le nom de srsh-inc ou if tipiiarcii , 1 ne coiiiliiriaisoii de plusieurs appareils en liormonie les uns avec les autres constitue un organisme , un être organise à un certain degré, et présentant une forme animale en rapport avec ce degré d'organisation.

En esaminantavec attention l'ensemble des animaux, on y remarque des organisations très-simples , et d'autres plus ou moins compliquées , et l'on voit que le passage se fait progressivement des unes nux autres par le développement jesdifférens systèmes d'oi^anes, c'est-àdire par le perfectionnement àe leurs parties, ou par des partie9nouvellt.'s surajoutées à cellesqui existent déjà. On reconnaît ainsi la possibilité de distribuer toutes ces organisations en une série qui rende sensible la complication ou la dégradnlion de plus en plus marquée des appareils, selon que l'on marche des animaux les plus composés et les plus parfaits aux animaux les plus simples , ou dans le sens opposé. Cette série , toutefois , est plutôt ramifiée que linéaire , et la gradation dont noits /irions u'a point lieu par nuances insensibles, elle d^

suppose point qu'entre deux termes quelconques il y ait' un nombre infini de tenues possibles, et aue le règne animal puisse être repre'senté par une écbelle simple , régulière et continue.

Si l'on parcourt la série des animaux en partant des plus simples, on pourra observer successivement la complication graduelle de chacun des appareils qui se rapportent aux quatre grandes fonctions de la vie, soit animales^ soit organiques. On verra, par exemple, chacune des deux onctions organiques se compliquer par degrés de fonctions d'un ordre secondaire , et à mesure que Tor ganisalion deviendra plus complexe, on verra les facultés de l'animal devenir aussi plus nombreuses , mais eu même temps perdre en quelque sorte de leur gene'ralité et de leur étendue. Pour nous convaincre de ce fait, essayons de suivre cette gradation des organes dans la série animale , pour ce qui concerne la fonction de la nutrition.

Leplussimple des animaux serait un globule animé, qui n'offrirait partout qu'une simple surlace absorbante et exhalante , presque sans aucun indice d'estomac , sans organe spécial de nutrition , cette fonction s' exerçant également dans tous les points du corps. Dans un degré supérieur, on connaît des animaux , comme les poljprs cT eau douce ^ chez lesquels une portion de la surlace du corps rentre à l'intérieur , pour former un sac alimentaire à une seule ouverture , qui est à la fois la bouche et Tanus. Mais ici l'absorption des molécules nutritives peut encore avoir lieu à l'extérieur, et par toutes les mrties du corps uniformément. Bientôt , cette fonc uon de l'absorption , au lieu de rester commune à tous les points du corps , s'isole en un lieu particulier , oui est toujours une portion de surface rentrée ; celle-ci devient alors un organe spécial de nutrition, un canal in~ testinal à deux ouvertures (bouche et anus); elle présente des caractères tout autres que la surface extérieure de l'animal , qui s'en distingue sous le nom de peau. Eu mêm'etempss ajoutent quelques organes secondaires pour des fonctions préparatoires, telles que des organes do mouvement et de préhension (suçoirs ou tentacules), dos pièces dures en forme de dents, ou des mâchoires pour

«nfi sor^âe mastication : c'est ce qa'on ohââ^ê^SmU croupe des oursins. Dans un degré plus ^evé , celui des iiucrtes , l'animal acquiert des lacullés nouvelles : il va cliercher laï-mêmc sa nourriture ; il la cboisit, la prépare et l'introd uil dans son estomac ; de là de nouvelles fonctions , et paitant de nouveaux organes : organes spéciaux de locoinotiou, de prélieosioa , de ma n du cation ri de sensibilité (pieds articules ; tète poui-vue d'yeus etde luAc boires, muscles, nerfs et moelle longitudinale). Dans uo degré au-dessus , le croupe des mollusques, la surface d'absorption se dédouble en quelque sorte , et se sépare en deux parties , dont l'une est toujours la cavité digestin, propre à l'absorption des matières liquides (e&tomacci mteslins) , et l'autre est la surface respiralrice , propre ï l'absorption des gaz (brancbics ou poumons). Le fluide nourricier, absorbé par les parois du canaUntestiusl, et qui, par son mélange avec d'autres liquides de l'in teneur , prend le nom de sang , a besoin d'être parte dans l'oreane respiratoire, pour y être élaboré par l'action de 1 air; de Uil est conduit par des canaux ou vaisseaai fermés vers toutes les parties du corps, d'où il revient p.ir d'autres vaisacaux pour repasser ]iar l'organe respiratoire et recommencer la même circulation. Ces nouvelles fonctions de la circulation et de la respiration nécessitent de nouveaux organes : un rœur , pour donner l'impulsion au fluide ; des artères et des veines , pour le contenir et le diriger; des branchies ou àss poumons, pour le mettre en contnct avec l'air ; à ces parties s'en joignent d'autres, telles qu'un yète', oi^ane interne de digestion, et un cerveau, centre du système nerveux, orguie des sens spéciaux et de l'intelUgencc. Dans les animaux supérieurs ( les vertébrés ) , complication tcitjours croissante de l'organisation, et en même temps multiplication ou développement des facultés. Outre les organes propres au groupe précédent , on voit paraître un nouvel organe de locomotion, un squelette articulé, composé d'un axe central , ou co/on/ic ■ucr/Éftra/c, et d'appenaices latéraux , ou membres; les organes clés sens deviennent plus nombreux ou plus parfaits ; l'appareil do laautrition se compiiqucgraducUcment d'organes relatifs à la mastication , l' in salivation et la déglutition des ab-

