‹ Précis élémentaire de littératureChapitre 45 sur 64 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Des différentes espèces de lettres.

1. Division générale. — Les lettres peuvent rouler sur tant de sujets dififérents, qu'il serait impossible de donner des règles et des exemples pour tous les cas. Nous parlerons seulement ici de celles qui se présentent le plus souvent dans le commerce ordinaire de la vie. En conséquence nous distinguerons les lettres d'affaires; les lettres de demandes ;]es lettres de remercimcnt ; \es lettres de félicitation ; les lettres de condoléance ; les lettres de recommandation ; les lettres d'excuses; les lettres de reproches; les lettres de co7iseils; les lettres de /amille ou ô^amitié; et les lettres qui s'occupent d'é-

vénements divers qu'on peut appeler des lettres de récit.

8. Des lettres d'affaires. — Les lettres d'affaires doivent dire clairement ce qu'il faut et rien de plus. Lestyle ne saurait en être trop simple et trop précis. L'esprit et l'enjouement doivent en être bannis. On y entre en matière sans préambule, et Ton passe d'un article à l'autre sans transition.

Il faut plus s'occuper des choses ([ue de la manière de les dire; mais aussi il faut rejeter avec le plus grand soin ces tournures étranges , ces expressions barbares et incorrectes que l'on trouve trop souvent dans la correspondance des négociants. « Un comptoir, je le sais, dit Philippon de la Madeleine, n'est pas l'Académie; mais puisque l'on y écrit des lettres en langue française, encore faut-il que cette langue n'y soit pas estropiée sous la plume des commis. »

La lettre d'affaires est celle qui demande le plus de soin. Il faut en bannir toutes les négligences de style et toutes les incorrections de langage qui pourraient nuire à la clarté. Il est nécessaire pour cela d'avoir un esprit net, de bien voir ce que l'on veut dire et de mettre dans l'exposition de ses idées la plus grande simplicité.

Voltaire écrit ainsi à un de ses amis, M. Dupont.

Au château de Ferney, 23 septembre.

Voici, mon cher ami, de quoi il s'agit; j'ai donné déjà i 00,000 livrps ces jours-ci au sieur Jean Maire, sur son simple l)i!let. Monseigneur le duc de Wurtemberg doit être content de ce procédé. Je vous envoie une lettre de change de 79,993 livres, que je vous prie de faire remettre audit sieur Jean Maire quand vous aurez la bonté de lui faire près-

DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE LETTRES. ?.43 ser l'acte. Je lui envoie encore 20,005 livres; ainsi il aura 200,000 livres net.

Je joins ici uu croquis d'acte qui n'est pas prolixe, mais qui dit tout et que je soumets à vos lumières et à vos bontés. Vous serez peut-être étonné de ma confiance dans les princes; mais il y a longtemps que je sais qu'il vaut mieux placer sur eux que sur les particuliers. M. le duc de "Wurtemberg a 600,000 livres de rente en France de biens libres.

M. Jean Maire est chargé de vous présenter vos honoraires. Voilà en peu de mots ce qui regarde cette affaire pécuniaire, sur laquelle je vous demande le secret. J'ai été bien tenté de venir vous voir, mais il aurait fallu aller chez le duc de Wurtemberg et l'électeur palatin ; je ferais volontiers quatre cents lieues pour voir un ami. Vous apercevez par ma petite écriture que mes yeux sont en meilleur état ; mais gare les neiges ! c'est alors que je suis aveugle. Je vous embrasse tendrement ; madame Denis en fait autant.

Quelquefois un négociant écrit pour faire écouler les objets de son commerce. Il lui est permis dans ce cas d'user d'adresse pour jeter de la faveur sur sa maison et lui acquérir du crédit ; il peut aussi relever le mérite des choses qu'il offre, et en faire ressortir tous les avantages. Mais il ne doit jamais avoir recours à de mauvaises ruses, ni employer ces moyens fallacieux qui sont de véritables mensonges. La franchise et la bonne foi doivent toujours être le principal ornement de cette sorte de correspondance.

