‹ Précis élémentaire de littératureChapitre 38 sur 64 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De l'amplification.

t. De l'amplification en général. — L'amplification a pour objet de donner aux pensées le développement qui leur convient. Le philosophe qui n'a d'autre but que de convaincre et qui s'adresse d'ailleurs à des intelligences d'élite se contente d'exprimer clairement sa pensée. S'il fait un raisonnement, il le fera aussi laconique que possible, et il ne s'inquiétera que d'une chose, de se faire comprendre. Mais le littérateur qui tient à plaire par la beauté de son langage ne doit pas s'en tenir à cette concision extrême. Il faut qu'il sache présenter ses idées sous divers aspects, qu'il les développe de mille manières jusqu à ce qu'il soit parvenu à les faire goûter à ses lecteurs. Nous l'avons dit ; il est peintre, il ne doit pas seulement parler à la raison, mais il doit encore s'adresser à l'imagination, à la sensibilité, en un mot à toutes les facultés. Tel est le but de l'amplification.

Car, en faisant à l'écrivain un devoir de développer ses pensées, nous n'avons pas l'intention de dire qu'il doit multiplier les mots sans profit pour l'idée. Une amplification de cette nature ne serait que du verbiage, et ne servirait qu'à noyer la pensée au

lieu de lui donner de la force et de la vigueur, tandis qu'une amplification doit mieux faire ressortir les choses qu'on veut rendre et les graver plus vivement dans Tesprit des lecteurs.

A bien prendre, tout le talent de l'écrivain se réduit à bien amplilicr, c'est-à-dire à développer convenablement ses pensées. La description et la définition ne sont que des amplifications qui ont pour but de faire connaître les choses en énumérant leurs propriétés ou leurs effets. Comme elles sont limitées par leur objet, ce sont des espèces particulières du même genre. Ainsi les règles que nous avons données à propos de la description et de la définition se rapportent aussi à l'amplification.

9. Des défauts de l'amplificatiox. — En eflfet, les défauts auxquels sont exposés les jeunes gens quand ils amplifient, ce sont : la futilité, la sécheresse et la surabondance.

La futilité consiste à se jeter dans une foule de détails inutiles et frivoles. Quand on commence à écrire, on est porté à attacher de Timportance à toutes les idées qui se présentent à l'esprit. On n'est pgint encore habitué à distinguer l'accessoire du principal, et on croit que le sujet que Ton traite est d'autant mieux développé qu'on a moins laissé à dire. 11 faut de bonne heure se montrer très-sévère envers soi-même sous ce rapport, sacrifier sans hésiter toutes les longueurs, tous les ornements prétentieux qui ne vont pas au sujet, et ne rien laisser dans le discours (lui ne tende au but que Ton a voulu atteindre. On doit toujours avoir présente à l'esprit cette sentence de Boileau :

Qui ne sait se borner, ne sut janmis écrire.

La sécheresse est un autre défaut qui se reucontre assez fréquemment. Elle peut tenir à la nature de Tesprit et provenir absolument d'un défaut de talent. Alors on ne peut guère y remédier. Mais elle provient aussi très-souvent d'un manque de culture. Pour bien développer une pensée il faut avoir dans Tesprit beaucoup de ressources. Il est souvent nécessaire de bien connaître Thistoire , d'avoir fait des lectures très-variées et très-étendues, d'avoir analysé et commenté les principaux chefs-d'œuvre de la littérature ancienne et moderne, et il faut pardessus tout s'être beaucoup exercé. Nous conseillons à ce sujet de prendre dans nos grands écrivains des pensées générales et de chercher à les développer en les fécondant soit par la réflexion, soit par l'histoire. Ainsi, on trouvera dans les Pensées de Pascal une foule de maximes, de réflexions ou de principes profonds qui ne sont qu'indiqués; ce serait un travail très-fructueux que de s'emparer de ces esquisses et de chereher à produire le tableau que l'auteur avait dans l'esprit et que plus tard il se proposait de peindre.

Si l'on pesait sérieusement ce conseil ^t qu'on eût le courage de le mettre en pratique, on n'aurait bientôt plus à se plaindre delà sécheresse. On tomberait plutôt dans l'excès contraire, qui est la surabondance. Mais ce défaut n'a*rien d'inquiéta/nt chez les jeunes gens. Cicéron le regardait même comme

J'aime à voir, dit-il, dans la jeunesse, cet excès de lécondité. On peut émonder facilement les ceps qui poussent avec trop de vigueur, mais il n'est pas de culture qui puisse ranimer une vigne ingrate et stérile. De même Je veux trouver dans un jeune talent quelque chose à relranchtr.

Les fruits qui parviennent trop vile à leur maiurilé ne conservent pas longtemps leur saveur.

