‹ Précis élémentaire de l'histoire d'AngleterreChapitre 46 sur 140 · HENRI II · texte numérisé non relu

HENRI II

gna. Le remords de sa conscience ne tarda pas à se faire entendre ; il consulta le pape Alexandre lll, qui le désapprouva et condamna les statuts qu'il avait souscrits. Alors l'illustre arclievôque se rétracta, et Henri, furieux, le força de sortir du royaume. Le courageux pontife se réfugia à Saint- Omer, puis à Pontigny, et excommunia Henri II à Vezelay (H66). Louis \ll et Alexandre III s'étant ouvertement déclarés ses protecteurs, le roi d'Angleterredul céder et permettre au noble exilé, quoique à regret, de rentrer dans son Église,impaliente de le revoir. A peine y était-il arrivé, que quatre courtisans qui avaient entendu prononcer par le roi ces paroles homicides : Quoi ! pas un des lâches que je nourris n'aura le cœur de me débarrasser de ce prêtre ! massacrèrent l'archevêque dans sa cathédrale, au pied même de l'autel, le cinquième jour après Noël (1170). Alexandre III canonisa le héros chrétien et les fidèles de tous les pays allèrent en pèlerinage à son tombeau.

6. Conquête de l'irlande (H71). — Après la mort de saint Thomas Becket, Henri II entreprit la conquête de l'Irlande, qui méritait d'être appelée l'île des saints, et qui avait donné tant démissionnaires à l'Europe barbare et patenne. Cette intéressante contrée avait conservé toute sa ferveur primitive jusqu'au x^ siècle. Les révolutions politiques qui la bouleversèrent entraînèrent après elles des troubles immenses dans l'ordre moral. Toute l'île était divisée en tribus ou clans ; chaque clan avait un chef {canfinny) et ces chefs, subordonnés entre eux d'après leur puissance, avaient un monarque souverain (ardriagh), qui était le roi dii pays. Toute dignité était élective, et c'est ce qui

multipliait les discordes à l'infini. Au xn^^ siècle, il y avait en Irlande cinq royaumes: le Munster, le Meath, l'Ulster, le Leinster et le Connaught. Les O'Connor, rois de Connaught, jouissaient alors de la dignité d'ardriagh, qu'ils avaient rendue héréditaire dans leur famille. Le roi de Leinster s'unit contre eux avec Richard, comte de Pembroke, du consentement de Henri II, et firent 'ensemble la conquête de l'île. Richard épousa ensuite la fille du roi de Leinster et hérita de tous ses États. Il r;'gna dans l'île avec le titre deva?saldu roi d'Angleterre, jusqu'au moment où Henri, libre de tout démêlé, vint lui-même et en son propre nom prendre possession du pays. Il le donna à son fils Jean à titre de seigneurie (1177); mais iïnhabileté du jeune prince laissa perdre insensiblement aux Anglais toute leur inQuence dans ce pays.

'9. RÉVOLTE DES FILS DE Hexri II. — Daus ses dernières années, Henri II fut troublé par une foule de chagrins domestiques. Ses dérèglements l'avaient rendu odieux à la princesse Éléonore, son épouse. Pour se venger, cette femme passionnée arma ses enfants contre leur père. Louis VII, roi de France, et Guillaume, roi d'Ecosse, se mêlèrent à cette guerre impie pour servir leur haine contre l'Angleterre. Le roi d'Ecosse tomba entre les mains des Anglais après la bataille d■Ala^^'ich,en \ 174, et ne recouvra sa liberté qu'à la condition de faire hommage de son royaume au roi d'Angleterre. Le roi de France subit aussi un échec après avoir pris et brûlé Verceil. Éléonore qui s'était déguisée pour attiser plus à l'aise toutes ces discordes, fut surprise par son mari et jetée dans un château fort. Cette cruauté indigna tous les hommes du Midi, et

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Henri II eut beaucoup de peine à la soumettre.

8. Malheurs de Henri II. — Henri considéra ses malheurs comme un elFet de la vengeance divine qui lui faisait expier le meurtre de l'archevôque. Pour apaiser le ciel, il alla au tombeau de saint Thomas BecketjSe soumit à la pénitence publique, et revint triompher de tous ses ennemis. Il leur fit signer la paix, mais il eut ensuite d'autres chagrins à supporter.Ayant perdu deux de ses fils, Henri et Geoffroy, il ne lui resta plus que le farouche Richard et le perfide Jean Sans-terre. Richard s'unit au roi deFr^mce Philippe Auguste qui réclamait à Henri II le Vexin, dot de sasœur Marguerite mortesansenfanls. Surle refus obstiné du roi d'Angleterre,on en vint aux mains; le vieux roi, vaincu et trahi, fut obligé d'accepter la paix que lui dictèrent Phihppe Auguste et Richard, à la Colombière (1189). Par ce traité on exigeait de lui qu'il se reconnût le vassal du roi de France et se remît à sa miséricorde, qu'il payât dix mille marcs d'argent et renonçât à toute suzeraineté sur les villes du Berry, enfin qu'il pardonnât à Richard ainsi qu'à tous ses partisans.

9. Mort de Henri II (1189). — Henri avait toujours eu l'attachement le plus tendre pour le dernier de ses fils et il s'en croyait aimé. H était malade et alité quand les envoyés du roi de France vinrent lui présenter la liste de tous les partisans de Richard qu'il devait comprendre dans son amnistie. Quand il entendit prononcer avant tous les autres le nom de son fils Jean, il se leva sur son séant, et, promenant autour de lui des yeux hagards et pénétrants : Est-il bien vrai, dit-il, que Jean, mon cœur, mon fils de prédilection, celui que j'ai chén plus que tous les autres et pour l'amour duquel je me

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suis attiré tous mes malheurs, s'est aussi séparé de moi? Comme on le lui assurait : Eh bien ! dit-il en se retournant, que tout aille dorénavant comme il pourra ;je n'ai plus de souci, ni de moi ni du monde. Ses dernières paroles furent des paroles de malédiction contre ses enfants. 11 mourut de chagrina Chinon, et ses restes ne furent pas inhumés avec plus d'honneur que ceux de Guillaume le Conquérant.

Questionnaire. — 1. Quelle était l'origine de Henri II? Quelles espérances conçurent de lui les Saxons? 2. Pourquoi son frère Geoffroy lui fit-il la guerre? Quel en fut le résultat? Pourquoi les Bretons se soulevèrent-ils contre lui? Les réprima-t-il ? 3. Par qui fut appuyée la révolte de l'Aquitaine et du Poitou? Quel fut le caractère de la guerre qu'il eut à soutenir contre la France? Par quel traité se termina-t-elle? 4. Qu'était saint Thomas Becket avant d'être archevêque? 5. Quel changement s'opéra dans sa conduite? Pourquoi résista-t-il à Henri II? Quel fut le dénouement de ette lutte? 6. Quelle conquête entreprit ensuite Henri II? Qu'était l'Irlande avant cette guerre? 7. Qui excita les fils de Henri II à se révolter contre lui ? Qui les soutint dans leur révolte ? 8. Que fit Henri II pour expier ses fautes ? Quelle perte fit-il ? Quelle fut la conduite de Richard et de Jean? Quel traité lui fut, imposé? Quelles en étaient les conditions? 9. Quelhs furent ses paroles en apprenant la trahison de Jean? Où mourut-il? Commen fut-il traité après sa mort?

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