‹ Précis élémentaire de physiologie (volume 4)Chapitre 35 sur 39 · DE LA VOIX · texte numérisé non relu

DE LA VOIX

On entend par voix le son qui est produit dans De u voix. le larynx au moment où Taîr traverse cet organe, soit pour entrer dans la trachée-artère , soit pour en sortir.

Pour rintelligence du mécanisme par lequel la voix est produite et modifiée, il est nécessaire que nous disions quelques mots de la manière dont le son se produit, se propage et se modifie dans les instruments à vent, principalement sur ceux qui ont le plus d'analogie avec l'organe de la voix.

En général, un instrument à \ent est formé d'un instrament à tuyau droit ou courbe, dans lequel l'air est mis en vibration par des procédés variables.

Les instruments à vent sont de deux sortes : les uns, nommés à bouche; et les autres, à anche.

Dans les instruments àt)ouche (cor, trompette, infirumcnuà

trombone, flageolet, flûte, tuyau d'orgue en flûte),

.. c'est la colonne d'air contenue dans le tuyau qui

est le corps sonore. Pour qu'elle produise des sons,

il faut y excitrr des vibrations. Les moyens qu'on

38o PRÉCIS ÉLÉMrCITAllE

emploie i cet effet soDt Tariables, surrant Tespèce dlDstmment. La longueur, la laideur, la fonne du tube, les ouvertures pratiqpnées sur ses côtés ou à ses extrémités, la force, et la manière a^ec laquelle on excite les ribrations , sont les causes i{ui font tarier les 5ons de cette espèce dlnstnnnent. La nature de la matière qui les forme n'a dlnfluence que sur le timbre du son. La tbéf>rie de ces instruments lorsque leurs paroi< sont rigides est entièrement semblable à cenedesTÎbratioQ'il«>a«ntudînalcs de* cordes ^'i\ G>nnaî5saot le> condition* phrsîque< daa* Wquelî'^ se tr-uîe un seaibL-Me insiru* mect« oa peut déterminer eiï-^tec-^-r^t par le calcul le 5f>n qui! pTr>du:ra ; ï! d j ^ d'obsur dai:5 leur thêorw^ ^'^ certairas pviils reîatîî? à kr-jremiMMifrh'iTV^. c'e^t-i-d:re a U i^ii-iere d-^iit «»n t pixMhiit W «il-ratr'.n>- Il D y a p>> de rij^T-^rt eTÎieut, f cs^ Vtrt )e <î^ r. entrer, eztnt <^ c^. r^ dT..rtrDir>ti:t et

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DE PHYSIOLOGIE. â8l

ments (clarinette, hautbois, basson, jeu d orgue à voix humaine, etc.), Vanche et le corps ou tuyau : le mécanisme en est essentiellement différent.

Une anche est toujours formée d'une et quelque- instruments fois de deux lames minces, susceptibles de se mouvoir rapidement, et dont les vibrations alternatives sont destinées à intercepter et à permettre tour à tour le mouvement d'un courant d'air : c'est pourquoi les sons ^qu'elles produisent ne suivent pas les mêmes lois que les sons formés par les lames élastiques , libres par un bout , fixes par l'autre , qui excitent immédiatement des ondulations sonores dans l'air libre : dans les instruments à anche, l'anche seule produit et modifie les sons. Si la lame est longue, les mouvements sont étendus, lents, et par conséquent les sons, graves ; une lame courte, au contraire, produit nécessairement des sons aigus, parce que les alternatives de transmission et de pression du courant d'air sont plus rapides. L'anche la plus parfaite et celle qui rend les sons les plus agréables est celle qui a été inventée ou renouvelée des Chinois par M. Grenier, et qui est connue sous le nom d'anche libre.

Quand on voudra tirer d'une anche une suite de Anche libic. sons, il faudra faire varier la longueur de la lame : c'est aussi ce que fait le joueur de basson, de clarinette, etc., lorsqu'il produit des sons différents avec ces instruments. C'est aussi ce que fait le facteur d'orgues par les mouvements de la razette.

282 PRÉCIS ÉUSMENTAIRE

Ajoutons cependant, comme circonstariceimpor*tànte, qu« le ton plus ou moins éicv^ que produit Tinstrument dépend en partie de TélasUcité, du poids, deTépaisseur, et même de la forme de lalanguette ou âme, et de l'intensité du courant d air ; car tous ces éléments n'étant plus les tnêmeô, la longueur étant invariable, le ton change (i),

.Tuyau Une anclxe ne s'emploie jamais seule; elle s'a-

porte -voix. ' •

dapte toujours à tfn tuyau, à travers lequel passe le vent poussé dansi'auche, et qui, pour cette raison, doit être ouvert par ses deux extrémités. Le tuyau long et rigide n'influe pas sur le ton du son, il n'a d'influence que sur l'intensité, le timbre, et sur la possibilité de faire parler Taiiche.

' S'il est formé parades lames 'menibxaneuses qui varient d'épaisseur, d'élasticité, de tension, elles peuvent influencer fortement le ton, ainsi qu'il ré-

• suite de très-belles expériences de M. Savarl;les tuyaux courts modifient surtout l'intensité. Ceux qui déterminent les sons les plus éclatants sont les tuyaux coniques, qui vont en s'évasant vers l'air extérieur Si le cône est renversé, le son devient sourd ; mais si deux cônes pareils, opposés base à base, sont ajustés à un tuyau conique, le son prend de la rondeur et de la force. Les physiciens ne se rendent point raison de ces modifications (â).

(1) Eliot, loc. cit.; Sayari, Journal de Physiologie, t. 5. (a).Bjot, loc. cU,

D£ PHYSIOLOGIE. i285

Une colonne d*ajr qui vibre dans ud tuyau ne Tuyau peut produire qu'un certain nombre de sous déter- ^^"^ ^ ^"* ' minés ^ par une conséquence de ce fait» un tiiyau djanche, lorsqu'il est long, ne transmet aisément que les sons qu'il est apte à produira ; aussi faut-il en général établir d'à vapce un accord entre l'anche et le corps de l'instrument : par conséquent, lors-^ qu'on veut tirer successivement différents sons d'un même tuyau d'anche , il faut non-seule* tuent modifier la longueur de la lame, mais modifier encore d'une manière correspondante la longueur du tuyau , et c'est à quoi servent les trous percés sur les côtés des clarinettes , des bassons, etc. ; en les bouchant ou les ouvrant, on met le tuyau en rapport convenable avec l'anche. Cet accord a d'ailleurs l'avantage depôuvoir amenerpkis facilement, avec les lèvres, l'anche à donner le son voulu. Cette influence du tuyau est très-marquée pour ceux qui sont étroits (clarinettes, hautbois ) ; elle est telle même, que l'anche pourrait à peine parler si le tuyau n'était amené à son ton. Dans les très-gros tubes ( orgues ) , les anches vibrent à peu près comme dans l'air contenu dans de semblables tuyaux lorsqu'ils transmettent le son produit par l'anche. On a vu qu'il en 'est tout autrement pour les instruments à bouche.

Appareil de la voix.

Puisque le passage de l'air à travers le larynx est

une condition absolument nécessaire àla formation de la voix , on devrait compter les organes qui le déterminent au nombre des organes vocaux. II de-, vrait en être de même pour plusieurs .autres par- .tîes qui servent à la production ou aux modifications de la voix; mais devant en parler ailleurs, nous n'insisterons ici que sur le larynx , qui doit être considéré comme l'organe de la voix proprement dit.