3. Des sources de l'amplification. — L'amplification étant Tœuvre principale de Técrivain, tout ce que nous avons dit sur les diÔerentes qualités du style s'y rapporte. Mais nous rappellerons spécialement ce que nous avons dit au sujet des figures de pensées. Toutes ces figures sont autant d'amplifications, puisqu'elles ont toutes pour objet de rendre l'idée plus sensible, en la présentant sous des formes diverses. On peut donc revenir sur les figures qui se rapportent au raisonnement, à l'esprit, à Timagination ou à la sensibilité, et on trouvera dans chacune d'elles autant de moyens d'amplification. Indépendamment de ces ressources, on peut encore en trouver d'autres, soit dans les entrailles mêmes de la pensée qu'on se propose de développer, soit en dehors d'elle. Parmi les sources intrinsèques nous comprendrons d'abord la description et la définition dont nous venons de nous occuper, puis l'énumération des parties, les circonstances, les comparaisons, les images, les suppositions et tout ce qui est l'efi'et de la sensibilité. Quelques-uns de ces moyens rentrent plus ou moins dans les figures de pensées ; mais nous croyons devoir y revenir à cause de leur importance.

4. De l'énumération des parties. — L'énumération des parties consiste à diviser un tout et à en faire connaître toutes les parties. Ainsi, je suppose que vous ayez à parler de la Bible, vous pourrez, pour en faire connaître toutes les beautés, passer en revue tous les livres dont elle se compose et caractériser chacun d'eux par quelque chose qui lui est

no DE LA COMPOSITION.

propre. C'est ce qu'a fait M. de Fontanes dans le passage suivant :

Qui n'a relu souvent, qui n'a point admiré

Ce livre par le ciel aux Hébreux inspiré ?...

Là, du monde naissant vous suivez les vestiges,

Et vous errez sans cesse au milieu des prodiges.

Dieu parle, l'homme nait; après un court sommeil,

Sa modeste compagne enchante son réveil.

Déjà lïiit son bonheur avec son innocence.

Le premier juste expire... 0 terreur ! o vengeance I

Un déluge engloutit le monde criminel.

Seul, et se confiant à l'œil de l'Eternel,

L'arche domine en paix les flois du gouffre immense,

Et d'un monde nouveau conserve l'espérance.

Patriarches fameux, chefs du peuple chéri,

Abraham et Jacob, mon regard attendri

Se plaît à s'égarer sous vos paisibles tentes.

L'Orient montre encor vos traces éclatantes,

Et garde de vos mœurs la simple majesté.

Au tombeau de Rachel, je m'arrête, attristé.

Et tout à coup son fils vers VEgypie m'appelle.

Toi qu'en vain poursuivit la haine fraternelle,

0 Joseph! que de fois se couvrit de nies pleurs

La page attendrissante où vivent tes malheurs !

Tu n'es plus ! ô revers I Près du Nil amenées,

Les fidèles tribus gémissent enchainées ;

Jéhovah les protège : il finira leurs maux.

Quel est ce jeune enfant qui flotte sur les ondes?

C'est lui qui des Hébreux finira l'esclavage.

Fille des Pharaons, courez sur le rivage,

Préparez un abri, loin d'un père cruel,

A ce berceau chargé des destins d'Israël.

La mer s'ouvre : Israël chante sa délivrance.

C'est sur ce haut sommet, qu'en un jour d'alliance,

Descendit avec pompe, sur des torrents de feu,

Le nuage tonnant qui renfermait un Dieu.

Dirai-je la colonne et lumineuse et sombre ,

Et le désert témoin de merveilles sans nombre ?

Aux murs de Gabaon le soleil arrêté,

Rulh, Sainson, Déboia, la fille de Jephté,

Qui s'apprête à la mort, cl parmi ses compagnes,

Vierge encor, va deux mois pleurer sur les montagnes?

Mais les Juifs aveuglés veulent changer leurs lois :

Le ciel, pour les punir, leur accorde des rois.

Saùl règne... 11 n'est plus. Un berger le remplace.

L'espoir des nations doit sortir de sa race.

Le plus vaillant des rois du plus sage est suivi.

Accourez, accourez, descendants de Lévi,

Et du temple éternel venez marquer l'enceinte.

Cependant dix tribus ont lui la cité sainte.

Je renverse en passant les autels des faux dieux;

Je suis le char d'Elie, emporté vers les cieux ;

Tobie et Raguël m'invitent a leur table;

J'entends ces honnnes saints, dont la voix redoutable,

Ainsi que le passé, reconnaît l'avenir.

Je vois, au jour marqué, les empires finir.

Sidon, reine des mers, tu n'es donc plus que cendre?

Vers l'Euplirate étonné, quels cris se font entendre?

Toi qui pleurais, assis près d'un fleuve éiranger,

Console-toi, Juda, tes destins vont changer :

Regarde cette main, vengeresse du crime,

Qui désigne à la mort le tyran qui l'opprime.

