MIC
l’imbibilion
(1) Ce résultat n’est exact cependant que dans certaines
Expériences
sur
l’imbibition.
Si 1’absorption capillaire était produite sur de gros vaisseaux morts, pourquoi n’aurait-elle pas lieu sur les mêmes vaisseaux vivants?
Si l’expérience ne donnait pas ce résultat, tous mes raisonnements allaient être confondus et ma supposition détruite. J étais d’autant moins rassuré sur la réussite de l’expérienee, que j’avais présent à l’esprit ce qu’on entend dire chaque jour sur les changements que la vie apporte dans les propriétés physiques de nos organes.
Cependant, comme je me suis souvent bien trouvé dans mes recherches de douter des idées généralement reçues, je ne me décourageai point et fis l’expérience que je vais dire.
Je pris un jeune chien d’environ six semaines; à cet âge, les parois vasculaires sont minces, et par suite plus propres à la réussite de l’expérience. Je misàdécouvert l’une des veines jugulaires, je l’isolai parfaitement dans toute sa longueur; je la dépouillai avec soin de ce qui la revêtait, et surtout du tissu cellulaire et de quelques petits vaisseaux qui s’y ramifiaient : je la plaçai sur une carte, afin quelle n’eût aucun contact avec les parties environnantes. Alors je laissai tomber à sa surface, et vis-à-vis le milieu de la carte, une disso-
! imite s ; car si la température est voisine de celle de l’eau bouillante, si l’acidité devient un peu forte, le vaisseau se racornit, et l’absorption est beaucoup plus lente.
lution aqueuse et épaisse, d extrait alcoolique de noix vomique, substance dont l’action est trèsénergique sur les chiens; j’eus soin qu’aucune parcelle de poison ne pût toucher autre chose que la veine et la carte , et que le cours du sang fût libre à l’intérieur du vaisseau. Avant la quatrième minute les effets que j’attendais se développèrent, d’abord faibles, mais ensuite avec assez d’activité pour que je dusse m’opposer à la mort de l’animal par l’insufflation pulmonaire.
Je devais répéter cette expérience; mais je ne pus me procurer qu’un animal adulte, beaucoup plus gros que le précédent, et dont, par conséquent, les parois des veines étaient plus épaisses, les mêmes effets se montrèrent; mais, comme on devait le présumer, ils furent plus tardifs, et ne se développèrent qu’après la dixième minute.
Satisfait de ce résultat pour les veines, je dus m’assurer que les artères présentaient des propriétés analogues. Cependant les artères ne sont pas sur l’animal vivant dans les mêmes conditions physiques que les veines. Leur tissu est moins spongieux, il est plus consistant; les parois sont beaucoup plus épaisses à diamètre égal, et, de plus, elles sont incessamment distendues par l’effort du sang poussé par le cœur. Il était donc facile de prévoir que si le phénomène de l’absorption se montrait, il serait plus lent à se développer que dans les veines. C’est ce que l’expérience
Expériences
sur
Timbibition.
Expériences ‘ h r
l’imbibilion.
confirma dans deux gros lapins, dont je dépouillai, avec le plus grand soin, l’une des artères carotides. Il fallut plus d’un quart d’heure avant que la dissolution de noix vomique pût traverser les parois de l’artère.
Bien que j’aie cessé de mouiller le vaisseau aussitôt que je vis les effets se manifester, un des lapins mourut. Alors, pour m’assurer que le poison avait réellement traversé les parois artérielles, et qu’il 11’avait point été absorbé par de petites veines qui auraient pu se soustraire à ma dissection , je détachai avec soin le vaisseau qui avait servi à l’expérience , je le fendis dans toute sa longueur, et je fis goûter aux personnes qui m’assistaient le peu de sang qui était resté adhérent à la surface intérieure : elles y reconnurent toutes, et j’y reconnus moimême , l’extrême amertume de l’extrait de noix vomique.
Il était donc bien positif que les parois des gros vaisseaux absorbent , soit pendant la vie , soit après la mort. Il ne s’agissait plus que de donner des preuves directes que les petits vaisseaux jouissent de la même propriété : leur extrême ténuité, leur multiplicité , le peu d’épaisseur et l’étendue considérable de leurs parois, étaient autant de conditions propres à favoriser la production du phénomène.