Du larynx. Plaçé à la partie antérieure du cou, formant la saillie qu'on y remarque, intermediaire.de la langue et de la trachée-artère , le larynx a un volume qui varie suivant l'âge et le sexe. Proportionnellement plus petit dans l'enfant et la femme, il est plus volumineux chez le jeune hom aie déjà pubère, et davantage chez l'adulte. -

Non-seulement le larynx produit la voix , mais il est encore l'agent de ses principales modifications : c'est pourquoi une connaissance exacte de l'anatomje de cet organe est indispensable si l'on veut parvenir à comprendre le mécanisme de la voix. Faute d'avoir suivi cette méthode, on n'a jusqu'ici donné que des idées imparfaites ou fausses sur ce point intéressant. Ne pouvant entrer ici dans tous les détails dela-structure du larynx, nous n'insisterons que sur ceux qui sont les plus nécessaires a connaître , et dont plusieurs sont encore peu connus.

du^faîynx^. Quatre cartilages et trois fibro-cartilages entrent

dans la composition du larynx,. et en forment en Cartilages du

* larvnx

quelque sorte la charpente ou le squelette. Les cartilages sont, le cricoide:, le thyroïde-^ et les deux aryténoides.Le thyroïde s'articule avec le cricoide par re^ctrémité de ses cornes inférieures. Dans rétat de vie, le thyroïde est fixe relativement au cricoïde, ce qui est contraire à ce que Ton croit généralement. Chaque cartilage aryténoïde est articulé avec le cricoïde au moyen d'une facette oblongue, et concave transversalement. Le cricoïde présente une facette dont la disposition est analogue à celle de Taryténoïde, avec cette différence qu'elle est convexe dans le même sens que l'autre e^t concave. Autour de l'articulation , on trouve une capsule synoviale, serrée en avant et en arrière, lâche au contraire en dedans et en dehors. Devant l'articulation est le ligament thyro-aryténoïdien ; derrière est un fort faisceau ligamenteux que l'on pourrait nommer ligament crico-aryténoïdien , à cause de ses attaches.

Disposée comme je viens de le dire, l'articulation ne peut permettre que des mouvements latéraux de l'aryténoïde sur le cricoïde ; tout mouvement en avant ou en arrière est impossible , ainsi qu'un certain mouvement de bascule dont on parle dans les livres d'anatpmie, mouvement qu'aucun muscle n'est disposé de manière à pouvoir produire. Cette articulation doit être considérée comme un ginglyme latéral simple.. Les fibro-car tilages du

larynx sont Vépiglotte , et deux petits corps que Ton trouve au-dessus du sommet des cartilages aryténoïdes, et que Santorini a nommés capitula cartilaginum arytenoidarum.

Muucic» Un grand nombre de muscles s'attachent raédia-

du larynx, tç^ent OU immédiatement au larynx: 6n nomme ces muscles extrinsèques ; ils sont destinés à mouvoir l'organe en totalité , soit pour l'abaisser ou Télever, soit pour le porter en avant, en arrière, etc. En outre , le larynx a des muscles dont l'usage est de faire mouvoir, les unes par rapport aux autres, ses diverses parties ; ces muscles ont été nommés intrinsèques : ce sont i® les musclse crico-thyroîdiensj dont l'usage n'est point, comme on l'a cru jusqu'ici, d'abaisser le thyroïde sur le cricoïde, mais au contraire d'élever le cricoïde en le rapprochant du thyroïde, ou même en le faisant passer un peu sous son bord inférieur (i); 2' les muscles crico-aryténoidiens postérieurs , et les crico^arylé^ . noidiens latéraux, dont l'usage est de porter en de^hors les cartilages aryténoïdes, en les écartant l'un de l'autre; 3* le muscle aryténotdien , qui rapiproohe et applique l'un contre l'autre les cartilages aryténoïdes ; 4* 1^ thyro-- aryténotdien j qui est de tous les muscles du larynx le plus important à connaître , puisque c'est lui dont les vibrations

(1) Voyez mon Mémoire sur CÉplgiotte, an i3.

produisent le son vocal. Ce muscle forme les lèvres de la glotte, et les parois inférieures, supérieures et latérales des ventricules du larynx; 5* enfin, les muscles de Tépiglotte, qui sont, le t/fyro-'épi^ glottique^Varyténo-^piglûttique^ et quelques fibres que Ton peut envisager comme le vestige du muscle glosso-épiglottique qui existe dans beaucoup d'animaux : d^nc la contraction influe sur la po* sition de Tépiglotte.

Le larynx est tapissé à l'intérieur par une mem- Membranes brane muqueuse. Cette membrane, en passant de du larynx. Tépiglotte aux cartilages arylénoïdes et thyroïdes, forme deux replis, nommés^.les ligaments latéraux de l'épiglotte : elle concourt à fof mer les ligaments supérieurs^ et inférieurs de la glotte. Derrière, et dans le tissu de Tépiglotte, on trouve un grand nombre de follicules muqueux et quelques glandes muqueuses; il existe dans l'épaisseur des ligaments de répiglotte un amas de ces corps, qu'on a nommé assez improprement glande aryténoidienne.

Entre l'épiglotte, en arrière, et Tos hyoïde et le cartilage thyroïde en avant, on voit un paquet considérable de tissu cellulaire graisseux très -élastique, et analogue à ceux qui existent aux environs de certaines articulations. On n'a point encore assigné les usages de ce corps : peut-être sert il à favoriser les glissements fréquents du cartilage thyroïde sur la face postérieure de l'os hyoïde, et à tenir l'épiglotte écartée supérieurement de cet os,

et en même temps à lui fournir un appui très-élastique, qui puisse favoriser les usages que remplît le fibro-cartilage dans la voix ou la déglutition. - Les vaisseaux du larynx n'offrent rien de remarquable. II. n'en est pas de même des nerfs de cet ^ organe; leur distribution mérite d'être examinée avec soin. Ces nerfs sont au nombre de quatre : les laryngés supérieurs, et les récurrents ou laryngés inférieurs.

Nerfs Le nerf récurrent se distribue aux muscles crico-

du larynx. , ^ » i ' r i

arytenoïdien postérieur, cnco-arytenoïdien latéral, et thyro-aryténoïdien ; on ne voit point de ramification de ce nerf qui aille au muscle" arytenoïdien, ni au crico-thyroïdien. Le nerf laryngé supérieur, au contraire, est destiné au muscle arytenoïdien , auquel il donne un rameau considérable, et au muscle crico-thyroïdien, auquel il envoie un filet moins remarquable par son volume que par son trajet (i). Dans quelques cas, cependant, ce filet n'existe pas : mais alors la branche externe du nerf laryngé est plus considérable. Le reste des filets du nerf laryngé se distribue aux muscles de l'épiglotte et à la membrane muqueuse quÎTCvêt l'entrée du larynx : aussi cette partie est- • elle douée d'une excessive sensibilité.

On appelle glotte l'intervalle qui sépare les mus-

(i) Voyez mon Mémoire sur l'ÉpiglotUf Paris, an i3.

des thyro-arytéooïdîens et les ' cartilages aryté- Glotte sur ic noïdes. Sur le cadavre, la glotte se présente sous Tapparence d*uiie fente longitudinale, longue de huit à dix lignes, et large de deux à trois ; elle est plus ouverte en arrière qu^en avant, où les deux côtés se rapprochent et finissent par se toucher à lendroit de leur insertion au cartilage thyroïde.

L'extrémité postérieure de la glotte est formée par le muscle aryténoïdien.

Si l'on rapproche les cartilages aryténoïdes de manière qu'ils se touchent par leur face interne, la glotte est diminuée d'environ un tiers de sa longueur ; elle n'offre plus qu'une fente d'une demiligne à une ligne de large , et de cinq à six lignes de long, et à laquelle le nom de gtotte vocale doit Glotte Yocale. être réservé, car elle seule participe à la production de la voix. Les cAtés de cette fente sont nommés les lèvres de la glotte ou rubans vocaux. Lèvres Ils présentent un bord tranchant, dirigé en haut et * « ° *• en dedans; ils sont formés par le muscle thyroaryténoïdîen , et par le ligament du même nom , qui recouvre, comme une aponévrose, le muscle auquel il adhère avec force, et qui, recouvert luimême parla membrane muqueuse, forme la par- Auche vocale. tie la plus mince ou Je tranchant do la lèvre. Ce sont ces lèvres de la glotte qui vibrent dans la production de la voix, et qui forment Yanche vocale dont la double lame contractile peut affecter du- I. 19

Ventricnlea du larynx.

290 ' PHÉCIS ÉLÉMENTAIRE

rant la vie une multitude de formes, d'épaisseurs, d élasticités différentes.

Au-dessus des ligaments iaférieurs de la glotte sont les ventricules du larynx, dont la cavité est plus spacieuse qu'il ne semble au preniier examen, etdontlespi^Fois inférieures externes et supérieures sont formées par le muscle thyroi-aryténoïdien, contourné sur lui-même : l'extrémité ou paroi arttérieure est formée par le cartilage thyrdide. Au moyen de ces ventricules, leslèvres.de la plotte sont isolées par leur côté supérieur et externe.

Au-dessus de l'ouverture des ventricules sont deux membranes qui ont beaucoup d'analogie pour la disposition avec les cordes vocales, et qui forment comme une seconde glotte au-dessus de !a première ; ce sont les ligaments supérieurs de la glotte. Ils sont formés par le bord supérieur du muscle thyro-aryténoïdien, un peu de tissu .cellulaire graisseur, efparlamembrsine muqueuse du larynx, qui les recouvre avant de pénétrer dans les ventricules.

