‹ Précis élémentaire de physiologie (volume 2)Chapitre 19 sur 43 · TRANSFORMATION DU SANG VEINEUX EN SANG ARTERIEL · texte numérisé non relu

TRANSFORMATION DU SANG VEINEUX EN SANG ARTERIEL

L’une des conditions indispensables à notre existence, c’est que le sang soit sans cesse en contact avec l’air par une surface équivalente, pour l’étendue, à la superficie du corps. Dans ce contact l’air enlève au sang quelques-uns des éléments qui le composent, et réciproquement le sang s’empare des éléments de l’air. L’échange chimique qui s’établit ainsi entre le sang et l’air, constitue la respiration ou la transformation du sang veineux en sang artériel.

Des auteurs estimés en ont une autre idée; plusieurs la définissent l’entrée et la sortie de l’air du poumon; mais ce double mouvement peut s’effectuer sans qu’il y ait pour cela respiration. D’autres croient quelle consiste dans le passage du

Nécessité du contact de l’air et du sang.

sang à travers le poumon; mais il arrive souvent <[ue ce passage se fait quoiqu’il n’y ait pas respiration.

Pour étudier avec fruit cette fonction , il faut avoir une connaissance exacte de la structure du poumon , des notions précises sur les propriétés physiques et chimiques de l’air atmosphérique; il faut savoir par quel mécanisme cet air peut pénétrer dans la poitrine ou en sortir. Quand nous aurons fait connaître chacun de ces points, nous décrirons le phénomène de la transformation du sang veineux en sang artériel.

Des poumons.

Idée générale du poumon.

Disposition physique du poumon.

Dans la structure des poumons, la nature a résolu un problème mécanique d’une extrême difficulté : il s’agissait d’établir une immense surface de contact entre le sang et Pair, dans l’espace peu considérable qu’occupent les poumons. L’artifice admirable employé consiste en ce que chacun des petits vaisseaux qui terminent l’artère pulmonaire et commencent les veines du même nom est environné de tous côtés par l’air. Or, en additionnant les parois de tous les capillaires du poumon,

on aura uneasurface extrêmement étendue, où le

sang n’est séparé de Pair que par la paroi mince des vaisseaux qui le contiennent. Si cette paroi était imperméable, comme le serait, par exemple,

1)E PHYSIOLOGIE. OOQ

une lame métallique, ce serait en vain que l’air se trouverait si près du sang, il n’y aurait aucune réaction chimique des deux corps l’un sur l’autre; mais toutes les membranes de l’économie, particulièrement celles qui sont minces, sont facilement perméables aux gaz, et même aux liquides peu visqueux, en sorte que les parois des capillaires pulmonaires, suffisamment épaisses pour retenir toute la partie visqueuse du sang, ne mettent que fort peu d’obstacle au passage des gaz et à celui de la sérosité du sang; elles se laissent également traverser par les liquides ou vapeurs qui sont accidentellement introduits dans les poumons.

11 ne faudrait pas cependant supposer que le poumon a, relativement à la respiration , des propriétés tout-à-fait spéciales à l’exclusion des autres organes ; car tous les petits vaisseaux qui contiennent du sang veineux, et qui se trouvent accidentellement en contact avec l’air, deviennent le siège du phénomène de la respiration. Le poumon est seulement beaucoup mieux disposé qu’aucun autre organe pour la production du phénomène.

Sous le rapport anatomique, les poumons sont deux organes vasculaires, d’un volume considérable, situés dans les parties latérales de la poitrine. Leur parenchyme est divisé et subdivisé en lobes et en lobules, dont le nombre, la forme et les dimensions sont difficiles à déterminer.

Tous les petits vaisseaux sont aptes à la respiration.

Structure dos lobules ulmouaues.

