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Du CÉRÉMONIAL DE LÀ LETTRE. — Du tCmpS

de Louis XIV, dit un de nos littérateurs, ce n'était pas une petite affaire que d'écrire une lettre. Il y avait un nombre infini de règles, toutes aussi sévères que celles du point d'honneur, ou que T inflexible étiquette de la cour du grand roi. Bien habile qui savait même tourner un simple billet sans aucun solécisme de forme ; écrire à un supérieur sans effleurer sa dignité, et à un inférieur sans compromettre la sienne propre ! Aujourd'hui les prescriptions sont moins minutieuses, et l'on juge moins sévèrement ceux qui les enfreignent. Néanmoins il y a des règles générales dont on ne pourrait s'affranchir sans prouver ua défaut complet de politesse et de bonne éducation.

La première chose à observer c'est le choix du papier. Il doit être de couleur blanche, et le format doit varier selon la dignité de la personne à laquelle on s'adresse. Pour une pétition on prend le petit in-folio. Si l'on écrit à un supérieur ou à un homme très-haut placé, on doit prendre le grand in-i». Les lettres d'affaires peuvent s'écrire sur une feuille simple , et l'on peut se servir du petit format in-8° pour les billets, les invitations, les lettres familières, etc.

La date, dans les lettres administratives ou dans les lettres d'affaires, se met toujours à droite en tète de la lettre. Elle doit énoncer le lieu d'où l'on écrit, le quantième du mois, et Tannée. Pour les au-

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1res lettres il est mieux de mettre la date à la fin ; on la place alors à gauche de la signature.

Les mots monsieur, madame, se placent en vedette, c'est-à-dire qu'on les écrit au-dessus du corps de la lettre. Plus on a de respect pour la personne à laquelle on écrit, et plus il faut les placer au milieu de la feuille. On laisse aussi pour la même raison plus ou moins de blanc entre cette dénomination et la première ligne du corps de la lettre. Si on écrit à une personne qui exerce une fonction publique, l'usage est de lui donner le titre de cette fonction : Monsieur le ministre, monsieur le préfet, etc. Les expressions tnon cher nwnsicur, mon c/je/, ne s'emploient que quand on s'adresse à un inférieur, à un parent ou à un ami. Dans ce cas, on peut ne pas les mettre en vedette, et les faire ainsi entrer dans la première ligne : Tai reçu, jnon cher 7nonsieur, la lettre que vous avez bien voulu m'ecrire.

Dans le corps de la lettre, il ne doit y avoir ni ratures, ni renvois, ni surcharges. Quand on a fait une faute, il faut nécessairement recommencer sa lettre, à moins qu'on écrive à quelqu'un avec qui l'on est familier. Dans les lettres ordinaires, on laisse une petite marge à gauche et en bas ; cette marge doit être beaucoup plus large dans une pétition, afin que la personne à laquelle on s'adresse puisse consigner à côté ses observations. On doit éviter de serrer ses lignes au bas des pages et d'écrire dans les marges. Il est bon aussi de répéter plusieurs fois, dans le corps de la lettre, le mot monsieur ou madame, ou le titre honorifique de celui à qui on écrit.

Enfin, pour terminer la lettre, il faut employer les formules reçues, qui se modifient, comme on

sait, selon le caractère et la dignité des personnes. Ces formules sont très-variées ; nous n'avons pas la prétention de les rappeler toutes ; nous indiquerons seulement les plus usitées.

La plus respectueuse est celle-ci :

Je suis avec le plus profond respect, Monsieur, Votre Irès-humble et très- obéissant serviteur.

Si Ton s'adresse à une personne qui ait une dignité, un titre honorifique , il faut l'ajouter au mot monsieur oumonseigneur, et le placer immédiatement après :

Je suis avec le plus profond respect, Monseigneur,

De votre grandeur Le très-ïiumble et très-obéissant serviteur.

S'agit-il d'une personne qui occupe un rang élevé dans l'opinion publique, on pourra dire :

J'ai l'honneur d'être, avec la plus grande considération, Monsieur, Votre très-humble, etc.

On pourra dire avec des égaux :

Agréez ou veuillez agréer l'expression de mon entier dé-« vouement.

Veuillez agréer l'hommage de ma considération la plus distinguée.

Veuillez croire au respectueux attachement de votre trèshumble et très-obéissant serviteur.

