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sanguins ; ses nerfs naissent des ganglions du grand sympathique. A sa surface interne, s'ouvrent les orifices très-nombreux des vaisseaux chylifères.
On a divisé cet intestin en trois parties, distinguées par les noms de duodénum , de jéjunum , et d ’iléum; mais cette division est peu utile en physiologie.
De même que la membrane muqueuse de l'estomac, celle de l’intestin grêle sécrète une mucosité abondante : je ne crois pas qu’elle ait jamais été analysée. Elle m’a paru visqueuse, filante, d’une saveur salée, et rougissant fortement le papier de tournesol ; toutes propriétés que nous avons déjà remarquées dans le fluide sécrété par l’estomac. Haller donnait à ce fluide le nom de suc intestinal ; il estimait à huit livres la quantité qui s’en forme en vingt-quatre heures.
Non loin de l’extrémité stomacale de l’intestin qui nous occupe, on remarque l’orifice commun des canaux biliaire et pancréatique, par lequel coulent dans la cavité de l’intestin les fluides sécrétés par le foie et le pancréas (1).
Si la formation du chyme est encore un mystère, la nature des phénomènes qui se passent dans l’in-
Sécrétion de l’intestin grêle.
(1) \oyez Sécrétion de ta bile et Sécrétion du fluide pancréatique.
testin grêle n’est pas mieux connue. Ici nous suivrons encore notre méthode habituelle, c’est-à-dire que nous nous bornerons à décrire ce que l’observation fait connaître.
j\ous allons d’abord parler de l’introduction du chyme, et de son trajet dans l’intestin grêle; nous traiterons ensuite des altérations qu’il y éprouve.
Accumulation et trajet du chyme dans l’intestin grêle
Accumulation du chyme dans l’intestin grêle.
J’ai eu plusieurs fois l’occasion de voir, sur des chiens, le chyme passer de l’estomac dans le duodénum. Voici les phénomènes que j’ai observés : A des intervalles plus ou moins éloignés, on voit un mouvement de contraction se développer vers le milieu du duodénum ; il se propage assez rapidement du côté du pylore : cet anneau lui-même se resserre, ainsi que la partie pylorique de l’estomac; en vertu de ce mouvement, les matières contenues dans le duodénum sont poussées vers le pylore, où elles sont arrêtées par la valvule, et celles qui se trouvent dans la partie pylorique sont repoussées en partie vers la partie splénique ; mais ce mouvement, dirigé de l’intestin vers l’estomac, est bientôt remplacé par un mouvement en sens opposé, c’est-à-dire qui se propage de l’estomac vers le duodénum, et dont le résultat est de faire franchir le pylore à une quantité de chyme plus ou moins considérable.
Le mouvement qui vient d’être décrit se répète ordinairement plusieurs fois de suite, avec des modifications pour la rapidité, l’intensité de la contraction , etc. ; puis il cesse pour reparaître au bout de quelque temps. Il est peu marqué dans les premiers moments de la formation du chyme ; l’extrémité seule de la partie pylorique y participe. Il augmente à mesure que l’estomac se vide, et, vers la fin de la chymification, j’ai plusieurs fois vu l’estomac tout entier y prendre part. Je me suis assuré qu’il n’est point suspendu par la section des nerfs de la huitième paire ; et ce fait est d’une haute importance relativement à l’action nerveuse. 11 montre que les fonctions de ces nerfs ne peuvent être comparées, comme on le fait généralement, à celles des nerfs moteurs ordinaires. La paralysie suit immédiatement la section de ceux-ci ; rien de semblable n’a lieu pour l’estomac, les contractions de cet organe ne perdent rien de leur activité , du moins dans les premiers moments.
Ainsi, l’entrée du chyme dans l’intestin grêle n’est point continue. À mesure qu’elle se répète, le chyme s’accumule dans la première portion de l’intestin, il en distend un peu les parois et s’enfonce dans les intervalles des valvules; sa présence excite bientôt l’organe à se contracter, et, par ce moyen, une partie s’avance dans l’intestin; l’autre reste attachée à la surface de sa membrane et prend ensuite la même direction. Le même phé-
Mou veinent du pylore.
Passage du chyme à travers le pylore.
Progression du chyme dans l’intestin grêle.
nomène se continue jusqu’au gros intestin; mais comme le duodénum reçoit de nouvelles portions de chyme, il arrive un moment où Fintestin grêle, dans toute sa longueur, est rempli de cette matière. On observe seulement qu’elle est beaucoup moins abondante dans le voisinage du cæcum qu’à l’extrémité pylorique.