Telles sont les observations qu'il est facile de faire sur le larynx des cadavres. Je ne crois pas qu'on ait jamais examiné la glotte d'un homme vivant^ du moins rien n'a. été écrit, à ma connaissance, sur cet objet; iQais examinée sur des. animaux vi- Monvements vauts, des chieus |. pRT exetnple , on voit qu'elle s'agrandit et 3e réttécit alternativement : les cartilages arytéqoïdes sont portés en dehors dans le moment où l'air pénètre dans les poumons , ils

Ligaments

supérieurs

de la glotte.

de la glotte.

DE PHTSlOtOOIE.

se rapprochent et s'appliquent l*un à Tautre dans l'instant où l'îiir sort de cfette cavitér

Mécanistne de ta prôdactioh de là voix.

Si vousprenetlabaiîhée-artère ètlè larynx d'un aniinal ou d'un cadfcrïi } et qii'îgiiréé un gi'oô Soufflet touspc^rf^lez'dérftri' danë Jâ t*acliéé, fett'lc dirigeant vers le larynx , ducUril sert ri*ést]produît, maïs seulement un léger bruit, résultat du frottement de r«ir contre lei^ pardis de là trachée èl du larynx, ainsi qu'il arriverait datl s tout autre tuyau élastique. L'air pafese alors |par toute l'étendue delà glotte, dont les lèvred s^nt écartées et légèrement mises en mouvement par le courant gazeux. Si, continuant de souffler, vous rapprochez les cartilages aryténoïdes de sorte qu'ils ^e tb^uchént par leur face interne, il se profiuîra ta(nlôt uh brUît ronflant désagréable . et tantôt, mais plus rarement^ un son .qui aura quelque analogie avec la voix de l'animal auquel a appartenu leUarynx eh expérience. Très-souvent il est irhfiossîble d*obtenît ce dernier son.

' Le son, quand il esi produit, sera plus ou moins aigu ou grave, selon que les cartilages seront pressés Tun contre l'autre avec plus ou moins de force ; il sera d'autant plus intense^ que Ton soufflera dans la trachée avec plus de force. On verra facilement dans cette expérience que ce sont les Uga-

Tliéorie âe la Toii.

Expérience^ sur la voix.

Th^ork* inarche d'abprd daos un can^las^ez Jarg^; bieutôt çe Ç2^u^\ jse rétrécit^ Qt 1 ait e^t obligé de passer a trs^vers uu^ iente étroite ^ dont les deux côtés sont desl^mes vibirantes, quiyde tnêna^ que 1^ Umes des anches, pennettc^nt et interceptent toiir à tour le passage de l'ai^, et qui , par ces altiQfaa.tives , dé-

' terniioeut des andulatipiis sonores daps le cou^ yant d'aijr .tra»sni>>.

Tififii^ poqrquQÎ , en ^Qufil^iit dans la tracbées^fl^çre d'un caftavre , le larynx ne produit^il aucun ' sQijii ;a^iplogue .à la vp^i:. ttumaiiie ? pqurquoi la paralysie de«s m^uscli^s injtfinsèqMQS d^ pet organe est- ^1^ suivie de la.pe^'tc de (a voix? ei^An , pourquoi ' f^qt-^l un acte df^la toloaté pour que nous formipos le son vocal? La réponse est facile. Les ligam^ents d^ Id g}ôttf: n'ijicquièrent la faculté de vibrer, à la manière des ^aipç^ des. aDcbes, qu'autant que les

. muscles tbyro-arj^nojidiens aont en contraction; et p^r cons(âquent, dan^ (oii\es le^ circoaûStances où les niuscles né se^oi>t p'4^ cqnttf^ct^s, il n'y aura point de voix produite. ^ i.

Expériences Lcs expé|riences sur les animaux sont parfaite-^ ment d'accord avec ce résultat. Coupez les deux nerfs récurrents , qui , comme nous l'avons dit , se distribuent aux mqsckis thyro-<aryténo'idiens , et la voix est perdue entièrement. N'en coupez qu'un, et la voix ne se perd qu'à moitié.

Cependant, j'ai vu plusieurs animaux dont les deux nerfs récurrents étaient coupés, pousser des

cris assez aigus dans des instants ou ils éprouvaient une violente douleur. Ces cris avaient beaucoup d'analogie aved les sons qu'on aurait produits mé- «ïaniqiienrient avec le larynx de Tànîmal toort, en soufflant dans la trachée , et en ta^pprockant les cartilages' aryténoïdes : et c^dst encore un phénomène qui' s'entend aisément par la distribution des nerft du larynx. Les récurrents étant coupés, les thyro-aryténoïdiens ne se contractent plus :

de là résuite Vaphonie ; mais le muscle aryténoidien, qui reçoit ses nerfs du laryngé supérieur, se contracte ^ et dans le moment d^me expiration rapide il applique fortement Tu ri Coritre Taiitre tes cartilages aryténoïdes , et la glotte se trouve asse^ étroite pour que l'air puisse faire entrer en vibration les muscles thyro-aryténoïdiens 4 bien qu'ils ne soient point contractés (1).

Un des plus savants physiciens^ de notre épo- ^te, mon' estimable confrère M^ Savart, a combattu , dans' un mémoire iiasprimé tome Y de mon Journal de Physiologie^ la comparaison que j'établis entre le larynx et les anches.

Sa principale objection est la suivante : • Il fau^ drait, dit-il, pour que l'analogie fât admissible,

( I ) L'effet de cette contraction est tel qu'il fait périr asphyxiés les jeunes animaux auxquels les nerfs récurrents ont été coupés, ( Voyez Mouvements de la glotte dans la respiration, t. II.)

296 PRiciS ÉLÉMENTAIRE

que le larynx ne pût rendre aucun son, tandis que les ligaments vocaux inférieurs sont écartés l'un de Tautre/» Or, c'est justement ce que prouve l'expérience. Quand on souffle dans un larynx dont les bords de la glotte sont écartés, il ne se produit aucun son voc^I ; pour obtenir quelque bruit qui s'en rapproche, il faut faire toucher les ligaments vocaux. En outre, observez^ la glotte d'un chien au moment où il produit la voix, et vous vous convaincrez aussitôt que le son se forme au moment où les lèvrea se touchent et s'écartent rapideipent. Ajoutons que le contact n'a pas seulement lieu lors de la formation de la voix, mais qu'il existe toutes les fois que l'animal expire , ç'est-à-dira chasse l'air de son poumon. Dans les efforts ce contact est même si exact, qu'il s'oppose à toute issue de l'air.

Théorie de «Une objcctiou asscz importante, ajoute M. Savart, qu'on peutfaire à ceux qui prétendent que la voix est produite par un mécanisme d'anche, c'est que la qualité du son de la voix humaipe est loin d'être semblable à celle du son des anches, quelque perfectionnées qu'on les suppose. Les sons de la voix ont un caractère qu'aucun instrument de musique ne peut imiter, et cela doit être, car ils sont produits par un mécanisme fondé sur des principes qui ne servent de bases à aucun de nos instruments. »

Je dirai, avec M. Savart, l'art n'a pu jusqu'ici

M. Savart.

reproduire complètement la voix humaine, et cela doit être, car il n'a pas encore imaginé d'anche dont les languettes pussent revêtir en un instant cent caractères physiques divers, et former cent nuances de ton, de timbre, d'intensité de son; et pourtant il faut rendre cet homm^gti aux artistes qui se sont efforcés d'imiter la voix : plusieurs en ont approché, et, ce qui ji'est pas indUQSérent pour la question ici débattue, toujours par l'emploi des anches.

Après avoir cherché à détruire l'analogie que je Théorie de reconnais entre l'anche et le larynx, M. Savart propose de comparer l'organe de la voix à un petit sifflet dont se servent les chasseurs pour con^ trefaire la voix de certains oiseaux, espèce de yase hémisphérique de quelques lignes de diamètre, et percé en deux points opposés de deux fentes dans lesquelles on fait passer l'air après avoir placé l'instrument dans la bouche. Le savant physicien appuie son opinion d'une foule de faits , d'expériences, de considérations intéressantes qui ont agrandi, personne n'en peut douter, le champ des connaissances acoustiques ; mais je ne puisreconnaître la ressemblance qu'il voudrait établir entre un réclame et le larynx, car cet instrument produit le son ses bords étant écartés et immobiles, tandis que la voix est formée les lèvres de la glotte étant en mouvements et en contact. Xes faits physiologiques que je vais bieûtôt

2gS PRSG1& ÉlimSTAIRE

rapporter confirmeront, s'il était nécessaire, cette réfutation d'une théorie d'ailleurs Hussi ingénieuse que savante.

