‹ Précis élémentaire de physiologie (volume 5)Chapitre 17 sur 64 · NN · texte numérisé non relu

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d’un fluide demi-transparent, avec une teinte légèrement laiteuse , et qui d'ailleurs présente les propriétés les plus analogues au chyle. Ce fluide, qu'on ne rencontre que dans les vaisseaux lactés et dans le canal thoracique , et qui n'a jamais été analysé, paraît être un chyle qui provient de la digestion de lasalive et des mucosités de l'estomac : cela paraît d'autant plus probable, que les causes qui accélèrent la sécrétion de ces fluides, comme les boissons alcooliques ou acides, augmentent sa quantité. :

Quand la privation de toute nourriture s’est prolongée au-delà de trois ou quatre jours, les vaisseaux chylifères sont dans le même cas que les lymphatiques ; on les trouve tantôt remplis de lymphe, tandis que d’autres fois ils sont parfaitement vides.

Il résulte de ces faits que le chyle des aliments qu'on extrait des vaisseaux chyliféres est toujours mêlé soit au chyle du mucus digestif ge" nous venons de parler, soit à la lymphe ; le résultat est le même si l’on extrait le chyle du canal thoracique, car celui-ci est constamment rempli de iymphe, même après huit jours et plus d'abstinence.

Ainsi donc , la matière qui, sous le nom de chyle, à été examinée par les chimistes , est loin de devoir être considérée comme extraite en entier

* DE PHYSIOLOGIE. 179 des substances alimentaires ; il est évident que

celles-ci n’y entrent que pour une certaine proportion.

Absorption du chyle.

Quoi qu'il en soit, il n’est pas moins certain que le chyle passe de la cavité de l'intestin grêle dans les vaisseaux chylifères. Comment se fait ce passage ? Il semble , au premier apercu , qu'il est facile de se rendre raison d’un phénomène aussi simple ; mais il n’en est rien. On a vu plus haut que la disposition des orifices des vaisseaux chyliféres n’est point connue ; leur mode d'action ne l'est pas davantage : cependant on en a, donné plusieurs explications. Ainsi l’on a attribué l’absorption du chyle à la capillarité des radicules chylifères, à la compression du chyle par les parois de l'intestin grêle , etc. Dans ces derniers temps, on à prétendu qu'elle se faisait en vertu de la sensibilité propre des bouches absorbantes et Un... organique insensible dont on les supposait douées. On a peine à concevoir comment des hommes d’un mérite éminent ont pu proposer ou admettre une pareille éxplication : quant à moi, elle me paraît l'expression pure et simple de l’ignorance Où nous sommes dé la nature de ce phénomène. |

Un fait qu'il ne sera peut-être pas inutile

Absorption du chyle.

L’absorption du chyle continue quelque

temps après la mort.

Mécanisme de absorption du chyle.

1800 PRÉCGIS ÉLÉMENTAIRE

d'ajouter, est que cette absorption continue assez long-temps après la mort. Après avoir vidé par la compression un ou plusieurs vaisseaux chylifères chez un animal récemment mort, on les voit se remplir de nouveau. On peut répéter plu-. sieurs fois de suite cette observation ; je l'ai faite quelquefois deux heures après la mort de l'animal.

Tout semble donc annoncer qu'il y à quelque chose de physique dans l'absorption du chyle. Cette idée acquiert une forte probabilité par les nombreuses expériences qui ont été faites récemment sur l’imbibition des tissus vivants.

En examinant avec soin la membrane muqueuse de l'intestin au moment de l'absorption du chyle, on reconnaît que chaque villosité est blanche et gonflée par le chyle : on dirait une éponge fine qui s’est remplie par du lait.

Elle a quelquefois une épaisseur double de celle qu’elle aurait si l’absorption ne s’exécutait pas. Si on la presse mollement entre les doigts, on en exprime une certaine quantité de chyle; si on en met dans l’eau et qu'on l'y secoue un peu, une multitude de petites pointes apparaissent ; elles sont molles , spongieuses, faciles à déchirer; ce sont elles qui sont les premiers agents de l’absorption du chyle.

