‹ Précis élémentaire de physiologie (volume 2)Chapitre 20 sur 43 · i i> • physiques de · texte numérisé non relu

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iui-meme a la propriété cl exercer une pression sur pair, les corps qu’il entoure et sur les parois des vases qui le contiennent. Cette propriété suppose dans les particules dont l’air se compose une tendance continuelle à se repousser les unes les autres.

Une autre propriété de l’air est la compressibilité, c’est-à-dire que son volume change avec la pression qu’il supporte. L’expérience apprend qu’une même masse d’air, soumise successivement à des pressions différentes, occupe des espaces ou des volumes qui sont en raison inverse des pressions ; en sorte que la pression devenant double, triple, quadruple, ce volume se réduit à la moitié, au tiers, au quart.

Dans l’atmosphère, la pression que supporte une masse quelconque d’air provient du poids des couches qui sont au-dessus d’elle; le poids diminuant à mesure qu’on s’élève, l’air doit être de plus en plus dilaté, ou, en d’autres termes, sa densité doit diminuer à mesure que l’élévation augmente. A la surface de la terre, la pression de l’air est le résultat du poids total de l’atmosphère. Cette pression est capable de soutenir une colonne de mercure de 28 pouces ou 76 centimètres de hauteur : l’instrument employé pour fournir cette mesure se nomme baromètre.

Différentes circonstances physiques font légèrement varier la pression atmosphérique; elle est.

Propriété»

physiques < Pair.

UOO

par exemple, moins forte sur le sommet des montagnes que dans les vallées ; plus forte quand l’air est sec que quand il est chargé d’humidité. Ces variations sont exactement appréciées au moyen du baromètre.

Comme tous les autres corps, l’air se dilate par la chaleur; son volume augmente de 1/266 pour un échauffemcnt d’un degré du thermomètre centigrade.

L’air est pesant ; c’est ce dont on s’est assuré en

pesant d’abord un ballon plein d’air, et en pesant ensuite le même ballon dans lequel on a fait le \ide au moyen de la machine pneumatique. On a trouvé ainsi qu’à la température o, et lorsque le baromètre est élevé de 76 centimètres, un litre d’air, c’est-à-dire un décimètre cube d’air, pèse 1 gramme et 5/ 10; un même volume d’eau pèserait un kilogramme. L’eau est donc 770 fois plus pesante que l’air.

L’air est plus ou moins chargé d’humidité. Cette humidité provient de l’évaporation continuelle des eaux qui recouvrent la surface de la teîre. En effet, l’expérience nous prouve qu’à toutes les températures l’eau forme des vapeurs d’autant plus abondantes que la température est plus élevée. De plus, pour chaque température, l’air ne peut contenir qu’une certaine quantité de vapeur. Lorsqu:il en est saturé l’humidité est extrême, plus il approche de l’être, plus l’humidite est grande.

ÔÔ 1

C’est là ce qu’indiquent les hygromètres. Enfin, Propriétés quand , par l’effet d’un refroidissement ou de 1 ' ' <!< toute autre cause, l’air se trouve contenir plus de vapeur qu’il n’en peut renfermer à la température où il se trouve, l’excédant de cette vapeur se rassemble d’abord sous la forme de brouillards et de nuages, et se précipite ensuite à l’état de pluie, de neige, etc.

La vapeur d’eau étant plus légère que l’air, et l'obligeant d’ailleurs à se dilater quand elle se mêle à lui, il en résulte que l’air humide est plus léger que l’air sec.

Malgré sa rareté et sa transparence , l’air réfracte, intercepte et réfléchit la lumière. En petite masse, il nous renvoie trop peu de rayons pour que sa couleur produise sur nos yeux une impression sensible; en grande masse, cette couleur est d’un bleu très-visible. Aussi l’interposition de l’air colore-t-elle d’une teinte bleuâtreles objets éloignés.

L’air joue un grand rôle dans les phénomènes chimiques; regardé long-temps comme un élément, sa composition , soupçonnée par Jean Pvey dans le dix-septième siècle , fut clairement établie par Lavoisier.

L’air est composé de deux gaz très-différents par leurs propriétés.

i° L’oxigène : gaz un peu plus pesant que l’air CompoMlior* dans le rapport de 1 1 à îo, se combinant avec tous dtT’ahv les corps simples; élément de l’eau, des matières

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végétales et animales, et du plus grand nombre des corps connus, nécessaire à la combustion et à la respiration.

