DES FONCTIONS DU CERVEAU
Ce que la nature de l'homme présente de plus Fonction» du merveilleux et de plus sublime, l'intelligence, la pensée, l'instinct, les passions et cette admirable faculté par laquelle nous dirigeons nos mouvements, et exerçons la parole, etc., etc., sont des phénomènes tellement dépendants du cerveau que
cerveau est beaucoup plus mou que chez l'adulte (1).
C'est en quelque sorte pour protéger le cerveau contre lui-même , qu'est disposée ki dure-mère. En effet, sans les replis qu'elle forme dans la faux du cerveau, la tente, la faux du cervelet, l'hémisphère d'un côté pèserait sur l'autre quand la tête est inclinée ; le cerveau comprimerait le cervelet quand la tête est droite : en sorte que les diverses parties du cerveau nuiraient réciproquement à leur action.
Si l'on compare les précautions prises par la nature pour préserver le cerveau et le cervelet des injures extérieures, avec celles dont on voit que la moelle épinière est environnée, on pourrait présumer que cette dernière partie est d'une importance plus grande que les premières, ou bien que sa texture, plus délicate, nécessitait des soins plus multipliés : c'est, en effet, ce qui existe. La moelle de l'épine joue dans l'économie un rôle au moins
(t) Si le cerveau était parfaitement fluide et homogène, quelle que soit l'étendue des changements de forme de son enveloppe, il n'en résulterait aucun effet nuisible; mais comme le cerveau a une consistance molle, qu'il n'y a pas homogénéité dans tous ses points, il suit que les coups un peu forts sont fréquemment suivis d'accidents graves, tels que la commotion, les épanchements sanguins, les abcès, etc.
aussi important que la portion céphalique du sys- Moyen» tème nerveux. Le moindre ébranlement la blesse, de la moelle la moindre compression pervertit tout à coup ses e * ,ia,cre fonctions : il était donc nécessaire que le canal vertébral qui la contient lui assurât une puissante protection. Le but est atteint d'une manière tellement parfaite, que rien n'est plus rare qu'une lésion de la moelle épinière, et pourtant la colonne vertébrale devait réunir à la solidité nécessaire une grande mobilité ; elle est l'aboutissant général de tous les efforts que le corps exerce et de tous ceux qui sont exercés sur lui; elle est le centre de tous les mouvements des membres ; elle exécute elle-même des mouvements très-étendus.
Nous ne pouvons pas entrer dans les détails de cet admirable mécanisme : on peut lire, à ce sujet, le Traité d'Anatomie descriptive de Bichat, tom. I, pag. 161 et suiv., et l'ouvrage de Desmoulin, Ànatomie des Systèmes nerveux, tom. I.
Mais il est une disposition ignorée de Bichat, que j'ai récemment découverte , et qui contribue d'une manière extrêmement efficace à conserver l'intégrité de la moelle.
Le canal que forme la dure-mère autour de la Fluide céphamoelle, et qui est tapissé par un double feuillet de lo "*P H,aL l'arachnoïde, est beaucoup plus grand qu'il ne faut pour contenir l'organe ; en sorte que sur le cadavre il existe un espace vide entre la moelle et ses enveloppes membraneuses. Je nomme cet es-
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Caviié $ons pace cavité sous-aractmotdienne ; mais , durant la ^fcnoc' v î e > cette cavité est remplie par un liquide séreux qui distend la membrane, et qui jaillit souvent à plusieurs pouces de hauteur quand on fait une petite ponction à la dure-mère. Il existe une disposition analogue autour du cerveau et du cervelet, qui ne remplissent pas non plus exactement la capacité du crâne. J'ai donné à ce liquide le nom de cèplailo-rachidien , ou cêp halo -spinal. Il n'est pas difficile de comprendre quelle protection efficace Usage du la moelle reçoit du liquide qui l'environne, et au
fll "o-spfnaf a " m » neu duquel elle est comme suspendue, à l'instar du fœtus dans l'utérus , avec cette différence qu'elle est fixée dans sa position centrale par le ligament dentelé et les divers nerfs rachidiens.
