‹ Précis élémentaire de littératureChapitre 7 sur 64 · Des pensées simples. — La vérité se produit · texte numérisé non relu

Des pensées simples. — La vérité se produit

de bien des manières, mais celle qui lui va le mieux c'est la simplicité. Aussi la plupart des pensées d'un écrivain sont-elles des pensées simples. On appelle ainsi toutes les pensées qui s'otfrent naturellement à l'esprit et qui semblent n'avoir pas d'autre mérite que celui de la vérité. Quand un lecteur rencontre une pensée simple, elle lui semble si ordinaire, si naturelle, qu'il croit la tirer de son propre fonds. Telle est cette pensée de la Bruyère : L'esclave n'a qu'un ynaître, ou celle de Vauvenargues : // est rare d'obtenir beaucoup des hommes dont on a besoin.

Les pensées de cette espèce n'excluent pas la profondeur. M. de Donald a dit : L'art de C intrigue suppose de l'esprit et exclut le talent.

Elles ne rejettent pas non plus les ornements. Il en est même qui demandent à être ornées pour que la beauté de l'expression déguise l'air trop commun et trop vulgaire qu'elles auraient par elles-mêmes. C'est ainsi que la Fontaine embellit cette pensée fort simple : La tristesse ne dure pas toujours.

Sur les ailes du temps la tristesse s'envole.

Et Boileau sait rendre élégante cette autre pensée également fort simple et fort commune : Le chagrin nous suit partout^ en disant que l'homme

En vain monte à cheval pour tromper son ennui, . Le chagrin monte en croupe et galope avec lui.

4. Des pensées îîaives. — La pensée naïve paraît simple et ingénue, mais elle a le mérite de cacher sous cet air de simplicité et d'ingénuité, beaucoup de sel et de finesse. Elle est souvent maligne, mais jamais elle ne paraît avoir eu l'intention de l'être. Dépouillée de ces derniers caractères, elle se len-

contre ordinairement dans les enfants qui sont nés avec beaucoup d'esprit, ou dans les hommes francs et ouverts qui ont reçu de la nature beaucoup de bon sens, mais qui n'ont pu cultiver leurs facultés. Les vers suivants sont terminés par un trait d'une naïveté charmante :

Henri qualre à bateau passait un jour la Loire; Le nautonnier robuste, homme de cinquante ans, Avait les cheveux blancs, La barbe toute noire.

Le prince familier et bon En voulut savoir la raison.

La raison, pardi, sire, est toute naturelle, Répondit le manant qui n'était pas honteux ; C'est que mes cheveux Sont de vingt ans plus vieux qu'elle,

5. Des pensées délicates.— Quelquefois il peut être utile de ne présenter qu'en partie l'objet de la pensée et de laisser deviner le reste. C'est ce qu'on appelle une pensée délicate. On peut comparer la délicatesse des ouvrages d'esprit à la délicatesse des êtres, qui sont l'œuvre de^la nature. Les plus délicats sont ceux où la nature prend plaisir à travailler en petit et dont la matière, presque imperceptible, fait qu'on doute si elle a dessein de cacher ou de montrer son adresse. Tel est, par exemple, un insecte parfaitement bien formé et d'autant plus digne d'admiration qu'il tombe moins sous la vue. De même une pensée délicate demande à être considérée et étudiée avec soin. Il n'appartient qu'aux personnes intelligentes et éclairées de pénétrer tout le sens qu'elle renferme. Ce petit mystère, l'àme de la délicatesse, est la source du plaisir qu'éprouvent les personnes qui parviennent à le dévoiler.

On fait usage de pensées délicates spécialement quand on loue une personne dont on veut ménager la délicatesse; car rien n'est plus désagréable que la louange quand elle est fade et grossière. Boileau, qui sait toujours mêler à ses vers l'éloge de Louis XIV avec la plus grande délicatesse, dit à ce monarque, dans une épître qu'il lui adresse :

Je n'ose de mes vers vanter ici le prix; Toutefois, si quelqu'un de mes faibles écrits Des ans injurieux peut éviter l'ouirage , Peut-être pour ta gloire aura-t-il son usage ; Et comme tes exploits , étonnant les lecteurs, Seront à peine crus sur la foi des auteurs, Si quelque esprit malin vient les traiter de fables , On dira quelque jour pour les rendre croyables : Boileau qui , dans ses vers pleins de sincérité , Jadis à tout son siècle a dit la vérité, Qui mit à tout blâmer son étude et sa gloire , A pourtant de ce roi parlé comme l'histoire.

