PRÉ C I S K LÉ M E N T A I R E
Causes qui augmentent le volume du sang contenu dans
les veines.
l’aponévrose fémorale, destinée au passage de la saphène : le contraste pour l’épaisseur des parois sera frappant.
J’ai fait autrefois cette comparaison sur le cadavre d’un supplicié très -musculeux : les parois de la saphène étaient aussi épaisses que celles de l’artère carotide; la crurale et surtout l’iliaque externe avaient des parois beaucoup plus minces.
Prenons garde cependant de confondre parmi les circonstances favorables au cours du sang dans les veines des causes qui agissent de toute autre manière. Par exemple, il est généralement connu que la contraction des muscles de l’avant-bras et de la main pendant la saignée détermine l’accélération du mouvement du sang qui s’échappe par l’ouverture de la veine; les physiologistes disent que les muscles, en se contractant, compriment les veines profondes et en expulsent le sang, qui passe alors dans les veines superficielles. S’il en était ainsi, l’accélération ne serait qu’instantanée ou tout au moins de courte durée, tandis qu’elle dure, en général, autant que la contraction. Nous verrons plus loin comment on doit se rendre raison de ce phénomène.
Quand les pieds sont plongés quelque temps dans l’eau chaude, les veines sous- cutanées se gonflent; ce qui est généralement attribué à la raréfaction du sang. La véritable cause me paraît être l’augmentation de la quantité du sang qui se
porte aux pieds, mais surtout à la peau, augmentation qui doit naturellement accélérer la vitesse du mouvement du sang dans les veines, puisque, dans un temps donné, elles sont traversées par une plus grande quantité de sang.
D’après ce qui précède, on conçoit sans peine que le sang veineux doit être fréquemment arrêté ou gêné dans son cours, soit par une trop forte compression qu’éprouvent les veines dans les positions diverses que prend le corps, soit par celle des corps étrangers qui appuient sur lui, etc. : de là la nécessité des anastomoses nombreuses que nous avons dit exister non-seulement entre les petites veines, mais entre les grosses et même entre les plus gros troncs. A raison de ces fréquentes communications, une ou plusieurs veines étant comprimées de manière qu’elles ne puissent pas livrer passage au sang, ce fluide se détourne et arrive au cœur par d’autres routes : un des usages de la veine azygos paraît être d’établir une communication facile entre la veine cave supérieure et l’inférieure. Peut-être cependant que sa principale utilité est d’être l’aboutissant commun de la plupart des veines
intercostales.
Il n’y a rien d’obscur dans l’action des valvules * des veines : ce sont de véritables soupapes qui s’opposent au retour du sang vers les radicules veineuses, et qui remplissent d’autant mieux cet office quelles sont plus larges, c’est-à-dire plus favora-
U sages des valvules des veines.
Modifications du cours du sang veineux.
blement disposées pour fermer entièrement la cavité de la veine.
Le frottement du sang contre les parois des veines, son adhésion à ces mômes parois, le défaut de fluidité , doivent modifier le mouvement du sang dans les veines , et en général tendre à le ralentir; mais il est impossible, dans l’état présent de la physiologie et de l'hydrodynamique , d’assigner avec précision l'effet de chacune de ces causes en particulier.
Ce qui vient d’être dit sur le cours du sang veineux doit faire pressentir qu’il éprouve de grandes modifications , suivant une infinité de circonstances : nous aurons occasion de nous en convaincre davantage par la suite lorsque nous envisagerons d’une manière générale le mouvement circulaire du sang, abstraction faite de ses qualités artérielles ou veineuses.
Quoi qu’il en soit, le sang veineux de toutes les parties du corps arrive à l’oreillette droite par les trois troncs que nous avons déjà nommés : savoir , deux très-volumineux , les veines caves ; et un fort petit , la veine coronaire.
Il est très-probable que le sang marche dans chacune de ces veines avec une vitesse différente : ce qu’il y a de certain , c’est que les trois colonnes du liquide font effort pour pénétrer dans l’oreillette , et que cet effort, dans certains cas, est très-considérable.
Absorption exercée par les veines.