• Après i&'étrè ainsi formé dan^ }a glotte, le son vôeal s'engage dafais Je-tttyau porte-tôix^ que r«pfés6ûlc4@<ph9!rfl^x et là bouche, et quelquefois le pfaarymicttSe^cavitéS'n^saleJS. Bandée trajet, la voix subit des môdificatipiiS plû^ ou moins prononcées^ seloi^ )o foioif&iet la loégu^ùr du tuyau qu'elle traverse. Ces modifications ne s'éloignent pas de c<FlleFqur s'observent dans les instruments à ai:iche ordinaire; si par exemple le son doit être intense et éclatant^ la bouohe^s'jpuvire largement et représente un porte -voix conique faTorable, comme chacun sait, à la 'transmission des ^sqîis intenses.

Jusqu'ici Tanalogie ou plutôt la> similitude entre - Korgane de lat voix et lès instruments à anche en général est évidente ; tnais il divit cependant être plus pairticulièrement > rattaché à ceux que le soufiQo de l'artiste i»et en jeu. En effet, le vent qui met en vibration les. lames de Tanche n'est point de l'air ptrr et' froid comme dans les orgues , mais de Tair mêlé d'acide car«« bonique et de vapeur d'eau ; en outre cet air a une température qui se rapproche de Celle du poumon. Or il est connu en physique que la nature du gaz sonore, sa densité , etc. ; înÔuent sur la qualité des sons; il en est de méuie du mélange des gaz avec les vapeurs.

Intensité ou volume de la voix.

L'intensité de la voix dépend, comme celle de int«°"î*

* ' de la VOIX.

tous les autres sons, de retendue des vibrations (i). Or, plus Tair sortant de la poitrine sera chassé avec force, et plus]es vibrations des cordes vocales au-^ ront d'étendue ; plus les cordes elles-mêmes seront longues, c'est-à-dire plus le larynx sera volumineux , et plus au^si l'étendue des vibrations sera considérable. Une personne vigoureuse , dont l|i poitrine est large , ^opt le larypx a de grandes dir Qçiensions , présente le^ <?on41tk>ns le3 plus juvantageu^espour l'intensité de l^yoix- Que cette ipême persopne tombe malad^, que ses forces s'affaiblis* sent, sa voJxperd beaucoup de spn intensité^ par la seule Raison qu'elle ne peut plus cl^asser l'air av^ force de sa poitrine.

Les enfants, les femmes, les eunuques, dont le larynx est proportionnellement plus petit que celui dé l'Iiomme adulte , ont aussi naturellement la voix beaucoup moins intense que lui.

Dans la production ordinaire de \^ voix , plie résuite des mouvements simultanés des deux côtés de la glotte : si l'un de ces côtés perdait la faculté

(1) Probablement que rintensilé'du son tient à d'autres causes qu'à l'étendue des vibrations ; if doit en être de même pour Vin î en site de lu voix, .

300 PRÉCIS 1&liMËl«TAlR£

d'exciter des ^ibratioDs dans Tair, la voix perdrait nécessairement, à force d'expiration égale, la moitié de son intensité. On. peut s'assurer de ce résultat en coupant un seul nerf récurrent sur un chien , ou en étudiant la voix chez une personne attaquée d'une hémiplégie complète.

Timbre de la voix.

Timbre de la voix.

Étendue de la voix.

Chaque individu a un timbre de voix particulier, qui le distingue; chaque âge, chaque sexe, ont aussi le leur. Le timbre de la voix présente dô^c des modifications infinies : de quelles circonstances physiques dépendent-elles? on l^gnore. Pourtant le timbre féminin , qui se retrouve dans les enfants , dans les eunuques, coïncide assez généralement avec l'état cartilagineux des cartilages du larynx et le peu de volume de cet organe. La voix masculine paraît au contraire liée avec l'état osseux de ces mêmes cartilages, et surtout du thyroïde et des dimensions plus fortes de la glotte et du larynx.

Rappelons ici que le timbre est une modification du son , dont les physiciens sont loin de se rendre raison.

Des différents tons, ou de l'étendue de la voix.

Les sons que peut produire le larynx de l'homme sont extrêmement nombreux. Plusieurs auteurs

DB PUY8IGLOGIE. 3oi

célèbres ont cherché à eu expliquer la formation ; mais ce qu'ils ont donné comme des explications étaient plutôt de simples comparaisons. Ainsi, Ferrein voulait que les ligaments de la glotte fussent des cordes, et il expliquait les divers tons de la voix par les degrés différents de tension dont il pensait qu'elles étaient susceptibles ; d'autres ont compare le larynx à un instrument à vent, aux lèvres du donneur de cor, aux mêmes parties dans l'action de siffler.

Ces explications pèchent par la base , car elles ne DîFers tons sont fondées que sur la considération superficielle * * ^*'"' du larynx du cadnvre, tandis qu'elles devraient avoir eu pour fondement l'étude approfondie de l'anatomie du larynx , et l'examen attentif de cet organe dans l'état de vie : j'ai tâché de suppléer à cette lacune, et voici les résultats que j'ai obtenus:

J'ai mis sur un chien la glotte à découvert, ^j'^^^^ par une incision entre le cartilatre thyroïde et l'os daiwieffon»

* o .? grave».

hyoïde, et j'ai vu que lorsque les sons sont graves , les ligaments de la glotte vibrent dans toute leur longueur, et que l'air expiré sort par toute l'étendue de la fente qui résulte du contact des deux lèvres de la glotte (i).

(i) Je ne comprends pas dans la gloUe Tintervalle qui existe entre les cartilages aryténoîdes qui, pendant la pho-

30Â PRÉCIS ÉLBSEENTAIIE

Sons aigas. Dàns les sons plus aigus, les ligaments ne vibrent

plus par leur partie antérieure, mais seulement par

leur partie postérieure, et Tair ne sort plus que par

la portion de glotte qui vibré : cette ouverture se

trouve par conséquent diminuée.

Sons Enfin 9 quand les sons devienneiit très-àiguë, les

saigus. ligaments ne présentent plus de vibrations qu'à

* leur extrémité aryténoidienne , et l'air expiré ne

sort plus, si ce n'est par cette portion de la glotte

qui n'a pas plus de deux ligues d'étendue* Il pa^

raît que le terme de Faculté dies'soris arrive, pal'ce

que la glotte se ferme entièrement , et que l'air

ne peut plus sortir à travers le larynx, expérience

qu'il est fadle à chacun de faire sur lui-^mcme.

inflaence des Lc muscl€ aryténoïdieu , ayant {)rincipalement

nerfs laryngés i i* t i- ^ i • i

sur la Toiz. pour usagc de fermer la glotte par son extrémité postérieure, devait l^.tre l'agent principal delapro-* duction des sons aigus. J'ai voulu savoir quel effet aurait sur la voix la section des deux nerfs laryngés qui doiïnent le mouvement à ce inuscle, et j'ai reconnu que dans ce cas la voix de l'animal perd presque, tous ses tons aigus ; en outre, elle acquiert une gravité habituelle qu'elle n'avait point auparavant:

L'analogie de structure est trop marquée entre

nation, soiit exactement appliqués l'un contre Tautre et ne

laissent pas passer Tair expiré.

DE PHYSIQLOraJS* 5o3

le larynx de rhommect celui du chien, pour qti on ne puisse pas croire que les mêmes phénomène^ se passent chez le premier. Une circonstance doit a voir une certaine influetiee sur les tons de la voix ^ c'est la contraction dcs^muscles thyro-aryténoïdiens. Plus ces muscles se contracteront avec force , et plus leur élasticité s 'accroîtra, et pi us ils deviendront su^eptibles de vibrer rapidement et de produire des sons ai^s ; moins ils seront contractés , et plus ils produiront aisément les sons gravfîs. On peut aussi présumer que la contraction de ces muscleâ concourt puissamment àfermerenpartiela glotte, particulièrement dans sa moitié antérieure.

