DE L'APOLOGUE ET DE LA FABLE
des êtres inanimés ou même allégoriques. Comme Ta
si bien dit la Fontaine :
Les fables ne sont point ce qu'elles semblent être :
Le plus simple animal nous y lient lieu de maître;
Une morale nous apporte de l'ennui ;
Le conte fait passer le précepte avec lui :
En ces sortes de feinte il faut instruire et plaire.
9, Des qualités de la fable. — La fable est une sorte de drame dont Taction doit avoir son unité, le plan sa justesse, les personnages et les caractères leur vraisemblance , le style de la clarté et de la brièveté.
Pour que l'action soit une il faut que toutes les parties de cette petite composition se rapportent à un même point qui est la moralité de la fable, c'est-à-dire la vérité qu'on a voulu rendre sensible.
Le plan est juste quand il est conçu de manière à renfermer exactement ce que Ton se proposait d'enseigner, sans rester en deçà et sans s'étendre au delà du sujet qu'on avait à traiter.
Il y a de la vraisemblance dans les caractères et les personnages quand on les fait parler d'une manière conforme à la nature ou à l'opinion générale qu'on a d'eux. Ainsi le renard doit être rusé, le loup glouton, le mouton simple et innocent, etc.
Le style a de la clarté et de la brièveté, toutes les fois qu'on ne dit que les choses qu'on doit dire et qu'on les exprime de la manière la plus convenable.
3. Application de ces principes. — On peut faire l'application de ces principes à la fable du Chétie et du Roseau, que la Fontaine considérait lui-même comme une de ses meilleures. Voici cette fable ; Le chêne un jour dit au roseau :
Vous avez bien sujet d'accuser la nature;
Un roitelet pour vous est un pesant fardeau ;
Le moindre vent qui d'aventure
Fait rider la face de l'eau
Vous oblige abaisser la tête; Cependant que mon front au Caucase pareil, Non content d'arrêter les rayons du soleil,
Brave l'effort de la tempête.
Tout vous est aquilon ; tout mo semble zéphyr. Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n'auriez pas tant à souffrir,
Je vous défendrais de l'orage.
Mais vous naissez le plus souvent Sur les humides bords des royaumes du vent. La nature envers vous me semble bien injuste. Votre compassion, lui répondit l'arbuste, Part d'un bon naturel. Mai? quittez ce souci :
Les vents me sont moins qu'à vous redoutables; Je plie et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courberJe dos; Mais attendons la fin. Comme il disait ces mots, Du bout de l'horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
L'arbre lient bon; le roseau plie ; Le vent redouble ses efforts, Et fait si bien qu'il déracine Celui de qui la tête au ciel était voisine. Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts.
Dans cette fable Taction est une. Il ne s'agit, dès les premiers vers jusqu'aux derniers, que de Torgueil insolent du chêne mis en contraste avec l'humble timidité du roseau, et puni par une catastrophe propre à servir d'éternelle leçon aux grands et aux petits.
Elle est;us^^. Il serait impossible d'indiquer d'une