Non-seulement les radicules veineuses reçoivent immédiatement le sang des dernières ramifications artérielles, mais elles présentent encore un phénomène bien remarquable. Toute espèce de gaz ou de liquide mis en contact avec les diverses parties du corps (la peau exceptée ) passe aussitôt dans les petites veines , et arrive bientôt au poumon avec le sang veineux. La même chose a lieu pour toutes les substances solides susceptibles de se laisser dissoudre par le sang ou par les fluides sécrétés. Au bout de très-peu de temps, elles s’introduisent dans les veines, et sont transportées au cœur et au poumon. Cette introduction et ce transport sont nommés absorption veineuse .
Pour prendre une idée de cette propriété , commune à toutes les veines, on n’a qu a introduire une dissolution de camphre dans l’une des cavités séreuses ou muqueuses du corps, ou bien enfoncer dans le tissu d’un organe un morceau de camphre solide : peu d’instants après, l’air qui sort du poumon de l’animal a une odeur de camphre très- prononcée. Cette observation est facile à faire sur l’homme après l’administration des lavements camphrés; il est rare qu’après cinq ou six minutes l’haleine ne présente pas une odeur de camphre très-forte.
Absorption
veineuse.
Expériences
l’absorption vi ineuse.
Presque toutes les substances odorantes qui ne se combinent pas avec le sang produisent des effets analogues.
Dans les expériences que j’ai faites sur l'absorption des veines, j’ai reconnu que la promptitude de l’absorption varie suivant les divers tissus : elle est, par exemple, beaucoup plus rapide dans les membranes séreuses que dans les muqueuses, plus prompte dans les tissus abondants en vaisseaux sanguins que dans ceux qui en contiennent moins , etc.
La qualité corrosive des liquides ou des solides soumis à l’absorption n’empêche pas celle-ci de s’effectuer; elle semble, au contraire, être plus prompte que celle des substances qui n’attaquent pas les tissus ( 1 ).
Ce sont les villosités intestinales, formées en partie par les radicules veineuses, qui absorbent dans l'intestin grêle tous les liquides , à l’exception du chyle. Il est facile de s’en convaincre, en intro-
(1) On parle beaucoup, dans les ouvrages modernes de physiologie, de la sensibilité propre aux bouches absorbantes; elles sont douées, dit-on, d’un tact fin et sûr, par lequel elles discernent les substances utiles et s’en emparent, tandis qu’elles repoussent les substances nuisibles. Ces suppositions ingénieuses , qui ont un charme particulier pour notre esprit avide d’images, sont détruites aussitôt qu’elles sont soumises à l’expérience.
(luisant dans cet intestin des substances odorantes ou fortement sapides , susceptibles d’ètre absorbées. Dès que l’absorption commence, jusqu’à ce qu’elle soit achevée, les propriétés de ces substances se reconnaissent dans le sang des branches de la veine porte , tandis qu’on ne les distingue dans la lymphe qu’assez long-temps après que l’absorption en a commencé. Nous ferons voir ailleurs quelles arrivent au canal thoracique , non par la voie de l’absorption directe des vaisseaux chylifères , mais par les communications des artères avec les lymphatiques.
Chacun sait cpie toutes les veines des organes digestifs se réunissent en un seul tronc, lequel se divise et se subdivise dans le tissu du foie. Cette disposition mérite d’être remarquée.
À raison de l’étendue considérable de la surface Expériences muqueuse, avec laquelle les boissons ou autres liquides sont en contact, et de la rapidité de leur absorption par les veines mésaraïques, une quantité considérable de liquide étranger à l’économie traverse le système veineux abdominal dans un temps donné, et altère la composition du sang. Si ce liquide arrivait de cette manière au poumon, et de là à tous les organes, il pourrait en résulter des inconvénients graves, comme le démontrent les expériences suivantes.
Un gramme de bile poussé brusquement dans la veine crurale fait ordinairement périr un animal
sur
absorption
veineuse.
Usage pat lieu lier de la
veine porte.