Le larynx artificiel de M. C.-^Latour démontre Expériences physiquement Jes deux phénoitiènes physiologi** '"^ ^ ^^"' ques dont je viens de parler â l'occasion des différents tons de la voix. Si vous soufiQez dans le tube, les lames élastiques vibrent dans toute leur lon«* gueur : le son est alors grave ; éi vous raccourcisses les lames/le son devient d'autant plus aigu qu'elles sont plus courtes. Cependant dès qu'elles sont réduites à quatre lignes, le plus souvent i) n'y a plus de son, tandis que sur dès larynx vivants j'ai vu le son se former dans une fente de 4eux lignes au plus. Quoi qu'il en soit, comme dans le larynx, plus la fente par laquelle s'échappe l'air est courte, plus le sop est aigu. Le second phénomène, qui se rattache à la tension des ligÀinents vocaux, est fecile à voir sur le même instrument; car, en variant les

3o4 PlliCIS ÉLÉMENTAIRE

tensions des lames , on fait monter ou descendre le ton.

Le Inrynx représente donc une anche à double lame, dont les tons sont d'autant plus aigus que les lames sont plus raccourcies, et d'autant plus graves qu'elles sont plus longue^. Mais, quoique cette analogie doit juste, il n'en faudrait - cependant pas conclure une identité complète. En effet, les anches ordinaires sont composées de lames rectangulaii^ps , fixées par un côté et libres par les trois autres, au lieu que dans le larynx les lames vibrantes , qui sont aussi à peu près rectangulaires, sont fixes par trois côtés et libres par un seul. En outre, on fait monter ou descendre

les tons des anches ordinaires en variant leur longueur : dans les lames du larynx , c'est la largeur qui varie. Enfin, jamais dans les instruments de musique on n'a employé d'anche^ dont les lames mobiles pussent varier à chaque instant d'épaisseur et d'élasticité , comme il arrive pour les ligaments de la glotte : en sorte que l'on conçoit bien, par aperçu, que le larynx peut produire la voix et en varier les tons à la manière des anches, mais sans pouvoir toutefois assigner rigoureusement toutes les particularités de son mode d'action, inflaence Ou a cru jusqu'ici que le tube qui apporte le porte Tent. ^cut à l'auche, ou le porie-vent^ n'avait aucune influence sur la nature du son produit : M. Biot rap-

porte-yoix.

DE PHYSIOLOGIE. 5o5

porte une observation de M. Greiiié, qui prouve le contraire. Il n'est donc pas impossible que Tal* longeaient bu le raccourcissement de la trachée , qui fait, relativement au larynx, Toffice de portevent, ait une influence sur la productioq de la voix et sur ses différents tons.

Nous venons d'examiner Tanche de Tdrgane de Tuyau la voix, il faut considérer maintenant le tuyau que le son vocal traverse après avoir été produit. Or, en procédant de bas en haut, le tuyau se compose : 1* de Tintervalle compris entre Tépiglotte en avant, ses ligaments latéraux sur les côtés, et de la paroi postérieure du pharynx ; â"" du pharynx en arrière et latéralement, et de la partie la plus postérieure delà base de la langue en avant; S"" tantôt la boucha, tantôt les cavités nasales, et quelquefois les deux cavités ensemble.

Ce tuyau pouvant s'allonger et se raccourcir, devenir plus large ou se rétrécir , revêtir enfin une infinité de formes différentes , remplit à merveille les fonctions de corps d'instrument à anche, c'est-à-dire qu'il se met rapidement en harmonie avec le larynxHinche^ favorise ainsi la production des tons nombreux dont «e compose la voix , accroît l'intensité du son vocal en affectant une forme conique, évasée «vers le dehors, donne de la rondeur et de l'agrément au son, en disposant convenablement son ouverture extérieure, ou bien l'étouffé presque entièrement, etc. i. so

3o6 PRÉCIS iiàuzsTkitz

Jusqu'à ce que la physique ait déterminé avec précision Tinfluence du tuyau des instruments à anche, il est clair que la physiologie né pourra se livrer qu a des conjectures touchant l'influence du tuyau de l'organe de la voix. Nous ne ferons à cet égard qu'un petit nombre d'observations, qui portent sur les phénomènes les plus apparents.

Mouvements jé . ht larynx s'élèvc dans la production des sons aigus^ il s'abaisse au contraire dans celle des sons graves; par conséquent le tuyau Tocal est raccourci dans le premier cas et allongé dans le second. En effet, un tuyau court est favorable pour transmettre des sons aigus, tandis qu'un plus long l'est davantage pour des sons graves. En même temps que le tuyau change de longueur» il change aussi de largeur; et cette circonstance est remarquable, car nous avons vu^plus haut que la largeur du tuyau influe sur sa facilité de transmettre les sons.

Quand le larynx descend, c'est-à-dire quand le tuyau vocal s'allonge, le cartilage thyroïde s'abaisse et s'cLoigne de l'os hyoïde de toute la hauteur de la membrane thyro-hyoïdienne. Par cet écartement, la glande épiglottique est portée en avant, et vient se loger dans la concavité de la face postérieure de l'os hyoïde ; cette glande entraine nécessairement Usage après elle l'épi^otte : d'où il résulte un élargisse-

éplgîoufqtuc! ment considérable de la partie inférieure du tuyau voeal.

Le pJbé&ottièDe opposé arrive lorsque le Idrynt tJsaj^c 8*élève. Alors le cairtilage thyroïde monte derrière "ép^iotuqnc! l'os hyoïde (i) ^^ déplaçant et poussant en ar^ rière la glande épiglottique; celleH^i pousse à son tour répiglotte^ et le tuyi^u vocal se trouve de beaucoup rétréci. En simulant ce mouvement sur le cadavre , il est facile de s'assurer que le rétrécissement peut aller jusqu'aux cinq sixièmes de largeur du tayau. Or, c'est un tuyau large qui s'adapte à une anche pour les sons-graves ; c'est, au contraire ) un tuyau étroit qui est le plus sou^ vent employé pour transmettre des sons aigus. On peut donc^ jusqu'à un Certain point, se rendre raison de l'utilité des changements de largeur qu'éprouve le tuyau vocal dans sa partie inférieure.

B. La présence des ventricules du larynx immé* t7«age diatement au-dessus des ligaments inférieurs de la Tentricuie*. glotte , parait avoir pour utilité dlsoler ces liga« ments, de manière qu'ils vibrent librement dans l'air. Quand il s'introduit des corps étrangers dans les ventricules, ou quand il É*y forme des mucosités ou une fausse membrane, la voix est ordinairement éteinte ou très-*affaiblie. Cependant ces cavités ne sont pas indispensables à la production de la voix.

(i) L«s mascles thyro-hyôïcliens paraissent plus partictj-^ lièremeût destinée ù produire 1« monte ment par lequel le cartilage thyroïde passe derrière, lV>s hyoiden

3o8 PRECIS ÉLÉMENTAIRE

Plusieurs animaux dont le son vocal est très-întense. en sont dépourvus; de plus, on peut les détruire sur un chien, comme Ta fait Bichat, sans que la voix cesse de se produire. Cette expérience, que j'ai plusieurs fois répétée, ne permet aucun rapprochement entre le larynx et les instruments en flûte.

C. En raison de sa forme, de sa position audessus de la glotte, de son élasticité, des mouvements que lui impriment ses muscles, Tépîglotte parait' appartenir essentiellement à l'appareil de la voix; mais quels sont ses usages? ]Nous avons déjà vu qu'elle contribue puissamment à rétrécir le tuyau vocal; on peut croire qu'elle a une fonction plus importante.

UMge M. Grenié, qui vient de faire subir aux anches,

une modification si ingénieuse et si utile, n est pas parvenu tout d'un coup au résultat qu'il a enfin obtenu ; il a dû passer par une série d'effets intermédiaires. Â une certaine époque de son travail, il voulait augmenter l'intensité d'un même son sans rien changer à l'anche ; pour y réussir, il était obligé d'augmenter graduellement ]a rapidité du courant d'air; mais cette augmentation, en rendant les sons plus forts, les faisait monter; pour remédier à cet inconvénient, M. Grenié ne trouva d'autre moyen que de placer obliquement dans le tuyau, immédiatement au-dessus de Tanche, une languette souple, élastique, telle à peu près que

nous voyons l'épiglotte au-dessus de la glotte : d'où l'on pourrait conclure que l'épîglotte concourt à donner à l'homme la faculté d'eufler le son vocal sans que celui-ci monte.

