CHAPITRE IX
De l'harmonie du style. De l'harmonie mécanique,
1, De l'harmonie nu style en général. —L'élégance charme l'esprit, l'harmonie plaît à l'oreille.
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On ne peut négliger cette qualité du style, parce qu'elle prête à la pensée une puissance îTilinie. Quintilien,Cicéron et tous les rhéteurs anciens y ont attaché une très-grande importance. Cicéron va même jusqu'à dire que c'est principalement ce qui distingue l'orateur habile du parleur ignorant.
On distingue deux sortes d'harmonie , l'harmonie mécanique el Tharmonie imitât ive.
*. De l'harmome mécamque. — L'harmonie mécanique a pour objet de plaire à l'oreille. Elle convient à toute espèce de composition. Quelque sujet que l'on traite, il faut toujours que par le mélange et le choix des expressions, la variété du rhythme et l'emploi du nombre, on rende son style agréable et mélodieux. Dans un ouvrage de philosophie , on peut être moins soigné sous ce rapport que dans un morceau oratoire ou dans une pièce de poésie ; mais on n'en doit pas moins, autant que l'exactitude et la précision le permettent, éviter toutes les consonnances fâcheuses, et donner à sa phrase cette grâce et cette douceur qui font le charme des écrits de Platon. Ce genre d'harmonie a paru tellement indispensable à l'écrivain qu'on l'a appelé l'/jarmonie du discours. Or, cette harmonie résulte nécessairement de trois causes : du choix des mots, de leur arrangement et de la disposition des phrases ou des périodes.
3. Du CHOIX DES MOTS. — Dans le choix des mots, il faut considérer les voyelles, le nombre et la souplesse de l'articulation.
Les voyelles, dit Marmontel, ne sont pas toutes également pleines et sonores : le son de Va est le plus éclatant de tous ; le son de l'o est plein, mais grave ; 1'^, plus faible et moins volumineux, s'é-
claircit dans Yè ouvert en approchant du son de Va; Te est plus grêle, plus dé'icat quelV; Veu est vague, mais sonore ; You est plus grave, mais moins faible que Yu; Ye muet ou féminin est à peine un son.
C'est à Toreille qu'il appartient de saisir toutes ces nuances et de distinguer dans les sons les variétés qui produisent la rurlesse et la douceur, la pesanteur ou la légèreté, la rapidité ou la lenteur. Nous ferons seulement remarquer d'une manière générale que les mots chargés de consonnes sont ordinairement lourds et difficiles à prononcer, tandis que ceux qui se composent de lîeaucoup de voyelles sont au contraire légers et faciles. Les anciens faisaient grand cas de l'harmonie; et il est à remarquer que les Grecs poussaient la délicatesse jusqu'à rendre tous leurs noms propres agréables et doux. Il n'en est pas de même des peuples barbares qui ont une prononciation très-rude et très - âpre , et dont tous les chefs portent des noms qui rappellent la dureté de leurs mœurs. C'est ce qui faisait dire à Boileau, en se moquant des poètes qui choisissaient mal le nom du héros qu'ils voulaient chanter :
La fable offre à l'esprit mille agréments divers : Là tous les noms heureux semblent nés pour les vers. Ulysse, Agamemnon, Oreste, Idoménée, Hélène, Ménélas, Paris, Hector, Enée.
Ohl le plaisant projet d'un poète ignorant. Qui de tant de héros va choisir Childebrand ! D'un seul nom quelquefois le son dur ou bizarre Rend un poëme entier ou burlesque ou barbare.
On n'est pas toujours libre dans le choix des mots. Quelquefois on est obligé d'employer des termes techniques qui sont loin de flatter l'oreille.
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Ainsi on ne peut pas se soustraire à cette nécessite quand on t'ait un ouvrage scientifique, ou qu'on traite une question de philosophie. Il faut nécessairement parler le langage de la science, mais si on le possède à fond, on ne manque pas de trouver le moyen d'adoucir ces expressions en les plaçant de la manière la plus convenable et la plus heureuse. Il n'est pas rare de trouver des ouvrages scientiiiques écrits avec toute l'élégance et tout l'éclat d'un ouvrage littéraire.