260 PItÉCïS ÉLÉMENTAIRE
en peu d’instants. 11 en est de même d’une certaine quantité d’air atmosphérique introduit rapidement dans la même veine. L’injection faite de la même manière dans l’une des branches de la veine porte n’aura aucun inconvénient apparent. Pourquoi cette diversité de résultats? Le passage des liquides étrangers à l’économie à travers les innom¬
Absorption veineuse de la peau.
brables petits vaisseaux^du foie aurait-il pour effet de les mêler plus intimement|avec le sang, et de les répartir sur une plus grande quantité de ce fluide, de manière que sa nature chimique en fut peu altérée? Cela devient d’autant plus probable, que la même quantité de bile ou d’air injectée trèslentement dans la veine, [crurale nejaroduit pas non plus d’accidents sensibles.
11 se pourrait donc que le passage des veines nées des organes digestifs, à travers le foie, fut nécessaire afin de mêler intimement avec le sang les matières absorbées dans le canal intestinal. Soit que cet effet ait lieu ou non, il n’est point douteux que les médicaments absorbés dans l’estomac et les intestins ne passent immédiatement à travers le foie, et qu’ils ne doivent avoir sur cet organe une influence qui me paraît mériter l’attention des médecins (1).
P (1) Il serait curieux de savoir pourquoi, de tous les vaisseaux du foie, les branches de la veine porte sont les seules
Nous avons dit tout-à-l’heure que la peau faisait exception à cette loi générale, que les veines absorbent dans toutes les parties du corps. Cette proposition mérite un examen particulier.
Lorsque la peau est privée de l’épiderme, et que les vaisseaux sanguins qui revêtent la face externe du chorion sont à découvert, l’absorption s’y fait comme partout ailleurs. Après l’application d’un vésicatoire, si l’on couvre la surface dépourvue d’épiderme avec une substance dont les effets sur l’économie animale soient faciles à remarquer, quelques minutes suffisent souvent pour qu’ils se manifestent. Des caustiques appliqués sur des surfaces ulcérées ont souvent produit la mort.
Pour que l’inoculation de la petite-vérole ou de la vaccine ait un plein succès, il faut avoir soin de placer la substance au-dessous de l’épiderme, et par conséquent de la mettre en contact avec les vaisseaux sanguins sous-jacents.
Les choses se passent bien différemment quand la peau est revêtue de son épiderme. A moins que
qui, par la disposition de leur membrane extérieure ( capsule de Glisson ), puissent revenir sur elles-mêmes quand la quantité de sang qui les parcourt diminue. Peut-être celte disposition est-elle favorable au cours du sang veineux, qui, dans cette portion de la veine porte, marche d’un endroit plus étroit dans un endroit plus large, tandis que partout ailleurs il passe d’un lieu plus large dans un plus étroit.
Expériences
sur
l’absorption de la peau.
les substances en contact avec celui-ci ne soient de nature à attaquer sa composition chimique, ou à exciter une irritation dans les vaisseaux sanguins correspondants, il n’y a pas d’absorption sensible. Ce résultat, je le sais, est contraire aux idées généralement admises. On pense, par exemple, que le corps, étant plongé dans un bain, absorbe une partie du liquide qui l’environne : c’est même sur cette idée qu’est fondé l’usage des bains nourrissants de lait, de bouillon, etc.
Dans un travail publié récemment, M. Séguin a mis hors de doute, par une série d’expériences rigoureuses, que la peau n’absorbe point l’eau au milieu de laquelle elle est placée. Pour s’assurer s’il en serait de même pour d’autres liquides, M. Séguin a fait des essais sur des personnes affectées de maladies vénériennes. 11 leur a fait plonger les pieds et les jambes dans des bains composés de seize livres d’eau et de trois gros de sublimé; chaque bain durait une heure ou deux, et était répété deux fois par jour. Treize malades soumis à ce traitement pendant vingt-huit jours ne présentèrent aucun indice d’absorption; un quatorzième en présenta d’évidents dès le troisième bain, mais il avait des excoriations psoriques aux jambes : deux autres qui étaient dans le même cas offrirent des phénomènes semblables. En général, l’absorption ne s’est manifestée que sur les sujets dont l’épiderme n’était pas entièrement intact;
iju PHYSIOLOGIE.
cependant, à la température de d.’x-huit degrés, il y a eu quelquefois du sublimé d’absorbé, mais jamais d’eau.
Parmi les expériences de M. Séguin, il en est une qui me paraît jeter un grand jour sur la faculté absorbante de la peau.
