‹ Précis élémentaire de physiologie (volume 4)Chapitre 36 sur 39 · DE ?UT«]0L · texte numérisé non relu

DE ?UT«]0L

Art iUs ventriloques.

JPuIflqne rhomtna pent varier, pour aiMî dire, à ^^^ ^^^ Tinfini les sons apjpréciâbles ou inappréciables de ^«n»«^»*o<i««*- $a Toix, qu'il en petit ehang^er à volonté et de mille manières Tinte nsité, le timbre, etc., rien ne doit être plus facile pour lui que d'imiter exactement les divers sons qui frappent son oreille s c'est en efiEet ce qu'il exécute dans plusieurs circonstanees. Beaucoup de personnes imitent parfaitement la voix et la prononciation d'autres personnes, celle dea acteur», par exemple« Les chasseurs imitent les différents cris du gibier, et réussissent i l'attirer par ce moyen dans leurs pièges.

Un art est né de cette faculté qu'a l'homme d'imiter les différents bruits ou sons qu'il entend ; mais les individus qui le possèdent, et qui portent le nom de ventriloques, n'ont point reçu de la nature une organisation vocale différente de celle des autres hommes : ils doivent posséder à un cer^in degré la capacité d'observer les di? ersea al* térationa qu'éprouvent les sons par la distance et les localités, etc. , et avoir les organes de la voix et de la parole bien disposés, afin qu'ils puissent aisément produire les sons qu'ils veulent imiter.

Les fondements sur lesquels repose cet art sont faciles à saisir : nous avons instinctivement reconnu, par l'expérience, que les sons a'altèrent par

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Art de« plusicurs causes : par exemple, qu'ils s'affaiblissent, ▼entnioques. deviennent moins distincts, et changent de timbre à mesure qu'ils s'éloignent de nous. Un homme est descendu au fond d'un puits, elle veut parler aux personnes qui sont à l'ouverture : sa voix n'arrivera à leur oreille qu'avec des modifications dépendantes de la distance , et de la forme du canal qu'elle a parcouru. Si donc une personne remarque ces modifications et s'exerce à les reproduire ^ il fera naître dès illusions d'acoustique, dont on ne pourra pas plus se d^^ndre que de voir le^ objets plus -gros si lœil est armé d'une loupe : l'erreur sera complète si l'artiste emploie d'ailleurs les prestiges convenables pour détourner ou pour fixer l'atten* tion des auditeurs.

Plus l'artiste aura de talents, plus les illusions ^^ seront nombreuses ; mais il faut se garder de croire qu'un ventriloque (i) produise les sons vocaux et articule par des procédés particuliers. Sa voix se forme à la manière ordinaire; seulement il en modifie à son gré le volume, le timbre, etc. ; et quant à la parole^ s'il lui arrive de prononcer sans remuer les lèvres, c'est jqu'il a soin d'employer des

(i) Les mots ventriloque^ engastrimismej et autres qui ont la roème signification, ont pu être employés dans Tenfaiice de la science; mais ils devraient être bannis aujourd'hui dn langage scientifique.

^ mots dans lesquels il n'entre point de lettres labiales, qui nécessiteraient inévitablement le mouvement des lèvres. Sous un certain i^apport, l'art du ventriloque est à l'oreille ce que la peinture est pour les yeux.

Modifications de la voix dam les âges.

Le larynx est proportionnellement très -petit Modifications chez le fœtus et l'enfant naissant; son peu de ro- dans les Ages. hune contraste avec celui de l'os hyoïde , de la langue et des autres organes de la déglutition, qui sont déjà très-développés. En outre, il est airondi, le. cartilage thyroïde ne fait point de saillie au cou.

Les lèvres de la glotte, les ventricules, les ligaments supérieurs, sont très-<;ourts , proportionnellement à ce qu'ils seront par la suite ; car, le cartilage thyroïde étant peu développé, l'espace qu'ils occupent est nécessairement peu considé* rable. Les cartilages sont flexibles, et loin d'avoir la consistance qu'ils auront par la suite.

Le larynx conserve à peu près ces caractères jusqu'à la puberté : à cette époque, il se fait une révolution générale dans l'économie. Le développement ^ des organes génitaux détermine un accroissement rapide dans la nutrition de plusieurs organes, et celui de la voix est du nombre.

