‹ Précis élémentaire de géologieChapitre 5 sur 107 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Dlwlslon générale des eaox. — Les eaux qui recouvrent une partie de la surface de la terre s'y trouvent à l'état liquide ou à l'état solide.

Les eaux liquides peuvent se subdiviser en deux groupes, celles qui font partie d'un immense réservoir qui entoure toutes les terres, et celles qui se trouvent disséminées dans ces dernières.

Les eaux du grand réservoir sont ordinairement appelées mers ou océan. Ce dernier nom est aussi employé, en y ajoutant une épithète, pour désigner de grands espaces d'eau; tandis que le nom de mer^ au singulier, est plus spécialement appliqué à désigner des espaces moins étendus, qui ont ordinairement des espèces de limites tracées par la présence de quelques terres. Lorsque ces terres circonscrivent les eaux de manière que celles-ci ne communiquent avec l'océan que par des passages rétrécis, on leur donne le nom de mers iiitérieures. On appelle b,u&û golfes et laies des parties d'eau d'une plus petite étendue qui s'avancent dans les terres : mais l'application de ces noms est fort arbitraire ; et, quoiqu'il soit reçu qu'une mer doive être plus grande qu'un golfe et un golfe plus grand qu'une baie, l'usage consacre quelquefois le contraire. On appelle aussi estuaires les petites baies dans lesquelles se jette un cours important. Les marins donnent encore les noms à^anse et de criçue à de très petites baies. Ds appellent rades les lieux qui leur offrent des abris pour leurs vaisseaux, et ports ceux qui présentent en même temps des facilités , soit naturelles , soit artifi-

délies, pour le chargement et le déchargement; mais ces deux dernières dénominations appartiennent à l'art de la navigation et à la statistique plutôt qu'à la géographie proprement dite. Par le nom de lagune on entend des parties de mer voisines des terres, souvent resserrées par celles-ci, et dans lesquelles l'eau a généralement très, peu de profondeur.

Lorsqu'une partie de mer, resserrée entre des terres , établit la communication avec d'autres parties de mers plus larges, on lui donne le nom de détroit^ de hras de mer^ de canal ou de passage^ sans parler d'autres dénominations particulières à quelques-unes de ces communications, conmie oelles de Pas-de-Calais, phare de Messine.

Les eaux des terre» peuvent se diviser en eaux courantes et en eaux stagnantes^ en prenant toutefois la dénomination d'eau stagnante dans un sens relatif plutôt qu'absolu; car la plupart des amas d'eaux que nous rangeons dans cette division sont traversés par des cours d'eaux dont ils ne sont alors qu'une espèce de renflement, déterminé par l'élargissement et l'approfondissement de la dépression du sol dans laquelle coulent ces cours d'eau.

Lorsque les eanx que nous appelons stagnante» ont une certaine profondeur, on les nomme lacs ou étangs^ selon qu'elles sont retenues par un obstacle naturel ou artificiel ; mais ici, comme pour les autres divisions que nous venons de voir, l'usage ne se soumet pas à des règles fixes, car on donne souvent le nom d'étang à des amas d'eau retenue par des obstacles naturels, et, lorsque ces amas sont très considérables, on leur attribue généralement le nom de mer^ telles sont la mer Caspienne et la mer d'Aral; on donne même le nom de mer Morte à un petit lac de la Palestine.

On emploie le nom de marais pour désigner des lieux oii l'eau n'est pas assez profonde pour empêcher la végétation, et où elle est i pour ainsi dire mélangée avec la terre. H y a des marais d'une

i étendue immense et d'autres extrêmement petits. On appelle ordi-

nairement satanés les grands marais qui se trouvent dans les plaines de l'Amérique méridionale.

Les eanx eourantea peuvent se distinguer en permanentes et accidentelles : les premières se divisent en Jleuves^ rivières et ruisseaux j selon l'importance du cours d'eau ; mais, quoique l'on ait ; voulu appliquer exclusivement le nom de fleuve aux grands cours d'eau qui se jettent directement dans la mer , on désigne souvent le plus grand des cours d'eau connus par le nom de rivière des Amazones.

Les eaux accidentelles sont quelquefois appelées eaux sauvages;

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et, lorsqu'elles forment des masses considérables qui coulent avec violence et qui exercent des ravages sur leur passage, on leur donne le nom de torrents.