mens {dents ^ glandes salwaires, langue^ etc.), à la conversion du bol alimentaire en matière propre à être absorbée {foie et pancréas) ^k\a secre'tion des urines (re/n^) etc. Cette gradation dans la complication ou le développement des organes se fait sentir dans les diverses classes des vertébrés, lorsqu'on s'élève des poissons aax reptiles, des reptiles aux oiseaux, et des oiseaux aux mammifères. Parvenus ainsi au summum de l'organisation , on trouve que la fonction de la nutrition, qui, dans le degré le plus bas de l'échelle, se réduisait à l'absorption immédiate des molécules fournies par l'eau ou l'atmosphère , s'est compliquée progressivement d'une multitude d'opérations secondaires ou préparatoires , toutes nécessaires pour rendre possible l absorption des substances alimentaires.

La même complication gradiielle se remarquerait dans Forganisation animale , en ce qui concerne la fonction de la génération , si nous examinions toute la série sous ce nouveau rapport. Nous verrions cette fonction , d'abord très- simple et générale ou commune à tous les points du corps, s'isoler et se localiser de plus en plus , devenir particulière à certaines parties , en même temps appeler à son aide une multitude de fonctions préparatoires, et rendre également nécessaires ces organes des sens et de mouvement, que nous avons vus s ajouter à l'appareil de la nutrition. Nous verrions la série animale se partager en un certain nombre de degrés , qui concorderaient parfaitement avec ceux que nous avons trouvés en la parcourant et l'examinant sous le premier point de vue.

Ainsi , en s'élevant sur l'échelle des êtres , depuis l'animalcule le plus simple jusqu'à l'animal le plus parfait, on voit le nombre des organes relatifs à cliacuné dos deux grandes fonctions de la vie s'accroître progressivement , et en même temps les facultés de Tanimal se multiplier et se perfectionner de plus en plus ; celles qui étaient d'abord générales et communes à tous les poiiils du corps, on les voit se circonscrire de plus en plus, et se réduire en fonctions particulières à certaines parties. Et réciproquement , à mesure que l'on descend dans l'échelle animale , on voit les deux systèmes d*organcs

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relatifs aux deux grandes fonctions se dégrader pn>eressivcnient , et le nombre des faculte's diminuer proportionnelle ment ; peu à peu les organes secondaires disparaissent i les éleiiicns organiques essentiels , cessaot d'être isoWs en des lieux particuliers , se répandent dans toutes les partie» du corps , et les fatuités qui y correspondent deviennent générales, de circonscrites qu'elles étaient auparavant.

On observerait encore la même gradation successive , si l'on se bornait k considérer, dans la série animale, les appareils relatifs à la fonction de la locomotion et à celle de la sensibilité. La nature , ainsi que nous l'avons dit, commente par opérer dans les animaux les plus simples une diffusion générale des élémens organiques qui se rapportent à ecs deux fonctions. Bientôt on voit, en remontant la série, ces élémens se sépai-er pour former des appareils distincts, dont les parties ciiei les êtres des groupes inférieurs sont plus uniformes et plus indépendantes , tandis que chex les êtres des classes supérieures, elles se montrent de plus en plus variées et en même temps dominées par certains centres d'action, ou même par un seul organe [ le cerveau ), se montrant comme un foyer unique de sensation et d'activité.

Un animal est un être vivant, qui a plus ou moins le sentiment de ses rapports avec les êtres qui les environnent , et qui peut les changer en tout ou en partie, selon ses besoinsou sa volonté ; c'est une combinaison, sous forme déterminée, d'organes qui agissent les uns sur les autres et en même temps sur le monde extérieur. Il suit de là que , pour bien connaître les animaux , il faut étudier , I ° la structure , la forme et la symétrie ou disposition régulière des organes dont la combinaison produit tel ou tel animal, ce qui constitue son o/ia/o/nie; et a" les dilTérens modes d'actions des organes les uns sui' les autres, et le degré de vie qui est le résultat commun de ces actions, ce que l'on nomme physiologie de l'animal.