Les lettres d'administration peuvent se ranger parmi les lettres d'affaires. Le style doit aussi en être simple et précis ; il faut en exclure toutes les inutilités et se contenter de donner les renseignements justes et précis qu'on croit nécessaires. Un administrateur n'a pas de temps à perdre, et c'est pour ce motif qu'on doit lui épargner tous les dé-

m DE LA COMPOSITION.

tails qui ne vont pas directement au but. S'il s'agit d'un rapport qui touche aux intérêts d'un tiers, il faut avoir bien soin de ne rien exagérer. On doit s'imposer à soi-même de rester scrupuleusement dans le vrai, parce qu'il ne faut souvent qu'une expression exagérée pour jeter une personne dans de graves embarras et risquer son avenir.

3. Des lettres de demande. — Les lettres de demande n'ont de règles que celles qui sont prescrites par la circonstance. Que demande-t-on? et à qui? Le style et le ton doivent être réglés sur la qualité de la personne à laquelle on écrit ; et si la chose est aisée à obtenir, il ne faut pas insister comme s'il y avait des obstacles à vaincre. Il faut surtout avoir soinde ne pas trop parler de soi-même. Si l'on a des droits à faire valoir, il faut les exposer avec modestie et réserve, et montrer que l'on compte encore plus sur la bonté et l'équité de celui à qui on s'adresse. Si l'on a eu 4'occasion de rendre un service à la personne près de laquelle on sollicite, on peut le lui rappeler, mais il faut que ce soit avec délicatesse, autrement on pourrait la blesser dans son amour-propre; car on sait que

Un bienfait reproché tient toujours lieu d'offense.

Quelquefois on obtient en louant avec finesse, en flattant la vanité; quelquefois en peignant l'importance de la grâce demandée et la reconnaissance qu'on en conservera.

Voltaire écrit ainsi au cardinal de Fleury.

Bruxelles, le 18 août.

Il ne m'appartient pas d'oser demander des grâces à Votre Eminence. Si quelque chose peut excuser, à vos yeux, cette

liberté, c'est le bien du soivice qui se joint peut-être à mes respectueuses prières. Le sieur Denis, mon neviu, longtem[!S ofGcier dans le régiment de Cliami)ague et actuellement commissaire des guerres à Lille, ayant servi en Italie et fait les fonctions de commissaire ordonnateur, demande à l'être eu effet, et à servir en cette qualité. J'ose supplier Voire Eminence de vouloir bien se faire informer par M. le maréchal de Coigui et M. de Fontanier, s'il a en etiet rendu des services et s'il est capable d'en rendre. M. de Breleuil, après s'être informé de lui, pourra rendre compte à Yotie Eminence que je ne l'importune pas pour un homme indigne de ses bontés.

J'attends sans doute beaucoup plus des informations qu'elle peut faire que de mes supplications ; cependant, Monseigneur, s'il était possible que vos bontés pour moi entrassent un peu dans la grâce que mon neveu demande, j'avoue que jamais je n'aurais été si (latte.

Je n'ai pas besoin, Monseigneur, de cette nouvelle bonté pour être véritablement attaché à voire personne. Il suffit d'être Français, et il est impossible de n'avoir pas un cœur infinioient français sous un tel ministre.

Je suis, etc.

L'amitié n'attend pas toujours qu'on lui demande. Elle s'empresse d'aller au-devant des besoins ou des désirs qui lui sont connus. Dans ce cas, il faut que l'offre soit infiniment gracieuse et qu'on en sollicite l'acceptation, pour ainsi dire, comme une faveur. Montesquieu écrit ainsi à l'abbé de Guasco.

De Bordeaux, le 1" août 1744.

L'abbé Tenuti m'a fait part, mon cher abbé, de l'affliction que vous a causée la mort de votre ami le prince de Cautemir tt du projet que vous avez formé de faire un voyage dans nos provinces méridionales pour rétablir votre santé. "Vous trouverez partout des amis pour remplacer celui que

vous avez perdu ; niaîs la Russie ne remplacera pas si aisément un ambassadeur du mérite du prince Cantemir. Or, je me joins à l'abbé Venuti pour vous presser d'exécuter votre projet : l'air, les raisins, le vin des bords de la Garonne et l'humeur des Gascons sont d'excellents antidotes contre la mélancolie. Je me fais une fête de vous mener à ma campagne de la Brède, où vous trouverez un château, gothique à la vérité, mais orné de dehors charmants, dont j'ai pris l'idée en Angleterre. Comme vous avez du goût, je vous consulterai sur les choses que j'entends ajouter à ce qui est déjà fait ; mais je vous consulterai surtout sur mon grand ouvrage qui avance à pas de géant, depuis que je ne suis plus dissipé par les dîners et les soupers de Paris. Mon estomac s'en trouve aussi mieux ; et j'espère que la sobriété avec laquelle vous vivrez chez moi, sera le meilleur spécifique contre vos incommodités. Je vous attends donc cette automne, très-empressé de vous embrasser.

