DU TOUCHE
Par le toucher nous connaissons la plupart des Toucher, propriétés des corps ; et parce que ce sens est moins sujet aux erreurs que les autres, que dans certain s cas il nous sert à dissiper celles où ceuxci nous ont conduits , il a été regardé comme le sens par excellence , le premier des sens; mais nous verrons qu'il faut beaucoup restreindre les avantages que lui ont attribués les physiologistes, et surtout les métaphysiciens.
Le toucher se distingue facilement du tact.
Celui-ci est, à quelques exceptions près, généralement répandu dans nos organes , et particulièrement aux surfaces cutanée et muqueuse ; il existe chez tous les animaux, tandis que le toucher n'est exercé que par des parties évidemment destinées à cet usage; il n'existe pas chez tous les animaux, Distinction et n'est autre chose # que le tact réuni à la contrac- "ÔJ^ 1 / tion musculaire, dirigée par la volonté. Enfin, dans 1. < 12
l'exercice du tact, nous pouvons être considérés connue passifs, tandis que nous sommes essentiellement actifs quand nous exerçons le toucher.
Prsprietis pkysîtjut* des cor y qui mt tient en jeu le
t.nuhtr.
Presque toutes les propriétés physiques des corps sont susceptibles de mettre en jeu les organes du toucher : la forme, les dimensions, les dirers degrés de consistance, le poids, h température, les :uoutemeuts de tr.* sport, ceux de ûbration, etc.. etc. , sout autant de ci^vustanees qui sont appréciées plus ou lu h^s exactement par le toucher.
Les ojrrsncs de si : nés au toucher n'exercent pas u uîquement ee:;c :\>uctiou : en sorte que, sous ce rjuuvrt, ie tou :h-r c.uere ces autres sens. Ceueudiuî comme, daus le plus znui uoesbre des cis, c est la peau qui reçoit les îuj^res^: >us ta :t£!es p?voui:es paj :ts corps qtii nous eu* ire rident, il est uecessaire de dire quelques nie es de sa strie taxe.
La uejc ;':rr>f lea^-ppe d«? corps: elle se eona*ec les rrem-uri: es uuuo; v.e r ises i i~ectree de t..u:es les ;a*i:?s; niais ii ^s: inevie* ce cire que -s uietrbrJLue* se ut uue o.uiu uuiieui-
Lj ^ea-i e^t * reuee rr*u . ualectKîit r*ar le *£<mne
ou chorion, couche fibreuse, cl épaisseur différente, Derme suivant les parties qu'elle recouvre; elle adhère à °" cumon * ces parties tantôt par du tissu cellulaire plus ou moins serré , tantôt par des brides fibreuses. Le chorion est presque toujours séparé des parties sous-jacentespar une couche plus ou moins épaisse, qui sert dans l'exercice du toucher.
Le côté externe du chorion est recouvert par Épidémie. Tépiderme, matière solide, sécrétée par la peau. L'épiderme ne doit point être considéré comme une membrane ; c'est une couche homogène, adhérente par sa face interne au chorion, et percée d'un nombre infini de petits trous, dont les uns laissent passer les poils, et les autres la matière de la transpiration cutanée, en même temps qu'ils servent à l'absorption, dont la peau est le siège. Ces derniers sont nommés ies pores de la peau.
Il faut remarquer, relativement à l'épiderme , Propriétés de qu'il est insensible, qu'il ne jouît d'aucune des le i udern,c * propriétés de la vie, qu'il n'est point sujet à la putréfaction , qu'il s'use et se répare continuellement, que son épaisseur augmente ou diminue selon le besoin ; on le dit inattaquable par les organes digestifs.
La connexion de l'épiderme au chorion est intime, et cependant on ne peut douter qu'il n'y v ait entre ces deux parties une couche particulière, dans laquelle se passent des phénomènes importants. L'organisation de cette couche est encore peu
i8o PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE
CmiuIm- „ tuéc connue. Malpighi croyait qu'elle est formée par un
< ii lit: le derme 1*1». » » 1
ci rr r icicriiîc. mucus particulier, dont 1 existence a ete long-temps admise, et qui portait le nom de corps mu queux de MalpighL D'autres auteurs l'ont considérée, avec plus de raison, comme un réseau vasculaire (1) ; Gall l'assimile, par un vrai paradoxe, à la matière grise qu'on remarque dans plusieurs endroits du cerveau. M. Gautier, en examinant avec attention la face externe du derme, y a remarqué de petites saillies rougeâtres, disposées par paires : on les aperçoit très -aisément quand le chorion est mis a nu par l'action d'un vésicatoire. Ces petits corps sont disposés régulièrement à la face palmaire de la main et à la plantaire du pied. Ils sont sensibles , et se reproduisent quand ils ont été arrachés. Ils paraissent essentiellement vasculaîres. Ce sont ces corps que l'on a long-temps nommés, sans les avoir éturapiiirodc di^s avec soin, les papilles de la peau. I/épidcrme
peau.
est percé, vis-à-vis leur sommet, d'une petite ouverture, par laquelle on voit s'échapper de petites gouttelettes de sueur lorsque la peau est exposée à une température un peu élevée. La peau contient un grand nombre de follicules sébacés ; elle reçoit beaucoup de vaisseaux, et une très- grande quantité
(i) On voit distinctement sur les cadavres, a la face externe du chorion, des vaisseaux très-nombreux, très-fins, et remplis de sang, dan? les points on des vésicafoire? ont été appliqués quelque temps avant la moi*:.
de nerfs, particulièrement aux points de cette membrane qui doivent concourir au toucher. On ignore complètement la manière dont les nerfs se terminent dans la peau; tout ce qui a été dit des papilles nerveuses cutanées est hypothétique.
L'exercice du tact et du toucher est favorisé par Comiiums le peu d'épaisseur du derme, une température un q î" loucher! peu élevée de l'atmosphère, une transpiration cutanée abondante , ainsi qu'une certaine épaisseur et une certaine souplesse de l'épidémie. Lorsque les dispositions contraires existent , le tact et le toucher sont plus ou moins imparfaits.
Jusqu'ici les physiologistes avaient considéré tous les nerfs comme pouvant concourir au tact, et même au toucher , cette idée est loin d'être exacte ; l'expérience montre, au contraire, qu'un grand nombre de nerfs ne paraissent pas doués de cette propriété, et, dans le même nerf, tous les filets ne la présentent pas; par exemple : la plupart des nerfs qui naissent de la moelle épinière ont deux sortes de racines, les unes antérieures, et les autres postérieures ; ces dernières seules paraissent servir au tact des organes du tronc et des membres.
Mécanisme du tact.