/)• L'intensité de la voix est visiblement influen- influence

* da tuyau

cée par le tuyau vocal. Les sons les plus intenses TocaUurria-

, . . j . , ..A 11 tcDiilé de la

que la voix puisse produire, nécessitent que la bou- yoix. che soit largement ouverte, la langue un peu retirée en arrière, le voile du palais soulevé, horizontal, et sensiblement élastique , fermant toute communication avec les fosses nasales. Dans ce cas , le pharynx et la bouche font évidemment l'of&ce d'un p#rte-voix , c'est-à-din^ qu'ils représentent assez exactement un tuyau d'anche, qui va en s'évasant vers l'air extérieur , dont l'effet est d'augmenter l'intensité du son produit par l'anehe. Si la bouche est en partie fermée , les lèvres portées en avant, et plus ou moins rapprochées, le son pourra acquérir delà rondeur, un timbre agréable, mais il perdra de son intensité :. résultat qui s'explique aisément d'après ce qui a été dit de l'influence de là forme des tuyaux dans les instruments à anche.

Par les mêmes raisons , toutes les fois que le son vocal passera par les fosses nasales, il deviendra sourd , car la forme do ses cavités est bien propre à diminuer l'intensité des sons et à les altérer d'une manière désagréable.

E. La bouche et le nez étant fermés, et ne permettant plus le passage de l'air expiré, le son vo-

3lO priais éliHSNTAIRS

Son Tocai cal 86 foroie encore dans le larynx, mais il. ne pent.-

le nez et la . . i . • ' /• f

bouche se soutenir long^-temps ; ses limites sont fixées par la petite quantité d air qui peut-être contenue dans la bouche, et les caVités nasales; dès que ces cayr^ tés en so^t remplies et distendues, le son yocal cesse de pouvoir ê)re produit. Dans tous les cas, le son est faible et étouffe , et cela se comprend aisément, puisqu'il ne peut arrirer àroreille que par llntermédiaire des parois de la bouche et du nez. Voile JF. Il résulte d'observations récentes de M. le

pharynx, lan- doctcur Bconati, quc le voile du palais et la luette if"produét"on éprouvent des modifications remarquables dans c a VOIX. 1^ production des sons aigus et grares. Dans la for* mation de ces derniers, le voile est horizontal, large et tendu, la luette pendante et Tcrticale. A mesure que les sons s'élèvent le voile s^abaisse par la partie postérieure ; la cavité du pharynx se rétrécit, etlaluette diminue de longueur ; enfin, dans les sons les plus aigus, le voile du palais se rétrécit encore et la luette dis{>arait complètement. M. Bennati attache une telle importance à ces dernières modifications du tuyau vocal, qu'il nomme les sons ai* gus sus^latyngiens 9 voulant indiquer par cette épi* thëte quelepharynx, levoile, etc. , ont laplusgrande part dans leur production. Nous ne pouvons par^ tager cette opinion ; nous nous plaisons à rendre iust^ce au mérite des observations du savant Italien,* mais nous n'y voyons jusqu'ici que des phénomènes coïncidant avec la production des sons aigus ou

Dfi PUYSI0U)G1E. 3 1 1

graves, et rien qui se rattache à la théorie physique de la Yoix.

G. On a vu , à l'occasion de la production de la laflueoco du voix, qu'un grand nombre de modifications relati- ,'Z't:ZL ves au timbre naissent par les changements d'é- ^^ *^^"' paisseur, d'élasticité, qui arrivent aitx lèvres de la glotte* Le tuyau peut en produire une foule d'autres, selon ses divers degrés de longueur ou de largeur; selon sa forme, la tension plus ou moins grande de sespafois, la position de la langue, celle du voile du palais ; jselon que le son passe en toutou en partie par la bouche où par les fosses nasales, ou bien par ces deux cavités à la fois; la disposition individuelle de la bouche ou du nez; l'existence ou la non«€xistence des dents ; leur arrangement plus ou moins régulier , la concavité phis ou moins profonde de la voûte palatine; le volume de la langue, etc.; selon toutes ces circonstances, dis- . je , le timbre de la voix est continuellement modifié* Chaque fois, par exemple, que le son traverse les fosses nasales, le son vocal devient désagréable , nasillard.

H* Les ondes sonores, développées par les mou- Résonnancc

•I 1 f 1 1 • de la voix.

vements.de 1 anche laryngienne, se transmettent non-seulement à la colonne d'air qui traverse le pharynx et la bouche, mais elles s'étendent à l'air contenu dans les cavités nasales par l'intermédiaire du palais membraneux et osseux ; elles se propagent a^issi en sens inverse dans la mas«e ga-

5lâ ' PaÉClfil ÉLÉMENTAIRE

lié-onnance zeusc qui remplit la poitrine ou plus exactement les poumons ; il en resuite des resonnances qui modifient le timbre et même l'intensité la voix.

La résonnance qui a lieu dans la poitrine est aujourd'hui l'un des phénomènes de physique vitale dont l'étude importe le plus aux médecins , par les nombreuses modifications qu'il subit dans les maladies.

/. Indépendamment des nombreuses modifications que le tuyau de l'organe vocal détermine dans l'intensité et le timbre de* la vqix, en perriaettant ou en interceptant alternativement sa production, il produit encore un genre de modification trèsimportant : par ce moyen, le son voral est partagé en petites portions, qui chacune ont un caractère distinct, parce que chacune d'elles est produite par un mouvement particulier du tuyau. Cette espèce d'influence du tuyau vocal est ce qu'on nomme la faculté d'articuler, qui offre un nombre infini de différences individuelles en rapport avec Torga- . nisation propre du tuyau vocal.

Jusqu'ici nous avons traité de la voiit humaine

d'une manière générale, nous allons actuellement

parler de ses principales divisions, savoir, U cri,

Divomnff ou voix Tiativc ; la voix proprement dite, ou voix

t>oi-tesde voix. . , , . . ^^ i » § § ^

acquise; la parole, ou la voix articulée; le chant.

>u la voix appréciable.

Du cri ou voix nalioe.

Le cri est un son souvent appréciable qui, coin- Da m

^ ^ *■ ou Yoix oative.

me tous les sons produits par le larynx^ est susceptible de varier de ton, d'intensité, et de timbre.

Le cri se distingue aisément de tous les autres sons vocaux ; mais comme son caractère principal tient au timbre, il est impossible de se rendre physiquement raison de la différence qui existe . entre ceux-ci et le cri. -

Quelle que soit la condition dans laquelle se trouve lliomme , quel que soit son âge , il peut crier. L'enfant naissant, Tidiot, Thomme sauvage, le sourd de naissance, Thomme civilisé, le vieillard décrépit, peuvent pousser des cris. Le cri est donc étroitement lié à l'organisation; pour s'en convaincre davantage i) suffit d'examiner quels sont ses usages.

Parle cri, nous exprimons les sensations vives, Usage* du cri. agréables ou douloureuses. Il y a des cris de joie, il y a des cris de douleur. Par le même langage nous faisons connaître nos besoins instinctifs les plus simples ainsi que les passions naturelles. La fureur, la crainte, l'effroi, s'expriment par des cris, etc.

Les besoins sociaux et les passions soieiales, n'étant pas une suite indispensable de l'organisation, et nécessitant pour se développer l'état de civrlisatioii, p'ont point de cris qui leur soient propres.

5l4 PHiciS JÊliMENTiJRË

he cri comprend ordinairement les sons les plus intenses que Torgane de la voix puisse former; le plus souvent son timbre a quelque chose qui blesse Toreille et qui agit fortement sur ceux qui sont à portée de l'entendre.

Uiaffesducri. Au moyeu du cri s'établissent des rapports importants entra l'homme et ses semblables.

Le cri de joie dispose à la joie, le cri de douleur excite la pitié, le cri qu'arrache la terreur porte au loin l'épouvante , etc. Cette espèce de langage existe chez la plupart des animaux; c'est presque le seul qui leur soit départi : le chant des oiseaux doit être considéré comme une modification de leur cri.

De la voix proprement dite ot/i acquise.

Delà voix Dans l'état le plus ordinaire de l'homme, c'estdiieou à-dire lorsqu'il vit en société, et qu'il est doué de Touie, il reconnaît, dès sa plus tendre enfance, que fies semblables produisent des sons qui ne sont pas des cris ; il a bientôt fait la remarque qu'il peut en former d'analogues avec son larynx, et dès ce moment se développe en lui, par l'effet de l'imitation et des avantages qu'il y trouve, ce qu'on nomme la voix acquise ou sociale. Un enfant sourd ne fait aucune de ces remarques ; aussi ne saurai t*-il de lui-même acquérir cette espèce de son vocal • La voix parlée ne paraît différer du cri que par

gc^uiKe.