Toute lettre de demande ou d'offre exige une réponse, et dans la réponse on accorde la demande, on accepte Toffre, ou Von fait un refus. Si Ton accorde une demande, il faut savoir doubler le service qu'on rond en témoignant la satisfaction qu'on a de faire plaisir ou de rendre justice. Si Ton accepte l'offre d'un parent ou d'un ami, on doit lui en exprimer toute sa reconnaissance, tant pour le service luimême que pour la manière dont il l'a rendu. Si l'on refuse l'offre ou la demande, il faut avoir bien soin de ne rien dire qui puisse être désobligeant. C'est le cas de mettre à nu son cœur, en montrant à la personne que ce refus doit attrister, combien on regrette de n'avoir pu lui être agréable. Il est bon de lui en faire connaître les raisons afin qu'elle ne puisse pas supposer qu'il y a eu mauvaise volonté.

Les lettres de réclamation rentrent dans les let-

très de demande. Elles n'ont cependant pas besoin d'être écrites avec autant de précautions et d'une manière aussi insinuante. Il suffît d'établir clairement les droits qu'on croit injustement lésés et de rectifier l'erreur ou l'oubli qui a été cause du dommage dont nous demandons la réparation. La discussion doit être calme et modérée, et il faut éviter l'indignation et l'aigreur que montrent trop souvent en cette circonstance ceux qui ne s'occupent que de la vérité de leur réclamation, sans observer que si on ne leur a pas jusqu'alors rendu justice, c'est plutôt défaut de lumière que de bon vouloir, et qu'il suffît d'éclairer le chef d'une administration pour obtenir le redressement des griefs qu'on sollicite.

4. Des lettres de remercimext. — Les lettres de remercîment sont un devoir, au même titre que la reconnaissance, pour quiconque a reçu un bienfait. C'est à la nature de la grâce à déterminer le degré du sentiment ; s'il s'agit d'un cadeau ou d'un petit présent, on peut remercier avec esprit et gaieté. Les grands mots, les formules qu'on emploie à foccasion d'une faveur importante, auraient été tout à fait déplacés ; ils seraient même souverainement ridicules. Il faut aussi faire attention au caractère et à la position du bienfaiteur. Avec un égal, un parent ou un ami intime, on y va comme toujours, c'est-à-dire absolument sans façon et sans gêne. On peut même en les remerciant leur promettre d'user de retour à l'occasion; mais il faudrait bien se garder de parler ainsi à un supérieur; la diction, dans ce dernier cas, doit toujours être respectueuse sans bassesse, et l'on doit éviter l'enjouement fjui pourrait alors passer pour un défaut de jugement et une légèreté d'esprit. Le cœur seul

doit parler, et son langage doit être plein de dignité et de convenance.

M. de Tallard écrivait ainsi à M""^ de Maintenon :

Madame, recevez, s'il vous plaît, ici mes très-humbles remercîments du mot que vous me fîtes l'iiomieur de me dire hier. Rien n'égale vos bontés ; rieu n'égale ma reconnaissance. Vous m'avez accordé votre protection pour me faire chevalier de l'ordre : j'en ai ressenti les effets quand j'ai été duc. Vous achèverez, Madame, quand il vous plaira de me mettre au rang de mes camarades. Pour moi, je ne songerai toute ma vie qu'à marquer au roi et à vous la reconnaissance que je dois à l'un et à l'autre, trop heureux, Madame, si vous êtes aussi persuadée de mes sentiments que je le mérite.

