CHAPITRE II
Du style en général.
t. DÉPlMTiON DU STYLE. ~ Le Style est la manière particulière dont chaque écrivain exprime sa pensée. Le style ditfère du langage lui -môme et des mots. Les mots qu'un auteur emploie peuvent être grammaticalement exempts de fautes, et son style peut néanmoins être vicieux, sous divers rapports. Ainsi il peut être sec ou guindé, faible ou affecté.
2. Rapport du style avec la pensée. — Le style d'un écrivain est toujours déterminé par sa manière de penser. SMlarintelligence très-vive, son style est tiécessairement rapide et concis; si l'imagination est sa faculté prédominante , ses expressions seront toujours pittoresques et figurées; s'il manque de logique, il n'y aura jamais de rapports, non-seulement entre les difierentes parties de ses ouvrages, mais souvent entre la phrase qui précède et la phrase qui suit, ou même entre les membres d'une même phrase. C'est ce qui a fait dire que le style est tout l'homme.
Cette réciprocité de rapport entre le génie de l'homme et son style est si profonde qu'on a remarqué , comme l'observe Blair , que les différents pays
ont un genre de style particulier et analogue au caractère de leurs habitants. Les peuples de TOrient ont, de tout temps, chargé leur style de figures fortes et hyperboliques , et c'est ce qu'on entend aujourd'hui quand on dit de quelqu'un qu'il a un style oriental. Les Athéniens, peuple poli et subtil, s'étaient fait un style clair, pur et correct, et c'est pour cela que, quand on parle de quelqu'un qui est remarquable par l'élégance et la pureté de son élocution, on loue Vatticisme de son langage. Les Asiatiques, amis du faste et licencieux dans leurs mœurs, avaient un style pompeux et diffus. C'est dans ce défaut qu'est tombée l'éloquence grecque après Démosthène, et l'on accuse Cicéron de n'en être pas toujours exempt. On remarque des différences analogues dans le style des Français , des Anglais et des Espagnols.
H. Des qualités du style en général. —Puisque le style dépend ainsi du caractère, du sentiment et de la pensée, la première condition pour bien écrire, c'est d'être parfaitement maître de son sujet, d'en classer convenablement toutes les parties, de manière qu'il ne reste dans l'esprijj; ni obscurité, ni embarras.
Selon que votre idée est plus ou moins obscure, L'expression la suit ou moins nette ou plus pure; Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Buffon a exprimé le même principe, en disant : Le style n'est que l'ordre et le mouvement que l'on met dans ses pensées. Si on les enchaîne étroitement, si on les serre, le style devient ferme , nerveux et concis; si on les laisse se succéder lente-