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CHAPITRE VIII

Des discours et des compliments.

1. Des discours en général. — Nous entendons ici par discours les petites compositions oratoires qu'on a Tliabitude de faire faire aux jeunes gens pour les exercer. Les anciens rliéteurs faisaient composer à leurs élèves des déclamations, mais Tabus que ce genre faux introduisitdansrëloquencesérieuse,flétrità jamaisces sortes de compositions. Ces déclamations faisaient tomber les jeunes gens dans Texagération et l'enflure, et leur style pécbait toujours par le pédantisme et l'aflcctation. Pour éviter ces défauts, on a mieux aimé , et avec raison, donner aux jeunes gens pour exercices de véritables discours sur des sujets d'imagination et dliistoire, qui leur permissent de faire prendre à leur pensée toutes les formes de la véritable éloquence.

!8. Des différentes parties du discours. — Dans ces petits discours il doit y avoir, comme dans les discours les plus étendus, un exorde, une confirmation et une péroraison.

Veœorde est Tintroduction du discours. Il a pour objet de rendre les auditeurs bienveillants, attentifs et dociles, et de les préparer ainsi à entendre ce qu'on veut leur dire. Quelquefois Torateur se bonne à exposer brièvement, clairement et sans art le sujet qu'il a l'intention de traiter. En ce cas c'est un exorde simple. D'autres fois, il use de précautions oratoires, et cherche à pénétrer adroite-

ment dans le cœur et l'esprit de ses auditeurs pour s'en rendre maître ; c'est alors un exorde insinuant. On fait usage de cet exorde quand on a des préventions à dissiper. Si on est indigné, et que le sujet qu'on traite motive cette indignation, on entre brusquement en matière, et c'est ce qu'on appelle un exorde ex abrupto. On distingue aussi l'exorde pompeux, qui consiste à déployer dès le début toute la magnificence et toute la pompe du langage; mais ce genre d' exorde n'est employa que dans les grands discours comme une oraison funèbre, réloge d'un personnage célèbre, etc.

La confirmation est la partie du discours qui a pour objet le développement du sujet. C'est le corps et la substance du discours, parce que c'est là que l'orateur expose et développe ses preuves. Il faut avoir soin, si l'on a plusieurs preuves solides à faire valoir, de les présenter séparément et de la manière la plus distincte, en les mettant l'une après l'autre dans le plus grand jour. Quand les preuves sont d'inégale force, on doit comniencer ordinairement parles plus faibles et s'élever successivement jusqu'aux plus fortes. Cette gradation produit le plus grand effet quand elle est habilement ménagée.

Cependant il faut avoir bien garde de ne pas insister sur les arguments qui ne sont que des probabilités. On doit au contraire les presser et les exposer en masse afin qu'ils se prêtent un mutuel secours, en suppléant à la force par le nombre. Leur réunion leur donne une extrême importance. Comme le dit Quintilien, ce n'est pas la foudre qui renverse, mais c'est la grêle dont les coups redoublés se font sentir.

Quand on a déterminé l'ordre dans lequel les preuves doivent être placées, il faut ensuite songer

DES DISCOURS ET DES COMPLIMENTS. 2!1 à les lier entre elles et trouver ainsi le moyen de passer de Tune à l'autre. C'est ce qu'on appelle une transition. Elle forme dans le discours, pour employer une comparaison bien vulgaire, l'office d'un pont qui, réunissant les deux bords d'une rivière, transporte doucement le voyageur de l'autre côté et lui épargne la peine de franchir l'espace qui l'en séparait.

L'art des transitions est très-difficile. Cependant quand les preuves sont disposées préalal3lement dans un ordre convenable, on trouve encore assez aisément le lien qui doit les unir. C'est ainsi que Massillon, dans son sermon sur la grandeur de Jésus- Christ, joint par une transition parfaite la seconde partie à la troisième :

De tous les monuments superbes de la Grèce el de Rome, à peine un seul est venu jusqu'à nous : ce qui n'est que sur le marbre et sur l'airain est bientôt efl'acé ; ce qui est écrit dans les cœurs demeure toujours : aussi le dernier caractère de lagrandeur de Jésus- Chiist, c'est la durée et la perpétuité de son règne.

La confirmation comprend encore la réfutation^ c'est-à-dire que si l'orateur a quelques objec lions à détruire, il doit le faire tout en exposant ses preuves. Il n'est pas possible d'assigner à la réfutation une place positive dans le discours. Tantôt il vaut mieux qu'on débute par là ; tantôt c'est par là qu'on termine. Quelquefois on mêle la réfutation à la démonstration dans le corps du discours. On doit se décider pour l'un ou l'autre de ces partis d'après la nature même du sujet que l'on traite.