Bientôt Jérusalem reverra ses enfants.

Esdras et Machabée et ses fils triomphants

Raniment de Sion la lumière obscurcie.

Ma course enfin s'arrête au tombeau du Messie.

Quand le sujet que Ton veut ainsi examiner dans toutes ses parties est très-ëtendu, il faut imiter la rapidité dont le poète nous donne ici l'exemple, caractériser cliaque chose à grands traits et produire par là même un tableau aussi vif qu'animé. L'énumération des parties consiste aussi à exprimer tous les etfet^r qui résultent d'une cause quelconque. Elle rentre alors dans la définition, puisque nous avons

vu qu'on définit souvent une chose par ses effets. Tel est ce beau passage où Massillon prouve que les passions sont bien plus funestes aux grands qu'aux autres hommes :

Parcourez toutes les passions ; c'est sur le cœur des grands qui vivent dans l'oubli de Dieu qu'elles exercent un empire plus triste et plus tyrannique. Leurs disgrâces sont plus accablantes: plus l'orgueil est excessif, plus l'humiliation est amère. Leurs haines plus violentes : com.me une fausse gloire les rend plus vains, le mépris aussi les trouve plus furieux et plus inexorables. Leurs craintes plus excessives : exempts de maux réels, ils s'en forment de chimériques, et la feuille que le vent agite est comme la montagne qui va s'ébranler sur eux. Leurs infirmités plus affligeantes: plus on tient à la vie, plus tout ce qui la menace nous alarme. Accoutumés à tout ce que les sens ont de plus doux et de plus riant, la plus légère douleur déconcerte toute leur félicité et leur est insoutenable. Ils ne savent user sagement ni de la maladie, ni de la santé, ni des biens, ni des maux inséparables de la condition humaine; les plaisirs abrègent leurs jours, et les chagrins qui suivent toujours les plaisirs, précipitent le reste de leurs années. Enfin leurs assujettissements plus tristes : élevés à vivre d'humeur et de caprice, tout ce qui les gêne et les contraint les accable : loin de la cour, ils croient vivre dans un triste exil; sous les yeux du maître, ils se plaignent sans cesse îde l'assujettissement des devoirs et de la contrainte des bienséances: ils ne peuvent supporter ni la tranquillité d'une vie privée, ni la dignité d'une vie publique : le repos leur est aussi insupportable que l'agitation, ou plutôt ils sont partout à charge à eux-mêmes. Tout est un joug pesant à quiconque veut vivre sans joug.

Cette sorte d'amplification est une des plus communes et des plus faciles. Car il est toujours aisé de diviser un tout en ses parties, et de caractériser successivement chacune d'elles, et il ne faut qu'un

DE L'AMPLIFICATION. m

peu de réflexion pour reconnaître les effets qui découlent d'une cause quelconque. Le mérite de récrivain consiste surtout à conserver dans son énumération une certaine gradation, si le sujet le comporte, ou à en disposer toutes les parties de manière qu'elles s'éclairent réciproquement et se prêtent une lumière mutuelle.

5. Des circonsta>tes. — Les circonstances sont les accessoires du fait. Elles le précèdent, l'accompagnent ou le suivent. On appelle antécédentes cellesqui le précèdent, fonfo/nî7art/e.ç celles qui l'accompagnent, subséquentes celles qui le suivent. On dit encore que les circonstances se rapportent ou à la personne qui a fait l'action, ou à la nature de l'action, ou au lieu qui en a été le théâtre, ou aux moyens employés pour l'exécuter, ou aux motifs qui ont agi sur ses auteurs, ou à la manière dont ils l'ont faite, ou au temps pendant lequel ils l'ont accomplie.

Tous les sujets peuvent être fécondés par l'étude des circonstances. Les orateurs en tirent un très-grand parti. Au barreau, c'est même ordinairement sur ce terrain que se concentre toute la discussion. Ainsi, supposez qu'il s'agisse d'un meurtre, l'avocat qui aura mission de le prouver, pourra le faire par les témoignages de haine et les menaces de vengeance qui ont précédé; parle caractère de l'accusé, homme féroce et violent ; parla considération de l'action en elle-même conforme à son caractère ; par les facilités qu'il a eues pour l'exécution ; par les motifs qui l'y ont porté ; par les circonstances de temps et de lieu qui lui ont été favorables ; enfin par les avantages et les conséquences qui en ont résulté pour lui ou qu'il en espérait. Il est clair que pour détruire l'accusation

iO.

le défenseur devra employer les mêmes moyens, mais pris en sens inverse.

Si vous avez une narration à faire, il faut surtout réfléchir aux circonstances qui ont précédé, accompagné et suivi révénement que vous voulez raconter, et faire de chacune d'elles autant de tableaux parfaitement distincts. M. de Barante raconte ainsi l'apparition qu'eut le roi Charles YI.

