DES FONCTIONS DU CERV£AU
cerveau.
Ce que la nature de l'homme présente de plus Fonctions du merveilleux et de plus subHme, Tintelligence, la pensée, l'inslinct^ les paissions et cette admirable faculté par laquelle im)os dirigeons nos mouvements, et exerçons la parole, etc., etc., sont des phénomènes tellement dépendant^ du cerveau que
222 PRECIS BLÉMSNTAIRE
cerveau est beaucoup plus mou que chez l'adulte (i).
C'est en quelque sorte pour protéger le cerveau contre lui-même , qu'est disposée ki dure-mère. En effet, sans les replis qu'elle forme dans la faux du cerveau, la tente, la faux du cervelet, Thémisphère d'un côté pèserait sur l'autre quand la tête est inclinée ; le cerveau comprimerait le cervelet quand la tête est droite : en sorte que les diverses parties du cerveau nuiraient réciproquement à leur action.
Moyens . Si l'ou comparc les précautions prises par la
protecteurs ^ , , i i i
delà moelle uaturc pour prcservcr le cerveau et le cervelet des pmi re. jujureg extérieures, avec celles dont on voit que la moelle épinière est environnée, on pourrait présumer que cette dernière partie est d'une importance plus grande que les premières, ou bien que sa tex-^ ture, plus délicate, nécessitait des soins plus multipliés : c'est, en effet, ce qui existe. La moelle de l'épine joue dans l'économie un rôle au moins
(i) Si le cerveau était parfaitement fluide et homogène, quelle que soit Téteadue des changements de forme' de son enveloppe, il n'en résulterait aucun effet nuisible; mais comme le cerveau a une consistance molle, qu!il n'y a pas homogénéité dans tous ses points, il suit que les coi^s un peu forts sont fréquemment suivis d'accidents graves, tels que la conmiotion, les épanchements sanguins, les abcès, etc.
aussi important que la portion céphalique du sys- Moyens tème nerveux. Le moindre ébranlement la blesse, de k^oeUe la moindre compression pervertit tout à coup ses ^^^^ "*' fonctions : il était donc nécessaire que le canal vertébral qui la contient lui assurât une puissante protection. Le but est atteint d'une manière tellement parfaite, que rien n'est plus rare qu'une lésion de la ipoelle épinière, et pourtant la colonne vertébrale devaitréuniràlasolidité nécessaire une grande mobilité ; elle est l'aboutissant général de tous les efforts que le corps exerce et de tous ceux qui sont exercés sur lui ; elle est le centre de tous les mouvements des membres ; elle exécute elle-même des mouvements très^tendus.
Nous ne pouvons pas entrer dans les détails de cet admirable mécanisme : on peut lire, à ce sujet, le Traité d'jinatomie descriptive de Bichat, tom. I, pag.' 161 et sùiv., et l'ouvrage de Desmoulin, AnaUmie des Systèmes nerveux, tom. I.
Mais il est une disposition ignorée de Bichat, que j'ai récemment découverte, et qui contribue d'une manière' extrêmement efficace à conserver l'intégrité de la moelle.
Le canal que forme la dure-mère autour de la Fluide cépbamoelle, et qui est tapissé par un double feuillet de °'*p*"* • l'arachnoïde, est beaucoup plus grand qu'il ne faut pour contenir l'organe ; en sorte que sur le cadavre il existe un espace vide entre la moelle et ses enveloppes membraneuses. Je nomme cet es-
fla
224 PUSGI8 ÉlilfZNTAlRE
Cavité sons- pace cûvité sou9Hirachnoidienne ; mais , durant Iti "Senne* ^îc, Cette cavîté est remplie par un liquide séreux qui distend la membrane, et qui jaillit souvent k plu« sieurs pouces de hauteur quand on fait une petite ponction à la dure-mère. Il existe une disposi-^ tîon analogue autour du cerveau et dii cervelet, qui ne remplissent pas non plus exactement la capa^ cité du crâne. J'ai donné à ce liquide le nom de cép/talo^rachidierij ou céphalo-spinaL II n'est pas difficile de comprendre quelle protection efficace Usage du la moelle reçoit du liquide qui l'environne, et au ïo-spiiwL* milieu duquel elle est comme suspendue, à l'instar du fœtus dans l'utérus, avec cette différence qu'elle est fixée dans sa position centrale par le ligament dentelé et les divers nerfs rachidiens.