Les points oii l'on voit sortir de l'eau hors de l'écorce solide du * globe s'appellent fontaines ou sources; la réunion de deux cours d'eau est nommée confluent; et celui des deux cours d'eau qui perd son nom pour prendre celui de l'autre, est un affluent de ce dernier. On considère de même comme affluent d'un cours d'eau, tout cours d'eau désigné par un nom différent qui verse ses eaux dans le cours d'eau ou portion de cours d'eau dont on s'occupe; car il arrive quelquefois que les parties d'un même cours d'eau portent des noms différents. Le point où un cours d'eau se jette dans une mer, dans un lac ou dans un étang, se nomme emlouchure^ et lorsque le coiirs d'eau se divise en plusieurs bras vers son embouchure, celle-ci prend le nom de louches.

Lorsqu'un cours d'eau est dans le cas de franchir brusquement une différence de niveau un peu considérable, on donne à ses chutes les noms de cataractes^ de saut^ de rapides et de cascades. Les trois premiers ne s'appliquent qu'aux grands cours d'eau; celui de cataractes indique ordinairement que le fleuve éprouve plusieurs chutes consécutives, tandis que celui de saut annonce une chute unique. Quant au nom de rapide , on l'emploie lorsque la chute n'est pas assez forte pour produire ce spectacle imposant qui attire l'attention sur les cataractes et lés sauts, mais suffit pour intercepter la navigation, ou du moins pour la rendre dangereuse. On se sert du nom de cascades pour désigner les chutes des cours d'eau peu importants. Les eaux 8ollde« peuvent être considérées comme temporaires ou permanentes^ selon que leur état de solidité résiste ou ne résiste pas à la température de l'été. Celles de la première catégorie se composent des neiges qui tombent de l'atmosphère et des glaces qui se forment à la surface de la terre pendant les moments froids et qui se fondent lorsque la température devient plus chaude. Les autres forment les amas connus sous les noms de neiges perpétuelles^ de glaciers et de glaces fixes.

Les neiges periiétuelles ne se remarquent que dans les lieux où la température moyenne est de trois à quatre degrés au dessous du zéro du thermomètre, de sorte que dans la zone torride elles ne peuvent exister qu'à une grande altitude, et que cette altitude tend en général à s'abaisser à mesure que l'on s'avance vers les pôles ; mais la température étant modifiée par un grand nombre d'autres circonstances que la latitude et l'altitude, il y a beaucoup d'irrégularités dans la limite inférieure des neiges perpétuelles : ainsi, tan-

dis que l'on estime qu'elle descend à 4 800 mètres d'altitude dans les Andes de Quito sous l'équateur, elle n'atteindrait que 5 000 mètres dans certaines parties de l'Himalaya sous 30"" de latitude nord. C'est également ainsi que dans l'Islande sous le 65^ degré, la limite serait à 936 mètres, tandis qu'elle serait à 1 266 en Norvège, sous le 67* degré. Ces neiges se composent ordinairement d'un amas à peu près incohérent de petits grains analogues à ceux de grésil, et forment ainsi une espèce d'intermédiaire entre la neige ordinaire et la glace. On leur donne alors le nom de névés.

Les glaciers sont des amas de glace qui ont leur origine dans la région des neiges perpétuelles, mais qui, dans les vallées, se prolongent beaucoup plus bas, de sorte qu'ils présentent quelquefois des murs de glace qui sont, pour ainsi dire, ombragés par une brillante végétation. On désigne ces prolongements par les noms de çladers proprement dits ^glaciers inférieurs ou glaciers éCécoulem&nt^ tandis que les parties élevées sont distinguées par les dénominations de glaciers supérieurs^ mers de glace ou glaciers réservoirs; ces derniers , qui sont souvent plus généralement composés de névés que de glaces, ont quelquefois une étendue très considérable. Tel est celui du Mont-Blanc, qui a plus de 2 myriamètres de long. Les parties de glaciers qui reposent sur un sol à peu près horizontal présentent, en général, une surface unie; mais les parties qui reposent sur un sol inégal ou fortement incliné sont traversées par d'immenses crevasses et hérissées d'aspérités qui ressemblent à des pyramides ou qui prennent une foule d'autres formes plus ou moins bizarres. Les parties inférieures des glaciers sont composées d'une glace compacte plus ou moins fendilée, selon l'état de la température, mais les parties supérieures sont, comme les neiges perpétuelles, à l'état de névé.