La péroraison est la conclusion du discours. Elle peut n'être qu'une simple récapitulation, ou bien elle

212 DE LA COxMPOSlTlON.

peut être pathétique. Dans ce dernier cas on doit employer tous les moyens et toutes les ressources possibles pour exciter dans l'auditoire des sentiments d'indignation ou de commisération en rapport avec le but qu'on se propose. Comme il s'agit de porter les derniers coups, l'orateur doit déployer alors toutes les richesses de son éloquence, et faire usage de tous les mouvements que la passion peut lui suggérer.

Nous citerons ici comme modèle le discours que Télémaque adresse aux chefs de l'armée pour les détourner de la prise de Yenuse :

I. Exorde insinuant, dans lequel l'orateur fait une double concession, l'une qui résulte des apparences qui semblent légitimer le parti proposé, et l'autre des avantages qu'on en retirerait.

Je n'ignore pas que si jamais un homme a mérité d'être surpris et trompé, c'est Adraste, lui qui a si souvent surpris et trompé tout le monde. Je vois bien qu'en surprenant Venuse, vous ne feriez que vous mettre en possession d'une ville qui vous appartient, puisqu'elle est aux Apuliens qui sont un des peuples de votre ligue. J'avoue que vous le pourriez faire avec d'autant plus d'apparence qu'Adraste. qui a mis cette ville en dépôt, a corrompu le commandant et la garnison, pour y entrer quand il le jugera à propos. Enfin, je comprends comme vous, que si vous prenez Yenuse, vous seriez maîtres, dès le lendemain, du château où sont les munitions de guerre qu'Adraste y a assemblées, et qu'ainsi vous finiriez en deux jours cette guerre si formidable.

II. Confirmation. (L'orateur fait valoir deux raisons. 4° La première est tirée de la justice dont les droits sont imprescriptibles et obligatoires même envers ceux qui les ont violés.)

Mais ne vaut-il pas mieux périr que de vaincre par de tels

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moyens ? (transition pour passer de l'exorde à la confirmation), faut-il repousser la fraude par la fraude f sera-t-il dit que tant de rois, ligués pour punir l'impie Adraste de ses tromperies, seront trompeurs comme lui ? S'il nous est permis de faire comme Adraste, il n'est point coupable, et nous avons tort de vouloir le punir. Quoi ! l'Hespérie entière, soutenue de tant de colonies greccpies et de héros revenus du siège de Troie, n'a-t-elle point d'autres armes contre la perfidie et les parjures d' Adraste, que la perfidie et le parjure? Vous avez juré, par les choses les plus sacrées, que vous laisseriez Yenuse en dépôt entre les mains des Lucaniens.

2° Réfutation d'une objection qui se présentait tout naturellement contre le parti que l'orateur proposait.

La garnison lucanienne, dites-vous, est corrompue par l'argent d'Adraste : je le crois cou.me vous : mais cette garnison est toujours à la solde des Lucaniens ; elle n'a point refusé de leur obéir ; elle a gardé, du moins en apparence, la neutralité. Adraste et les siens ne sont jamais entrés dans "Venuse ; le traité subsiste ; votre serment n'est point oublié des dieux. Ne gardera-t-on les paroles données que quand on manquera de prétexte plausible pour les violer? Ne sera-t-on fidèle et religieux pour les serments, que quand on n'aura rien à gagner eu violant sa foi ?

(Transition poiu* passer du premier moyen au second.)

Si l'amour de la vertu et la crainte des dieux ne vous touchent plus, au moins soyez touchés de votre réputation et de votre intérêt.

3° La seconde raison est tirée de Vintérêt. Elle est placée au second rang, parce que les hommes sont généralement plus sensibles à leur intérêt personnel qu'à la justice. Le premier motif d'intérêt se

âU DE LA COMPOSITION.

rapporte aux relations qui existent entre les chefs de la ligue et leurs ennemis.