On était alors au commencement d'août , dans les jours les plus chauds de l'année. Le soleil était ardent, surtout dans ce pays sablonneux. Le roi était à cheval, velu de l'habillement court et étroit qu'on nommait une jacque ; le sien était en velours noir et réchauffait beaucoup. Il avait sur la tète un chaperon de velours écarlate, orné d'un chapelet de grosses perles que lui avait donné la reine à son départ. Derrière lui étaient deux pages à cheval ; l'un portait un de ces beaux casques d'acier, légers et polis, qu'on fabriquait alois à Montauban ; l'autre tenait une lance dont le fer avait été donné au roi par le sire de La Rivière, qui l'avait rapportée de Toulouse, où on les forgeait niieujir que nulle part ailleurs. Pour ne pas incommoder le roi par la poussière et la chaleur, on le laissait marcher ainsi presque seul. Le duc de Bourgogne et le duc de Berri étaient à gauche, quelques pas en avant , conversant ensemble. Le duc d'Orléans, le duc de Bourbon, le sire de Couci et quelques autres étaient aussi en avant, formant un autre groupe. Par derrière, les sires de Navarre, d'Albret, d'Artois et beaucoup d'autres formaient une assez grande troupe.

On cheminait en cet équipage, et l'on venait d'entrer dans la grande forêt du Mans, lorsque tout à coup sortit de derrière un arbre, au bord de la route, un grand homme, la tête et les pieds nus, vêtu d'une méchante souquenille blanche. Il s'élance et saisit le cheval du roi : « Ne va pas plus loin, noble roi, cria-t-il d'une voix terrible ; retourne, tu es trahi ! » Les hommes d'armes accoururent sur-le-champ , et,

frappant du bâton de leuis lances sur les mains de cet homme, lui liieni lâcher bride. Comme il avait l'air d'un pauvre fou et de rien de plus, on le laissa aller sans s'informer de rien, et même il suivit le roi pendant près d'une demiheure, répétant de loin le même cri.

Le roi fut troublé de cette apparition subite. Sa tète, qui était toute faible, en fut ébranlée; cependant on continua à marcher. La forêt passée, on se trouva dans une grande plaine de sable, où les rayons du soleil étaient plus éclatants et plus brûlants encore. Fn des pages du roi, fatigué de la chaleur, s'était endormi , la lance qu'il portait tomba sur le casque et fit sourdement retentir l'acier. Le roi tressaillit, et alors on le vit, se levant sur ses étriers, tirer son épée, presser son cheval des éperons, et s'élancer en criant : « En avant sui- les traîtres ! il veulent me livrer aux ennemis. » Cliacun s'écarta en toute hâte, pas assez tôt cependant pour que quelques-uns ne fussent blessés : on dit même que plusieurs furent tués, entre autres un Poiignac. Le duc d'Orléans se trouvait là tout auprès ; le roi courut sur lui l'épée levée et allait le frapper : « Fuyez, mon neveu, s'écria le duc de Bourgogne, qui était accouru, mon seigneur veut vous tuer. Ah ! quel malheur ! mon seigneur est dans le délire ! Mon Dieu ! qu'on tâche de le prendre ! » Il était si furieux que personne n'osait s'y risquer. On le laissait courir çà et là et se fatiguer en poursuivant tantôt l'un, taiÉlôI l'autre. Enfin, quand il fut las>é et tout trempé de sueur, son chami)ellan, m^'ssire Guillaume Martel, s'approcba par derrière et le prit à bras le corps ; on l'entoma, on lui ôta son épée, on le descendit de cheval, il fut couché doucement par terre, on lui défit sa jacque ; on trouva sur le chemin une voiture à bœufs , on y plaça le roi de France en le liant, de peur que sa fureur ne le reprît ; on le ramena à la ville sans mouvement et sans parole.

Ce récit, si remarquable dans sa simplicité, se divise naturellement en trois parties: les circonstances

qui ont précédé, celles qui ont accompagné et celles qui ont suivi Tapparition. Ce moyen de développement peut être très-souvent employé, et on voit par là qu'il est facile parfois de suffire de cette manière à toutes les exigences d'un sujet de composition.

O. De l'amplification par images et par comparaison. — L'amplification par images est un effet de l'imagination. Elle a pour but de rendre une idée plus sensible en la revêtant d'une multitude de formes qui la dépouillent de ce qu'elle avait de trop abstrait. C'est ainsi que Fléchier présente avec autant de noblesse que d'éclat cette pensée : Qu'il est difficile d'être victorieux et humble tout ensemble :

Les prospérités militaires laissent dans l'ànie je ne sais quel plaisir touchant qui roccnpe et la remplit tout entière. Ou s'attribue une autorité de puissance et de force; on se couronne de ses propres mains , et lors même qu'on rend à Dieu de solennelles actions de grâces, et qu'on pend aux voûtes sacrées de ses temples les^ drapeaux déchirés et sanglants qu'on a pris sur les ennemis, qu'il est dangereux que la vanité n'étoutfe une partie de sa reconnaissance et qu'on ne retienne au moins quelques grains de cet ^encens qu'on va briller sur les autels !