En général, avec un supérieur il faut employer lé mot respectueux ; avec une personne distinguée ce-

lui de considération ; avec un bienfaiteur celui de reconnaissance ; avec un égal ceux (ï attachement, de dévouement , et avec un inférieur on peut quelquefois se servir du mot estime^ en le rapprochant de celui {y attachement o\\ de dévouement.

Dans le style familier ou dans un billet, on peut terminer ainsi :

Tout à vous. — Tout à vous d'amitié. — Votre aflectionné. — Adieu. — Je vous embrasse.

Dans une lettre d'affaires, ou peut se contenter de dire :

J'ai l'honneur de vous saluer.

Veuillez recevoir mes salutations empressées.

ou Je vous prie d'agréer mes salutatious respectueuses.

On ne doit jamais faire de post-scriptum dans une lettre écrite à un supérieur. Cette liberté n'est permise que quand'on écrit à des amis, à des égaux ou à des inférieurs. On ne doit jamais charger la personne à laquelle on écrit de transmettre des compliments à un tiers, ou si on le fait il faut user d'un correctif tel que celui-ci : Oserais-je vous prier, ou veuillez m' excuser si j'abuse de votre complaisance en vous priant de....

Tout le monde sait la manière de plier une lettre. Aujourd'hui on met presque toutes les lettres sous enveloppe. Elles sont alors tout bonnement pliées en quatre. Les lettres administratives et celles qu'on adresse aux personnes auxquelles on doit beaucoup de respect sont toujours sous cette forme.

On ferme ordinairement les lettres avec un petit pain à cacheter ; mais la cire est plus convenable.

no DE LA COMPOSITION.

Si Ton est en deuil, on se sert de cire noiie ; sinon, on sert de cire rouge.

Sur Tadressc on doit écrire deux fois le mot monsieur^ de telle façon que le premier monsieur forme à lui seul la première ligne. Pour éviter les retards et les méprises, il faut écrire lisiblement le nom de la personne, sa dignité ou son titre, le lieu de sa résidence , le nom de son département et du bureau de poste dont il dépend. Cette dernière précaution est fort utile quand on écrit dans un village. Exemple :

Moiisiem- Monsieur Ditch, docteur en médecine, à Bourdons,

Par AxDELOT (Haute-Marne).

Il serait bon d'écrire en plus gros caractères les noms de la personne , du village et du bureau de poste ; ce serait une excellente habitude à prendre.

Questionnaire. — 1. Qu'est-ce que la lettre? Quels sont les sujets qu'on peut traiter par lettres? Cofnment considéronsnous ici le genre épistolaire.^ 2. Quelle difTérence y a-t-il entre une lettre et une conversation ? Quelles conséquences doit-on tirer de cette différence? 3. Quels sont les divers caractères que doit avoir la conversation? Quelles sont les qualités fondamentales du style? 4. La clarté est-elle essentielle à la lettre? Pourquoi? Quelles sont les conséquences qui résultent du défaut de clarté ? Cette qualité est-elle nécessaire dans les lettres d'affaires? 5. En quoi consiste la simplicité? Qu'est-ce qu'elle exclut? La recherche suppose-t-elle l'esprit? A quelle condition est-il permis de mettre de l'esprit dans une lettre? Quel effet*produit l'esprit quand il est naturel? 6. Qu'est-ce que la convenance ? Quel est le ton que doit garder un supérieur ? — un inférieur ? — un égal ? — Que faut-il éviter dans une lettre? Quels sout les écueils qu'on a

DES DlFl EIŒNÏES ESPECES DE LETTRES. 241

le plus à redoiifir ? 7. Qu'est-ce que la brièveté? En quoi consiste-t-elle? Le sl\le épistolaire ne supporte-t-il pas une certaine dilTusion ? Lui fait-on grâce le plus souvent des transitions? Pouiquoi ? Quel caractère doivent avoir les transitions quand on les emploie? 8. Quelle méthode doit-on suivre pour écrire une lettre ? Comment peut-on réunir toutes les qualités fondamentales du style épistolaire ? La correction est-elle essentielle? Que doivent faire les jeunes gens pour arriver à cette perfection ? 9. Quelle est la première chose à observer quand on écrit une lettie? Où place-t-on la date? Qu'y a-t-il à observer pour la tète de la lettre? — le corps de la lettre? — la fin de la lettre? Citez les différentes formules qu'on emploie, et dites en quelles circonstances on en doit faire usage? Le post-scriptum est-il permis? Comment doit-on fermer une lettre? De quelle manière doit-on écrire l'adresse ?

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