L'activité plus grande de nutrition se fait d'abord

ModfficatioDs remarquer dans les muscles; ensuite, mais plus dans le^^^ lentement, elle se montre dans les cartilages t alors usages. 1^ forme générale du larynx se modifie ; le carti^ lage thyroïde se développe dans sa partie antérieure, il fait saillie au cou, mais d'une mamère bien plus prononcée chez l'homme que chez la femme. De cette circonstance résulte un allongement considérable des lèvres de la glotte ou des muscles thyro-aryténoîdiens; et ce phénomène est bien plus digne de remarque que l'agrandisse* ment général de la glotte, qui arrive concurrem^* ment.

Ces changements du larynx , quoique rapides^ ne se font pas cependant tout*à-coup ; il faut quelquefois six ou huit mois avant qu'ils soient terminés.

AuHlelà de la puberté, le larynx ne subit pas d'autres changements bien remarquables; son volume et la saillie du cartilage thyroïde vont seule* ment en se prononçant davantage.

Chez l'homme adulte , les cartilages s'ossifient partiellement.

Dans la vieillesse, l'ossification des cartilages continue et devient à peu près complète; la glande épiglottique diminue considérablement, et les mus^ clés intrinsèques, mais surtout ceux qui forment les lèvres de la glotte, diminuent en volume, deviennent moins foncés en couleur, perdent de leur élasticité; enfin ils éprouvent les mêmes modi-

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ficattoDS que le système musculaire en général.

lia production de la voix supposant l'entrée et la sortie de Tair de la poitrine , le fœtus, plongé au • milieu du liquide de Yamniog, ne peut la présenter; mais au moment même de la naissance^ Tenfant peut produire des sons aigus assez intenses.

Vagltuê est le nom que les Latins ont donné à Vagîtai. cette voix , ou plutôt à ce cri par lequel Tenfant exprime ses besoins , ses souffrances. Rapp^nsnous que c'est là l'objet du cri.

Vers la fin de la première année, l'enfant eôm-* mence à former des sons qui se distinguent aisé^ ment du vagitus. Ces sons, d'abord vagues, irré^ guliers, deviennent bientôt plus distincts et plus suivis : c'est alors que les nourrices commencent à leur faire prononcer les mots les plus simples, et successivement ceux qui sont plus compliqués.

La prononciation des enfants est loin de res*- Vou ches les sembler à celle des adultes; mais aussi quelle dif*férence entre les organes des uns et des autres l Chez les enfants , les dents ne sont point encore sorties de leurs alvéoles ; la langue est, comparatif vement, très-volumineuse ; les lèvres se trouvent plus grandes qu'il ne faut pour couvrir antérieurement les mâchoires quand elles sont rapprochées; les cavités nasales sont très^peu développées, etc.

Ce n'est que par degrés, et à mesure que la con« formation des organes de la prononciation se rap^ proche de celle de l'adulte, que les enfants arrivent

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Prononciation à articuler nettement les diverscs comblnaisons' de ^es enfants!* lettres. Ils ne parviennent à fonner des sons appréciables, ou à chanter, que long-temps après qu'ils ont acquis la faculté de parler.

Cette espèce de sons est la voix proprement dite ou acquise : Tenfant ne la présenterait pas s'il était sourd. Elle n'est donc pas une -modification du vagitus.

Jusqu'à l'époque de la puberté , le larynx reste proportionnellement très-petit, ainsi que les lèvres de la glotte : aussi la voix se compose-t-elle entièrement de sons aigus. Il est physiquement impossible que le larynx puisse en produire de graves. Voix A la puberté, la voix éprouve, particulièrement

' Mue*^* ' c^^^ l'homme, une modification remarquable ; elle «Miavoix. acquiert en peu de jours, souvent même tout-àcoup, une gravité et un timbre sourd qu'elle était loin d'avoir auparavant Elle baisse en général d'une octave. La voix du jeune homme mue, selon l'expression vulgaire. Dans certains cas, la voix se perd presque entièrement, et ne reparait qu'après quelques semaines; fréquemment elle contracte une raucité marquée. 11 arrive parfois que le jeune homme produit involontairement un son très-aigu dans le moment où il voudrait rendre un son grave : il' ne lui est guère possible alors de produire des sons appréciables ou de chanter juste.

Cet état de choses se prolonge en général durant une année, après quoi la voix reprend un tim-

bre plus ou moins clair, qui durera toute la vie : mais il se rencontre des individus qui perdent à jamais, durant la. mue de la voix, la faculté de chanter ;^ d'autres qui, ayant une voix belle et étendue avant la mue , n'ont plus , passé cette époque , qu'une voix médiocre et limitée.

