CHAPITRE VII
CONTINUATION DD RÈGNE d' ELISABETH. — DERNIÈRE PÉRIODE DE CE HÈGNE (1587-1603).
1. Lâcheté du roi d'Ecosse. — Selon sa politique accoutumée, Elisabeth, après la mort de Marie Stuart, affecta une grande douleur. Elle versa des larmes, prit le deuil, accusa ses ministres de ce qui s'était passé, les suspendit de leurs fonctions.
et jeta l'un d'eux, le lâche Davison, dans les fers. Le roi d'Ecosse, en apprenant la mort de sa mère, entra aussi dans la plus grande indignation. La noblesse et toute la nation partagèrent sa peine et son ressentiment. Le jour où la cour prit le deuil, lord Sainclair se présenta au roi tout armé en lui disant : Voici le deuil de la reine. Mais Jacques était trop timide pour braver l'Angleterre. 11 agit même avec tant de ménagement envers les bourreaux de sa mère, que plusieurs crurent sa douleur simulée. 2. Destruction de l'invincible Armada (1o87).^ Il n'y eut que Philippe II qui entreprit de venger Marie Stuart. Encore cette vengeance ne fut-elle pas le seul motif de son entreprise. Drake, fameux navigateur anglais, avait attaqué des navires espagnols dans le port de Cadix, et Philippe U était depuis longtemps irrité contre Elisabeth, qui envoyait continuellement des secours à ses sujets révoltés. L'invincible Armada (flotte de guerre de 135 vaisseaux) fit trembler l'Angleterre. Les ministres de la reine, craignant que les catholiques persécutés ne profitassent du trouble pour exciter une révolte à l'intérieur du pays, lui conseillèrent de les envelopper tous dans un massacre qui eût été plus effroyable encore que la Saint-Barthélémy. Mais elle s'y refusa et n'eut \ -- '•ïeu de s'en repentir; car les 'catholiques, loin de songer à une sédition, se montrèrent les plus ardents à défendre la patrie menacée. Elisabeth déploya de son côté un héroïque courage; elle voulut monter sur le vaisseau amiral et marcher enpersonne contrel'ennemi. Quand la tempête l'eu I délivrée,elle se montra partout distribuant des récompenses auxplus braves, et remerciant chaque soldat de son dévouement et de son intrépidité.
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3. Nouveaux succès d'Élisabkth. — D'après les vœuv de la nation, elle reprit l'offensive contre Philippe. Ses flottes remplirent Lisbonne d'alarme ( I o89), pendant que ses troupes de terre soutenaient les protestants dans les Pays-Bas et arrêtaient les progrès des Espagnols en France. Elle envoya môme contre l'Espagne une escadre de dix-sept vaisseaux de guerre et de cent cinquante bâtiments de ligne, sous la direction de lord Effingham et du comte d'Essex. Cadix fut emporté, et c'en était fait de l'Andalousie, si le comte d'Essex n'eût été entravé dans sa marche par le conseil de guerre qu'Elisabeth lui avait imposé pour calmer son impétuosité (1597).
4. Affaires d'Irlande (1598-1601). — Philippe II se vengea de ces revers en poussant à la révolte les catholiques d'Irlande, dont la position était vraiment intolérable. On avait tenté de les soumettre aux doctrines nouvelles par le glaive, et tout le pays était couvert d'Anglais qui ne connaissaient que la destruction, le meurtre et le pillage. Le comte de Tyrone, ne pouvant pas supporter plus longtemps l'asservissement honteux de ses concitoyens, se mit à la tête des rebelles et chassa de l'île le gouverneur anglais. Ehsabeth envoya contre lui le comte d'Essex, encore tout transporté de ses dernières victoires ; mais il trahit ses devoirs, transigea lâchement avec Tyrone, contrairement aux instructions de sa souveraine, et s'en retourna à Londres. Elisabeth le reçut froidement, et pour sa désobéissance le condamna aux arrêts. De dépit il se jeta dans le parti de la révolte, fut arrêté et condamné à mort. La reine contre-signa la sentence, sans égard pour ses services passés (1601).
5. Mort d'Elisabeth (1603). — Ce dernier acte de rigueur lui fit perdre toute sa popularité. Quand elle paraissait en public, elle n'était plus accueillie avec le même enthousiasme. Elle en conçut un violent chagrin que rien ne put dissiper. En vain elle apprit les succès de Montjoy qui avait remplacé Essex en Irlande, ainsi que la soumission de toute l'île; sa noire mélancolie ne la quitta pas un seul instant. Ces inquiétudes et les remords la conduisirent au tombeau à l'âge de soixante-dix ans (23 mars 1603). Ses grandes entreprises témoignent de rétendue et de l'élévation de son génie ; mais sa politique astucieuse, ses mœurs déréglées, ses cruautés barbares souilleront à jamais sa mémoire.
QuESTioNNAir.E. — 1. Que fit Elisabeth après la mort de Marie Stuart?Le roi d'Ecosse Jacques VI eut-il le courage de venger sa mère? 2. Quel fut le prince qui entreprit de faire expier son crime à Elisabeth? Quels furent les préparatifs de l'expédition? Comment l'Armada fut-elle détruite? 3. Quel profit Elisabeth tira-t-elle de cette victoire? Quels furent les succès de sa flotte au midi de l'Espagne? 4. Comment Philippe II se vengea-t-il de l'échec qu'il avait essuyé? Quelle était la situation des cathoUques dlrlande? Qui Elisabeth chargea-t-elle de les soumettre? Quel fut le sort du comte d'Essex? 6. A quelle époque mourut Elisabeth? Qu'est-ce qui assombrit son caractère pendant ces dernières années? Quel jugement doit-on porter sur cette princesse ?
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