Lorsqu'on étudie ainsi , successivement et comparativement, les animaux, ou saisit aisément les ressemblances d'organisation plus ou moins grandes , et les différences plus ou moins faibb's qui existent toujours entre ces animaux prix deux à deux , tt l'on s'aperçoit

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bientôt que l'on peut les partager en groupes tels cjue les animaux qui font partie de l'un de ces groupes présentent une véritaDle analogie de plan et de\:oràposition organique, c'est-à-dire qu'ils soient généralement compôse's d'organes analogues , unis entre eux dans le même ordre , mais plus ou moins modifiés dans leur forme , leur volume, leur usage ou le nombre apparent de leurs élémens. Or, les parties d'un être vivant devant être en harmonie les unes avec les autres, pour concourir à un but commun, la modification de l'une d'elles doit exercer une in-* fluence plus on moins marquée sur celles de toute^les autres ; car il faut que les variations éprouvées par les différens organes ne produisent aucune incompatibilité entre les fonctions elles-mêmes. Celles - ci étant donc dans une dépendance mutuelle et nécessaire , il faut qu'il y ait pareillement une convenance mutuelle dans les parties organiques. De là résulte une loi des plus importantes , à laquelle on donne le nom de loi d'harmonie y ou de corrélation des formes , et qui règle dans un animal donné les rapports des organes concomitans , et les variations correspondantes que Ton voit subir à ces organes, lorsqu'on passe d'un animal à un autre. C'est en vertu de cette loi que tous les appareils des animaux sont plus on moins modifiés , suivant leurs besoins et la nature des milieux où ils vivent. Les différens appareils dont se compose un animal quelconque , c'est— dire un organisme d'un degré quelconque de complication , sont donc toujours en rapport les uns avec les autres, et cela de telle sorte que Pmi des appareils étant donné , on peut en conclure les autres appareils existans ou possibles , chacun dans les limites de variation que leur permet la loi d'hamionie. L'étude de ces rapports harmoniques fait bientôt connaître l'influence plus ou moins grande qu'exerce la modification de certaine partie sur tout le reste de l'organisation. A l'égard de cette influence , les organes sont les uns dominans, les autres subordonnés : et de là résulte le principe de la subordination des carac^ tires tirés de ces organes : tous n'ont point la même importance i ils sont de diftérens degrés, et c'est Totservalion et la comparaison qui seules peuvent nous apprendre Tordre de leur valeur relative.

tife)

L'élUile des rapports barmoniqnes , dont nous Tenons de parler , est l'objet de la science que l'on nomme anaîomie cumparée. Cetle science nous fait connaître la subordination réelle des difTerens organes qui peuveateo' trer eu combinaison les uns avec les autres, la corrélation de ces organes ou les lois de coexistence de leur modifications , la symétrie particulière à cbaque conibi- ' naison , d'ûù réfluUc la forme extérieure etles babilades de l'animal : elle apprend au naturaliste à juger de lonl unsystèmed'oiganespaFunseul J'entre eux, À conclure,

fiar esemple , de la variation d'un seul os celle de toul e squelette ; elle lui fournit les moyens de résoudre ces deux problÈines , qui sont la base de la zoologie ! telle cotiibmaison d'organes étant donnée , quelle est la forme ou l'espèce d'animal qui en résulte? El vice versa, tel animal étant connu dans sa forme et ses caractères eitérieurs, quelle est la couibinaison d'organes <çà le constitue intérieurcmeut?

ASn de donner ici une ide'e de l'économie animale , nous allons emprunter A l'analomie comparée quelqo»uues de ses géne'ralités les plus importantes. Nous étudierons sutcesaiveiiient cliaquc système d'organes danî les animaux supérieurs , où il parvient Lt son maximum de développement, et le plus souvent dans l'bommc, dont il nous importe le plus de connaître la nature ; puis nous suivrons la dégradation et les modifications de ce système dans les classes inférieures , ou les principaux groupes de la série animale, en même temps que nous indiquerons les l'apports les plus remarquables qui Uent les modifications de ce système à celles des autres '. Nous accompagnerons ces détails anatouiiques de quelcjues considéra lions physiologiques , c'esl-à-dire de considérations relatives aux fonctions que les organes rempbssent dans leur étal d'activité ou dévie. Commençons par donner une idée générale des clémens , soit anatomiques, soit cbitniques , dont ces organes sont formé).

• Voyfi les leçoBi jAnatomie comparée , de G. Catier , ouvrage riDineinnteiil classique, dans leqnel noas aTonS pnisB aoe grande pïftie ds» génri-alilca qni vont suivre.

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