2° L’azote: gaz un peu plus léger que l’air, élément de l’ammoniaque et des substances animales; éteignant les corps en combustion.

Les proportions d’oxigène et d’azote qui entrent dans la composition de l’air se déterminent à l’aide d’instruments qu’on nomme eudiomètres. Dans ces instruments, on produit la combinaison de l’oxigène avec quelque corps combustible, tel que l’hydrogène ou le phosphore , et le résultat de cette combinaison fait connaître la quantité d’oxigène que l’air renfermait. On a trouvé ainsi que 100 parties d’air, en poids, contenaient 21 parties d’oxigène et 79 d’azote. Ces proportions sont les mêmes dans tous les lieux et à toutes les hauteurs, et n’ont point changé sensiblement depuis environ quinze ans, que la chimie est parvenue à 7 les établir d’une manière positive.

L’air contient, outre l’oxigène et l’azote, de la vapeur d’eau en quantité variable, comme nous l’avons déjà dit, et une très-petite quantité d’acide carbonique , dont la proportion varie suivant diverses circonstances.

Presque tous les corps combustibles décomposent l’air à une température particulière pour chacun d’eux. Dans cette décomposition ils se combinent avec l’oxigène, et laissent l’azote libre.

Inspiration et expiration,

Les poumons sont toujours remplis par l’air, mais ce fluide s’y altère promptement par l’acte même de la respiration ; il est donc nécessaire qu’il s’y renouvelle à des époques assez rapprochées. Ce renouvellement s’effectue par les deux phénomènes de l’inspiration et de l’expiration : dans le premier l’air arrive dans les poumons, les distend, et pénètre jusqu’aux cellules aériennes; durant le second, une partie de l’air contenu dans le poumon est chassé au dehors.

Dans ces deux actes physiques la pression atmosphérique et la contraction musculaire jouent les principaux rôles.

Si nous examinons la poitrine après une expiration ordinaire, nous voyons que l’air qui presse sur la face extérieure de cette cavité fait exactement équilibre à celui qui presse sur la surface intérieure du poumon. La pression de ce dernier s’exerce par l’intermédiaire de la colonne qui se trouve dans la cavité de la bouche ou du nez , du pharynx, du larynx, de la trachée et des bronches. Le moindre effort des puissances qui dilatent le thorax, ou de celles qui le resserrent, suffit pour faire pénétrer l’air dans le poumon ou pour l’en faire sortir. Il est donc bien facile de comprendre le mécanisme de l’inspiration : dès que les mus-

Entrée de l’air dans les poumons.

A van la "es de l’élasticité des parois des conduits aériens.

des dilatateurs du thorax agissent, aussitôt l’air extérieur se précipite dans la glotte, la trachée et les poumons, va remplir les vésicules pulmonaires, où le vide tendait à se produire par le fait de l’agrandissement du thorax.

Nous pouvons ici nous rendre raison de la dureté et de l’élasticité des parois du canal que l’air parcourt pour arriver jusqu’au poumon : supposons pour un moment que la trachée ou le larynx eussent eu des parois membraneuses au lieu des cartilages qui les forment, alors, dans le moment de la dilatation du thorax , l’air, qui presse également sur tous les points à la surface du corps, aurait affaissé les conduits aériens au cou, et l’air n’aurait pu pénétrer dans la poitrine. Rien de cela ne peut arriver dans la réalité; les anneaux de la trachée, les parois du larynx, celles du nez et de la bouche, résistent à la pression de l’air, qui n’agit que sur la face intérieure de ces canaux.

11 existe un tel rapport entre la pression de l’atmosphère et les cartilages des conduits aériens, que là où la pression ne peut s’exercer, les cartilages ne se rencontrent plus, comme on le voit à la face postérieure de la trachée, et dans les petites divisions bronchiques.

Si l’on se rappelle la disposition des lobules pulmonaires, l’extensibilité de leur tissu, leur communication avec l’air extérieur par le moyen des bronches, de la trachée-artère et du larynx , on

concevra aisément que, chaque fois que la poitrine se dilate, l’air se précipite aussitôt dans le tissu pulmonaire, en quantité proportionnée au degré de dilatation. Quand la poitrine se resserre, une partie de l’air qu’elle contient est expulsée et ressort par la glotte.

