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C. Je siîis tenté de croire avec Boerliaave que les

colonnes charnues des cavités droites , indépendamment de leurs usages dans la contraction de ces cavités , doivent avoir une assez grande part dans cette collision, ce mélange des divers éléments du sang. En effet, le sang qui se trouve dans 1 oreillette et le ventricule en occupe non-seulement la cavité centrale, mais encore toutes les petites cellules formées par les colonnes; par conséquent, à chaque contraction il est chassé en partie des cellules, et il est remplacé à chaque dilatation par du nouveau sang. Obligé de se partager ainsi en un grand nombre de petites masses afin de pouvoir occuper les cellules , pour se réunir ensuite lorsqu’il sera expulsé , le sang est agité de manière que les divers éléments éprouvent un mélange plus intime et bien nécessaire dans ce liquide , dont les

animal vivant, pour avoir une idée de l’énergie de sa contraction.

Rem arques sur Je jeu des cavités droites du cœur.

Remarques sur le jeu des cavités droites du cœur.

parties constituantes ont une aussi grande tendance à se séparer. Par la même raison, le chyle, la lymphe , les boissons , qui sont apportés au cœur par les veines, et qui n'ont pu encore se mêler assez intimement avec le sang, doivent éprouver ce mélange en traversant ces cellules.

Si l'on veut prendre une idée de l'influence du côté droit du cœur sous ce rapport, on n’a qu’à pousser brusquement une certaine quantité d’air dans la veine jugulaire d’un chien , et examiner le cœur quelques instants après; on verra l’air agité, battu dans l’oreillette et le ventricule, y former une mousse volumineuse dont les aréoles sont trèsfines.

J’ai souvent observé ces phénomènes sur les animaux vivants; j'ai pu dernièrement les constater de nouveau sur un cheval , dont le cœur avait été mis à découvert par une incision aux parties latérales du thorax et par la section d'une côte.

Passage du sang veineux à travers V artère pulmonaire .

Malgré les travaux nombreux des physiologistes sur le mouvement du sang dans les artères , il reste encore beaucoup à faire sur ce sujet.

Ici l’expérience et l'observation sont encore les seuls guides fidèles ; les explications doivent être très-restreintes, car la science qui pourrait les four-

nir, l’hydrodynamique, existe à peine dans tout ce qui a rapport au mouvement des fluides dans les canaux flexibles (i).

Je n’adopterai pas, pour la description du mouvement du sang dans l’artère pulmonaire, la marche suivie par les auteurs ; je préfère parler d’abord du mouvement du sang dans cette artère au moment du relâchement du ventricule droit, et voir ensuite ce qui arrive quand ce ventricule se contracte et qu’il pousse du sang dans l’artère. Cette méthode me paraît avoir l’avantage de mettre dans tout son jour un phénomène dont l’importance ne me paraît pas avoir été suffisamment appréciée.

Supposons l’artère pleine de sang et abandonnée à elle-même, le liquide sera pressé dans toute le-

(i) Je ne puis m’empêcher de citer ici les propres expressions de d’Alembert : «Le mécanisme du corps humain, la vitesse du sang, son action sur les vaisseaux, se refusent à la théorie; on ne connaît ni Faction des nerfs, ni l’élasticité des vaisseaux, ni leur capacité variable, ni la ténacité du sang, ni ses divers degrés de chaleur. Quand même chacune de ces choses serait connue, la grande multitude d’éléments qui entreraient dans une pareille théorie nous conduirait vraisemblablement à des calculs impraticables : c’est un des cas les plus composés d’un problème dont le plus simple serait fort difficile à résoudre. Lorsque les effets de la nature sont trop compliqués, ajoute l’illustre géomètre, pour pouvoir être soumis à nos calculs, l’expérience est la seule voie qui nous reste. »

Action do l’artère pulmonaire.

Action de i’arlère pulmonaire.

Resserrement de l’artère pulmonaire.

Usage des valvules sygmoïdes.

tendue du vaisseau par les parois, qui tendent à revenir sur elles-mêmes et à effacer la cavité; le sang, ainsi pressé, cherchera à s’échapper de tous côtés : or, il n’a que deux voies pour fuir, l’orifice cardiaque, et les vaisseaux infiniment nombreux et ténus qui terminent l’artère dans le tissu du poumon.

