DE L'ABSORPTION ET DU COURS DU CHYLE
En vain les organes digestifs formeraient du chyle : si celui-ci restait dans le canal intestinal , il n'y aurait pas de nutrition. Le chyle doit être transporté de l'intestin grèle dans le système veineux : Ce transport est le but principal de la fonction que nous allons examiner.
Pour conserver autant que possible la méthode que nous avons suivie jusqu'ici dans l'exposition des fonctions , nous allons d’abord parler du chyle d'une manière générale.
Du chyle.
On peut étudier le chyle sous deux formes ditférentes : 1° lorsqu'il est mêlé au chyme “dans l'in testin grêle, et qu'il a les caractères que nous avons décrits en parlant des phénomènes de sa
. Ne
DE PHYSIOLOGIE. 171 formation ; 2° sous la forme liquide, circulant dans les vaisseaux chyliféres et le canal thoracique.
Personne ne s’étant spécialement occupé du chyle pendant son séjour dans l'intestin grêle , nos Connaissances sur ce point ne vont guère audelà de ce que nous avons dit en parlant de l’action de cet intestin dans la digestion ; en revan-
che, le chyle liquide, contenu dans les vai
seaux chylifères , à été exaniné avec beaucoup de sOIn.
Pour s’en procurer, le meilleur moyen consiste à donner des aliments à un animal, et, quand on suppose que la digestion est en pleine activité, on l’étrangle ou on lui coupe la moelle épinière derrière loccipital. On incise aussitôt la poitrine dans toute sa longueur ; on y enfonce la main de manière à passer une ligature qui embrasse l'aorte, l’æsophage et le canal thoracique le plus près possible du cou ; on renverse ou l’on casse ensuite les côtes du côté gauche , et l’on aperçoit le canal thoracique accolé à l'œsophage, On en détache la partie supérieure , qu’on à soin d’essuyer pour absorber le sang ; on l’incise , et le chyle coule dans le vase destiné à le recueillir.
Sion secontentait d'agir ainsi, on n’en obtiendrait qu'une fort petite quantité , mais en pressant à diverses reprises la masse intestinale et le système
Du chyle encore contenu dans l'intestin grêle.
Chyle contenu dans les vaisseaux lactés.
Manière de recueillir le chyle.
19e PRÉCGIS ÉLÉMENTAIRE chylifère abdominal , on en fait continuer l'écoulement quelquefois un quart d'heure.
Les anciens avaient reconnu existence du chyle, mais ils s'en formaient des idées peu exactes ; au commencement du dix - septième siècle , on l’observa de nouveau ; et comme il est blanc opaque dans certains cas , on le compara au lait : on nomma même les vaisseaux qui le ‘contiennent vaisseaux lactés , expression toutà-fait impropre , puisqu'il n’y a guère d'autre rapport entre le chyle et le lait que celui de la couleur.
C’est seulement de nos jours, et par les travaux de MM. Dupuytren , Vauquelin, Emmert, Marcet et Prout , que l’on a acquis des notions positives sur le chyle. Nous allons rapporter les observations faites par ces savants, en y ajoutant celles qui nous sont propres.
Chyle Si l'animal dont on extrait le chyle a mangé des provenant de ; |
matières Substances grasses animales ou végétales, le
SES liquide que l’on retire du canal thoracique est d'un blanc laiteux , un peu plus pesant que l’eau distillée , d’une odeur spermatique prononcée , d’une saveur salée , happant un peu à la langue, et sensiblement alcalin.
Très peu de temps après qu'il est sorti du vaisseau qui le contenait, le chyle se prend en masse, el acquiert une consistance presque solide : il se
| DE PHYSIOLOGIE. 179 sépare, au bout de quelque temps, en trois parties : l’une solide, qui reste au fond du vase; l’autre liquide , qui est placée au-dessus ; et une troisième,
qui forme une couche très mince à la surface du.
liquide. En même temps le chyle prend une teinte rosée assez vive.
Quand le chyle provient d'aliments qui ne contenaient point de corps gras , il présente des propriétés semblables ; mais, au lieu d’être blanc opaque. il est opalin, presque transparent : la couche qui se forme à sa superficie est moins marquée que dans la première espèce de chyle.
Jamais le chyle ne prend la couleur des substances colorantes mêlées aux aliments, comme plusieurs auteurs l'ont avancé. M. Hallé s’est assuré du contraire par des expériences directes ; je les ai répétées récemment , et j'ai obtenu un résultat parfaitement semblable.
Des animaux auxquels j'avais fait manger de l'indigo, du safran , de la garance, etc. , m'ont fourni un chyle dont la couleur n'avait aucun rapport avec celle de ces substances.
De nouvelles expériences ont été tentées sur ce sujet par MM. Tiedemanñn et Gmelin, en Allemagne ; Andrews, à Édimbourg ; Lawrence et H. Coates, en Amérique ; et les résultats se sont partout confirmés.
Des trois substances dans lesquelles se partage
Chyle de matières non grasses,
Nature des trois parties du chyle.
Vaisseaux
chylifères.
17/4 | PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE | | le chyle abandonné à lui-même, celle de la surface, de couleur blanche opaque, est un corps gras ; le caillot ou la partie solide est formé de fibrine et d’un peu de matière colorante rouge ; le liquide est analogue au sérum du sang (1).