11 faut aussi user de délicatesse quand on adresse une leçon à quelqu'un , soit qu'on veuille l'éclairer sur ses défauts personnels , soit qu'on critique ses ouvrages. Pour ménager son amour-propre et ne pas s'exposer à l'offenser , il est à propos de mêler habilement l'éloge aux remarques qu'on veut kii faire. Voltaire fait ainsi très-habilement la critique d'une épître que le prince royal de Prusse lui avait envoyée :

• Si j'osais éplucher cette épître (et il le faut bien , car je vous dois la vérité}, je vous dirais, Monseigneur, que trompette ne rime point à tête , parce que tête est long et que pette est bref, et que la rime est pour l'oreille , et non pour les yeux. Défaites, par la même raison, ne rime point avec conquêtes; quêtes est long, faites est bref. Si quelqu'un voyait mes leitn» il dirait: Voilà un franc pédant , qui s'en

va parler de brèves et de longues à un prince plein de génie. Mais le prince daigne descendre à tout. Quand ce pvinCe fait la revue de son régiment , il examine le fournimenl du soldat. Le grand hun)me ne néglige rien ; il gagnera des batailles dans l'occasion; il signera le bonheur de ses sujets de la même main dont il rime des vérités.

» Venons à l'ode : elle est in6niment supérieure à ce qu'elle était, et je ne saurais revenir de ma surprise , qu'on fasse si bien des odes françaises au fond de l'Allemagne, Nous n'avons qu'un exemple d'un Français qui faisait trèsbien des vers italiens, c'était l'abbé Régnier; mais il avait été longtemps en Italie; et vous, mon prince, vous n'avez point vu la France.

»> Voici encore quelques petites fautes de langage : Je n'eus point reçu l'existence, il faut dire:/e n'eusse ; cl la sagesse avait jjouri:ue,\\ faut dire -.pourvu. Jamais un verbe ne prend ci;tte teiminaison que quand son participe est considéré comme adjectif. Voici qui est encore bien pédant; mais j'en ai demandé pardon , et vous voulez parfaitement savoir une langue à qui vous faites tant d'honneur. »

II existe une autre espèce de pensées délicates dans laquelle ce qui domine est moins l'esprit que le sentiment.

Racine, dans sa tragédie de Bérénice , prête à Titus, empereur de Rome , parlant de cette reine de Palestine qu'il devait épouser, un sentiment fort délicat :

Depuis cinq ans entiers tous les jours je la vois, Et crois toujours la voir pour la première fois.

6. Des pe?(Sées agréables. — Les pensées sont agréables quand elles charment Tesprit et lui représentent les objets sous des formes douces , tendres et gracieuses. Ouel(|uolois cet agrément naît d'un

rapprochement ou d'une comparaison lieureuse. Il y a quelque cliose de joli dans la manière dont Balzac nous représente les sinuosités d'une petite rivière: « Cette belle eau, dit-il, aime tellement ce pays, qu'elle se divise en mille branches, et fait une infinité d'îlots et de tours , afin de s'y amuser davantage, w

D'autres fois l'agrément provient d'une fiction ingénieuse , d'une opposition inaltt-ndue de mots et d'idées. Voiture disait , en parlant d'une personne de qualité qui avait infiniment d'esprit, et avec laquelle il était en commerce : « Je ne me trouve jamais si glorieux que quand je reçois de ses lettres, et si humble que lorsque j'y veux répondre.»

Dans d'autres circonstances la grâce tient à la nature même de l'objet que l'on veut peindre. Qu'y a-t-il de plus charmant que la description de la Bétique dans Télémaque?

Ce pays semble avoir conservé les délices de l'âge d'or. Les hivers y sont tièdes et les rigoureux aquilons n'y soufflent jamais. L'ardeur de l'été y esi toujours tempérée par des zéphyrs ralVaichissanls qui viennent adoucir l'air vers le milieu du jour. Ainsi toute l'année n'oî-t qu'un heureux hymen du printemps et de i'autounie qui semblent se donner la main. La terre, dans les vallons et dans les campagnes unies, y porte chaque année une double moisson. Les chemins y sont bordés de lauriers, de grenadiers, de ja^îmins et d'autres arbres toujours verts et toujours fleuris. Les montagnes sont couvertes di; troupeaux, qui l'ourniàSL-nt des laines tines, recherchées de toutes les nations connues. 11 y a plusieurs mines d'or et d'argent dans ce beau pays; mais les habitants, simples et heureux dans leur simplicité, ne daignent pas seulement compter l'or et l'argent parmi leurs richesses ; ils n'estiment que ce qui sert vériiablerThiU aux besoins de l'homme.