Pour arriver à la glotte dans l’inspiration ou pour se porter au dehors dans l’expiration l’air traverse tantôt les fosses nasales, et tantôt la bouche : la position que prend le voile du palais dans ces deux cas mérite cletre connue. Quand l’air traverse les fosses nasales et le pharynx pour entrer dans le larynx ou pour en sortir, le voile du palais est vertical et appliqué par sa face antérieure sur la partie postérieure de la base de la langue , de manière que la bouche n’a aucune communication avec le pharynx. Lorsque l’air traverse la bouche dans l’inspiration ou l’expiration, le voile du palais est horizontal, son bord postérieur est embrassé par la face concave du pharynx, et toute communication est interdite entre la partie inférieure du pharynx et la partie supérieure de ce canal , ainsi qu’avec les fosses nasales. De là la nécessité de faire respirer les malades par la bouche, si l’on veut faire l’inspection des tonsilles et du pharynx.

Ces deux voies, par lesquelles l’air peut arriver à la glotte, ont l’avantage de pouvoir se suppléer mutuellement : quand la bouche est remplie d’ali-

Posilion du voile du palais dans l’inspiration et

l’expiration.

ments, la respiration se fait par le nez; elle se fait par la bouche quand les fosses nasales sont obstruées par du mucus, un léger gonflement de la pituitaire ou toute autre cause.

Mouvements La glotte est loin d’être inactive dans les mou-

giottc^ians la vements d’expiration et d’inspiration 9 elle s ouvre respuation. ge ferme alternativement. Sa dilatation, qui

coïncide avec l’inspiration , favorise l’entrée de l’air dans les organes respiratoires; le mouvement par lequel elle se ferme arrive dès que l’expiration commence, de sorte qu’elle met toujours un certain obstacle à la sortie de l’air des poumons, et que ses bords sont toujours plus ou moins agités par la colonne expirée. Nous pouvons même, en la fermant complètement, empêcher toute issue de l’air, quels que soient les efforts des puissances expjratrices. Dans ce cas, les petits muscles constricteurs de la glotte luttent seuls avec avantage contre les immenses puissances qui servent à l’expiration (i ).

(OU y a des maladies qui semblent principalement consister dans le défaut de dilatation de la glotte durant l’inspiration ; il en résulte une gêne extrême dans la respiration, et des efforts inouïs pour attirer l’air dans les poumons. J’en ai eu la preuve dans un enfant sur lequel j’ai fait l’opération de la laryngotomie. Je croyais que la .suffocation qu’il éprouvait tenait à une fausse membrane qui bouchait la glotte : l’opération faite, l’air arriva au poumon parla plaie, et la suffocation cessa aussitôt; ce qui prouve que l’obstacle était

Il paraît que le nombre d’inspirations faites dans un temps donné diffère beaucoup d’un homme à un autre. Haies les croit de 20 dans l’espace d’une minute. Un homme sur lequel Menziès fit des expériences ne respirait que i4 fois dans une minute. M. H. Davy nous apprend que dans le même temps il respire 26 à 2 7 fois ; M. Thomson dit qu’il respire ordinairement 19 fois; je ne respire que i5 fois. En prenant 20 fois pour moyenne dans une minute, on aurait 28,800 inspirations dans 24 heures. Mais il est probable que ce nombre varie beaucoup suivant une foule de circonstances , telles que l’état de sommeil, le mouvement , la distension de l’estomac par les aliments, la capacité de la poitrine, les affections morales, etc.

Quelle quantité d’air entre dans la poitrine à chaque inspiration? quelle quantité en sort à chaque expiration? et combien y en séjourne-t-il habituellement?

D’après le docteur Menziès, la quantité moyenne d’air qui entre dans les poumons, à chaque inspiration, est de 655 centimètres cubes. Goodwin

bien à la glotte, cependant celle -ci était parfaitement libre. J’essayai de fermer la plaie, et de faire respirer l’enfant par le larynx, la suffocation reprit aussitôt, et je fus obligé de faire tenir les bords de l’incision ouverts pendant vingt-quatre heures par un aide.

Nombre

d’inspiration»

dans

a/j. heures.

Volume d’air inspiré.

Quanlilé d’air contenu habituellemen t dans ie poumon.

Quantité d’air qui sert à la

respiration en 24 heures.

pense qu’après une expiration complète le poumon contient encore 1786 centimètres cubes; Menziès assure que cette quantité est plus forte, et qu’elle s’élève à 2920 c. c.