La gravité qu'acquiert la voix dépend évidemment du développement du larynx, et surtout de y^j^^ l'allongement des lèvres de la glotte. Comme ces ^***' i'«duiie. parties ne peuvent point s'allonger en arrière, elles le font en avant : aussi est-ce à ce moment que le larynx devient saillant au cou, et que la pomme ' d'jidam se montre. Chez la femme , les lèvres de la glotte ne présentent point, à la puberté, cet accroissement de largeur : aussi la voix reste-t-elle en général aiguë.

La voix conserve à peu près les mêmes caractères jusqu'au-delà de l'âge adulte ; du moins les modifications subies dans l'intervalle sont peu considérables, et ne portent guère que sur le tinàbre et le volume. Vers la première vieillesse, la voix change Voix de nouveau , son timbre s'altère , son étendue diminue, le chant est plus difficile ; les sons deviennent criards, et ne sont plus produits qu'avec peine et fatigue. Les organes de la prononciation s'étant altérés par l'effet de l'âge ^ les dents étant plus courtes, quelques-unes ordinairement tombées, celle-ci est aussi sensiblement altérée.

Tous ces phénomènes deviennent plus pronon-

ces a?ec la vieillesse confirmée. La voix est faible, chevrotante, cassée; le chant porte les mêmes caractères, ce qui dépend alors de la manière dont s'exerce la contraction musculaire. La parole su^ bit aussi des modifications remarquables : la lenteur des mouvements de la langue, Tabsence des dents, la longueur proportionnelle des lèvres plus cQnsidérables, etc. , doivent nécessairement influer sur la prononciation.

Rapports de l'ouie et de la voix.

Rapports Nous avons déjà fait connaître la liaison de la Cl de la Toix. voix ct de Touïe : elle est telle, qu'un enfant sourd de naissance est nécessairement muet, qu'une personne dont l'oreille est fausse a nécessairement la voix fausse, qu'un individu dont l'ouïe est dure est instinctivement porté à parler très-haut, etc.

Qu'on ne croie pas cependant que le larynx du sourd de naissance soit incapable de former . la voix : nous avons déjà dit qu'il produit le cri. L'art parvient, par divers procédés, à lui faire produire la voix ; on arrive même à faire parler des sourdsmuets de naissance , de manière à leur donner mojen de soutenir une conversation; mais leur voix est^rauque, sourde, inégale : ses différentes inflexions surviennent sans aucun motif et trèsinégalement. Je ne crois pas qu'un sourd-muet de naissance soit jamais parvenu à chanter.

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U y a quelque$i exemples de personnes qui ont acqvîa Touïe & un fige où elles pouvaient rendre compte de leurs sensations ; chez toutes , la toîx s'est développée peu de temps après que les individus sopt devenus habiks à ouïr.

Les Mémoires de l'Académie des Sciences^ an^ Histoire du née 1700, contiennent un exemple de ce genre, chartrea. arrivé chet un jeune homme de Chartres, âgé de vingt-^quatre ans. «qui, au grand étonnement de toute la ville, se mil tout-à-coup à parler. On sut de lui que, trois ou quatre mois auparavant, il avait entendu le son des cloehes, et avait été ex- ' trâmement surpris de cette sensation nouvelle et inconnue ; ensuite il lui était sorti une espèce d'eau de Foreille gauche , et il avait entendu parfaitement des deux oreilles. Il fut , trois ou quatre mois, à écouter sans rien dire, s'accoutumant à répéter tout bas les paroles qu'il entendait, et s'affermissant dans la prononciation et dans les idées attachées aux mots. Enfin, il se crut en état de

rompre le silence, et il déclara qu'il parlait, quoique ce ne fût encore qu'imparfaitement. Aussitôt d'habiles théologiens l'interrogèrent, etc. »^ •

Il est malheureux pour la science que ce jeune homme n'ait point été observé par des physiologistes ; peut-être son histoire serait-elle devenue plus intéressante et surtout plus digne de confiance; car telle qu'elle est racontée elle se trouve démentie

par plusieurs faits sur lesquels il ne peut s'élever aucun cloute ; par exemple, celui qui s'est passé à Paris il y a quelques années :