Pour le développer après la mort , il fallait trouver une membrane dans les vaisseaux de laquelle
on pût établir un courant intérieur qui simulât le cours du sang. J’avais d’abord choisi une portion d’intestin; mais je fus obligé de renoncer à cette entreprise, parce qu’il se faisait une extravasion considérable dans le tissu cellulaire, et que le liquide ne passait que très-difficilemenl de l’artère dans la veine. Je pris le cœur d’un chien mort depuis la veille; je poussai dans une des artères coronaires de l’eau à 5o° centigrades. Cette eau revint facilement, par la veine coronaire, jusque dans l’oreillette droite , d’où elle s’écoulait dans un vase. Je fis verser dans le péricarde une demionce d’eau légèrement acide. D’abord l’eau injectée ne donna aucun signe d’acidité ; mais il suffit de cinq à six minutes pour qu’elle en présentât des traces non équivoques. Le fait était donc évident pour les petits vaisseaux morts ; quant aux petits vaisseaux vivants , je n’avais pas besoin de recourir à de nouveaux essais, ni de sacrifier de nouveaux animaux. Les expériences que j’ai consignées dans mon Mémoire sur les organes de l’absorption dans les mammifères ne laissent aucun doute à cet égard , d’après le jugement de l’Académie des Sciences elle-même.
Une seule objection pouvait encore être offerte : c’est que les membranes , qui sont perméables après la mort , ne paraissent pas l’être durant la vie. Sur le cadavre , la bile transsude dans le péritoine , colore en jaune les parties qui environnent la vési-
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sur
l’imbibition.
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l’imbibition.
cule du fiel ; ce qui ne paraît point avoir lieu sur le vivant. Le fait delà perméabilité des membranes sur le cadavre est vrai , je l’ai trop souvent vu pour le nier; mais en conclure que les membranes sont imperméables durant la vie ne me paraît point indispensable ; car, en supposant que les parois de la vésicule vivante se laissent traverser par la bile, le courant sanguin qui existe dans les petits vaisseaux qui forment en grande partie ces parois doit entraîner la bile à mesure qu’elle les imprègne ; ce qui n’a pas lieu après la mort, puisque la circulation ne se fait plus, et que rien ne peut enlever la matière qui imbibe les vaisseaux. D’ailleurs j’ai souvent observé que, même sur les animaux vivants, les membranes se pénètrent et se colorent des matières avec lesquelles elles sont en contact. Par exemple, si l’on introduit dans la plèvre d’un jeune chien une certaine quantité d’encre, il faut à peine une heure pour que la plèvre, le péricarde, les muscles intercostaux et la surface du cœur elle -même, soient sensiblement colorés en noir (1).
Il me paraît donc hors de doute que tous les vaisseaux sanguins, artériels et veineux, morts ou vivants, gros ou petits, présentent, dans leurs parois,
(1 ) On voit encore mieux ce phénomène sur des animaux plus petits, tels que lapins. cochons-d’Inde, souris, etc/.
une propriété physique propre à rendre parfaitement raison des principaux phénomènes de l'absorption. Affirmer que cette propriété est la seule qui les produise, ce serait aller au-delà de ce que commande une saine logique; mais du moins, dans l'état présent des faits, je n’en connais point qui infirme cette explication : ils viennent tous , au contraire , se ranger deux-mêmes autour de ce fait principal.
Par exemple, Lavoisier et M. Séguin ont prouvé, par une suite d’expériences intéressantes, que la peau n’absorbe point l’eau, ni aucune autre substance, tant qu’elle est revêtue de son épiderme. Mais l’épiderme n’est point de la même nature que les parois vasculaires ; c’est une sorte de vernis qui ne se laisse point imbiber, ce que chacun peut voir sur lui-même quand il prend un bain : mais aussitôt que l’épiderme est enlevé, la peau absorbe comme toutes les autres parties du corps, parce que les parois de ses vaisseaux sont en contact immédiat avec les matières destinées à être absorbées. De là la nécessité de placer sous l’épiderme les substances que l’on veut faire absorber, dans l’inoculation et la vaccine ; de là aussi la nécessité de longues frictions , et souvent l’emploi des corps gras, pour faire absorber certains médicaments par la peau revêtue de son épiderme ; de là encore la préférence que l’on donne pour faire des frictions
Expériences
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Cimbibition.