La forme de ces pointes ou villosités varie beau-

à ù DE PHYSIOLOGIE. . 181

coup suivant l'espèce d'animal, et même suivant les individus d'une même espèce. Peut-être celatient-il au genre de nourriture ? Sur un chien dont la digestion avait fourni un chyle abondant et très blanc , elles étaient coniques ; on y apercevait distinctement à l’œil nu . mais mieux avec une loupe, plusieurs petits orifices. Les mêmes papilles d’un autre animal (oiseau) n'offrirent rien de semblable : examinées au microscope , on vit clairement des vaisseaux sanguins, tres nombreux, qui se perdaient dans une espèce de tissu cellulaire d'une finesse extrême ; on n’aperçut nulle autre trace de vaisseaux. Une petite portion de la membrane interne de l'intestin grêle du chien dont nous venons de parler fut examinée avec le même microscope. Les vaisseaux sanguins y étaient moins nombreux , on apercevait de plus quelques lignes tortueuses , blanches, qui eommençaient près la superficie des papilles aux petites ouvertures dont nous venons de parler, et qui allaient se rendre, en grossissant un peu, dans les vaisseaux chylifères. Sont-ce là les origines de ce genre de vaisseaux ? Cela est probable.

Siles vaisseaux absorbants du chyle commencent par des orifices visibles , on peut comprendre comment le chyle s’y engage, tandis qu'il n'entre pas dans les vaisseaux sanguins. Le chyle présente , avons-nous dit, des globules; or ces globules

Causes qui déterminent le cours du chyle.

Vitesse du cours du chyle.

seraient trop gros pour passer à travers les simples porosités des parois vasculaires , tandis qu'ils trouveraient toutes facilités pour entrer dans les ouvertures par lesquelles commencent les vaisseaux chylifères.

Cours du chyle.

NO avons déjà indiqué le trajet du chyle: il parcourt d’abord les vaisseaux chyliferes , traverse ensuite les glandes mésentériques , arrive au canal thoracique, et se jette enfin dans la veine sousclavière. |

Les causes qui déterminent son mouvement sont l’élasticité propre aux vaisseaux chylifères , la cause inconnue qui en produit l'absorption, la pression des muscles abdominaux, surtout dans les mouvements de respiration, et peut-être les battements des artères qui se trouvent dans l’abdomen. |

Si l’on veut prendre une idée juste de la vitesse avec laquelle le chyle coule dans le canal thoracique, il faut, comme je l’ai fait plusieurs fois, ouvrir ce canal, sur un animal vivant, au moment où il arrive dans la veine sous-clavière. On reconnaît alors que cette vitesse n’est pas très grande, et qu’elle s’accroît chaque fois que l’animal comprime les viscères de l’abdomen , en faisant contracter les muscles abdominaux. On pro-

duit un effet semblable en comprimant le ventre avec la main. |

Toutefois la vitesse avec laquelle circule le chyle m'a paru en rapport avec la quantité qui s'en forme dans l'intestin grêle. Cette dernière est elle-même en rapport avec la quantité de chyme : de sorte que si les aliments sont abon= dants et de facile digestion, le chyle devra marcher plus vite; si, au contraire, les aliments sont en petite quantité, ou, ce qui produira un effet pareil, s'ils se digèrent difficilement, comme il y aura peu de chyle formé, sa progression sera plus lente.

Il serait difficile d'apprécier exactement la quantité de chyle qui se forme pendant une digestion donnée, cependant elle doit être considérable. Sur un chien d’une taille ordinaire, mais qui a mangé à discrétion des aliments animaux, l’incision du canal thoracique au cou (l’animal étant vivant) laisse écouler d’abord au moins une demi-once de liquide en cinq minutes, et l'écoulement continue, mais beaucoup plus lentement, tant que dure la formation du chyle.

J'ignore si, dans le cours d’une même digestion, il y a des variations dans la rapidité de la marche du chyle; mais, en la supposant uniforme, on voit qu'il entrerait six onces de chyle par heure dans le système veineux. Dans l’homme, où les organes chylifères sont plus volumineux, et où la

Expériences sur le cours du chyle.

Action des glandes mésentériques.

184 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE digestion se fait en général plus vite que dans le chien, on peut présumer que la proportion du chyle est plus considérable.

Le sang qui coule dans la veine sous-celavière ne peut pénétrer dans le canal thoracique, car il existe à l’orifice de celui-ci une valvule dispo-

LT °\ A 7 . A sée de manière à prévenir cet effet. De même le

chyle ne peut refluer vers le canal intestinal, à raison des valvules que présentent presque constamment le canal thoracique et les vaisseaux chylifères.

Plusieurs physiologistes pensent que le chyle subit une altération particulière en traversant les glandes du mésentère : mais les uns croient que ces corps produisent un mélange plus intime des matières composant le chyle; d’autres pensent qu'ils y ajoutent un fluide destiné à rendre le chyle plus liquide; il y en à qui soupeonnent que ces glandes , au contraire , enlèvent quelques uns des éléments du chyle pour le purifier. La vérité est qu'on ignore l'influence des glandes mésentériques sur le chyle.