Le mécanisme du tact est extrêmement simple; il suffit que les corps soient en contact avec la peau
Exercice du tact.
iSz PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE
pour que nous acquérions aussitôt des données plus ou moins exactes sur les propriétés tactiles des corps.
utilité Le tact nous fait particulièrement juger de la
du tact. température. Lorsque les corps nous enlèvent du calorique, nous les nommons froids; lorsqu'ils nous en cèdent, nous les disons chauds; et selon la quantité de calorique dont ils nous privent ou qu'ils nous donnent , nous déterminons leurs différents degrés de chaleur ou de refroidissement Cependant les jugements que nous portons sur la température sont loin d'être rigoureusement en rapport avec la quantité de calorique que les corps nous cèdent ou nous enlèvent ; nous y mêlons à notre insu une
En i?iir« comparaison avec la température de l'atmosphère, bfempéra'ture en 80rte qu'un corps plus froid que le nôtre, mais
du corpa. pj ug caau( j q Ue l'atmosphère, nous paraîtra chaud,
quoique réellement il nous enlève du calorique quand nous le touchons. C'est la raison pour laquelle les lieux dont la température est uniforme, comme les caves, les puits, nous paraissent froids en été et chauds en hiver. La capacité des corps pour le calorique influe aussi sur les jugements que nous portons sur la température ; témoin la sensation différente que causent le fer et le bois, quoique à la même température.
Un corps assez chaud pour décomposer chimitr^lîTiraW quement nos organes produit la sensation de la cbaU froiU». r * brûlure. Un corps dont la température est assez
gle
basse pour absorber promptement une grande proportion du calorique d'une partie , produit une sensation analogue : on peut s'en assurer en touchant du mercure congelé.
Les corps qui ont une action chimique sur l'é- Action* eu* piderrne, ceux qui le dissolvent, comme les alcalis caustiques et les acides* concentrés, produisent 1 7 mk,u,e une impression facile à reconnaître, et qui peut servir à distinguer ces corps.
Tous les points de la peau ne sont pas doués du même degré de sensibilité; de manière qu'un corps, appliqué successivement sur divers points de la surface du système cutané, produira une série d'impressions différentes.
Les membranes muqueuses jouissent d'un tact j acides très-délicat. Qui ne connaît la grande sensibilité ,,,U( » ueu8CS des lèvres, de la langue, de la conjonctive, de la pituitake, de la muqueuse, de la trachée artère, de l'urètre, du vagin, etc. ? Le premier contact des corps qui ne sont pas naturellement destinés à toucher ces membranes, est d'abord douloureux, mais cet effet change bientôt par le pouvoir de l'habitude.
Le tact de ces parties s'exerce même sur les va- Anai.» S i<-
... . du tact rt^de
peurs; qui ne sait que les vapeurs ammoniacales r«,durat. ou acides affectent douloureusement la conjonctive, le larynx, etc. ? Ce phénomène a une analogie évidente avec l'odorat.
Mécanisme du coucher.
Dispositions Chez l'homme, la main est l'organe principal du>
avantageuses
de la main toucher ; toutes les circonstances les plus avantatoucher, yeuses s y trouvent reunies. Lepiderme y est mince, poli et très-souple, la transpiration cutanée abondante, ainsi que la sécrétion huileuse. Les bourgeons vasculaire* y sont plus nombreux que partout ailleurs. Le chorion n'y a pas une épaisseur trop considérable ; il reçoit beaucoup de vaisseaux et de nerfs ; il est adhérent à l'aponévrose sous-jacente par des brides fibreuses, et il est soutenu par du tissu cellulaire graisseux, fort élastique. C'est à l'extrémité ou à la pulpe des doigts que
toutes ces dispositions sont à leur plus haut degré de perfection ; les mouvements de la main sont faciles, très-multipliés, tels enfin que cette partie peut s'appliquer à tous les corps, quelle que soit l'irrégularité de leur figure.
Comment la Tant que îa main reste immobile à la surface
main exerce ^ f ,
le toucher, d un corps, elle n agit que comme organe du tact.
Pour exercer le toucher, il faut qu'elle se meuve, soit pour parcourir leur surface, afin de nous en indiquer la forme, les dimensions, etc. ; soit pour les comprimer,, afin d'acquérir des notions sur leur consistance, leur élasticité, etc.
Quand un corps a des dimensions considérables, nous employons la main tout entière pour le tou-
cher; si, au contraire, le corps est très-peu vol U— Comment la mineux, nous le touchons avec l'extrémité des ém&f***** doigts. La faculté qu'a l'homme d'opposer les doigts touchcr - . par leur pulpe, lui donne, sous ce rapport, un grand avantage sur les animaux.
Relativement au toucher le calorique joue le même rôle que la lumière par rapport à la vue. 11 nous fait connaître la présence et certaines propriétés des corps, bien qu'ils se trouvent souvent très-éloignés de nous ; et de même que cela arrive pour la vue, nous reportons instinctivement à distance l'impression qui s'effectue au contact.
Dès la plus haute antiquité on a donné au toucher une grande prépondérance sur les autres sens; quelques philosophes ont été jusqu'à dire qu'il était la cause de la raison humaine. Cette idée s'est maintenue jusqu'à nos jours ; elle a reçu même une extension remarquable dans les écrits de Condillac, de Buffon et des physiologistes modernes. Buffon, en particulier, donnait au toucher une telle importance, qu'il croyait qu'un homme n'avait beaucoup plus d'esprit qu'un autre, que pour avoir fait, dès sa première enfance, un plus prompt et plus grand usage de ses mains. On ferait bien, dit-il, de laisser aux enfants le libre usage des mains dès le moment de leur naissance (i).
(i) Il existe en ce moment, à Paris, un jeune artiste peintre, qui n'a aucune trace de bras, d'avant-bras, ni de main;
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coupés, brûlés, déchirés sans que nous eu soyons avertis par aucune sensation.