7. Des pensées brillantes. — Les pensées brillantes sont celles qui frappent par leur éclat. Elles servent à ennoblir le discours et à lui donner en même temps de la force , de la grâce et de Télévation. Massillon commence ainsi le discours qu'il prononça à une bénédiction des drapeaux du régiment de Catinat :

Ce n'est pas pour vous rappeler ici des idées de feu et de sang, et, par le ^ouvenir de vos victoires passées, vous animer à de nouvelles, qtie je viens, dans le sanctuaire de la paix, mêler un discours évangtMique à une cérémonie sainte, La parole dont j'ai l'honneur d'être le ministre est une parole de réconciliation et de vie, destinée k réunir les Grecs et les Barbares; à faire habiter ensemble, selon l'expression d'un prophète, les lions, les aigles et les agneaux; à rassembler sous un même chef toute langue, toute tribu et toute nation; à calmer les passions des princes et des peuples, confondre leurs intérêts, anéantir leurs jalousies, borner leur ambition, inspirer les mêmes désirs à ceux qui doivent avoir la même espérance, et si elle propose quelquefois des guerres et des combats, ce sont des guerres qui se terminent toutes dans le cœur et des combats de la grâce.

Mais il ne faut pas trop multiplier ces sortes de pensées. Quand elles sont trop nombreuses, elles se nuisent et s'étouffent mutuellement, comme il arrive à des arbres ([ui sont plantés trop près les uns des autres , et elles causent la même obscurité et la môme confusion dans le discours que la trop grande multitude de personnages dans un tableau. Elles ressemblent moins à une flamme lumineuse qu'à ces étincelles qui s'échappent au travers de la fumée ; elles éblouissent bien plus qu'elles n'ëclairent.

8. Des pensées neuves. — Il ne s'agit point ici des pensées nouvelles que personne n'ait jamais eues. Sans doute il est donné au génie d'aller plus loin que les esprits vulgaires dans la connaissance de la vérité. Cependant, en fait de pensées , il n'invente rien ; il ne fait que découvrir ce qu'on ne savait pas avant lui , et ces découvertes naissent d'un rapprochement imprévu , d'une opposition inattendue, et consistent le plus souvent dans un tour nouveau que Ton donne à des choses déjà bien connues pour les rajeunir et les présenter sous une face nouvelle. Ainsi quand on dit : La mort n'épargne personne, on exprime une pensée vraie, mais en même temps bien simple et bien commune. Malherbe a su rendre cette pensée neuve et frappante par le ton qu'il lui a donné :

La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles;

On a beau la prier, La cruelle qu'elle est , se bouche les oreilles

Et nous laisse crier.

Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,

Est sujet à ses lois , Et la garde qui veille aux barrières du Louvre,

iS'en défend pas les rois.

On avait maintes fois comparé la mission des apôtres à celle des conquérants. Fénelon a trouvé le secret de rajeunir ce tableau par la nouveauté du ton et la magnificence des expressions qu'il emploie :

• Peuples des extrémités de l'Orient , votre heure est venue. Alexandre, ce conquérant rapide , que David dépeint comme ne touchant pas la terre de ses pieds, lui qui fut si ja-

a DU STYLE.

loiix de subjuguer le monde entier, s'arrêta biun loin en deçà de vous ; mais la charité va plus loin que l'orgueil. Ni les sables brûlants, ni les déserts, ni les ujontagiies, ni la distance des lieux, ni les tempêtes, ni les écueils de tant de mers , ni l'intempérie de l'air, ni le milieu faial de la ligne où l'on découvre un ciel nouveau, ni les flottes ennemies , ni les côtes barbares ne peuvent arrêter ceux que Dieu envoie. Quels sont ceux qui volent comme les nuées? Vents, portez-les sur vos ailes. Que leMidi, que l'Orient, que les iiea inconnues les attendent et les regardent en silence venir de loin ! Qu'ils sont beaux les pieds de ces hommes qu'on voit venir du haut des montagnes apporter la paix, annoncer les biens éternels , prêcher le salut et dire ; 0 Sion , ton Dieu régnera sur toi! Les voici ces nouveaux conquérants, qui viennent sans armes, excepté la croix du Sauveur. Ils viennent, non pour enlever les richesses et répandre le sang des vaincus, mais pour offrir leur propre sang et communiquer le trésor céleste. »

