‹ Précis élémentaire de géologieChapitre 72 sur 107 · GE0G£N1E · texte numérisé non relu

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étroîtes et moins enfoncées dans leurs parties supérieures que dans leurs parties inférieures, et qu'elles ont dévié de leur direction par la rencontre d'un rocher tenace, de même que l'on fait dévier le cours de nos rivières en construisant des ouvrages destinés à préserver certaines parties de leurs bords.

D'un autre côté, nous avons fait voir que les soulèvements ont pu donner naissance à des dépressions en forme de bassins qui, n'ayant pas de débouché, ont dû naturellement se remplir d'eau. Or on sent que, dans certaines circonstances favorables, ces amas d'eau se seront creusé des couloirs à travers les digues qui les séparaient des sols inférieurs.

On pourrait encore citer comme faisant une sixième catégorie de vallées celles qui doivent leur origine aux ëmptlons ou éjaculations de matières liquides ou solides qui sont poussées de l'intérieur de la terre. On sait, en effet, que quand les laves sortent des volcans , elles ne sont pas ordinairement assez fluides pour s'étendre sur le sol comme une nappe d'eau, mais qu'elles forment des espèces de bourrelets ou d'éminences longitudinales plus ou moins élevées que l'on appelle coulées. Or, on sent que ces coulées peuvent donner naissance à des vallées, soit en se ramifiant par la rencontre de quelque obstacle, soit en se plaçant l'une à côté de l'autre, soit en s'étendant au milieu d'une vallée qui se trouverait de cette manière divisée en deux. Les éjaculations des matières sèches, en élevant de nouvelles éminences, sont aussi dans le cas de former de nouvelles vallées ; mais les enfoncements qui résultent de ces circonstances sont en général très circonscrits.

On voit par ce qui précède qu'il doit régner beaucoup de eoBis- 0lon dans les causes originaires des vallées, car ces causes agissant, soit successivement, soit simultanément, sur une même contrée, ont dû confondre leurs résultats, de manière qu'il est souvent très difficile de reconnaître quel est celui des divers modes de formation qui a donné naissance à une vallée en particulier. Tel serait, par exemple, le cas d'une contrée où il y aurait eu originairement beaucoup de vallées de refoulement, qui aurait ensuite été fortement plissée, où des soulèvements postérieurs auraient produit de nombreuses fractures avec écartement, où le jeu des pièces séparées aurait donné naissance à des failles, et où les mouvements des eaux diluviennes et glaciaires auraient opéré de fortes érosions et donné en quelque manière une dernière façon à toutes les vallées préexistantes.

L'origine des cavernes est un phénomène sur lequel nous ne louvons faire que des conjectures très hasardées, non pas celles de

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toutes les cavernes, car ce que nous avons dit des volcans, du soulèvement des montagnes et des autres dislocations de Técorce terrestre fait aisément concevoir qu'il s'est formé des cavités dans cette écorce. On conçoit également que la circulation des eaux souterraines et surtout des eaux acidulées a pu augmenter et façonner ces cavités, d'autant plus que les cavernes se trouvent généralement dans des roches calcareuses. On conçoit encore que les émanations gazeuses qui se propageaient à travers des fissures ont pu rendre friables des roches non solubles et par conséquent y faciliter la formation des cavités. Mais ces diverses considérations nous paraissent insuffisantes pour expliquer l'origine des cavernes qui se prolongent horizontalement dans une même couche sous la forme de couloirs étranglés, c'est à dire formés d'une série de grandes salles communiquant par des passages étroits.

L'époque de la formation des cavernes est aussi une chose assez obscure, car elles se trouvent principalement dans les terrains primaires et secondaires, tandis que les dépôts que l'on y rencontre appartiennent généralement aux terrains quaternaires et modernes, n ne parait pas cependant qu'elles puissent avoir une origine aussi peu ancienne. Ce résultat provient probablement de ce que les cavernes que nous connaissons n'ont été mises en communication avec l'extérieur que par les dernières dislocations.

On a aussi beaucoup discuté sur la manière dont les ossements sont arrivés dans les cavernes où ils se trouvent. Une des premières opinions que l'on a eues à ce sujet a été que ces cavernes avaient servi d'habitation aux carnassiers, tandis que les herbivores y avaient été entraînés par les carnassiers auxquels ils servaient de nourriture, et il y a lieu de croire qu'il a pu en être ainsi pour certaines cavernes. On a aussi reconnu, dans ces derniers temps, que des ossements provenaient d'animaux qui avaient servi à la nourriture d'hommes qui habitaient dans les cavernes ou qui venaient y faire leurs repas. D'un autre côté, la stratification que présentent les dépôts d'un grand nombre de cavernes, les rapports qui existent entre ces dépôts et ceux qui se trouvent dans les vallées voisines, le mélange des ossements avec des fragments de pierre, la présence d'ossements qui se trouvent comme arrêtés dans les ouvertures qui existent dans le toit des cavernes annoncent que le remplissage de celles-ci est aussi dû aux grandes inondations qui ont déposé les terrains quaternaires de transport.

Ce que nous avons dit ci-dessus sur les liaisons qui ont dû exister dans les temps primitifs entre les divers modes de formation des dépôts doit nous faire, en quelque manière, désespérer de parvenir

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à rapplleatlon mnx éépM» exifilaats de» f aalre wmaéem thi^rU qnes de format Un, mois, d^un autre côté, ces liaisons sont parfaitement d'accord avec la confusion que l'étude géognostique des terrains nous a fait reconnaître.

La fonnatioB du terrain granitique est notamment sujette à beaucoup de contestations, car, tandis que la structure non stratifiée de ce terrain, sa texture cristalline, et sa position, ordinairement au dessous des autres dépôts, nous portent à y voir les premiers effets de la coagulation, d'autres géologues, s'appuya ut sur les massifs granitiques qui sont à découvert, ainsi que sur les granités qui se lient avec des terrains assez avancés dans la série, ou qui reposent sur ces terrains, ou enfin qui s'y trouvent injectés sous la forme des filons, rejettent l'opinion de l'ancienne consolidation des terrains granitiques ; lesjuns y voyant des roches éjaculées de l'intérieur de la terre à la manière des porphyres et des laves, tandis que les autres y voient des roches d'origine neptunienne qui ont été modifiées par le phénomène dont nous parlerons ci-après sous le nom de métamorphisme.

Nous ne pouvons adopter la première de ces opinions parce que, d'après ce que l'on connaît des lois de la cristallisation et du refroidissement, il nous paraît difficile que des matières liquide^, poussées au jour à une époque où la surface du globe était déjà assez refroidie pour permettre aux corps organisés d'y vivre, aient pu prendre une texture aussi complètement cristalline que celles des granités. Nous repoussons aussi la seconde parce que le granité forme quelquefois dans les roches neptunieunes de véritables dykes à limites très tranchées, ce qui annonce une véritable injtK'tion, tandis que si la partie granitique étiiit le résultat du métamorphisme il y aurait une liaison intime entre la partie modifiée et celle qui ne l'est pas.

n nous semble, d'un autre côté, que l'on peut facilement se rendre raison, dans notre hypothèse, des faits que l'on invoque contre elle, car on conçoit, pour ce qui concerne les massifs granitiques à découvert, que cette circonstance peut être le résultiit d'une dénudation causée, soit par l'action érosive des eaux, soit, ce qui doit avoir eu plus fréquemment lieu, par le glissement des masses qui recouvraient le granité lorsque celui-ci a été soulevé. Quant à la superposition du granité sur des dépôts plus nouveaux, elle s'explique facilement dès que l'on admet la théorie des soulèvements, puisque la force qui peut relever une masse peut à plus ""orte raison la renverser en sens contraire. Pour ce qui concerne

s liaisons et les injections, il est à remarquer que, en considérant

les granités comme le résultat de la première coagulation de la croûte du globe, nous ne prétendons pas qu'ils aient acquis, dès le premier moment, l'état complet de cohérence rigide. Il est au contraire très probable qu'ils ont conservé pendant longtemps un certain degré de mollesse, en ce sens que les petits cristaux et les grains qui les composent n'avaient qu'une faible adhérence entre eux, ce qui devait leur permettre, lors des soulèvements, de se mêler avec les roches en voie de formation et de s*injecter dans les fentes de celles qui étaient déjà consolidées. La présence des fragments de gneiss dans le granité ne contrarie pas non plus l'hypothèse de la coagulation, car le gneiss ayant dû commencer à se former lorsque la croûte solide du globe était encore très mince, on conçoit que quand cette croûte se rompait les fragments se mêlaient avec la partie liquide et que les portions d'entre eux qui ne se fondaient pas doivent se retrouver sous la forme de noyaux et d'amas lenticulaires dans la masse principale. Enfin nous ferons remarquer qu'aucune partie des autres matériaux que l'on observe dans l'écorce du globe ne paraît satisfaire aussi bien que le terrain granitique aux conditions que doivent présenter les premiers résultats de la coagulation de cette écorce, et cependant, dès que l'on admet l'hypothèse de la fluidité ignée, on ne peut contester qu'il y ait eu un premier produit par consolidation.

Le mode de formatloii àem dépôts erIslallophyllieBs est encore plus problématique que celui des granités. La texture cristalline du gneiss et ses rapports avec le granité ont été cause que pendant longtemps on a attribué la même origine à ces deux terrains ; mais la structure massive du granité et les indices de stratification que l'on remarque dans le gneiss, nous semble devoir faire rejeter cette opinion. D'un autre côté, dès que l'on admet que la terre a été à l'état de fluidité ignée, on est conduit, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, à admettre qu'il y a eu des précipités de matières solides avant qu'il ait pu demeurer à la surface de la terre des amas d^eaux liquides analogues à nos mers actuelles. Or, s'il s'est réellement formé des dépôts par précipitation atmosphérique, c'est principalement dans le gneiss qu'on doit les voir, parce que ce système de roches présente tous les caractères indiqués par la théorie, c'est à dire la position immédiate sur le granité, une liaison intime avec celui-ci et une composition semblable. D'un autre côté, il y a tant de rapports entre le gneiss et les autres systèmes cristallophylliens, que nous sommes porté à croire qu'une partie de ceux-ci ont une même origine : mais d'autres géologues, partant de la circonstance que le métamorphisme a rendu des roches incon-

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testablement d'origine neptunienne, tout à fait semblables à nos roches cristallophylliennes, pensent maintenant que toutes celles-ci sont métamorphiques. Nous convenons que nous ne pouvons faire d'autre objection contre cette hypothèse, que de dire que celle que nous proposons nous paraît plus probable parce qu'elle se rattache mieux à l'ensemble des phénomènes que nous supposons avoir concouru à la formation de notre globe, car nous ne concevons pas, ainsi que nous venons de le dire en parlant du granité, pourquoi on ne verrait plus à la surface de la terre aucune partie des premiers résultats de sa consolidation. Du reste, on verra, lorsque nous parlerons du métamorphisme, que ce phénomène a dû rendre dans certaines circonstances les roches neptuniennes semblables à celles qui ont été formées par sédiments avant l'existence des mers ; de sorte que, tout en admettant que le terrain de gneiss ait été produit par précipitation atmosphérique, nous sommes loin de prétendre que le métamorphisme n'ait pas transformé des roches sédimentaires en gneiss; de même qu'en admettant qu'une partie des micaschistes et des stéaschistes ait été produite par précipitation atmosphérique, nous sommes loin de prétendre que les calcaires cristallophylliens ne soient pas dt-s dépôts neptuiiiens, modifiés par le métamorphisme et intercalés dans des roches antérieures par suite des dislocations qui ont boulevé et renversé une partie de l'écorce terrestre (1).

La formation par précipitation aqueuse des terrains Beptaniens, autres que les dépôts cristallophylliens, est suffisamment attestée par la présence des débris d'animaux aquatiques qu'ils recèlent, ainsi que par quelques autres ressemblances avec les dépôts qui se font maintenîuit sous les eaux; mais, quelles que soient ces ressemblances, la puissance, la nature, et la cohérence des dépôts

(!) Parmi les faits invoqaés en faveor de rorigine aqaeuse de toas les dépôts cristallopbyllieni, on cite des gociss et des micaschistes qui, quoique se iroaraut aa miliea des massifs les iDi«;ûi prononcé», font imprégnos d»* bilume et contiennent des grains d'anthracile ; mais je ne crois pas qoe ces faits ai»*Dt Timporlance qu'on leur attribue. En effet, pour ce qui concerne le biiame, ». y a lien, ainsi que je l'ai dit ci-dessus (pag. 43i),de considérer cette substance comme Tenant de rintérieur de la terre ; de sorte que l'on ne voit rien qui s'oppose i ce qu'elle ait quelquefois imprégné des roches cristallophylliennes aussi bien que celles moins anciennes. D'an antre cOkcomme les émnn.itionR d'acide carbonique prouvent l'existence do carbone dans rintéiienr de na terre, on ne voit pas non plus pourquoi ce corps n'aurait pas pu, dans certaines circonstance», se déposer sous forme do cliarbon.

En voyant l'opinion que j'omets sur l'origine des dépôts cristallophylliens, on ponrrail me reprocher d'avoir compris ces d»pùls dans la classe des terrains nepluniens, mais je réponds qu'il d« convient pas d'établir une classe particulière dont l'existence ne serait fondée qoe sur UDehypothr-»*» qui est repons-sée par la plupart des géologues ; d'un autre côlé, outre que la précipitation almoi- ■»hérique a beaucoup de rapports avec la pré'cipitaiion aqueuse, le classement qoe j'ai suivi hunil

■vantage do devenir le seul convenable s'il était un jour reconnu que tous les dépôts crislalio-

lylliens àonl d'origine aqueuse.

anciens nous portent à croire que les causes qui ont donné lieu à leur formation avaient beaucoup plus d'énergie que celles qui agissent actuellement.

Nous avons vu dans le chapitre précédent que les principales de ces causes sont : 1"^ Férosion des eaux qui produisent les alluvions et tes autres dépôts mécaniques ; 2® Taction chimique des sources minérales qui produisent les dépôts tufacés ; 2"^ les éruptions volcaniques qui lancent des matières pulvérulentes qui, lorsqu'elles tombent dans Teau, forment des couches qui se mêlent avec les alluvions.