3lO PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE

L’examen attentif d’un lobule pulmonaire apprend qu’il est formé par un tissu spongieux , dont les aréoles sont si petites, qu’il faut une forte loupe pour les voir distinctement ; ces aréoles communiquent toutes entre elles, et sont ensemble enveloppées par une couche mince de tissu cellulaire , qui les sépare des lobules voisins.

Dans chaque lobule viennent se rendre une des divisions des bronches et une de l’artère pulmonaire ; cette dernière se distribue dans l’épaisseur du lobule; elle s’y transforme en un nombre infini de radicules des veines pulmonaires. Ce sont ces nombreux petits vaisseaux par lesquels se termine l’artère et commencent les veines pulmonaires , qui, en s’entre -croisant et s’anastomosant de diverses manières, forment les aréoles du tissu des lobules (1) ; la petite division bronchique qui aboutit au lobe ne pénètre pas dans son intérieur, et finit brusquement aussitôt qu’elle est arrivée au parenchyme.

Cette dernière circonstance me parait remarquable; car, puisque la bronche ne pénètre pas dans le tissu spongieux du poumon , il est peu probable que la surface des cellules avec lesquelles l’air se trouve en contact soit revêtue par la membrane muqueuse. L’anatomie la plus exacte ne

(1) Cette disposition existe d’une manière on ne peut plus évidente dans les poumons des reptiles.

pourrait du moins en démontrer l’existence dans cet endroit.

Une partie du nerf de la huitième paire et des iilets du sympathique se répandent dans le poumon, mais sans qu'on sache comment ils s'y comportent. La surface de l’organe est recouverte par la plèvre , membrane séreuse analogue au péritoine pour la structure et les fonctions.

Autour des bronches, et pies du lieu où elles s’enfoncent dans le tissu du poumon , existent un certain nombre d.e glandes lymphatiques dont la couleur est à peu près noire, et auxquelles viennent se rendre les vaisseaux lymphatiques peu nombreux qui naissent de la surface et de la pro fonde ur du tissu pulmonaire.

L’art des injections fines nous fournit, relativement au poumon, quelques renseignements qu’il ne faut pas laisser échapper.

Si l’on pousse une injection d’eau colorée dans l’artère pulmonaire, la matière injectée passe aussitôt dans les veines pulmonaires; mais en même temps une petite partie pénètre dans les bronches. Si l’injection est faite par une veine pulmonaire , le liquide passe de même en partie dans l’artère, et en partie dans les bronches. Enfin, si l’on introduit l’injection par la trachée, on la voit quelquefois pénétrer dans l’artère et dans les veines pulmonaires, et même dans l’artère et la veine bronchique.

Les poumons remplissant en grande partie la

Glandes

des

p o unions.

Expériences

le poumon.

Du thorax.

Des eûtes.

cavité de la poitrine, s’agrandissent et se resserrent avec elle ; formés presque en totalité par des vaisseaux sanguins ou aériens très-élastiques, ils sont eux-mêmes doués d une très-grande élasticité; et comme ils communiquent avec l’air extérieur par la tracliée-artère et le larynx, chaque fois que la poitrine s’agrandit, ils sont distendus par l’air, qui est expulsé quand la poitrine reprend ses dimensions premières. Il est donc nécessaire que nous nous arrêtions un instant à l’examen de cette cavité.

La poitrine j, ou le thorax , a la forme d’un conoïde , dont le sommet est en haut, la base en bas; en arrière , la poitrine est formée par les vertèbres dorsales , en avant par le sternum , et latéralement par les côtes ; ces derniers os sont au nombre de douze de chaque côté : on distingue les côtes en verte bro-sternales , et en vertébrales. 11 y en a sept des premières et cinq des secondes. Les vertébro-sternaies , ou les vraies côtes , sont les plus supérieures; elles s’articulent en arrière avec les vertèbres , comme les vertébrales ; en avant, elles s’articulent avec le sternum, au moyen d’un prolongement appelé eartilage (les côtes.

C’est la longueur, la disposition , et les mouvements des côtes sur les vertèbres , qui déterminent la forme et les dimensions apparentes de la poitrine.