En traitant le même sujet, un autre écrivain saura le présenter encore sous une autre forme, et il aura également le mérite d'être neuf. Cette fécondité de ressources est même ce qui distingue tout particulièrement le véritable talent. Celui qui possède réellement Tart delà composition, trouve moyen d'exprimer les choses les plus communes d'une manière qui lui est propre. Pascal pense le plus souvent comme tout le monde , mais il n'écrit comme personne. Cette originalité est moins saillante dans la plupart des autres écrivains, mais elle n'en est pas moins réelle , et il ne faut qu'un peu d'étude et de réflexion pour la découvrir dans tous ces auteurs de génie, que nous appelons avec raison nos maîtres.

9. Des pensées fortes. — Quand on renferme un granrl sons en peu de mots, ou quand on pré-

sente des objets grands et propres à élever Vànie par les réflexions qu'ils fournissent, on produit ce qu'on appelle une pensée forte. Rien n'est plus propre à nous faire sentir le néant des grandeurs humaines et le i)ouvoir de lEtre suprême que ce passage de Bossuet :

« Considérez cts grandes puissances que nous regardons de si bas^Tundis que nous Irenililons ^oiis leur main, Dieu les frappe p^r ks avenir; leur élévation en e&l une cause, el il les épargne si peu qu'il ne craint pas de les sacrifier àriustruclion du reste des hommes.»*

Boileau dit dans son épître sur le passage du Rhin :

De tant de coups affreux la tempête orageuse Tient un temps sur les eaux la fortune douteuse; Mais Louis d'un regard sait bientôt la fixer : Le destin à ses yeux n'oserait balancer.

Cette dernière pensée fait une impression des plus vives et des plus profondes. Louis XiV commande à la forteresse : sa présence rend ses soldats invincibles ; dés qu'il parait, on est assuré de la victoire.

Les pensées nobles et fortes ne se trouvent nulle part en aussi grand nombre que dans l'Ecriture sainte.

Pour peindre la terreur que le nom d'Alexandre inspirait à toute la terre, elle dit : La terre s'est tue en sa présence. Elle dit que la mer se relire à la vue du peuple que Dieu protège : La mer Ca vu et s'est enfuie.

En parlant de la m.anière dont Dieu se venge de ses ennemis : // a abaissé ses yeux, et il a dissous les nations. J'ai dit: Où sont-elles?

Le Seigneur jette un regard sur les montagnes, et les montagnes fondent comme la cire.

Il est essentiel de ne pas confondre la noblesse et la force de la pensée. La pensée est noble quand son objet est grand et qu'il fait impression sur Tesprit. Ainsi le discours que Burrhus adresse à Agrippine, au sujet de Néron dont il était le précepteur, renferme les sentiments et les pensées les plus nobles. Agrippine se plaig^jWe ce que le prince avait plus de confiance (flms ses maîtres qu'en elle-même, et Burrhus lui répond :

Vous m'avez de César confié la jeunesse ; ^

Je l'avoue et je dois m'en souvenir sans cesse. ^

Mais vous avais-je fait serment de le trahir, D'en faire un empereur qui ne sût qu'obéir? Non. Ce n'est plus à vous qu'il faut que je réponde; Ce n'est plus votre fils, c'est le maître du monde. J'en dois compte, madame, à l'empire romain Qui croit voir son salut ou sa perte en ma main. Ah ! si dans l'ignorance il le fallait instruire, N'avait-on que Sénèque et moi pour le séduire? Pourquoi de sa conduite éloigniM* les flatteurs? Fallait-il dans l'exil chercher des corrupteurs? La cour de Claudius, en esclaves fertile, Pour deux que l'on cherchait, en eût présenté mille, Qui tous auraient brigué l'honneur de l'avilir : Dans une longue enfance ils l'auraient fait vieillir. De quoi vous plaignez-vous, madame? On vous révère. Ainsi que par César, on jure par sa mère. L'empereur, il est vrai, ne vient plus chaque jour Mettre à vos pieds l'empire et grossir votre cour : Mais le doit-il, madame? Et sa reconnaissance Ne peut-elle éclater que dans sa dépendance? Toujours humble, toujours le timide Néron N'ose-t-il être Auguste et César que de nom? Vous le dirai-je enfin? Rome le justifie.