Beaucoup de géologues, partant du peu d'importance actuelle des deux dernières causes, sont d'avis que l'érosion des roches préexistantes a pu donner naissance à tous les dépôts neptuniens. Sans contester que ces érosions aient produit une partie de ces dépôts, nous croyons qu'elles sont tout à fait insuffisantes pour rendre raison de l'ensemble de cette production; car, lors même que l'on admettrait que des eaux, semblables aux eaux actuelles, aient pu désagréger et emporter des masses de roches aussi considérables, nous ne comprendrions pas comment elles auraient pu trier et dissoudre leurs éléments de manière à déposer les assises de roches à peu près homogènes que l'on voit dans la série des terrains neptuniens. Nous concevons encore moins comment les eaux en désagrégeant les granités, les gneiss et les anciennes roches schisteuses auraient trouvé le carbonate calcique qui forme les immenses assises de roches calcareuses qui leur succèdent.

Nous pensons donc que l'on ne peut expliquer l'origine des dépôts calcareux anciens qu'en recourant à la même hypothèse que nous avons indiquée (page 407) pour les petits dépôts de calcaire tufacé qui se font maintenant, c'est à dire à des éjaculations de Fintérieur. On ne peut contester qu'il existe de l'acide carbonique et de l'eau dans l'intérieur de la terre, puisque ces corps se trouvent dans les matières lancées par nos volcans. Nous avons aussi déjà fait remarquer (page 424) que, quand des matières solides se solidifient, il se passe des phénomènes chimiques qui déterminent la formation de gaz et l'expulsion de matières gazeuses, liquides et solides. D'un autre côté, dès que l'on admet la fluidité originaire du globe terrestre on conçoit que son refroidissement, et par conséquent la formation de son écorce, devait se faire très rapidement lorsque cette écorce était douée d'une haute température qui se perdait dans les espaces planétaires, tandis que ces phénomènes doivent se réduire à bien peu de chose depuis que l'action solaire, ainsi que nous l'avons dit ci-dessus (page 414), maintient à la sur-

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face (le la terre une températui'e peu diflFérente à celle de l'air ambriaut. On voit donc qu'il a pu exister des temps où Témanation du carl>onate calcique était infiniment plus considérable qu'à présent, et, comme cette substance se dissout facilement dans Teau acidulée, on sent qu'elle a pu être transportée par ces eaux et déposée sous la fonne de couches.

Les sables et les grès d'un beau blanc qui se trouvent au milieu: de sables colorés ou de roches de nature différente ne nous paraissent pas non plus pouvoir être le résultat d'érosions, taudis que leur origine s'explique facilement par l'éjaculation, puisque !e même phénomène se passe encore aux geysers d'Islande (page 40S K sauf qu'il y a lieu sur une échelle infiniment plus petite. D'un autre côté, il s'est formé par éjaculation dans les temps anciens de puissants dykes de quartz. Or on ne voit pas pourquoi la silice n'aurait pas pu être expulsée de l'intérieur à l'état arénacé aussi bien qu'à l'état liquide ou pâteux. On peut même dire, vu l'immense quantité de sables, de grès, de psammites et de macignos qui se trouvent dans l'écorce terrestre, que la silice a une grande tendance à prendre la forme arénacée. Tendance qui est peut-être le résultat de sa dissolution dans le fluor, car la forme de la plupart des grains quartzeux, qui entrent dans la composition des roche-s que nous venons de citer, annoncent le résultat d'une précipitation granuleuse plutôt que celui de l'érosion ou de la trituration de roches préexistantes.

Nous croyons que l'on peut aussi attribuer aux éjaculations l'origine d'une gmnde partie des argiles; car, outre qu'il y a, ainsi qu'on le verra ci-après, des dépôts argileux que nous considérons comme produits directement par des éjaculations dans des lieux émergés, rien ne s'oppose à ce que l'on admette que la matière des porphyres ait été quelquefois éjaculée à l'état meuble aussi bien qu'à Tétat pâteux, de même que nos volcans lancent dts cendiTs aussi bien que des laves. Or, on conçoit que cette matière des porphyres, poussée à Tétat meuble dans la mer, pouvait perdre ses alcalis par son remaniement dans les eaux et se déposer ensuite en couches argileuses. Si on objectait contre cette manière de voir que nos cendres volcaniques sont de la pépérine ou du trass et non de l'argile, nous répondrions qu'il doit en être ainsi dans notre hypothèse, puisque la matière des laves devenue meuble doit être de la pépérine ou du trass et non de l'argile comme celle des porphyres. On peut aussi invoquer en faveur de cette transformation de la matière des porphyres en argile les passages que l'argilo-

\yre et Fargilolite établissent entre les porphyres et les argiles.

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Peut-être que l'on pourrait encore invoquer en faveur de l'hypothèse des éjaculations la circonstance que la même nature de roches se propage dans une même contrée, tandis que pendant les mêmes périodes il se formait des roches de nature différente dans des contrées plus ou moins voisines; car, si les dépôts étaient le résultat de matières uniformément dissoutes ou transportées dans une vaste mer, ceux de chaque époque seraient de même nature, ainsi d'ailleurs que les géologues l'ont cru pendant longtemps.

On voit par les considérations qui précèdent que, dès que l'on admet la fluidité ignée du glohe terrestre, on peut expUquer la formation des dépôts neptuniens beaucoup plus facilement qu'en supposant que ces dépôts sont exclusivement le résultat de l'éro* sion de roches préexistantes.

Si maintenant nous nous occupons des dépôts que l'on est assez généralement d'accord pour considérer comme des résultats d'éjaculations, c'est à dire de ce que nous avons indiqué (page 439) pour quatrième mode de formation de l'écorce terrestre, nous ferons remarquer que dès que l'on admet le ridement de cette écorce, on sent que les parties du liquide intérieur qui étaient en dessous de la ride, n'étant pas pressées par l'écorce comme celles qui en étaient éloignées, devaient tendre à s'élever dans l'intérieur de la ride, à s'injecter dans les fentes qui pouvaient s'y former et même à s'épancher à la surface, ce qui explique l'orl^lBe des ealoln, des dykes et des nappes plutoniennes, phénomène qui a dû avoir lieu depuis le moment où a commencé la première ride et se continuer jusqu'à celui où nous supposons que l'épaisseur et la rigidité de l'écorce du globe ne lui ont plus permis de se rider, et où ce phénomène a été remplacé par les éruptions volcaniques.

Cette manière de voir nous explique les diverses circonstances que l'étude de ces terrains fait connsûtre. Ainsi la liaison entre les porphyres et les granités de même que les rapports de composition qui existent entre ces deux groupes de roches, sont une conséquence naturelle de l'origine que nous leur attribuons, car si les granités sont le résultat de la première coagulation de la partie supérieure de la masse liquide, et si les porphyres sont le résultat des premières injections de ce même liquide à travers les parties fraîchement coagulées, on conçoit que la nature de ces matières ne doit presque pas présenter de différences, et qu'il a dû s'opérer dans beaucoup de cas une union intime entre la matière injectée et celle injectante. On conçoit également que cette dernière, introduite dans une masse déjà fortement refroidie, n'a pu se cristalliser d'une manière aussi complète que la première qui s'est

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refroidie sans rintermédiaire de corps étrangers, ce qui explique pourquoi la texture granitoïde domine dans les uns et la texture porphyroïde dans les autres.

On conçoit, en outre, que si le globe a été à l'état fluide, il est bien probable que les matières qui composaient cette niasse se sont disposées jusqu'à un certain point dans l'ordre de leurs densités, de sorte qu'il y aura peu de différences entre celles qui étaient voisines, ce qui explique pourquoi les dépôts porphjriques, qui sont les plus anciens, sont précisément ceux qui ressemblent le plus aux granités, et pourquoi les dépôts trappéens, trachytiques et basaltiques, qui viennent après, ressemblent davantage aux produits de nos volcans (1).

L'origine des dykes de qnarU qui traversent les terrains primaires est plus douteuse que celle de ceux dont nous venons de parler, car si quelques géologues croient qu'ils sont, comme les porphyres, le résultat d'éruptions pâteuses, d'autres pensent que leur origine est analogue à celle des filons erlstolilnii, phénomène dont on s'est beaucoup occupé. Il n'y a pas encore longtemps que l'on pensait généralement, avec Wemer, que ces filons étaient des fentes remplies de haut en bas par l'effet des eaux qui baignaient la surface de la terre; mais, dans ce cas, on doit se demander conmient, à ces époques, il ne se faisait pas, hors de ces fentes, de s dépôts analogues à ceux qui se formaient dans leur intérieur, et conmient la terre ne s'est pas couverte d'une cuirasse métallique. On peut aussi se demander comment les eaux pouvaient dissoudre une si grande quantité de métaux ; et, en admettant la possibilité de la dissolution, où ces eaux superficielles trouvaientrclles les matières métalliques à dissoudre ?

D'un autre côté, on a remarqué qu'un grand nombre de ces filions n'avaient point d'ouverture à l'extérieur, et qu'il en existe dans les roches plutoniennes aussi bien que dans les roches neptuniennés. Or ces diverses circonstances portent à croire qu'il est probable que les matières qui composent les filons proprement dits ont été amenées, de bas en haut, de la même manière que celles

(!) Si l'on objoclait, contre l'opiDioa de rarraogemeat des matières qni composent le globe dant Tordre de lear d«nit>i(é, qoe les terrains platoniens n*aDDoacent pas on aceroissemeat dedecsitc* très sensible dans l'ordre de leurs éjacolationSf on pourrait répondre qae les corps, en chanf e.ant d'état, éprouTeol presque tonjoars des changements dans lear densité; que ces matières, en Irarersant la croule solide pour arriver au jour, ont dû éprooTer des actions sasceptibies de modifier leurs propriétés oriKioaire^, et qu'enfin l'interposition des matières gâteuses a joné on rôle intportant dans le phénomène de réjaculation. On pourrait dire aussi que les roches pIntonieoDes nouvelles annoncent qu'elles parlent d'une masse plus dense que les roches anciennes, car ceiles-U contiennent ordinairement pins de fer et moins de magnésie que cellts-el. Or, on sait que loi combinaisons du Ter sont généralement plus denses qne celles de la magnésie.

que déposent nos sources minérales, c'est à dire que les émanations gazeuses qui s'échappaient des matières en fusion situées au dessous de l'écorce solide du globe, après s'être combinées avec les eaux qui deYaient probablement remplir une grande partie de ces fentes, dont la plupart étaient sous les mers, se seront successivement cristallisées sur les parois de ses fentes; opération dans laquelle les phénomènes électriques auront sans doute joué un rôle important.

On a aussi attribué l'origine des filons proprement dits à une action plus directe des émanations intérieures qui auraient fait leurs dépôts à la manière des produits sublimés qui se forment dans nos volcans, dans les cornues de nos fabriques et dans les cheminées de nos fourneaux. Il est bien probable que de semblables sublimations ont eu souvent lieu, surtout dans les roches plutoniennes, mais la formation par l'intermédiaire des eaux est beaucoup plus probable pour les filons ordinaires où abondent le quartz et le calcaire à l'état cristallin, d'autant plus que la vapeur d'eau devait être l'élément principal des émanations gazeuses, ainsi qu'elle l'est encore dans les émanations actuelles.

Du reste, dès que l'on attribue l'origine des filons proprement dits à des émanations intérieures, on fait rentrer cette origine dans le même ordre de phénomènes que ceux auxquels sont dus les principaux événements qui se passent à la surface de notre planète, et on évite la plupart des difficultés qui s'opposent à l'adoption des autres hypothèses. On conçoit, en effet, pourquoi les matières métalliques se rencontrent de préférence dans des fentes, et la source de ces matières est toute trouvée; car la circonstance que la pesanteur spécifique de la terre est à peu près le double de celle de la plupart des roches qui composent sa surface, annonce qu'il y a dans son intérieur beaucoup de matières plus pesantes que ces roches; matières qui, d'après ce que nous connaissons, doivent être des métaux proprement dits.

L'origine des dépôts que nous avons groupés sous le nom de âlomi fragmentaires est beaucoup plus complexe que celle des filons cristallins. Toutefois il n'est pas douteux qu'une partie de ces dépôts ont une origine analogue à celle des filons cristallins, tels sont ceux qui forment la partie supérieure de ces derniers et qui souvent paraissent être le résultat de l'altération de ceux-ci. C'est ainsi que des dépôts fragmentaires de minerai de fer sont considérés comme produits par la décomposition des pyrites, ainsi que l'annoncent des morceaux de limonite dont l'intérieur est encore à l'état de pyrite. On conçoit aussi que quand les matières

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qui forment les filons cristallins, au lieu de trouver Fabri et la tranquillité nécessaires à leur cristallisation, étaient soumises à des réactions subites elles devaient se précipiter en dépôts meubles. Ce résultat devait surtout se produire lorsque ces matières étaient mises en contact avec des eaux agitées.

D'un autre côté, il est évident qu'il y a aussi des filons fragmentaires dont l'origine est due au remplissage de haut en bas par des matières amenées par des eaux superficielles, telles sont les brèches osseuses et les poches remplies de diluvion.

Mais, entre ces deux catégories de filons fragmentaires, il y a des dépôts sur l'origine desquels on est loin d'être d'accord; et sont, entre autres, ceux formés de sable et d'argile qui remplissent de vastes cavités. Beaucoup de géologues y voient des déb^L^ de roches préexistantes amenées par les eaux superficielles, mais l'état de pureté que présentent souvent ces matières, la façon dont on voit fréquemment le sable et l'argile se traverser l'un dans l'autre comme s'il y avait eu injection de bas en haut, nous portent à y voir des produits d'éjaculations en nous référant à ce qui a été dit ci-dessus (page 460).