L'histoire accepte également tous les noms propres que les événements produisent. Il n'appartient pas à l'historien de les modifier d'aucune sorte, et il ne doit pas craindre de le répéter aussi souvent que son récit l'exige. Le poète peut prendre plus de licence. Il a le droit généralement de choisir les noms de ses héros, mais par là même qu'on lui accorde plus de liberté, on est plus sévère à son égard et on ne lui pardonne pas les expressions rudes et pesantes qui seraient choquantes pour l'oreille.
4. De l'arrangement des mots. — Ce n'est pas assez de bien choisir ses mots , il faut aussi savoir les placer dans l'ordre le plus convenable. L'arrangement des mots est même ce qui contribue le plus à l'harmonie ; car, quand on possède cet art , on trouve moyen de faire passer les expressions les plus rudes et les plus désespérantes. Car quoi de plus dur que le mot cataracte ? Buffon l'a su rendre harmonieux en disant d'un fleuve : il se livre à la pente précipitée de ses cataractes écumantes.
Dans l'arrangement des mots il y a quatre choses que l'on doit éviter autant que possible : les hiatus, la répétition des mêmes syllabes , les monosyllabes trop nombreux, l'usage trop répété des consonnes.
I. Vhiatus est la rencontre de deux voyelles qui se heurtent et qui s'entrechoquent. En poésie il n'est jamais permis; c'est ce que Boileau a très-élégamment exprimé dans ces vers :
Gardez qu'une voyelle à courir trop bâtée Ne soit d'une voyelle en son chemin heurtée.
Dans la prose on est obligé de le tolérer quelquefois , mais on doit l'éviter autant que possible parce qu'il rend la prononciation rude et difficile. L'usage y a pourvu en un très -grand nombre de cas. Car, comme le dit Crevier, l'harmonie ou la douceur de la prononciation est un goût populaire ; et, dans notre langue comme dans toutes les autres langues polies , la coutume universellement reçue a obligé la règle du langage de fléchir sous la loi de l'agrément. Nous devrions dire ma âme , ma épée, comme nous disons ma main, ma bravoure. Ce concours des deux voyelles produit un son qui nous a déplu. Pour l'éviter nous faisons un accord forcé et nous disons mon âme, mon épée. Par la même raison nous insérons quelquefois une lettre superflue entre les voyelles qui se heurteraient , et nous disons a-t-il, viendra-t-il , au lieu de direa-^7, viendra-il. D'autres fois nous supprimons une lettre et nous disons Vâme pour la âme, l'honneur pour le honneur, qu'est devenu pour que est devenu.V é\W\on de Ve muet tinal avant une autre voyelle quelconque est parmi nous une règle générale, et si nous l'exprimons souvent dans l'écriture, nous le retranchons toujours dans la prononciation.
IL II faut éviter la répétition des mêmes syllabes, surtout quand elles sont sourdes et nasales. Cette répétition nuit encore plus à l'harmonie qxxeV hiatus;
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c'est pourquoi on doit bien s'attacher à Téviter. Ainsi on peut reproclier comme des négligences les syllabes répétées qui se trouvent dans les vers suivants :
Pourquoi ce roi du mondi; et si libre et si ^ago Swbit-il si souvent un si dur esclavage!
Voltaire.
El le mien j/icertain e?icûre.
La Motte.
Mais la meilleure rencontre qu'on puisse faire dans l'espèce est celle de ce bourgois de Paris qui , impatient dans la journée des Barricades (1618), de voir tendre les cbaines qui fermaient alors l'entrée des rues, s'écria : Que ne les tend-on tôt ? Qu'attendon doT^c tant ?
m. Quand il y a trop de monosyllabes dans une phrase il est rare qu'elle soit harmonieuse. Ainsi le vers suivant est d'une prononciation très-désagréable :
On bail ce que l'on a, ce qu'on n'a pas on l'aime.