Suivant Davy, après une expiration forcée, ses poumons retiennent encore 672 c. c., et,

Après une expiration naturelle. .

Après une inspiration naturelle .

Après une inspiration forcée .

Ap rès une expiration forcée après une inspiration forcée, il sortit des poumons. Après une inspiration naturelle. .

Après une expiration naturelle.

M. Thomson croit qu’on ne s’éloignerait pas beaucoup de la vérité, en supposant que la quantité ordinaire d’air contenu dans les poumons est de 4^88 centimètres c. , et qu’il en entre et qu’il en sort à chaque inspiration ou expiration, 655 c. c. Ainsi, en supposant 20 inspirations par minute, on aura, pour la quantité d’air entré ou sorti des poumons dans cet intervalle de temps, i3ioo,c. c.; ce qui, pour une heure, fait 786 décimètres c., et pour les 24 heures environ 19 mètres c., ou a peu près 24 kilogrammes.

Les chimistes ont fait un grand nombre d’expériences pour déterminer si le volume de l’air diminue par son séjour dans le poumon. En tenant compte des expériences les plus récentes , par

DE PHYSIOLOGIE. ÛOÿ

MM. Dulong et Despretz, cette diminution est assez considérable ; M. Despretz ayant fait respirer six petiis lapins dans quarante -neuf litres d’air pendant deux heures, trouva une diminution d’un litre.

. En traversant successivement la bouche ou les cavités nasales, le pharynx, le larynx, la trachéeartère et les bronches, l’air inspiré prend une température analogue à celle du corps. Dans la plupart des cas, il s échauffé, et par conséquent se raréfie , de sorte que la même quantité d’air en poids occupe dans le poumon un espace beaucoup plus considérable que celui qu’elle occupait avant d’être introduite dans ce viscère. Outre ce changement de volume, Pair inspiré se charge de vapeur qui s’élève continuellement de la membrane muqueuse des voies aériennes, et c’est ainsi que, chaud et humide, il arrive aux lobules pulmonaires; enfin la portion d’air dont nous parlons se mêle à celle que contenaient les poumons.

Mais l’expiration succédé bientôt à l’inspiration: il ne s’écoule guère ordinairement entre elles plus de quelques secondes; l’air que contient le poumon, pressé par les puissances expiratrices, s’échappe en parcourant, en sens inverse de l’air inspiré, le canal respiratoire.

Il faut remarquer ici que la portion d’air expirée n’est pas précisément celle qui avait été inspirée précédemment, mais une partie de la masse

Changements physiq nés de l’air inspiré.

Renouvellement partiel de l’air que contient le poumon.

Propriétés physiques et chimiques de l’air des poumons.

Quantité d ’oxigène absorbé.

que contenait le poumon après l’inspiration; et si l’on compare le volume d’air que contiennent habituellement les poumons, avec celui qui est inspiré et expiré à chaque mouvement de respiration, on supposera avec raison que l’inspiration et l’expiration ont pour but de renouveler en partie la masse considérable d’air renfermé dans les poumons. Ce renouvellement sera d’autant plus considérable que la quantité d’air expiré sera plus forte, et que l’inspiration qui suivra sera plus complète.

Propriétés physiques et chimiques de C air qui sort

des poumons.

A sa sortie du poumon, l’air a une température voisine de celle du corps; avec lui s’échappe de la poitrine une certaine quantité de vapeur nommée transpiration pulmonaire ; en outre sa composition chimique est différente de celle de l’air inspiré.

Au lieu de 0,21 d’oxigène et d’une trace d’acide carbonique que présente l’air atmosphérique, l’air expiré offre 0,18 ou 0,19 d’oxigène; de 0,2 à o,3 centièmes d’acide carbonique. En général, la quantité d’acide carbonique est inférieure à celle de l’oxigène disparu : d’après les dernières expériences de MM. Dulong et Despretz, cette différence pourrait aller jusqu’au tiers pour les animaux carnivores, et seulement au dixième, terme moyen, pour les animaux herbivores.

Pour évaluer la quantité d’oxigène consumé par un homme adulte en vingt-quatre heures, il ne faut que se rappeler la quantité d’air respiré pendant cet intervalle. D’après Lavoisier et H. Davy, 5 12 centimètres cubes sont consumés en une minute, ce qui, pour vingt-quatre heures, donne 745 décimètres cubes.