Le même muscle que nous avons vu former la

paroi supérieure de l’abdomen , forme aussi la paroi inférieure du thorax; il s’attache, par sa circonférence, au contour de la base de la poitrine; mais son centre s’élève dans la cavité pectorale, et forme , lorsqu’il est relâché , une voûte dont la partie moyenne est de niveau avec l'extrémité inférieure du sternum : en sorte que la cavité du thorax se trouve partagée en deux portions, l’une supérieure pectorale , et l’autre inférieure ou abdominale. En effet, c’est dans la première seulement que sont logés les organes pectoraux, tels que les poumons, le cœur, etc. La seconde contient le foie, la rate, l’estomac, etc.

Des muscles nombreux s’attachent aux os qui forment la charpente du thorax : de ces muscles , les uns sont destinés à rendre les côtes moins obliques sur la colonne' vertébrale ou à agrandir la capacité de la poitrine ; les autres abaissent les côtes , les rendent plus obliques sur les vertèbres, et diminuent ainsi la capacité du thorax.

Il importe que nous prenions connaissance du mécanisme par lequel la poitrine s’agrandit ou se resserre, plusieurs phénomènes de la respiration étant liés intimement avec ses variations de capacité.

La poitrine peut se dilater verticalement, transversalement et d’avant en arrière , c’est-à-dire suivant ses principaux diamètres.

Le principal , et pour ainsi dire le seul agent de

A g ran dis sèment du thorax par la coutrac lion du

diaphragme.

Mécanisme

du

mouvement des côtes.

la dilatation verticale, c’est le diaphragme, qui, en se contractant , tend à perdre sa forme voûtée et à devenir plane, mouvement qui ne peut s’effectuer sans que la portion pectorale du thorax s’accroisse, et sans que la portion abdominale diminue. Les côtés de ce muscle, qui sont charnus et correspondent aux poumons, descendent davantage que le centre, qui , étant aponévrotique, ne peut faire aucun effort par lui-même et qui d’ailleurs est retenu par ses attaches au sternum et son union avec le péricarde. Dans la plupart des cas , cet abaissement du diaphragme suffit pour la dilatation de la poitrine; mais il arrive souvent que le sternum et les côtes , en changeant de rapports entre eux et la colonne vertébrale, produisent une augmentation sensible de la cavité pectorale.

Rien n’est plus simple à concevoir que le mécanisme de ce mouvement , dès que la disposition physique des parties est bien connue ; et cepen-

des auteurs estimables , qui ont donné à cette question une importance que peut-être elle ne méritait pas.

Si de semblables disputes conduisaient à la vérité, on regretterait moins le temps que les savants y consacrent ; mais il est fort rare qu’elles aient ce résultat : c’est du moins ce qui n’est pas arrivé relativement au mécanisme de la dilatation du thorax. Après un grand nombre de raisonnements, d’expé-

riences en apparence exactes, Haller est parvenu à faire prévaloir ses idées, qui ne me paraissent rien moins que satisfaisantes.

Je vais m’expliquer sur ce point avec toute la franchise que commande une autorité aussi respectable.

Son explication de la dilatation du thorax , généralement adoptée en ce moment , repose sur des bases que je crois fausses. Il pose en fait que la première côte est presque immobile (1) , et que le

thorax ne peut faire aucun mouvement de totalité,

soit en bas, soit en haut (2). Il est difficile de cou-

cevoir comment un observateur aussi habile que Haller a pu avancer et soutenir une pareille idée; car il suffit d’examiner sur soi-même les mouvements de la respiration , pour avoir aussitôt la preuve que le sternum et,la première côte s’élèvent dans l’inspiration , et s’abaissent dans l’expiration. L’examen du thorax sur le cadavre donne le même résultat : on n’a qu’à tirer en haut le sternum, il cède, et toutes les eûtes sternales, y compris la

(1) Primum par (costarum) firmissimun est, iudè ut quæque inferiori loco ponitur, ità faciliüs emovetur, douée infima mobilissima fluet u et. Haller, Elément a P hysiologiœ, tom. III, pag. 39, lib. vin.