La manière dont les vaisseaux sanguins se rendent au cerveau et dont ils sortent de cet organe, est extrêmement curieuse : nous en traiterons à Tarticle circulation. Nous nous bornerons ici à faire remarquer que les artères, avant de pénétrer dans la substance cérébrale, se réduisent en vaisseaux capillaires ; que les veines affectent la même disposition en sortant de cette substance ; et comme ces vaisseaux très- fins communiquent entre eux par des anastomoses multipliées, il en résulté à la surface du cerveau un lacis vascrulaire, que pic-nièrc. Tou qualific à tort de membrane pie-^mère. Ce lacis s'introduit dans les cavités du cerveau; c'est lui
qui, dans^les tentricules, forme le p(exu$ choroïde et là toik ckorotdienne.
Nous ne donnerons point ici la description ana-* Remarquer
« , % « . surlc cerveau.
tomique du cerveau : nous nous bornerons à faire sur ce sujet quelques réflexions générales, et à exposer quelques faits fondamentaux.
A. Presque toUs les auteurs qui ont donne la description an&tomique du cerveau, n'ont pas été assez sévères sur les expressions qu'ils ont employées , leur esprit étant jprévenu par quelque idée hypôdiétique. Il est indispensable aux progrès futurs de Tanatomie et de la physiologie , de n'ad* mettre que des termes précis^ d'éloigner, autant qye possible , les expressions métaphoriques , et surtout de rejeter toute supposition, par exemple, que tous les nerfs abotuUsent en se réunissent en un certain point du cerveau ; que Vâme a son siège dans uiie partie déterminée de cet organe ; que le fluide nerveux est sécrété par une portion de la masse cérébrale , tandis que le reste sert de con-ducteUr à ce fluide, etc. Pour ne point avoir suivi cette méthode , les auteurs qui ont décrit le cerveau out présenté des idées fausses, et se sont exprimés d'une manière obscure.
B. On doit entendre par cerveau, bu mieux composition systhne cérébro-spinal , l'organe qui remplît la del'homme. cavité du crâne et celle du canal vertébral. Pour
la facilité de l'étude, les anatomistes l'ont divisé en trois parties, le cerceau proprement dit, le i. i5
2â6 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE
cervelet , et la moelle épinière. Cette division est purement scolastique. Dans la réalité, ces trois parties ne forment qu'un seul et même organe. La moelle épinière n'est pas plus un prolongement du cerveau et du cervelet , que ceux - ci ne sont un épanouissement de la moelle épinière.
Composition C. Le ccrvcau de l'homme est celui qui présente de rhommc. lu plus grande complication de structure, et le nom* bre le plus considérable de parties distinctes ; parmi celles-ci , il en est qui ne se trouvent chez aucun animal ; telles sont les corps mammillaires et les otivaires; d'autres se voient chez beaucoup d'animaux, mais nous n'en savons pas encore les usa-
' ges ; ce sont le corps calleux ou la grande commissure des lobes, la voûte à trois piliers, le septum . lucidum, la bandelette demi - circulaire , la corne d'Ammon, la commissure antérieure et la postérieure, la glande pinéale et la glande pitui taire, l'infundibulum. Toutes ces parties remplissent probablement des fonctions importantes; mais telle est la méthode défectueuse suivie jusqu'ici pour étudier les fonctions cérébrales, qu'on les ignore complètement. Il est d'autres parties du cerveau dont l'expérience commence à dévoiler quelques usages : ce sont les hémisphères, les corps striés, les couches optiques, les tubercules quadrijumeaux, le pont, les pyramides^ et leur prolongation jusqu'au-delà des corps striés, les pédoncules du cervelet, les hémisphères de ces organes, les divers faisceaux qui
forment^ la moelle allongée , et ceux de la moelle épînière.
D. De tous les animaux, l'homme est celui dont L'homme le ceryeau proprement dit est proportionnellement piu» voiumileplus volumineux (i). Les dimensions de cet or- "^m^ux." gane sont proportionnées le plus souvent à celles de la tête, A cet égard , les hommes diffèrent beaucoup entre eux. En générai, le volume du cerveau est en relation directe avec la capacité de l'esprit. On aurait fort , cependant, de croire que tout homme ayant une grosse tête -a nécessairement une intelligence supérieure , car plusieurs causes indépendantes . du cerveau peuvent augmenter le volume de la tête ou diminuer le volume^ du cerceau , celui de la tête restant le même (2) ; mais il est rare qu'un homme distingué par ses facultés mentales n'ait pas une tête volumineuse. Le seul moyen d'apprécier approximativement le volume du cerveau dans un homme vivant^ est de mesurer les dimensions de son crâne? tout autre .procédé, même celui qui a été proposé par Camper, c'est-à-dire la mesure de l'angle facial, est infidèle.