On ne voit de glaciers dans les zones tempérées qu'à une altitude considérable; mais dans les régions polaires, ils s'avancent jusque dans la mer. Léopold de Buch estime que les glaciers n'atteignent la mer en Norvège que sous le 67*^ degré de latitude, tandis que M. Darwin en a observé dans le golfe de Lenas au Chili, sous 46^ 40' de latitude australe.

On donne, dans la Sibérie orientale, le nom de tarinnes ou jattes de glace à des amas de glace qui se forment dans des vallées ou même dans des plaines et qui se conservent également pendant l'été, quoique tout le sol environnant soit couvert de végétation. Ces amas, qui se forment dans le voisinage d'une source, diffèrent des véritables glaciers, parce qu'ils ne se rattachent pas à des amas de neiges perpétuelles.

20 GËOGRAPBIE HYDROGRAPHIQUE.

Les glaces qui couvrent les parties de mer qui ne dégèlent point en été portent le nom de places fixes, par opposition aux glaces flottantes^ qui sont des amas de glaces qui flottent dans la mer, et rendent très dangereuse la navigation dans les hautes latitudes. Les limites des glaces fixes sont très variables et ne sont, d'ailletirs, pas encore bien déterminées, d^autant plus que des glaces que Ton considère comme fixes, parce qu'elles ont traversé plusieurs étés, peuvent se rompre pendant une année plus chaude. En général, ^n. rencontre peu de glaces fixes dans l'hémisphère boréal avant le 80* degré de latitude, mais elles s'avancent davantage dans l'hémisphère austral, où la navigation est déjà gênée dès le 60* degré par les glaces flottantes, et où le seul capitaine Ross a pu s'approcher du 79* degré. Les limites où s'étendent les glaces flottantes s'approchent aussi davantage de l'équateur dans l'hémisphère austral que dans l'hémisphère boréal, car il ne paraît pas que daos ce dernier elles dépassent le 40* degré, tandis que dans l'autre, on en a vu dans le voisinage du 36* degré.

Rapports de positions entre les terres et les eanx. — Les différentes positions que les eaux prennent par rapport aux terres s'expriment par diverses dénominations données à ces dernières.

Ainsi, lorsqu'une vaste étendue de terre est contiguë sans être séparée par des bras de mer, on la nomme continent; si l'espace ontouré par les eaux a une surface moins considérable, on l'appelle Ue^ et, s'il est réduit à une très petite surface, on le désigne par le nom A^îlot, La réunion de plusieurs îles groupées à peu de distance les unes des autres forme un archipel.

Lorsqu'une partie de terre un peu considérable s'avance dans les eaux sans en être tout à fait entourée, on l'appelle presqu'île ou ^péninsule; si cette avance ne forme qu'une légère saillie, on la nomme cap^ promontoire ou pointe. Lorsqu'une presqu'île ne tient à d'autres terres que par une bande resserrée, cette bande s'appelle isthme.

Les partie^ de terre qui avoisinent la mer sont nommées côtes : lorsqu'une côte se termine par une pente douce, on lui doitne le nom de place; tandis que l'on SLjipelle falaises les escarpements qui forment la séparation des terres et des mers.

Si des parties solides qui s'élèvent dans les eaux ne sont pas constamment découvertes tout en s'approchant assez de la surface pour gêner la navigation, les marins leur donnent le nom de bancs^ si elles sont formées de matières meubles, sur lesquelles les vaisseaux pourrait s'échouer (1), et ceux S!écueils ou de récifs^ si elles sont

(i) D*aprèfl cette déflailiOD, les bancs teraient à pea près la même cho^e qae kM lagune, Gopea-

formées de matières cohérentes sur lesquelles les vaisseaux pourraient se briser, avec cette différence que les écueils sont plus particulièrement des rochers isolés au milieu de la mer, et les récifs, des espèces de bandes ou de ceintures qui se trouvent le long des tenreset n^en sont séparées que par de petits bras de mer.

Les bancs qui se trouvent à Pembouchure des cours d^eau ont ordinairement une forme allongée, et sont placés en travers de manière à barrer le passage, d^où on les appelle barres,

D y a aussi le long de certaines côtes, surtout dans le voisinage des lagunes et des grands cours d'eau, des langues de terres longues et étroites, formant des presqu'îles et des îles disposées sur une ligne ordinairement courbe qui tend à se rattacher à la côte par ses deux extrémités. Ces parties de terre sont désignées par diverses dénominations selon les localités, telles que NehrunçefL sur les côtes de la Prusse, Zidi sur celles de Vénétie. Nous les appelons barres diluviennes pour des motifs qui seront exposés dans la géogénie.

