PREMIER GENRE. ARSENIC
L’arsenic se trouve dans la nature: i° à l’état natif, tantôt isolé , tantôt mélangé avec le plomb , l'antimoine ; 2° à l’état d'oxide blanc, ou acide arsenieux; 3 ° à l’état d’acide arsenique combiné avec différentes bases et formant la chaux, le cobalt , le nickel, le plomb, le cuivre , le fer arseniaté ; 4 ° à l’état de sulfure rouge (réalgar) ou de sulfure jaune (orpiment).
Première espèce : arsenic natif.
L’arsenic a été connu des anciens. Aristote en parle et le désigne sous le nom de sandaraque. Mais c’est Schrœdcr qui , le premier en 1649, connaître avec soin les propriétés de l’arsenic métallique.
L’arsenic natif, dans une cassure récente est d’un gris de plomb et souvent même comme argentin ; mais exposé
à l’air il devient d’un gris presque .noir. Il a la texture grenue ou lamellaire , plus rarement bacillaire ; d’un aspect comme velouté ; il est assez fragile , non ductile. 11 pèse, d’après Brisson 5,72 à 5 , 76 ’. Celui du commerce qui semblé moins compacte , pèse au contraire 8,3o8 d’après Bergmann.
Ce métal est complètement volatil sur les charbons ardens et répand à l'air une fumée blanche, et une odeur alliacée caractéristique. La fumée blanche se condense en une poudre qui est de l’oxide blanc d’arsenic ou acide arsenieux. A l’abri du contact de l’air , l’arsenic brûle avec une flamme bleue , et se volatilise sans se fondre.
Pour le fondre on est obligé d’augmenter la pression atmosphérique; il peut alors, par le refroidissement, cristalliser en tétraèdres.
Il est tantôt en masses, plus ou moins volumineuses, grenues ou écailleuses , quelque fois bacillaires ; on distingue les variétés suivantes: i° lamellaire; 2 0 testacé; 3° bacillaire; 4° aciculaire radié; 5° globuliforme ; 6° massif.
Gisement. L’arsenic se trouve dans les filons métallifères des terrains primitifs, mêlé aux sulfures d’argent, de plomb, au cobalt, au nickel, etc. Il est rarement pur. Le plus souvent il contient un peu de fer, dont il est assez difficile de le séparer.
Usages. L’arsenic est un métal plus nuisible qu’utile, car dan*s les mines où il existe, il nuit à l’exploitation des autres matières métalliques. Cependant il a quelques usages. Combiné au platine et au cuivre il forme un alliage employé dans la confection des miroirs de téles-
çop«i Réduit en poudre et rais avec de l’eau , il sert à la destruction des mouches. Delà le nom de poudre aux mouches qui lui est donné.
J)cu.ùème espèce : arsenic oxidé.
( Acide arsénieux , oxide blanc d’arsenic , arsenic , mort aux rats).
Il est blanc, tantôt cristallisé en octaèdres ou en tables qundrangulaires ou en aiguilles, transparent, ou pulvérent et mat. Il est frjable , pesant environ 3,70. Il est légèrement soluble dans l’eau , d’une saveur acre métallique et corrosive.
Mis sur des charbons ardens, il est décompsé, réduit à l’état d’arsenic métallique, qui se volatilise et répand ‘'l’odeür alliacée et finit, en absorbant l'oxygène de l’air, par repasser en partie à l’état d’acide arsenieux. Par luimême il n’a pas l’odeur alliacée , car si on le volatilise sur une plaque métallique il est inodore.
A l’abri du contact de l’air et placé dans un tube fermé, le calorique le volatilise sans le fondre.
Dissout dans l’eau, l’acide hydrosulfurique, colore d’abord la liqueur en jaune , et au bout de quelques instansy forme un précipité jaune de sulfure d’arsenic soluble dans l'ammoniaque. Le précipité se forme de suite si on chauffe ou si on ajoute quelques gouttes d’acide hydrochlorique.
La même dissolution précipite en vert de poinmepar un sel de cuivre, si on y ajoute un peu de potasse caustique. Le précipité est de l'arsenite de cuivre ou vert de Schèele.
L’acide arsenieux offre la composition suivante :
•Arsenic; 75,81
Oxigène.. 24,19
C est une combinaison de deux atomes d’arsenic et de trois atomes d’oxigène.