( I ) II existe quelques exceptions à ce fait général.
(2) Dans la paralysie des aliénés le crâne conserve ses dimensions, mais le cerveau diminue d'une quantité considérable ; ce qui en a disparu est remplacé par le fluide céphalo-spinal , qui augmente alors selon la diminution de la masse cérébrale.
Lobes ou hé-
inisplières du
cerveau.
Circonvolutions, aufraeluosiléa.
Forme des
.lobes du
cerveau.
Poids du cervelet.
22S PRÉCIS ÉLEMENTÂIHE
E. Les hémisphères de Thomme sont ceux qui offrent les circonvolutions les plus nombreuses et les anfractuosiiés les plus profondes. Le notnbre^ le volume, ^a disposition des circonrolutions sont variés; sur quelques cerveaux elles sont très-grosses , sur d'autres elles sont plus multipliées et plus petites. Leur disposition est différente sur chaque individu ; celles du côté droit ne sont pas disposées comme celles du côté gauche. Il serait curieux de rechercher s'il n'existe pas un rapport entre le nombre des circonrolutions et la perfection ou l'imperfection des facultés intellectuelles, entre les caractères de l'esprit et la disposition individuelle des circonvolutions cérébrales. Les hémis^ phères du cerveau humain ont encore pour marque distinetive Un lobe postérieur qui recouvre le cervelets
F. La forme générale des lobes du cerveau varie suivant les individus, et peut-être aussi suivant la capacité intellectuelle. Dans le cerveau de l'iui des savants les plus illustres dont la France s'honore, ils étaient presque demi-sphériques. Dans la plupart des idiots au contraire leur diamètre, antéro-postérieur est double au moins de la hauteur. ( Voyez la planche I". )
F. Le volume et le poids du cervelet diffèrent suivant les individus, et surtout suivant les âges. Dans l'homme adulte, le cervelet équivaut en poids à la huitième ou neuvième partie de celui
D£ PHYSIOLOCIE.
du cerveau; il n'en forme que la seizième ou la Lamelle* du
cervelet.
dix4iuitième dans Tenfant naissant. On n^observe point de circonvolutions à la surface du cervelet, mais des lamelles superposées , séparées chacune par un sillon. Le nombre de ces lamelles est trèsvariable, suivant les individus, ainsi que leur disposition. On peut répéter, à cette occasion, la remarque que nous avons faite plus haut en parlant des oirconvôlutions cérébrales. Un anatomiste italien (Malacarné) dit n'avoir trouvé que trois cent vingt-quatre lames dans le cervelet d*un insensé, tandis que dans d'autres individus il en a trouvé plus de huit cents. J'ai ouvert le crâne d'un grand nombre d'aliénés de tous genres sans avoir fait la même remarque. Le cervelet de l'homme est ca* ractérisé par les proportions considérables des lobes latéraux, relativement au lobe médian.
^. Dans la profondeur de la substance cérébrale existent des cavités qui, depuis un temps fort éloigné, portent le nom bizarre aujourd'hui de ventricules. De ces cavités l'une appartient au cervelet et à la moelle épînîère, c'est le quatrième ventrietde; l'autre est situé entre les lobes cérébraux, c'est le troisième ventricule ; enfin, dans chacun des hémisphères il existe une cavité beaucoup plus^ spa- V cieuse que les précédentes, ce sont les ventricules latéraux ; ces diverses cavités communiquent librement entre elles, le troisième ventricule avec les latéraux au moyen de deux, ouvertures arrondief^
â3o PISEGIS £I.£Mli;NTAIH£
nommées les trous de Monro. Un canal, Y aqueduc Gomment les de SUviuSj réunit le troisième et le quatrième vencommuni- triculc; cnlm ce dernier s ouvre par une ouverture ^"*cux!°*'* constante, que j'ai découverte il y a quelques années, et qui, variable dans, son étendue et sa configuration, est toujours placée sur a ligne médiane vis-à-vis le calamus scriptoriuêj et s'ouvre dans la cavité sous-arachnoïdienne , et par consé- Entrée des qucut cst enr rapport immédiat avec le fluide cé- *cerTcau" phalo-rachydicu ; aussi par cette ouverture.ee fluide pénètre-t-il dans les cavités du cerveau, et, dans certains cas, s'y accumule en quantité considérable ; le mécanisme par lequel le fluide entre dans les ventricules et en sort par cette ouverture sera décrit en son lieu.