L'amplification par comparaison a le même but et le même caractère que l'amplification par images.

Qu'est-ce que la vie humaine, qu'une mer furieuse et agitée, où nous sommes sans cesse à la merci des flots, et où chaque instant change notre situation et nous donne de nouvelles alarmes ? Que sont les hommes eux-mêmes, que les trisles jouets de leurs passions insensées et de la vicissitude éternelle des événements?... Semblables à ces figures que la roue rapide entraîne, ils n'ont jamais de consistance assurée;

chaque moment est pour eux une situation nouvelle. Ils flottent au gré de l'inconstance des choses humaines ; voulant sans cesse se fixer, et sans cesse obligés de s'en défendre ; croyant toujours avoir trouvé le lieu de leur repos, et sans cesse forcés de recommencer leur course. Lassés de leur agitation, et cependant toujours emportés par le tourbillon, ils n'ont rien qui les fixe, qui les console, etc., etc.

Quelquefois ramplification se fait tout à la fois par comparaison et par images. Tel est ce magnifique exorde que dans son sermon sur l'Unité de l*^glise^ Bossuet tire de la ressemblance qu'il y a entre l'église et la synagogue.

C'est sans doute un grand spectacle de voir l'Eglise chrétienne figurée dans les anciens Israélites; la voir, dis-je, sortir de l'Egypte et des ténèbres de l'idolâtrie, cherchant la terre promise à travers d'un désert immense, où elle ne trouve que d'affreux rochers et des sables brûlants ; nulle terre, nulle culture, nul fruit ; une sécheresse effroyable ; nul pain qu'il ne faille lui envoyer du ciel; nul rafraîchissement qu'il ne lui faille tirer par miracle d'une roche ; toute la nature stérile pour elle, et aucun bien que par grâce • mais ce n'est pas ce qu'elle a de plus surprenant. Dans l'horreur de cette vaste solitude, on la voit environnée d'ennemis, ne marchant jamais qu'en bataille, ne logeant que sous des tentes, toujours prête à déloger et à combattre ; étrangère que rien n'attache, que rien ne contente ; qui regarde tout en passant, sans vouloir jamais s'arrêter : heureuse néanmoins dans cet état, tant à cause des consolations qu'elle reçoit durant le voyage, qu'à cause du glorieux et immuable repos qui sera la fin de sa course. Voilà l'image de l'Eglise pendant qu'elle voyage sur la terre.

Balaam la voit dans le désert : son ordre, sa discipline, ses douze tribus rangées sous leurs étendards : Dieu, son chef invisible, au milieu d'elle : Aaron, prince des prêtres et de tout

as DE LA COMPOSITION.

le peuple de Dieu, chef visible de l'Eglise sous l'autorité de Moïse, souverain législateur et figure de Jésus-Christ; le sacerdoce étroitement uni à la magistrature; tout en paix par le concours de ces deux puissances : Coré et ses sectateurs, ennemis de l'oidre et de la paix, engloutis à la vue de tout le peuple, dans la terre soudainement entr'ouverte sous leurs pieds el ensevelis tout vivants dans les enfers. Quel spectacle ! quelle assemblée ! quelle beauté de l'Eglise ! Du haut d'une montagne, Balaam la voit tout entière ; et au lieu de la maudire comme on voulait l'y contraindre, il la bénit; on le détourne, on espère lui en cacher la beauté, en lui montrant ce grand corps par un coin d'où il ne puisse en découvrir qu'une partie ; et il n'est pas moins transporté, parce qu'il voit cette partie dans le tout, avec toute la convenance et toute la proportion qui les assortit l'un à l'autre. Ainsi, de quelque côté qu'il la considère, il est hors de lui ; et ravi en admiration, il s'écrie : Que vous êtes admirables sous 'vos tentes, enfants de Jacob!

Les jeunes gens sont assez portés à amplifier par images et par comparaisons, mais ils ont ordinairement le tort de ne se servir que d'images et de comparaisons rebattues qui sont plutôt le produit de leur mémoire que celui de leur imagination. Ce défaut provient de ce qu'ils ne réfléchissent pas assez fortement. Il leur arrive même de prendre des figures pour des idées ; de là ces phrases sonores et empanachées qui malheureusement ne recèlent que du vent.

