‹ Précis élémentaire de littératureChapitre 56 sur 64 · POÉSIE LYRIQUE · texte numérisé non relu

POÉSIE LYRIQUE

La poésie lyrique est en général le langage de l'enthousiasme et de l'inspiration. '

On distingue deux genres de poésie lyrique, d'après le genre de sentiments ou d'émotions qu'ils expriment ; l'un est grave et solennel , l'autre aimable et simple : ces deu.x

genres sont également désignés sous le nom à'odes^ mot qui signifie chant.

Forme et style de l'ode. — La forme de l'ode a vî.rié suivant le goût des peuples : chez les Grecs elle était partagée régulièrement en stances qu'ils appelaient formes ; ces stances s'appelaient aussi strophes, anti-strophes el épodes. Chez les modernes, comme chez les Latins, l'assortiment ainsi que le nombre des vers est à peu près au choix du poète; mais la première strophe une fois assortie sert de règle à toutes les autres.

Le ton et le style de l'ode doivent être conformes non -seulement à la nature du sujet, mais encore à la situation du poëte : hardiesse des images, sublimité des pensées, pompe et énergie du langage, harmonie toujours soutenue, toujours ravissante, voilà ce qui doit distinguer le style de l'ode.

Diverses espèces d'odes. — On distingue cinq espèces d'odes : Vode sacrée, Vode héroïque, Yode morale ou philosophique, Vode ùadi/ie, la cantate etla. chanson proprement dite.

Vode sacrée, qu'on appelle particulièrement hymne ou cantique, est celle qui chante la Divinité ou des objets qui se rattachent à la Religion. J'.-B. Rousseau, J. Racine, Lefranc de Pompignan, nous ont laissé de belles odes sacrées.

Vode héroïque est celle qui chante les exploits, les talents, le génie des grands hommes. Quelquefois aussi elle exalte les grandes vertus, les beaux dévouements, elle flétrit les vices et célèbre les événements auxquels se rattachent les destinées des peuples.

Vode morale ou philosophique est celle qui embrasse des sujets de morale, de politique, d'art ou de science.

Vode badine célèbre avec grâce et légèreté les sujets qui prêtent à des descriptions riantes, à des chants doux ou joyeux. On donne le nom à'anacréontiques aux odes imitées à^ Anacréon, qui chantent le vin et les plaisirs d'une manière qui blesse souvent les bonnes mœurs.

La cantate est une espèce d'ode faite pour être mise en musique. On y distingue deux parties : les récils, boines ordinairement à trois, et les airs dont chaque récit est suivi. Les airs peuvent être remplacés par des chfcurs.

La chanson est un chant d'un genre moins élevé que la cantate : il se compose de stances appelées couplets. La chanson est nommée ùacliic/ue, satirique, politique, suivant l'objet dont elle s'occupe. Béienger nous offrirait des modèles parfaits en ce genre, s'il avait plus respecté la Religion et la morale.

POÉSIE ÉPIQL'E.

La poésie épique en général est le récit d'une action ou plutôt une action en récit.

L'action épique doit être une, entière, grande et intéressante. Uunifé de l'action n'exclut pas certains faits subordonnés et liés à l'action principale, qu'on appelle épisodes ; Vintégrité àe l'action exige un commencement, un milieu et une fin ou déuoùnient ; sa grandeur demande de léclat et de l'importance ; Vintérèt veut qu'elle attache à la fois l'âme et l'imagination. L'épopée doit réunir tout ce que le syle poétique offre de trésors. — Le récit est ordinairement précédé de la proposition ou exposition du sujet, et de l'/wx'ocation ; il est divisé en un certain nombre de parties appelées chants.

Diverses espèces d'épopées. — La poésie épique comprend quatre espèces de poèmes : Vépopée proprement dite, le poème héroïque, le poème héroï-comique et le poème badin.

Vépopée proprement dite est le récit d'une action grande et mémorable, récit auquel le poète joint du merveilleux. On entend par merveilleux l'intervention de la Divinité et celle des êtres moraux et métaphysiques personnifiés : Viliade et Y Odyssée d'Homère, VEnéide deYirgile, laJérw salent délivrée du Tasse, la Divine Comédie du Dante, le Paradis perdu de Milton, les Lusiades de Camoëns, la Messiade de Klopstock, la Henriade de Voltaire, la Divine Epopée d'Alexandre Soumet, sont autant d'épopées proprement dites.

Le poème héroïque est une espèce d'épopée imparfaite, sans fiction ni merveilleux ; ce n'est à proprement parler qu'une histoire mise en vers. On peut citer pour exemples du genre, la Pharsale de Lucain, les Guerres puniques de

4fi.

Silius Italicus, V Achilléide de Stace, et, selon quelques critiques, la Henriade de Yoltaire,

'Lepoëme héroï-comique a le style élevé de l'épopée, il en a aussi le merveilleux, mais l'action est par elle-même i)eaucoup moins grande. La Batrachomrumacliie d'Homère , le Roland furieux de l'Arioste, le Sceau enle^'é de Tassoni, le Lutrin de Boileau, la Boucle de cheveux enlevée de Pope, YObéron deWiéland, sont des poëmes héroï-comiques.

Jje poëme badin est un badinage de l'esprit qui ditïère du poëme héroï-comique en ce qu'il ne prend pas comme ce dernier le ton et le style de l'épopée, rerl-vert et le Lutrin vivant de Gresset sont des poëmes badins.

Page 1