L’orifice de l’artère pulmonaire au cœur étant très-large, le sang se précipiterait facilement dans le ventricule s’il n’existait à cet orifice un appareil particulier, destiné à empêcher cet effet : je veux parler des trois valvules sygmoïdes. Appliqués contre les parois de l’artère au moment où le ventricule y pousse une ondée de sang, ces replis deviennent perpendiculaires à son axe; aussitôt que le sang tend à refluer dans le ventricule, ils se placent de telle façon qu’ils ferment complètement l’orifice de ce vaisseau.

A raison de la forme en cul-de-sac des valvules sygmoïdes, le sang qui entre dans leur cavité les gonfle, et tend à donner une figure circulaire à leurs fibres. Or, trois portions de cercle adossées laissent nécessairement entre elles un espace.

Il devrait donc rester entre les valvules de l’artère pulmonaire, quand elles sont abaissées par le sang, une ouverture par laquelle ce liquide pourrait refluer dans le ventricule.

11 est certain que si chaque valvule était seule, elle prendrait la forme demi-circulaire; mais il y

en a trois : poussées par le sang, elles s’appliquent l’une contre l'autre; et comme elles ne peuvent s’étendre autant que leurs fibres le leur permettraient, elles se pressent l’une l’autre, à cause du

petit intervalle où elles sont renfermées, et qui ne leur permet pas de s’étendre. Les valvules prennent donc la figure de trois triangles, dont le sommet est au centre de l’artère, et dont les côtés sont juxta-posés de manière à intercepter complètement la cavité de l’artère. Peut-être que les nœuds ou boutons qui se trouvent alors au sommet de chacun des triangles sont destinés à fermer plus exactement l’artère dans son centre (1).

Pour bien voir cet adossement des trois valvules, il faut pousser doucement de la cire ou du suif fondu dans l’artère pulmonaire, en dirigeant l’injection du côté du ventricule; celle-ci, une fois arrivée aux valvules, les remplit et les applique l’une contre l’autre, et l’orifice du vaisseau se trouve fermée avec assez d’exactitude pour qu’il ne pénètre pas une goulte d’injection dans le ventricule. Quand la cire ou le suif sont solidifiés par le refroidissement, on peut examiner comment les valvules ferment l'ouverture de l’artère.

Ne pouvant refluer dans le ventricule, le sang passera dans les radicules des veines pulmonaires,

Adossement

des

val vides sygmoïdes.

(1) Senae, Traité de la Structure du Cœur, etc;

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Usage des valvules sygmoïdes.

Action de Tarière pulmonaire.

avec lesquelles les petites artérioles qui terminent l’artère pulmonaire se continuent ; et ce passage durera tant que les parois de l’artère presseront avec assez de force le sang qu'elles contiennent, effet qui, à l'exception du tronc et des principales branches, a lieu jusqu’à ce que la totalité du sang soit expulsée.

On pourrait croire que la finesse des petits vaisseaux qui terminent l’artère pulmonaire est un obstacle à l’écoulement : cela pourrait être s’ils étaient en*petit nombre, et si leur capacité totale était moindre ou même égale à celle du tronc ; mais comme ils sont innombrables, et que leur capacité est beaucoup plus considérable que celle du tronc, l’écoulement s’y fait avec facilité. Il est cependant vrai de dire que l’état de distension ou d’affaissement du poumon rend plus ou moins facile ce passage, comme cela est exposé plus loin.

Pour que cet écoulement puisse s’effectuer, avec facilité, il faut que la force de contraction des différentes divisions de l’artère soit partout en rapport avec leur grosseur. Si celle des petites, au contraire, était supérieure à celle des plus grosses, dès que les premières auraient expulsé le sang qui les remplissait, elles ne seraient que peu distendues par le sang provenant des secondes, et l'écoulement du liquide serait très -ralenti : or l’expérience est directement contraire à cette sup-

DE PHYSIOLOGIE. 3o 1

position. Si l’artère pulmonaire d’un animal vivant est liée immédiatement au-dessus du cœur, presque tout le sang contenu dans l’artère au moment où la ligature sera faite, passera assez promptement dans les veines pulmonaires et arrivera au cœur.