(2) Totum tamenpectus, ut nunquam eîevari vidi , ita nunquam deprimi. Haller , loc. cit.

Idées de Haller sur le mouvement des cotes.

Degrés de mobilité des côtes.

première, se redressent sur la colonne vertébrale, et le thorax s’agrandit sensiblement.

Après avoir établi que la première côte est presque immobile , il dit que la seconde présente une mobilité cinq ou six fois plus considérable ; que la troisième en offre une encore plus grande, et que la mobilité va croissant jusqu’aux côtes les plus inférieures.

En n’ayant égard qu’aux vraies côtes, les seules importantes à considérer ici , je crois que l’observation est directement opposée à ,ee qu’a avancé Haller, c’est-à-dire que la première côte est plus mobile que la seconde , celle-ci plus que la troisième , et ainsi de suite , jusqu’à la septième.

Mais pour juger sainement du degré de mobilité des côtes , il ne faut pas se borner à observer le mouvement qu’elles exécutent à leur extrémité ; car, comme elles sont d’une longueur très-inégale, un léger mouvement dans l’articulation, quand la côte est longue , paraîtra très-étendu à l’extrémité; de même un mouvement assez étendu dans l’articulation d’une côte courte pourra paraître peu de chose, examiné à son extrémité. Il faut, au contraire, considérer le mouvement des côtes en leur supposant à toutes une longueur égale , et alors il devient de toute évidence que la mobilité va décroissant depuis la première jusqu’à la septième; cette dernière est même presque immobile (î).

(i) Mobilité des côtes est sine expression qui peut être

. La disposition anatomique des articulations postérieures donne la raison de cette différence de mobilité.

La première côte n’a qu’une seule facette articulaire à sa tête, et ne s’articule qu’avec une seule vertèbre ; elle n’a point de ligament interne, ni de ligament costo-transversaire. Le ligament postérieur de l’articulation avec l’apophyse trans verse est horizontal, et ne peut empêcher ni l’élévation ni l’abaissement de la côte.

Aucune de ces dispositions favorables au mouvement n’existe dans les autres vraies côtes ; elles

Raisons

anatomiques

pour

lesquelles la première côte est plus mobile

que les autres vraies côtes.

entendue différemment, et qui par conséquent est obscure; je l’applique seulement ici aux vraies côtes, en leur supposant une longueur égale à la première. Je mesure l’arc de cercle que peut décrire de bas en haut et de haut en bas l’extrémité libre des côtes ainsi coupées. J’examine ensuite le mouvement de rotation qu’elles peuvent exercer sur elles-mêmes, et je vois que la première côte est beaucoup plus mobile que la septième; la première côte jouit mênqe d’une espèce de mouvement qui ne se rencontre dans aucune autre; elle peut être élevée en totalité en haut, dans une étendue de près d’un centimètre, à raison du défont de ligament interne dans son articulation vertébrale. Maintenant, si l’on voulait appeler mobilité des côtes le léger mouvement qui peut avoir lieu dans leur articulation sternale, ou bien celui que permet l’élasticité de leur cartilage, il est évident que la première côte serait moins mobile que les autres.

Rapport

de

la mobilité ries eûtesavec leur longueur.

ont deux facettes articulaires à leur tête, et s’articulent avec deux vertèbres. Il y a un ligament interne dans l’articulation, qui ne permet qu’un glissement très-limité ; un ligament costo-transversaire, fixé à l’apophyse transverse supérieure, empêche la côte de descendre; un ligament postérieur, dirigé de bas en haut, se voit derrière l’articulation de la tubérosité, et empêche la côte de monter. Cependant des nuances particulières dans la disposition de ces divers ligaments permettent les divers degrés de mobilité dont nous avons parlé.

