CINQUIÈME GENRE I ANTIMOINE
Oli trouve l’antimoine dans ]a nature sous les états suivans : i° natif; a* oxidé; 3’ sulfuré; 4° oxidé sulfuré.
Première espèce : antimoine natif.
Les anciens avaient connaissance de quelques-uns des minerais dont l’antimoine fait partie. Ainsi Pline appelle stibium, l'antimoine qu’on trouve uni aux mines d’argent, ce nom est resté dans la nomenclature latine pour l’antimoine proprement dit. C’est vers le milieu du quinzième siècle que Bazile Valentin , célèbre alchimiste, fit
connaître l’antimoine métallique dans son ouvrage intitulé : Cursus triumphalis antimonii.
Il est blanc d'argent , devenant un peu terne ou jaunâtre quand il a été long-temps exposé à l’air. Il se clive facilement en octaèdre. Sa cassure est lamelleuse trèséclatante. Fusible par la chaleur, et volatil en une fumée blanche sans odeur d’ail , caractère essentiel qui distingue l’antimoine de l’arsenic, avec lequel il a beaucoup de rapports.
Sa pesanteur spécifique est de 6,712. L’acide nitrique le dissout avec dégagement de gaz nitreux et formation d’un précipité blanc d’oxide d’antimoine ou acide antimonieux, insoluble dans l’eau, autre caractère qui le distingue de l’arsenic dont l’oxide également blanc est soluble. L’acide hydrochloriquele dissout complètement, et l’eau le précipite en blanc de sa dissolution dans cet acide; l’acide hydrosulfurique le précipite en jaune rougeâtre; mais ce précipité est à peine soluble dans l’ammoniaque , autre caractère qui le distingue encore de l’arsenic. Il en existe deux variétés , i° laminaire; 2 0 lamellaire.
Gisement. Il est rare que l’antimoine se rencontre bien pur dans la nature, presque toujours il est mélangé d’arsenic, qui répand une odeur alliacée quand on le projette sur des charbons ardens.
Cest ordinairement dans les minerais arsenifères que l’on trouve ce métal , à Chalanches en Dauphiné , par exemple.
Deuxième espèce : antimoine oxidé blanc.
( Protoxide (T antimoine , fleurs argentines J! antimoine .)
L’antimoine oxidé forme des masses blanches plus ou moins transparentes, ou des tables à quatre faces rectangulaires; on le trouve aussi en fibres divergentes et étoilées , très-tendres. Sa cassure est lamelleuse , sa pesanteur spécifique de 3,56. Il est excessivement fusible, même à la flamme d’une bougie, et se réduisant en totalité en une fumée blanche , sans odeur alliacée. On le réduit très-facilement sur le charbon en un globule métallique.
Composition :
Oxigène .... 1 5,68
Antimoine... 84,32
C’est-à-dire qu’il est formé de deux atomes d’antimoine et de trois atomes d’oxygène.
Variétés. 1 » en lames rectangulaires ; 2 * en aiguilles divergentes; 3° terreux.
Gisement. Cette matière est assez rare. On la trouve dans les dépôts d’argent arsenifère à Chalanches, en Dauphiné, en Bohême , etc.
Troisième espèce : antimoine suLruité.
( Stibine , antimoine gris. )
L'antimoine sulfuré est le minerai d’antimoine le plus commun; il est d’un gris de plomb assez éclatant surtout
1 dans une cassure récente. Il cristallise avec une trèsgrande facilité, et le plus souvent sous la forme d’aiguilles , qui , sont des prismes à quatre pans. Quelquefois il est en masses laminaires, ou offre la structure bacillaire ou compacte. Sa poudre est noire et tache fortement.
Sa pesanteur spécifique varie de 4,3 à 4,6*
Il se fond avec la même facilité que l’antimoine métallique. Il se volatilise et donne l’odeur de soufre qui brûle, et des vapeurs blanches d’oxide d’antimoine.
L’acide nitrique se comporte avec lui comme avec l’antimoine métallique.
L’acide hydrochlorique le dissout complètement avec dégagement de gaz acide hydrosulfurique.
Composition :
Soufre 27, a 2
Antimoine 72,78
V ariètés : i° eu aiguilles entrecroisées en différens sens ; 2 0 en aiguilles rayonnées ; 3° à structure bacillaire; 4° laminaire ; 5* compacte. 11 existe près Freyberg ùne antimoine sulfuré argentifère qui est d’un gris beaucoup plus obscur.
On appelle bournonite un triple sulfure d’antimoine de plomb et de cuivre.
Gisement. L’antimoine sulfuré est une substance trèscommune dans une foule de localités où elle constitue des filons dans les terrains primitifs; en Auvergne, dans le Gard, la Lozère, l'Ardèche, etc.
Usages. C’est cette espèce que l’on exploite pour en retirer l’antimoine métallique. Pour cela il suffit de gril-
MINÉRALOGIE. 27g
1er les raines de sulfure, et de les traiter ensuite par le charbon dans des creusets.
L'antimoine fait partie de plusieurs médicamens importans, comme l'émétique, le kermès minéral, le soufre doré d’antimoine, le beurre d'antimoine, etc.