La substance qui forme le cerveau est molle , pulpeuse ; elle se déforme aisément d'elle-même ; dans le fœtus, elle est presque fluide; elle a plus de consistance dans l'enfant, et davantage encore dans l'adulte. Son degré de consistance varie dans les difiTérents points de l'organe et selon les individus. Le ceryeau a une odeur fade, spermatique, qui est assez tenace, et qui a persisté plusieurs an* nées dans des cerveaux desséchés. (Ghaussier.) Deazsiib- H. On distingue deux substances dans le cerle cerveau, la vcau : l'unc cst grisc, l'autrc blanche. La substance ^Vi«c^ " blanche^ ou médullaire, forme la plus grande partie de l'organe, en occupe plus particulièrement l'intérieur et la partie qui correspond a la base du
crâne ; elle a plus de fermeté que la malière grise; elle a l'apparence fibreuse; elle forme en grande partie la moelle épinière, mais particulièrement sa couche superficielle, . .
La substance grise, nommée encore cendrée^ corticale, forme une couche d'épaisseur variable à l'extérieur du cerveau et du cervelet; on trouve cependant de la matière grise dans leur intérieur : tantôt eUe est recouverte par la matière blanche, tantôt elle parait comme mêlée intimement avec elle, ou bien ces deux substances sont disposées par couches ou par stries alternatives. En s'en tenant à la couleur, on pourrait distinguer plusieurs autres substances dans le cerveau, car on y. observe des parties jaunes, noires, etc. (i).
Dire que la substance grise du cerveau produit la* matière blanche , c'est avancer une supposition gratuite, attendu que la matière grise ne produit pas plus la blanehe/qu'un muscle ne produit le tendon qui le termine; que le cœur ne produit l'aorte, etc. Sous ce point de vue, le système anatomique de MM. Gall et Spurzhein^ est sans aucun fondement. D'ailleurs en général la matière blanche est formée avant la grise, et plusieurs parties blanches n'oiit aucun rapport avec la substance grise.
(i) M. Sœmmeriog distingue quatre substances dans le cerveau, la blanche, la grise, la jaune et la noire.
Globules du cerveau.
Composition
chimique du
cerveau ^
2^2 PRÉCIS ÉLÉMBNTAIRE
Lorsqu'on ci^amine, à Taide du microscope, la substance cérébrale, elle parait formée d'une immense quantité de globules d'une grosseur inégale. Ils sont, dit^on, huit fois plus petits que ceux du sang; dans la substance médullaire, ils sont disposés en lignes droites, et prennent l'apparence de fibres ; dans la substance cendrée ils paraissent eiltassés confusément.
D'après M. Yauquelin , il n'existe point de différence entre les diyerses parties du système nerveux ; l'analyse du cerveau, du cervelet, de la moelle épinière, et des nerfs, a donné le même ré-^ sultat. Il a trouvé partout la même matière ; elle est composée :
Eau ..«,...,.,... 80,00
Matière blanche grasse ^^53
Matière grasse rouge. 0,70
Osmazôme. . , . , 1,1a
Albumine 7,00
Phosphore , i,£|o
S<>ufre et sels, tels que
Phosphate acide de potasse. .,.,.. \
-:- de chaux > 5, 1 5
de magnésiç y
M. John s'est assuré que la matière grise ne con« tient pas de phosphore, et M. Chevreul a décrit récemment une substance blanche et nacrée qu'il regarde comme un principe immédiat propre au système nerveujç.
I. Les tirtères du cerveau sont Toluminetitîes. Artères du Elles sont au nombre de quatre ( les deux carotides •^®'^®'"internes et les deux vertébrales); elles affectent une disposition sur laquelle nous insisterons à l'article de la Circulation artérielle.
Nous dirons seulement ici qu'elles sont prinei^ paiement placées-^ à la partie inférieure de Torgane ^ qu'elles y forment un cercle par la manière dont elles s'anastomosent, et qu'elles se réduisent en vaisseaux eapillairea avant de pénétrer dans le tissu du cerveau.
