DEUXIÈME GENRE. CHROME
Le chrôme est un métal découvert par Yauquelin, en 1797, dans le plomb rouge deSibérie, et qu’on ne trouve que très-rarement dans la nature. Laugier en a constaté la présence dans les aérolithes et dans le fer natif météorique. On ne le rencontre guère qu a l'état d’oxide ou à l’état d’acide chromique , formant le plomb rouge ou plomb chromaté, le fer chromaté, etc.
Le chrome isolé de son oxide par le moyen du charbon^ beaucoup d’analogie avec le manganèse; sa couleur est d’un blanc terne , sa densité de 5 , 90. M. Dumas dit n’avoir pu le fondre en culot dans le feu d’une forge capable de fondre une livre de fer doux en un quart d’heure; il est en masse spongieuse, assez dure pour rayer le verre, e£ susceptible d’un très-beau poli.
L’air, à la température ordinaire, n’exerce aucune action sur lui ; par la chaleur il se convertit en protoxide vert; les acides les plus concentrés sont presque sans action sur lui ; tandis que chauffé avec les nitrates ou les Carbonates alcalins, il absorbe l’oxigène, passeàl’état d’acide chromique et se combine avec les bases.
Les minerais de chrôme se reconnaissent facilement au chalumeau , à cause de la propriété que possède son oxide de donner au verre une belle teinte verte.
Espèce : chrôme oxidé.
C’est une substance verte, comme terreuse, inaltérable à l’air , insoluble dans les acides , infusible au chalu-
meausans addition, mais donnant avec le borax un verre d’une belle couleur verte, très-persistante.
Elle se compose de :
Oxigène 29,89.
Chrême ..... v .. . 70,11.
C’est-à-dire de 2 atomes de chrome et de 3 atonies d’oxigène.
Gisement. Le chrême pxidé se rencontre dans les terrains de cristallisation, très-souvent mélangé de matières siliceuses , à la montagne des Ecouchets , entre Conches et le Creusot , département de Saône-et-Loire-
Usages. L’oxide de chrome sert principalement à colorer le verre ët les poteries en vert^ou à la peinture sur porcelaine. Mais celui qui existe dans la nature n’étant pas assez abondant on le prépare pour les besoins des arts en décomposant le fer chromaté naturel , qui est assez commun en Amérique, et dans d'autres localités.
TROISIÈME GENRE. MOLYBDÈNE.
Le molybdène , découvert par Schèele, en 1778, existe dans la nature , i° à l’état d’oxide blanc, en efflorescence sur certaines mines de son sulfure; 2°à l’état desulfure; 3 ° à l’état d’acide molybdique combiné avec le plomb.
Nous ne parlerons ici que du sulfure de molybdène , qui' est la mine la plus commune, et du plomb molybdaté, à l’article plomb.
Le molybdène ne peut s’obtenir à l'état compacte ,• et est ordinairement en masse poreuse ou en globules, qui offrent des indices de cristallisation. 11 est d’un blanc
grisâtre, susceptible d’acquérir un beau poli , par le frottement, sa densité est de 8,6. L’air, à la température ordinaire, n’a qu’une faible action sur lui ; mais à une chaleur même peu intense , il se convertit successivement en oxide brun , puis en acide molybdeux bleu , enfin en acide molybdique blanc.
L’acide sulfurique concentré le convertit en oxide ou en acide molybdeux; tandis quel’acide nitrique le change en acide molybdique. Les alcalis , par le feu , exercent la même action.
Espèce : MOLYBDÈNE SULFURÉ.
Il est gris de plomb brillant, offrantla structure lamelleuse , rarement compacte , plus rarement cristallisé en prismes hexagonaux, flexible, onctueux et doux au toucher, tachant le papier à la manière de la plombagine , sa densité est de 4,6 à 4,7- >
Infusible au chalumeau , il y répand l’odeur d’acide sulfureux et laisse sur le charbon un dépôt blanc d’acide molybdique.
L'acide nitrique le transforme en une poudre blanche (acide molybdique), devenant bleue par une lame de zinc qui le ramène à l’état d’acide molybdeux bleu.
