De l'art DRAMATIQIE AVANT SHAKESPEARE
AvanlShakespeare,le théâtre anglais était dans l'enfance. Là, comme dans le reste de l'Europe, il avait commencé par la représentation des rmjstères. On jouait toutes les principales scènes de l'ancien et du Nouveau Testament, et on y ajoutait les miracles opérés par les saints, et le spectacle des soufFrances endurées parles martyrs. Sous Henri Vllf on s'était servi de ces représentations populaires pour propager les doctrines nouvelles et tourner en dérision le catholicisme. Edouard VI écrivit lui-même un mystère dont le but était de divertir le peuple au détriment de l'Église romaine. Insensiblement l'art s'étendit et se perfectionna. Les comédiens obtinrent de la reine Elisabeth la permission d'établir un théâtre fixe dans l'ancien monastère des moines ursins. Cette concession provoqua d'autres demandes de la même nature, et après avoir eu des salles de théâtre fort grossières, on vit enfin s'élever des édifices somptueux d'un goût trèsperfectionné.
2. Des tragédies de Shakespeare. — Shakespeare fut précédé de quelques poètes distingués, mais il les effaça tous par l'éclat de son génie et mérita d'être placé au premier rang par les écrivains du xvi° siècle. Il était né le 23 avril 1564 à Slratford-sur- Avon, dans le comté de Warwick. On ne sait rien sur son enfance. Sonpère fîtlecommerce deslaines et devint bouclier, il exerça pendant quelque temps la profession de son père et ne commença à écrire que vers l'an Io90. Dans l'espace de vingt à vingt cinq ans, il composa trente-six pièces, et mourut en 1616 à 1 âge de cinquante-deux ans, dans la plénitude de ses succès et de son génie.
Shakespeare excelle dans ses tragédies par la vigueur du coloris. Dans ses drames de Richard IIl, Henri VII, Henri VIII, il a peint le caractère de ces princes et de leur époque avec une étonnante énergie. Macbeth, Roméo et Juliette, le roi Lear, Othello, Hamlet, se distinguent par les mêmes mérites. Génie indépendant et libre, il s'affranchit de toutes les règles et ne respecte ni l'unité de temps, ni l'unité de lieu. Maisil possède au plus haut degré l'art des contrastes inattendus, des grands effets de théâtre, des émotions puissantes. T®u(es sespièces sont un mélange de grandeur et de pathétique, de bouffonnerie et de terreur qui provoquent successivement et avec un égale énergie le rire et les larmes.
3 .De ses comédies. — D'après ses compatriotes, Shakespeare n'excelle pas moins dans la comédie que dans la tragédie. Quelques critiques préfèrent même sa gaieté à son génie tragique. Il nous serait difficile de souscrire à ce sentiment, parce que notre goût tient trop à la régularité du plan et à la vrai-
semblance pour apprécier ainsi les pièces dans lesquelles le génie du poëte semble avoir pris à tâche de s'éloigner de la nature. Ce qui nous frappe le plus dans ces compositions bizarres, c'est la variété des expressions et la flexibilité du talent del'auteur. Timon d'Athènes est une de ses comédies les plus piquantes : elle a quelque chose du feu satirique d'Aristophane et de lamahgnilé de Lucien.
Questionnaire. — 1. Quel était le caractère du drame anglais avant Shakespeare ? Comment ce drame s'est-il développé ? 2. Où naquit Shakespeare? Racontez sa vie. Quelles sont ses tragédies les plus remarquables ? Quel est le caractère de ses tragédies? 3. S'est-il aussi distingué comme poëte comique? Quelle est sa meilleure comédie?