Expériences
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l’imbibiliun.
aux parties de la peau où l’épiderme a le moins d’épaisseur (1).
C’est sur ce fait physiologique-, bien simple aujourd’hui qu’il est connu, mais que je me fais gloire d’avoir démontré par des preuves irrécusables, qu’est fondée la méthode endermique d’employer les médicaments. Elle consiste à enlever l’épiderme au moyen d’un vésicatoire , et à saupoudrer la surface dénudée avec la substance que l’on veut faire promptement absorber. Cette méthode rend aujourd’hui de grands services en thérapeutique.
Je citerai encore pour exemple l’absorption qui se fait dans toutes les parties du corps sur les substances les plus irritantes, et même sur les substances capables d’altérer chimiquement nos tissus.
(1) Cependant avec le temps l’épiderme peut aussi s’imbiber; cela se voit tous les jours après l’application d’un cataplasme, il devient blanc, opaque, et s’épaissit beaucoup; Pimbihition s’y fait même assez facilement de la face externe à l’interne. Si vous prenez l’épiderme d’un doigt, et que vous le retourniez de manière à ce que la face externe devienne interne, si vous remplissez d’eau la cavité, et que vous fermiez avec un fd l’ouverture, l’eau transsudera promptement à la surface, et s’évaporera en quelques heures; si, au contraire, vous laissez la face externe en dehors , l’eau ne s’évapore qu’avec une extrême lenteur, et le doigt rempli d’eau et exposé à l’air ne perdra que quelques grains en vingt-quatre heures. ( frayez Transpiration cutanée.)
DE PHYSIOLOGIE. 2i85
Ce fait est entièrement contraire à l’idée que l’absorption a une action purement vitale, et qu’il y a une sorte de choix exercé par les orifices absorbants ; mais il n’a plus rien de particulier dès l’instant que l’on rapproche l’absorption d’une propriété physique.
Celle-ci aurait besoin d’être étudiée d’une manière spéciale, d’être suivie dans chaque tissu pendant la vie et après la mort, d’être examinée sous le rapport des diverses matières qui s’imbibent. Jusqu’ici les membranes séreuses et le tissu cellulaire m’ont paru, surtout durant la vie, probablement à cause de la température élevée, être les meilleurs agents de l’imbibition. Une goutte d’encre, par exemple, mise sur le péritoine, s’y imbibe aussitôt, s’étend en une large plaque arrondie, qui n’occupe, en profondeur, que la membrane séreuse; il faut beaucoup plus de temps pour que les tissus sous-jacents se pénètrent des substances absorbées.
Un fait très-important qui a été observé par l’un de mes collaborateurs, M. Fodéra , c’est que le galvanisme accélère singulièrement l’absorption, ou plutôt l’imbibition. Du prussiate de potasse est injecté dans la plèvre, du sulfate de fer est introduit dans l’abdomen d’un animal vivant : dans les conditions ordinaires, il faut cinq ou six minutes avant que les deux substances ne soient mises en contact par leur imbibition à travers le diaphragme;
Influence
du
galvanisme
sur
l’imbibition.
Influence
de
l’obstruction des veines sur les hydropisies.
mais le mélange est instantané si ron soumet le diaphragme à un léger courant galvanique. Le même phénomène s’observe si run des liquides est placé dans la vessie urinaire, et l’autre dans l’abdomen ou bien dans le poumon et dans la cavité de la plèvre. (Voyez mon Journal de Physiologie , tom. III, page 35.)
La théorie que j’ai exposée sur l’absorption par les veines vient d’ètre confirmée d’une manière remarquable par les observations pathologiques de M. le docteur Bouillaud. En étudiant avec attention les œdèmes partiels des membres, il a reconnu qu’elles coïncidaient constamment avec l’oblitération plus ou moins complète des veines de ia partie infiltrée. Ce sont ordinairement des caillots fibrineux qui obstruent les vaisseaux; quelquefois les veines sont comprimées par des tumeurs circonvoisines. D’après quelques observations analogues, M. Bouillaud est porté à supposer que les hydropisies du péritoine sont dues à la difficulté du passage du sang à travers le foie; et en effet, il est bien rare que les ascites un peu considérables et anciennes ne soient pas liées avec une lésion apparente de cet organe ( 1 ).