Un jeune souïd-muet de naissance, âgé de quinze ants , fut guéri de la surdité par M; le docteur Itard, au moyen d'injections faites dans la caisse par une ouverture pratiquée à la membrane Souid-muet du tympan. Le jeune sourd reconnut d'abord le

de M. Itard. 111 • • «i » j

son des cloches voisines ; il éprouva dans ce moment une émotion très-vive , mal à la tête , des vertiges et des étourdissements. Le lendeitiaiû , il fut sensible au* bruit de la sonnette de l'appartement; vingt jours après il put reconnaître la voix des personnes qui lui parlaient. Alors son ravissement fut extrême ; il ne pouvait se rassasier d'entendre parler. « Ses yeux, dit M. le professeur Percy, venaient chercher la parole jusque sur les lèvres, i* Sa voix ne tarda pas à se développer. Il ne forma d'abord que des sons vagues ; peq de temps après il put bégayer quelques mots, mais il les prononçait mal et à la manière des enfants. Il fallut quelque temps avant qu'il pût prononcer des mots un peu composés et contenant plusieurs consonnes. On lui fit entendre une vielle organisée, sans qu'il eût été prévenu ; on le vit tout-à-coup trembler, pâlir, et sur le point de tomber en syncope, puis éprouver tous les transports que cause un plaisir vif et inconnu : ses joues colorées , ses yeux étincelants, sa respiration précipitée, son pouls

rapide, annonçaient une sorte de délire, d'ivresse de bonheur.

On aurait certainement reconnu encore plusieurs phénomènes surprenants sur ce jeune homme, si une maladie n'était venue Tenlever aux médecins philosophes qui l'observaient; heureusement ce qui n'a pu être étudié sur cet enfant l'a été dans plusieurs autres cas semblables dont j'ai moi-même été témoin. J'ai déjà parlé d'Honoré Trésel et commencé son histoire (voy. t. I, p. i48). Je vais la terminer :

Cependant tout Pintérêt d'Honoré pour les sen* Fin de

1 UistoirQ

sations que lui procurait son ouïe ne l'avait pas d'Honoré empêché de faire une observation des plus impor- ' ^l ' tantes. Son larynx formait aussi des sons; au plaisir de les entendre vint se joindre celui de les produire. C'est ici que Trésel a présenté les phénomènes les plus curieux et les plus neufs.

L'instrument de la voix se compose d'un grand nombre de pièces différentes , parmi lesquelles se trouvent des muscles , des os , des cartilages , des membranes ; il eût été admirable que , sans un exercice préparatoire, toutes ces pièces, tous ces organes se fussent mis à agir de concert,' de manière à produire des sons vocaux et des articulations appréciables ; c'est ce qui n'arriva point. Les premiers sons que Trésel put former étaient sourds et graves; il prononça, non sans peine, a, o , u; les deux autres voyelles ne vinrent que plus tard,

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Histoire et ies premiers mots qu'il forma furent papa, ta--

Tréiei. ^^^^ ^" f^^^ ^^^* ^\bî^ quand il voulut reproduire des mots plus compliqués, il fit une multitude de contorsions des lèvres, de la langue et de tous les agents de la prononciation, dont il ignorait entiè* rement l'usage , ressemblant en cela à celui qui débute dans Tart de la danse ou de la natation, et qui se consume en efforts inutiles et en mouvements disgracieux.

A force de tentatives, il parvint à prononcer quel* ques mots composés qui avaient été d'abord au-des* sus de ses moyens.

C'est à ce moment qu'il se crut au niveau des autres enfants de son âge, et que, satisfait de lui-mê<me, et fier de sa nouvelle situation, il prit en grand dédain ses anciens compagnons d'infortune, et ne voulut plus les voir ; manifestant ainsi l'un des instincts les plus déplorables de la nature de notre espèce.

Malgré ce mouvement de vanité , Trésel avançait peu la prononciation. Un grand nombre de 6;yilabes lui échappaient, ou bien il ne les articulait que d'une manière extrêmement défectueuse, Peut-*être n'aurait-il jamais franchi cette difficulté, si son instituteur n'eût cessé de s'adresser unique*ment à ses oreilles , pour parler en même temps i ses yeux.