L'origine des marqnols ou puits naturels donne lieu aux mêmes divergences d'o})inions que celle des filons fragmentaires, la plupart des géologues n'y voyant que des poches remplies parle haut, tandis que d'autres croient qu'il y a des marquois qui, comme fe filons proprement dits, ont été formés par des éjaculations de Tintérieur. La première de ces opinions s'appuie sur ce qu'il y a beaucoup de dépôts formés dans de véritables poches et dont la natui-e est tout à fait sembla! )le à celle des marquois dont on n'a pas trouvé le fond et ensuite sur ce que l'on voit ordinairement dans la partie supérieure de ces derniers des cailloux analogue^ i ceux du terrain superficiel environnant; mais, lorsque l'on examine attentivement ces dépôts, on voit que souvent la partie caillouteuse ne forme qu'une poche, en forme de cône renversé qui ue s'avance qu'à une faible profondeur , tandis que l'ensemble du man^uois est composé d'une matière assez uniforme et ne renferme d'autres fragments que ceux des roches qui l'encaissent, ce qui annonce que les eaux superficielles n'ont fait que remplir le vide laissé par la dernière éjaculation ou produit par le tassement des matières éjaculées. D'un autre côté, il est à remarquer que des coupes où l'on croit voir la terminaison d'un marquois peuvent être dues à une déviation de la direction de celui-ci (1).

(i) Les Iravaux que Ton a exécnUîs pour faire les fossés du fort d'ivry, prés de Patù, ool Ut'

U existe aussi des dépôts argileux qui, sans avoir la forme des filons et des marquois, présentent, dans leur allure, des irrégularités qui annoncent un mode de formation analogue ; c'est ainsi, par exemple, que nous sommes porté à attribuer TorlgiBe de l'argile à silex dn Thlmerais (page 252) à des éjaculations qui ont eu lieu pendant les périodes tertiaires et quaternaires dans des contrées en partie émergées, ce qui explique la divergence d'opinions que nous avons dit exister sur l'âge de ce dépôt. On conçoit en effet que tandis que les portions de cette argile poussées sur un sol qui est demeuré émergé peut ne point présenter de distinctions chronologiques, tandis que celles qui ont été éjaculées sous l'eau ou qui ont été submergées postérieurement par des abaissements ou par des inondations, ont pu être recouvertes par les dépôts qui se sont faits successivement dans les mers ou dans les lacs avoisinants et dont l'âge est indiqué par les fossiles qu'ils renferment. Cette manière de voir peut aussi être appuyée par la ressemblance de l'argile à silex du Thimerais avec l'argile plastique de Paris (page 254), les meulières de la Ferté-sous-Jouarre, (page 244), les meulières de Meudon (page 246) et le diluvien rouge de Paris (page 234).

Lorsque les fentes, par où s'échappaient les matières qui ont donné naissance aux filons, étaient ouvertes par le haut et que ces matières étaient trop abondantes pour rester dans ces cavités, elles se répandaient à la surface où elles ont formé, soit des espèces de chapeaux au dessus des filons, soit des nappes, des bassins ou même des couches régulières lorsque l'éjaculation se faisait sous les eaux. Telle est l'origine d'une 'partie deii minerais de fer que l'on a improprement appelés minerais cTalluvion.

n est à remarquer que ce sont ces matières rouges, c'est à dire les minerais de fer, les argiles rouges, les diluviens rouges qui remplissent le plus ordinairement les marquois, les poches et les ravins qui se trouvent sous des formes plus ou moins singulières dans les roches calcareuses. Cette circonstance paraît annoncer que la production de ces cavités provient de ce que les eaux qui transportaient les matières rouges étaient acidulées ou qu'il s'y

passait des décompositions qui rendaient un acide libre.

▼oir VQ marqBoii qoi parabsait te terminer arec la face iaférimire d*oii6 eoocha de calcaire frofaler ei qui reparaiisait plaa loto dans la couche inférieure, comme li la matière éjacnlée ayant été «rvêtée par la résiitance de la conclie sopérienre avait iniTi le joint de ttratilication jatqn'à ee qa'eUe ait trouTé la poftsibililé de reprendre sa direction Teri le joor. Il eit à remarqaer anati q«e des polu oatarels semblables i ceioi obserré par M. de Lappareot dans le pays de Bray {BuU. de ia Soe, fféol. de France, 1867, t. XXIV, pag. SS9), dont on n*a pas trooTé le fond à 60 mètres, s'expliquent plos facilemeni par la force d'^acnlation qne par le crensement des eau saperficielles.

fiftcis ra eÉoLoen. 30

ISS GÊOGÊNIE.

n est probable qu'une partie des gif e« aarlf^re» que l'on a confondus avec les alluvions et les diluvions proviennent directement d'éjaculations, car quand on fait attention à la rareté de l'or et des minéraux qui l'accompagnent dans les roches cohérentes, on doute que ce soit à la seule destruction de ces roches que puisse être attribué tout l'or que l'on rencontre dans les déj>ôts meubles, et on est porté à croire qu'il en est arrivé à la surface par un phénomène analogue à celui qui a produit les filons (1).

L'origine des reehes bréeliiferines et poMdlaglferHies ainsi que celle des bleeamx et des eollleiix est aussi un phénomène très complexe qui se rattache en partie aux éjaculations intérieures et en partie aux phénomènes physiques et chimiques qui se sont passés à la surface de la terre.

Nous avons, en effet, déjà fait remarquer que les dykes et les culots doivent avoir été formés par des matières en fusion poussées de bas en haut. Or le frottement de ces matières contre les masses solides qu'elles traversaient a dû donner naissance à une grande quantité de fragments, dont les uns se détachaient des roches traversées et dont les autres résultaient de la solidification partielle des portions extérieures de la matière liquide. Une partie de ces fragments seront restés autour de la masse injectée, et eu forment comme Vemhallage; les autres auront été poussés à la surface, comme les matières fragmentaires qui accompagnent les laves qui s'échappent des flancs de nos volcans, ou les coulées de métal qui sortent de nos fourneaux de fusion, et si elles sont arrivées dans une mer agitée, ce qui doit avoir été le cas le plus commun, elles se seront disposées en couches plus ou moins irrégulières et plus ou moins étendues. Cette hypothèse explique pourquoi il y a tant de dépôts fragmentaires dans le voisinage des dykes et des culots porphyriques, trachytiques, ophiolitiques, trappéens, basaltiques et volcaniques (2).

Û s'est aussi formé des brèches par voie d'injection. Telles sont celles qui se trouvent dans le voisinage de la mer Morte et qui sont le résultat de l'injection d'une matière bitumineuse dans un calcaire fendillé ou caverneux (3). On conçoit également que, de

(!) Celle manière de voir a reça, dans ces derniers temps, un appai par le beaa tnraii At M. Lanr sor le gisemml de for en Californie (.4nn de» mines, l)v63, l. 111, pag. 347), oà l*ant«ir conclut, de kes observations, que la plus grande partie de cet or a éie amenée par des «onren mieé' raies eloù il cile, à i'appui di* celle opiDioo, des sources silaé«»s À Ve^i de la Sierra Mtvada qui déposent encore des matières siliceuses renfermant des paillelies d*or.

(2) Voir la noie t de la pag. 331 relaiivê ao classement de ces dépôts.

(3) Voir le JUêtnoire de M. L. Lartet sor les dites bilamioeux tft la Jfldép (Dull de la Sée. çe^jl. de France, 1866, t. XXIV, pag. 12).

même qne dans une caisse de verres, ou trouve des carreaux brisés au milieu de carreaux intacts, il y a eu, lors des dislocations, des couches ou des fractions de couches qui ont été dans le cas d'être beaucoup plus fracturées que Tensemble du massif, et qui par conséquent se trouvaient mieux disposées pour recevoir les matières liquides qui étaient poussées de bas en haut, lesquelles se seront introduites entre les fragments. Nous pensons qu'une partie des calcaires brèches, notamment le beau marbre connu dans les arts sous le nom de MUehio di Seravezza, en Toscane, ont été formés de cette manière.

Une cause qui a aussi exercé une grande influence pour la formation des blocaux, des cailloux, des brèches et des poudingues, c'est la tendance au retrait et au fendillement qui a lieu dans les matières qui se dessèchent ou qui se refroidissent. Cette tendance est quelquefois telle qu'il y a des substances, notamment l'allophane, que l'on extrait de la terre en morceaux bien compactes, sans aucune apparence de joints, et qui, après avoir été conservées quelques mois dans un endroit sec, se trouvent divisées en une multitude de petits fragments anguleux. On conçoit que cette tendance suffise pour transformer des masses minérales en tas de blocaux qui peuvent s'arrondir en cailloux si les eaux les font rouler sur eux-mêmes, et les transportent à des distances plus ou moins éloignées. Mais il y a de ces blocaux dont il n'est pas aussi facile de se rendre raison ; ce sont ceux qui, comme les meulières des environs de Paris, et les phtanites du Condros, consistent en fragments disséminés dans des amas de matières meubles de nature diflFérente, car les formes anguleuses et non cristallines de ces fragments ne permettent pas d'y voir le résultat d'une formation par cristallisation ou concrétion, ni d'admettre qu'ils aient subi un véritable transport. Probablement que ces fragments proviennent de blocs ou de gros rognons qui s'étaient formés dans les matières où ils se trouvent, qui se seront ensuite fendillés par retrait, et dont les fragments auront été éloignés les uns des autres par les agitations que le sol aura éprouvées postérieurement; de même que, quand on fait osci)ler un vase contenant des fragments de diverses grosseurs, on voit les plus gros tendre à s'élever vers la superficie.

Les fragments produits par une des causes que nous venons d'indiquer peuvent être liés ensuite par une pâte quelconque, telle que du calcaire, de la silice, de l'argile ferrugineuse, ou autre substance; c'est le cas le plus simple de la formation des roches poudingiformes et bréchiformes. C'est notamment celui des filons

46S GÊOGÉNIB.

fragmentaires dont nous avons déjà parlé sous le nom de brèches osseuses^ qui ont été formées par la chute dans des fentes de fragments de pierre et d'os d'animaux, unis ensuite par un ciment de calcaire ou d'argile ferrugineuse. L'existence de ces brèches dans des massifs calcareux s'explique aisément, par la double raison que ces massifs présentent beaucoup de fentes, et que les eaux qui les traversent sont plus ordinairement chargées de principes terreux en dissolution. L'état fracturé des ossements, ainsi que le mélange de fragments qui proviennent d'individus et d'espèces différentes, prouvent que les animaux ne sont pas tombés entiers dans les fentes, mais que leurs ossements déjà brisés y ont été entraînés par les eaux.

U y a encore une catégorie de dépôts conglomérés, dont il est très difficile de se rendre raison, mais qui nous paraissent être le résultat de la combinaison de divers phénomènes; c'est celui des roches intercalées dans des dépôts neptuniens, où l'on ne voit aucune trace d'injection plutonienne, et qui sont formées de fragments dont on ne reconnaît pas l'origine dans d'autres massifs (1 ). Sans avoir la prétention de donner une explication satisfaisante de ce phénomène, nous sommes porté à croire que des sources, qui qui avaient quelques rapports avec les Geysers d'Islande, étaient douées de la faculté de déposer une grande quantité de silice qui se coagulait promptement, soit dans les bassins qui la recevaient, soit dans les canaux qui l'amenaient, et que la tendance de cette matière à se fendiller, tendance développée et augmentée par les agitations et les mouvements résultant des éjaculations postérieures, aura donné naissance à cette multitude de fragments, lesquels seront demeurés anguleux et se seront soudés directement entre eux lorsqu'ils n'auront été ni trop agités, ni transportés trop loin, mais qui se seront arrondis et mélangés avec des matières arénacées et terreuses, lorsque l'agitation aura été plus forte ou le transport plus éloigné.

Il est inutile d'ajouter ici qu'en indiquant ces divers modes de formation, nous sommes loin de rejeter celui qui est le plus généralement adopté pour les dépôts de cailloux, c'est à dire l'agitation des eaux sur les rivages, mais nous ferons encore observer que rétat de solidité rigide n'est pas une condition essentielle pour la formation des cailloux, l'observation prouvant que des matières molles s'arrondissent aussi bien et plus promptement que les ma-

(I) Voir, poor ptai de détaili, aoe nolo iosérée dam le BmU, de l'Acad, de Bdgiq^Êe, iS&S, \ XV, p&g. 36i.

tières rigides. Ce qui explique pourquoi Ton voit quelquefois des cailloux qui se sont soudés sans ciment intermédiaire et d'autres dont la forme a été modifiée après qu'ils ont été arrondis.

Les éjaculations de l'intérieur de la terre ne se sont pas bornées à amener vers sa surface les divers dépôts dont nous venons de parler, mais elles ont encore plus ou moins modifié les matériaux préexistants, en donnant lieu à un phénomène important, dont les géologues ne se sont occupés que dans ces derniers temps et auquel ils ont donné le nom de métamorphisme 4ea roches.

■étamorphisme de eontaet. — Il n'y a pas très longtemps que l'on ne connaissait de ce phénomène que les altérations actuelles mentionnées dans le chapitre précédent (page 435) et les caractères particuliers que présentent quelquefois les roches neptuniennes au contact des basaltes et des trachytes, caractères que l'on attribuait aux effets de la chaleur développée par ces roches. Cest ainsi que l'on avait remarqué, par exemple, que des bancs de craie ou de calcaire compacte prennent, dans le voisinage des basaltes, une texture lamellaire ou saccharoïde, un aspect brillant et un commencement de translucidité; que de la houille se trouve transformée en anthracite; que le lignite devient plus sec et se divise en parallélipipèdes ; que des grès sont crevassées et prennent un aspect vitreux ; que des schistes argileux deviennent plus durs et passent au jaspe ou à la porcellanite. Mais depuis que que l'on attribue à des éjaculations intérieures l'origine des dykes porphyriques et des filons cristallins, on a vu aussi un effet de ces éjaculations dans les différences qui existent souvent entre les parties des roches neptuniennes quiavoisinentces matières et celles qui en sont éloignées. D'un autre côté, on a reconnu aussi que ces différences ne consistent pas seulement dans la cohérence et dans la texture des roches , mais qu'elles s'étendent même à leur nature , c'est à dire que l'on voyait, par exemple, le calcaire passer à la dolomie ou au gypse, les roches schisteuses aux roches feldspathîques ou talqueuses, d'où l'on a conclu que des émanations contenant, entre autres, du magnésium, du potassium, du sodium, rendus gazeux par leur combinaison avec d'autres corps, et aidés par le développement de la chaleur, s'étaient introduites dans l'intérieur des roches calcareuses ou schisteuses et y avaient donné lieu à des combinaisons nouvelles. Ces idées ont d'abord rencontré beaucoup d'opposition, mais la facilité avec laquelle elles expliquent des faits dont on ne pouvait se rendre raison auparavant, les ont fait assez généralement adopter, et elles ne peuvent plus être

47i GBOGÉNIB.