Variétés de .forme et de texture: i° primitif, en lames hexagonales ; a 0 trihexaèdre ; 3° laminaire,; 4° lantelliforme.
Composition :
Soufre , 4o.
Molybdène... > f)9n È <>
MINÉRALOGIE. Z'jZ
C’est-à-dire 2 Atomes de soufre et 1 atome de molybdène.
Gisement. En amas ou en filons dans les terrains primitifs, en Dauphiné, aux Pyrénées, etc. , en Saxe , en .Angleterre, en Bohème.
Les usages du sulfure de molybdène se réduisent à fournir le molybdène métallique et l’acide molybdique , dont on peut avoir besoin dans les laboratoires de chimie.
QUATRIÈME GENRE : TUNGSTÈNE OU SCHÉELIN.
Schèele en analysant le minéral nommé par les minéralogistes Suédois, Schéelin calcaire, y découvrit un acide qu’il nomma acide tungstique. Cet acide fut aussi reconnu peu de temps après dans le Wolfram, par MM. d’Elhuyart, qui parvinrent même à en retirer le métal qu’ils nommèrent Tungstène. Ainsi obtenu, ce métal qu’on ne connaît dans la nature qu’à l’état d’acide combiné avec la chaux ou le fer et le manganèse , est spongieux ou grenu , d’une couleur grise assez terne , devenant brillant par le frottement et ressemblant alors au molybdène, mais plus dur que ce dernier. Il est extrêmement pesant, 17,6, presqu’infusible , absorbe l’oxigène de l’air à chaud , et passe successivement à l’état d’oxide et puis d'acide. Les acides sulfurique et hydrochlorique concentrés sont sans action sur lui. Mais l’eau régale, et l’acide nitrique le transforment en acide tungstique. On l’obtient en décomposant l’acide tungstique dans un creuset bien brasqué, ou mieux encore en le réduisant par l’hydrogène sec à l’aide d’une vive chaleur.
MlNÉRAI.OGtE.
Première espèce wolfram.
( Schéetin ferrugineux , tungstate de fer et de manganèse .)
Sa couleur est le brun plus ou moins foncé , avec l’éclat métalloïde, tantôt en masse, tantôt cristallisé, opaque, à poussière brune rougeâtre, sans action sur le barreau aimanté, facilement clivable et cristallisant en prisme rectangulaire oblique, d'une densité de 7, à 7,3.
11 est difficilement fusible au chalumeau sans addition. Il colore le borax en jaune, par l'oxide de fer qu’il contient, et le sel de phosphore en rouge sombre au feu de réduction.
Le wolfram peut se présenter soit en cristaux prismatiques et rhamboïdaux, soit en baguettes, ou en masses lamellaires.
Voici les résultats de l’analyse faite par M. Berzélius :
Acide tungstique 78,775
Protoxide de fer 1 8,320
Protoxide dé manganèse. 6,220 Silice.. i, 25 o
Gisement. Dans les terrains primitifs, et spécialement dans les gneiss et les pegmatites, aux environs de Limoges, en Angleterre, en Ecosse, en Suède, etc.
Deuxième espèce : schéelite.
( Schée/in calcaire , wolfram blanc , tungstate de chaux, mine d’étain blanche.)
Il est blanc ou légèrement jaunâtre , à structure vitreuse, ayant un éclat gras, il cristallise en octaèdre à
base carrée, et se clive facilement; sa densité est de 6,76. Il se fond au chalumeau , mais avec beaucoup de difficulté en un verre incolore. L’acide nitrique le dissout et laisse déposer l’acide tungstique sous forme d’un précipité blanc. Il est composé d’après M. Berzélius de :
• Acide tungstique. . 80,427
Chaux 19,400
Gisement. Dans -les mêmes terrains et à peu près
dans les mêmes localités que le wolfram.
L’acide tungstique existe encore combiné avec le plomb, formant le tungstale de plomb. Mais cette espèce qu’on a trouvée dans les mines d’étain de Zinwald en Bohême est excessivement rare.
Usages du tungstène. A l’état métallique, il est sans usage. C’est de ses minerais qu’on retire l’acide tungstique pour les laboratoires de chimie.