Du reste, il est évident que la mobilité moindre se trouvant dans les côtes les plus longues, il y a compensation , et, par cette raison, elles peuvent exécuter des mouvements aussi étendus que la première, quoique moins mobiles ; par la même cause, il serait possible quelles offrissent un mouvement plus étendu.

Cette compensation présente des avantages; car les vraies côtes, leurs cartilages, le sternum, ne se meuvent guère qu 'ensemble, et le mouvement de l’une de ces pièces entraîne presque toujours celui de toutes les autres; il s’ensuit donc que, si les côtes inférieures étaient plus mobiles, elles ne pourraient faire un mouvement plus étendu que celui dont elles sont susceptibles, et la solidité du thorax sej trouverait diminuée sans que sa mobilité y gagnât.

DE PHYSIOLOGIE* 5ip

Dans la plupart des sujets, et souvent jusqu’à i’àge le plus avancé, le sternum est composé de deux pièces ( 1) articulées par symphise mobile au niveau du cartilage de la deuxième côte. Cette disposition , permettant à l’extrémité supérieure de la pièce inférieure de se porter un peu en avant, concourt à l'agrandissement de la poitrine d une manière qui, je crois, n’avait pas encore été remarquée.

Mais quels sont les muscles qui élèvent le sternum et les côtes, et qui par conséquent dilatent la poitrine? Si l’on en croit Haller, les inter-costaux sont les principaux agents de cette élévation. Les premiers inter-costaux, dit-il, trouvent un point fixe sur la première côte, qui est immobile, et élèvent la seconde côte ; et successivement tous les autres inter-costaux prennent leur point fixe sur la côte supérieure et élèvent l’inférieure.

Nous venons de voir tout-à-l’heure que la première côte est loin d’être immobile ; l’explication de Haller tombe donc par cela même, et je ne pense pas que les inter-costaux internes ou externes puissent seuls, quoi qu’on en ait dit, produire l'élévation des côtes. Les muscles qui me paraissent destinés à cet usage sont ceux qui, ayant une extrémité fixée média te ment ou immédiatement

Jeu

des doux pièces du sternum.

Muscles qui élèvent les côtes et le sternum.

(î) Ce fait anatomique est indiqué dans l’anatomie de M. il. Cloquet.

Usage du diaphragme pour

l’élévation du thorax.

Influence de la

pression atmosphérique sur la

dilatation du thorax.

sur la colonne vertébrale, la tête ou les membres supérieurs, peuvent agir par l’autre directement ou indirectement sur le thorax, de manière à l’élever. Parmi ces muscles, je citerai les scalènes antérieurs et les postérieurs, les sur-costaux, les muscles du cou qui s’attachent au sternum, etc. J’y ajouterai un muscle auquel on n’a point jusqu’ici attribué cet usage ; je veux dire le diaphragme. En effet, ce muscle s’attache par sa circonférence à l’extrémité inférieure du sternum, à la septième vraie côte et à toutes les fausses; quand il se contracte, il refoule en bas les viscères; mais, pour cela, le sternum et les côtes doivent présenter une résistance suffisante à l’effort qu’il fait pour les tirer en haut. Or, la résistance ne peut être qu’imparfaite, puisque toutes ses parties sont mobiles; c’est pourquoi chaque fois que le d iaphragme se contracte, il doit toujours élever plus ou moins le thorax. En général , l’étendue de l’élévation sera en raison directe de la résistance des viscères abdominaux et de la mobilité des côtes.