Si vous montrez au monde cet exemple pernicieux, de manquer de parole et de violer votre serment pour terminer une guerre , quelles guerres n'exciterez-vous point par cette conduite impie ? quel voisin ne sera pas contraint de craindre tout de vous, et de vous détester ? qui pourra désormais, dans les nécessités les plus pressantes, se fier à vous? quelle sûreté pourrez-vous donner quand vous voudrez êti-e sincères, et qu'il vous importera de persuader à vos voisins cette sincérité? Sera-ce un traité solennel ? vous eu aurez foulé un aux pieds. Sera-ce un serment? Hé! ne saura-t-on pas que vous comptez les dieux pour rien, quand vous espérez tirer du parjure quelque avantage ? La paix n'aura donc pas plus de sûreté que la guerre à votre égard. Tout ce qui viendra de vous sera reçu comme une guerre, ou feinte, ou déclarée : vous serez les ennemis perpétuels de tous ceux qui auront le malheur d'être vos voisins ; toutes les affaires qui demandent de la réputation de probité et de la confiance, vous deviendront impossibles : vous n'aurez plus de ressource pour faire croire ce que vous promettez.

4° Transition pour passer du premier au second motif.

Voici, ajoute Télcmaque, un intérêt encore plus puissant qui doit vous frapper, s'il vous reste quelque sentiment de probité et quelque prévoyance sur vos intérêts : c'est qu'une conduite si trompeuse attaque par le dedans toute votre li* gue, et va la miner ; votre parjure va faire triompher Adraste.

5" Interruption mise à dessein pour faire mieux ressortir sa pensée :

A ces paroles toute l'assemblée émue lui demandait comment il osait dire qu'une mesure qui donnerait une victoire certaine à la ligue pouvait la ruiuer.

6° Développement du dernier motif, qui est tiré des relations des chefs entre eux et de Texistence même de la ligue. Ce dernier motif est beaucoup plus puissant que le premier.

Comment , leur répondit-il, pourriez-vous vous confier les uns aux autres, si une fois vous rompez l'unique lieu de la société et de la confiance qui est la bonne foi ? Après que vous aurez posé pour maxime qu'on peut violer les règles delà probité et de la fidélité pour un grand intérêt, qui d'entre vous pourra se fier à un autre, quand cet autre pourra trouver un grand avantage à lui manquer de parole et à le tromper? Où en serez-vous? quel est celui d'entre vous qui ne voudra point prévenir les artifices de son voisin par les siens? Que devient une ligue de tant de peuples, lorsqu'ils sont convenus entre eux, par une délibération commune, qu'il est peimis de surprendre son voisin et de violer la fui donnée? Quelle sera votre défiance mutuelle, votre division, votre ardeur à vous détruire les uns les autres ? Adraste n'aura plus besoin de vous attaquer ; vous vous détruirez assez vousmême ; vous justifierez ses perfidies.

ni. Péroraisoîi forte et véhdmente. L'orateur résume ses arguments et conclut en promettant la victoire au courage et à la probité, tout en disant qu'il préfère la mort à la perfidie.

O rois sages et magnanimes, ô vous qui commandez avec tant d'expérience sur des peuples innombrables, ne dédaigner pas d'écouter les conseils d'un jeune homme ! Si vous tom* biez dans les plus affreuses extrémités où la guerre précipite quelquefois les hommes, il faudrait vous relever par votre vigilance et par les etiorts de votre vertu ; car le vrai courage ne se laisse pas abattre. Mais, si vous aviez une fois rompu la barrière de l'honneur et de la bonne foi, cette perte est irréparable ; vous ne pourriez plus ni rétablir la confiance nécessaire au succès de toutes les affaires importantes, ni rame-

Der les hommes aux principes de la vertu, après que vous leur auriez appris aies mépriser. Que craignez-vous? N'a- \ez-vous pas assez de courage pour vaincre sans tromper ? Votre vertu, jointe aux forces de tant de peuples, ne vous suffit-elle pas ? Combattons, mourons, s'il le faut, plutôt que de vaincre si indignement. Adraste, l'impie Adrasie est dans nos mains, pourvu que nous ayons horreur d'imiter sa lâcheté et sa mauvaise foi.

3. De la manière de faire un discours. — Nous avons à dessein fait l'analyse de ce discours pour que Ton voie Tapplication de tous les préceptes que nous avons donnés. Ainsi, celui qui veut faire une composition de ce genre doit avant tout se représenter les dispositions dans lesquelles se trouvent ses auditeurs par rapport à l'idée dont il veut les persuader. S'ils ont des préventions, il s'efforcera d'abord de les dissiper, et il faudra, dès le commencement, user de douceur et d'adresse. L'exorde sera donc insinuant. Si au contraire il les trouve pénétrés des mêmes sentiments que lui, si le sujet est grave, qu'il s'agisse, par exemple, d'un grand crime, et que chacun partage son indignation, il peut brusquement entrer en matière et faire un exorde ex abrupto. D'autres fois il suffit d'exposer simplement le sujet dont on veut parler, et on le fait alors en quelques mots. Tel est l'exorde du discours des députés manduriens que nous avons déjà cité.