état qui permettait le dégagement d'émanations susœptîbles d'exercer une grande action métamorphique.

Les phénomènes du métamorphisme donnent aussi une explication très facile de Toriglne éem mlnéraox dlssémlBés dans des roches d'une autre nature, ou, pour mieux dire, la formation de ces minéraux n'est qu'une simple conséquence du métamorphisme, car, si la chaleur a dilaté les roches préexistantes et permis l'introduction dans leur sein d'émanations de natures différentes, le jeu des affinités a dû donner naissance à la formation de cristaux divers, de même que dans nos chaudières de cristallisation et dans nos fourneaux de fusion nous voyons se former des cristaux de diverses natures. Cette manière de voir explique pourquoi les minéraux disséminés sont si rares dans les dépôts neptuniens non métamorphiques, et pourquoi ceux que l'on rencontre dans les dépôts métamorphiques ont en général beaucoup de rapports avec ceux qui se trouvent dans les roches plutoniennes. D est à remarquer à ce sujet que, dans les roches trappéennes et au voisinage de ces roches, il s'est principalement formé des hydroalicates, tandis que ce sont des silicates anhydres qui se trouvent dans les granités et dans les dépôts voisins des granités.

Les changements résultant de l'introduction de principes étrangers dans des roches préexistantes ont aussi donné les moyens d'expliquer le relévenent den eooeheii qui reconvrenl eertalm ama» lenlleolaireii, notamment ceux de gypse enfermés dans des marnes triasiques. En effet, le calcul démontre que, si du calcaire est transformé en gypse, celui-ci prend un volume beaucoup plus considérable que celui du calcaire. Or, lorsqu'on voit que l'eau en se congelant brise les vases les plus tenaces et que de simples racines d'arbres soulèvent des pierres d'un grand poids , on conçoit que le gonflement éprouvé par le calcaire transformé en gypse peut se relever et même renverser les couches qui le recouvraient.

Le métamorphisme, combiné avec les mouvements que les soulèvements ont imprimés aux dépôts, donne les moyens de concevoir l'origine de la follalion, c'est à dire des feuillets schistoïdes contrastant avec la direction des couches, fait dont il était impossible de se rendre raison dans une théorie exclusivement neptunienne; car, si ces feuillets résultaient du dépôt successif des sédiments, leurs plans devaient être parallèles à ceux des couches qu'ils forment. On conçoit au contraire, et l'expérience a prouvé, que ''-^"^-^'^ffement d'une roche dilatant ces molécules donne à celles-ci tude à glisser les unes sur les autres lorsque la roche est mouvement sous une forte pression et qu'il peut en ré-

sulter la formation d'une texture feuilletée dont les joints de clivage sont parallèles à la direction de ce mouvement; aussi M. Laugel fait-il remarquer (1) que la direction des feuillets est toujours parallèle à la direction de la chaîne de montagnes et que ces feuillets, qui sont verticaux le long de la ligne anticlinale, s'abaissent insensiblement vers l'horizon à mesure qu'ils s'éloignent de cette ligne, de sorte qu'ils présentent une disposition radiaire ou en éventail.

L'origine des veineii se rattache, jusqu'à un certain point, aux phénomènes du métamorphisme, en ce sens qu'il est probable qu'il y a des veines qui, comme les minéraux disséminés, sont le résultat d'une cristallisation déterminée par l'action d'une chaleur postérieure à la formation de la roche principale. D'autres, au contraire, semblent être le résultat d'une injection faite à la manière des filons ; mais nous croyons que le plus ordinairement les veines des terrains neptuniens se sont formées par la voie aqueuse; d'abord parce que la force qui porte les molécules de même nature à se réunir, a agi lorsque les roches se trouvaient encore dans un état de mollesse aqueuse qui permettait ce transport, par un phénomène analogue à ce que nous voyons lorsque de la boue se gèle avec lenteur. On peut remarquer en effet que dans cette circonstance les molécules d'eau, au lieu de demeurer dans l'état d'union où elles étaient avec les molécules de terre, se réunissent, et forment souvent de petites veines au milieu de la masse. Cet effet se remarque surtout au moment où la boue commence à geler; on y voit alors des veines superficielles de glace qui forment, au milieu de la masse non gelée, le même effet que les filets de glace qui commencent souvent la congélation de l'eau. Les fissures de retrait qui se forment dans les masses minérales par le refroidissement et par la dessication ont dû aussi avoir facilité cette tendance des molécules similaires à se réunir et à former des veines.

C'est encore à cette tendance que l'on doit attribuer la forma* ItoB des rognons et des autres concrétions renfermées dans les roches. Le plus communément cette réunion a eu lieu lorsque la roche se formait. D'autres fois elle a été faite postérieurement, soit par la simple infiltration d'une matière en dissolution qui a agglutiné des parties d'une roche meuble ou friable; tel est le cas de certains blocs mamelonnés de grès qui se trouvent enfouis dans les sables; soit par les effets du métamori)liisme, qui, comme nous l'avons vu ci-dessus, a donné lieu à de nouveaux mouvements de

(i) AeaA. de» êcieneeê de Parie, S jao? ler 1855. BulL de la Soe. géoL, 1855, i. XII, pag. 38X

474 GËOGÉNIB.

molécules, ainsi qu'à rintroduction d'éléments nouYeaox. Ces derniers étant à l'état gazeux ont donné naissance à des cavités dont les parois se sont ensuite tapissées d'incrustations et de cristaux par voie d'infiltration. L'enfouissement dans les roches de corps organisés^ surtout d'animaux mous, a aussi été une cause qui a attiré des molécules siliceuses et donné naissance à des rognons de silex. Il est à remarquer que les rognons diffèrent des noyaux des roches conglomérées, parce que ceux-ci ont ordinairement des limites tranchées, tandis que les rognons se lient presque toujours avec la roche qui les renferme, ce qui est une conséquence de leurs modes respectifs de formation.

Les phénomènes connus sous les noms de ye«JoM»ryfcicc, épigénie et fossIllsall^B, ont aussi du rapport avec le métamor* phisme, en ce sens qu'ils ont également changé ou modifié la nature des suhstances et qu'ils sont également dus à la tendance qu'ont certains corps à éprouver des réactions chimiques lorsqu'ils sont placés dans des circonstances convenables ; mais ces phénomènes n'ont agi que sur des minéraux isolés et sur des corps organisés, tandis que le métamorphisme agissait sur les roches.

Il y a eu pseudomorpJiisme lorsqu'un cristal a été entièrement détruit et que la place qu'il occupait a été remplie par une autre substance, ce qui donne naissance aux cristaux pseudomorphiques dont nous avons parlé dans la minéralogie (page 81).

Dans Vepigéniey le contact avec d'autres corps a produit dans l'intérieur du minéral de nouvelles combinaisons qui lui ont fait perdre une partie de ses éléments et en gagner d'autres. Lorsque l'épigénie agit sur un cristal qui ne change pas de forme, elle donne, comme le pseudomorphisme, naissance à un corps qui a une forme trompeuse. Tel est le cas d'un cristal de pyrite transformé en limouite (1).

làdi. fossilisation donne naissance aux trois catégories de corps que nous avons désignés (page 205) par les noms àe/ossiles proprement dits^ de moules et iï empreintes.

Les fossiles 2iroprement dits sont le résultat de l'épigénie appliquée aux corps organisés. Ce phénomène n'a pu en général

(I) n y a encore un autre phénomène qui donne ânx crislani nue fonne tronpeate, cVrt reto qae M. JDoiesse appelle enveloppe merU {A nn. deê mines , 1859, t. XVI, pair. 318), e*e«t à dvc ^ai DÛ ooe mail re qui crislalliiie enveloppe une autre matière étrangère qui n'influe pas sur ia forme criittaltisée. Tel est le cas de la substance que l'on a nommée grès cristallisé de Fontainef^^ou qui est 00 cristal de calcaire qui rearerm^ tant de grains de sable que reuiH:i sont beaucovp pîas abondants que le calcaire dans le cris'al. Ce phénomène qui rentre dans la catégorie des mèl&B^es (pag. 71), lie peut être assimilé au pi«euilomûrphisme et à répigéaie doot le caractère essentiel est la préexistence d*an corps d'une au tie nalara.

s^exercer que sur les parties osseuses ou testacées des animaux, ainsi que sur les parties ligneuses des végétaux, les chairs se décomposant trop rapidement pour que la fossilisation ait lieu. La lenteur avec laquelle la matière minérale s^est substituée à la ma* tière organique est cause que l'on retrouve souvent dans les fossiles tous les détails de leur organisation intérieure. Il est à remarquer que ce phénomène ne se produit presque plus dans la période actuelle et que maintenant les os et les tests perdent avec le temps leurs parties organiques, sans que celles-ci soient remplacées par de nouvelles matières minérales ; les corps organisés placés dans les circonstances les plus favorables se couvrant d'incrustations^ ainsi que nous Tavons dit ci-dessus (page 406), plutôt que de se modifier par épigénie.

Les moules extérieurs sont le résultat de Tenveloppement d'un corps organisé par une pâte minérale, tandis que les moules inté* rieurs sont, comme les pseudomorphoses minérales, le résultat du remplissage des cavités laissées par la destruction d'un corps, avec cette différence qu^il s'agit d'un corps organisé. On conçoit que, dans l'un et l'autre cas, ces moules ne présentent point de traces de l'organisation intérieure des corps qu'ils remplacent ou qu'ils ont enveloppés.

Les végétaux, se développant à la surface de la terre avec plus d^abondance et plus de rapidité que les animaux, ont donné naissance à un phénomène beaucoup plus étendu et plus important que la fossilisation, c'est à dire à la formation des dëp6tfl obiur* bonneux ; mais si les géologues sont maintenant d'accord pour attribuer l'origine de ces dépôts à la décomposition des végétaux, ils ne sont pas aussi unanimes sur la manière dont le phénomène s'est passé ; car, tandis que les uns croient que la houille a été formée, comme nos tourbes, sur la place même où croissaient les végétaux, les autres pensent que ceux-ci ont été transportés par les eaux, soit dans leur état naturel, soit réduits en bouillie. Cette dernière hypothèse, n'étant appuyée sur aucun des phénomènes qui se pa&< sent actuellement, ne nous semble pas pouvoir être prise en considération. Celle du transport des végétaux dans leur état naturel peut être appuyée sur ce qui se passe à l'embouchure de certains fleuves et sur certaines côtes où les eaux amènent de troncs d'arbres et d'autres débris de végétaux; aussi est-il probable qu'il existe des dépôts de lignite formés de cette manière. Mais lorsque Ton compare le peu d'importance des transports actuels de végétaux avec l'immense quantité de matières qui a été nécessaire pour produire les couches de houille que recelait l'écorce du globe, on

476 GÊOGÉNIE.

ne peut croire que ces couches soient le résultat d'un sembluMc transport; car M. Élie de Beaumont a calculé que pour produiiv une couche de houille de deux mètres, et Ton sait qu'il en exi>to de bien plus puissantes, il faudrait un amas de bois de cinquantedeux mètres d'éi)aisseur. Il semble donc plus probable, ainsi que le pense M. Adolphe Brongniart, que la houille a été formée, à la manière des tourbes, dans des marais plus ou moins étendus et sujets à des inondations qui déposaient au dessus des amas de végétaux des couches de matières terreuses.

On a objecté contre cette croissance, sur les lieux oii se trouve la houille, des végétaux dont la décomposition a produit ce combustible, la grande épaisseur que présentent souvent les dépôts ih terrain houiller, combinée avec la circonstance que ces végétaux ne pouvaient croître que dans les eaux peu profondes. Mais Texistence de puissantes couches pierreuses entre celles de houille et ce que nous avons dit (page 449) sur les affaissements que devaient déterminer les dépôts de sédiments, détruit tout à fait la force Jo cette objection.

État do ^lobe pendant la période primaire. — Uactive végétation qui était nécessaire pour produire ces dépôts de matières charbonneuses, l'immense quantité de carbone qu'elle a absoriji' et qui était probablement à l'état d'acide carbonique dans l'atmosphère, comme celui qu'absorbent nos végétaux actuels, a conduit M. Adolphe Brongniart à supposer que, dans ces premiers temps. l'atmosphère contenait une proportion d'acide carbonique beaucoup plus forte que celle qui s'y trouve maintenant. On sait, en effet, d'après les expériences de Théodore de Saussure, que la proportion d'acide carbonique que renferme l'atmosphère actuelle est loin d'être la plus favorable à la vie des végétaux; et qu'une quantité beaucoup plus considérable, jusqu'à 2, 3, 4, même 8 pour cont, rend la végétation plus active lorsque les plantes sont exposées au soleil. Une proportion d'acide carbonique plus grande que ceilo qui existe actuellement devait donc rendre la vie des végétaux plus active et plus indépendante du sol, en permettant à ces végétaux de vivre presque uniquement aux dépens de l'atmosphère. D'un autre côté, la présence d'une plus grande quantité d'acide carbo nique dans l'air devait s'opposer, en partie du moins, à la décomposition des végétaux morts et à leur transformation en terreau, qui est due presque entièrement à la soustraction du carbone par l'oxygène de l'air. Les restes des végétaux morts devaient donc so conserver plus longtemps, et se transformer ainsi en une matièi*e plus riche en carbone que le terreau.

Quoi qu'il en puisse être de cette ingénieuse hypothèse, qui se lie d'ailleurs avec beaucoup d'autres phénomènes, la nature tropicale de la flore houillère et la circonstance qu'elle est composée de ces végétaux simples dont le développement a lieu avec rapidité, suffirait en quelque manière pour justifier l'opinion qui attribue une origine végétale aux charbons. D'un autre côté, la comparaison de cette flore avec les flores actuelles a porté M. Brongniart à conclure qu'elle annonçait des espaces de terre circonscrits au milieu de vastes étendues d'eau. Car l'abondance des fougères et des lycopodiacées, qui, ainsi qu'on l'a vu, caractérisent la flore houillère, rappelle non seulement la zone torride dans les flores actuelles, mais surtout celles des îles éloignées des continents. Ainsi, tandis que sur le continent européen ces plantes forment au plus un quarantième de la végétation totale, elles composent souvent le vingtième de la végétation des continents de la zone torride ; dans les Antilles elles approchent du dixième; dans les îles de l'Océanie elles atteignent le quart ou même le tiers ; et à l'île de l'Ascension il parait y avoir égalité entre les plantes phanérogames et les cryptogames acrogèues.