Mais son défaut d'harmonie provient surtout de la répétition des mêmes sons : on, ai, a. Cet autre vers est très-beau , quoique formé uniquement de monosyllabes :
Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur.
parce que les césures habilement placées détruisent la monotonie du vers et lui donnent du mouvement. Il ne faut pas non plus rechercher les grands mots. Cette afiFectation est tout à la fois puérile et pédantesque. On doit autant que possible varier ses
expressions et les disposer de manière à flatter Toreille en mêlant adroitement les mots d'une , de deux , de trois , de quatre et d'un plus grand nombre de syllabes. Cette disposition se rencontre, d'ailleurs , tout naturellement ; il ne faut qu'un peu de soin et d'attention pour obtenir ce résultat,
IV. Enfin il faut éviter l'usage trop répété des consonnes qui précèdent et suivent une voyelle de telle sorte qu'elles la pressent et lui donnent un son très - pénible comme dans le mot sphinx. Les syllabes rudes proviennent généralement de cette accumulation de consonnes. Il ne faudrait cependant pas chercher à les éviter absolument. Indépendamment de la nécessité où l'on est de les employer parce -que souvent on n'a pas d'autres mots pour rendre sa pensée , il est encore -è remarquer qu'une langue où l'on ne trouverait que des syllabes douces et agréables manquerait nécessairement d'énergie. A force de mollesse elle deviendrait même lâche , fade^et sans consistance , et elle ne pourrait exprimer qu'un seul ordre d'idées et de sentiments. Tous les grands écrivains ont toujours su allier la force à la douceur, la puissance à la grâce , et c'est ce qui fait le charme de ces vers :
Ainsi qu'une image qui passe
Mon printemps s'est évanoui;
Mes yeux ne verront p!us la trace
De tous les biens dont j'ai joui.
Par le souffle de ta colère,
Hélas ! arraché de la terre ,
Je vais d'où l'on ne revient pas.
Mes vallons , ma propre demeure ,
Et cet œil même qui me pleure ,
Ne reverront jamais mes pas.
Lamartine.
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Le meilleur conseil qu'on puisse donner relativement à Tapplication de ces règles c'est de se relire avec beaucoup d'attention lorsqu'on a composé quelque chose. Il y a des auteurs qui ont l'habitude de se relire à haute voix ; cette précaution n'est pas absolument nécessaire , mais cependant c'est un excellent moyen pour que l'oreille soit avertie de tout ce qui est de nature à la blesser.
5. De la construction de la phrase. — Une phrase est une réunion de mots formant un sens complet. La phrase simple est l'expression d'un jugement, ou, pour parler plus simplement encore, c'est une proposition. Lcsprit est souccnt la dupe du cœur; voilà une phrase simple.
La phrase est complexe quand elle renferme plusieurs propositions si étroitement liées entre elles qu'on ne pourrait les détacher sans nuire au sens qu'elles expriment : « Les hommes , dit la Bruyère , agissent mollement dans les choses de leur devoir, pendant qu'ils se font un mérite , ou plutôt une vanité, de s'empresser pour celles qui leur sont étrangères et qui ne conviennent ni à leur état , ni à leur caractère.» Cette phrase est complexe , parce qu'elle renferme un très- grand nombre de propositions, mais elle est une, parce que toutes ces propositions sont si étroitement unies (pi' on ne saurait en détacher aucune.
Il y a des phrases complexes qui sont formées d'un certain nombre de phrases détachées qu'on pourrait isoler facilement , et qui , considérées en elles-mêmes, produiraient autant de phrases simples et complètes. Elles se trouvent réunies dans une même phrase, parce qu'elles concourent toutes à l'expression d'une même pensée.
fi.
i02 DU STYLE.
Télèphe a comme une barrière qui le ferme et qui devrait l'avertir de s'arrêter eu deçà; mais il passe outre et se jette hors de sa sphère ; il trouve lui-même son endroit faible et se montre par cet endroit; il parle de ce qu'il ne sait point ou de ce qu'il sait mal; il entreprend au-dessus de son pouvoir; il désire au delà de sa poriée; il s'égale à ce qu'il y a de meilleur en tout genre; il a du bon et du louable qu'il offusque par l'aifectalion du grand et du merveilleux; on voit clairement ce qu'il n'est pas, et il faut deviner ce qu'il est en effet.