Voilà ce qui arrive quand le sang contenu dans l’artcre pulmonaire est exposé à la seule action de ce vaisseau; mais, dans l’état ordinaire, à chaque contraction du ventricule droit, une certaine quantité de sang est poussée avec force dans l’artère; les valvules sont instantanément soulevées ; l’artère et presque toutes ses divisions sont distendues, d’autant plus que le cœur s’est contracté avec plus de force, et qu’il a poussé une plus grande quantité de sang dans l’artère. Immédiatement après sa contraction, le ventricule se dilate, et dès cet distant les parois de l’artère reviennent sur ellesmêmes; les valvules sygmoïdes s’abaissent et ferment l’artère pulmonaire, jusqu’à ce qu’une nouvelle contraction du ventricule les soulève.

Telle est la seconde cause du mouvement du sang dans l’artère qui va au poumon; elle est, comme on voit, intermittente : cherchons à en apprécier les effets; pour cela, voyons les phénomènes les plus apparents du cours du sang dans l’artère pulmonaire.

Je viens de dire que dans l’instant où le ventricule pousse du sang dans l’artère , le tronc et toutes

Action de 1 artère pulmonaire.

Phénomènes du cours du sang dans l’artère pulmonaire.

Cours

du sang dans l’artère pulmonaire.

les divisions d’un certain calibre éprouvent une dilatation évidente. On nomme ce phénomène la pulsation de l'artère. La pulsation est très - sensible près du cœur; elle va en s’affaiblissant, à mesure qu’on s’en éloigne; elle cesse quand l’artère, par suite de sa division , est devenue très-petite.

Un autre phénomène , qui n’est qu’une suite du précédent, s’observe quand on ouvre l’artère. Si c’est près du cœur et dans un lieu où les battements soient sensibles, le sang sort par un jet saccadé ; si l’ouverture est faite loin du cœur, et dans une petite division, le jet est continu et uniforme ; enfin, si on ouvre un des vaisseaux infiniment petits qui terminent l’artère , le sang sort, mais sans former de jet : il se répand uniformément en nappe.

Mous voyons d’abord dans ces phénomènes une nouvelle application du principe d’hydrodynamique déjà cité , relatif à l’influence de la largeur du tuyau sur le liquide qui le parcourt : plus le tuyau s’élargit, plus la vitesse se ralentit. La capacité du vaisseau allant croissant à mesure qu’il avance vers le poumon , il est nécessaire que la vitesse du sang diminue.

Quant à la pulsation de l’artère et à la saccade du sang qui s’en échappe quand elle est ouverte, on voit évidemment que les deux effets tiennent à la contraction du ventricule droit et à l’introduction d’une certaine quantité de sang dans l’artère,

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qui a lieu par cette cause. Pourquoi ces deux effets vont-ils en s’affaiblissant à mesure qu’ils se propagent, et pourquoi cessent-ils tout-à-fait dans les dernières divisions de l’artère? Il n’est pas impossible, je pense, d’en donner une raison mécanique satisfaisante.

En effet, concevons un canal cylindrique d’une longueur quelconque, à parois élastiques , et plein de liquide : si l’on y introduit tout-à-coup une certaine quantité de nouveau liquide, la pression sera répartie également sur tous les points des parois , qui seront également distendues. Supposons maintenant que le canal se divise en deux parties , dont les sections réunies forment une surface égale à celle de la section du canal : la distension produite par l’introduction brusque d’une certaine quantité de liquide se fera moins sentir dans les deux divisions que dans le canal ; car la circonférence totale des deux canaux étant plus considérable que celle du canal unique, elle résistera davantage ; et si l’on suppose enfin que ces deux premières divisions se divisent et se subdivisent à l’infini, comme la somme des circonférences des petits canaux sera de beaucoup supérieure à celle du canal unique , la même cause qui produira une distension sensible dans le canal et ses principales divisions n’en produira plus d’appréciable dans les dernières divisions , à raison de la résistance plus considérable

Explication de la

cessation des pulsations dans

les petites artères.

Explication de la

cessation des pulsations dans

les petites arlèics.

des parois (i). Le phénomène sera encore plus marqué si la capacité des divisions, au lieu d'être égale , est supérieure à celle du canal.

Cette dernière supposition est réalisée dans l’artère pulmonaire , dont la capacité augmente à mesure qu’elle se divise et se subdivise ; par conséquent il est évident que les effets de l’introduction de la quantité de sang à chaque contraction du ventricule droit doivent diminuer en se propageant, et cesser tout-à-fait dans les dernières divisions du vaisseau.