(i) J’ai ouvert, à l'hôpital de la Pitié, le corps d’un homme qui avait succombé à un cancer du foie; il y avait ascite peu considérable, ce qui rentre dans les idées de M. Bouillaud, et de plus, chose très-remarquable, il y avait
Passage du sang veineux à travers les cavités droites
du cœur.
Si le cœur d’un animal vivant est mis à découvert, on reconnaît aisément que 1 ^oreillette et le ventricule droits se resserrent et se dilatent alter-
Jeu des cavités droites du cœur.
une très-grande quantité de liquide dans l’intestin grêle; on aurait dit qu’il y avait hydropisie en dehors et en dedans de cet intestin. Je fis introduire un tube dans la veine porte, et par ce tube je fis pousser une injection d’eau à traders le foie ; le liquide arriva sans trop de difficulté jusqu’à l’oreillette droite; le foie n'était donc pas complètement obstrué : mais aussi la désorganisation 11’était pas très-profonde, on reconnaissait encore le tissu de l’organe; çà et là se voyaient seulement quelques traces de dégénérescence lardacée ; le reste du parenchyme était granulé et jaune, le foie était revenu sur lui-même, et comme racorni. Je ne regarde pas ce fait comme opposé à l’explication de M. Bouillaud, car il se peut que le foie, encore perméable à une injection d’eau, ait cessé, en tout ou en partie, de l’être au sang; or, d’après mes expériences sur l’absorption, il suffît d’une simple distension des vaisseaux sanguins pour ralentir et même pour empêcher l’absorption, ou, en d’autres termes, i’imbibition de leurs parois : il se peut encore que la force avec laquelle l’injection a été poussée à travers le foie ait été de beaucoup supérieure à celle qui faisait marcher le sang dans la veine porte chez le sujet dont ii est ici question. Dans tous les cas on ne peut guère se lefuser à penser qu’une lésion générale du foie, dans laquelle son tissu est sensiblement modifié, ne soit un obstacle à la circulation du sang à travers ce viscère.
Jeu
de Poreillelle droite.
nativement. Ces mouvements sont tellement combinés que le resserrement de l’oreillette arrive concurremment avec la dilatation du ventricule, et, vice versât la contraction du ventricule a lieu dans l’instant de la dilatation de l’oreillette, Ni l’une ni l’autre de ces cavités ne peuvent se dilater sans être remplies aussitôt par le sang, et quand elles se resserrent, elles expulsent nécessairement une partie de celui qu’elles contiennent, mais tel est le jeu des valvules tricuspides et sygmoïdes, que le sang est obligé de passer successivement de l’oreillette dans le ventricule, et celui-ci dans l’artère pulmonaire.
Entrons dans les détails de ce curieux mécanisme.
J’ai dit que le sang des trois veines qui aboutissent à l’oreillette droite fait un effort assez considérable pour y pénétrer. Si elle est contractée, cet effort est sans effet; mais aussitôt qu’elle se relâche, le sang se précipite dans sa cavité, la remplit, en distend ses parois ; il pénétrerait immédiatement dans le ventricule si celui-ci ne se contractait pas à cet instant. Le sang se borne donc à remplir exactement la cavité de l’oreillette; mais bientôt celle-ci se contracte, comprime le sang , qui s’échappe vers le lieu où la pression est moindre ; or, il n’y a que deux issues : i° les veines caves, 20 l’ouverture qui conduit dans le ventricule. Les colonnes sanguines qui arrivent
à l'oreillette opposent une certaine résistance à son passage dans les veines caves où il reflue. Il trouve au contraire toute facilité pour entrer dans le ventricule, puisque celui-ci se dilate avec une certaine force, tend à produire le vide, et par conséquent aspire le sang de l’oreillette, loin de le repousser.
L’oreillette ne saurait, à raison du peu d’épaisseur de ses parois, offrir une dilatation aspiratoire
ainsi que plusieurs physiologistes l’ont avancé.