Après avoir pesé séparément un gros de mercure doux, un gros de gomme gutte, un gros de scammonée, un gros de sel alembroth, et un gros d’émétique, M. Séguin fit coucher un malade sur le dos , lui lava avec soin la peau de l’abdomen, et appliqua avec précaution sur des endroits écartés les uns des autres les cinq substances désignées; il les recouvrit chacune avec un verre de montre, et maintint fortement le tout avec une bande de linge. La chaleur de la chambre fut entretenue à quinze degrés ; M. Séguin ne quitta pas le patient, afin de l’empêcher de remuer : l’expérience dura dix heures un quart. Les verres furent alors retirés et les substances recueillies avec le plus grand soin; elles furent ensuite pesées. Le mercure doux était réduit à soixante -onze grains un tiers; la scammonée pesait soixante-onze grains trois quarts; la gomme gutte, un peu plus de soixante-onze grains; le sel alembroth était réduit à soixante-deux grains (beaucoup de boutons s’étaient développés sur la place où il avait été appliqué); l’émétique pesait soixante-sept grains. Il est évident que, dans cette expérience, les substances les plus irritantes et les
Expériences
sur
l’absorption de la peau.
Absorption de la peau.
plus disposées à sc coajbi'ner avec l’épiderme furent en partie absorbées, tandis que les autres ne le furent pas sensiblement.
Mais ce qui n’arrive point par la simple application survient quand on fait des frictions sur la peau avec certaines substances. On ne peut douter que le mercure, l’alcool, l’opium, le camphre, les vomitifs, les purgatifs, etc., ne pénètrent par ce moyen dans le système veineux. Il paraît que ces différents médicaments traversent l’épiderme, soit en passant par ses pores, soit en s’insinuant dans les ouvertures par lesquelles sortent les poils ou la transpiration insensible.
Ainsi, en résumant ce qui a rapport à l’absorption de la peau, on voit que cette membrane ne diffère des autres surfaces du corps qu’en ce qu’elle est revêtue par l’épiderme. Tant que cette couche reste intacte et qu’elle ne se laisse pas traverser par les substances mises en contact avec la peau, il n’y a point d’absorption ; mais, dès l’instant qu’elle est altérée ou seulement quelle est traversée, l’absorption a lieu comme partout ailleurs.
Je n’ignore pas que beaucoup de personnes seront étonnées en voyant que je n’hésite pas à attribuer aux veines la faculté absorbante, tandis que l’opinion générale est que toute espèce d’absorption se fait par les vaisseaux lymphatiques ; mais, d’après les faits rapportés à l’article de l'absorption de la lymphe , et quelques autres que je vais
ajouter, il m'est impossible de penser autrement.
D’ailleurs, l’opinion que je soutiens n’est pas nouvelle; Ruysch , Boerliaave, tyleckel , Swammerdam, l’ont professée; et Haller l’a soutenue, quoique les travaux anatomiques de J. Hunter ne fussent pas ignorés de lui.
M. Delille et moi; nous séparâmes du corps la Expérience cuisse d’un chien assoupi précédemment par l’o- ^absorption, pium (afin de lui éviter les douleurs inséparables d’une expérience laborieuse); nous laissâmes seulement intactes l’artère et la veine crurale, qui conservaient la communication entre la cuisse et le tronc.
Ces deux vaisseaux furent disséqués avec le plus grand soin, c’est-à-dire qu’ils furent isolés dans l’étendue de quatre centimètres; leur tunique cellulaire fut enlevée, dans la crainte qu’elle ne recéiât quelques vaisseaux lymphatiques. Deux grains d’un poison très-subtil (l’upas tieuté) furent alors enfoncés dans la patte : les effets de ce poison furent tout aussi prompts et aussi intenses que si la cuisse n’eût point été séparée du corps; en sorte qu’ils se manifestèrent avant la quatrième minute, et que l’animal était mort avant la dixième.
On pouvait objecter que, malgré toutes les précautions prises, les parois de l’artère et de la veine crurale contenaient encore deslymphatiques, et que ces vaisseaux suffisaient pour donner passage au poison.
