CHAPITRE X
LES rCETES ANGLAIS AU XVUl^ SIÈCLE.
Pope. Young, Thompson et Byron sont les grands poètes de cette époque.
1 . Pope. — Pope naquit à Londres le 22 mai 1 688 de parents catholiques très-zélés pour la cause des Stuarts. Son génie fut très-précoce. 11 n'avait que huit ans, et déjà il faisait des vers. A douze ans il adressa une Ode sur la solitude à Dryden qui occupait alors le premier rang parmi les poètes anglais.
^l) Villemain.
Trois ans après il publia la Forêt de Windsor qui est un chef-d œuvre d'élégante description. A vingt ans il entreprit de mettre en vers toutes les leçons de goût qu'il avait recueillies dans ses réflexions et ses éludes. Son Eisai sur la critique n'est qu'une ébauche comparativement à V Art poétique de Boileau, mais c'est une ébauche de génie. Son poëme héroï-comique, la Boucle de cheveux enlevée, est dans le mCme genre que le Lutrin. Il y a moins d'art et de fécondité, mais Pope fut dès lors placé au premier rang parmi les poètes.
Pope s'appliqua ensuite à unir la philosophie à la poésie, en mettanten vers les entretiens qu'il avait eus avec Bolingbroke sur l'homme et ses destinées. Son Essai mr l'homme ajouta beaucoup à sa gloire. La doctrine n'en est pas sûre, mais la poésie en est brillante et riche. Il avait conçu le projet de parcourir dans plusieurs épîlres toutes les grandes questions de la métaphysique et de la morale, mais il ne publia que ses épîtres %uv\e?> Caractères de< hommes, les Caractères des femmes et V Usage des Richesses. La mort le surprit au sein de ses préoccupations. 11 mourut en 1744, après avoir reçu les consolations de la religion catholique àlaquelle il resta toujours fidèle. Il avait cinquante-six ans.
3. YouNG. — Young naquit à Upham l'an I68I. Son principal ouvrage, les Méditations de la nuit, n'a pas moins de dix mille vers. Dans ce livre si sombre, son imagination se plaît à rappeler sans cesse les mots de mort, de néant et d'éternité. Il peint sous les couleurs les plus terribles tous les tableaux que peut fournir le souvenir de notre destruction. 11 ne craint aucune image, il descend aux détails les plus bas et les plus rebutants, tout lui
est bon pourvu qu'il frappe ses lecteurs. Ce genre singulier devait trouver nécessairement des imitateurs. Non-seulementen Angleterre Youngfitécole, mais on l'imita encore en France et en Allemagne. Ses disciples voulurent encore enchérir sur lui, en forçant ses couleurs. Ils tombèrent dans une monotonie sépulcrale et ne produisirent que l'ennui qui se lit l'inséparable compagnon de leur trilesse affectée.
3. Thompson. — Thompson est surtout célèbre pour son poëme des Quatre saisons. Il était né en 1700 et avait étudié en vue de succéder à son père et d'être ministre prédicant comme lui. Une de ses thèses ayant été sévèrement censurée sous le rapport théologique, il renonça à cette carrière et vint à Londres n'ayant pour toute ressource que le quatrième chant de son poëme des Quatre saisons, VHiver. 11 le publia et obtint un succès prodigieux. 11 composa successivement VÉté, le Printemps et V Automne, et son ouvrage se trouva achevé vers l'an n30. Ce poëme estun chef-d'œuvre dans toutes ses parties. Il n'a été composé dans aucun temps, dit M. Coquerel, un ouvrage où le genre descriptif soit moins monotone et plus attrayant, où la nature ait été peinte avec plus de grandiose et de fidélité. Ce qui surtout est fort remarquable dans cette composition, c'est le choix plein de goût que le poëte a fait dans ses tableaux : il a évité avec soin l'enflure sans tomber dans le trivial, et il a su mêler adroitement des réflexions morales à toutes les scènes de la nature qu'il a si bien représentées.
4. Byron. — Byron naquit à Douvres le 22 janvier 1788. Son père, John Byron, était capitaine des gardes ; sa mère, miss Catherine Gordon de Gight,
était une riche et noble héritière d'Ecosse, du sang des Sluarls. Byron n'avait que trois ans quand il perdit son père. 11 fit ses premières études dans une petite école d'Aberdeen. Comme ilétait d'une santé très-délicate, sa mère le conduisit dans les montagnes d'Ecosse, et il dut sans doute à l'aspect sauvage de ces lieux cette humeur chagrine qui a toujours fait le fond de son caractère. Sa jeunesse fut très-orageuse. Il publia ses premiers vers sous le titre d'Heures de loisir. Il y avait dans ce recueil des pensées fortes et élevées, mais la poésie en était médiocre.
La Revue d'Edimbourg s'en étant moquée, Byron répondit à la critique par une violente satire où son génie se révéla. Ayant ensuite entrepris de longs voyages, il revint en Angleterre et publia en 1812 son Pèlerinage de Childe-Harold, Il excita l'admi^ ration universelle. Chaque jour fut ensuite marqué par quelques pièces nouvelles qui lui étaient inspirées soit par ses souvenirs personnels, soit par les grands événements publics. Ainsi à la chute de l'empire il composa V Adieu à Napoléo7i, VOde sur la France et VOde sur Waterloo.
Byron mourut à Missolonghi, en Grèce, d'une inflammation de poitrine en 1824.11 n'avait que trentesix ans. Il tenait au xvin® siècle par ses doctrines ou plutôt parl'absence de toute croyance. Esprit indépendan f, nourri d'émotions et d'études, il ne bornait pas aux vers son talent d'écrire. Sa prose est vive, étincelante, légère comme l'est rarement la prose anglaise. Elle abonde en saillies d'amusante humeur et en expressions heureuses.
Questionnaire. — 1. Quels sont les poSles qui ontbrillé en Angleterre au xviu* siècle ? Où naquit Pope? Citez ses principaux ouvrages. 2. Où naquit Young ? (Juel était le caractère de ses Méditations ? 3. Par quel ouvrage Thompson s'est-il rendu célèbre ? Qu'y a-t-il de remarquable dans les Quatre saisons ? 4. Quelle fut l'enfance et la jeunesse de Byron ? Quest-ce qui éveilla son génie? Citez quelques-uns de ses ouvrages. Quel était son caractère ?