Ce qu’il ne faut pas omettre, c’est que la contraction du ventricule droit est la cause qui met continuellement en jeu l’élasticité des parois de l’artère , c’est-à-dire qui les maintient distendues au point qu’en vertu de leur élasticité elles font toujours effort pour revenir sur elles -mêmes et expulser le sang. D’après cela , on voit que des

(i) Pour bien concevoir ceci, il faut se rappeler que les surfaces des cercles sont proportionnelles aux carrés de leurs circonférences. Ainsi, dans la division du canal en deux autres, que nous avons supposée, si chaque circonférence devenait seulement moitié de la circonférence primitive, les surfaces de chacun des canaux secondaires ne seraient que le quart de la surface du canal primitif; et ces surfaces réunies ne formeraient que la moitié de celle du canal. Pour que Fégalité ait lieu, il faut donc que les circonférences réunies des deux divisions excèdent la circonférence du canal prin-

deux causes qui font mouvoir le sang dans l’artère pulmonaire, il n’en existe réellement qu’une seule; c’est la contraction du ventricule, celle de l’artère n’étant que l’effet de la distension qu’elle a éprouvée dans l’instant où une certaine quantité de sang a pénétré dans sa cavité, pressée par le ventricule.

Des auteurs ont cru voir dans le resserrement de l’artère pulmonaire quelque chose d’analogue à la contraction des muscles; mais, soit qu’on l’irrite avec la pointe d’un instrument ou des caustiques, soit qu’on la soumette à un courant galvanique, jamais aucun mouvement analogue à celui des fibres musculaires ne s’y fait apercevoir. Ce resserrement doit donc être considéré comme un jsimple effet de l’élasticité.

Pour faire bien sentir l’importance de l’élasticité des parois de l’artère , supposons un instant qu’avec ses dimensions et sa forme ordinaires elle de-* vienne un canal inflexible : aussitôt le cours du sang est complètement changé; au lieu de traverser le poumon d’une manière continue , il ne passera plus dans les veines pulmonaires que dans l’instant où il sera poussé par le ventricule; encore faut-il supposer que celui-ci enverra toujours assez de sang pour tenir l’artère parfaitement pleine; s’il en était autrement, le ventricule pourrait se contracter plusieurs fois avant que le sang traversât le poumon. Au lieu de cela, voyons ce qui se passe réellement : que le ventricule cesse, pour quel-

Utilité

de l’élasticité des parois artérielles.

Quan tité (1 o sang qui sort du ventricule à chaque contraction.

ques instants, d’envoyer du sang dans l’artère, le cours du sang dans le poumon n’en continuera pas moins , car l’artère se rétrécit à mesure que l’écoulement s’effectue, et il faudrait qu’elle eût le temps de se vider complètement pour que le cours du sang s’arrêtât tout-à-fait : cette suspension ne peut arriver pendant la vie. Le passage du sang à travers le poumon est nécessairement continu, mais inégalement rapide, suivant la quantité de sang que le ventricule envoie dans l’artère pulmonaire à chaque contraction.

A diverses reprises, on a cherché à déterminer la quantité de sang qui entre dans l’artère pulmonaire à chacune des contractions du ventriule; en général, on a pris pour mesure la capacité de celui-ci, croyant que tout le sang qui s’y trouve passe dans l’artère au moment de la contraction; mais ce qui a été dit plus haut fait assez voir combien cette appréciation est inexacte, et puisqu’il n’y a qu’une partie du sang qui entre dans l’artère, et qu'il est impossible de savoir combien passe, et combien reste, il est évident que tous les calculs ne conduisent pas à la connaissance de la vérité.

Au reste, c’est bien plutôt le mécanisme par lequel le sang passe du ventricule dans l’artère, et celui de son cours dans ce vaisseau, qu’il importe de saisir ; connaîtrait-on avec précision la quantité de sang qui passe dans un temps donné,

DE PHYSIOLOGIE. ÔOJ

aucune conséquence importante ne s’en déduirait.

En parcourant les petits vaisseaux qui terminent l’artère et qui commencent les veines pulmonaires, le sang veineux change de nature par l’effet du contact de l’air ; il acquiert les qualités de sang artériel : c’est ce changement dans les propriétés du sang, qui constitue essentiellement la respiration.

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