La manière dont les vaisseaux sanguins se rendent au cerveau et dont ils sortent de cet organe, est extrêmement curieuse : nous en traiterons à l'article circulation. Nous nous bornerons ici a faire remarquer que les artères, avant de pénétrer dans la substance cérébrale, se réduisent en vaisseaux capillaires ; que les veines affectent la même disposition en sortant de cette substance; et com- ' me ces vaisseaux très- fins communiquent entre eux par des anastomoses multipliées, il en résulte à la surface du cerveau un lacis vasculaire, que rie .mi re l'on qualifie à tort de membrane pie-mère. Ce lacis s'introduit dans les cavités du cerveau; c'est lui
qui, dans les ventricules, forme le plexus choroïde et la toile ckoroidienne.
Nous ne donnerons point ici la description ana- Remarque*
i , » i. . surlc cerveau.
tomique du cerveau : nous nous bornerons à faire sur ce sujet quelques réflexions générales, et à exposer quelques faits fondamentaux.
A. Presque tous les auteurs qui ont donné la description an&tomique du cerveau, n'ont pas été assez sévères sur les expressions qu'ils ont employées , leur esprit étant prévenu par quelque idée hypothétique. Il est indispensable aux progrès futurs de l'anatomie et de la physiologie , de n'admettre que des termes précis, d'éloigner, autant que possible , les expressions métaphoriques , et surtout de rejeter toute supposition, par exemple, que tous les nerfs aboutissent bu se réunissent en un certain point du cerveau ; que Y âme a son siège dans une partie déterminée de cet organe ; que le fluide nerveux est sécrété par une portion de la masse cérébrale , tandis que le reste sert de conducteur à ce fluide, etc. Pour ne point avoir suivi cette méthode , les auteurs qui ont décrit le cerveau ont présenté des idées fausses, et se sont exprimés d'une manière obscure.
B. On doit entendre par cerveau, ou mieux Composition système cérébro-spinal , l'organe qui remplit la dcVhomme. cavité du crâne et celle du canal vertébral. Pour
la facilité de l'étude, les anatomistes l'ont divisé en trois parties, le cerveau proprement dit, le i. . i5
)gle
cervelet , et la moelle épinière. Cette division est purement scolastique. Dans la réalité, ces trois parties ne forment qu'un seul et même organe. La moelle épinière n'est pas plus un prolongement du cerveau et du cervelet, que ceux-ci ne sont un épanouissement de la moelle épinière.
composition C. Le cerveau de l'homme est celui qui présente
de l'homme.
la plus grande complication de structure, et le nombre le plus considérable de parties distinctes ; parmi celles-ci , il en est qui ne se trouvent chez aucun animal; telles sont les corps mammillaires et les olieaires; d'autres se voient chez beaucoup d'animaux, mais nous n'en savons pas encore les usages ; ce sont le corps calleux ou la grande commissure des lobes , la voûte à trois piliers, le septum lucidum, la bandelette demi - circulaire , la corne a" Ammon, la commissure antérieure et la postérieure, la glande pinéale et la glande pituitaire, Cinfundibulum. Toutes ces parties remplissent probablement des fonctions importantes; mais telle est la méthode défectueuse suivie jusqu'ici pour étudier les fonctions cérébrales, qu'on les ignore complètement. 11 est d'autres parties du cerveau dont l'expérience commence à dévoiler quelques usages : ce sont les hémisphères, les corps striés, les couches optiques, les tubercules quadrij urne aux, le pont, les pyramides j et leur prolongation jusqu'au-delà des corps striés, les pédoncules du cervelet, les hémisphère* de ce* organes, les divers faisceaux qui
forment la moelle allongée , et ceux de la moelle épinière.