Il n’est pas plus difficile d’apprécier la quantité d’acide carbonique qui sort du poumon dans le même temps, puisqu’elle représente au moins les deux tiers de l’oxigène disparu. M. Thomson l’évalue à 655 c. c., quoiqu’elle soit, dit-il, probablement un peu moindre : or, cette quantité d’acide carbonique représente environ 34-0 grammes de carbone.

Quelques chimistes disent qu’il y a disparition d’une petite quantité d’azote pendant la respiration; ce fait ne s’est pas vérifié dans les recherches récentes. D’autres pensent, au contraire, que la quantité de ce gaz est sensiblement augmentée;

ce dernier résultat vient d’être mis hors de doute

par les travaux de MM. Edwards, Dulong et Despretz, qui ont toujours trouvé un accroissement sensible de l’azote dans l’air où des animaux avaient respiré un certain temps.

Nous sommes avertis du degré d’altération que subit l’air dans nos poumons par un sentiment qui nous porte à le renouveler : à peine sensible dans la respiration ordinaire, parce que nous nous

Quantité

d’acide

carbonique

formé.

Exhalation de l’azote par le poumon.

Instinct qui nous porte à respirer.

Transformation du sang vointmx en

sang artériel.

hâtons d’y obéir, il devient douloureux s’il n’est pas assez promptement satisfait ; à ce degré, il est accompagné d’anxiété et d’effroi, avertissement instinctif de l’importance de la respiration.

Tandis que l’air contenu dans les poumons est ainsi modifié dans ses propriétés physiques et chimiques, le sang veineux traverse les ramifications de l’artère pulmonaire, qui forment en partie le tissu des lobules du poumon ; il passe dans les radicules des veines pulmonaires, et bientôt parcourt ces veines elles-mêmes ; mais, en passant des unes dans les autres, il ehamre de nature, et de veineux

il devient artériel.

Examinons les phénomènes de cette transformation.

Changement du sang veineux en sang artériel.

Au moment où le sang veineux traverse dans les petits vaisseaux des lobules pulmonaires, il prend une couleur écarlate, son odeur devient plus forte, sa saveur plus prononcée ; sa température s’élève d’environ un degré; une partie de son sérum s’échappe sous la forme de vapeur dans le tissu des lobules, et se mêle à l’air. Sa tendance pour se coaguler augmente sensiblement, fait exprimé généralement en disant que sa plasticité devient plus forte; sa pesanteur spécifique diminue, ainsi

que sa capacité pour le calorique. Le sang veineux ayant acquis ces caractères est du sang artériel.

Afin de rendre plus évidentes les différences du sang veineux et du sang artériel, nous les opposons dans le tableau suivant :

Différences principales du sang veineux et du sang artériel.

Sang veineux . Sang artériel.

Couleur . rouge brun . rouge vermeil.

Odeur . faible . forle.

Température . 3i° R . prèsde32°R.

Capacité pour le calorique. 85 2 (1) . 809.

Pesanteur spécifique. . . . io5i (2) . 1049.

Coagulation . moins prompte. . plus prompte.

Sérum . plus abondant. . . moins abondant.

L’analyse élémentaire des sangs artériel et veineux a donné à MM. Macaire et Marcel le moyen d’établir entre ces deux liquides une différence prononcée, et qui porte spécialement sur la quantité d’oxigène et de carbone qui entre dans leur composition.

Voici le résultat de leur analyse, faite par l’oxide de cuivre après avoir desséché le sang dans le vide par l’acide sulfurique et l’avoir réduit en poudre d’un beau rouge clair [tour le sang artériel et d’un rouge brunâtre pour le sang veineux.

(1) L’eau étant 1000. J. Davy, Trans. Philos . 18 1 5.

(2) L’eau étant 1000. Loc. cit .

Coloration du sang.

Sang artériel.

Carbone. . . . 5o ,2.

Azote . 16, 3.

Hydrogène. . . 6,6.

Oxigène. . . . ‘26,3.

Sang veineux.

J’ai décrit plus haut les changements que l’air éprouve dans les poumons. Je viens de dire ceux qui arrivent au sang veineux en traversant ces

organes : voyons maintenant quelle liaison peut être établie entre ces deux ordres de phénomènes.

