DES HISTORIENS. — DAVID HUME, ROBERTSON, GIBBON
1. David Hume. — David Hume naquit à Edimbourg, en avril 1711. Sa mère aurait voulu lui faire suivre la carrière du barreau. Mais il aima mieux étudier Montesquieu et Voltaire, ses auteurs favoris. Imbu des doctrines philosophiques du xmii^ siècle, il composa d'abord des traités dans lesquels il professait le scepticisme le plus absolu, attaquant l'existence de Dieu, le libre arbitre et l'immortalité de l'âme. Ces opinions funestes lui ayant attiré beaucoup de désagrément dans sa patrie, il vint en France où il fut reçu avec une sorte d'enthousiasme. Pendant trois ans il jouit d'o^ allons perpétuelles, et il y prit tant de plaisir qu'il faillit être ingrat envers son pays.
Ce sentiment le domina dans la composition de son Histoire d'Angleteire. Cet ouvrage, qui est aujourd'hui son principaltitre de gloire, ne respire en aucun endroit ce vifamourde la patrie qui rend les historiens de l'antiquité si éloquents. Son incrédu-
lité le rend aussi très-hostile à la religion, et le force souvent à sacrifier la vérité à la passion. Son style est pur, élégant, noble et ingénieux; mais ses recherches ne sont ni assez exactes, ni assez étendues. L'histoire du docteur Lingard a fait oublierla sienne.
2. RoBERTsoN. — Robertson était aussi un Ecossais, il naquit à Borthwith, en 1721. Nous avons de lui une Histoire d' Ecosse ^ une Histoire du régne de Charles-Quint et une Histoire d'Amérique. Son Histoire d'Ecosse fut d'abord vivement attaquée, mais David Hume, Gibbon et les meilleurs critiques reconnurent son mérite et firent changer l'opinion en faveur de l'auteur. Son Histoire de Charles-Quint suppose une grande érudition. Elle est précédée d'une introduction qui a été souvent citée avec éloge, et qui méritait de l'être malgré les erreurs qu'elle renferme. Au point de vue de l'art, Robertson a fait une grande faute de ne pas fondre ensemble ses récits et ses documents. Il en est résulté que les notes sont beaucoup plus intéressantes que le texte.
Pour compléter le règne de Charles-Quint, il dut s'occuper des découvertes qui enrichirent l'Espagne à celte époque. Ce sont les matériaux qu'il avait recueillis à celte fin, qui ont formé son Histoire d'Amérique. Cet épisode a le môme mérite et les mêmes défauts que l'histoire de Charles-Quint à laquelle il se rattache.
Robertson avait beaucoup de calme et de sangfroid. 11 écrivait à Gibbon que, quand il prenait la plume pour écrire l'histoire, il se croyait toujours donnant son témoignage devant une cour de justice. La fermeté de ses récits, l'élévation de son caractère prouvent que telle était en effet la pensée <iui dirigeait sa conduite.
3. Gibbon. — Gibbon s'est rendu célèbre par son Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain; ses idées philosophiques l'avaient rendu partisan zélé de l'absolutisme et ennemi déclaré du christianisme. H ne voit rien de mieux que le despotisme des empereurs romains, et il en est à regretter la chute du paganisme . Ce double sentiment ne pouvait l'inspirer dignement. Au lieu de prendre intérêt à la société nouvelle qui surgit des débris de l'ancienne, il prodigue l'insulte aux martyrs et parle avec une froide ironie de ces hommes qui avaient la générosité de sacrifier leur vie pour la défense de leurs croyances.
Et ce qu'il y a d'étonnant, c'est qu'après s'être efforcé de rabaisser le courage héroïque des martyrs, il prend plaisir à célébrer les féroces exploits de Tamerlan et des Tartares. La grandeur matérielle le frappait beaucoup plus que la grandeur morale, et ces écarts prouvent qu'il n'y avait chez lui aucun principe fixe. Son histoire n'en est pas moins remarquable par la perfection avec laquelle il peint les détails, et par l'habileté avec laquelle il fait ressortir la décomposition de l'empire romain.
Ces trois écrivains formèrent le triumvirat des historiens anglais du xvme siècle. Ils furent tous les trois disciples de Voltaire, et son scepticisme égara leur talent.
Questionnaire. — 1. Où naquit David Hume ? Quels étaient ses principes? Quel ouvrage a-t-il composé? Quel est le caractère de son histoire d'Angleterre? Quel ouvrage l'a fait oublier? 2. Quelle fut la patrie de Robertson? Quels sont ses écrits? Quels sont leurs mérites et leurs défauts? Quel était le caractère de Robertson? 3. Qu'est-ce qui a fait la réputation de Gibbon ? Quelles furent les erreurs qiiégarèrent son génie ? Qu'y a-t-il de remarquable dans soriliistoire ? A quelle époque se rattachent ces.trois écrivains?
DiL LA LITTÉRATURE, ETC. 291