Les faunes anciennes conduisent également à conclure que, dans ces époques reculées, il n'existait pas de continents, mais un vaste océan parsemé d'îles basses, fréquemment inondées et douées d'une température chaude à peu près uniforme, car les débris d'animaux enfouis dans les terrains primaires n'indiquent aucune différence motivée par la diversité des latitudes. Il est à remarquer aussi que l'on n'a pas encore trouvé de restes d'animaux terrestres dans les terrains cambrien et silurien et que ceux que l'on a rencontrés dans les terrains dévonien et houiller sont très peu nombreux et appartiennent exclusivement à des animaux à sang-froid.

On voit que les considérations tirées de la nature organique, comme celles tirées de la nature inorganique viennent à l'appui de l'hypothèse de la fluidité originaire du globe terrestre ainsi que de celle qui attribue l'origine des montagnes à des soulèvements successifs, car cette hypothèse conduit à admettre qu'il devait y avoir bien peu de terres émergées lorsque l'écorce du globe n'avait encore été que faiblement ridée et présentait en conséquence beaucoup moins d'inégalités qu'actuellement. Il est vrai que les géologues qui n'admettent pas la formation des rides successives expliquent la nature marine ou insulaire des dépôts primaires par la supposition que les continents de cette période ont été submergés et que nos terres actuelles représentent les mers et les îles des temps anciens. Mais c'est encore là une de ces hypothèses isolées

178 GÉOGÉMB.

qui ne se rattachent pas à un système d'ensemble et qui ne peu vent s'appuyer sur aucun des grands phénomènes que nous offre la nature actuelle. Tout, dans l'observation comme dans la théorie, nous conduit au contraire à admettre que nos terres actuelles représentent les parties de l'écorce terrestre qui ont été les plus élevées dès les premiers temps, soit qu'elles formassent déjà des îles découvertes représentées parles points où les terrains anciens sont maintenant à découvert, soit qu'elles fussent encore recouvertes par des eaux peu profondes, comme la plupart des lieux où nous voyons maintenant des débris d'animaux marins. Car on sait, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, qu'en général les animaux marins ne vivent pas à de très grandes profondeurs, de sorte que l'immense quantité de débris de ces animaux, notamment de poly])iers, que l'on trouve dans les dépôts neptuniens maintenant émergés, prouvent que ces dépôts ont été formés dans des eaux peu profondes. Du reste, si nous soutenons ici la thèse de Pancienneté de l'émersion de nos terres et de la non-submersion d'autres continents, ce n'est qu'à un point de vue général, et nous ne voulons pas dire que le sol a toujours conservé le même niveau ou qu'il ait toujours suivi un mouvement ascensionnel ; car on a tu ci-dessus que nous admettons beaucoup de causes d'affaissement puisque, outre les affaissements que l'on pourrait appeler généraux, parce qu'ils étaient une conséquence naturelle de la contraction du noyau et de la formation des grandes rides, nous avons signalé deux autres causes d'affaissements locaux, c'est à dire de ceux occasionnés par les dépôts en bassins (page 448) et de ceux résultant du jeu des voussoirs (page 449). Tout ce que nous voulons dire en ce momen t, c'est que ces affaissements n'ont pas produit des différences de niveau comparables à celles déterminées par la formation des grandes rides, et que rien de ce que nous Connaissons ne nous porte à admettre l'existence de vastes continents qui seraient maintenant submergés.

Si nous continuons à appliquer les mêmes considérations pour juger de l'état dn i;lob« pendant les pérl4»des seeondaire et 1erflaire, nous y trouverons les mêmes confirmations des théories que nous avons adoptées. C'est ainsi que les flores postérieures à la flore houillère se rapprochent successivement des flores actuelles, et annoncent plus de rapports avec les flores continentales. Elles commencent également à présenter des différences selon les latitudes, M. Heer a notamment reconnu (1) que pendant la pé-

> Arch. des iciences phyë. elc, 1867, t. XXX, pay. SI3.

riode miocène la flore du Spitzberg annonçait une température inférieure de 1 6 degrés à celle delà Suisse, quoique Tune et l'autre fussent encore beaucoup plus élevées que maintenant. Les faunes se modifiaient aussi dans un sens analogue et Ton voit paraître des indices d*animaux à sang chaud dans le milieu de la période secondaire, comme si ce n'était qu'à cette époque que l'atmosphère ait été assez purgée de son acide carbonique pour permettre le mode de respiration qui caractérise ces animaux. Ce n'est même qu'à partir de la période tertiaire que les animaux à sang chaud deviennent abondants ; mais les formes tropicales des animaux ainsi que des végétaux qui ont été ensevelis dans les dépôts des zones tempérées, prouvent que la chaleur centrale exerçait encore une grande influence sur le climat pendant cette période.

H est assez remarquable qu'il y ait plus de divergence d*opinions sur l'^lal do glok« pendant la période quaternaire que pendant les périodes antérieures, du moins pour ce qui concerne les phénomènes, car on est assez généralement d'accord pour admettre que les plus grandes parties de nos terres et de nos continents actuels étaient alors émergées conmie à présent.

On n'est, notamment, pas encore parvenu à expliquer d'une manière satisfaisante rerlg;lne des dépôts que nous avons désignés BOUS le nom de dllnvlons (page 236). Les uns croient que ces dé pots ont été formés comme nos alluvions, tandis que d'autres, pensant que le régime de nos eaux actuelles n'a pu donner de semblables résultats, supposent soit des pluies extraordinaires, soit d'inmienses fontes de glaces (1), soit des sorties d'eaux du sein de la terre, soit des changements dans l'axe du globe terrestre ou dans

(1) Il y a cependant one de cos bypolhëftes qui mërUe nne mentioa partiralière ; c'est celle d'Adhémar qoi, parlaot de rinégalilé acioelle do la températore det deax hémisphères et de la préeessioa des équi noies, peD»e qu'il y a ea une ppoqne nù raccumulatiou des places an pôle boréal a détermioé le déplacement du centre de gravité de la terre et par coonéqueot celui du plus (ra&d fr^tid polaire, de sorte qu'il a dit s'opérer au pôle boréal, devenu le plus chaud, une débâcle qui a transporté les eaus Ters le pôle austral. Cotte hypothèse réunit 4 l'avaniaK* de ne s'appuyer que sur des phénomènes actuels, celui d'eipliquer d'une manière satisfaisante le yraod froid qa' paraît avoir régné dans les régions polaires boréales pendant la période quaternaire, ainsi qu'on le verra ci-aprés. Mais elle ext tout à fait insuffisante pour rendre raison des dépôts diluviens qui ont été transportés dans une direction opposée i celle du nord au midi; teli, |'ar exemple, que lee bloes do granlle du Horvan et les bloes de quarts île <<e TArdenne répandus, les uns dans le bassin de Paris, les antres jusque dans leGneldre; faits qui se conçoivent lorsque l'on attribue IM inondations diluviennes au soutcvement du sol, puisque dans ce dernier cas le transport des débris a dA s'opérer dans plusieurs directions différentes.

Oo pourrait aussi objecter, qu'en supposant qu'il se fasse rèetlement des accnniulaiions deglaetf dans rbémispbère le pins froid, il n'est pas probable que le centre de gravité déterminerait un cbaoïomeut de tempérai ure asseï brusque pour donner lieu à nne fonte de g lare suffisante pOQr produire les graniies déhdcles diluviennes, car on sait que quand un sol est couvert de neige et a éprouvé une longue période de froid, U faut longtemps et beaucoup de chaleur pour déterminer U fonte dM neiges et des glaces.

480 GÉOGÉNIB.

les mouvements d'autres astres ; mais dans le nombre de ces hypothèses il en est plusieurs qui présentent des difficultés réelles et d'autres qui n'ont pour elles que la possibilité théorique et ne se rattachent à aucun ensemble de faits généraux. Cette dernière considération ne pourrait s'appliquer à l'opinion qui attribue cette origine aux déplacements d'eaux qui auraient été déterminés par le soulèvement brusque d'un massif de montagnes ; aussi M. Ëlie de Beaumont disait-il (1), en parlant de son système du Ténare et de l'axe volcanique de la Méditerranée : " Ce fut sans doute un ** jour redoutable dans l'histoire des habitants du globe, et peut- " être même dans l'histoire du genre humain, que celui où cette " batterie volcanique, qui ne compte pas moins de 270 bouches ** principales, vint à gronder pour la première fois. Peut-être " les traditions d'un déloge universel qu'on rencontre chez la " plupart des peuples américains, comme chez ceux de Tancien " continent, se rapportent-ils à ce grand événement qui n'aurait * pu manquer d'être un grand désastre. „

Nous sommes portés à attribuer aux eaux diluviennes Torl^Be 4cB terres que nous avons nommées barres dllovlennes, c'est à dire de ce que l'on appelle nehrungen sur les côtes de la Prusse et lidi sur celles de la Vénétie. On a vu dans la Géographie que ce sont des presqu'îles ou des îles longues et étroites qui forment des barres ou des cordons en avant de l'embouchure des grandes vallées. On assimile ordinairement leur origine à celle des atterrissements ou des dunes ; mais nous ne concevons pas comment nos cours d'eau actuels auraient formé des dépôts beaucoup plus avant dans la mer que ceux qu'ils ont fait postérieurement et en laissant un grand espace vide; nous ne concevons pas davantage comment l'action des vagues de la mer aurait élevé un bourrelet de matières solides qui ne serait point appuyé sur un point fixe, et comment ce bourrelet serait demeuré permanent, tandis que nous voyons en général que les matières poussées par les vagues ne s'arrêtent que sur des points déjà fixés, et que les dépôts qu'elles laissent, pour ainsi dire, échapper de leur sein, dans les lieux où il n'y a pas d'obstacles fixes pour les protéger, sont démolis et remaniés par un mouvement subséquent. D'un autre côté, s'il était possible que les vagues formassent des dépôts permanents dans les lieux où il n'y a pas de points d'appui pour les protéger, on pourrait demander pourquoi les cordons isolés ne sont pas plus conmiuns, pourquoi il s'en trouve quelquefois dans des positions qui ne se

(I) Notice sur les système» des morUagnes, paf . liO.

prêtent pas au refoulement, et pourquoi ils n'ont en général ni augmenté, ni diminué depuis les temps historiques. Or, toutes ces difficultés disparaissent dès que Ton voit dans ces cordons des barres formées par les eaux diluviennes. On conçoit en effet qu'à l'époque des grands courants diluviens, il a du se former, comme à présent, des barres vers les points où ces courants se choquaient avec les eaux de la mer; mais ces barres ont dû s'établir sur une bien plus grande échelle que celles qui se forment dans nos cours d'eau actuels, puisque les courants, qui ont mis en mouvement les dépôts diluviens répandus sur des surfaces bien plus grandes que les lits de nos fleuves, devaient être beaucoup plus considérables que ces derniers. On conçoit également que ces courants, ayant une force d'impulsion et une densité très supérieures à celles de nos fleuves, ont pu refouler les eaux de la mer de manière que le choc et par conséquent la barre ne se seront définitivement établis qu'à une certaine distance de la côte, et non sur la ligne de prolongement de celles-ci, ainsi que cela se passe à l'embouchure de nos cours d'eau actuels, qui ne sont ni aussi volumineux, ni aussi denses, ni aussi impétueux. On conçoit également pourquoi Its cordons qui nous occupent s'élèvent au dessus du niveau des eaux, tandis que nos barres actuelles sont généralement plus basses, car, lors de l'arrivée des eaux diluviennes à la mer, le niveau de celle-ci au point de contact a dû être plus élevé qu'il n'est actuellement (1). L'orl§;lne cIck garantis dépètii de llmonfi est assez généralement attribué aux eaux diluviennes dont on les considère comme le dernier produit. On sait, en effet, que, quand les eaux de nos inondations transportent des matières solides, elles déposent d'abord les fragments les plus gros et finissent parles plus ténus, lorsque l'agitation qui tenait ces matières en suspension cesse suffisamment pour que le dépôt soit complet; mais la simple application de cette loi aux eaux diluviennes a-t-elle pu produire les grands dépôts de limon? C'est ce qu'il nous semble difficile d'admettre; car si les limons avaient été amenés par les eaux diluviennes, au lieu d'être une masse à peu près homogène, ils devraient présenter des variations en rapport avec les diverses roches qui auraient concouru à leur formation , de même que nous voyons , par exemple, les diluviens de la vallée de la Seine principalement formés de sables tertiaires dans les environs de Paris et d'argile crétacée dans le Perthois. D'un autre côté, le limon supérieur

(1) Oq IrooTirra nncore ifaolres considérationt en fAvenr de Torigine dilof ieooe des Nehrangeo, dans te BtUl. de la Soc, géol, de France, 1845, t. III, pag. M4.

niftClS Dl flfcOLOGll . 31

482 GËOGÉNIE.

des plaines de Picardie (page 234) formant des nappes régulières, et conservant, jusqu'à un certain point, les formes extérieures du sol sur lequel il repose, il y a lieu de croire qu'il a été déposé dans des eaux tranquilles; de sorte qu'en admettait que les eaux diluviennes auraient pu faire, dans les matières enlevées au sol qu'elles ravinaient, un triage suffisant pour produire un dépôt homogène, nous ne comprenons pas encore comment ces eaux, qui étaient animées de mouvements assez violents pour transporter de gros blocs de pierre, seraioi:t devenues calmes lorsqu'elles avaient encore une puissance suffisante pour contenir toute la matière solide qui a donné naissance aux dépôts de limons.