Il est une autre cause de la dilatation du thorax à laquelle on a donné jusqu’ici peu d’attention, et qui me paraît cependant très-importante : je veux parler de la pression atmosphérique qui s’exerce dans toute la surface intérieure de la cavité par l’intermédiaire des poumons. Cette pression a une telle influence, que, si par une cause quelconque elle cesse d’avoir lieu , la poitrine ne se dilate plus:

en vain les muscles élévateurs des côtes agissent sur ces os, en vain le diaphragme se contracte ; la partie du thorax qui n’est pas pressée intérieurement par l’air atmosphérique ne se dilate pas. Ce phénomène est très-marqué dans les affections de la poitrine, les pneumonies, les œdèmes, les emphysèmes des poumons , et les divers épanchements; tantôt il se voit dans tout un côté du thorax et dans une partie du côté opposé, d’autres fois il ne s’observe que dans une étendue de trois ou

quatre côtes d’un seul côté , les autres côtes du même côté continuant à se mouvoir. Il est si vrai que la pression atmosphérique est pour beaucoup dans la dilatation du thorax, que si elle cesse d’agir pendant un certain temps, le côté qui en est privé se resserre, et finit par s’oblitérer, non sans qu’il en résulte un grand changement dans la taille et dans la conformation générale du thorax. Une autre preuve que l’on peut ajouter se voit dans la facilité avec laquelle on dilate la poitrine d’un cadavre en soufflant par la trachée, et dans la difficulté qu’on éprouve en cherchant à la dilater en soulevant les côtes et le sternum.

Il n’est pas indispensable que cette pression s’exerce par l’intermédiaire des poumons , comme le prouve l’expérience suivante : fermez par une ligature la trachée-artère à un animal, aussitôt il se consumera en efforts impuissants pour dilater la cavité de la poitrine ; faites une ouverture dans un tt. 2 1

Dilatation partielle du thorax.

PRÉGIS ÉLÉMENTAIRE

Changements fie forme rl il thorax lors de son élévation.

espace intercostal , aussitôt l’air se précipitera dans le côté de la poitrine ouvert , et ce côté s’agrandira facilement à chaque inspiration ; faites une ouverture du côté opposé, et vous observerez le même effet. On peut même remarquer que l’élévation des côtes est plus complète et plus facile que dans la respiration ordinaire ; on en conçoit aisément la raison : la pression de l’air agit alors non plus par l’intermédiaire du poumon , mais directement sur les parties quelle concourt à mouvoir.

Dans l’élévation générale du thorax , la forme de cette cavité change nécessairement, ainsi que les rapports des os qui la composent; c’est particulièrement pour se prêter à ces changements que paraissent destinés les cartilages des côtes : dès qu’ils sont ossifiés , et qu’ils perdent par conséquent leur souplesse, la poitrine devient presque immobile.

Pendant que fe sternum est porté en haut, son extrémité inférieure est dirigée un peu en avant ; il éprouve ainsi un léger mouvement de bascule ; les côtes deviennent moins obliques sur la colonne vertébrale; elles s’écartent tant soit peu l’une de l’autre, et leur bord inférieur est dirigé en dehors , en raison d’une petite torsion qu’éprouve le cartilage. Tous ces phénomènes ne sont bien apparents que dans les côtes supérieures , ils le sont à peine dans les inférieures.

Pour bien juger du mécanisme de l’inspiration , il faut l’étudier sur un individu maigre, et âgé de

moins de trente ans ; tous les phénomènes que je viens de décrire seront visibles , mais ils deviendront bien plus apparents si l’individu est atteint d’une difficulté de respirer. C’est alors que paraîtra dans tout son jour le jeu des puissances qui élèvent ie thorax, que les scalènes se gonfleront à chaque inspiration (1), et se relâcheront à chaque expiration; quant aux muscles intercostaux , dans les respirations laborieuses , tantôt ils se contractent dans 1 instant de l’inspiration , et tantôt, au contraire , ils se relâchent , et alors il se produit un enfoncement remarquable dans chaque espace intercostal.

Il résulte de l’élévation du thorax un agrandissement général de cette cavité , soit d’avant en arrière , soit transversalement, soit même de haut en bas.