Un fait pour ainsi dire incroyable, d'après les idées admises, c'est que plusieurs nerfs paraissent être dans le même cas que les tendons, aponévroses, etc. Ils sont insensibles à tous les excitants mécaniques; tels sont la première, la seconde, la troisième, la quatrième, la sixième et' la portion molle de la septième paire de nerfs, les branches et les ganglions du symphatique ( i ). {VoyAz détail de mes expériences à ce sujet dans mon Journal de Physiologie, tom. IV. )
(i) Quant à la portion dure de la septième paire ou nerf facial, il est dans une position toute particulière, il ne paraît pas être sensible par lui-même; cependant s'il est mis a nu sur un animal vivant, il donne des indices non équivoques de sa sensibilité; mais un de mes anciens collaborateurs, maintenant professeur de physiologie à Copenhague, M. Eschriht, a prouvé, par plusieurs expériences très-ûnement conduites, que si ce nerf est sensible il le doit, comme toutes les parties de la face, à l'intégrité de la cinquième paire ; ce fait remarquable découlait aussi d'une expérience que j'ai faite, et qui consiste à couper le tronc des deux cinquième paire dans le crâne : alors toute la face perd sa sensibilité; par conséquent celle de la septième paire y est comprise; mais l'idée de faire ressortir celte conséquence ue m'était pas venue. Il est heureux pour la science que mon sivaut confrère y ait songé, et qu'il en ait fuit un sujet spécial de recherches. Cela nous a valu un bon mémoire. ( V oyez mon Journal de Physiologie. )
L'insensibilité des organes fibreux n était point Expériences
, . ., . , de Haller sur
connue des anciens ; ils envisageaient toutes les i e * partira parties blanches comme nerveuses, et leur attri- ,nscnsi es huaient les propriétés que nous savons maintenant n'appartenir qu'à un ordre distinct de nerfs. C'est aux expériences de Haller et à celles de ses disciples que nous sommes redevables de savoir qu'entre tous les tissus fibreux blancs les nerfs seuls sont sensibles (1); cet utile résultat devait avoir une grande influence sur les progrès récents de la chirurgie. En effet, avant de connaître cette, conséquence inattendue d'expériences directes, ce que redoutaient le plus les opérateurs, c'était de léser des parties blanches. Aujourd'hui elles sont intéressées sans aucune crainte. IN 'eussions-nous que cette preuve de la grande utilité des expériences physiologiques sur les animaux vivants, il me semble qu'il serait difficile de ne pas l'accorder. Combien de malheureux ont dû la vie à cette sécurité des chirurgiens !
Le fait que j'ai été assez heureux pour découvrir, savoir que, parmi les nerfs , il en est qui égalent les tendons, les aponévroses, les cartilages pour l'insensibilité complète, n'aura pas, je l'espère, une
(1) J'ai remarque cependant plusieurs fois, dans mes expériences, que la partie de la dure - mère qui forme les parois du sinus longitudinal supérieur, était d'une 'sensibilité non douteuse.
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moindre influence sur les progrès futurs de la chirurgie.
Sensations spontanées.
Besoins, désirs.
Sensation» Sans l'intervention d'aucune cause externe, tous
spontanées. , , , ,
les organes peuvent spontanément développer en nous un grand nombre d'impressions diverses.
Elles sont de trois espèces. Les premières naissent quand il est nécessaire que les organes agissent ; on les nomme besoins , désirs instinctifs : telles sont la faim, la soif, le besoin d'uriner, celui de respirer, les appétits vénériens, etc., etc. Sensations Les secondes ont lieu pendant l'action des or- JnenU'actwJ ganes ; elles sont souvent obsclires, quelquefois très-vives. De ce nombre sont les impressions qui accompagnent les diverses excrétions, comme celle du sperme, de l'urine, du lait. Telles sont encore les impressions qui nous avertissent de nos mouvements, des périodes de la digestion : les rêves, la pensée elle-même se rattachent à ce genre d'impression.
La troisième espèce de sensations internes se développe quand les organes ont agi. A cette espèce appartient le sentiment de la fatigue, variable dans les différents appareils de fonctions.
11 faut ajouter à ces trois espèces d'impressions celles qui se font sentir dans les maladies : celles-
l aligu
gle
ci sont infiniment nombreuses et variées ; leur étude approfondie est indispensable au médecin. Toutes les sensations venant du dedans, nais-
sant presque toujours indépendamment de l'action des corps extérieurs, ont été désignées collectivement par la dénomination de sensations internes, ou sentiments.
Leur considération avait été négligée par les métaphysiciens du siècle dernier; mais cette étude a été, de nos jours, l'objet des méditations de plusieurs auteurs distingués, particulièrement de Cabanis et de MM. Destutt-Tracy et Thurot; leur histoire est une des parties les plus curieuses de l'idéologie.
'Sensations spontanées durant les maladies.
Du prétendu sixième sens.
Buffon, en parlant de la vivacité des sensations agréables qui sont produites par le rapprochement des sexes, a dit, dans un langage figuré, qu'elles dépendaient d'un sixième sens.
Les magnétiseurs, et surtout ceux d'Allemagne, parlent beaucoup d'un sens qui est présent dans tous les autres, qui veille quand ceux-ci dorment, qui est surtout développé dans les individus somnambules : il donne à ces personnes le pouvoir de prédire les événements. Ce sens, qui forme l'instinct des animaux y leur fait pressentir les dangers prochains. Il réside dans les os, les viscères, les gan-
Dusxiènie sens.
gitans et les plexus nerveux. Répondre à de semblables rêveries, serait à coup sûr perdre son temps,
Ayant découvert dans l'os incisif des animaux un organe particulier, M. Jacobson a soupçonné qu'il pouvait être la source d'un ordre distinct de sensations, sans en donner d'ailleurs aucune preuve.
Enfin la faculté qu'ont les chauves-souris de se diriger, en volant dans les lieux les plus obscurs, avait fait penser à Spallanzani et a M. Jurine, de Genève, que ces animaux étaient doués d'un sixième sens; mais M. Cuviera fait voir que cette faculté de se conduire ainsi dans l'obscurité devait être attribuée au sens du toucher.
If n'existe donc pas de sixième sens.
DES SENSATIONS EN GÉNÉRAL (l).
Considéra- Les sensations forment la première partie de la ,lo ies surles* ^ e relation ; elles établissent nos relations passives avec les corps environnants, et avec nousmêmes. Cette expression de passives, comme on le sentira aisément, n'est vraie qu'en un certain sens ; car les sensations, de même que les autres
(1) Le9 considérations générales élant fondées sur la connaissance des faits particuliers, nous les placerons toujours après l'exposition de ceux-ci : cette marche est conforme au mécanisme de la formation des idées.
sensations.
senaalioiiH.
fonctions de l'économie, «ont le résultat de l'action des organes, et par conséquent essentiellement actives.
Tout ce qui existe peut agir sur nos sens ; nous Cause* de» ne sommes instruits positivement de l'existence des corps que par ce moyen. Tantôt les corps agissent directement sur nos organes, tantôt leur action s'établit par le secours de corps intermédiaires, tels que la lumière, les odeurs, etc.
La plupart des corps peuvent agir sur plusieurs de nos sens; d'autres, au contraire, n'ont d'influence que sur un seul.
Les appareils de sensations, ou les sens, sont formés, i° d'une partie extérieure qui possède des propriétés physiques en rapport avec celles des corps ; 2° de nerfs qui reçoivent les impressions et les transmettent au cerveau.
La partie extérieure des appareils de la vue et de l'ouïe est très-compliquée; celle des trois autres sens est beaucoup plus simple : mais, dans tous , l'état physique de cette partie a une telle influence, que la moindre altération de cet état jette un trouble marqué dans la fonction.
Des nerfs.
Les nerfs, qui forment la seconde partie des appareils de sensation, sont des organes essentiels des sens.