Si maintenant nous recherchons quels sont les autres matériaux de l'écorce terrestre avec lesquels les limons ont le plus de rapport, nous trouvons que c'est avec les argiles et les sables qui accompagnent les minerais de fer, et qui forment ordinairement h majeure partie des vastes filons ou amas dans lesquels se ti^ouvela limonite en grain ou en concrétion. Cette ressemblance nous a donné l'idée que les limons pourraient avoir une origine analogin^, c'est à dire qu'ils seraient dus à de puissantes (\jaculatious de ri:itérieur, lesquelles auraiciit eu lieu avant la retraite des eaux diluviennes; sans mettre d'importance à cette hypothèse, nous feroiis observer que Tonne doit pas lui opposer la circonstance que n^s eaux actuc^lles forment souvent des dépôts de limon, car, outre q .e ces dépôts sont peu étendus et presque toujours accompagnés de gravier, la chose est toute simple, puisque c'est le limon qui est en général la plus abondante et surtout la plus transportable d < matières que ces eaux rencontrent dans leur course, tandis qu'il n'en était pas de même lors des inondations diluviennes qui ont précédé la formation des grands dépôts de limons.

Quant aux limons qui forment, comme à Paris QKige 233), drs dépôts accumulés contre les flancs des vallées, nous sommes porté à croire qu^ils y ont été amenés lors de la retraite des eaux qui couvraient les plateaux quand les limons y ont été déposés ; car ces eaux, conmie les eaux actuelles, ont dû se porter vers les vallées et, lorsque deux courants de forces inégales se rencontrent, le plus fort joue à l'égard du plus fail)le le même rôle que les lacs et les mers exercent à l'égard des cours d'eau qui s'y jettent, c'est à dire que les matières solides contenues dans le cours le plus faible se déposent en forme de bourrelet le long du cours le plus fort. La différence de composition qui existe entre les limons des plateaux et celui des vallées s'explique aisément; car on sent que

PnÉNOMÈXES ANCIENS. iSS

les eaux qyî s'écoulaient des plateaux avec les vallées devant augmenter leur force d'impulsion dans le voisinage de celles-ci y enlevaient les limons et les diluviens qui les recouvraient et par conséquent mélangeaient les limons supérieur et inférieur qui, arrêtés par le cours d'eau principal, se sont déposés sur les flancs de la vallée lorsque ces flancs étaient favorablement disposés. Le plateau de Sannois près d'Argenteuil où les meulières sont à découvert peut être cité comme un exemple de ce genre de dénudations, plus fortes dans le voisinage des vallées que dans l'intérieur des plateaux.

La question de la température pendant la période quaternaire donne aussi matière à beaucoup de divergences, car, si d'un côté, la chaleur qui régnait pendant la période tertiaire et la présence de grands pachydermes dans les diluviens des contrées septentrionales, ont porté à croire que la chaleur centrale exerçait encore une grande influence pendant cette période; d'un autre côté, le transport des blocs erratiques, l'ancienne extension des glaciers et la présence dans les dépôts quaternaires de restes d'êtres organisés qui ne vivent plus que dans des contrées plus froides, ont porté d'autres géologues à admettre l'existence d'une période glaciaire pendant laquelle la température générale était beaucoup plus froide qu'actuellement; mais nous croyons que les partisans de ces deux opinions ont donné une importance trop générale à des faits qui peuvent s'expliquer par des circonstances particulières, ainsi que nous allons chercher à le faire voir.

L'origine de» bloes erratique* est une question qui a beaucoup occupé les géologues et qui a donné lieu à de longues discussions. On l'a, pbndant longtemps, attribuée aux eaux diluviennes ; mais si Ton conçoit comment ces eaux ont pu rouler des blocs de granité du Morvan jusqu'à* l'embouchure de la Seine, on ne comprend pas comment le bassin de la mer Baltique et la grande vallée de TAar n'ont pas empêché les eaux d'amener les blocs de Scandinavie sur les plaines de la basse Allemagne et ceux de l'Oberland sur les crêtes du Jura. On a cru en conséquence que, pour certains cas, il fallait supposer d'autres moyens, et l'on a notamment recouru à l'action des glaces qui auraient transporté les blocs, comme des radeaux, à la manière des glaces flottantes que nous voyons dans les mers des hautes latitudes et dans les débâcles de nos rivières. Nous avons, en effet, déjà indiqué ci-dessus (page 399) que dans les contrées polaires où les glaciers atteignent les bords de la mer, il s'en détache des masses qui deviennent des glaces flottantes. On sait également (page 404) que les glaciers transportent sur leurs dos des blocs et d'autres débris qui se détachent des rochers qui

les bordent. Or lorsque ces blocs demeurent sur les glaces fiott::ates, ils peuvent être transportés à de grandes distances. M. Bayfield (1) a aussi reconnu que les glaces qui se forment sur les lacs et sur les fleuves du Canada, à une époque où les eaux sont gém^ r.alement fort basses, enferment des blocs qui se trouvent sur les bords et sur les haut-fonds, blocs qui sont ensuite soulevés avec les glaces lorsque la fonte des neiges augmente le volume des eaux. Cette exi)lication rend très bien raison du transport des blocs auxquels nous restreignons répithète d'erratiques, et notamment de ceux de la grande plaine d'Europe que nous avons cits comme exemple; car, pour que ce transport ait été possible, il suffit d'admettre que la Scandinavie et les montagnes d'Olon^^tr formaient une île dont la température était un peu plus fri-ide qu'aujourd'hui et que la mer Baltique s'étendait jusqu'au pied du Ilartz et du Yaldaï, supposition qui est appuyée par la présence de coquilles marines dans la plaine.

Mais si l'hypothèse des glaces flottantes explique d'une manière satisfaisante le transport dos blocs dos plaines, il n'en est pa-^ de même do ceux qui reposent sur des montagnes élevées. Aussi plusieurs géologues, notamment Venetz (2), de Charpentier (3) t-î M. Agassiz (4), ont-ils attribué leur transpoii; aux glaciei*s et citent-ils à l'appui de cette hypothèse plusieurs faits très c incluants, notamment la disposition des blocs en digues parallèle:» où les gros blocs sont mélangés avec des cailloux, du gravier et du sable, comme dans les moraines; les surfaces polies et striées que présentent les rochers voisins des i)oints où se trouvent les blues. et qui ressemblent à celles que l'on voit près des glaciers actuels; les cavités perpendioulaires qui se trouvent dans les rochers <ur lesquels reposent les blocs, et qui ressemblent à celles que font 1* ts eaux qui se précipitent à travers les fentes des glaciers actutls. Ces géologues ont fait voir ensuite que, dès que Ton admettait u:'e plus grande extcni»lon ûen glnelerM , on se rendait facilenitat raison des circonstances relatives aux blocs qui avaient j»aru jusque-là les plus difficiles à expliquer. C'est ainsi, par exemjde. que si les glaciers de TOberland avaient été assez étendus p^ur combler la vallée de l'Aar, le transport des blocs des Alpes sur 1» •> crêtes du Jura est un fait tout naturel.

Ces idées ont été violemment attaquées lorsqu'elles ont été

(f) S^tc. géol. de Londre», 6 janvier 1836.

(î) Alt n. des mines, 4835, t. V, pag. 219.

<3) J^j-sai sur les glaciers et sur Ut terrain erratique. Laasanne, iSM,

(4) Lluiies sur Les glaciers. Neochilel, 1840.

émises et, d'un autre côté, on s'en est prévalu, ainsi que nous venons de le dire, pour admettre que la terre avait éprouvé une période de refroidissement assez forte pour que la calotte des glaces polaires s'étendît jusqu'au milieu de l'Allemagne; mais nous croyons que l'ancienne extension des glaciers peut s'expliquer sans recourir à des changements généraux de température. Nous ferons remarquer, en premier lieu, que nous avons déjà eu l'occasion de faire voir (399) que c'est moins un abaissement de température moyenne que la diminution de la température estivale et Taugmentation de l'humidité qui donnent actuellement lieu à l'extension des glaciers. Or les nombreux dépôts de terrain quaternaire qui existent dans les déserts du Sahara prouvent que, pendant cette période, une partie de cette vaste région était couverte d'eau et ne pouvait, en conséquence, s'échauflfer par les rayons du soleil ; de sorte que les vents du midi, qui exercent actuellement une si grande influence sur la température, relativement élevée, de l'Europe, devaient être plus humides et moins chauds qu'ils ne sont actuellement. De même les terrains marins récents qui sont émergés dans le voisinage de la mer Noire, de la mer Caspienne et de la mer d'Aral annoncent aussi que ces amas d'eau avaient beaucoup plus d'étendue qu'ils n'en ont actuellement, de sorte que les vents d'est qui sont généralement très secs en Europe devaient être chargés d'humidité. D'où l'on voit que le climat de rEurojje devait être, pendant la période quaternaire, beaucoup plus humide qu'il n'est actuellement et avoir quelque ressemblance avec celui de l'hémisphère austral où les glaciers atteignent le niveau de la mer par 46** 40' de latitude ainsi qu'on l'a vu ci -dessus (page 25).

Il est aussi à remarquer que si l'abaissement des montagnes (page 429) a réellement lieu, ce qui nous paraît très probable, il donnerait également un moyen très simple de concevoir le développement des glaciers, puisque plus les montagnes sont élevées sous une même latitude, plus il s'y accumule de neiges perpétuelles. Du reste, on voit que les hypothèses qui attribuent aux glaces flottantes les transport des blocs erratiques proprement dits, et qui voient dans d'autres blocs une preuve de l'ancienne extension des glaciers, ne contrarient nullement la théorie du refroidissement graduel et successif du globe terrestre; on pourrait même dire qu'elles la confirment, puisque l'absence de blocs de ce genre dans les dépôts anciens annonce qu'il ne s'est pas formé des glaces à la surface de la terre avant la période quaternaire.

L'existence de restes d'animaux polaires dans la sono lem-

4h6 GEOGËNIE.

pérèe ne nous paraît pas non plus avoir Timportance qu'on lui p.;t'te. Ce que Ton connaît jusqu'à présent de ces restes consiste dans Hes coquilles arctiques trouvées dans les îles Britanniques et dans des ossements de mammifères et d'oiseaux trouvés dans les cavernes de France et de Belgique, or, pour ce qui concerne les coquilles, il est reconnu maintenant que celles qui habitent à une glande profondeur ont un caractère plus polaire que celles qui vivent sur des fonds plus élevés, de sorte qu'il suffit pour se rendre niison de leur présence dans les îles Britanniques de supposer que le fond de mer qu'elles habitaient ait été soulevé d'une profondeur plus considérable que celle actuelle des mers qui bordent les côtes de ces îles. Quant à ce qui concerne les mammifères et les oiseaux, nous ne pouvons mieux appuyer notre manière de voir qu'en citiint M. E. Lartet qui, après avoir fait remarquer que dus singes, animaux si rebelles à racclimatement dans les régions ii'oiùes, vivaient pendant la période pliocène avec d'autres espèces qui, plus tard, ont habité des contrées très froides, dit (1) que " tm ** est conduit à rabattre beaucoip des prétendues rigueurs lie " l'époque glaciaire, dont le climat était probablement marqué " par des écarts biens moins extrêmes que ceux du climat actud " de nt)S temps modernes. En un mot il fallait des étés moins ** chauds pour le renne et le bœuf musqué ; et, d'autre part, aes " hivers moins froids pour l'hippopotiime et d'autres espèces dont ** Its analogues sont aujourd'hui retii'és vers les régions tropi- " cales. „ Après avoir ensuite rappelé les circonstances relatives aux climats insulaires, à la présence dtis eaux pendant la périoili. quaternaire sur de grandes parties de l'Europe et à l'extension dts glaciers, le savant paléontologiste ajoute qu'il est ** rationnel Je ** supposer que, après la retraite de la mer glaciaire, et dès le mo- " meut où l'Europe, ainsi agrandie, s'est trouvée amenée aux con- " ditions d'un climat continental, les étés, devenus plus chauds, " auront forcé le renne et le bœuf musqué à émigrer vers les lati- " tudes arctiques plus en rapport avec leur tempérament; les " chamois, les bouquetins, les marmottes, auront, pour la même ** cause, cessé d'habiter les plaines de la France centrale pour se " réfugier sur la cime des Alpes et des Pyrénées. „

L'ancienne opinion qui attribuait à la chaleur centrale la prcscuee de« grands |»iieh}deriiieii dniii» le» rêgionii ipolalre» ne peut plus être invoquée depuis qu'il est reconnu que ces animaux, tout en appartenant à des genres qui n'existent plus que sous la

(i) Ann, de» saenccs nal., 1867, l. VUI, pag. 191

zone torride, n'étaient* point des mêmes espèces que leurs congénères actuels, de sorte que rien ne s'oppose à ce qu'ils aient pu vivre sous des températures plus froides, et c'est ce que prouvent les éléphants sur lesquels on a trouvé de longs poils et du duvet. D'un autre côté, la présence des débris d'animaux dans les diluvions ne prouve pas toujours que ces animaux aient vécu sur les lieux où se trouvent maintenant ces débris, car ceux-ci peuvent avoir été transportés de distances plus ou moins considérables. C'est ce qu'annonce encore l'éléphant de la Lena, qui se trouvait dans un lieu où la température est tellement basse qu'il 7 a été immédiatement saisi par le froid et qu'il est demeuré à l'état de congélation jusqu'à ce qu'un éboulement en ait mis des parties à découvert en 1799.

D'un autre côté, nous ne voyons rien qui s'oppose à ce que la Sibérie ait été douée, pendant une partie de la période quaternaire, d'une température plus chaude que celle qu'elle a actuellement sans que la chaleur centrale 7 ait intervenu ; car on a vu dans la météorologie que les lignes isothermes, c'est à dire d'égale chaleur, sont loin d'être parallèles aux latitudes, et qu'il 7 a quelquefois des écarts de plus de 30 degrés entre ces lignes. Or, s'il 7 a eu des époques où les causes qui déterminent ces écarts n'existaient pas ou bien où'elles agissaient en sens contraire, on obtiendrait des diflfirences énormes de température. On sait, par exemple, que parmi ces écarts l'un des plus prononcés est celui que présentent les températures de la Scandinavie et de la Sibérie, et l'on attribue, entre autres causes, la température relativement élevée de la" Scandinavie au Gulfstream^ courant qui amène sur ses côtes les eaux chaudes du golfe du Mexique, et la température relativement basse de la Sibérie à sa position continentale ainsi qu'aux hautes montagnes qui interceptent la communication des vents et des vapeurs venant du midi. Si nous supposons une époque où des eaux des tropiques n'étaient pas dirigées le long des côtes de Norvège, mais où il 7 en avait qui traversaient l'emplacement actuel de la Sibérie, il 7 aurait pour ces deux régions des différences prodigieuses de température avec ce qui a lieu aujourd'hui. Or une semblable supposition répugne d'autant moins à notre imagination que, d'après ce que nous avons dit de l'origine des montagnes, les Andes et rH7mala7a sont classées parmi les chaînes les plus récentes, et que la mer Caspienne ainsi que celle d'Aral paraissent être les restes d'un vaste amas d'eau qui n'est séparé de TOcéan que depuis très peu de temps.