Quelques auteurs estiment que le cerveau reçoit u cerveau à lui seul la huitième partie du sang qui part du J^i^de mg. cœur ; mais cette estimation ne peut être qu'approximative, la quantité de sang qui se porte au cerveau varie suivant un grand nombre de circon* stances. On sait par des dissections faites récem-^ ment que les artères cérébrales sont accompa*gnées par des filets du nerf grand sympathique ; ces filets peuvent être suivis assez aisément sur les principales branches de ces artères. Il est pré* sumable qu'ils les accompagnent jusqu'à leurs dernières divisions; mais il ne faut pas conclure Nerf» des ^rde cette disposition, qui est générale pour toutes braies!^ les artères , que le cerveau reçoit des nerfs. Les filaments du grand sympathique n'ont ici, comme ailleurs, de relations évidentes qu'avec les parois artérielles.
Juç& veines cérébrales ont aussi une dispositioq
Veiocs particulière : elles occupent la partie supérieure de raes. l'organe ; elles ne présentent pas de valvule; elles se terminent dans des canaux situés entre les lames de la dure-mère, etc.. Mous reviendrons sur ce point, à l'article Circulation veineuse. Il n'existe point de vaisseaux lymphatiques dans le cerveau, du moins personne ne les y a remarqués..
Observations faites sur le cerveau de l'homme et sur
celui des^ animaux vivants.
Expériences Sur Ics cnfauts nouveau-nés, dont le crâne est *°'¥%Tnr*" encore en partie membraneux, et sur les adultes, à la suite des plaies et des maladies qui ont mis le cerveau à nu, on remarque qu'il éprouve deux mouvements distincts. Le premier, généralement obscur, est isochrone au battement du cœur et des artères; le second, beaucoup plus apparent, est en rapport avec la respiration, c'est-à-dire que l'organe s'affaisse, revient sur lui-même dans l'instant de l'inspiration , tandis qu'il présente un phénomène opposé , c'est-à-dire qu'il se gonfle visiblement dans le moment de l'expiration : selon que les mouvements de la respiration sont plus ou moins étendus, ceux du cerveau sont plus ou moins manifestes. Ces deux espèces de mouvements, mais surtout le dernier, sont très-faciles à voir sur les animaux, et je ne conçois pas comment ils ont pu être révoqués en -doute dans ces
derniers temps. Ils doivent être très-peu sensibles quand le crâne est intact,, car pour s'affaisser le cerveau doit sans doute supporter la pression atmosphérique ; mais rien n'est démontré à cet égard. Ce genre de gonflement et d'affaissement alternatif existe ^dms le cervelet et la moelle épinière. {Ployez mon Journal de Physiologie.) Le cerveau, le cervelet et la moelle épinière, Preisionqu©
supporte le
entourés du fluide céphalo-spinal, remplissent fort cerTeau. exactement les membranes sacciformes qui les entourent ; ils exercent même une certaine pression sur leur surface. La pression a sa source dans l'effort du sang qui pénètre leur parenchyme, d'où il résulte que la substance cérébrale , incapable d'effort par elle-même j est incessammente pressée entre l'effort du sang, et la résistance des enveloppes membraneuses ou osseuses.
Et, comme l'effort du sang varie suivant plusieurs circonstances, la pression que subit le cerveau varie dans la même proportion.
Il parait que cette pression est indispensable aux fonctions de l'organe. Toutes les fois qu'elle est subitement diminuée ou augmentée, les fonctions sont suwspendues ; si la diminution ou l'augmentation se fait par degré, les fonctions cérébrales persistent. Un des moyens les plus simples de diminuer cette pression est de faire une ponction derrière l'occipital dans l'intervalle qui le sépare delà première vertèbre. Le liquide céphalo-spinal s'é-
il 36 PRÉCIS ÉliMENTAlRE
chappe ordipairement 80U8 la forme de jet, et aussitôt les fonctions cérébrales sont évidemment troublées. J'ai vu cependant des animaux auxquels j'avais soustrait le liquide dont je parle, continuer de vivre sans dérangements très-apparents dans les
fonctions nerveuses.