îo/j PBÉCIS BLKMENTA1RK
Tous les nerfs ont deux extrémité» : l'une est confondue avec la substance du cerveau; l'autre est disposée diversement dans les organes. Ces deux extrémités ont été tour à tour nommées ori- < y qu'on «i/jf ou terminaison des nerfs. Les uns disent que ,M; Ç mcri tous les nerfs naissent du cerveau et se terminent
tntiiiiiiivn
. nnfs. aux organes ; les autres pensent, au contraire, que les nerfs naissent des organes, et qu'ils forment le cerveau en se réunissant. Ces expressions sont inexactes et donnent une idée fausse; elles ne peu- \ent être utiles que dans la description des organes ; et comme on pourrait aisément les remplacer sans nuire à la clarté, peut-être serait-il à désirer qu'on les abandonnât ; car il est évident que les nerfs ne forme ni pus plus le cerveau par leur réunion, que le cerveau ne donne naissance aux nerfs. Par ces termes, on exprime d'une manière métaphorique la disposition des deux extrémités de chaque nerf. L extrémité or re craie : dcs nerfs présente des fila-
M , r, uients tres-uenes . qui se contouuent avec la substance du ceneau; à peu de distance du point où lV.u commence à les apercevoir, ces filaments se reunissent et forment le nerf.
Il existe des différences marquées entre les nerfs: it s uns sont arrondis, ceux-là sont aplatis: d'autres -Mît comme canin les sur leurs côtes; un grand nombre sont longs, plusieurs sout tres-coarts, qur lqucs- uns sont u:«>u> . d'autres offrent une t-::::»cî!c tissu remur^u-.iV \< . On [ tut dire que.
DE PHYSIOLOGIE. 1 g5
pour la forme, la couleur, etc., il n'y a pas deux nerfs qui se ressemblent entièrement. En général, ces organes sont placés de manière à n'être exposés que rarement à des lésions qui viendraient de causes extérieures.
En se portant vers les diverses parties, les nerfs Extrémité
... 11 i organique
se divisent en branches, rameaux, ramuscules ; des nerf*, ils finissent dans l'épaisseur des organes par des filaments tellement fins , qu'ils ne peuvent plus être aperçus, même à l'aide des instruments d'optique. Les nerfs communiquent entre eux , s'anastomosent, et forment ce qu'on appelle des plexus.
À l'exception du nerf optique, dont on peut voir facilement l'extrémité organique, et du nerf acoustique, sur lequel on a quelques notions, on ignore absolument la disposition des extrémités des filaments nerveux dans le tissu des organes. On a beaucoup parlé des extrémités ou papilles nerveuses, on en parle même encore dans les explications physiologiques; mais tout ce qu'on a dit sous ce rapport est purement imaginaire. Il est facile de démontrer que les corps qui ont été et qui sont encore nommés papilles nerveuses , n'en sont point.
Les nerfs sont en général formés par des fila- Organisation ments excessivement déliés, qui probablement se cs m rfb réduiraient en filaments plus fins encore si nos moyens de division étaient plus parfaits. Ces fila-
I96 MÉCIS ÉLÉMENTAIRE
ments, qui ont été nommés fibres nerveuses, communiquent fréquemment entre eux, et affectent dans le corps des nerfs une disposition qui est en petit cé que sont en grand les plexus. On croit généralement que chaque fibre est formée par une enveloppe (nevrilème) , et par une pulpe centrale, semblable, par sa nature, à la substance cérébrale. Je crois hypothétique ce. qu'on dit à cet égard. J'ai fait tous mes efforts pour répéter les préparations que les anatomistes conseillent pour voir cette structure, je n'ai jamais pu parvenir à la reconnaître. La seule ténuité des fibres nerveuses me paraît une objectionpuissante. Comment, quandon peutà peine, àl'aide du microscope, apercevoirla fibre elle-même, et que l'on peut très-raisonnablement la supposer formée par la réunion de fibres plus pc'tites; comment, dis-je, y distinguer une cavité remplie par une pulpe? Il y a quelques années un préparateur d'anatomie fort habile, M. Bogros, a cru être parvenu à injecter les nerfs avec du mercure par une forte pression, mais il était seulement arrivé à faire marcher l'injection sous le nevrilome commun à plusieurs fibrilles nerveuses (1).
(1) J'ai vu une seule fois, au centre du nerf interne du pénis d'un cheval, l'apparence d'un canal. Persuadé que cette apparence semontrerait sur d'autreschevaux, j'avais fait mespréparatifs pour en tenter l'injection, mais elle ne s'est plus montrée à mon observation et n'était probablement qu'accidentelle.
Quelle que soit la disposition physique de la substance qui forme le parenchyme des fibres nerveuses, il est certain qu elle a les mêmes propriétés chimiques que la substance cérébrale, et que chaque nerf reçoit des artérioles nombreuses, relativeinent à son volume, et qu'il présente des radicules veineuses en nombre proportionné.
La branche postérieure de tous les nerfs qui Ganglion
t de la branche
naissent de la moelle de l'épine offre, non loin du sensible des
. . „ , , . , . nerfs spinaux.
point ou elle se réunit avec la branche antérieure, un renflement qui est appelé ganglion. Ces corps, d'une couleur, d'une consistance et d'une structure tout- à -fait différentes de celles des nerfs, n'ont aucun usage connu. Le nerf de la huitième paire, au moment où il sort du crâne, présente assez souvent un renflement de ce genre. Le nerf de la cinquième paire a lui-même un très -gros ganglion pour sa branche supérieure. Ces divers ganglions méritent aujourd'hui l'attention particulière des physiologistes ; leur étude sur les animaux vivants peut conduire à des découvertes importantes; en général ces ganglions appartiennent aux nerfs qui sont plus particulièrement destinés à la sensibilité générale.
Du mécanisme ou des explications physiologiques ■
des sensations.
Les explications physiologiques des sensations
!0o PllECIS ELEMENTAIRE
consistent dans l'application plus ou moins exacte des lois de la physique, de celles de la chimie, etc. , aux propriétés physiques que présente la partie des appareils placés au-devant des nerfs, comme on a dû le remarquer dans l'histoire particulière de chaque seusation. Dès l'instant qu'on arrive aux usages des nerfs dans ces fonctions, il n'y a plus aucune explication à donner : il faut s'en tenir rigoureusement à l'observation des phénomènes.
conjwiurM Cette conséquence, bien facile à déduire, ne
a hvpolbèses . r
; U r le parait avoir été sentie que par un petit nombre ,ic> ; . nsiiiou*. d auteurs , et même elle n est exprimée qu assez vaguement dans leurs ouvrages. Dans tous les temps, on a cherché à expliquer cette action des nerfs. Les anciens considéraient ces organes comme les conducteurs des esprits animaux, A l'époque où la physiologie était dominée par les idées de mécanique, on envisageait les nerfs comme des cordes vibrantes, sans réfléchir qu'ils n'ont aucune des conditions physiques nécessaires pour vibrer. Quelques hommes de mérite out imaginé que les nerfs étaient les conducteurs et même les organes sécréteurs d'un fluide subtil, qu'ils ont nomme nerveux : d'après eux. c'est au moyen de ce fluide que les sensations sont transmises au cerveau. Dans ce moment, où la dîrectiou des esprits est portée vers l'étude des fluides impondérables, cette opinion compte un assez îrrand nombre de sectateurs. Je connais des s avants 'fui honorent notre
DK PHYSIOLOGIE. 1 99
siècle par leurs lumières, et qui ne sont pas éloignés ducroire que l'électricité joue un grand rôle dans les sensations et les autres fonctions; niais croire ou ignorer n'est-ce pas la même chose? Prétendre expliquer les sensations en les rapportant à une propriété vitale qu'on appelle animale, percevante, relative, etc. , c'est avoir recours au mode d'explication le plus vicieux : car ici on change seulement le mot qui exprime la chose, et la difficulté n'est pas même reculée.