Oui, nous tenons, comme tu vois, dans une main l'épée, et dans l'autre une branche d'olivier. Voilà la paix el la guerre : choisis.

Après l'exorde il faut s'occuper du corps du discours, c'est-à-dire chercher les preuves qu'on doit

DES DlSCOl RS Kl DES COMPLIMENTS. 217 faire valoir. Or, on distingue deux sortes de preuves , les preuves infn'nsèqucs et les preuves extrinsèques.

Les preuves intriusèques sont celles qui sont prises dans les entrailles mêmes du sujet. Elles sont le résultat de la réflexion et le fruit du raisonnement.

Les preuves extrinsèques sont empruntées à des considérations extérieures au sujet , mais qui ne lui sont pas pour cela étrangères. Elles exigent tout particulièrement de Forateur de Téiudition; la connaissance de Tliistoire, de TEcriture sainte ou des loiti, selon la nature des sujets qu'il traite.

((Ainsi je suppose, dit Crévier, qu'un prédicateur ait à traiter un point de morale, Tamour du prochain, par exemple. Les motifs tirés de la ressemblance de la nature entre tous les hommes, de Tunité d'origine qui les rend tous frères, de l'intérêt commun du genre humain, qui jouirait d'une tranquillité et d'une douceur parfaite si tous les individus qui le composent s'aimaient cordialement ; voilà des raisons qui naissent du sujet. Il suffit de le bien étudier en lui-même pour les trouver. Les autorités de l'Ecriture et des Pères, les exemples des saints qui se sont signalés par une charité ardente pour le prochain , sont des moyens extrinsèques qui ne peuvent être que le fruit d'une lecture très-étendue (1). »

Pour trouver les preuves intrinsèques il faut donc méditer profondément son sujet. Ces preuves naissent de la définition, de l'énumération des parties, du genre et de l'espèce, de la cause et de l'effet, de la comparaison, des contraires et des circonstances.

La définition peut être toute la base de Targu-

1) RhctorMiue.

rRÉCIbÉLÉM. DE. LU f. 7. 13

lîientation. Car il suffit souvent pour prouver une chose d'en bien expliquer la nature. Il y a des discours qui reposent tout entiers sur une définition. Ainsi, pour faire Téloge de César, Cicéron part de la définition générale de la gloire.

L'énumération est un genre de preuves dont on fait fréquemment usage. Veut-on montrer qu'une chose est vicieuse, on en énumère tous les défauts et toutes les conséquences funestes. S'agit-il, au contraire, de faire l'éloge de quelqu'un, on énumère toutes ses qualités.

Le genre et l'espèce sont aussi une source d'arguments, parce que, par là même que l'espèce est nécessairement renfermée dans le genre, ce qui convient au genre, convient aussi à l'espèce. Ainsi, de ce que le vice est digne de mépris et de haine, on conclura que l'avarice mérite d'être haïe et méprisée. On conclura de même qu'il faut aimer la justice, parce qu'on doit amier la vertu, il est souvent utile d'avoir recours à ce genre d'argument, parce que les principes généraux sont toujours plus sensibles que les applications particulières.

La cause et l'effet sont des idées corrélatives encore plus fécondes. Car le plus souvent on apprécie une chose d'après son origine ou sa cause, et on la juge d'après ses effets.

La comparaison consiste à rapprocher deux idées Tune de l'autre pour faire ressortir la première par la seconde. Ainsi, Notre -Seigneur Jésus-Christ nous dit dans l'Evangile : Si tout méchants que vous êtes^ •cous savez néanmoins donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est dans le ciel donnera-t-il le bon esprit à ceux qui le demandent ?

Les contraires servent à mieux faire ressortir les faits.

Les circonstances sont souvent Tunique moyen que Ton ait pour les bien mettre en lumière.

Il faut donc réfléchir à tous ces divers moyens pour savoir quelles sont les preuves qu'on peut employer dans le corps du discours. Une fois qu'on a trouvé ces preuves, il n'y a plus qu'à les disposer selon l'ordre que nous avons indiqué et à trouver les transitions qui doivent les unir entre elles.

La péroraison est la partie la plus facil,e du discours. Quand on a bien conçu son plan et qu'on le remplit avec àme, la péroraison se présente d'ellemême, et elle a naturellement le caractère qu'elle doit avoir.