11 forme, en s'unissant à d’autres métaux, des alliages dont quelques-uns sont très-usités dans les arts. Ainsi , l'alliage d’antimoine et de plomb sert à faire les caractères d imprimerie; celui d'antimoine et d’étain sert à la préparation des planches sur lesquelles on grave la musique : on le désigne quelquefois sous le nom de métal d’Alger, on en fait des cuillers , des timbales , etc.
Quatrième espèce : antimoine oxisdlfuré.
( Antimoine rouge Ou kermès naturel. ) ,
jJ
11 est d’un rouge brunâtre plus ou moins foncé à l'extérieur, avec un éclat soyeux et comme velouté, d'un rouge assez vif intérieurement; tantôt en aiguilles rayonnées, tantôt en masses plus ou mpins volumineuses. Il est trèstendre, presque friable , d'une pesanteur spécifique de 4,6.
Il fond très-facilement au chalumeau en répandant des vapeurs d'antimoine et une faible odeur de soufre qui brûle.
Variétés : on en connaît deux; i° aciculaire, a® amorphe.
. Composition :
atom.
Oxide d’antimoine 3 o,i 4 >.-. 1
Sulfure d’antimoine 69,86. ... a
Gisement. Dans les mines d'antimoine et d’arsenic, entre autres à AUemont en Dauphiné.
Le -kermès, employé en médecine, est une préparation arti ficielle.
sixième Genre : TELLURE ou sylvane.
Le tellure ainsi nommé par Klaproth, est le même métal que Werner appelait sylvane. On le trouve natif, ou plus souvent allié avec le plomb , l’or, l’argent, etc. , et formant des tellurures.
Espèce : tellure natif.
C’est un métal d’un gris d’acier ou d’un blanc bleuâtre , assez tendre et fragile , ordinairement lainelleux , dont la pesanteur spécifique varie de 5,7a, à 6 , 53 . Il cristallise quelquefois en lames polygones ou en petits cristaux prismatiques.
Il est très-fusible au chalumeau et presque entièrement volatil, en un oxyde blanc.
Le tellure a été découvert en 1782 par Muller, dans les minerais connus pendant long-temps sous les noms d 'or blanc y or paradoxal , or problématique , où il existe allié à l’or et au plomb.
Gisement. On ne connaît le tellure natif qu’à Fazbay en Transylvanie, dans un terrain de transition où il forme de petites veines.
Mais le tellure est fréquemment uni au plomb et à l’or, et il forme l’espèce désignée par les minéralogistes sous les noms d’élasmose ou tellure aum-plombijêre. Il
est d’un gris de plomb également lamelleux; donnant l’odeur sulfureuse quand on le chauffe.
Composition :
Tellure 2 6
Plomb 4 ^
Or 7
Soufre 2
Cuivre 1
Gisement. Il est exploité à Nagy-ag en Transylvanie, comme mine d’or.
Septième genre : TITANE.
C’est W. Grégor qui, en 1781 , reconnut la présence de ce métal dans le sable ferrugineux d’un ruisseau de la vallée de Menachan en Cornouailles ; Kirwan lui donna le nom de menachine. Rlaplroth, en 1795 , ayant découvert le même métal dans le schorl rouge de Hongrie , lui donna le nom de titane.
Ce métal est constamment combiné dans la nature avec l’oxigène , formant ainsi un oxide ou acide, qui peut se combiner avec les bases.
On n’était presque pas parvenu à obtenir le titane èi l’état métallique, lorsque le célèbre Wollaston en constata l’existence dans les hauts-fournaux alimentés par la houille employée à extraire le fer du carbonate de fer. 11 y est disséminé dans les scories sous la forme de petits cristaux cubiques , très-éclatans , d’une Couleur jaunerougeâtre. Ces cristaux sonttrès-durs, puisqu’ils raient le quarz. Ce métal absorbe difficilement l'oxigène, ce n’est qu’à la chaleur la plus élevée qu’il passe à l’état d'oxide
MINERALOGIE.
ou plutôt d’acide titanique. Il est infusible, parfaitement fixe, et d’une densité de 5,3. Les acides sont sans action sur lui, l’acide nitro - muriatique 'l’attaque à peine.
Fondus avec la soude, les minerais de titane forment un sel insoluble dans l’eau, soluble dans l’acide bydrocblorique. Cette solution, si elle est pure, précipite en rouge brun par l’hydrocyanate ferruré de potasse; si elle contient du fer, le précipité est vert d'herbe.
Première espèce : titane rcthile.
( Titane oxide rouge , schorl rouge de Hongrie , titanite.)
Substance d’un rouge brunâtre, quelquefois jaunâtre, d’un éclat métalloïde, très-éclatante, opaque ou translucide , à structure laminaire , très-dure , rayant le verre avec facilité , d’une pesanteur spécifique de 4,^5 , offrant des cristaux dérivés d’un prisme à base carrée. Infusible au chalumeau, à moins qu’on y ajoute du borax, il se fond alors et se boursouffle.