On lui traça sur un tableau les diverses sylla* bes, et, dès ce moment, il les prononça beaucoup

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mieux , saisissant avec bien plus de netteté Tassem- Histoire blage des voyelles et des cQnsounes et leur influence ^Trëseh* réciproque. Témoin de cet essai, nous pûmes constater ainsi un fait fort remarquable : c'est que l'association de la vue et des mouvements du larynx était prompte et facile, tandis que celle de l'ouïe et de l'organede la voix était toujours difficile et ne s'exerçait qu'avec lenteur. Par exemple» aussitôt qu'Honoré apercevait des syllabes écrites, il les prononçait, si en même temps on les faisait retentir près de lui ; mais si on enlevait le tableau où les lettres étaient tracées, en vain articulait-on à son oreille, de la manière la plus distincte, certaines syllabes, jl lui était impossible de les articuler lui-même. Il saisissait donc bien plus facilement les rapports des sonç avec les lettres écrites, qu'avec l'action de son larynx.

Toutefois» en suivant ce procédé, Trésel a ap* pris à lire et à écrire d'une manière assez rapide ; inais, semblable aux personnes tjui étudient une ]iàngue étrangère , et qui , en général , la lisent et l'écrivent long- temps avant que de pouvoir la parler^ encore aujourd'hui Honoré lit des yeux et écrit infiniment mieux qu^il ne parle. Sa prononciation est très - défectueuse ; les r r surtout ronflent dans sa bouche d'une manière singulière et désagréable. Les diverses nuances de l'accent lui paraissent inconnues ; mais quand on pense à son point de départ, on doit être satisfait de lui voi;:

540 PRECIS l^LÉMENTAIRE

Histoire 06 degré d'InstructiOD après uû intervalle aus^i

d'Honoré .

Tiésel. court.

Honoré présente en outre un phénomène qui a fixé l'attention des commissaires de TAcadémie des Sciences chargés de l'examiner. Quand on lui dît un mot bien distinctement, il le répète aussitôt ; quand on l'appelle, par exemple, il ne manque pas de répéter son nom ; Timportaut pour lui est de parvenir à reproduire le mot qu'il vient d'entendrç. Si son instituteur veut s'adresser à son esprit, ce sont des gestes ou l'expression de son visage qu'il emploie. Lenfaut lui-même n'exprime facilement etpromptement ses idées que par des signes,'et c'est seule-* ment par l'emploi de ces signes qu'il est possible de juger de son intelligence et de la promptitude de ses conceptions.

Sous ce point de vue , Honoré offre un phénomène bien digne d'intérêt. Ayant acquis un nouveau moyen d'exprimer ses besoins et ses idées, il aurait dû, du moins cela semblait probable, négliger celui dont il s'était servi jusqu'alors, et qui est si inférieurà la parole; jusqu'ici, c'est le contrairequi est arrivé ; le langage naturel, c'est-à-dire celui des signes, au lieu de perdre et .d'être remplacé graduellement par la parole, a gagné avec rapidité et a acquis une perfection et un piquant de beaucoup supérieur à celui qu'il offrait avant qu'Honoré eût recouvré l'ouïe.

Cependant y dans ses rapports avec les enfants

<le 8on Age , HoDoré commence à employer des Histoire mots simples, et particulièrement des substantifs TréreT. pour faire connaitrc ses principaux désirs. Peutêtre le temps le porterà-t-il à faire un usage plus fréquent et plus complet de la parole ; mais peut^ être aussi restera - 1 - il fort au-dessous des autres hommes sous ce rapport ; car nous avons de nombreux exemples d'enfants qui sont , pour ainsi dire, muets, uniquement parce qu'il leur faut un certain effort de l'oreille pour saisir les mots , et un travail quelque peu difficile du larynx pour parler : trouvant un moyen facile de communication par l'emploi des signes,^ ils négligent d'exercer l'oreille et les organes de la parole , et restent ainsi classés parmi les sourds-muets , bien qu'en réalité ils ne soient ni muets , ni sourds.

J'ai écrit cette observation en iSâS; depuis cette époque Honoré a continué de recevoir lès soins de tous' genres de M. Deleau. L'Académie des Sciences a fourni aux frais de son éducation , ainsi qu'à celle de plusieurs autres enfants spurds, aussi heureusement rendus à l'ouïe. Il a sans doute fait de grands progrès; on peut dire, sans rien exagérer , qu'il entend et qu'il parle. Mais avouons cependant qu'il est encore loin des autres enfants de son âge qui n'ont jamais été sourds-muets; il ne faut pas mémeunegrandeattentionpourreconnaitreson infériorité. Si le temps n'apportait de grandes amé^

34 2 PBÉcis éiImeiitairs

Histoire ItoratioDS dans sa position , nous serions forcés de

d'HoDoré , . , . .

