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CHAPITRE IV

De la clarté du style.

1. Définition de la clarté du style en général. — La clarté est cette qualité du style qui fait qu'on saisit sur-le-champ et sans effort la pensée que l'auteur a voulu exprimer. Elle est une conséquence directe de la pureté. Car, si vous n'employez que des mots reçus par Tusage et pris dans leur vrai sens , si vos tours de phrase sont conformes aux règles, votre pensée se fera entendre aisément et entrera sans peine dans l'esprit de vos lecteurs.

Cette qualité est une des propriétés fondamentales du style, parce qu'on ne parle que pour se faire entendre, et que le premier tort d'un ouvrage ou d'un discours, c'est d'être inintelligible.

Si ion esprit veut cacher Les hellcs choses qu'il pense, Dis-moi qui peut t'empêcher De te servir du silence ?

Les autres qualités du style peuvent être portées à l'excès, et alors elles deviennent des vices. La force peut se changer en dureté, l'élégance devenir de

Tafifectation, et la pureté du purisme. Mais la clarté ne peut jamais être excessive; et c'est avec raison que Quintilien dit à Torateur : Il ne suffit pas que Ton puisse vous entendre, il faut encore qu'il y ait impossibilité à ne pas vous entendre ; il fiiut que la clarté de votre discours, semblable à l'éclat du soleil, frappe les yeux de quiconque l'écoute.

2. De l'éclat de la pensée. — La première condition pour écrire avec clarté, c'est d'être bien sûr de sa pensée et de comprendre parfaitement ce que l'on veut dire •

Ce que Ton conçoit bien s'énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément.

On peut être surpris qu'on ait fait de cette règle un précepte, tant il semble impossible d'y déroger. Cependant il n'est pas rare de trouver des auteurs qui dirigent leur plume presque au hasard et qui accumulent les plirases avant d'être bien certains de ce qu'ils vont dire. Les grands écrivains tombent eux-mêmes quelquefois dans ce défaut. Racine, dont le style est ordinairement si pur et si clair, n'est pas intelligible quand il fait dire à Mitlnidate qu'il n'est point de rois

Qui Bur le irône assis n'enviassent peut-être, Au-dessus de leur gloire un naufrage élevé Que Rome et quarante ans ont à peine dchevé.

Car, qu'est-ce qu'un naufrage élevé au-dessus de la gloire des rois, puis un naufrage que quarante ans ont à peine achevé.

La seconde condition pour que le style soit clair, c'est que les idées soient présentées suivant leur ordre logique et naturel, de manière que l'une naisse de

Tautre, que la cause précède Teffet, le principe la conséquence, que ce qui est antérieur pour le temps marche d'abord et amène ce qui a suivi, et ainsi du reste. On ne peut suivre ce précepte qu'autant qu'on se soit formé à l'avance un petit plan et que l'on ait vu comment on débutera dans sa composition, quelles idées on placera au milieu , et de quelle manière on terminera. Si l'on n'a pas fait ce travail préalable on marche au hasard , on exprime les idées comme elles se présentent, et on est par là même exposé à tout confondre en mettant au commencement ce qui devrait être au milieu, et au milieu ce qui devrait être à la fin. Ce que l'on écrit ainsi, manque non- seulement d'intérêt, mais encore de clarté, parce que le lecteur n'y voit point le développement régulier d'une seule et même pensée. Il aperçoit que l'esprit de l'auteur va et revient sans cesse sur ses pas, et ces mille détours finissent par former un dédale où il est très-difficile de ne pas s'égarer.

Racine, que nous avons tout à l'heure trouvé en défaut, nous fournira un magnifique exemple de la lumière que répand dans un récit la logique et le naturel des idées. Au commencement de la tragédie de Bajazet, Acomat, le grand visir, demande à Osmin, son confident, ce qu'il a vu dans l'armée, et ce que fait le sultan. A ces deux questions, Osmin répond :

Babylone, seigneur, à son prince fidèle, Voyait sans s'étonner notre armée autour d'elle ; Les Persans rassemblés marchaient à son secours, Et du camp d'Amurat s'approchaient tous les jours. Lui-même, fatigué d'un long siège inutile. Semblait vouloir laisser Babylone tranquille ; Et sans renouveler ses assauts impuissants, Résolu de combattre, attendait les Persans.

Quelle clarté! quelle harmonie dans les idées ! Chacune est placée en son ordre, et amène la suivante. Les dispositions des assiégés ne sont point traitées pêle-mêle avec celles d'Amurat ; tout est distingué, tout est lié, et de l'ensemble il résulte une netteté qui ne laisse rien à désirer pour l'intelligence des faits.

3. De la clarté de l'expression. — Indépendamment de la pensée, l'expression peut nuire à la clarté du discours en quatre circonstances : 1° quand on se sert de mots équivoques; S'' quand on remplace le mot propre par des périphrases recherchées ; 3° quand on construit sa phrase d'une manière vicieuse ; 4' quand on la fait trop longue.

L Des équivoques. — Il y a équivoque quand le môme mot est pris dans la même phrase, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre. Les esprits subtils aiment à jouer ainsi avec ces doubles sens, et les sophistes en abusent quelquefois pour faire'de mauvais raisonnements. L'équivoque n'est jamais permise dans le style grave et sérieux. On ne peut en faire usage que dans les ouvrages badins. Molière l'a souvent employée avec avantage dans ses comédies. Ainsi dans les Femmes savantes, Bélise et Philaminte, entichées de bel esprit, ont à leur service une simple villageoise, Martine, qui parle bonnement son jargon sans rien comprendre aux doctes et pédantesques réprimandes de ses maîtresses.

BÉLISE

Veux-tu toute ta vie otîenser la grammaire?

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