Les parties de terre qui bordent les cours d'eau sont appelées rites et se distinguent en rive droite et rive gcmche^ en assimilant, pour l'application de ces deux mots, le cours d'eau à une personne qui marcherait dans la direction que suit l'eau. L'espace recouvert par le cours d'eau s'appelle hï, et ses bords berge. Les plaines qm se trouvent à l'embouchure d'un grand fleuve dans la mer et qui ne sont presque pas élevées au dessus de oelle-ci se nomment ordinairement delta. Il y a aussi des plaines de ce genre à l'embouohure des cours d'eau qui se jettent dans des lacs ou des étangs, et on les désigne quelquefois par les noms de queues de lêos ou S!étangs,

On considère comme formant la vallée d'un cours d'eau l'enfoncement par lequel s'écoule ce cours d'eau, soit que cet enfoncement se compose d'une seule vallée proprement dite ou d'une série de vallées, de bassins, de cirques, de défilés, de gorges, de vallons ou même de dépressions si peu prononcées qu'elles ne mériteraient pas le nom de vallons et qu'elles seraient, pour ainsi dire, inaperçues s'il ne s'y trouvait pas un cours d'eau. Le fond d'une semblable vallée présente naturellement un plan continuellement

daat rusagi établit eotre c«8 deaz choies des différencei qu'il est difficile d'exprimer. Eo géoéral, le mol bâoe t'applique plQs parlicolièremeni aox éléTations qui se trooTent an miliea des eaux, tandis que les lagunes touchent tonjours aux terres, et y tonnent souvent des espèces de golfes. De sort« que les bancs sont, en quelque manière, des lagunes de pleine mer, et les lagunes des bases sur les r Ates ; mais il est à remarquer que Ton donne aussi le nom de banc, et pas celui de lagune, aux éléTalions isolées qui se forment sous Teau à Teotrée d*nn port ou d'un golfe, et qui géaiint le iiasiage des navires.

S2 GÉOGRAPUIE HYDROGRAPHIQUE.

descendant, à moins qu'il n'y ait une perte, c'est à dire que le cours d'eau entre dans une cavité souterraine pour reparaître plus loin; mais il ne s'ensuit pas que la direction des cours d'eau exprime la pente générale du sol. L'observation a prouvé, au contraire, que les cours d'eau traversent quelquefois des contrées dont le sol est généralement plus élevé que celui des lieux où ces cours d'eau ont pris naissance; il suffit qu'il y ait dans ce sol des vallées dont le fond soit plus bas que la source de ces cours d'eau. Parmi les nombreux exemples de cette circonstance, nous citerons la rivière d'Alten en Laponie, qui prend sa source à une altitude d'environ quatre cents mètres dans les régions basses qui s'étendent entre la chaîne des Dofrines et le golfe de Botmie, et qui, au lieu de suivre la pente générale du sol vers ce golfe, se dirige vers le nord et traverse la chaîne des Dofrines dans une partie qù elle a une altitude moyenne de plus de 600 mètres.

L'ensemble des terres dont les eaux s'écoulent à la mer par un même fleuve forme le bassin hydrographique de ce fleuve. L'étendue de ces bassins est tout aussi irrégulière que celle des continents et des îles, car, tandis que certains cours d'eau, dont la source est près de la mef , ont un bassin hydrographique presque imperceptible, celui du fleuve des Amazones formerait un continent à lui seul. On nomme arêtes les lignes qui séparent les bassins hydrographiques entre eux, et, d'après ce qui vient d'être dit, des rivières qui parcourent des contrées plus élevées que celles oii elles ont pris naissance ; d'où l'on sent que ces arêtes sont loin de passer constamment sur les points les plus élevés des bassins; on peut même dire qu'il est des lieux où elles n'existent que théoriquement et ne concordent avec aucune inégalité dans le sol ; car il y a des plaines, des marais et même des lacs qui versent leurs eaux à des bassins hydrographiques différents. Cette circonstance se voit notamment en Pologne, au point de partage des eaux qui s'écoulent dans la mer Baltique d'un côté et dans la mer Noire de l'autre.

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