7. De l'amplification par supposition. — L'amplification par supposition a pour objet de mieux faire ressortir l'idée que l'on veut émettre, en la mettant en rapport avec d'autres idées analogues. Elle se rapproche beaucoup de l'amplification par comparaison; elle n'en diffère même que par la

forme. Fënelon a recours à cette sorte d'amplification pour démontrer que les merveilles de la nature ne sont pas Tœuvre du hasard ;

Qui croira, dit-ii, que l'Iliade d'Homère, ce poë.me si parfait , n'ait jamais été composé par un effort de génie d'un grand poêle, et que les caractères de l'aiphabet, ayant été jetés en confusion, un coup de pur hasard, comme un coup de dés, ait rassemblé toutes les lettres, précisément dans l'arrangement nécessaire pour décrire, dans des vers pleins d'harmonie et de variété, tant de grands événements, pour les placer et pour les lier si bien ensemble ; pour peindre chaque objet avec tout ce qu'il y a de plus gracieux, de plus noble et déplus touchant ; enfin pour laiie parler chaque peisonnage avec son caractère , d'une manière si naïve et si passionnée ? Qu'on raisonne et qu'on subtilise tant qu'on voudra, jamais on ne persuadera à un homme sensé que l'Iliade n'ait point d'autre auteur que le hasard. Cicéron en disait autant des Annales d'Ennius ; et il ajoutait que le hasard ne ferait jamais un seul vers, bien loin de faire tout un poème. Pourquoi donc cet homme sensé croirait-il de l'univers, sans doute encore plus merveilleux que l'Iliade, ce que son bon sens ne lui permettra jamais de croire de ce poème?...

Si nous entendions dans une chambre, derrière un rideau, un instrument doux et harmonieux, croirions-nous que le hasard, sans aucune main d'homme, pût avoir formé cet instrument? Dirions-nous que les cordes d'un violon seraient venues d'elles-mêmes se ranger et s'étendre sur un bois dont les pièces se seraient collées ensemble pour former une cavité avec des ouvertures régulières PSouliendrions- nous que l'archet, formé sans art, serait poussé par le vent, pour toucher chaque corde si diversement et avec tant de justesse?...

Qui trouverait, dans une île déseï te et inconnue à tous les hommes, une belle statue de marbre, dirait aussitôt : Sans doute il y a eu ici autrefois des hommes, je reconnais la maiu d'uu habile sculpteur ; j'admire avec quelle délicatesse

il a su proportionner tous les membres de ce corps, pour leur donner tant de beauté, de grâce, de majesté, de vie, de tendresse, de mouvement et d'action.

Que répondrait cet homme si quelqu'un s'avisait de lui dire : Non, un sculpteur ne fit jamais cette statue ! elle est faite, il est vrai, selon le goût le plus exquis et dans les règles de la perfection, mais c'est le hasard seul qui l'a faite. Parmi tant de morceaux de marbre, il y en a eu un qui s'est l'orme ainsi de lui-même ; les pluies et les vents l'ont détaché de la montagne ; un orage très-violent l'a jeté tout droit sur ce piédestal qui était préparé de lui-même dans cette place : c'est un Apollon parfait comme celui du Belvédère ; c'est une Vénus qui égale celle de Médicis ; c'est un Hercule qui ressemble à celui de Farnese. Vous croiriez, il est vrai, que cette figure marche, qu'elle vit, qu'elle pense et qu'elle va parler ; mais elle ne doit rien à l'art, et c'est un coup aveugle du hasard qui l'a si bien finie et placée.

Si on avait devant les yeux un beau tableau qui représentât, par exemple, le passage de la mer Rouge avec Moïse, à la voix duquel les eaux se fendent et s'élèvent comme deux mers, pour faire passer les Israélites à pied sec au travers des abîmes, on verrait d'un côté celte foule innombrable de peuples pleins de confiance et de joie, levant les mains au ciel ; de l'autre côté l'on apercevrait Pharaon avec les Egyptiens, pleins de trouble et d'effroi à la vue des vagues qui se rassembleraient pour les engloutir. En vérité, où serait l'homme qui osât dire qu'une servante, barbouillant au hasard cette toile avec un balai, les couleurs se seraient rangées d'elles-mêmes pour former ce vif coloris, ces attitudes si variées, ces airs de tête si passionnés, cette belle ordonnance de figures en si grand nombre, sans confusion ; cet accommodement de draperies, ces distributions de lumière, ces dégradations de couleurs, cette exacte perspective, enfin tout ce que le plus beau génie d'un peintre peut rassembler ?

Ce genre d'amplification produi t le plus heureux

eflet suitout quand on veut prouver quelque chose. Si ron est obligé de s'étendre et de multiplier les comparaisons, comme dans Texemple précédent, il faut avoir soin de varier ses tons et ses expressions, comme l'a fait avec tant d'habileté Fénelon.

