CHAPITRE II
GEORGES u (1727-1760).
1. Caractère de Georges H. -- Pendant que son père était dans le Hanovre, Georges H avait gouverné la Grande-Bretagne sous le titre de lieutenant général, et s'était concilié l'estime et la bienveillance des Anglais. On se rappelait qu'auparavant il avait déployé sous Marlborough beaucoup de bravoure; on ne parlait que de ses talents, de sa science et de son mérite. Aussi son avènement fut-il salué par des acclamations unanimes. Les douze premières années de son règne furent très-heureuses et très-paisibles. H avait la plus grande confiance dans son épouse Caroline d'Anspach. C'était une femme affable et spirituelle, qui s'occupait également de politique et de philosophie, et qui dirigeait les affaires de l'Angleterre, tout en correspondant avec Leibnitz et Clarke.
2 . Administration de Walpole. — La reine avait une confiance sans bornes dans Walpole, dont la popularité fut portée à son comble par le traité de Vienne qu'il conclut avec l'Empire, la Hollande et l'Espagne. L'Angleterre jouissait alors d'une suprématie incontestée sur toute l'Europe. La France elle-même s'était humblement placée sous sa dépendance. Vafiglommiie était tellement devenue à la mode parmi nous, que les esprits les plus distingués allaient chercher leurs inspirations au delà de la Manche. Walpole, qui avait le plus contribué à cette
gloire dont jouissait la nation anglaise, aurait voulu maintenir la paix parce qu'il était convaincu que c'était le seul moyen d'ajouter encore à la grandeur et à la prospérité de son pays. Mais ses ennemis ne le laissèrent pas libre de ses actions. Ils travaillèrent l'opinion, échauffèrent les esprits et le contraignirent à se jeter malgré lui dans la guerre de la succession d'Autriche, qui avait pour objet de maintenir le teslament de l'empereur Charles VI en faveur de sa fille Marie-Thérèse.
3. Batauj.e de Fontexoy (1745). — Mais l'Angleterre ne prit une part active dans cette guerre que sous le ministère whig de Henri Pelham qui succéda à \N'alpole. Georges 11 se mit à la tête d'une armée et gagna sur le maréchal de Noailles la bataille de Dettingen (1743). Louis XV, désireux de venger cet affront, marcha lui-même à la tête de ses troupes et vint mettre le siège devant Tournai. Le second fils de Georges II, le duc de Cumberland, ayant voulu délivrer cette ville, son armée se trouva en présence de celle des Français près du village de Fontenoy, le M mai 174t. La bataille fut très-vive, et le succès restait encore douteux quand l'Irlandais Lally donna le conseil de pointer contre les Anglais quatre pièces de canon, de rompre ainsi leurs colonnes et de se précipiter par cette ouverture à l'intérieur de leurs bataillons. Ce fut la maison du roi qui exécuta cette manœuvre. En quelques minutes toute la phalange ennemie fut détruite; les Anglais laissèrent sur le champ de bataille près de 9,000 morts et de 6,000 mourants.
4. Tentatives de Charles- Edouard (1 745-175 6). — Cette guerre faiUit être funeste à la dynastie régnante. Pendant que les armées anglaises se te-
naient au delà du Rhin, Charles-Edouard, fils aîné du prétendant, entreprit de reconquérir le trône de ses aïeux. La France lui avait promis une flotte, mais la tempête servit encore une fois la cause des Anglais en écartant nos navires de leurs côtes. Néanmoins Charles-Edouard aborda en Ecosse le 27 juillet i 745, et se mit à la tête des clans révoltés. Edimbourg lui ouvrit ses portes et l'accueillit avec enthousiasme dans ses murs. Il détruisit à Preston un corps de l'armée anglaise, s'empara de toute l'Ecosse et pénétra en Angleterre.