Pour lever cette difficulté, je répétai sur un au-
Expérience
sur
l’absorption
veineuse.
tre chien l’expérience précédente, avec cette modification, que j’introduisis dans l’artère crurale un petit tuyau de plume, sur lequel je fixai ce vaisseau par deux ligatures; l’artère fut ensuite coupée circulairemcnt entre les deux ligatures, j’en fis autant pour la veine crurale : par là i! n’y eut plus de communication entre la cuisse et le reste du corps, si ce n’est par le sang artériel qui arrivait à la cuisse, et le veineux qui retournait au tronc. Le poison introduit ensuite dans la patte produisit ses effets dans le temps ordinaire, c’est-à-dire au bout d’environ quatre minutes.
Cette expérience ne laisse point douter que le poison n’ait passé de la patte au tronc à travers la veine crurale. Pour rendre le phénomène encore plus évident, il faut presser cette veine entre les doigts au moment où les effets du poison commencent à se développer : ces effets cessent bientôt; ils reparaissent dès qu’on laisse la veine libre, et cessent encore si on la comprime de nouveau. On peut ainsi les graduer à volonté.
Ajoutons à ces faits, qui me paraissent décisifs , des observations intéressantes faites par Flandrin.
Dans le cheval , les matières que contiennent le plus souvent l’intestin grêle et le gros intestin sont mêlées à une grande quantité de liquide, qui est d’autant moins considérable que l’on s’avance davantage vers le rectum : il est donc absorbé à mesure qu’il parcourt le canal intestinal. Or Flandrin
ayant retenu le liquide contenu dans les vaisseaux chylifères, n y reconnut aucune odeur analogue à celle du liquide de l'intestin : au contraire, le sang veineux de l’intestin grêle avait une saveur herbacée sensible ; celui du cæcum avait un goût piquant et une saveur urincuse légère; celui du colon avait les mêmes caractères, à un degré encore plus marqué. Le sang des autres parties du corps n offrait rien de semblable.
Une demi-livre d’assa-fœtida dissous dans une égale quantité de miel fut donnée à un cheval; l’animal fut ensuite nourri comme à l’ordinaire, et tué seize heures après. L’odeur d’assa-fœtida fut distinguée dans les veines de l’estomac, de l’intestin grêle et du cæcum; elle ne fut point remarquée dans le sang artériel, non plus que dans la lymphe.
J’ai parlé, à l’article des V aisseaux lymphatiques , des expériences que J. Hunter a faites pour prouver que ces vaisseaux sont les agents exclusifs de l’absorption : cet auteur en a fait aussi pour démontrer que les veines n’absorbent point; mais ces dernières ne sont guère plus satisfaisantes ni plus exactes que celles dont il a déjà été fait mention.
«Je pris, dit J. Hunter, une portion de l’intestin d’un mouton, après lui avoir incisé les parois abdominales; je la liai par les deux extrémités, et la remplis d’eau chaude : le sang qui revenait par la veine de cette partie ne parut nullement plus
Expérience
sur
l’ab sorption veineuse.
délayé ni plus léger que celui des autres veines; alors je liai l’artère et toutes ses communications, et j’examinai l’état de la veine. Elle ne se gonflait point, son sang ne devenait pas plus aqueux ; elle ne donnait ainsi aucune indication de la présence de l’eau dans sa cavité. Donc les veines n’absorbent point ( i }. »
Combien d’objections se présentent pour quiconque veut de la précision dans les expériences ! Comment J. Hunter a-t-il pu juger, sur le simple aspect, que, dans les premiers moments, l’eau n’a pas été absorbée et ne s’est point mêlée avec le sang de la veine? Ensuite, comment cet auteur, d’ailleurs si recommandable , a-t-il pu croire que la veine continuerait son action, l’artère étant liée? 11 aurait dû déterminer d’abord l’effet delà ligature d’une artère sur le cours du sang dans la veine qui y correspond, et c’est ce qu’il n’a point fait.
Expérience Dans une autre expérience , le même physiolo-
l’absorption giste a injecté du lait chaud dans une portion d’intestin ; quelques instants ensuite , il a ouvert la veine mésentérique , recueilli le sang qui s’est écoulé; et de ce qu’il n’y a pas reconnu de trace de lait, il en a conclu qu’il n’y a pas eu d’absorption de ce liquide par la veine. Mais , du temps de Hunier, on était loin de pouvoir s’assurer par aucun
(i) Medical Commcntaries, chap. V.
moyen de l'existence d’une petite quantité de lait dans une certaine quantité de sang ; à l’époque actuelle , où la chimie animale est bien plus avancée, ou saurait à peine surmonter cette difficulté.