La coloration du sang dépend bien évidemment de son contact médiat avec l’oxigène ; car, si tout autre gaz se trouve dans le poumon, ou seulement si l’air atmosphérique n’est pas convenablement renouvelé, le changement de couleur n’a plus lieu. Il se manifeste de nouveau aussitôt qu’on permet l’introduction de l’oxigène dans les lobules pulmonaires.

Il est facile de voir le phénomène de la coloration du sang veineux, même sur le cadavre. Souvent, aux approches de la mort, le sang veineux s’accumule dans les vaisseaux du poumon; les lobules bronchiques étant dépourvus d’air, il conserve les propriétés veineuses long-temps après la mort. De l’air atmosphérique poussé dans la tra-

(1) Voyez Annales de Chimie , décembre i832, t. 5i .

cliée, de manière à distendre le tissu du poumon, fait aussitôt changer la couleur rouge brun du sang accumulé en rouge vermeil.

Le même phénomène arrive toutes les fois que le sang veineux est en contact avec l’oxigène ou l’air atmosphérique. Du sang tiré d’une veine et exposé à l’air rougit d’abord à sa surface, et ensuite la couleur rouge gagne peu à peu toute la masse, le contact immédiat n’est pas même nécessaire; contenu dans une vessie, et plongé dans du gaz oxigène, le sang devient écarlate. Ainsi, la paroi vasculaire très-mince qui, dans le poumon , est placée entre l’air atmosphérique et le sang ne peut être considérée comme un obstacle à la coloration de celui-ci.

Mais comment le gaz oxigène produit-il le changement de couleur du sang veineux? Les chimistes ne sont pas d’accord sur ce point. Les uns pensent que le gaz se combine directement avec le sang; les autres croient que c’est en enlevant au sang une certaine quantité de carbone; et quelques-uns ne sont pas éloignés de croire que ces deux effets ont lieu en même temps ; mais aucune de ces explications ne rend raison du changement de couleur.

Plusieurs chimistes ont attribué la coloration du sang au fer. Cette opinion est rejetée maintenant, comme très-douteuse; cependant elle serait d’autant moins invraisemblable, que, si l’on

Respiration après la mort.

r RÉGIS ÉLÉMENTAIRE

Transpiration

pulmonaire.

Expériences sur la

tra nspiration pulmonaire.

sépare ce métal de la partie colorante du sang, cette substance, dont la couleur est rouge, vineuse, perd la propriété de devenir écarlate par le gaz oxigène (1).

On conçoit plus aisément la déperdition de sérum qu’éprouve le sang dans la respiration : cela tient très-probablement è ce qu’une certaine quantité de sérum s’échappe des dernières divisions de l’artère pulmonaire, et vient se vaporiser dans l’air que contiennent les lobules. Cette vapeur sort ensuite avec l’air expiré, sous le nom de transpiration pulmonaire.

Il ne faut pas croire cependant que toute la vapeur qui sort dans l’expiration provienne du sang de l’artère pulmonaire; je ferai voir plus tard qu’une partie assez considérable de cette vapeur est formée aux dépens du sang artériel qui est distribué à la membrane muqueuse des voies aériennes.

Dans ses premières recherches sur la respiration, Lavoisier avait cru qu’il pouvait y avoir combustion d’hydrogène dans les poumons, et formation d’une certaine quantité d’eau. Cette eau aurait formé une partie de la transpiration pulmonaire.

(1) Il ne faut pas confondre la matière colorante du sang, décrite par MM. Brande et Yauquclin , avec Vhématine , qui est la matière colorante du bois de campêche, et qui a été découverte par M. Chevreul.

DE PHYSIOLOGIE. 3/f 7

Mais cette idée n’est plus admise aujourd’hui, et la transpiration du poumon est considérée, ainsi qu’il vient d etre dit, comme le résultat du passage dans les vésicules bronchiques d’une partie du liquide qui parcourt l’artère pulmonaire.

L’anatomie met sur la voie de ce phénomène. Une injection d’eau poussée dans l’artère pulmonaire passe sous la forme d’une innombrable quantité de gouttelettes presque imperceptibles dans les cellules aériennes, et se mêle à l’air qu’elles contiennent.