Sans qu'il faille rien préjuger, nous rangeons l'action des nerfs parmi les actions vitales, qui, comme oh l'a vu au commencement de cet ouvrage, ne sont susceptibles, dans l'état actuel de la science, d'aucune explication.
Mais est-il bien certain que les nerfs soient des agents indispensables des impressions reçues par les sens? L'observation et l'expérience le démontrent d'une manière péremptoire.
Un homme reçoit une blessure qui intéresse un tronc nerveux, la partie où ce nerf se distribue devient insensible. Si le nerf optique est celui qui a souffert, l'individu devient aveugle; il devient sourd si c'est le nerf acoustique qui a été lésé.
On produit à volonté ces effets sur les animaux, en coupant, ou simplement en liant ou comprimant les nerfs. Lorsqu'on enlève la ligature, ou lorsqu'on cesse de comprimer ce nerf, la partie reprend la sensibilité qu'elle avait auparavant.
KcusibUs.
'iUO PUÉCI8 ÉLÉMENTAIRE
Expérience» Sur l'homme, comme sur les animaux, la bles- Kjriesnerfs. gure d'un nerf produit des douleurs horribles. Enfin, toutes les maladies qui altèrent, même légèrement, le tissu des nerfs, influent manifestement sur leur fonction d'agent des sensations.
La science a fait récemment, sous le rapport des fonctions des nerfs , des progrès remarquables. Au moyen des notions nouvelles, plusieurs idées anciennes doivent être réformées. ( V oyez mon Journal de Physiologie.)
11 est devenu, par exemple, indispensable de distinguer les nerfs en sensibles, et en insensibles. Kerft Les nerfs sensibles ont pour caractères anatomiques, d'offrir un ganglion non loin de leur origine. Ces nerfs se composent : i° de la branche supérieure de la cinquième paire, qui donne la sensibilité à la peau et aux membranes muqueuses de toute la partie antérieure de la tête ; 2 0 des nerfs qui résultent de la réunion des racines postérieures des nerfs rachidiens; ils donnent la sensibilité à la peau du cou, du tronc, et des membres, et à presque tous les organes de la poitrine et de l'abdomen ; 5° de la huitième paire, qui préside à la sensibilité du pharynx, de l'œsophage, du larynx et de l'estomac-; 4° du sous-occipital ou dixième paire, qui préside à la sensibilité de la partie postérieure de la tête, et en partie à celle du pavillon de l'oreille.
J'ai prouve, par l'expérience, que si ces dilïé-
rents nerfs sont coupés près de leur origine , les parties où ils vont se répandre perdent toute sensibilité.
Les nerfs que Ton peut regarder comme insensibles, bien qu'il ne faille pas prendre cette expression dans un sens absolu , puisque parmi eux se trouvent les nerfs principaux des sensations spéciales delà vue et de l'ouïe, sont : les nerfs optique , olfactif et acoustique ; mais on a vu que ces trois nerfs ont une sensibilité spéciale, qui est, en très-grande partie, soumise à l'influence de la cinquième paire; cette influence d'un nerf sur l'action d'autres nerfs est neuve dans la science, et mérite toute l'attention des physiologistes.
Plusieurs autres nerfs paraissent aussi dépourvus de sensibilité; tels sont les troisième, quatrième et sixième paises, la portion dure de la septième, avec des modifications particulières que j'ai indiquées plus haut; le nerf hypoglosse, et la branche antérieure de toutes les paires qui naissent de la moelle épinière.
Quand on coupe ces divers nerfs, les parties où ils se distribuent conservent la sensibilité; chez l'homme malade, quand ces nerfs sont seuls intéressés, plusieurs fonctions sont altérées; mais la faculté tactile, et en général celle de sentir, ne paraît même pas diminuée. {Voyez mon Journal de Physiologie, tom. III et IV.)
On ignore complètement l'utilité des anasto-
moses nombreuses qu'ont entre eux les nerfs ; on ignore égalqment quelles sont les conséquences qui résultent des communications des nerfs, des sensations avec les ganglions du grand symptathique : les suppositions qu'on a faites pour en expliquer l'usage, montrent assez que sur ce point la physiologie est encore à son berceau, ik u Jusqu'ici il n'a été question que des agents de
la seusation : parlons maintenant du phénomène lui-même, faisons-en connaître les principaux caractères, et d'abord signalons les plus remarquables.
Toute sensation au moment même où nous réprouvons est rapportée à une cause extérieure ; nous savons que l'impression ressentie vient de ce qui n'est pas nous, ou comme diraient certains philosophes du monde txirriettr, en sorte que sentir une impression, est en même temps savoir : v** i* quelle nous vient d'uue cause; a* que cette ,^^c^t*i> cause nous est étrangère (i\ Ce merveilleux 3 -r, u--^ restât nVst pas l'œuvre isolée de> organes spéciaux des sensations, c'est le premier comme le plus important des actes de t'inudéstnce que je iK>mme instinictite % et par conséquent le produit
DE PHYSIOLOGIE. 2o5
de l'action combinée du cerveau et des organes des sens.
Conjecturer ce qui se passe à l'intérieur du système nerveux tandis que nous éprouvons une sensation, est une tentative hors de la portée de l'esprit humain ; et cependant tel est notre besoin irrésistible de mettre des images partout où il y a obscurité, que nous avons dû représenter chaque Analysesensation -comme résultant du développement suc- mel y^ l J[ 1 ,, 1 ,ql,,, cessif , mais très-rafûde, d'un certain nombre de phénomènes, en sorte que dans toute sensation il y aurait : i° action de sa cause sur le sens ; 2°action du nerf pour transmettre; 3° impression reçue par le centre cérébral sentant ou le moi; 4° réaction instinctive qui nous fait reconnaître que la cause delà sensation est hors de nous, quelquefois à unr distance considérable , ayant comme agent intermédiaire l'air, la lumière ou la chaleur. Telle est l'image ou l'idée que les métaphysisiens se sont formée de toute sensation complète à laquelle un de nos plus savants idéologistes a consacré récemment le mot perception.