La proportion de ces trois parties varie beaucoup suivant la nature des aliments. I y a des chyles , tels que célui du sucre, qui ne contiennent que très peu de fibrine ; d’autres , tels que celui de chair, en contiennent davantage. Ilen est de même pour la matière grasse, qui est extrêmement abondante quand les aliments contiennent de la graisse ou de l'huile , tandis qu'on en voit à peine quand les aliments sont tout-à-fait dépourvus de COTPS gras.
MM. Prévost et Dumas ont observé dans le chyle de lapin, de chien, de hérisson, des globules d’un trois-centième de millimètre de diamètre, fort analogues à ceux que l’on aperçoit dans le sang.
Les mêmes sels qui existent dans le sang se rencontrent aussi dans le chyle. Nous donnerons tout à l’heure quelques autres détails relatifs au chyle.
Appareil de l'absorption et du cours du chyle.
Cet appareil se compose, 1° des vaisseaux lym-
(1) Voyez Composition chimique du sang.
phatiques propres à l'intestin grêle, et nommés , à cause de leur usage, chyliferes ; 2° des glandes mésentériques ; 5° du canal thoracique. |
Les vaisseaux chylifères sont fort petits, mais trés nombreux. [ls prennent naissance par des orifices imperceptibles à la surface de villosités de la . membrane muqueuse intestinale , et se prolongent jusqu'aux glandes mésentériques , dans le tissu desquelles ils se répandent.
Dans les parois et à la surface de l'intestin grêle, ces vaisseaux sont très déliés, très multipliés ; ils communiquent fréquemment entre eux, de manière à former un réseau à mailles assez fines : disposition qui est surtout visible quand ils sont remplis d’un chyle blanc opaque. Ils grossissent et diminuent de nombre en s’éloignant de l'intestin , et finissent par former des troncs isolés qui marchent au voisinage des artères mésentériques , et quelquefois dans les intervalles qui les séparent. Cest en affectant cette forme qu'ils arrivent aux glandes mésentériques.
On appelle glandes mésentériques de petits corps irrégulièrement lenticulaires dont la dimension varie depuis deux ou trois lignes jusqu’à un pouce et plus. Ils sont très nombreux, et sont placés en avant de la colonne vertébrale, entre les deux lames du péritoine qui forment le mésentère.
Leur structure est encore peu connue. Ils reçoi-
Glandes mésentériques.
Fluide propre aux glandes mésentériques.
Racines du canal thoracique.
Du canal thoracique.
vent, proportionnellement à leur volume, beaucoup . de vaisseaux sanguins ; ils sont doués d’une sensi- | bilité assez vive. Leur parenchyme est d’une cou- | leur rose-pâle ; la consistance n’en est pas très grande. On en extrait, en le comprimant entre. les doigts, un fluide transparent, inodore , qui n’a jamais été examiné chimiquement. Il est surtout abondant dans le centre de ces corps. J’en ai vu une quantité remarquable dans les cadavres de suppliciés. Les vaisseaux sanguins et chylifères qui se portent dans ces corps s’y réduisent en canaux d'une extrême ténuité, communiquant ensemble sans que l’on puisse dire comment ils s'y comportent. Ce qui est certain, c’est que les injections ; poussées dans les uns ou dans les autres , traversent le tissu de la glande avec la plus grande facilité.
Il naît des glandes mésentériques un grand nombre de vaisseaux de même nature que les chylifères, mais en général plus volumineux : ce sont les racines du canal thoracique. [ls se dirigent vers la colonne vertébrale , en s’accolant à l’aorte, à
-la veine cave, etc. [ls s’anastomosent fréquemq
ment , et finissent par se terminer tous au canal! thoracique.
On appelle ainsi un vaisseau du même. genre que les précédents, mais du volume d’une plume ordinaire , qui se prolonge de la cavité abdomi-. nale, où il commence , jusqu’à la veine sous-cla-:
DE PHYSIOLOGIE. 97 viére gauche , où il se termine. Dans son trajet , il passe entre les piliers du diaphragme , placé à côté de l'artère aorte ; ensuite il s'applique sui la colonne vertébrale , jusqu’au moment où il se dirige vers la veine sous-claviére gauche. On l’a vu souvent s'ouvrir dans les deux veines sousclavières , et quelquefois uniquement dans la droite. |
À l'intérieur du canal thoracique et des vaisseaux lactés, on trouve des valvules disposées de manière à permettre aux fluides de se porter des vaisseaux chylifères vers la veine sous-clavière vet à empêcher tout mouvement en sens inverse. Cependant l'existence de ces véritables soupapes n'est pas constante.
Deux membranes entrent dans la composition des parois des vaisseaux chylifères et du canal thoracique : l’une interne, mince ,. dont les replis forment les valvules ; l’autre externe , fibreuse , dont la résistance est de beaucoup supérieure à celle qu'annoncerait son peu d'épaisseur.
Avant de passer à l'exposition des phénomènes de l'absorption et du cours du chyle, il faut faire quelques observations sur les Organes qui en sont chargés.
Aprés douze , vingt-quatre et même trente-six
heures d’abstinence absolue , les vaisseaux chyli-
féres d’un chien contiennent une petite quantité