Trései. conclure qu un sourd -muet de naissance ne peut point être appelé, même par une éducation spéciale et prolongée pendant huit ans , à vi^re en société à la manière des autres hommes.

D'autres cas analogues que j*ai soiis les yeux sembleraient annoncer que si Touîe est donnée au sourd-muety dès la cinquième année de leur yie, ils sont beaucoup plus aptes à acquérir la parole et à se seirir, comme les autres enfants, de leur oreille et de leur yoix et à abandonner l'usage des signes^

Dès sons indépendants de la voix.

Indépendam ment de la voix, 1 Tiomme peut encore produire à volonté un grand notnbre de sons inappréciables ou même appréciables , tels que le bruit qui accompagné Taction de cracher, de se moucher, d'éternuer; celui par lequel on appelle un cheval ; celui qui simule le son produit quand on débouche une bouteille; tel est encore îe sifflet des dents oii des lèvres, soit qu'on le forme en expirant, soit en inspirant; et une multitude d'autres bruits quîré-^ sultent du mouvement des diverses parties de la bouche, et de la manière dont l'air pénètre dans cette cavité ou dont il en sort. Il ne serait sans doute pas impossible de rendre raison du rnéca*^ nisme de la production de ces différents sons; inais atictin physiologiste physicien n'a pris la peine de s'en occuper. Exceptons cependant le sifflet, qui

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a été récemment Tobjet de recherches physiques Irès-curieuses.

Du sifflet.

Les diyerses parties mobiles et contractiles qui i>" ûfflct. composent la bouche' deviennent à notre volonté un instrument à vent, dont nous pouvons tirer des sons plus ou moins harmonieux. Mais son mécanisme diifère tout-à-fait de celui du larynx. C'est aux expériences de M. Gagnard-Latour que nous devons d'en connaître la théorie.

En frottant avec le doigt un carreau de vitre Frotiemenu humide il se produit un son musical plus ou moins aigu , selon que le frottement est plus ou moins rapide. Un bâton garni d'une étoffe tournant dans un tube en verre amène le même résultat. Si l'on agite vivement un bâton dans Tatmosphèrc on distingue sans peine que le bruit du frottement aérien est accompagné d'un son musical plus ou moins aigu, suivant la vitesse du mouvement. Un gros bâton, à vitesse égale, forme un son beaucoup plus grave qu'une baguette.

Ce mode de production de sons appréciables parait être celui qui appartient au sifflet de la bouche. Suivant toutes les apparences , l'art de siffler consiste à former avec la bouche un petit conduit dans lequel le frottement de l'air expiré ou inspiré puisse devenir intermittent et produire ainsi un

Théorie du du sifflet.

Sifflet dcM dente.

Sifflet du brytix.

544 PRÉCIS ÉLÉJUENTAIRE

soD primitif, qui augmente ensuite d'intensité en communiquant ces vibrations à Tair contenu dans la cavité de la bouche.

Pour vérifier ses idées, M. Cagnard-Latour a fait construire de petites rondelles de liège percées dans leur centra d'une ouverture circulaire de trois millimètres de diamètre. Une de ces rondelles étant placée entre les lèvres , on siffle à peu près comme avec Fouverture des lèvres. Avec la même rondelle se produisent tous les sons compris dans l'étendue d'une octave au moins. Il suffit , pour réaliser cet effet , de régler convenablement la capacité intérieure de la bouche en même temps que la vitesse diï courant d'air. Il y a donc analogie entre la bouche qui siffle et l'embouchure de la flûte à bec, qui reste la même, quels que soient les tons produits par l'instrument.

En ajustant la même rondelle à l'extrémité d'un tube de verre, le son du sifflet se fait entendre, et comme dans la bouche il a lieu SQJit pendant l'expiration, soit pendant l'inspiration.

Un autre mode de sifflet est formé en appliquant le bout de la langue contre les dients supérieures et la voûte du palais , si l'on réussit à former un orifice arrondi. Enfin , il en est un autre beaucoup plus difficile à produire et qui paraît créé dans le larynx même, dont la glotte ne serait pas entièrement fermée. Il doit y avoir de l'analogie entre ce sifflet laryngien et le son que M. Savart a obtenu

en souiOlant doucement avec Ja bouche dans des larynx de cadavres, la glotte étant ouverte.

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