Étudiée sur un cœur vivant mais vide, elle se contracte, puis elle se relâche, mais ce dernier moment est plutôt une détente élastique de ses fibres raccourcies qu’une dilatation active; en tous cas, ce mouvement est trop faible pour attirer le sang des veines caves et aspirer ce liquide. C’est, au contraire, le sang, qui, par la force d’impulsion qui l’anime, pénètre dans la cavité de l’oreillette et distend promptement ses parois.
Le jeu de l’oreillette se fait quelquefois, ainsi que je l’ai observé, d’une tout autre manière : la n contraction n’a point lieu, sa cavité reste constamnment distendue par le sang; seulement au momient où le ventricule droit se dilate pour recevoir de sang, il se fait un léger resserrement de l’oreillette, resserrement qui est dû, non à sa contraction vitale, mais à son élasticité.
Tout le sang qui sort de l’oreillette ne passe pas Reflux du cependant dans le ventricule; l’observation a ap- vemes^cTves?8 pris depuis long-temps qu’à chaque contraction de
Fouis
veineux.
l’oreillette, une certaine quantité de liquide rellue dans les veines caves supérieures et inférieures. L’ondulation produite par cette cause se fait quelquefois sentir jusqu’aux veines iliaques externes, et dans les jugulaires; elle influe sensiblement, comme on verra, sur le cours du sang dans plusieurs organes, et surtout dans le cerveau.
La quantité de sang qui reflue de cette manière varie suivant la facilité avec laquelle ce liquide pénètre dans le ventricule. Si , à l’instant de sa dilatation, le ventricule contient encore beaucoup de sang qui n’a pu passer par l’artère pulmonaire, il 11e pourra recevoir qu’une petite quantité de celui de l’oreillette, et dès lors le reflux sera plus considérable et s’étendra plus loin.
C’est ce qui arrive quand le cours du sang dans l’artère pulmonaire est ralenti, soit par quelques obstacles résidant dans le poumon, soit parce que le ventricule a perdu de la force avec laquelle il se contracte. Le reflux dont nous parlons est la cause du battement qui se voit dans les veines de certains malades, et qui porte le nom de pouls veineux .
11 ne peut rien se passer de semblable dans la veine coronaire, car son embouchure est garnie d’une valvule qui s’abaisse dans l’instant de la contraction de l’oreillette.
L’instant où l’oreillette cesse de se resserrer est celui où le ventricule entre en contraction ;
Je sang qu’il contient est pressé fortement, et tend à s’échapper de tous côtés : il repasserait d’au- d tant plus aisément dans l’oreillette, que, comme nous l’avons déjà dit plusieurs fois, elle se relâche dans cet instant; mais la valvule tricuspide , qui garnit l’ouverture orieulo - ventriculaire , s’oppose à ce reflux. Soulevée par le liquide placé au-dessous d’elle, et qui tend à passer dans l’oreillette, elle cède , jusqu’à ce quelle soit devenue perpendiculaire à l’ axe du ventricule ; alors ses trois divisions ferment à peu près complètement l’ouverture ; et comme les colonnes charnues tendineuses ne leur permettent point d’aller plus loin , véritable soupape elle résiste à l’effort du sang , et l’empêche ainsi de passer dans l’oreillette.
Il n’en est pas de même du sang qui, pendant la dilatation du ventricule, correspondait à la face oriculaire de la valvule ; dans le mouvement de celle-ci il est soulevé et reporté dans l'oreillette , où il se mêle avec celui qui vient des veines caves et coronaires.
PSe pouvant vaincre la résistance à la valvule tricuspide , le sang du ventricule n’a plus d’autre issue que l’artère pulmonaire , dans laquelle il s’engage en soulevant les trois valvules sygmoïdes qui soutenaient la colonne de sang contenu dans l’artère pendant la dilatation du ventricule.
La dilatation du ventricule qui succède à sa contraction se fait avec une telle énergie, que beaucoup
Action
ventricule
droit.