5. Ruine de la dynastik des Stuarts. — Déjà Londres tremblait; Georges II cachait ses trésors et s'apprêtait à faire voile pour la Hollande. Mais les conseillers du prétendant eurent le tort de l'obliger à retourner sur ses pas pour profiter d'un renfort de trois mille hommes que la France venait de lui envoyer. Cette retraite étant prise pour une fuite rendit le courage aux partisans du roi qui poursuivirent avec ardeur les rebelles et les vainquirent à Culloden (16 avril 1776). Le parti des Stuarts fut à jamais anéanti par cette défaite. Charles-Edouard, après avoir erré pendant cinq mois dans les montagnes et sur les mers de l'Ecosse, aborda enfin le 20 septembre sur les côtes de Bretagne. Il alla ensuite en Italie, où il mourut en 1788. Son frère, Henri-Benoît Stuart, nommé cardinal, mourut en 1807 à Rome, et avec lui s'éteignitlarace des Stuarts,
«. Traité d'Ak-la-Ghapelle (1748). — Georges II ne fut pas aussi heureux sur le continent. H avait conclu avec Elisabeth, impératrice de Russie, un traité par lequel cetteprincesses'engageaità envoyer dans les Pays-Bas une armée de 50,000 Russes, moyennant une somme de 100,000 livres sterling.
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Mais en attendant l'exécution de ce traité, les armées françaises remportèrent les plus brillantes victoires. Le maréchal de Saxe, après la bataille de Fontenoy, prit Bruxelles, Anvers, Mons, Namur, et termina sa campagne par la victoire de Rocoux près de Liège (1746). L'année suivante il vainquit encore les Anglais à Lawfeld, pendant que le comte de Lowendal s'emparait de l'imprenable Berg-op-Zoom, et il alla mettre le siège devant Maëstriclit. Tous ces succès amenèrent la paix d'Aix-la-Chapelle qui fut loin de satisfaire l'orgueil de la nation anglaise.
7, PiTT ET Fox. — Le gouvernement anglais vit paraître successivement des hommes de génie dont les noms sont restés célèbres dans les luttes parlementaires : ces hommes furent William Pitt (lord Chatam) et Henri Fox (lord Holland). Pitt, qui eut pour antagoniste, dans sa carrière politique, lord Holland, avait été l'auteur de la chute de Walpole, et depuis il avait fait de l'opposition à tous les ministères. Son éloquence était hardie, spirituelle, vive ; ses discours étaient remplis de traits brillants que l'on a comparés à des éclairs. Dans ses attaques il foudroyait ses adversaires par la force et l'ascendant de son génie. Fox, au contraire, avait été le partisan zélé et l'ami de Walpole, et paraissait avoir pris à tâche de défendre tous les ministères. Comme orateur, il n'avait rien de brillant, mais ses discours étaient d'une logique si ferme et si pressante que Pitt seul pouvait y répondre. Les fils de ces deux hommes d'État, William Pitt et Charles Fox, continuèrent leur rivalité.
8. Guerre de sept ans (1756). — Pitt étant arrivé au pouvoir, son unique but fut d'abaisser la France. Ce fut pour y parvenir qu'à l'occasion de la guerre
qui s'éleva entre Frédéric le Grand et Marie-Thérèse au sujet de la Silésie, il prit parti pour le roi de Prusse contre l'impératrice d'Autriche que LouisXV appuyait. Celte guerre, si célèbre sous le nom de guerre de Sept ans, n'était pas encore terminée quand Georges II mourut (1760). Sous le règne de ce prince la dette publique prit un accroissement considérable, mais son règne n'en fut pas moins une des périodes les plus brillantes de l'histoire d'Angleterre. Il laissa la couronne à son petit-fils Georges III.
QuESTiONNAinE. — 1. Georges II s'était-il fait connaître avant son avènement ? Comment fut-il accueilli par la nation? Quel était le caractère de son épouse? 2. Quel fut son premier ministre ? A quel degré de gloire s'éleva l'Angleterre sous son règne? Pourquoi Walpole se jeta-t-il dans la guerre de la succession d'Autriche? 3. Quelle victoire remporta Georges II? Où les Anglais furent-ils défaits? 4. Quelles tentatives fit Charles-Edouard? Quels furent ses succès? 6. Qu'est-ce qui l'empêcha de réussir? Comment s'éteignit la famille des Stuarts? 6. Les Anglais furent- ils heureux sur le continent? Quels succès remportèrent les armées françaises? Par quel traité se termina cette guerre? 7. Quels sont les deux hommes d'Etat qui se disputèrent le pouvoir? Faites-nous connaître le génie de Pitt. Quel était le caractère de Fox son adversaire? 8. Quel fut le but de Pitt? Pourquoi entreprit-il la guerre de Sept ans? A quel âge mourut Georges II? Quel fut son successeur?