Gisement. Cette matière assez rare se trouve en général en efflorescence dans les mines d’arsenic , en Saxe, dans les Pyrénées, etc.
Usages. L’acide arsenieux est un des poisons les plus violens. Il sert à hâter la vitrification dans la fabrication du verre et à la préparation du vert de Schceleo u arsenite de cuivre, du vert de Sweinfurt, mélange d’arsenite et d’acétate de cuivre. Ces deux couleurs sont fort employées, particulièrement dans la fabrication des papiers peints. C’est avec l’acide arsenieux que l'on prépare les autres produits dont l’arsenic fait la base , connue l’orpin bu orpiment jaune, le savon arsenical , dit savon de Becœur, que les naturalistes emploient pour conserver et préserver des vers les peaux d’animaux empaillés.
L’acide arsenieux faisait partie de la pâte arsenicale du frère Corne, que l’on applique sur les uicères cancéreux superficiels.
Mais l’acide arsenieux étant assez rare dans la nature, c’est , toujours de celui qu’on a préparé artificiellement par le grillage des mines de cobalt arsenical, que l’on se sert pour les différens usages que nous vertons d’indiquer.
Sulfures d'arsenic.
On en connaît deux dans la nature, le réalgar et l'orpiment.
Troisième espèce : réalgar.
( Protosulfure rouge.)
Il est rouge-orangé transparent, assez tendre et fragile, pouvant acquérir facilement par le frottement l’électricité résineuse, cristallisant en prismes obliques rhomboïdaux. Sa cassure est conchoïdale ou granuleuse suivant. sa texture. Insoluble et sans saveur. Il pèse 3,6.
Traité par le chalumeau , il brûle avec une flamme bleuâtre ayant à la fois l’odeur de soufre et d’ail, qui appartient aux deux corps dont il est composé. Dans le tube fermé il est fusible et volatile. Brûlé à l’air il se décompose et forme de l’acide sulfureux , de l’arsenic métallique et de l’oxide blanc d’arsenic.
Il est composé d’arsenic, 69 , et de soufre 3i , c’est-àdire d’un atome de soufre et d’un atome d'arsenic.
Variétés de forme : i° primitif ; a° bacillaire 5 3° laminaire; 4 ° compacte.
Gisement. Le réalgar se trouve fréquemment au voisinage des volcans. De là , le nom de soufre rouge des volcans, sous lequel on le désigne quelquefois. Il se rencontre aussi dans les gites métallifères , associé au plomb, au cobalt, à l’argent, en Hongrie , en Bohème , en Transylvanie.
Usages. On l’emploie dans la peinture sous le nom à'orpin rouge. C’est aussi un poison très-violent.
Le réalgar artificiel contient ordinairement de l’acide arsenieux, ce qui le rend très-vénéneux.
Les Chinois en font des pagodes et des vases, dans les-
quels l’eau acquiert la propriété purgative, quand elle y a séjourné quelques instans.
, Quatrième espèce : orpiment. .
( Deutosulfure jaune ou sesquisulfure d'arsenic.)
Il est d’un beau jaune doré , presque transparent, surtout celui qui est en lames , assez tendre pour être facilement entamé par l’ongle , sa cassure est souvent lamelleuse et très-brillante. Il cristallise quelquefois en prismes rhomboïdaux obliques. D’autrefois il est en lames assez grandes, en lamelles entrecroisées ou compacte et plus ou moins mélangé de matières terreuses.
Ses propriétés chimiques sont les mêmes que celles du protosulfure.
Variétés de forme : t° laminaire ; a* sublaminaire; 3° concretioné , globuliforme.
Il se compose de 62 parties d’arsenic et 38 de soufre , c’est-à-dire de deux atomes d’arsenic et de trois atomes de soufre.
Gisement. On le trouve dans les mêmes localités que le précédent.
Usages. Employé en peinture sous les noms d 'orpin jaune ou orpiment. C’est principalement de celui qui vient de la Chine et de la Perse et qu’on désigne sous le nom d 'orpin doré, que les peintres se servent. Celui qu’on prépare artificiellement en chauffant ensemble l’acide arsenieux et le soufre , n’est pas employé par les peintres. Il sert à dissoudre l’indigo, dans les fabriques de toiles peintes. Quoique vénéneux , il fait partie de quelques médicamens, comme le collyre de Lanfranc,le baume vert.