Le mouvement qui détermine la progression du chyme à travers l’intestin grêle a la plus grande analogie avec celui du pylore : il est irrégulier, revient à des époques variables, se fait tantôt dans un sens et tantôt dans un autre, se manifeste quelquefois dans plusieurs parties à la fois. Il est toujours plus ou moins lent; il détermine des changements de rapport entre les circonvolutions intestinales. Il est entièrement hors de l’influence de la volonté.
On s’en formerait une fausse idée si l’on se bornait à examiner l’intestin grêle sur un animal récemment mort; il a alors une activité qu’il est loin d’offrir pendant la vie. Cependant, dans les mauvaises digestions , il paraît acquérir une vitesse et une énergie qu’il n’a pas ordinairement.
Quelle que soit la manière dont ce mouvement s’exécute, le ‘chyme paraît marcher très-lentement dans l’intestin grêle : les valvules nombreuses qui s’y remarquent et qui ont, dans l’état de santé, un relief et une épaisseur qu’elles sont loin de conserver après la mort par maladie, la multitude
d'aspérités qui hérissent la membrane muqueuse, les courbures multipliées du canal, sont autant de circonstances qui contribuent à ralentir sa progression, mais qui favorisent son mélange avec les fluides contenus dans l’intestin , et la production du chyle, qui en est le résultat.
Changements qu'éprouve le chyme dans l'intestin
grêle .
Ce n’est guère qu’à la hauteur de l’orifice du canal cholédoque et pancréatique que le chyme commence à changer de propriétés. Jusque-là il avait conservé sa couleur, sa consistance demifluide, son odeur aigre, sa saveur légèrement acide; mais, en se mêlant à la bile et au suc pancréatique, il prend de nouvelles qualités : sa couleur devient jaunâtre, sa saveur amère, et son odeur aigre diminue beaucoup. S’il provient de matières animales ou végétales, qui contenaient de la graisse ou de l’huile, on voit se former çà et là, à sa surface, des filaments irréguliers, quelquefois aplatis, d’autres fois arrondis, qui s’attachent promptement à la surface des valvules, et paraissent être du chyle brut . On n’aperçoit point cette matière quand le chyme provient d’aliments qui ne contenaient point de graisse; c’est une couche grisâtre, plus ou moins épaisse, qui adhère à la
Progression du chyme dans l’intestin grêle.
Altérations du chyme, dans l’intestin ' grêle.
membrane muqueuse, et qui paraît contenir les éléments du chyle.
Les mêmes phénomènes s’observent dans les deux tiers supérieurs de l’intestin grêle; mais, dans le tiers inférieur, la matière chymeuse devient plus consistante, sa couleur jaune prend une teinte plus foncée; elle finit même quelquefois par devenir d’un brun verdâtre, qui perce à travers les parois intestinales, et donne à l’iléon un aspect distinct de celui du dodénum et du jéjunum. Quand on l’examine près du cæcum, on n’y voit plus ou très-peu de stries blanchâtres chyleuses; elle semble, dans cet endroit, n’être que le résidu de la matière qui a servi à la formation du chyle.
D’après ce qui a été dit plus haut sur les variétés que présente le chyme, on doit pressentir que les changements qu’il subit dans l’intestin grêle sont variables suivant ses propriétés : en effet, les phénomènes de la digestion dans l’intestin grêle varient avec la nature des aliments (î).
Cependant le chyme y conserve sa propriété acide; et s’il contient des parcelles d’aliments ou d’autres corps qui ont résisté à l’action de l’es-
(i) Nous avons fait sur ce point beaucoup d’expériences; mais il aurait été peu utile d’en consigner les détails.dans un ouvrage élémentaire.
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tomac, ceux-ci traversent l’intestin grêle sans y éprouver d’altération. Les mêmes phénomènes se manifestent quand on a fait usage des mêmes substances. J’ai pu m’assurer de ce fait sur les cadavres de deux suppliciés, qui, deux heures avant la mort, avaient fait un repas commun ou ils avaient mangé des mêmes aliments à peu près en quantité égale : les matières contenues dans l’estomac, le chyme dans la portion pylorique et dans l’intestin grêle m’ont paru entièrement identiques pour la consistance, la couleur, la saveur, l’odeur, etc.
Le docteur Prout s'est occupé de la composition du chyme ; ses expériences ont été faites sur diverses espèces d’animaux. 11 a comparé avec soin la digestion de deux chiens, dont l’un avait mangé uniquement des matières végétales, et le second des matières animales. Le résultat de ses analyses comparatives se voit dans le tableau qui suit :