Mais cette analyse si fine, qu'elle serait parvenue à partager en plusieurs éléments une sensation, est-elle réelle? est -il' possible de prouver physiologiquement ces actes'successifs du phénomène le plus instantané , le plus simple qui existe? Notre esprit, d'autant plus impatient du doute qu'il est plus ignorant, ne nous impose-t-il
ao/f PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE
point ce petit roman analytique pour, comme en bien d'autres circonstances, nous masquer notre ignorance, et peut-être l'absolue impossibilité d'atteindre jamais à concevoir, avec quelque apparence de vérité, de semblables résultats.
Dans la yoie expérimentale, que nous cherchons a ne jamais abandonner, la sensation, et par conséquent sa relation établie avec sa cause extérieure, sont pour nous un seul et même phénomène indivisible en temps distincts ou en actes séparés. Il n'est pas moins possible que le système nerveux sente à sa surface qu'à son centre, si tant est qu'il en «it un ; ce qui est au moins douteux, comme nous chercherons à le prouver par la suite.
Nuire instinct Le même instinct qui nous fait placer la cause rtivuv"^!^ des sensations au dehors de nous, nous conduit C b a cause dc* c cncore à rechercher quelle est cette cause et sensations, quels en sont les caractères. Arriver sur-le-champ a cette connaissance est un de nos plus pressants besoins et un de nos plaisirs les plus vifs ; aussi quand, par un concours de circonstances, ou par la nature de la cause de notre sensation , il ne nous est pas possible de la reconnaître, nous sommes dans une anxiété des plus pénibles, nous faisons tous nos efforts pour en sortir; et quand nous y parvenons , nous ressentons une satisfaction manifeste.
Les sensations sont vives ou faibles. La pre-
ruière fois qu'un corps agit sur nos sens, il y produit en général une impression vive. La vivacité de l'impression diminue si l'action des corps sur nos sens se répète ; elle peut même, par ce moyen, devenir presque nulle. C'est ce fait qu'on exprime en disant que l'habitude émoussc le sentiment. L'intensité de l'existence se mesurant par la vivacité des sensations, l'homme en cherche continuellement de nouvelles, qui sont toujours plus vives : de là son inconstance, son inquiétude et son ennui, s'il reste exposé aux mêmes causes de sensations.
11 dépend de nous de rendre nos sensations et Nous pouvons plus vives et plus nettes. Afin d y réussir, nous dis- sensations
' .. - . , . . , . . plus vives et
posons les appareils sensitits de la manière la plus P ius nettes, avantageuse : nous ne recevons qu'un petit nombre de sensations à la fois, et nous portons sur elles toute notre attention ; ainsi s'établit une différence importante entre voir et regarder, ouïr et écouter. La même différence existe entre Y exercice ordinaire de l'odorat et Y action de. flairer, entre goûter et déguster, toucher et palper.
La nature nous a aussi donné la faculté de diminuer la vivacité des sensations. Ainsi nous fronçons les sourcils , nous rapprochons les paupières, quand l'impression produite par la lumière est trop vive; nous respirons par la bouche quand nous voulons nous soustraire à l'action d'une odeur trop forte, etc.
Relations réciproques
des sensations.
D'ailleurs, les sensations se dirigent, s'éclairent, se modifient, et peuvent même se dénaturer mutuellement. L'odorat semble être le guide et la sentinelle du goût; le goût, à son tour, exerce une puissante influence sur l'odorat. L'odorat peut isoler ses fonctions de celles du goût. Ce qui plaît à l'un ne plaît pas toujours également à l'autre : mais comme les aliments et les boissons ne peuvent guère passer par la bouche sans agir plus ou moins sur le nez , toutes les fois qu'ils sont désagréables au goût, ils le sont bientôt à l'odorat, et ceux que l'odorat avait d'abord le plus fortement repoussés, finissent par vaincre toutes ses répugnances quand le goût les désire vivement (1).
On sait, par des observations nombreuses, que la vivacité des impressions reçues par les sens qu'elles sont augmente p ar j a perte d'un de ces organes. Par nombreuses, exemple, l'odorat est plus fin chez les aveugles ou chez les sourds, que chez les personnes qui jouissent de tous leurs sens. Je crois cependant avoir remarqué que l'absence de l'odorat, qui se rencontre assez souvent, ne donne pas aux autres sens plus de finesse.
La science possède aujourd'hui l'histoire curieuse d'un jeune homme né sourd et aveugle; il
Les sensation»
sont d'autant plus vives
(1) Cabanis.
a été observé par un grand nombre de médecins et de philosophes.
Jacques Mitchel est né le 11 novembre 1795, Histoire de
. . , , ... T1 , J. Mitchel,
sourd et aveugle de parents intelligents. Il ne donne sourd et
• j» j» j , «i » j 1 • aveugle de
aucun indice d ouue ; cependant il éprouve du plai- naissance, sir à frotter des corps durs contre ses dents, il s'y complaît quelquefois durant des heures entières ; il distingue le jour de la nuit et les couleurs trèstranchées, le rouge, le blanc et le jaune. Dès sa jeunesse il s'est amusé à regarder le soleil à travers les fentes de la porte, et à allumer du feu. Ses relations avec les corps environnants sont principa- * lement établies par l'odorat et le toucher; à l'âge de quatorze ans M. Wardrop lui fit l'opération de la cataracte sur l'œil droit, ce qui a légèrement amélioré sa vue imparfaite ; aujourd'hui (1818) il a moins recours à l'odorat, il manie les corps avec promptitude dans tous les sens, la tète penchée, semblable en cela aux autres aveugles. Son désir de connaître les objets extérieurs, leurs quantités et leurs usages, a toujours été très-vif; il examine tout ce qu'il rencontre,- hommes, animaux, choses; ses actions indiquent de la réflexion. Un jour le cordonnier lui apporte des souliers trop petits; sa mère les enferme dans un cabinet voisin, et en retire la clef. Quelques momens après Mitchel demande la clef à sa mère en tournant la main comme quelqu'un qui ouvre, et en montrant le cabinet; sa mère la lui donne, il
ouvre , apporte les souliers , et les met aux pieds du jeune garçon qui l'accompagne dans ses excursions, et auquel en effet ils allaient fort bien.
Dans son enfance , il flairait toujours les personnes dont il s'approchait en portant leurs mains à son nez, et en aspirait l'air; leur odeur déterminait son affection ou sa répugnance. 11 a toujours reconnu les habits par l'odorat, et refusé de mettre ceux d'un autre. Les exercices du corps l'amusent.