Le cerreao est Examiné sur Tanimal vivant, le cerveau présente ^l!ciuSbUî?°* ^®s propriétés remarquables, et bien éloignées de ce que l'imagination pourrait nous représenter. Qui croirait, par exemple, que la plus grande partie des hémisphères, sinon la totalité, est insensible aux piqûres , déchirements , sections , et même aux cautérisations? C'est pourtant un fait sur lequel l'expérience ne laisse aucun doute. Qui penserait qu'un aoimal peut vivre plusieurs jours et même plusieurs semaines après la soustraction totale des hémisphères ? et cependant plusieurs physiologistes et nous-même avons vu des animaux de différentes classes dans cette situation. Mais ce qui est moins connu, et qui pourra surprendre davantage , c'est que la soustraction des hémisphères sur certains animaux , tels que des reptiles, produit si peu de changement daDs leurs allures habituelles; qu'il serait difficile de les distinguer d'animaux intacts^
Les lésions de la surface du cervelet montrent aussi que cet organe n'est point sensible ; mais les blessures plus profondes, et surtout celles qui in-
téressent les pédoncules , ont des résultats dont nous parlerons plus tard.
Il n'en est pas de même de la moelle épinière : Sensibilité de la sensibilité de cette partie du cerveau est des plus * "n^ère. ^*' prononcée, avec cette circonstance remarquable^ qu'elle est exquise sur la face postérieure^ beaucoup plus faible sur la face antérieure^ et pour ainsi dire nulle au centre même de Térgane. Aussi est-ce de la partie postérieure de la moelle que naissent les nerfs qui sont plus particulièremeitt destinés à la sensibilité générale.
Une sensibilité très-^vive se fait au.<(si remarquer Sensibilité du à l'intérieur et sur les côtés du quatrième ventre Ventricule. cule; mais. cette propriété diminue à mesure que Ton avancé yets la partie antérieure de la moejie allongée ; elle est déjà très-affàjblie dans les tubercules quadrijum^aux des mammifères «
Nous renvoyons à un autre article les ptopriétés du cerveau qui ont rapport kvtx mouvements.
Les usages que remplit le ceryéau dans Técono- Usages d» mie animale sont extrêmement importants et multipliés. Il est Torgane de Tintelligence ; il dirige nos moyens d'agir sur les corps extérieurs t il exercq une influence plus ou moins marqpée sur les phénomènes les plus intimes de la vie ; il établit une relation mystérieuse, xù^i^ réelle, entre les divers organes, ou, en d'autres termes, il est l'agent principal des sympathies. JNous ne l'envisagerons ici que sous le premier rapport.
cerveau.
L'idéologie est une
scieDce distincte.
Sè/^0 PRÉCIS iliACENTAlRE
nous est le plus cher» avec qui nous avons les habitudes les plus intimes» qui peut être certain de se connaître soi-même ? Ne sommes-nous pas souvent surpris par le développement subit de facultés que nous ne nous soupçonnions pas? Et» dès-lors, qui peut entreprendre avec quelque espoir de succès de tracer rhistoire de l'esprit humain?
Quoi qu'il en soit, l'étude de l'intelligence ne fait pas en ce mooient partie essentielle de la physiologie : une science s'en occupe spécialement » c'est V idéologie. Les personnes qui veulent acqué* rir des notions étendues sur ce sujet intéressant à tant d'égards 9 doivent consulter les ouvrages de Bacon» de LockC) de Condillac» de Cabanis» de Dugald Stewart» Kent, Destutt Tracy, Thurot Nous nous bornerons ici à présenter quelques-uns des principes fondamentaux de cette science d'après les idées des philosophes désignés par l'épithète de sensualittes*
Les innombrables phénomènes qui forment l'inteliigenc^e de l'homme (i) ne sont que des modifications de la faculté de sentir. En prenant cette expression dans son acception la plus étendue et la plus générale.
On reconnaît quatre modifications principales de la faculté de sentir t
(i) L'intelligence de rhomme est encore nommée esprit, moral, facultés de l'âme, facultés intellectuelles , mentales; fonctions cérébrales y etc.
DE PHYSIOLOGIE. 2f^l
i\ La sensibilité, ou l'action du cerveau, par laquelle nous éprouvons des impressions , soit du dedans^ soit du dehors ;
2". La mémoire^ ou la faculté de reproduire des impressions ou des sensations précédemment reçues;
3'. La faculté de «entir des rapports entre les sensations, ou \e jugement;
4*. Les désirs, ou la volonté.
De la sensibilité.