Pour le style, on doit se montrer dans ces petites compositions très-minutieux et très-sévère. Les moindres fautes deviennent très-sensibles, et on doit les corriger avec le plus grand soin , parce que ce n'est qu'en pratiquant cette sévérité envers soimême, qu'on peut parvenir à se former un langage pur, correct et harmonieux. Il faut sans doute éviter la puérilité et l'affectation, mais on ne peut faire trop d'efforts pour n'employer que des mots justes et bien choisis ; pour rendre sa phrase énergique et élégante, et pour enrichir sa pensée de formes gracieuses et naturelles. C'est surtout aux jeunes gens qu'il faut dire avec Boileau :

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage.

Polissez-le sans cesse et le repolissez ;

Ajoutez quelquefois et souvent effacez.

C'est peu qu'eu un ouvrage où les fautes fourmillent,

Des traits d'esprit semés de temps en temps pétillent.

Il faut que chaque cliose y soit mise en son lieu ; Que le début, la fin répondent au milieu ; Que d'un art délicat les pièces assorties N'y forment qu'un seul tout de diverses parties ; Que jamais du sujet le discours s'écarlant, N'aille chercher trop loin quelque mot éclatant.

4. Des compliments. — Les compliments sont des discours adressés à une personne qu'on veut honorer en lui exprimant des sentiments de félicitation, de remercîment ou de condoléance. Ce n'est ni le lieu, ni le moment de faire entendre des paroles de plainte ou de blâme. L'éloge doit faire le fond du discours ; et Ton doit avoir soin pour ce motif d'être court, élégant et délicat. Quand la louange est trop directe, elle devient une offense, et au lieu de plaire à celui qui la reçoit, elle paraît au contraire fade et repoussante. Le compliment que Fontenelle adressa à Louis XV sur son sacre, au nom de l'Académie française, réunit, au point de vue littéraire, une partie de ces qualités :

Au milieu des acclamations de tout le royaume, qui répète avec tant de transports celles que votre majesté a entendues à Reims , l'Académie française est trop heureuse et trop honorée de pouvoir faire entendre sa voix jusqu'au pied de votre trône. La naissance, sire, vous a donné à la France pour roi, et la religion veut que nous tenions aussi de sa main un aussi grand bienfait. Ce que l'une a établi par un droit inviolable, l'autre vient de le confirmer par une auguste cérémonie. Nous osons dire, cependant, que nous l'avions prévenue. Votre personne était déjà sacrée par le respect et par l'amour. C'est en elle que se renferment toutes nos espérances ; et ce que nous découvrons de jour en jour dans votre majesté nous promet que nous allons voir revivre en même temps les deux plus grands d'entre nos monarques, Louis à

qui vous succédez, et Charlemagne dont on vous a mis la Couronne sur la tête.

Ce compliment est un modèle d'esprit, de délicatesse et de grâce. On désirerait cependant un peu moins d'exagération dans les derniers traits, qui ont le malheur de trop ressembler à une flatterie. Car s'il n'est pas possible dans un compliment de peindre les hommes qu'on loue tels qu'ils sont, si Ton est obligé de passer sous silence ce qu'il pourrait y avoir de répréhensible dans leur conduite, il n'est pas permis pour cela de peindre en eux des vertus imaginaires et d'exalter en eux un mérite qu'ils n'ont pas. Nous ne pouvons croire que Fontenelle ait jamais cru sérieusement Louis XV capable de réunir en lui Charlemagne et Louis XIV, et c'est pourquoi ce rapprochement, tout ingénieux qu'il est, nous paraît déplacé.

Questionnaire. — 1. Qu'entend-on par discours? Comment les anciens rhéteurs exerçaient-ils leurs élèves? Quels sujets de composition leur donne-t-on maintenant ? 5. Quelles sont les diflérenles parties du discours? Qu'est-ce que l'exorde ? Combien y en a-t-il d'espèces ? Définissez-les. Qu'est-ce que la confirmation? Comment faut-il ordonner ses preuves ? Où faut-il placer la réfutation ? Qu'eulend-on par transition ? Qu'est-ce que la péroraison ? 3. Comment faut-il s'y prendre pour faire un discours ? Qu'est-ce qui doit déterminer le caractère de l'exorde ? Comment trouvet-on ses preuves ? Qu'est-ce que les preuves intrinsèques ? Quelles eu sont les sources principales ? Qu'est-ce que les preuves extrinsèques? Où faut-il les puiser? 4. Qu'est-ce que les compliments ? Comment doivent-ils être faits ? Citez un exemple. Faites-en la critique.

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