Sur les animaux vivants, on augmente à volonté la quantité de la transpiration pulmonaire, en injectant de l’eau distillée, à une température voisine de celle du corps, dans le système veineux, comme le prouve l’expérience suivante : prenez un chien de petite taille, injectez à diverses reprises un volume considérable d’eau : l’animal sera d’abord dans un état de véritable pléthore, ses vaisseaux seront même tellement distendus, qu’il aura peine à se mouvoir; mais, au bout de quelques instants , les mouvements respiratoires s’accéléreront sensiblement , et de tous les points de la gueule s’écoulera en abondance un liquide dont la source est évidemment la transpiration du poumon considérablement augmentée.

Ce n’est pas seulement la partie aqueuse du sang qui s’échappe par la transpiration pulmonaire : j’ai montré, par des expériences particu-

Expcrienees sur la

transpira lion pulmonaire.

lières, que plusieurs substances, introduites dans les veines par l’absorption ou par une injection directe, ne tardent pas à sortir par le poumon. De l’alcool faible, une dissolution de camphre, de l’étber, ou autres substances odorantes, introduites dans la cavité du péritoine ou ailleurs, sont bientôt absorbées par les veines, transportées au poumon ; elles passent dans les vésicules bronchiques, et se font connaître par leur odeur dans l’air expiré.

Le phosphore se comporte de même; non-seulement son odeur est sensible dans l’air expiré, mais sa présence est facile à constater d’une manière encore plus positive.

Injectez dans la veine crurale d’un chien une demi-once d’huile dans laquelle du phosphore aura été dissous : à peine aurez-vous fait l’injection, que l’animal rendra par les narines des flots d une vapeur épaisse et blanche, qui n’est autre chose que de l’acide phosphoreux. Si vous faites l’expérience dans l’obscurité, ce sont des flots de lumière qui s’échappent avec l’air expiré ( i ).

11 résulte d’expériences intéressantes faites par INysten, que les gaz se comportent cà peu près de

(i) L’idée de faire cette expérience dans l’obscurité appartient à M. Armand de Montgarny, jeune médecin de beaucoup de mérite, que la mort a frappé au milieu de scs p rem i e rs t r a v a u x .

la même manière, c’est-à-dire qu’après avoir été injectés dans les veines, ils sortent avec l’air expiré.

Quelques tentatives ont été faites pour déterminer la quantité de vapeur qui s’échappe du poumon d’un homme adulte en vingt-quatre heures. Les dernières, qui sont dues à M. Thomson, la mettent à environ 590 grammes; Lavoisier et Séguin l’avaient estimée autrefois à 56o grammes : il est probable qu’elle doit être très-variable, suivant une multitude de circonstances.

On n’est pas d’accord sur la manière dont se forme l’acide carbonique que contient l’air expiré. Ceux-ci croient qu’il existait tout formé dans le sang veineux, et qu’il est exhalé au moment du passage à travers le poumon ; ceux-là pensent qu’il résulte de la combustion directe du carbone du sang veineux par l’oxigène : ni l’une ni l’autre de ces deux opinions n’est suffisamment démontrée ; peut-être les deux effets ont-ils lieu en même temps. Par la même raison qu’on n’est pas instruit sur le mode de formation de l’acide carbonique, on manque de données sur le rôle que joue Toxigène dans la respiration. Les uns disent qu’il est employé à brûler le carbone du sang veineux; les autres veulent qu’il passe dans les veines pulmonaires, et d’autres enfin pensent qu’il remplit à la fois les deux offices.

Toute cette partie de la chimie animale demande de nouvelles recherches.

Quantité de la

transpiration

pulmonaire.

Formation de l’acide carbonique

Action de l’oxigène.

Elévation do tom pcraturc du sang dans los poumons.

Tant qu’on n’aura pas des notions plus positives sur la formation de l’acide carbonique, et sur la disparition de l’oxigène,il sera difficile de se rendre

le sang en traversant ces organes. Cependant , comme il est très-probable quel’oxigène se combine avec le carbone du sang, et comme toute combinaison de ce genre est accompagnée d’un dégagement considérable de calorique, il devient probable aussi que c’est là la source de la chaleur plus grande du sang artériel. En supposant même que l’oxigène soit absorbé et passe dans les veines

pulmonaires, et qu’il se combine ensuite directement avec le sang, on pourrait encore concevoir l’élévation de température du sang; car toute combinaison de i’oxigène avec un corps combustible est accompagnée d’un dégagement de chaleur (i).