8. De l'amplification par sentiments. — Tous ces divers moyens d'anipliiication se rapportent à l'esprit ou à l'imagination. La sensibilité peut aussi fournir les plus beaux développements. C'est même lorsqu'on parle de l'abondance du cœur que l'on trouve les inspirations les plus éloquentes et (^u'on produit les récits ou les discours les plus pathétiques. Saint Augustin ayant perdu avant sa conversion un de ses amis, raconte ainsi son chagrin :

La douleur que j'en éprouvai, dit-il, fut comme une nuit profonde dont mon cœur aurait été enveloppé : tout sembla m'offrir l'image de la mort ; mon pays me devint odieux ; la maison paternelle n'eut plus rien que d'insupportable pour moi ; tout ce qui m'avait été agréable quand je le partageais avec lui me devint sans lui tourment et affliction ; mes jeux le cherchaient de toutes parts, et rien ne me le rendait; et je prenais tout en horreur, parce que rien ne pouvait me le rendre, que rien ne me disait plus . « Le voilà, il va venir ; » comme tout me le disait lorsqu'il vivait encore et que j'étais loin de lui. Devenu importun à moi-même , je ne cessais de demander à mon âme : «■ Pourquoi es-tu triste? pourquoi ce trouble auquel tu t'abandonnes? » Et elle ne savait que me répondre. Et si je lui disais • « Espère en Dieu, » elle se révoltait justement contre moi ; parce que cet homme même qu'elle avait perdu et qu'elle avait tant aimé était en effet bien préférable à ces vains fantômes dont je faisais mes dieux et dans lesquels je prétendais mettre mon espérance. Mes larmes étaient donc devenues ma seule consolation; et la dou-

TRÉCIi ÉLÉM. DE UTT. 6. H

ceur de pleurer pouvait seule remplacer pour moi les délices à jamais perdues d'une aussi tendre amitié.

O. Des sources extrinsèques. — Indépendamment de toutes ces espèces d'amplification qui naissent du fond même du sujet, il y a encore des sources extrinsèques que l'écrivain et l'orateur peuvent exploiter. Ainsi l'avocat peut tirer parti des maximes généralement reçues dans la société, du témoignage des jurisconsultes et des commentateurs célèbres, des aveux de l'adversaire, de la déposition des témoins et d'une multitude de lieux communs qui peuvent contribuer au développement de sa cause.

L'orateur sacré s'appuie sur l'Ecriture sainte dont il doit développer le texte sacré, il cite les Pères de l'Eglise dont les sentiments sont en rapport avec la proposition qu'il veut prouver.

L'histoire est une mine qui est commune à tous et où l'on peut trouver des exern'lîles, des comparaisons qui sont de mise dans une narration ou un discours. Celui qui a une véritable connaissance du passé ne manque pas de donner par là beaucoup de force à ses pensées, soit par les rapprochements qu'il produit, soit par les allusions qu'il fait. Souvent même il n'y a pas d'autre moyen que l'histoire pour développer une pensée. Ainsi, Bossuet voulant démontrer que Dieu seul fait les conquérants et que seul il les fait servira ses desseins, s'écrie :

Quel autre a fait un Cyrus, si ce n'est Dieu, qui l'avait annoncé deux cents ans avant sa naissance, dans les oracles d'Isaïe? Tu n'es pas encore, lui disait-il, mais je te vois et je t'ai nommé par ton nom : tu t'appelleras Cyrus. Je marcherai devant toi dans les combats ; à ton approche je mettrai les rois en fuite ; je briserai les portes d'airain. C'est moi qui

étends les cieux, qui soutiens la terre, qui nomme ce qui n'est pas comme ce qui est : c'est-à-dire, c'est moi qui fais tout, et moi qui vois, dès l'éternité, tout ce que je fais. Quel autre a pu former un Alexandre, si ce n'est Dieu qui en a fait \oir de si loin, et par des figures si vives, l'ardeur indomptable à son prophète Daniel? Le voyez-vous, dit-il, ce conquérant; avec quelle rapidité il s'élève de l'occident comme par bonds et ne touche pas à terre. Semblable dans ses sauts hardis et dans sa légère démarche à ces animaux vigoureux et bondissants, il ne s'avance que par vives et impétueuses saillies, et n'est arrêté ni par montagnes, ni par précipices. Déjà le roi de Perse est entre ses mains ; à sa vue il s'est animé, dit le prophète ; il l'abat, il le foule aux pieds .• nul ne peut le défendre des coups qu'il lui porte , ni lui arracher sa proie.

Quandona recours à des citations, à des exemples et à des témoignages, il faut avoir soin que tous ces détails extrinsèques se rapportent parfaitement au sujet, et les faire entrer si naturellement dans le développement de la pensée générale qu'on veut rendre, qu'ils en paraissent en quelque sorte les accessoires nécessaires.

lO. De l'usage qu'on doit faire de ces différents moyens d'amplification. — Ces divers moyens d'amplification ne conviennent pas évidemment à toutes sortes de sujets. Tantôt il faut se borner à décrire ou à définir l'objet dont on parle ; tantôt il faut amplifier par comparaison ou par supposition ; ici on tire parti des circonstances du fait que l'on veut exposer ; là il est nécessaire de faire une énumération de parties ; quelquefois il faut parler à l'imagination, d'autres fois il est mieux de s'adresser au cœur. Il n'est donc pas possible de donner des règles sur l'emploi de ces divers moyens.