Cet agrandissement est nommé inspiration ; il offre trois degrés bien marqués : i° l’inspiration ordinaire , qui se fait par l’abaissement du diaphragme et une élévation presque insensible du thorax; 2° l’inspiration grande , dans laquelle il y a élévation évidente du thorax, en même temps qu’il y a abaissement du diaphragme ; 3° enfin ,

(i) J’appelle cette contraction des scalènes ie pouls respiratoire ; et en effet, le doigt appliqué sur l’un des scalènes donne une idée de l’effort que fait le malade pour respirer.

lit

Pouls

respiratoire.

Trois degrés de

l’inspiration.

PRÉCIS K LÉ iVI E N T A I R E

Puissances

expiratriccs.

l’inspiration forcée , dans laquelle les dimensions du thorax sont augmentées dans tous les sens, autant que le permet la disposition physique de cette cavité.

Dans le premier degré de l’inspiration , l’air ne pénètre que dans quelques parties du poumon ; dans le deuxième, il s’avance davantage ; mais ce n’est que dans le troisième qu’il s’introduit dans toute l’étendue du poumon , aussi est-ce ce dernier mode d’inspirer qu’il faut faire exécuter au malade quand il s’agit d’étudier l’état des organes respiratoires.

A la dilatation du thorax succède Y expiration ^ c’est-à-dire le retour du thorax en sa position et à ses dimensions ordinaires. Le mécanisme de ce mouvement est justement l’inverse de celui que nous venons de décrire. Il est produit par l’élasticité des cartilages et des ligaments des côtes, qui tendent à revenir sur eux-mêmes , par le relâchement des muscles qui avaient élevé le thorax, et enfin par la contraction d’un grand nombre de muscles disposés de façon qu’ils abaissent le thorax, et le rétrécissent. Parmi ces muscles, qui sont très-nombreux et très-forts, il faut distinguer les muscles larges de l’abdomen , le dentelé postérieur et inférieur, le grand dorsal, le sacro-lombaire , etc.

Le resserrement du thorax , ou l’expiration, pré-

sente aussi trois degrés : i° X expiration ordinaire ^ 2° X expiration grande , 3° et X expiration forcée.

Dans l’expiration ordinaire, le relâchement du diaphragme, refoulé par les viscères abdominaux , pressés eux-mêmes par les muscles antérieurs de cette cavité , produit la diminution du diamètre vertical. Le relâchement des muscles inspirateurs et une contraction légère des expirateurs , permettant aux côtes et au sternum de reprendre leurs rapports ordinaires avec la colonne vertébrale, produisent l’expiration grande.

Mais le rétrécissement de la poitrine peut aller au-delà. Si les muscles abdominaux et les autres muscles expirateurs se contractent avec force, il en résulte un refoulement plus marqué du diaphragme , un abaissement plus grand des côtes et un rétrécissement de la base de la poitrine , et par conséquent une diminution plus considérable de la capacité thoracique. C’est ce qu’on nomme expiration forcée.

Pour faire comprendre comment le poumon se dilate et se resserre avec le thorax, Mayow comparait le poumon à une vessie placée à l’intérieur d’un soufflet, et qui communiquerait avec l’air extérieur par le tuyau de l’instrument. Cette comparaison, juste sous plusieurs rapports, est inexacte sous un point de vue très-important : la vessie est une membrane inerte qui se laisse distendre par la pression de l’air, et qui ne revient sur elle-même

Trois degrés de

l’expiration.

Comment le poumon se dilate ou se resserre avec le thorax.

Traction que le poumon .exerce sur les parois

thoraciques.