Histoire de Les traits de son visage sont très -expressifs , son s»urd et ' langage naturel est d'un être intelligent. Quand il
«2!ncc e a ^ amî ^ porte la main à la bouche, et montre l'armoire où les comestibles sont renfermés. Quand il veut se coucher, il incline la tête d'un côté sur sa main, comme s'il voulait la mettre sur un oreiller; il imite les gens de métiers pour les indiquer, tels que les mouvements d'un cordonnier qui tire le fil en étendant le bras, ou d'un tailleur en cousant. Il aime à monter à cheval ; il désigne cet exercice en joignant ses deux mains ensemble, et en les portant sous la plante d'un de ses pieds, sans doute pour imiter i'étrier. Il fait, comme tout le monde, les signes naturels de oui et non avec la tète. Il ne veut pas qu'on l'embrasse à la figure, et si sa sœur le fait en plaisantant , il s'essuie et se frotte d'un air mécontent. Il est remarquable que presque tous les signes qu'il invente sont calcules pour la vue des autres. Il paraît connaître son in-
fériotité à l'égard de ce sens. Autrefois il était accompagné d'un petit garçon dans ses excursions, il allait où il voulait; mais, rencontrant un objet inconnu qui lui paraissait un obstacle , il attendait toujours l'arrivée de son compagnon.
Il se rappelle facilement la signification des signes qu'on lui fait. Pour lui faire connaître le nombre des jours, on lui incline la tête, comme signe qu'il doit se coucher tant de fois avant que la chose se fasse. On lui témoigne du contentement en lui caressant l'épaule ou le bras, et du mécontentement, en frappant un coup Un peu sec; il est sensible aux caresses et à la satisfaction de ses parents; il aime les jeunes enfants, et les prend dans ses bras. Il est naturellement bon, et n'offense personne ; cependant son humeur n'est pas égale. Quelquefois il aime qu'on badine avec lui et il rit aux éclats. Un de ses plaisirs favoris est d'enfermer quelqu'un dans une chambre ou dans 1 etable ; mais si on le contrarie trop , ou trop longtemps , il se fâche et pousse des cris très-désagréables. En général , il paraît content de sa situation.
Il a du courage naturel; mais il a toujours agi avec prudence. Étant jeune , il voulait toujours aller plus loin qu'il n'était allé la veille. Un jour, il trouva en son chemin un pont de bois étroit, qui était sur la rivière, près de lâ maison de son père; il se mit sur ses genoux et ses mains pour y passer en rampant; son père, afin de l'intimider, 1. N i4
envoie un homme pour le faire tomber dans l'eau à un endroit où il n'y avait pas de danger, et pour le retirer à l'instant Cette leçon produisit l'effet désiré, et il n'y passa plus. Quelques années après il se souvint encore de cette punition. Un jour, étant mécontent de son petit compagnon , lorsqu'ils jouaient dans une barque attachée au rivage, il le plongea dans l'eau et le retira.
Concluons de cette narration abrégée que, si la vue et l'ouïe fournissent beaucoup de faits à l'intelligence, celle-ci peut arriver à un développement remarquable sans le secours de ces deux sens.
Il est un autre résultat singulier et inattendu récemment donné par l'expérience : dans les conditions ordinaires de la vie, au moment de la naissance, les sens sont presque tous inhabiles à agir, mais ils se développent graduellement par l'exercice, et, à l'âge d'un an, l'enfant a la jouissance à peu près complète de ses cinq sens.
Mais il arrive quelquefois que certaines causes physiques s'opposent au développement d'un sens, et plus fréquemment de l'ouïe ; et si ces causes sont de nature à persister long-temps , les individus restent étrangers à toute idée de son : ce sont les sourds-muets de naissance. On a cru longtemps, et quelques médecins croient encore, que si l'art parvient à enlever l'obstacle qui s'oppose a l'ouïe, le sourd-muet se trouve dans le cas de l'enfant nouveau-né, et que son ouû», se développant peu à
peu par l'usage, finit par lui servir, comme aux au- Sourd» d*
i i i .• i naissance
très nommes , de moyen de sensation, et surtout de rendus à moyen de communication avec ses semblables, et loule * que l'acquisition d'un sens nouveau, à» un âge où l'homme est en état d'apprécier sa situation, serait pour lui la source d'un grand bonheur; mais il n'en est rien. Il résulte d'observations récentes que des sourds-muets rendus à l'ouïe à l'âge de dix à quinze ans ji 'ont attaché que fort peu d'importance à leur nouvel état, qu'ils n'ont cherché à en faire aucun usage, et qu'enfin ce sens, trop tard acquis , est pour eux comme s'ils ne le possédaient pas. Ils continuent à communiquer par gestes et ne prêtent aucune attention aux sons. Pour qu'un sourd de naissance puisse tirer quelque parti de l'ouïe qui lui est donnée, il faut une longue
et pénible éducation, et encore n'est-il pas démontré que jamais ces individus se servent de leur, oreille comme un homme né avec ses cinq sens.
Les sensations sont agréables ou désagréables : les premières, surtout lorsqu'elles sont vives, forment le plaisir; les secondes constituent la douleur. Par la douleur et le plaisir, la nature nous porte à concourir à l'ordre qu'elle a établi parmi les êtres organisés.
Quoiqu'on ne puisse pas, sans sophisme, dire Douleur que la douleur n'est qu'une nuance du plaisir, ct P ,au,r il est cependant certain que les personnes qui ont épuisé toutes les sources de jouissances, et qui sont
)gle
ainsi devenues insensibles à toutes les sources ordinaires des sensations, recherchent les causes de douleurs et se complaisent dans leurs effets. Ne voit-on pas dans toutes les grandes villes des hommes blasés, dégradés par le libertinage, trouver des sensations agréables où d'autres éprouveraient des souffrances intolérables?
Caractère des 11 est nécessaire de remarquer que les sensations
sensation* , , , , . .
exieroea. qui viennent des sens sont en gênerai nettes, distinctes : les idées et toutes les connaissances que nous avons sur la nature en résultent plus particulièrement.
caractère des L es sensations qui naissent du dedans, ou les
M'usa lions 1
intems. sentiments, ne présentent point ces caractères. En général, elles sont confuses, vagues, souvent même nous n'en avons pas la conscience ; elles ne se gravent pas dans l'esprit , elles sont toujours plus ou moins fugitives surtout quand la santé est parfaite.