La diminution légère dans la pesanteur spécifique et la capacité pour le calorique tiennent probablement à la perte d’eau qui s’est effectuée à la surface des vésicules pulmonaires.

Quant aux autres propriétés qu’acquiert le sang veineux en traversant le poumon, telles que la plasticité, l’odeur, et la saveur plus forte, pour arriver à des notions satisfaisantes sur ce point , il faudrait qu’une analyse exacte et comparative du

(i) Voyez l’article Chaleur animale.

sang veineux et du sang artériel en eût fait connaître très-exactement les différences : or la physiologie attend encore ce service de la chimie.

Respiration des gaz autres que l’air atmosphérique.

On ne s’est point contenté d’étudier les effets de la respiration de l’air atmosphérique, on a voulu savoir quels seraient les résultats de la respiration des autres gaz. Des animaux y ont été plongés, des hommes en ont volontairement ou involontairement respiré, et il a été bientôt reconnu que l’air atmosphérique seul peut servir à la respiration ; tous les autres gaz font périr plus ou moins promptement les animaux; l’oxigène lui-même, quand il est pur, devient mortel; et son mélange avec l’azote, mais dans des proportions différentes de celles de l’air, finit tôt ou tard par produire la mort des animaux qui le respirent.

En faisant ces diverses expériences, on est arrivé à distinguer les gaz, sous le rapport de la respiration, en deux classes : i° les gaz non respira h les , 2° les gaz délétères.

Les premiers, auxquels il faut rapporter l’azote, le proîoxide d’azote, l’hydrogène, etc., font périr les animaux seulement parce que leur action ne peut remplacer celle de l’oxigène; parmi ces gaz, il en est un, le protoxide d’azote, qui produit des

Action des gaz non rcspirables.

Gaz non délétères.

Gaz

délétères*

effets singuliers, qui peut-être devraient le faire rapporter à la seconde classe.

M. Davy est le premier qui ait osé en étudier les effets sur lui-même : après avoir expiré l’air de ses poumons il respira environ quatre litres de gaz protoxide d’azote. Les premiers sentiments qu’il éprouva , furent ceux du vertige et du tournoiement ; mais, au bout d’une demi-minute, continuant toujours de respirer, ces effets diminuèrent par degrés, et furent remplacés par une sensation analogue à une douce pression sur tous les muscles, accompagnée de frémissements très - agréables , particulièrement dans la poitrine et les extrémités. Les objets environnants lui parurent éblouissants, et son ouïe devint plus fine; vers les dernières respirations l’agitation augmenta, sa force musculaire devint plus grande, et il acquit une propension irrésistible au mouvement. Ces effets cessèrent dès que M. Davy eut discontinué de respirer le gaz, et dans dix minutes il se trouva dans son état naturel.

Ces effets 11e sont cependant pas constamment les mêmes. MM. Vauquelin et Thénard, qui ont aussi respiré ce gaz, n’ont pas ressenti tous les phénomènes décrits par M. Davy, mais d’autres phénomènes analogues.

Les gaz délétères sont ceux qui , non-seulement ne peuvent entretenir la respiration, mais tuent avec plus ou moins de promptitude l’homme ou

les animaux qui les respirent purs, ou même mêlés en certaines proportions à l’air atmosphérique. De ce nombre sont tous les gaz acides, le gaz ammoniac, l’hydrogène sulfuré, l’hydrogène arseniqué, le gazTdeutoxide d’azote, etc.

Influence des nerfs de la huitième paire sur la respiration.

Les nerfs de la huitième paire étant les seuls nerfs cérébraux qui envoient des filets dans le tissu des poumons, il a dû se présenter à l'esprit des physiologistes d’en faire la section , afin d’examiner les effets qui en résulteraient. Cette expérience facile a été faite plusieurs fois par les anciens, et il est peu de physiologistes modernes qui ne l’aient répétée.

Tout animal auquel on coupe simultanémentles deux nerfs dont il est question , périt plus ou moins promptement, quelquefois même immédiatement après la section. Jamais il ne survit au-delà de trois ou quatre jours. La mort avait été attribuée tour à tour à la cessation des mouvements du cœur, au défaut de digestion, à l’inflammation des poumons, etc. On doit aux travaux de plusieurs physiologistes, et en dernier lieu à ceux de MM. Wilson Philipp et Breschet, etc. , des éclaircissements précieux sur ce sujet. Je vais donner un résumé général de leurs recherches et des miennes.

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