Nous pensons donc que, dans l'état actuel de la science il n'7 a

48S GEOGÉNIB.

pas de motif fondé pour faire intervenir la chaleur centrale dans la température de la période quaternaire non plus que d'y supposer une période glaciaire qui serait due à des phénomènes généraux.

Il nous reste maintenant, pour terminer cette énumération des phénomènes anciens, à dire quelques mots sur TapparltioB el la snecessioiM des êtres vivants à la surface de la terre ; mais nous devons avouer que nous n'avons aucun moyen positif de reconnaîti-e l'époque de cette apparition. La théorie nous apprend, ainsi que nous TavoiiS déjà indiqué, que les êtres vivants n'ont pu habiter la terre avant qu'elle eût été assez refroidie pour permettre aux eaux d'y demeurer à l'état liquide ; d'un autre côté, les débris les plus anciens de corps organisés que l'observation nous ait fait connaître sont ceux du terrain cambrien, ce qui ne dit pas que ces débris représentent les premiers habitants delà terre, car, si une partie du terrain cristallo])hyllien a aussi été formée par précipitation aqueuse, il a pu receler d'autres débris plus anciens encore qui ont été détruits par le métamorphisme, de même que nous voyons que ce phénomène a fiiit disparaître la plus grande partie des débris qui étaient contenus dans les autres roches métamorphiques. Du reste, il n'est pas probable qu'il y ait dans la réalité une différence tranchée entre les teiTains fossilifères et ceux qiû n'ont jamais contenu de corps organisés, car il y a lieu de croire que la vie île s'est pas établie instantanément sur toute la terre, mais qu'il y avait au contraire des portions ha])itées, tandis qi e d'autres étaient encore trop chaudes pour que des corps organisa s puisent y vivre.

Nous avons déjà fait remarquer (page 208) que les faunes et les flores de la période primaire ne présentent point, comme celles de la période actuelle, des différences déterminées par les latitudes, mais la loi du changement s'est fait sentir partout, avec cette seule différence qu'elle a agi avec plus d'intensité sous les zones froidts et tempérées que sous la zone torride, car c'est dans cette demièie que l'on trouve le plus de formes qui rappellent celles des pério Jt s anciennes.

Quant à l'ordre dans lequel ont apparu les divers groupes Je formes organiques, quelques géologues avaient été portés à croire que les animaux avaient précédé les végétaux, parce que l'oa n'avait pas trouvé de ces derniers dans les dépôts les plus anciens; mais cette manière de voir, qui était en opposition avec la considération qu'en général les formes simples ont précédé les formes compliquées, a dû être repoussée depuis que, dans ces derniers temps, on a découvert des fucoïdes dans le terrain cambrien. Du

reste, l'idée que les formes simples ont précédé les formes compliquées ne doit être prise que dans de certaines limites; car les quatre grands types des formes animales se trouvent déjà dans la faune silurienne, et si le type vertébré n'a pas, jusqu'à présent, été rencontré dans la faune cambrienne, on ne doit pas se hâter d'en conclure que ce type n'existait pas dans les premiers temps, car il est à remarquer que ce n'est qu'en 1846 que M. Barrande a signalé pour la première fois l'existence de cette faune, qu'elle n'a encore été trouvée que dans des dépôts plus ou moins métamorphiques, et qu'enfin on n'y a reconnu jusqu'à présent que 174 espèces. Il est aussi à remarquer que les coquilles et les autres tests en carbonate calcique se conservent beaucoup plus facilement que les ossements des vertébrés. C'est ainsi que l'on rencontre beaucoup de coquilles d'huîtres actuelles dans la terre végétale des environs de Paris et presque jamais des os de poissons, quoique le transport des immondices de la ville y apporte de ces os aussi bien que des coquilles.

La succession de formes diflférentes que présentent les êtres qui ont vécu sur la terre pendant la série des temps, est un phénomène très remarquable sur l'explication duquel on est loin d'être d'accord; les uns l'attribuant à de simples destructions partielles, les autres à des créations successives, ou à des changements de formes déterminés par des causes extérieures.

La destruction partielle de la population d'une contrée, et son remplacement par d'autres organismes est un phénomène qui a certainement eu lieu. Ainsi, quand un fond de mer a été émergé, les animaux marins ont dû périr ou se retirer avec les eaux, et des animaux terrestres ou d'eau douce seront venus les remplacer; de de même lorsque la mer a recouvert une terre, les animaux terrestres ont dû être détruits et remplacés par des animaux marins. On sent aussi que des changements dans la température, la multiplication des animaux carnassiers et celle de l'homme ont pu faire disparaître certaines espèces ; mais il est impossible que ces circonstances aient produit la succession régulière de faunes et de flores di£Férentes que l'étude de la paléontologie a fait connaître. En effet, si les espèces actuelles avaient vécu dans les temps anciens, comment serait-il possible que l'on ait examiné un assez grand nombre de fossiles, pris dans les différentes parties de la terre et dans les différents terrains, pour avoir pu déterminer plus de trente mille espèces particulières, sans que l'on ait rencontré une seule des espèces actuelles mêlée avec les espèces très anciennes? comment serait-il possible que les faunes et les flores qui se

490 GÉOGÈNIE.

sont succédé dans les diverses parties de la terre présentassent une tendance régulière à se rapprocher des faunes et des flores actuelles, de telle manière qu'un naturaliste qui n'aurait aucune connaissance du gisement de ces faunes et de ces flores et que l'on chargerait de les classer chronologiquement les rangerait bien décidément dans leur ordre naturel d'après les seules aflinités organiques? Nous pensons en conséquence que l'hypothèse de l'existence simultanée de toutes les espèces d'êtres vivants qui ont habité la teiTe ne peut être admise depuis les développements qu'ont pris les connaissances paléontologiques.

Quant à l'hypothèse des créations successives, elle peut, à la rigueur, expliquer tous les faits tels qu'on les connaît ; aussi estelle maintenant admise par un grand nombre de naturalistes, mais elle ne s'appuie sur aucun des phénomènes qui se passent sur la terre depuis les temps historiques ; or, il nous semble que l'on ne doit recourir à de semblables hypothèses que quand il n'y a pas moyen d'expliquer les faits par l'application des phénomènes actuels, ce qui n'est pas le cas, ainsi que nous allons le faire voir; mais nous ferons remarquer auparavant que la marche régulière et progressive des divers systèmes d'organisation qui se sont succédé est un phénomène qui rend Thypothèse des créations successives très peu probable à nos yeux, et que l'on conteste encore la réalité de l'état de choses qui a le plus fortement contribué à faire admettre l'hypothèse des créations successives, c'est à dire l'indépendance complète des faunes. On ne peut toutefois contester que dans beaucoup de lieux le passage d'une faune à une autre ne présente une différence absolue; mais ce changement complet s'explique aisément par les lacunes ou les érosions et ne détruit pas les conséquences que l'on peut tirer des liaisons qui existent dans d'autres lieux entre les faunes différentes. D est vrai que Ton attribue souvent ces liaisons à des remaniements, mais ces remaniements ne peuvent s'appliquer à tous les cas de liaisons et surtout aux colojiies de M. Barrande (1), qui indiquent au contraire que deux faunes qui, d après l'ensemble des faits, représentent deux époques successives, ont été contemporaines pendant un certain temps (2).

L'hypothèse des modifications des êtres vivants par l'action des

(!) Bull, d^ la >oc. géol., 4831, l. VHI, pag. «33 ; 1860, t. XVII, pag. GOl {t) Les parli.«>ans des créations sacces&ives ont aussi él' conduits, commo coosèqaeDce, à admettre uoe autrn hypotbé^e qai me semble tout aussi graluile : c'est qu« les espèces ne doirect, comme les individus, exister que pendaul uo teatp» deiermiué.

Je ue parle pas ici des geuéraliuns spontanées qui hool, en quelque manière, reipr<ïssioa matériatislo de rbypolhèae des créations succes^^ives, parce que depuis les dernières obserTaiioas sur U reprodaclîoa des aaimaui iufa&uires, on ne voit pas »ur quoi peut s'appuyer celle hypoLbéâe.

PHÉNOUÉNES ANCIENS. 491

causes extérieures a aussi été attaquée par la considération que, dans rétat actuel des choses, la génération reproduit toujours des êtres semblables à leurs parents ou du moins qui n^en difiPercnt que dans des limites si restreintes qu'ils ne peuvent jamais se ranger dans une autre espèce. Nous n'avons pas à examiner ici si Tespece est effectivement quelque chose d'aussi tranché que le pensent ces naturalistes, ou si c'est, ainsi que les genres, les familles, les ordres, les classes, une abstraction imaginée par la science pour faciliter la connaissance des êtres. Mais, sans contester que la permanence des formes organiques est un des caractères les plus tranchés de l'état actuel des choses, nous pouvons nous demander s'il n'y a pas quelques exceptions à cette règle et si ces exceptions n'ont pas dû se produire avec plus d'énergie dans les temps anciens.

Quant à ce qui concerne la première de ces questions, nous dirons que, si nous examinons les animaux et les végétaux avec lesquels nous avons le.plus de relations, nous verrons qu'il s'y produit des changements de formes, et que ces changements se perpétuent par la génération. Quel est, par exemple, le cultivateur qui n'ait pas dit que certaines plantes ou certaines races d'animaux dégéniènnt^ lorsqu'on les transporte dans certaines contrées? On sait également que les soins de l'homme ont fini par rendre les fleurs doubles, les fruits plus succulents, et même, comme disent les horticulteurs, par faire gagner de nouvelles espèces. On est aussi parvenu à rendre les animaux domestiques plus propres aux usages auxquels on les destine, et les effets de cette influence des soins de l'homme sont si généralement reconnus qu'il n'y a pas de zoologiste qui ne convienne que la domesticité modifie les animaux. A la vérité il y a des zoologistes qui rejettent ces derniers résultats de la série des phénomènes naturels et qui voient un effet de l'art partout où l'homme a étendu ses soins, de môme que les minéralogistes appellent artificiels les cristaux que l'on obtient dans les laboratoires et dans les fabriques; mais on ne doit pas perdre de vue que si l'art peut faire une statue, un tableau, une étoffe, il no peut faire ni un cristal, ni un être vivant; tout ce que l'homme fait à cet égard, c'est de disposer les choses de manière que les forces naturelles se trouvent dans des conditions qui leur permettent ou qui les obligent d'agir dans une direction différente de celle où elles auraient agi sans son intervention.

Si nous recherchons maintenant quels sont les moyens que l'homme emploie pour modifier les êtres vivants, nous verrons que c'est principalement en changeant l'alimentation et la température, ce qui nous permet de répondre à la seconde question que

492 GÉOGÊME.

les changements d'alimentation et de température que nous pouvons produire sont bien peu de chose en comparaison de ceux qui ont dû résulter du refroidissement du globe terrestre, des dégagements de gaz qui se produisaient dans les temps anciens avec bien plus d'énergie qu'à présent, surtout à l'époque des révolutions géologiques, des effets que la présence et ensuite la fixation de ces gaz produisaient sur la nature des eaux et de l'atmosphère. De sorte que l'on peut dire que l'application des lois de la nature organique actuelle aux temps anciens a dû produire sur les animaux sauvages des modifications bien plus importantes que celles que l'homme produit actuellement sur les animaux domestiques.

La nature organique présente encore d'autres circonstances que l'on peut invoquer en faveur de la modification des espèces par la voie de génération, attendu qu'elles s'expliquent difficilement dans les autres hypothèses.

Telle est l'existence chez beaucoup d'espèces animales d'organes rudimentaires qui semblent annoncer que ces espèces descendent d'une souche commune avec celles où ces organes sont bien développés.

Tels sont également les rapports qui existent dans certains caractères généraux des espèces qui composent les faunes et les flores d'une même région, non seulement pendant la période actuelle, mais aussi pendant les périodes antérieures. C'est ainsi, par exemple, que la faune quaternaire de l'Australie se distingue, comme la fiiune actuelle de cette partie de la terre, par la présence des mêmes genres de mammifères didelphes et que la faune quaternaire de l'Amérique méridionale se distingue aussi, conrnie la faune actuelle, par la présence de nombreux édentés.

Du reste, on ne doit pas perdre de vue que, depuis qu'il est reconnu que tous les grands types d'organisation existaient déjà pendant la période primaire, on n'a pas besoin de donner à l'hypothèse des modifications une extension qui avait jeté sur elle une grande défaveur lorsque l'on voulait faire descendre tous les êtres vivant actuellement d'une simple monade.

Une autre objection que les adversaires des modifications opposent à cette hypothèse, c'est que l'on ne trouve pas de passages d'une espèce à une autre. Mais nous croyons pouvoir élever des doutes sur cette assertion, lorsque nous voyons les discussions qui s'élèvent à chaque instant entre les paléontologistes pour le classement de certains individus dans une espèce plutôt que dans une autre, et les découvertes qui font connaître chaque jour de nouvelles espè'jes qui viennent se ranger entre celles déjà connues.

PHËNOHËNES ANCIENS. 498

Kous croyons, en outre, que la nature actuelle nous présente aussi des transformations qui ne se font pas d^une manière aussi graduée que celles déterminées par Talimentation et la température ; ce sont les métamorphoses et les croisements.