D. De tous les animaux, l'homme est celui dont L'i
s lo et r v c*i n
le cerveau proprement dit est proportionnellement plus volumile plus volumineux (1). Les dimensions de cet or- "anlmau!." gane sont proportionnées le plus souvent à celles de la tête. A cet égard , les hommes diffèrent beaucoup entre eux. En général, le volume du cerveau est en relation directe avec la capacité de l'esprit. On aurait tort , cependant, de croire que tout homme ayant une grosse tête a nécessairement une intelligence supérieure , car plusieurs causes indépendantes, du cerveau peuvent augmenter le volume de la tête ou diminuer le volume, du cerveau , celui de la tête restant le même (2) ; mais il est rare qu'un homme distingué par ses facultés mentales n'ait pas une tête volumineuse. Le seul moyen d'apprécier approximativement le volume du cerveau dans un homme vivant , est de mesurer les dimensions de son crâne : tout autre .procédé, même celui qui a été proposé par Camper, c'est-à-dire la mesure de l'angle facial, est infidèle.
(1) îl existe quelques exceptions à ce fuit général.
(2) Dans la paralysie des aliénés le crâne conserve ses dimensions, mais le cerveau diminue d'une quantité considérable ; ce qui en a disparu est remplacé par le fluide céphalo-spinal , qui augmente alors selon la diminution de la masse cérébrale.
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Lobes ou hémisplières du cerveau.
E. Les hémisphères de l'homme sont ceux qui offrent les circonvolutions les plus nombreuses et les anfractuosiiés les plus profondes. Le nombre* le volume, \à disposition des circonvolutions sont variés; sur quelques cerveaux elles sont très-grosses , sur d'autres elles sont plus multipliées et plus petites. Leur disposition est différente sur chaque individu; celles du côté droit ne sont pas disposées
Cireonvoiu- comme celles du côté gauche. 11 serait curieux de l, Ti™neî'. ae * rechercher s'il n'existe pas un rapport entre le nombre des circonvolutions et la perfection ou l'imperfection des facultés intellectuelles, entre les caractères de l'esprit et la disposition individuelle des circonvolutions cérébrales. Les hémisphères du cerveau humain ont encore pour marque distinctive un lobe postérieur qui recouvre le cervelet.
F. La forme générale des lobes du cerveau varie suivant les individus, et peut-être aussi suivant la capacité intellectuelle. Dans le cerveau de l'un des savants les plus illustres dont la France s'honore, ils étaient presque demi-sphériques. Dans la plupart des idiots au contraire leur diamètre antéro-postérieur est double au moins de la hauteur. ( Voyez la planche I re .)
F. Le volume et le poids du cervelet diffèrent suivant les individus, et surtout suivant les âges. Dans l'homme adulte, le cervelet équivaut en poids à la huitième ou neuvième partie de celui
Forme des lobes du cerveau.
Poids du cervelet.
du cerveau ; il n'en forme que la seizième ou la Lamelle» d
cervelet.
dix-huitième dans 1 enfant naissant. On n observe point de circonvolutions à la surface du cervelet, mais des lamelles superposées, séparées chacune par un sillon. Le nombre de ces lamelles est trèsvariable, suivant les individus, ainsi que leur disposition. On peut répéter, à cette occasion, la remarque que nous avons faite plus haut en parlant des circonvolutions cérébrales. Un anatomiste italien (Malacarné) dit n'avoir trouvé que trois cent vingt-quatre lames dans le cervelet d'un insensé, tandis que dans d'autres individus il en a trouvé plus de huit cents. J'ai ouvert le crâne d'un grand nombre d'aliénés de tous genres sans avoir fait la même remarque. Le cervelet de l'homme est caractérisé par les proportions considérables des lobes latéraux, relativement au lobe médian.