Nos organes agissent-ils librement et selon les lois ordinaires de l'organisation, les sentiments qui en résultent sont agréables , peuvent même nous causer un plaisir très-vif; mais nos fonctions sontelles troublées , nos organes sont-ils blessés , malades, y a-t-il empêchement à leur action, les sensations internes prennent une vivacité qui attire souvent notre attention au point de nous faire négliger les sensations extérieures; et, selon l'espèce d'empêchement ou de lésion , elles portent un
DE PHYSIOLOGIE. iàl7)
Illusions causées par le»
caractère particulier. Ces sensations internes spontanées, nées du trouble de nos fonctions, c'est-àdire des maladies, sont extrêmement variées, et le plus souvent différentes de celles de l'état de santé. Nous éprouvons, comme pour les sensations externes , le besoin instinctif de les rapporter à une cause, et cette cause à un lieu; mais nous nous abusons le plus souvent, nous croyons le siège de la sensation dans une partie, et il est Rations
° r internes.
réellement dans une autre. A cet égard , il existe même des illusions tellement constantes , qu'elles sont un signe de certaine maladie. Ainsi , dans une lésion de la hanche, le malade souffre au genou ; une pierre dans la vessie fait souffrir au bout du gland. C'est pourquoi la douleur, et toutes les sensations qui accompagnent nos maladies, doivent être un objet important dans les études du médpein (i).
Les nerfs qui se rendent directement au cerveau ou à la moelle épinière , sont-ils les organes de transmission des sensations internes? La chose est
(1) Après certaines opérations de chirurgie il se développe des illusions singulières. Un amputé croit encore souffrir dans le membre qu'il a perdu. Un nez artificiel est-il fait aux dépens de la peau du front, dont on en renverse un lambeau sur la face, où il contracte des adhérences, toutes les sensation* reçues par cette portion de peau déplacée sont rapportées ù sa situation primitive, c'esl-à-dirc au front.
2l4 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE
probable; cependant les physiologistes de l'époque actuelle semblent accorder une part très-grande, Le grand dans cet usage, a ce qu'ils nomment le nerf grand êsuïrogent sympathique (i). Peut-être ont-ils rencontré juste ;
des senttations internes ? —————— -
(i) Le grand sympathique est-il un nerf? Les ganglions
et les filaments qui en partent ou qui s'y rendent n'ont aucune analogie avec les nerfs proprement dits : couleur, forme, consistance, disposition, structure, propriétés de tissu, propriétés chimiques, tout est différent. L'analogie n'est pas plus marquée pour les propriétés vitales : on pique, on coupe un ganglion, on l'arrache même ; l'animal ne paraît point en avoir la conscience, et il ne se montre aucune contraction dans les muscles. J'ai souvent fait ces essais sur les ganglions du cou chez des chiens et des chevaux : de semblables opérations, faites sur des nerfs cérébraux sensibles, produiraient des douleurs affreuses, oubien, si l'on agissait sur des nerfs non sensibles ou du mouvement, d'énergiques contractions. Qu'on enlève tous les ganglions du cou , et même les premiers ganglions thoraciques , on ne voit pas qu'il en résulte aucun dérangement sensible et immédiat dans les fonctions des parties même où l'on peut suivre les filets qui en naissent. Quelle raison donc de considérer le système des ganglions comme faisant partie du système nerveux ? Ne serait-il pas plus sage, et surtout plus utile aux progrès futurs de la physiologie, de convenir qu'en ce moment les usages du grand sympathique sont entièrement ignorés?
On est bien confirmé dans cette idée par la lecture des auteurs : chacun a sur ce point son opinion particulière. On voit, par exemple, les ganglions considérés comme des centres nerveux, comme de petits cerveaux, des noyaux de substance grise, destinés à nourrir les nerfs, etc. Si l'on
tuais il est impossible d'admettre cette opinion: elle n'est fondée sur aucun fait, sur aucune expérience positive.
Les causes qui modifient les sensations externes c«n»es qui
modifient 1rs
ou internes sont innombrables : 1 âge, le sexe, le sensations, tempérament, les saisons, le climat, l'habitude, la disposition individuelle, sont autant de circonstances qui, chacune isolément, suffiraient pour apporter des modifications nombreuses dans les sensations : à plus forte raison , quand elles sont réunies, doivent-elles avoir un résultat plus manifeste ; aussi la différence des sensations chez chaque individu est exprimée dans le langage vulgaire par cette phrase : Chacun a sa manière d'être ou, de sentir.
Chez le fœtus il n'existe très-probablement que Sensations
i . . . , t chea le fœlus
des sensations internes : c est au moins ce qu on peut soupçonner par les mouvements qu'il exécute, et qui semblent résulter d'impressions nées sponta-
cherche les preuves sur lesquelles ces auteurs établissent leur doctrine, on est tout étonné de n'en trouver aucune, et de voir que leur assertion n'est qu'un jeu de leur esprit. D'après les tentatives infructueuses qui ont eu lieu jusqu'à ce jour, il me semble que la conjecture la plus probable relativemènt ù ce singulier organe, intimement lié avec tous les nerfs, est que ses fonctions sont d'un ordre dont les physiologistes n'ont pas encore l'éveil, mais qui peut se révéler à celui qui saura interroger la nature par de» expériences fines et ingénieuses.
aiê PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE
nément dans les organes, On sait, par des expériences directes, que les dérangements qui surviennent dans la circulation ou dans la respiration de la mère, sont suivis de mouvements très-marqués du fœtus.
A la naissance , et quelque temps après , tous les sens n'existent pas encore. Le goût, le toucher et l'odorat sont les seuls qui s'exercent; la vue et l'ouïe ne se développent que plus tard, comme nous l'avons dit dans l'histoire particulière de ces fonctions
Chaque sens doit passer par divers degrés avant d'arriver à celui où il s'exerce d'une manière parfaite. : il est donc indispensable qu'il soit soumis à une véritable éducation. Si l'on suit chez un enfant le développement des sens, comme l'ont fait les métaphysiciens , on peut aisément s'assurer des modifications qu'ils éprouvent en se perfectionnant.
Pour les sensations qui s'exercent à distance , l'éducation est plus lente et plus difficile; pour celles qui se font au contact, elle est beaucoup plus prompte, et paraît se faire plus aisément. Pendant tout, le temps que dure cette éducation des sens, c'est-à-dire dans la première enfance, les sensations sont confuses et faibles; mais celles qui leur succèdent, et surtout celles des jeunes gens, se font remarquer par leur vivacité, leur multiplicité.
A cet âge, elles se gravent profondément dans
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la mémoire , et par conséquent sont destinées à faire partie de notre existence intellectuelle pendant toute la durée de notre vie.
Avec les progrès de l'âge, les sensations perdent de leur vivacité, mais elles se perfectionnent sous le rapport de l'exactitude, comme on le voit chez l'homme adulte. Chez le vieillard, elles s'affaiblis- Sensations «ent, ne sont plus produites qu'avec difficulté et vieillard, lenteur.
Cet effet est plus marqué pour les sens qui nous font connaître les propriétés physiques des corps, et l'est beaucoup moins pour ceux qui nous mettent en rapport avec les propriétés chimiques.
Ces derniers sens (le goût et l'odorat) sont les seuls qui conservent quelque activité dans la décrépitude ; les autres sont ordinairement à peu près éteints par la diminution de la sensibilité , et par la succession des altérations physiques qu'ils ont éprouvées.