On sait en effet que le développement des êtres vivants se com* pose d'une succession de changements de formes qui varie selon les divers groupes d'êtres, et que, chez certains animaux inférieurs, ces changements de formes sont tellement radicaux, que le même individu pourrait être rangé, non seulement dans des espèces différentes, mais même dans des classes différentes, selon les diverses phases de son évolution où on l'observe. On sait également que des circonstances extérieures peuvent an-êter l'évolution sans faire périr l'animal, et des observations récentes ont fait connaître qu'il y a des animaux doués de la faculté de se reproduii*e avant que leur évolution soit terminée. De sorte que si des causes générales, telles que des changements de température ou d'alimentation, arrêtaient le développement de ces animaux, ils formeraient des espèces quelquefois assez différentes de leurs ancêtres pour être placés dans d'autres classes.

On sait également que les croisements^ c'est à dire l'union d'êtres qui appartiennent à des espèces ou à des races différentes, donnent naissance à des êtres qui diffèrent de leurs parents. A la vérité, les adversaires des transformations repoussent l'application de cette cause à la succession paléontologique j)arce que, disentils, c'est un phénomène qui n'a lieu que par l'intervention de l'homme, que les hybrides résultant du croisement d'espèces différentes sont stériles ou ne peuvent au plus se reproduire que jusqu'à la cinquième génération et qu'enfin les hybrides résultant du croisement de races différentes retournent après quelques générations à l'un des types originaires.

Quant à ce qui concerne l'intervention de l'homme, on vient da voir que cette intervention se réduit à mettre certiiines forces naturelles à même d'agir dans une direction donnée, or on conçoit facilement que les révolutions géologiques en détruisant une partie des populations organiques et en amenant à la surface de la terre des substances susceptibles de servir d'excitants, devaient donner lieu à beaucoup plus de croisements qu'il ne s'en fait actuellement.

On conçoit également que les mêmes causes ont pu donner plus d^aptitude aux hybrides pour se reproduire qu'ils n'en ont maintenant ; car l'expérience prouve, par exemple, que la reproduction des mulets, si rare dans nos climats tempérés, est plus fréquente dans les climats chauds. D'un autre côté, on ne doit pas perdre de

vue qu'il suffit que la reproduction des hybrides ait eu lieu une fois pour que Ton y voie un phénomène naturel possible. Or dès qu'un phénomène naturel est possible, sa fréquence ou sa rareté ne dépend que de la fréquence ou de la rareté des conditions qui le mettent dans le cas de se produire. Il est à remarquer au surplus que l'opinion que les hybrides ne conservent la faculté reproductrice que pendant quatre ou cinq générations n'est fondée que sur quelques rares expériences faites dans des ménageries, c'est à dire dans des conditions très défavorables; de sorte que l'on pourrait comparer cette opinion à celle d'un cornac qui dirait que les éléphants sont stériles parce qu'il n'avait pu obtenir des petits avec ceux qu'il entretenait en domesticité. Nous dirons aussi que nous sommes entourés d'un groupe d'animaux qui semble donner un démenti à cette opinion. En effet, lorsque l'on examine les animaux que les naturalistes laissent réunis sous le nom diespèce chien^ on s'aperçoit qu'il y en a qui se rapprochent du chacal, d'autres qui se rapprochent du loup et d'autres qui ne se rapprochent d'aucune espèce connue, d'oii l'on est porté à conclure que nos chiens actuels sont le résultat du croisement de trois espèces au moins, c'est à dire du chacal, du loup et d'une espèce entièrement passée à l'état de domesticité. Si l'on objectait contre cette manière de voir que les diflFérences qui existent entre les chiens résultent des soins que les hommes leur ont donnés, nous répondrions en premier lieu que reconnaître à Thommela faculté de produire des différences aussi profondes serait donner gain de cause à la théorie des transformations, et en second lieu que les modifications que les hommes clierchent à opérer sur les êtres vivants tendent vers un but d'utilité ou d'agrément, de sorte qu'ils n'ont pas dû chercher à faire ressembler leurs chiens au loup ou au chacal, mais, lors mAme (^ue quelques hommes auraient eu cette intention, ils n'auraient jamais pu atteindre ce but, puisque les soins de l'homme doivent nécessairement avoir pour résultat de rendre les êtres qui en sont le sujet plus différents de ceux restés à l'état sauvage.

Pour ce qui est du retour des hybrides vers l'un des types originaires, nous avons déjà eu l'occasion de faire voir (1) que ce retour est loin d'être démontré; que dans le cas où l'on croyait l'avoir observé chez les hybrides provenant des races humaines on devait y voir l'effet de nouveaux croisements faits avec des individus plus rapprochés de l'un des types originaires, et qu'enfin ces appa-

(!) Des rare» humaines. Pari», 1859, pag. 7. Bull, de VAcad. royale de Belgique, l. XV *-«. 381, t. XVn, pag. «8.

rences de retour n'étaient dans les autres cas qu'un effet de ces oscillations qui ont lieu dans tous les phénomènes naturels et qui sont d'autant plus prononcées que les phénomènes rentrent moins dans l'ordre ordinaire des choses.

On ne doit pas perdre de vue non plus que, quand on a modifié des êtres vivants, soit dans leurs formes, soit dans leurs habitudes, il faut ordinairement une suite de générations plus ou moins longue pour que les changements obtenus acquièrent une véritable fixité. C'est ainsi, par exemple, que les animaux sauvages que l'on veut domestiquer ont dans les premières générations une tendance à reprendre leurs anciennes habitudes, qui ne se perd qu'après un certain nombre de générations. Or ce phénomène nous conduit à admettre la possibilité que, dans les premiers temps, les espèces n'avaient pas encore acquis la stabilité qu'elles ont maintenant, et que des modifications pouvaient se produire plus facilement.

On voit, par ce qui précède, que l'hypothèse qui fait descendre les êtres qui vivent aujourd'hui de ceux qui ont vécu dès les temps les plus anciens, peut non seulement s'appuyer sur les phénomènes qui ont lieu actuellement dans la nature organique, mais qu'elle est plus en rapport que toute autre avec l'ensemble des faits que nous présente l'étude du globe et avec la tendance au perfectionnement, qui est un des caractères les plus importants de la série des êtres qui ont vécu successivement à la surface du globe terrestre (1).

(I) L*îdéA dn perfectionnement soccessif des étros est «ooTenl contestée, A icidfl d*0rbign7,*iio- Umnenl, ioToqnail contre oIIh la considération que cinq ordres d*animaax de iVmbranchement I0 plDS parfait, celui des Terlébtés, sont en décrois^ianret ei que ln$ embranchement» des mollusques et des rayonnes ne prést>ntenl pas maintenant des être» plus perfiH:lionnés que ceux des premiera ti»mps, maisje no vois p.i« que res faits ébranlent l'opininn da perfectionnement sncres^if; car pea importe, poarqne le perfectionnement ait eu lien, qu'il ne se soit pas étendu éKalemenl snr. tons les groupe-; qne l'on a yno à nropos d'établir parmi les animanx. La question est de savoir ai le nombre des espèces et «te» individus supérieurs n*a p.is toujours été en aui^montnnt, et si Ton ne TOit pas paraître socct* sslvement, dans la série des temps, d<*s espèces de plus en plus perfectionnée«. Or personne n'avait mieux rai<< en relief la réalité de cette assertion que d*Orl>i|!ny, qui arait fait Toir les époques où ch^ique ordre, chaque famille, chaque genre, chaque espèce d'animaux a paru sur la terre. D'Orbi;:nY insistait aossi sur ce que plusieurs ordres, plusieurs classfs, plusieurs embranchements ('animaux ont présenté, dés les premiers temps, des formes aussi perfectionnées que celles qu'ils présentent aujourd'hui. Or, je ne Tois pas que l'on pnis'^n tirer de ce fait aucune conclusion contre le système du perfectionnement, ni contre celui des modifications: car les formet des animanx de res ordres on de ces classes ont «nbi la loi dn changement comme celles des ordres on des classes supérieures. Toute la différence c'est que, dans cette série de changements, ces ordres on ces classes ne se sont pa« iierfeciionnés comme les animaux Tertébrés, ce qui dit simplement que les animaux des types inléneurs avaient pris, dès les premiers temps, tout le perfectionnement qui est compatible avec le p'an de leur organisation, tandis que le plan des animaux vertébrés était établi de manière à recevoir les perfectionnements que l'étude de la paléontologie nous fait Toir que ces animaux ont successivement reçus.

D*nn autre côté, il n'est pas hors de propos de faire observer ici que l'on ne peut tirer de ce qui a été dit ci dessus sur les changements de formes et snr le perfectionnement survenus dans la nature TiTsute, aucun argument contre Tim matériau té de Time de l'bomme; on doit éviter de con-

fondrp I'ordr« moral et PorJrp phyMqof ; car, d<» même qn« nos croyances religieos^s n* doitért pas nous emrcoher de voir les faits de la nature tels qu'ils sont, noas devons encore moins nocs appuyer <>ur quelques ob$erTalions faites avec nos sens grossiers, pour attaquer des dogmes qai tiennent à on onire de choses tout différent.

Dd reste, quoique je considère les êtres vivant anjonrd'hui comme provenant, par la voi^ de reprodnciion, de ceux des temps anciens, je n'entends pas dire que l'homme doit reconnaître on polype coiiiine In sonrhe de iia nohie race. Mais, quand il serait vrai que l'espèce hnmaine acrjiit aussi subi des» chmceaients de formes d.ins la série des temps, ce^te circonstance oe ferait rien à l'existence du priuripc iuimalénel dout la religion nous apprend que Dieu a dooè l'homme, c« principe éianl tout lU'&i compatible a\ec d'autres formes qu'avec ce:le qui distinga^ rbotome d'aujourd'hui. M lis il y a pins, c'est qu'aucun des faits conslaté> par les observations geogooslîqaes ne peut ctro rotisitleré c nime destructif de la relation contenue dans la Genèse; nous ne f»on»onN, par l'xeiupîe, nodi pîevalmr de no> observations néKalives pour dire que rb><mme n'a |iaj été crèr; le même jour que let animaux terrestres. La ^eule conc usion forcée qui rébUlterait de c<;it« circonstance combinée avtc les hypoihe.<e« admises dans ce livre, c'est que, si l'homme existait aa moment de la formai ion du terrain honiller, «es poumons étaient organisés d'une manière <ini tel permettait de vivre d.îns une almof^phère contenant une quantité d'acide carbonique snfli>ante pour faire mourir les huimnes d'aujourd'hui. Or, i' y a deux (ho>es i remarquer à cet égard, c'e«t qce cett# hypothèse de l'abininnce de l'aci.le carbonique adoptée pour l'explication de quelques plîe- Domènes K'eoln(2ique.s, n'e^l qu'un acceii&oire indépendant du système générai, l'autre, c'eat que ia GenèhH nous conduit elle-inèine à supposer que les premiers hommes èlaienl doués d'an sysstème rcî-piraioire dilferent de «eliii dont jouissent ks hommes d'aujourd'hui, car ce qu'elle nous rapporte de leur lonKévilé annonce un ordre de choses plus ressemblant, »ous ce rapport, à ce qui se passe maintenant chez les reptiles el chez les poissons, qu'à ce qui a lieu rhez les hommes actuels.

On pourrait encore ajouter que si l'on trouve dans nos livres sacrés des passages qui semblent appuyer l'hypothè-e des transformations, ces livres paraissent rep<>us«er celle des créations successives piéfedèesdo la deslruclion complète des organismes préexislanl'i.car ces livres ne parlent que d'une seul« création, ei, bien loin de conduire à supposer que les premiers types aient été complètement détruits, ils nous entretiennent de la manière dont ces types ont été conservés peodant la dernière irraotle révolution péoloïiqne.

Si j'ai reproduit ici les ron.>idèralions sur l'apparition et la succession des êtres vivants, tel'.fs qu'elles oui été insérées dans les éditions antérieures, c'est que je me i>uis laissé aller an senlimeat qui anime les auteurs pour ce qn'ili ont composé ; car j'aurais mieux servi la cau<e de la lraa<fcrmation des espèces en tran>cri\aut le beau chapitre qui termine le grand travail de M. Albert Gaudry ^ur les animaux fossiles de Fikermi.

Je (loi-* aL*si avouer qu'une paresse, cxcnsable à mon âge, m'a empé<*hé d'introduire dans ce Tolume l'analyse du célèbre ouvrage qui, daus ces derniers temps, a dv>uné un si grand releDli^semeni 4 la théorie de la !ran>formalion des espèces. Je me bornerai à dire que je ne crois p^ts qat la sélection naturelle el la concurri nce vitale aient pu produire la sucression de changements qiii* nous révèle la si-rie pi'éontolo^i.jue. Je me permettrai même d'ajouter que je crois que si le savait auteur, auquel je fais al u-iion, a recouru à ce mole d'explication, c'est que, app.Mlenant à \'rr l" gi-olo.M(pie dite <tf'!* c(ni<rs uctuellfê, il ne pouvait recourir aux chanKcments de milieux adTj'« par Vf^fote dite ites révuliUion*; chaugemenls qui »onl do nature à exercer uoe action beaucoup plus énei trique .<>ur les êtres vivants.

Pui>qui' je ^ iens de citer les deux jrrandes écoles géologiques, je crois encore devoir ajonter, pi'tcr termin»»r, que si j'ai donné la préférence à la seconde, c'e.sl parce que je crois que la première, qui suppo>e que les incv'alités du globe terrestre sont due» à des souK venients lents, analogues à ceax cités à. la page i30, ne peul rendre raison des relèvements, des plissements et des renverst'n)»'Dt« que présentent une gramle parlie de l'écorce du ik'iobe terrestre, ainsi que je l'ai fait remarquer à la page 4VJ. D'un ai.ire i ôié, je ne crois pas que l'on puisse expliquer ces mouvements sans admettre l'ètal de fliiMite du n(»yau central ; étal d'ailleurs qui est indiqué, ainsi qu'on l'a va ci dessus P^r la forme du globe, pour l'accroissement de la chaleur à mesure que l'on s'enfonce, par les phéo!»m nés des volcan > et par l'ancienne répartition des êtres vivants. Or, si le globe a été originaire, ment à l'état de fluidité, son écorce solide n*a pu se former sans qu'il ne se soit produit quei<]tir$ coutractioos brusques el d'immenses éjacaiatioDs de matières liquides et gazeuses.

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