6. De la période. — La période est une phrase dont toutes les parties sont tellement liées entre elles que le sens demeure suspendu jusqu'à la fm. On distingue deux choses dans une période : les wembres et les incises. On appelle membres chacune des parties de la période , et on donne le nom (ïincises aux divisions des membres. Ainsi il y a trois membres dans la période suivante de Mascaron :
S'il y a une occasion au monde où l'àme, pleine d'ellemême, soit en danger d'oublier son Dieu (1" membre) , c'est dans ces postes éclaiants où un homme , par la sagesse de sa conduite , par la grandeur de son courage, par le nombre de ses soldats, devient comme le dieu des autres hommes (2' membre), et, rempli de gloire en lui-même, remplit tout le reste du monde d'admiration, d'amour et de frayeur (3' membre).
Cette période renferme, de plus, dix incises : deux dans le premier membre , six dans le second et deux dAns le troisième. Pour détruire la période il suffit de réduire en phrases distinctes les incises qui en unissent les membres. On obtiendra alors une phrase complète analogue à la dernière que nous avons citée , et on passera du style périodique au style qu'on appelle coupé.
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Il est des postes éclatants où un homme devient comme le Dieu des autres hommes , par la sagesse de sa conduite, par la grandeur de son courage, par le nombre de ses soldats; rempli de gloire en lui-même, il remplit loul le resie du monde d'admiration , d'amour et de frayeur; c'est alors que l'ame est en danger d'oublier son Dieu.
D'après cet exemple on voit la différence quil y a entre une phrase complexe et une période , entre le style coupé et le style périodique.
7. Des DIFFÉRENTES ESPÈCES DE PÉRIODES. — Quand on emploie la période , il faut avoir soin de ne lui donner qu'une juste étendue. Il y a des périodes de deux , de trois , de quatre , mais rarement de cinq membres.
Période à deux membres.
Infortunés mortels! cherchez votre bonheur dans la vertu I et vous n'aurez point à vous plaindre de la nature. Bernardin de Saint-Pierre.
Période à trois membres.
Si l'équité régnait dans le cœur des hommes ; | si la vérité et la vertu leur étaient plus chères que les plaisirs , la fortune et les honneurs, | rien ne pourrait altérer Ici.r bonheur.
Massillon.
Période à quatre membres ou période carrée.
La sagesse divine répandit ses biens sur la terre | afin que, puur les recueillir, l'homme en parcourut les différentes régions, | qu'il développât sa raison par l'inspection de ses ouvrages, | et qu'il s'entlammat de son amour par le Sentiment de ses bienfaits.
Bernardin de Saint-Pierre.
Période à cinq membres.
Nous en trouvons un magnifique exemple dans la réponse que fit Buftbn au discours de la Condamine , le jour où celui-ci fut reçu à T Académie française :
Avoir parcouru l'un et l'autre hémisphère, traversé les conlinenls et les mers, surmonté les sommets sourcilleux de ces montagnes embrasées où les glaces éternelles bravent également les feux souterrains et les feux du Midi ; | s'être livré à la pente précipitée de ces cataractes écumantes,dont les eaux suspendues semblent moins rouler sur la terre que descendre des mers ; j avoir pénétré dans ces vastes déserts , dans ces solitudes immenses où l'on trouve à peine quelques vestiges de l'homme , où la nature, accoutumée au plus profond s!lence, dut être étonnée de s'entendre interroger pour la première fois; j avoir plus fait, en un mot , pour le seul motif de la gloire des lettres , que l'on ne fit jamais pour la soif de l'or : | voilà ce que connaît de vous l'Europe et ce que dira la postérité.
8. Des règles delà période. —La beauté de la période dépend de deux choses : de la disposition des membres et de leur cadence.
Pour la disposition, il n'y a qu'une règle à observer, c'est de placer tous les membres de la période de manière qu'ils offrent, sous le rapport des idées, un ordre progressif, et qu'ils présentent, sous le rapport des mots, une proportion qui plaise tout à la fois à l'œil et à l'oreille. La progression des idées satisfait l'esprit, et le rapport symétrique des parties produit un rhythme harmonieux qui captive les sens. Toutes les périodes que nous avons citées ont ce double mérite.