Ce que nous avons dit des sensations en général Sensibiiué. s'applique entièrement à la sensibilité; c*èst pourquoi nous nous bornons ici à faire observer que cette faculté s'exerce de deux manières bien différentes. Dans la première, l'acte se passe à notre insu, nous n'en avons aucune connaissance, c'est un des nombreux phénomènes de notre exîs- Deuxirfoaes,
. j x« » A A . • M avec ou sans
tence qui ne sont pas destines a nous être jamais conscience, connus; dans la seconde, nous en sommes avertis, * nous en avons conscience , nous percevons la sensation, et alors nous la rapportons à une cause extérieure ou intérieure. Cette cause nous la plaçons dans un lieu, etc., etc. Il ne suffit donc pas qu'un corps agisse sur l'un de nos sens, qu'un nerf transmette l'impression produite au cerveau ; ce n'est pas assez même que cet organe reçoive cette impression : pour qu'il y ait réellement sen- I. 16
Ses degrés.
242 PRÉCIS ÉLÉUENTàlRE
Sensibilité, satioo, il faut que le cerveau perçoive l'imprcssîon reçue par lui. Une impression ainsi perçue forme ce qu'on nomme, en idéologie, une percep^ tion ou une idée.
Chacun peut constater sur soi-même l'existence de ces deux modes de la sensibilité. IJ n'est pas difficile de se convaincre, par exemple, qu'une foule de corps agissent continuellement sur nos sens sans que nous en ayons aucune connaissance : cet effet dépend en grande partie de l'habitude.
La sensibilité varie à l'infini : chez certains, elle est en quelque sorte obtuse ; chez d'autres, elle a un degré d'exaltation extraordinaire : en général, une bonne organisation tient lé milieu entre ces deux extrêuies.
Dans l'enfance et la jeunesse, la sensibilité est vive ; elle se conserve ^ un degré un peu moin» marqué jusque passé l'âge adulte ; dans la vieillesse, elle éprouve une diminution évidente; enfin, le vieillard décrépit paraît insensible à toutes les causes ordinaires des sensations.
Avec quelles parties du système nerveux la sensibilité est-elle plus particulièrement en rapport? Nous pouvons répondre auj|ourd'hui avec quelque précision à cette question importante. Déjà nous avons signaléla classe des nerfs qui concourent spé^ cialement à ce phénomène. Ce sont les racines postérieures qui naissent de la moelle épinière et la branche supérieure de la cinquième paire. J'ai
Siège de la sensibilité.
montré par des expériences que si ces nerfs sont Kei/ndc la coupés, toute sensibilité est éteinte âaus les parties **°" *'^ ' où ils se distribuent.
L'expérience m'a appris également que si Ton coupe les cordons postérieurs de la moelle, la sensibilité générale du tronc est abolie. Quant a celle de la tête et pFus particulièrement de la face et de ses cavités, j'ai montré qu'elle dépend de la cin-* quième paire. Si ce nerf est coupé avant la sortie du crâne, touteja sensibilité de la face est perdue. Ce même résultat arrive si le tronc du nerf est coupé sur les côtés du quatrième ventricule.
Enfin il faut descendre au-dessous du niveau de cordons pos. la première vertèbre cervicale pour qu'une section ^moeiîc éniî* latérale de la moelle ne soit pas suivie de la perte °'*''®de la sensibilité générale de la face et de celle des sens. Comme l'origine de la cinquième paire se rapproche beaucoup des cordops postérieurs de la moelle, qui paraissent les principaux organes de la sensibilité du tronc, il est probable qu'il y a continuité entre ces cordons et la cinquième paire; mais ce fait n'est encore démontré ni par l'anato*mie, ni par les expérîendfes physiologiques.
Ce n'est donc pas dans le cerveau proprement Le siège do la
dt^ A 1 1 1. I • j \ * f ••! «ensibililé
it ni dans le cervelet que réside le siège principal n*eatpa«dan«
de la sensibilité ni des sens spéciaux. lecerTcau,
J'en donne encore une démonstration que je regarde * comme satisfaisante. Enlevez les lobes du cerveau et ceux du cervelet sur un mam-
uiifère , cherchez ensuite à vous assurer s^it peut éprouver des sensations , et vous reconnaîtrez facilement qu'il est sensible aux odeurs fortes, aux saveurs, aux sons, et aux impressions sapides. Il est donc bien positif que les sensations n'ont pas leur siège dans les lobes cérébraux et cérébelleux* Triple siège Je u'ai pas cité la vue dans rénumération des le cerveau, scus que jc vicus de faire : c est quen effet la vue est dans un cas particulier. Il résulte des expc* riences de MM. Rolando et Flourenâ, que la vue est abolie par la soustraction clés lobes cérébraux. Si le lobe droit est enlevé, t**cst Tœil gauche qui n'agit plus, et vice versa.