Ces deux expériences ne peuvent porter aucune atteinte à la théorie de l’absorption veineuse. Les autres , au nombre de six, loin d'être concluantes, sont, au contraire, bien plus défectueuses.
Enfin , s’il était nécessaire de déduire du raisonnement de nouvelles preuves en faveur de la propriété absorbante des veines , je rappellerais que , dans beaucoup d’endroits du corps où l’anatomie la plus exacte n’a jamais pu découvrir que des vaisseaux sanguins et point de vaisseaux lymphatiques, tels que l’œil , le cerveau , le placenta, etc., l’absorption s’y fait avec autant de promptitude que partout ailleurs; j’ajouterais que tous les animaux non vertébrés qui ont du sang 11e présentent point de lymphatiques, et que cependant l’absorption y est manifeste. Je dirais , enfin, que le canal thoracique est beaucoup trop petit pour donner aussi promptement passage aux matières absorbées dans toutes les parties du corps, et particulièrement aux boissons (1). Tous ces phénomènes s’en-
Raisonnement en faveur de l’absorption veineuse.
(1) Quelques personnes boivent jusqu’à douze litres et plus d’eau minérale en quelques heures, et les rejettent à peu près dans le même temps en urinanl.
tendent sans difficulté, dès que l’absorption des veines est reconnue.
Les faits, les expériences et le raisonnement concourent donc en faveur de l’absorption veineuse ( 1 ).
Tel était l’état de la question lorsque j’ai publié la première édition de cet ouvrage; mais depuis cette époque la science a fait un pas important, elle a perdu un préjugé et acquis un fait général d’un extrême intérêt.
On croyait (il a été un temps où la physiologie était tout entière composée de croyances), on croyait, dis-je, que les tissus vivants, et particulièrement les membranes, les parois des vaisseaux, etc., par cela seul qu’ils étaient vivants, ne pouvaient point s’imbiber des diverses substances par lesquelles ils s’imbibent aisément après la mort ; et l’on partait de cette idée pour recourir à un phénomène vital, dès qu’il s’agissait d’expliquer l’absorption. On n’avait pas même songé à y
^1) Pour résumer tout ce qui a rapport aux organes de l’absorption, considérée en général, on peut dire, i° qu’il est certain que les vaisseaux chylifères absorbent le chyle; 20 qu’il est douteux qu’ils absorbent autre chose; 3° qu’il n’est pas démontré que les vaisseaux lymphatiques soient doués de la faculté absorbante, et qu’il est prouvé que les veines jouissent de cette propriété. (irc édit.)
DE PHYSIOLOGIE. 2" l
chercher un phénomène physique, et moi-meme, qui ai travaillé vingt ans sur ce sujet, l’idée ne m’en était pas venue ( 1 ).
J’ai prouvé par une série d’expériences que les tissus vivants s’imbibent de toutes les matières liquides qui les touchent; le même effet se produit avec les substances solides, pourvu qu’elles soient solubles dans nos humeurs et particulièrement dans le sérum du sang.
Ce fait général étant établi, l’absorption, qui a tant occupé les physiologistes, qui a tant exercé
(i) I.a répugnance extrême à convenir de notre ignorance, et le penchant à créer des romans pour remplir les vides de la science, sont des phénomènes intellectuels aussi remarquables qu'ils sont nuisibles aux progrès de nos connaissances. On ignorait comment se fait l’absorption . au lieu d’en convenir tout simplement, ce qui aurait excité à faire des recherches, quelqu’un s’est avisé de dire que les tissus vivants ne se laissaient pas imbiber comme après la mort f qu’il y avait des bouches absorbantes qui prenaient avec discernement certaines substances , et repoussaient les autres. Cette petite histoire a beaucoup plu aux physiologistes; ils l’ont répétée, y ont cru fermement, et dès lors personne n’a su que le mécanisme de l’absorption n’était point connu, et par conséquent personne n’a même pensé à en faire un objet de recherche. Tel eet le mal que font, sans s’en douier, ceux qui, dans f s sciences, se livrent à leur imagination ; tel est le mal que font à l’humanité les médecins qui tombent dans les mêmes erreurs.