5. Des lettres de félicitation. — Les lettres de féli citation à un supérieur ou à un égal exigent beaucoup d'adresse pour rajeunir ces lieux communs déjà épuisés, qui sont : le mérite de la personne, la justice qui lui a été rendue, les espérances qu'elle peut concevoir pour l'avenir, et l'intérêt qu'on prend à tout ce qui la regarde. Il y a cependant une circonstance où ces sortes de lettres deviennent faciles ; c'est quand on est réellement ami avec la personne qu'on veut féliciter. Dans ce cas, on partage réellement le bonheur de son ami, et l'on n'a besoin que d'écouter son cœur pour lui dire des choses qui ne peuvent manquer de lui faire plaisir.

Nous citerons comme modèle la lettre de Voiture au mai'quis de Pisany qui venait de s'illustrer au siège d'Arras.

Monsieur,

Quand je serais si ingrat que de vous pouvoir oublier, vous faites tant de biuit à celte heure, qu'il serait difficile

que je ne me souvinsse pas de vous et que je n'employasse pas tous mes soins à me conserver les bonnes grâces d'une personne de qui jVntonds dire partout tant de bien. J'ai eu une extrême joie d'apprendre combien vous vous êtes acquis d'honneur à la dernière occasion qui s'est passée devant Anas; et quoique je connaisse, il y a louj^temps, les qualités de votre cœur et de votre esprit, et que j'aie toujours eu l'opinion de vous que tous les autres ont à celte heure, je vous avouerai ma faiblesse : il me semble qu;' l'eslime générale en laquelle vous êtes me donne ini peu plus d'ardeur à vous honorer, et je me sens touché de queUiue vanité d'avoir de la passion pour un homme qui a l'iqjprobation et les louanges de tout le monde. Sans mentir, Monsieur, le contentement que j'en ai serait parfait, s'il n'était troublé par la crainte que j'ai de vous perdre. Mais je sais combien la vaillance est une vertu dangereuse. J'apprends partout que vous n'êtes pas meilleur ménager de votre personne que vous l'êtes de toute autre chose : cela, Monsieur, me tient dans des alarmes continuelles, et le destin que j'ai de perdre les meilleuis et les plus estimables de mes amis, fait que j'appréhende encore pour vous davantage. Cependant, parmi cela, j'ai quelque secrète confiance dans votre bonne fortune. Le cœur me dit qu'elle a encore beaucoup de chemin et beaucoup de choses à faire, et que l'amitié que vous me faites l'honneur d'avoir pour moi me sera plus heureuse que n'ont été quelques autres. Je le souhaite pour vous et pour moi de toute mon âme, et que je sois assez heureux pour vous pouvoir témoigner quelque jour combien je suis, et avec quelle passion,

Votre, etc.

Les compliments rentrent dans les lettres de félicitalion, et parmi les compliments on peut placer les lettres que Ton écrit à l'occasion du jour de Tan ou d'im jour de fête. Ces lettres sont bien les plus difficiles à faire, surtout si Ton n'a rien autre cliose à

présenter que ses vœux et ses souhaits. Pour tourner la difficulté, on a recours à mille petits artifices. On laisse quelquefois passer le jour des compliments, pour s'excuser sur une amitié éprouvée qui n'a pas besoin d'employer ces protestations exigées par l'usage ; ou bien l'on traite d'une affaire quelconque, et la lettre se termine par deux mots qui font allusion au renouvellement de l'année et au jour de la fête.

Fénelon répond ainsi à la marquise de Lambert à l'occasion du jour de l'an.

Cambrai, 17 janvier 1712.

Je suis vivement touché, Madame, de l'honneur que vous me faites, en me prévenant si obligeamment. Pour moi, je n'ai aucun mérite à être occupé de ce qui vous regarde ; mais une dame de votre voisinage m'a fait depuis peu une grande impression dans le cœur, en me mandant avec quelle générosité vous l'avez soulagée dans ses embarras. Je vois bien que les vertus les plus nobles et les plus estimables dans la société ne sont point pour vous de belles idées, et que vous les mettez fort sérieusement en pratique dans les occasions. Puisque vous aimez à faire du bien, et que vous savez le faire si à propos, je souhaite de tout mon cœur, Madame, que vous ayez le plaisir et le mérite d'en faire longtemps. On ne peut vous désirer plus de prospérité et de bénédiction que je vous en désire ; et le souhait que je fais pour moi dans cette nouvelle année, c'est que vous m'y honoriez de la continuation de vos bontés, et que vous ne doutiez point du respect avec lequel je suis très-fortement, et pour toute ma vie, Madame, Votre, etc.