Expérience sur le jeu du diaphragme.

que par la compression des parois du soufflet. Le poumon est dans une condition bien différente : il tend continuellement à revenir sur lui-même , à occuper un espace moindre que la capacité delà cavité qu’il remplit; il exerce donc une traction sur tous les points des parois thoraciques. Cette traction a peu d’effet sur les côtes, qui ne peuvent céder, mais elle a une grande influence sur le diaphragme: par elle ce muscle est toujours tendu et tiré en haut de manière àprendre la forme de voûte ; quand le muscle s’abaisse en se contractant, il est obligé d’entraîner les poumons vers la base de la poitrine; ces organes se trouvent aussi de plus en plus distendus, et, en vertu de leur élasticité, ils tendent avec d’autant plus d energie à revenir sur eux-mêmes et à ramener le diaphragme en haut. Le diaphragme serait en effet brusquement rétabli dans la forme voûtée dès qu’il cesse de se contracter, n’était un mouvement particulier de la glotte, dont nous parlerons plus bas, et qui oppose quelques difficultés à la sortie de l’air de la poitrine. L’ascension du diaphragme, dans l’expiration, est en outre favorisée par l’élasticité, ou même la contraction des muscles de l’abdomen, qui ont été distendus par le refoulement des viscères au moment de la contraction du diaphragme.

Pour juger de cette action réciproque du diaphragme et du poumon, il faut, sur un jeune animal, mettre à découvert les muscles intercos-

DE PHYSIOLOGIE. 02y

taux d'un des côtés de la poitrine, et alors on voit à travers ces muscles le poumon et le diaphragme monter et descendre de concert, et sans qu’il existe aucun intervalle entre ces deux organes; on voit aussi que le poumon est toujours appliqué contre les parois du thorax, et qu’il glisse sur ces parois dans ses divers mouvements. Il est encore facile de remarquer que, durant l’expiration, une assez grande étendue de la face supérieure du diaphragme s’applique contre les parois du thorax, et occupe l’espace que le poumon remplissait pendant l’inspiration.

Ici se présente une question importante : nous voyons bien que le diaphragme, en s’abaissant, tire en bas le poumon, mais il le tire encore après l’expiration ; car si, à cet instant, les parois du thorax sont ouvertes, et que l’air extérieur ait accès direct sur le poumon, celui-ci s’affaisse beaucoup. Le diaphragme s’opposait donc à cet affaissement avant l’ouverture; en effet, le relâchement du diaphragme n’est jamais complet durant la vie, et je le prouve par l’expérience que voici : rendez visibles les mouvements du poumon sur un jeune lapin ; remarquez le point où s’arrête l’ascension du diaphragme dans les expirations les plus complètes ; dans l’instant d’une expiration de ce genre, coupez la moelle épinière au cou; au moment de la section , vous verrez le diaphragme remonter d’un ou même deux intervalles inter-costaux. !1 y

Expérience sur le jeu du diaphragme .

Antagonisme du poumon et du

diaphragme après la mort.

Propriétés physiques de Pair.

a donc, durant la vie, dans le moment où le diaphragme semble relâché autant que possible, une certaine force qui ne lui permet pas de céder à la tendance qu’ont les poumons de revenir sur eux -mêmes, et cette force paraît soumise à l’influence nerveuse.

Mais la question n’est qu’en partie résolue : après la mort même, l’antagonisme du diaphragme et du poumon est loin d’être détruit ; le diaphragme est voûté, le poumon est distendu , et la preuve est à la portée de chacun : une ouverture faite aux parois thoraciques a pour effet d’affaisser les poumons, et de les confiner (quand iis sont sains) sur les côtés de la colonne vertébrale, et de rendre le diaphragme flasque et flottant, dès qu’il n’est plus soutenu par les viscères abdominaux. Voilà ce qui existe chez l’individu qui a respiré, voilà ce qui n’existe pas chez le fœtus qui n’a point exécuté la respiration. Comment le double effort du diaphragme sur le poumon et du poumon sur le diaphragme s’est-il établi? J’avoue que je l’ignore. Ce serait un sujet de recherches curieuses.

De C air.

De toutes parts, et jusqu’à quinze ou vingt lieues de hauteur, la terre est environnée d’un fluide rare et transparent que l’on nomme air , et dont la masse totale forme Y atmosphère.

L’air est un fluide élastique , c’est-à-dire qui par Pi opriélés

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