Expériences
sur
l’imbibition
des
tissus vivants.
Expériences
sur
l’imbibilion.
leur imagination, produit tant de disputes, devient un phénomène des plus sensibles et presque entièrement physique. On ne discutera plus si ce sont les veines ou les lymphatiques qui absorbent, puisque tous les tissus sont doués de cette propriété.
Toici toutefois quelques expériences qui mettent, je crois, la question hors de doute. Je les extrais de mon mémoire sur le mécanisme de l’absorption (1).
Dans une leçon publique sur le mode d’action
des médicaments, je montrais, sur l’animal vivant, quels sont les effets de l’introduction d’une certaine quantité d’eau à 5o° centigr. dans les veines. En faisant cette expérience, il me vint dans l’idée de voir quelle serait l’influence de la pléthore artificielle que je produisais, sur le phénomène de l’absorption. En conséquence , après avoir injecté près d’un litre d’eau dans les veines d’un chien de taille moyenne, je mis dans sa plèvre. une légère dose d’une substance dont les effets m’étaient bien connus. Je fus frappé de voir ces effets ne se montrer que plusieurs minutes après l’époque où ils se montrent ordinairement. Je relis aussitôt l’expérience sur un autre animal, et j’obtins un résultat semblable.
( i) Voyez mon Journal de Physiologie, tom. I, cahier i .
Dans plusieurs autres essais les effets se montrèrent bien à 1 époque où ils devaient se développer; mais ils furent sensiblement plus faibles que ne le comportait la dose de la substance soumise à l’absorption , et ils se prolongèrent de beaucoup au-delà de leur terme ordinaire.
Enfin, dans une autre expérience où j’avais introduit autant d’eau (environ deux litres) que l’animal pouvait en supporter sans cesser de vivre -, les effets ne se manifestèrent plus du tout : l’absorption avait probablement été empêchée. Après avoir attendu près d’une demi-heure des effets qui ne demandent qu 'environ deux minutes pour se développer, je fis le raisonnement suivant : si la distension des vaisseaux sanguins est ici la cause du défaut d’absorption, la distension cessant, l’absorption doit avoir lieu. Aussitôt je fis faire une large saignée à la veine jugulaire de l’animal soumis à mon expérience, et je vis, avec la plus grande satisfaction, les effets se manifester à mesure que le sang s’écoulait.
Je pouvais d’ailleurs faire l’expérience opposée, c’est-à-dire diminuer la quantité du sang et voir si l’absorption serait plus prompte : c’est ce qui arriva exactement comme je l avais prévu. Un animal fut saigné , et privé ainsi d’une demi-livre de sang environ : des effets qui n’auraient dû arriver qu’après la deuxième minute se montrèrent avant la trentième seconde.
Expériences
sur
l’imbibilion.
Effet de la pléthore sur l’absorption.
iS
Expériences
sur
riuibibilion.
Cependant on pouvait encore soupçonner que c’était moins la distension des vaisseaux sanguins que le changement de nature du sang qui s était opposé à l’absorption. Pour lever cette difficulté je fis l’expérience suivante : une grande et large saignée fut pratiquée à un chien; on remplaça le sang qu’il venait de perdre par de l’eau à f\0° cent. , et on introduisit dans sa plèvre une quantité déterminée de dissolution de noix vomique : les suites en furent aussi promptes et aussi intenses que si la nature du sang n’avait point été changée. C’était donc à la distension des vaisseaux qu’il fallait attribuer le défaut ou la diminution de l’absorption.
Dès lors je devins, pour ainsi dire, maître d’un phénomène qui jusque-là avait été pour moi un mystère impénétrable. Pouvant m’opposer à son développement, le produire, le rendie prompt, tardif, intense, faible, il était difficile que sa nature échappât entièrement à mon investigation.