Le lecteur peut d'autant plus compter sur I:» réalité de ce fait» que j'ai douté quelque temps de son exactitude, et que j'ai dû, pour m'éclairer, le vérifier un grand nombre de (ois.
La blessure de la couche optique sur les mammifères est aussi suivie de la perte de la vue pour l'œil opposé. Je n'ai jamais vu que la blessure du tubercule optique ou quadrijumeau antérieur altérât la vue chez les mammifères ; mais cet effet est très-apparent chez les oiseaux. Dans ces derniers, la soustraction des hémisphères rend l'œil insensible à la lumière la plus vive.
Ainsi les parties du système nerveux nécessaires^ à l'exercice de la vue sont muldples ; il faut, pour que ce sens soit exercé, intégrité des hémisphères, des couches optiques, et peut-être des tubercules
quadrijuineaux antérieurs, et enfin de la cinquiè- Triple sîëge me paire. Remarquons que 1 influence des hemi- iç cerveau. sphères et des couches optiques est croisée, tandis que celle de la cinquième paire est directe.
Si nous cherchons pourquoi le sens de la vue diffère autant des autres sens par rapport au nombre et à l'importance des parties nerveuses qui y concourent, nous trouverons que bien rarement la vue consiste dans une simple impression de la lumière; que même cette impression peut avoir lieu sans que la vue existe ; qu'au icontraire l'action de Tappareil optique est presque toujours liée à un travail intellectuel ou instinctif, par lequel nous établissons la distance, la grandeur, la forme, le mouvement des co'rps, travail qui nécessite probablement l'intervention des parties les plus importantes du système nerveux, et particulièrement celle des hémisphère^ cérébraux.
De ta mémoire.
Non seulement le cerveau peut percevoir des Mémoire. sensations, mais il lui appartient encore de reproduire celles qu'il a déjà perçues. Cette action cérébrale se nomme mémoire quand elle fait [renaître les idées acquises il n'y a pas très-long-temps ; elle s'appelle souvenir quand les idées sont plus anciennes. Un vieillard qui se rappelle les événements de sa jeunesse a des souvenirs ; un homme qui se
^46 PBÉGI6 ÉLÉMENTAIRE
Mémoire, retracé les sensatious qu'il a éprouvées Tannée préréminiscence, ceoeilte, a de la mémoire.
La réminiscence est une idée reproduite, et qu'on ne se rappelle pas avoir eue précédemment.
De même que la sensibilité , dans l'enfance et dans la jeunesse la mémoire est très-développée i aussi est-ce durant ce temps de la vie que nous acquiérons les connaissances les plus multipliées, mais surtout celles qui ne demandent pas une réflexion très-grande : telles sont les langues, l'histoire, les sciences descriptives, etc. X-a mémoire s'affaiblît ensuite avec les progrès de l'âgé : elle diminue chez l'adulte ; elle se perd presque entièrement
Mémoire se- chcz Ic viciUard. On voit cependant des individus
ou es ges. q^j conservent une mémoire fidèle jusqu'à un âge très-avancé; mais si cet avantage ne dépend pas d'un grand exercice, comme on l'observe chez les acteurs, il n'existe souvent qu'au détriment des autres facultés intellectuelles.
Plus les sensations sont vives, et plus on se les rappelle aisément. La mémoire des sensations internes est presque toujours confuse ; certaines maladies du cerveau détruisent complètement la mémoire.
Diterscssor- j^^ mémoire s'exerce d'une manière pour ainsi
tes de me- *
moire. ^Jife exclusivc sur des sujets très*différents : il y a la mémoire des mots, celle des lieux, celle des noms, des formes, celle de la musique, etc. Un homme présente rarement toutes ces mémoires réunies ;
DE PHYSIOLOGIE. ^l\^
elles ne se montrent guère qu'isolément, et près- / que toujours elles forment le trait le plus marquant de Tintelligence dont elles font partie.
Les\ maladies nous offrent aussi des analyses influence des