Lei foardf

muets, les

idiots n'oDt

pas la Toiiç

sociale.

1>S PHYMOLOGIX. 3l5

Tintensitéet le timbre, car elle est de même ^fftr- Vois sociale. mëc de sons dont Toreille ne distingue pas nettement les intervalles.

Puisque la voix est la conséquence de l'audition et d'un travail intellectuel, elle ne peut se dévelop*per si les circonstances qui la produisent n'existent point. En effet, les enfants sourds de naissance, qui n'ont pu prendre aucune idée du son« les idiots, qui n'établissent point de rapport entre les sons qu'ils perçoivent et ceux que leur larynx peut produire, n'ont point de voix, quoique l'appareil vocal des uns et des autres soit apte à former et à modifier les sons, aussi bien que celui des hommes nés avec toutes leurs facultés.

Par la même raison , les individus que nous nommons assez improprement êaitvagesj parce qu'ils ont été trouvés errants depuis leur enfance dans Içs forêts, sont toujours dépourvus de voix, l'intelligence ne se développant pas dans l'état d'isolement, et nécessitant la vie sociale.

Le timbre, l'intensité, le ton de la voix acquise, sont susceptibles do nombreuses modifications de la part du larynx ; de plus, le tuyau vocal exerce sur la voix une puissante influence : la parole et le chant ne sont que des modifications de la voix sociale.

Il est très'-diffîcile, peut-être même impossible, de dire comment l'homme est parvenu à représen-^ ter ses actes intellectuels par des modifications de

Sons et articulai ions.

3l6 PRÉCIS ELEMENTAIRE

la voix, comment il est arrivé à là compositioD des langues, et surtout comment il a composé Talphabet. Ces connaissances seraient sans contredît curieuses et utiles, mais elles ne sont pas indispensables, et d'ailleurs elles ne sont pas du ressort de la physiologie : le mécanisme seul du langage doit nous occuper,

Unehingue se compose de mots, et les mots sont les signes des idées ; mais les mots eux-mêmes sont formés par les lettres ou les sons de l'alphabet, qui pour la plupart sont des modifications de la voix.

Les grammairiens distinguent les lettres en voyelles et en consonnes; cette distinction ne peut satisfaire le physiologiste.

Les lettres doivent être distinguées en celles qui sont dé véritables sons vocaux directement modifiés par le tuyau porte-voix, et en lettres qui sont formées principalement sous l'influence du tuyau vocal , ces dernières n'ont d'existence réelle qu'en s'alliant aux premières.

Les lettres qui appartiennent à la voix sont, pour les langues d'Europe, a très-ouvert, anglais ( hall ) ; â français (hâle) ; fl> è, é, e muet français ; î, ^, ouvert, italien ; o, euj c/, français ; u italien. Chacune de ces lettres peut éprouver deux modifications, qu'on exprime en disant qu'elle est longue ou brève : ce sont les voyelles des grammairiens.

Lettre* Les Icttrcs telles que le ^ et le p {labiales);

insCuiéês. le rf et le f (dentales), l (palatale); g et k (gut-

Lettres vocales.

DE PHYSIOLOGIE. 5\'j

tarâtes) ; m et n {nasales), supposent que le canal

vocal est fermé, et que ses diverses parties affec-

tent pour chaque lettre une position spéciale. La lettre se- produit au moment où le canal s'ouvre et ou le son vocal se forme.

L'existence de ces dernières lettres est donc instantanée.

' Les autres lettres ou articulations sontle fet le r, les deux sons du th anglais, Vs et le Zy le cA, ley, IV, Vhj et Vx espagnol, ou le X des Grecs.

Ces lettres ont pour caractère d'être produites Lettre»

crticulée»

par le frottement de l'air expiré contre les parois prolongées. du pharynx ou de la'^ bouche, dont la configuration varie suivant l'espèce de lettre. Elles sont par conséquent indépendantes de la voix , et peuvent être prolongées autant que dure la sortie de l'air des poumons; mais elles n'acquièrent cependant toute leur valeur qu'en se joignant à un son vocal.

Chaque lettre, voyelle ou articulation, est produite par une disposition ou un mouvement particulier >lu tuyau vocal ; mais pour les unes, c'est la langue qyi est l'agent principal de leur formation ; pour les autres, ce sont les dents : pour celles-ci, ce sont les lèvres; pour celles-là, le son de la voix doit ti'averser les fosses nasales, etc. C'est en étudiiant avec attention le mécanisme de la production dès lettres que se sont perfectionnées les méthodes d'enseignement de la lecture, et particulièrement

3i8 PRÉCIS B^imifTÀiitE

celle de M. Laffore d'Agen. (Voyez mon Journal de Physiologie, X. IX.)

inHuence du La prononciation nécessite donc une bonne conr* su^Haprû- formation du tuyau TOcaL Présente-^t-»il quelque déformation, quelque lésion, une perforation de la voûte ou du Yoile du palais par exemple; les dents manquent-elles ; la langue est-elle gonflée ou paralysée ; les amygdales sont--elles tuméfiées ^etc» , etc. , la faculté d'articuler présente des altérations^ et peut même devenir impossible.

Parler à tlîx Le simple bruit sourd que fait Tair en traversant le larynx peut suffire à la prononciation, comme il arrive quand on parle très-bas. Les personnes qui ont complètement perdu la voix prononcent encore assez distinctement pour se faire entendre même à une certaine distance* Paroles Nous dcvous à M** Delcau une expérience cu^

neusc/ : au moyen d un tube recourbe introduit par une narine jusque dans rarrière - bouche , il y fait arriver un courant d'aîr qui part d'un réscr-' Yoir , où le fluide *est condensé. Ce courant ga* zéux , en parcourant le tube élastique , frotte et développe un léger bruit qui , traversant le tuyau vocal, à l'instar de la voix , peut y -être articulé et servir à un langage d'autant plus singulier qu'il se forme en même temps que la parole ordinaire. Dans ce cas, la personne soumise à l'expérience forme simultanément deux paroles qui, articulées au même instant et de la même manière >

produisent sur les spectateurs une impression des plus étranges.

Il y a quelque analogie entre cette expérience et l'observation d^n forçat du bagixe à Toulon, dont la glotte était oblitérée à la suite d'un suicide, et qui respirait par une ouverture fistuleuse de la trachée.

Cet homme, qui ne pouvait produire aucun son Parole d'urr par son larynx, puisque 1 air ne traversait plus cet pmdanic organe, était parvenu à former dans Tarrière-bouché un petit réservoir d'air avec lequel il trouvait moyen de produire un certain bruit ; ce bruit , soumis ensuite aux organes de la prononciation , devenait bientôt une espèce de parole très* limitée , il est vrai , mais qui suffisait cependant pour que le malheureux forçat parvint à faire connaître ses principaux besoins*

En combinant les lettres diversement et en nombre variable , on forme des sons plu§ on moins composés, qui sont des mots« La formatioD de# mots est différente suivant les langues* Dans celle« du Mord, les consonnes sont accumulées^ tans que ce soit la véritable raison pour laquelle elles sont rudes à l'oreille et difficiles à prononcer ; dans let langues du Midi, les voyelles sont employées en plus grand nombre ; elles sont en général douce» et harmonieuses.

Ge n'est point un son toujours le même qui sert de fondement à la prononciation : la voix arti-

culée s'élève , baisse, varie d'intensité» de timbre, d'une manière différente suivant chaque espèce de langue. Le mode de ces variations constitue l'accent ou la prononciation propre à chaque pays.

Articuler, prononcer, n'est point parler. Uu oiseau prononce des mots, des phrases même, mais Les idiots ne il uc parle point : l'homme seul est doué de la pa-

parleot point. . • ^ i i • . j»

rôle, qui est le plus puissant moyen d expression de l'intelligence ; lui seul attache un serïs aux mots qu'il prononce et à l'arrangement qu'il leur donne : il n'aura donc point de parole s'il n'a point d'intelligence. En effet, la plupart des idiots ne parlent point (i) : ils articulent vaguement des sons, . qui n'ont et ne peuvent avoir aucune signification.

Du chant.

Du chanr. La voix du chaut diffère des autres sons produits parle larynx, en ce qu'elle est formée par des sons > dont l'oreille distingue aisément les intervalles, et dont on peut prendre , l'unisson. Ces caractères n'existent ni pour le cri ni pour la voix parlée, donl les intervalles sont, en général , inappréciables.