En réfléchissant sur la constance et la régularité du phénomène, il n’était guère possible de le rapporter à ce que les physiologistes nomment action vitale ; telle que l’action des nerfs, la contraction des muscles, la sécrétion des glandes, etc. Il était beaucoup plus raisonnable de le rapprocher de quelque phénomène physique ; et, parmi les conjectures que l’on pouvait se permettre à cet égard , celle qui ferait dépendre l’absorption de l’attraction capillaire des parois vasculaires, pour les matières
DE PHYSIOLOGIE. 2m)
absorbées , était sans doute la plus probable : elle réunissait en effet tous les faits observés. Car, en supposant que cette cause préside à l’absorption, les substances solides non solubles dans nos humeurs , ne pouvant pas traverser les parois des petits vaisseaux , devaient résister à l’absorption ; ce qui est exact. Les solides capables , au contraire, de se combiner avec nos tissus, ou seulement de se dissoudre dans le sang, devaient être aptes à être absorbés ; ce qui est encore conforme aux faits. La plupart des liquides, pouvant mouiller ou imbiber avec promptitude les parois vasculaires, quelle que fût d’ailleurs leur nature chimique , devaient éprouver une absorption rapide ; ce que donne l’expérience , même pour les liquides caustiques. Dans la même hypothèse , plus les vaisseaux seraient distendus, et moins leur pouvoir absorbant serait marqué , et il pouvait arriver un moment où ce pouvoir ne serait plus sensible. Plus les vaisseaux seraient nombreux, plus iis seraient ténus, plus l’absorption serait rapide, puisque les surfaces absorbantes seraient plus étendues.
Cette action des parois une fois reconnue , rien n était plus facile que de comprendre comment les substances absorbées sont transportées vers le cœur, puisque dès qu’elles sont parvenues à la surface intérieure des parois , elles doivent être aussitôt entraînées par le courant sanguin qui existe dans les plus petits vaisseaux.
Expériences
sur
l’imbibition.
Exp»:i irnccs sur
l’imhibition.
J étais d’autant moins éloigné de repousser cette supposition, que je me rappelais clairement qu’en empoisonnant un animal en lui enfonçant une flèche de Java dans l’épaisseur de la cuisse, toutes les parties molles qui environnent la blessure se colorent en jaune brunâtre à plusieurs lignes d’épaisseur, et prennent la saveur amère du poison.
Mais une supposition qui lie le mieux un certain nombre de phénomènes connus n’est au fond qu’une manière plus commode de les exprimer; elle ne prend le caractère de théorie qu’autantqu’elle est confirmée par des expériences suffisamment variées.
Je dus par conséquent faire de nouvelles recherches pour voir à quel moment ma supposition ne serait plus admissible.
L’affinité des parois vasculaires pour les matières absorbées étant supposée la cause, ou, si l’on veut, l’une des causes de l’absorption, cet effet devait se produire aussi bien après la mort que durant la vie. Ce fait pouvait être facilement constaté pour les vaisseaux d’un certain calibre; mais en tenant compte de leur diamètre, de l’épaisseur et de la moindre étendue de leurs parois, relativement à la capacité du canal, l’expérience devait donner une absorption faible à la vérité, mais appréciable.
Je pris donc un bout de la veine jugulaire externe d’un chien (cette portion de vaisseau, dans
une étendue de plus de trois centimètres, ne recevait aucune branche). Je la dépouillai du tissu cellulaire environnant, j’attachai à chacune de ses extrémités un tube de verre, au moyen duquel j’établis un courant d’eau tiède dans son intérieur. Je plongeai alors la veine dans une liqueur légèrement acide, et je recueillis avec soin le liquide du courant intérieur.
On voit, par la disposition de l’appareil, qu’il ne pouvait y avoir aucune communication entre le courant intérieur d’eau tiède et le liquide acide extérieur.
Les premières minutes, la liqueur que je recueillais ne changea pas de nature; mais après cinq ou six minutes l’eau devint sensiblement acide. L’absorption avait eu lieu.
Je répétai cette expérience avec des veines prises sur des cadavres humains; l’effet fut le même.
Le phénomène se montrant sur des veines, rien ne s’opposait à ce qu’il ne se manifestât sur des artères. Je fis donc l’expérience avec une artère carotide d’un petit chien mort la veille, et j’obtins un résultat absolument semblable : en outre je remarquai que plus l’acidité de la liqueur extérieure était grande , plus la température était élevée, et plus le phénomène se produisait promptement (1).
Expérience