De même on a beaucoup parlé des qualités variables de ce liquide, suivant que la digestion est bonne ou mauvaise; et, suivant l'espèce d’alimenis dont on à fait usage, on a attribué à la formation d’un mauvais chyle le dépérissement qui arrive dans certaines maladies : mais on connaît très peu les

modifications qu'éprouve le chyle dans sa composition.

On a parlé aussi de certaines parties des aliments qui, sans être altérées par les organes digestifs, passent avec le chyle dans le sang ; mais cette idée est une conjecture qu'aucune expérience positive n’appuie.

M. Marcet (1), dont la science déplore la perte récente , a comparé le chyle des matières animales avec celui des matières végétales. Il a trouvé que ce dernier contient trois fois plus de carbone que le chyle provenant d'aliments animaux.

Nous devons à M. le professeur Dupuytren des recherches ingénieuses, qui prouvent que le canal thoracique est la seule route par laquelle le chyle doit passer pour servir utilement à la nutrition. ,

On savait par une expérience de Duverney, par quelques cas d’obstructions du canal thoracique , et surtout par les expériences de Flandrin, dont nous parlerons ailleurs, on savait, dis-je, que le canal thoracique pouvait cesser de verser le chyle dans la veine où il aboutit, sans que la mort s’ensuivit. On savait, il est vrai, que, dans certains cas, la ligature du canal thoracique

avait produit la mort; mais on ignorait la cause

(1) Annales de chimie, 1816.

Expériences sur l’action des vaisseaux chylifères.

de cette diversité de résultats : les expériences de M. Dupuytren en ont donné une explication des plus satisfaisantes. Cet habile chirurgien a lié le canal thoracique sur plusieurs chevaux ; les uns sont morts au bout de cinq à six jours, et les autres ont conservé toutes les apparences d’une santé parfaite. Sur les animaux qui ont succombé à la ligature , il a toujours été impossible de faire passer aucune injection de la partie inférieure du canal dans la veine sous-clavière; il est très probable, par conséquent, que le chyle a cessé d’être versé dans le système veineux aussitôt apres la ligature. Au contraire, dans les animaux qui ont survécu, il à toujours été facile de faire parvenir les injections de mercure ou d’autres substances de la portion abdominale du canal jusqu'à la veine sous-clavière. Les matières injectées suivaient le canal jusqu’au voisinage de la ligature ; là elles se détournaient pour s'engager dans des vaisseafx lymphatiques volumineux qui allaient s'ouvrir dans la veine sous-clavière. Il est donc évident que, dans ces animaux , la ligature du canal n’avait point empêché le chyle de se mêler au sang veineux.

De ce que les vaisseaux chylifères absorbent le chyle et le transportent dans le système veineux, on s'est persuadé qu'ils remplissent le même usage pour toutes les substances qui sont mêlées aux ali-

ments, et qui, sans être digérées, passent cependant dans le sang. La plupart des auteurs disent, par exemple, que les boissons sont absorbées avec le chyle; mais, comme ils n’ont point fait d’expériences qui puissent servir de fondement à cette idée , on pouvait, par ce seul motif, la considérer

comme fort douteuse. J’ai voulu savoir à quoi on .

devait s’en tenir sur ce point, et je me suis assuré, par des recherches sur les animaux vivants, que, dans aucun cas, les boissons ne paraissent se méler au chyle. On peut en avoir la preuve en faisant avaler à un chien, pendant qu'il digère des aliments, une certaine quantité d’alcool étendu d’eau. Si, une demi-heure après, on extrait son chyle de la manière que nous avons indiquée, on verra que ce liquide ne contient point d’alcool, tandis que le sang de l’animal en exhale une odeur trés forte, et qu'on peut le retirer du sang par la distillation. On obtient des résultats semblables

en faisant l'expérience avec une dissolution de

camphre ou d’autres liquides odorants.

Les modifications que subissent l’absorption et le cours du chyle dans les différents âges n’ont point encore été étudiées ; on a seulement remarqué que les glandes mésentériques changent de couleur, diminuent de volume, et semblent s’oblitérer chez les vieillards. Quelques auteurs en ont conclu qu'elles ne se laissaient plus traverser par

Modifications de l’absorption et du cours du chy:

le par Pâge, le sexe , etc.

le chyle ; mais cette assertion paraît très hasardée, et d’ailleurs n’est point appuyée de faits bien constatés. |

On ignore complètement les modifications que cette fonction éprouve par le sexe, le tempérament, l'habitude, etc. On n’est pas plus instruit -sur les rapports qui existent entre cette fonction et celles que nous avons déjà exposées, et celles qui nous restent à examiner (1).

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