Dodart a avancé que, dans la production du chant', le larynx éprouvait un mouvement de ba-

(i) Pluel, Traité de la Manié, page 167.

DB FHT8I0L0€^IE«

lancement ou d'oscillation de bas en haut; mais l'observation ne confirme point son assertion. Nous ignorons quelles sont les conditions où se trouvent les ligaments de la glotte ainsi que l'appareil vocal quand ils deviennent propres à former des sons appréciables.

Quant à chaque ton du chant , pris isolément , il ne diffère physiquement de la voix parlée que par sa portée. La véritable différence entre le chant et les autres sons vocaux se trouve dans la régularité et l'harmonie des intervalles. .

Un chanteur vulgaire a , entre le son le plus bas et le son le plus aigu, environ neuf tons; les belles voix sont plus étendues , cependant elles ne dépassent' guère deux octaves en sons bien justes et bien pleins.

Enfin, il a existé et il existe encore des virtuoses célèbres, si heureusement organisés, qu'ils peuvent parcourir plus de trois octaves ; leur organe vocal représente presque toute l'étendue possible de la voix humaine. Mais ces exemples sont des exceptions que la nature ne^ créée que rarement.

U y a deux sortes de voix , les graves et les ai-gués : la différence des "unes aux autres est d'environ une octave.

Bn général , les voix graves appartiennent aux hommes faits; cependant ceux dont la voix est la plus grave peuvent former des sons aigus en prenant le fausset ou faucet (voix de la gorge).

Etendue de la'vpix de chanf.

Deux sortes de voix.

3ll PRECIS ÉliSflNTAlIE

Les Toix aiguës sofit celles des femmes, des enfants et des eunuques*

En ajoutant tous les tons d'une voix aiçuë à ceux d'une Yoix grave, on a une étendue d'à peu près trois octaves et demie*

La suite des sons chantés se compose de deux espèces distinctes de aons : les graves et du médium 9 qui se font et se soutiennent sans e&rts « et les sons aigus , qui, en général, entraînent une contraction plus ou moins fatigante soit du la-^ rynx , soit des muscles du tuyau vocal , et partie . culièrement du pharynx, du voile du palais et de la langue.

Ces deux espèces de sons diffèrent au points quant à leur caractère physique, qu'ils semblent produits par des instruments dissemblables ^ las premiers sont nommés notes de poitrine , sons du premier registre; les seconds, vois de téie^ Voix fau9$et , flons du second regieire. M. le doc<- ^ôiz'^ ' teur Bennati , dont j'ai déjà parlé , a proposé " ^'^^^' récemment de qualifier les premiers sons la^ ryngiens , et les seconds sons sue - laryngiens. Je n'approuve pas complètement ces dénominations, -czT elles pourraient induire en erreur et fairecroire que les seules notes graves et du médium sont formées par le larynx , et que les notes aiguës sont produites par les parties placées au-dessus du larynx » tandis que tous les sons de la voix résultent également de l 'instrument vocfil entier;

DE FHY«IOLOGi£. 3^3

seulement^ comme tous lea iostruments à vent, il est autrement disposé quand il [Nroduiiles sons aigus ou quand il rend les sons graves.

Il est certain , toutefois , qu'au moment ou un chanteur passe du premier registre au second il se fait un mouvement et «n changement trës^-remarqut^>le dans le larynx , dtnn Tarrière-bouche et dans la position de la langue. Ce qui a lieu à la glotte nous est inconnu ; nous n'en sommes avertis que par le sentiment particulier de fati- ^e que nous éprouvons bientôt Quant à ce qui arrive au pharynx, au voile du palaisi et à la lan* ' gue, il est visible que tous les muscles de ces parties €ont dans une très-grande activité , variable selon les individus, mais qui a en général pour efiEet de ^ rétrécir le gosier, de tendre le voile du palais^ d'é* lever la langue en la rendant concave ^ et d'effacer la luette* Mais l'étude kt plus attentive de ces phénomènes ne nous apprend rien sur la nature nfajsigue des sons de fausset. Ce point de physi- Caractère*

•• '^ * * i w physique».

que physiologique si curieux est encore tout en- du fausiet.

tier à examiner. Je dirai cependant qu'en faisant

4es essais avec le larynx artificiel de M. C. Latour,

il m'est arrivé plusieurs fois, en tendant fortement

les lames de gomme élastique, de faire sortir des

éons qui étaient aux sons ordinaires de l'instrument

à peu de chose près ce qu'est le fausset aux sons

de poitrine; ce qui semblerait indiquer, et ce qui

est d'ailleurs probable, que le larynx est le prin-

3^4 PRÉCIS ÉLEHENTàlRE

cipal agent de la formation du son, les autres parties du tuyau n'étant qu'accessoires plus ou moins ^ indispensables.

Ajoutons que les femmes, les enfants, les eunuques, dont la voix se compose presque entièrement de sons du second registre , et qui font peu d'efiforts pour les produire, ont le larynx moins volumineux que l'homme adulte, et que cet organe est entièrement cartilagineux.

Les sons graves, qui sont formés par une longue glotte et qui nécessitent par conséquent une plus grande dépense d'air expiré, ne peuvent être sou- Diiiéeou tcûus aussi long-temps que les sons aigus, qui, *Ion ^rbclr produits par une glotte étroite presque fermée, ne demande qu'un écoulement d'air beaucoup moins considérable; la différence sous ce rapport peut être de un à trois.

C'est pour la même raison que nous soutenons bien moins long-temps un son intense qu'un son faible; aussi savoir ménager Thaleine est-il une partie importante de l'art du chanteur; plus sa poitrine sera spacieuse, plus elle colitiendra d'air, et plus facilement il lui sera permis de produire ces effets qui nous étonnent et nous ravissent.

Mais les différences qui existent entre les diverses espèces de voix ne portentpas toutes sur l'étendue et la durée des sons. Hy a des voix fortes^ dont les sons sont forts et bruyants ; des voix douces , dont les sons

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sont doux et flûtes ; de belles voix, dont les sons sont pleins et harmonieux ; des voix justes. 11 y a des Yoix fausses; il y a des voix flexibles, légères; il en est de dures et pesantes. Il y en a dont les beaux sons sont irrégulièrement distribués : aux unes^ dans le bas; aux autres, dans le haut; à d'autres, dans le médium, etc. (i). Ni la physiologie ni ta physique ne rendent encore raison de ces diverses qualités de voix.

De même que la voix et la parole, le chant est un Usage effet de 1 état de société ; il suppose 1 existence de Touïe et de Tintelligence. Il est en général employé à peindre les besoins instinctifs, les passions, les divers états de l'esprit. La joie, la tristesse , l'amour heureux ou malheureux^ excitent des chants

divers.

Le chant peut êtpe articulé. Alors, au lieu d'exprimer simplement des sentiments, il devient un moyen d'expression de la plupart des actes de l'intelligence, mais particulièrement de ceux qui sont liés avec les passions sociales.

La déclamation est une espèce particulière de chant; les intervalles des tons n'y sont pas entièrement harmoniques, et les tons eux-mêmes ne sont pas complètement appréciables. Il parait que chez les anciens la déclamation différait beau-

(i) J.-J. Rousseau, Dictionnaire de Musique.

Voix însplratoire.

Parole

et chant

inspiratoirei.

3a6 PRicis ÉiiiaNTÂiiE .

coup moins du chant djxie chez leû- mc^eraes : elle avait prohablement de l'analogie avec ce que nous nommons le récitatif d2ins nos opéras»

Les langues méridionales, qui sont très-'accen-*juées , c'est-à-dire qui tarient beaucoup en tons dans la simple prononciation, sont très^propres k être chantées.

Toutes les modifications de la yoi^r , que nous venons d'étudier, sont produites lors de la sortie de l'air de la poitrine. La voix peut aussi être formée dans le moment où l'air traverse le larynx pour pénétrer dans la trachée; mais cette voi;c inspirat&ire est rauque, inégale, peu étendue ; oa ne peut que difficilement en varier les tons ; enfin, par les caractères mêmes du phénomène, on peut juger qu'il ne se passe pas selon les lois ordinaires de l'économie. On petit aussi parler et chanter en inspirant. Certaines personnes parviennent de cette manière à produire des sons d'un octave, et plus au-^dessus de la voix de femme la plus haute {soprano). On ignore les modifications qu'éprouvent les lèvres de la glotte dans la production de la voix inspiratoire.

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