La seule remarque que nous ayons à faire, c'est

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que tous ces moyens se rapportent, quelle que soit leur variété, aux trois grandes facultés de l'àme qui en sont les causes, à la raison, à l'imagination et à la sensibilité. Le principal devoir de celui qui veut apprendre à écrire, est donc de cultiver autant que possible chacune de ses facultés. On cultive la raison par la lecture et la réflexion. A force de méditer les chefs-d'œuvre de nos grands écrivains, on apprend à trouver des preuves en faveur des idées que l'on veut établir, et ce qui est plus difficile encore, à les présenter de manière à faire impression sur les autres.

La sensibilité et l'imagination sont très-étroitement unies. Caria sensibiUté est cette disposition du cœur qui fait que nous recevons aisément les impressions diverses de la joie, de la tristesse et de la pitié, et l'imagination est la faculté par laquelle nous communiquons aux autres les impressions que nous éprouvons nous-mêmes\ Toutefois le domaine de l'imagination est plus étendu que celui de la sensibilité. Car la sensibilité ne comprend que les affections morales, tandis que l'imagination peint nonseulement les affections, mais encore toutes les choses physiques qui frappent les sens. Elles sont l'une et l'autre des dons de la nature, mais ce sont des dons qu'il est possible de perfectionner.

Ainsi l'éducation perfectionne la sensibilité en adoucissant le cœur de l'homme et en l'habituant à partager les peines de ses semblables. Le christianisme a même créé de nouvelles sources de sensibilité en nous apprenant à déplorer non-seulement les malheurs qui affligent les autres dans leurs biens et dans leur existence matérielle, mais encore toutes les misères morales qui peuvent compromettre

leurs destinées futures. La charilé chrétienne, qui a produit de si grandes choses, a enrichi ainsi la littérature d'un genre nouveau absolument inconnu de l'antiquité.

On peut aussi contribuer au développement de l'imagination soit par Tobservation attentive de la nature, soit par l'étude des modèles que les écrivains anciens ou modernes nous ont laissés. Comme les peintres se fortifient dans leur art en étudiant attentivement les tableaux des grands maîtres, de même les jeunes littérateurs peuvent profiter de la méditation approfondie de toutes les magnifiques peintures de mœurs ou de caractères qu'ont si habilement tracées les historiens, les poètes ou les orateurs de premier ordre.

Cette méditation a surtout pour résultat le perfectionnement du goût. Elle apprend aux jeunes gens le secret de toutes les convenances. Car c'est à cette école qu'il faut aller pour apprendre ce que Ton doit observer relativement aux temps, aux lieux et aux personnes. Cet esprit de discernement n'est pas un esprit créateur ; mais s'il n'est pas la source de grandes beautés, il est du moins un préservatif contre une multitude d'écarts. Et c'est déjà beaucoup quand au début de la carrière on sait éviter les fautes.

Qdestionraire. — i. Quel est l'objet de l'amplification? Est-il nécessaire de savoir amplifier ou développer ses pensées ? Esl-ce en cela que consiste le talent de l'écrivain ? 2. Quels sont les défauts de l'amplification ? En quoi consiste la futilité.' D'où provient la sécheresse.' Comment peut-on y remédier ? Y a-t-il un défaut contraire à celui-là ? Doit-on s'en préoccuper beaucoup ? 3. Quelles sont les principales sour-» ces de l'amplification? Enumérez les sources intrinsèques.

4. Qu'est-ce que l'énumération des parties ? Cette manière d'amplifier est-elle facile? 5. Qu'entend-on par circonstances ? Quelles sont les principales circonstances que l'on doit développer ? Quel parti peut-on tirer de ce moyen pour une narration ? Citez un exemple. 6. Qu'est-ce que l'amplification par images ? — par comparaison ? Ces deux manières d'amplifier peuvent-elles être simultanément réunies? Quel est l'écueil à éviter? 7. Qu'est-ce que l'amplification par supposition? De quelle utilité est-elle ?8. Qu'est-ce que l'amplification par sentiments ? Comment se fait-elle ? 9. Quelles sont les sources extrinsèques de l'amplification? Quel usage peut-on faire de l'histoire? Citez un exemple. 10. Comment peut-on employer ces divers moyens d'amplification ? Quelle observation peut-on faire à ce sujet? A quelles facultés tous ces moyens se rapportent-ils ? Comment peut-on développer ces|difrérentes facultés?

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