C’est un bioxide offrant la composition suivante :
Oxigène. 33,95
Titane...... 66, o5
Il contient de plus un peu d’oxide de fer , de manganèse ou de chaux.
Cette espèce nous montre une grande variété dans ses formes cristallines , et surtout une tendance remarquable dans ses cristaux à s’unir deux à deux par une face terminale oblique à l’axe. Le plus communément ses cristaux sont des prismes à quatre ou à huit pans
terminés par des pyramides à un égal nombre de faces. — Ses variétés non cristallisées, sont : lamelliforme , cy~ lindro'ide ou en longs prismes striés; aciculàire ou en aiguilles très-fines , etc.
Gisement. Dans les terrains primordiaux il forme des veines , de petits amas ou même des cristaux disséminés au milieu des différentes roches primitives et intermédiaires; à Saint-Yriex, près Limoges, dans la vallée de Chamouny, à Moustiers, en Savoie, en Ecosse, en Hongrie , etc.
Les joailliers donnent le nom de cheveux de Vénus à de petits cristaux aiguillés de titane ruthile, qu’on trouve engagés dans du quarz hyalin limpide. On taille ces morceaux et on en fait des bijoux.
Deuxième espèce : titane anatase.
( Sckorl bleu , oïsanite, oclacdrite. )
Il est en petits cristaux octaédriques , ordinairement d’ime teinte bleuâtre , rarement incolores, ayant l’éclat métalloïde ; d’une densité de 3,82; rayant le verre. Infusible au chalumeau ; donnant avec le sel de phosphore, un verre d'un bleu violâtre. Il se clive avec facilité; sa cassure est chonchoïde.
Sa composition paraît être la même que celle du ruthile.
Ses variétés de formes sont assez nombreuses, toutes dérivent d'un octaèdre aigu à base carrée.
Gisement. Moins répandu que l’espèce précédente , le titane anatase existe dans les terrains primitifs et les
terrains d'alluvion. C’est dam les granités du Dauphiné qu’il a d’abord été découvert par Schreiber, dans les montagnes de l’Oïsans. Il existe aussi au Saint-Gothard , dans les Grisons, les Pyrénées, etc.
Indépendamment de ces deux espèces principales, il en est encore quelques autres dont le titane fait partie ; tels sont ; 1 0 le fer titane ou titane oxide ferrugineux , 2 0 le sphène ou titane silicéo-calcaire. Le premier est un titanate de fer, contenant souvent du protoxide de manganèse ; le second est un silicio-titanate de chaux.
Usages du titane. Ils ne sont pas connus.
HniTiÈME genre. TANTALE ou COLOMBIUM.
Ce métal a été découvert presque à la même époque (en 1801), par Hatchett, dans un minerai provenant d’Amérique, et par Ekeberg dans un minerai de Suède. Le premier lui donna le nom de Colombium , parce qu’il provenait d’Amérique; le second l’appella Tantale , pour faire allusion à l’une de ses propriétés les plus remarquables , celle d’être insoluble dans la plupart des acides. Ce dernier nom a prévalu dans la science.
Ce métal est fort rare. M.Berzélius est parvenu à l’isoler complètement en décomposant le fluorure de tantale et de potassium par le potassium. 11 a une couleur gris de fer terne, devenant brillante par le frottement ; l’air sec n’a aucuneaction surluià la température ordinaire, mais au rouge il brûle avec flamme et se convertit en acide tantalique. Il est mauvais conducteur de l’électricité. Tous les acides sont sans action sur lui , à l'exception de l’acide
hydrophtorique qui le dissout, en dégageant de l’hydrogène. Le chlore et le soufre se combinent avec lui. Il détonne quand on le chauffe avec un alcali ou avec le nitre.
Le tantale n’a jamais été trouvé à l’état métallique dans la nature. Il y existe combiné avecl’oxigène en formant un acide assez faible , uni à quelques bases. Les deux espèces principales qui le contiennent sont la tanlalite et \' y ttr otant alite.
Première espèce : tantalite.
( Tantale oxide, tantale oxidé ferro-manganisifere, columhte.)
Latarttaliteest un tantalatedeprotoxide defer,demanganèse, de chaux et d'étain. C’est une matière métalloïde noirâtre , infusible au chalumeau , à cassure inégale et chonchoïde, d’une densité de 6 à 7,9. Ses cristaux assez peu prononcés paraissent dériver d’un prisme rhomboïdal oblique.
Gisement. C’est une substance disséminée en petite quantité dans la pegmatite où elle forme de petits nids , ou de petits cristaux, en Finlande, en Angleterre ,en Suède , etc.
Deuxième espèce : yttro - tant alite.
[Tantale oxidé yltrifere , tantalate d’yttria.)
Sous ce nom on a réuni des matières fort diverses par leur couleur tantôt noire, tantôt jaune, tantôt brune.
a86 MINÉRALOGIE.
'Joutes sont un tantalate d’yttria mélangé de chaux , de fer, d’acide tungstique ou même d'oxide d'urane. • L’yttrotantalite fort rare n’a encore été trouvée qu’en petits nids disséminés dans les pegmatites, en Suède et enQroenland,