Rome, à irois affranchis si longletnps asservie, A peine respirant du joug qu'elle a porté. Du règne de Néron compte sa liberté.

Quedis-jeja vertu semble même renaître.

Tout l'empire n'est plus la dépouille d'un maître : Le peuple au champ de Mars nomme ses magistrats ; César nomme les chefs, sur la toi des soldats; Thraséas au sénat, Corbulon à l'armée Sont encore innocents malgré leur renommée : Les déserts autrefois peuplés de sénateurs. Ne sont plus habités que par leurs délateurs. Qu'importe que César continue à nous croire, Pourvu que nos conseils ne tendent qu'à sa gloire ; Pourvu que dans le cours d'un règne florissant Rome soit toujours libre et César tout-puissant?

Il y a de la force dans ce discours, mais il est sur tout remarquable par sa noblesse. La pensée est forte quaijil'objet est grand, et qu'il est représenté sous des couleurs qui le font ressortir avec énergie. Telle^t cette pensée de Pascal :

tt Qu'on s'imagine un nombre d'hommes dans les chaînes et tous condamnés à la mort, dont les uns étant chaque jour égorgés à la vue des autres , ceux qui restent voient leur propre condition dans celle de leurs semblables, et se regardant les uns les autres avec douleur et bans espérance attendent leur tour. C'est l'image de la condition des hommes. »

tO. De l'usage de ces différentes sortes de PENSÉES. — Le premier mérite de la pensée est la vérité et Texactitude. Toutes les autres qualités deviennent des défauts sans celle-là. C'est pourquoi, quand on veut écrire, il importe avant tout de se bien pénétrer de son sujet, de voir clairement ce que Ton veut dire et d'employer les pensées et les expressions les plus convenables à l'objet qu'on a des-

sein de représenter. Il faut bien se garder de dire : Je serai neuf ici, agréable en tel endroit ; ailleurs, je l'echercherai le brillant ou la force ; il n'est pas possible d'étiqueter ainsi à l'avance toutes ses pensées. Après avoir bien médité son sujet, il faut suivre le mouvement de Tinspiration, et écrire ses idées à mesure qu'elles se présentent. Ce n'est qu'en revoyant ce premier travail qu'on peut faire passer au creuset de l'analyse chacune des parties de sa composition, en examinant si elles sont toutes parfaitement en rapport avec le but qu'on s'est proposé. Alors on retranche ce qui paraît superflu ; on fortifie les endroits qu'on croit faibles ; on substitue l'expression propre au mot impropre qu'on avait d'abord employé ; on sacrifie les ornements trop prétentieux ; enfin on cherche à se rapprocher, autant que possible, de la vraie nature qui dwt être toujours notre juge et notre modèle.

"■-• Questionnaire. — 1 . Qu'est-ce qu'il y a de fondamental dans le style? Peut-on donner de^règles pour bien penser? Combien y a-l-ilde sortes de pensées? 2. Qu'est-ce qu'une pensée vraie? Citez-en un exemple. Aquel défaut est-on naturellement enclin ?3. Qu'est-ce qu'une pensée simple? La pensée simple peut-elle être profonde? Est-elle susceptible d'être ornée? Citez des exemples. 4. Qu'est-ce qu'une pensée naïve? Citezen im exemple. 5. Qu'appelle-l-on pensée délicate? En quelles circonstances emploie-t-on ces sortes de pensées? Citez des exemples. 6. Qu'est-ce qu'une pensée agréable? Qu'est-ce qui donne de l'agrément à la pensée?Citez un exemple. 7. Qu'est-ce qu'une pensée brillante? Quel usage faut-il faire de ces sortes de pensées? 8. Qu'est-ce qu'une pensée neuve? Comment rajeunit-on une pensée? Citez des exemples. Est-ce un mérite de rajeunir ainsi les pensées ? 9. Qu'est-ce qu'une pensée forte? Où en trouve-t-on surtout des exemples? Quelle dif-

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