6. Des lettres de condoléa>xe. — Les lettres de condoléance ont pour but d'exprimer la part que nous prenons à la douleur de celui

à qui nous écrivons. Ordinairement on écrit ces lettres à roccasion de la mort d'une personne aimée ou de tout autre accident fâcheux dont la vie humaine se trouve parsemée. Ces lettres sont très-délicates, parce f|ue, quand elles sont mal écrites, elles produisent un effet tout contraire à celui qu'on se proposait. Il faut avoir soin de n'y parler d'aucun sujet étranger. La douleur se préoccupe exclusivement de son objet, et n'aime pas à être distraite. Si l'on a connu la personne qui n'est plus, on peut rappeler ses qualités, s'étendre assez longuement sur ses mérites; tous ces détails sont nécessairement bien accueillis par celui qui est dans le chagrin. Ces lettres exigent un style grave et sérieux, et un ton conforme à celui de la personne qui pleure. Quelques réflexions de piété y sont très-bien placées. Il est des peines, des revers qui abattent cette fîère raison dont nous nous enorgueil lissons, et dans lesquelles la douce, la consolante religion peut seule ranimer nos forces et relever notre courage.

Saint François de Sales écrit à une de ses cousines pour lui apprendre la mort de son mari et la consoler tout à la fois de la perte qu'elle avait faite.

Mou Dieu ! que celte vie est trompeuse, madame et trèschère cousine, dit le saint évèque, et que ses consolation» sont courtes ! elles paraissent en un moment et un autre moment les emporte, et sans la sainte Trinité à laquelle toutes nos journées aboutissent, nous aurions raison de blâmer notre condition humaine.

Ma très-chère cousine, sachez que je vous écris le cœur plein de déplaisir, pour la perte que j'ai faite, mais plus encore pour l'imagination vive que j'ai du coup que le vôtre

2o2 DE LA COMPOSITION.

recevra quand il entendra les tristes nouvelles de votre viduité, si prompte, si inopinée, si lamentable.

Que si la multitude de ceux qui auront part à notre regret vous en pouvait diminuer l'amertume, vous en au iez tantôt bien peu de reste ; car nul n'a connu ce brave cavalier décédé, qui ne contribue une particulière douleur à la reconnaissance de ses mérites.

Mais, ma chère cousine, tout cela ne vous peut point soulager, qu'après le passage de votre plus fort sentiment, pendant lequel il faut que ce soit Dieu qui soutienne votre es-, prit, et qu'il lui soit refuge et support.

Or, cette souveraine bonté sans doute, ma très-chère cousine, s'inclinera vers vous et viendra dedans votre cœur, pour l'aider et le secourir en cette tribulation si vous votis jetez entre ses bras, et vous résignez entre ses mains paternelles. Ce fut Dieu, ma très-chère cousine, qui vous donna ce mari, c'est lui qui l'a repris et retiré à soi ; il est obligé de vous être propice es afflictions que les justes affections, lesquelles il vous avait élargies pour votre mariage, vous causeront meshui en celte privation. C'est en'^sommc tout ce que je puis vous dire. Notre nature est ainsi faite, que nous mourrons à l'heure imprévue, et ne saurions échapper cette condition : c'est pourquoi il faut y prendre patience, et employer notre raison pour adoucir le mal que nous ne pouvons éviter, puis regarder Dieu et son éternité en laquelle toules nos pertes seront réparées et notre société désunie par la mort sera restaurée. Dieu et votre bon ange vous veuillent inspirer toute sainte consolation, ma très-chère cousine. J'en supplierai sa divine majesté, et contribuerai au repos de l'âme du cher tiépassé, plusieurs saints sacrifices; et à votre service, ma très-chère cousine, je vous fais très-sincèiement offrir tout ce qui est à mon pouvoir sans aucune réserve, car je suis et veux encore plus puissamment que jamais faire profession d'être, madame ma très-chère cousine, votre, etc.

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