DE L'HARMONIE DU STYLE, etc. 105 A regard de la cadence, il faudrait entrer ici dans une foule de détails pour déterminer la valeur de chaque son et faire sentir Teftet que doit produire telle ou telle chute de mots, telle ou telle consonnance dephrase plus ou moins désagréable. Comme Toreille, dit M.Gérusez, est le juge suprême en cette matière, le meilleur conseil à donner c'est d'étudier les bons écrivains pour se familiariser avec les formes du style harmonieux et pour y surprendre les secrets du système périodique. La lecture de Massillon, de Fléchier, de lîutton, en apprendra plus aux hommes dégoût que tous les préceptes des rhéteurs sur Tétendue des phrases et la quantité des syllabes finales. On verra, dans ces écrivains, que le rapport naturel des propositions et la variété des coupes sont les seules lois qu'ils s'imposent, et que le goût leur indique, selon l'occasion, la place des mots et le rapport des membres de la période.
9. De l'emploi de la phrase et de la période. — Le style périodique est naturellement à sa place dans toutes les compositions d'un caractère calme, tranquille, grave et majestueux. On l'emploie ordinairement quand il s'agit de louer quelques grands personnages avec pompe et magnificence, comme dans Yoraison funèbre; dans les narrations qui demandent plutôt de la grandeur et de l'éclat que du pathétique et de la chaleur ; dans l'amplification en général, dans les discours académiques. Mais dans aucun genre on ne doit l'employer exclusivement, parce qu'on finirait par être emphatique, traînant et monotone.
Le style coupé ou en incises convient à l'énumération, à la gradation, aux descriptions animées, à l'accumulation, à l'argumentation pressante, aux
mouvements passionnés. Il donne de la clialeur et de la rapidité à la pensée. Cependant il ne faut pas s'asservir à n'employer que des phrases de cette nature. Après qu'on en a fait un certain nombre, Cicéron veut qu'il en succède une qui ait plus de consistance et qui leur serve pour ainsi dire de clôture et d'appui. Ainsi ni l'un ni l'autre de ces styles ne doit être trop continu. Le style coupé serait fatigant pour l'esprit, qui ne veut pas travailler sans cesse à découvrir entre les idées des rapports que les mots ne lui indiquent jamais : de plus, il serait pour l'oreille rompu, raboteux, sautillant, et, ce qui n'est pas supportable, dur et monotone tout à la fois. Le style périodique, dans sa continuité, aurait aussi trop de monotonie : il serait lâche, diffus, traînant, et par le nombre d'incises qu'il emploierait pour s'arrondir et par le soin de marquer sans cesse les liaisons, même les plus faciles à suppléer par la pensée, il manquerait de naturel ; et en décelant dans sa construction trop d'étude et trop d'artifice , il détruirait la confiance, qui seule nous dispose à la persuasion. L'art consiste donc à les mélanger dans des proportions convenables et à les approprier constamment aux besoins de la pensée.
QvESTiONNAifiE. — 1. Qucl cst l'objet de l'harmonie? Est-ce une qualité importante ? Combien y a-t-il de sortes d'harmonie? 2. Quel est le but de l'harmonie mécanique ? A quel genre convient-elle ? Comment l'appelle-t-on encore ? 3. Que faut-il considérer dans le choix des mots ? Quelle est la valeur de cliaque voyelle? Ejt-on toujours libre dans le choix des mots? Quels sont les écrivains qui ont la plus grande liberté sous ce rapport ? A quoi sont-ils tenus ? 4. Quel est l'effet qui résulte de l'arrangement des mots ? Que faut-il observer sous ce raj)port ? Qu'est-ce que l'hiatus ?
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Peut-on toujours l'éviter ? Doit -on chercher à le faire ? Que faut-il observer à l'égard de la répétition des mêmes syllabes ? — à l'égard des monosyllabes? — touchant les consonnes ? 5. Qu'est-ce qu'ime phrase ? Qu'appelle-t-on phrase simple ? Citez des exemples. 6. Qu'est-ce qu'une période ? Combien distingue-t-on de choses dans une pei iode ? Quelle différence y a-t-il entre une phrase et une période ? Rendez cette différence sensible par un exemple. 7. Combien y a-t-il d'espèces de périodes.^ Citez des exemples de périodes à deux, trois, quatre et cinq membres. 8. Quelles sont les règles de la période ? Que faut-il observer à l'égard de la disposition des membres ? — à l'égard de la cadence ? 9. En quelles circonstances emploie-t-on la période ? — le style coupé ? Est-il nécessaire de varier ces deux espèces de style .'* Pour quel motif ?