Action
lin ventricule droit.
de personnes pensent que cette dilatation est active , et qu’elle résulte d’une propriété vitale particulière des parois ventriculaires. Je ne sais aucune raison plausible pour reconnaître comme exacte et véritable une telle supposition , et ne vois pas pourquoi la dilatation du ventricule ne serait pas un simple retour des libres contractées à leur longueur de repos par l’effet de leur élasticité. Quoi qu’il en soit de la cause par laquelle les ventricules se dilatent, elle est très-intense , car si vous prenez dans la main le cœur d’un animal vivant, vous êtes surpris de l’énergie avec laquelle la dilatation s’effectue. Le ventricule exerce donc une puissante aspiration sur le sang contenu dans l’oreillette, et qui, déjà pressé par sa force d’impulsion propre, et par la contraction de l’oreillette, pénètre brusquement dans la cavité du ventricule, et en produit une distension rapide. La promptitude de cette distension est telle qu’elle détermine le choc de la partie antérieure du ventricule sur le sternum, et donne naissance à un bruit particulier que l’oreille distingue facilement, et qui mérite toute l’attention du médecin. Ce bruit a été attribué, mais sans fondement, tantôt à la contraction de l’oreillette , tantôt au choc du sang sur les parois du ventricule au moment de son entrée dans sa cavité. Mais ces explications du bruit dont nous parlons sont erronées, car un cœur mis à nu et en action ne produit plus aucun bruit si le sternum est enlevé ou simplement
droites du cœur
écarté. Le bruit se fait entendre de nouveau dès que le sternum est rétabli dans sa position. ÎN ou s reviendrons sur cettejquestion’à l'occasion de la contraction du ventricule gauche.
Je viens d’exposer les phénomènes les plus apparents et les plus connus du passage du sang veineux à travers les cavités droites du cœur; il en est plusieurs autres qui me paraissent mériter une attention particulière :
A. On aurait une idée inexacte si l’on croyait Remarques que, dans la contraction du ventricule ou de 1 O- des cavités reillette , ces cavités se vident complètement du sang quelles contiennent : en observant le cœur d’un animal vivant, on voit bien, dans l’instant de la contraction, l’oreillette ou le ventricule diminuer sensiblement de dimension ; mais il est évident qu’à l’instant où la contraction s’arrête , une certaine quantité de sang se trouve encore soit dans l’oreillette , soit dans le ventricule.
Il n’y a donc qu’une partie du sang de l’oreillette qui passe dans le ventricule quand elle se contracte. Il en est de même pour le sang du ventricule , dont une portion seulement passe dans l’artère pulmonaire lorsque le ventricule entre en contraction ; et ces deux cavités sont donc réellement toujours pleines de sang. Comment déterminer la proportion du sang qui se déplace , et celle du sang qui reste? Elles doivent être variables suivant l’a force avec laquelle se contracte le ven-
Remarques sur le jeu des cavités droites du cœur.
tricule ou l’oreillette , la facilité du passage du sang ‘dans l’artère pulmonaire , la quantité de sang contenue dans l’oreillette ou le ventricule, la pression des trois colonnes sanguines qui débouchent dans l’oreillette , etc.
L’effort qu’exerce le sang qui arrive à l’oreillette est quelquefois si considérable, que celle-ci ne peut plus se contracter ; elle reste distendue fortement pendant des heures entières; c’est seulement dans l’instant où le ventricule se relâche qu’en raison de son élasticité elle revient un peu sur elle-même. Ce phénomène arrive particulièrement dans les moments de grande distension du système veineux. Il donne une nouvelle preuve que 1 élasticité peut remplacer la contractilité, et vice versâ. Dans plusieurs maladies de l’oreillette, la circulation doit s’y faire de cette manière.
B. Dès que le sang veineux est arrivé au cœur, il est continuellement agité, pressé, battu par les mouvements de cet organe ; tantôt il reflue dans les veines caves , ou se précipite dans l’oreillette ; tantôt il passe avec rapidité dans le ventricule, et en ressort bientôt pour revenir dans l’oreillette, et retourner immédiatement dans le ventricule; tantôt il pénètre dans l’artère pulmonaire , rentre ensuite dans le ventricule , et éprouve de violentes secousses à chaque déplacement (1).
("OU suiïil d’ayoir pu toucher une seule fois le cœur d’un
Agité, pressé de tant de manières et avec tant de force, le sang doit, pendant son séjour dans les cavités du cœur et dans l’artère pulmonaire , éprouver un mélange plus intime dans ses parties constituantes. Le chyle et la lymphe, que reçoivent les veines sous-clavières , doivent se répartir également dans le sang des deux veines caves. Ces deux espèces de sang doivent aussi se confondre et s’unir complètement.