H. Dans la profondeur de la substance cérébrale existent des cavités qui, depuis un temps fort éloigné, portent le nom bizarre aujourd'hui de ventricules. De ces cavités l'une appartient au cervelet et à la moelle épi nière, c'est le quatrième ventricule; l'autre est situé entre les lobes cérébraux, c'est le troisième ventricule; enfin, dans chacun des hémisphères il existe une cavité beaucoup plus spav cieuse que les précédentes, ce sont les ventricules latéraux ; ces diverses cavités communiquent librement entre elles , le troisième ventricule avec les latéraux au moyen de deux. ouvertures arrondies
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nommées les trous de Monro. Un canal, l'aqueduc Comment les de Silvèus, réunit le troisième et le quatrième vencommuni- tricule; enfin ce dernier s ouvre par une ouverture que eiu. Dtrc constante, que j'ai découverte il y a quelques années, et qui, variable dans son étendue et sa configuration, est toujours placée sur a ligne médiane vis-à-vis le calamus scriptorius, et s'ouvre dans la cavité sous-arachnoïdienne, et par consé- Entré© dc$ quent est en- rapport immédiat avec le fluide cé- ^crTcau" phalo-rachydieu ; aussi par cette ouverture ce fluide pénètre-t-il dans les cavités du cerveau, et, dans certains cas, s'y accumule en quantité considérable ; le mécanisme par lequel le fluide entre dans les ventricules et en sort par cette ouverture sera décrit en son lieu.
La substance qui forme le cerveau est molle , pulpeuse; elle se déforme aisément d'elle-même; dans le fœtus, elle est presque fluide; elle a plus de consistance dans l'enfant, et davantage encore dans l'adulte. Son degré de consistance varie dans les différents points de l'organe et selon les individus. Le cerveau a une odeur fade, spermatique, qui est asseï tenace, et qui a persisté plusieurs années dans des cerveaux desséchés. (Chaussier.) Dtuxsub- H. On distingue deux substances dans le cerï/cerveaur»* veau : l'une est grise, l'autre blanche. La substance bI "grise? 1 la blanche, ou médullaire , forme la plus grande partie de l'organe, en occupe plus particulièrement l'intérieur et la partie qui correspond a la base du
crâne ; elle a plus de fermeté que la matière grise; elle a l'apparence fibreuse; elle forme en grande partie la moelle épinière, mais particulièrement sa couche superficielle.
La substance grise, nommée encore cendrée,, corticale, forme une couche d'épaisseur variable à l'extérieur du cerveau et du cervelet; on trouve cependant de la matière grise dans leur intérieur : tantôt elle est recouverte par la matière blanche, tantôt elle paraît comme mêlée intimement avec elle, ou bien ces deux substances sont disposées par couches ou par stries alternatives. En s'en tenant à la couleur, on pourrait distinguer plusieurs autres substances dans le cerveau, car on y observe des parties jaunes, noires, etc. (i ).
Dire que la substance grise du cerveau produit la matière blanche , c'est avancer une supposition gratuite, attendu que la matière grise ne produit pas plus la blanche, qu'un muscle ne produit le tendon qui le termine; que le cœur ne produit l'aorte, etc. Sous ce point de vue, le système anatomique de MM. Gall et Spurzheim est sans aucun fondement. D'ailleurs en général la matière blanche est formée avant la grise, et plusieurs parties blanches n'ont aucun rapport avec la substance grise.
(i) M. Sœmmering distingue quatre substances dans le cerveau, la blanche, la grise, la jaune et la noire.
Globules du Lorsqu'on examine, à l'aide du microscope, la substance cérébrale, elle paraît formée d'une immense quantité de globules d'une grosseur inégale. Ils sont, dit-on, huit fois plus petits que ceux du sang; dans la substance médullaire, ils sont disposés en lignes droites, et prennent l'apparence de fibres ; dans la substance cendrée ils paraissent entassés confusément.
D'après M. Vauquelin , il n'existe point de différence entre les diverses parties du système nerveux ; l'analyse du cerveau, du cervelet, de la moelle épinière, et des nerfs, a donné le même résultat. Il a trouvé partout la même matière ; elle est composée :
Composition
Eau , 80,00
Cl cT,reau dU Matière blanche S 1 * 886 ^
Matière grasse rouge 0,70
Osmazôme 1,1a
Albumine 7,00
Phosphore i,5o
Soufre et sels, tels que
Phosphate acide de potasse \
de chaux > 5, 1 5
de magnésie J
M. John s'est assuré que la matière grise ne con* tient pas de phosphore, et M. Chevreul a décrit récemment une substance blanche et nacrée qu'il regarde comme un principe immédiat propre au système nerveux.