‹ Précis élémentaire de physiologie (volume 5)Chapitre 18 sur 64 · DE L'ABSORPTION ET DU COURS DE LA LYMPHE · texte numérisé non relu

DE L'ABSORPTION ET DU COURS DE LA LYMPHE

Nous venons de voir combien il reste à faire pour avoir une connaissance exacte de l’absorption et du cours du chyle : la fonction dont nous allons faire l’histoire est encore bien moins connue. On sait, d'une manière générale, qu'elle existe, mais son utilité dans l’économie animale est À peine entrevue : son but le plus apparent est de verser la lymphe dans le système veineux. On peut présumer

(1) Tous les anatomistes, depuis Hewson et Monro, reconnaissent que les oiseaux, les reptiles et les poissons ont | un appareil chylifère; cependant personne, que je sache, n’a parlé du chyle de ces animaux: les chimistes et les physiologistes qui ont fait des expériences sur le chyme d’oiseaux, par exemple, ne disent rien du chyle. Si je m’en rapporte à mes dissections, les mammifères et quelques reptiles auraient seuls un système chylifère, et seuls auraient du chyle. (Voyez mon Mémoire sur les vaisseaux lymphatiques des oiseaux, tom. I* de mon Journal de physiologie. )

que ce phénomène n’est qu'une circonstance de son utilité ; cependant, si l’on veut rester dans les limites du positif , il est impossible d'en reconnaître d'autres en ce moment.

De la lymphe.

Rien ne prouve mieux l’imperfection de la science, relativement à ia fonction qui nous occupe , que les idées des physiologistes sur la /ymphe. Les uns donnent ce nom au sérum du sang , ceux-là au fluide qui se voit dans les membranes séreuses , d’autres à la sérosité du tissu cellulaire , tandis que quelques uns considèrent comme lymphe le fluide qui coule de certains ulcères scrophuleux. Il faut réserver le nom de l/ymphe au liquide que contiennent les vaisseaux nu de et le canal thoracique.

H est d'autant plus nécessaire de fixer ainsi le sens de ce mot, qu’en admettant les autres significations on consacre comme vraie une opinion qui n'est rien moins que démontrée, savoir que les fluides des membranes séreuses, du tissu cellulaire, etc., sont absorbés par les vaisseaux lymphatiques, et transportés par ces vaisseaux dans le système veineux.

Pour se procurer de la lymphe, on peut employer deux procédés. L'un consiste à mettre à découvert un vaisseau lymphatique , à l’inciser et à

Diverses opinions sur la lymphe.

Manières de se procurer d

e la lymphe.

Propriétés physiques de La lymphe.

recueillir le liquide qui en sort; mais cette méthode est très difficile à exécuter , et d’ailleurs, comme les vaisseaux lymphatiques ne sont pas toujours remplis de lymphe, elle est peu sûre. L'autre procédé consiste à laisser jeùner un animal pendant quatre ou cinq jours , et à extraire, comme nous avons dit en parlant du chyle, le fluide contenu dans le canal thoracique.

Le liquide qu’on obtient de l’une ou l’autre manière a d’abord une couleur rosée, légèrement opaline. Il a une odeur de sperme très prononcée; sa saveur est salée; quelquefois il présente une teinte jaunâtre décidée , et, dans d’autres cas, il présenté une couleur rouge garance. J’insiste sur ces détails, car ils ont probablement induit en : erreur dans les expériences que l’on a faites sur l'absorption des matières colorées.

Mais la Iymphe ne reste pas long-temps liquide ; elle se prend en masse. Sa couleur rose devient plus foncée, il s'y développe une multitude de filaments rougeâtres, disposés en arborisations irrégulières et fort analogues, pour l'apparence , aux vaisseaux qui se répandent dans le tissu des organes.

Lorsqu'on examine avec soin la masse de lym-phe coagulée , on voit qu’elle est forméé de deux parties, dont l’une, solide, forme des cellules multipliées qui contiennent l’autre , qui est liquide. Si

DE PHYSIOLOGIE. 191 l’on sépare la partie solide, le liquide se prend de nouveau en masse.

Soumise au microscope, la lymphe, extraite soit du canal thoracique, soit d’un vaisseau lymphatique , soit même d’une glande cervicale, présente une multitude de petits globules qui sont semblables à ceux du sang, mais qui sont moins abondants que dans ce dernier fluide. (Woyez Globules de sang.)

La quantité de lymphe que l’on recueitle d un seul animal est peu considérable; à peine en retire-t-on une once et demie d’un chien de forte taille. Il m'a semblé que sa quantité augmente à mesure que le jeûne se prolonge ; je crois aussi avoir observé que sa couleur devient plus rouge quand depuis long-temps l'animal est privé d’aliments.

La partie solide de la lymphe, et qu’on peut nommer son catllot, a beaucoup d’analogie avec celui du sang. Il devient rouge écarlate par le contact du gaz oxigène, et rouge pourpre quand on le plonge dans l’acide carbonique. |

La pesanteur spécifique de la lymphe est à celle de l’eau distillée :: 1022,28 : 1000.00.

J'ai prié M. Chevreul d'analyser la lymphe du chien ; je lui en ai remis une quantité assez considérable que je m'étais procurée d’après le procédé que j'ai indiqué plus haut, aprés avoir fait

Globule de la Iymphe.

Caillot de la lymphe.

Propriétés chimiques de la lymphe,

jeùner des chiens pendant plusieurs jours. Voici les résultats qu'a obtenus cet habile chimiste. Sur 1000 parties , la lymphe contient :

Eau. A TT eee PROD ON Fibrine. . 004,2 Albumine. : 061,0 Muriate de soude. RSR Pt 4 Nan00t Garbonate.de soude PRE 000

Phosphate de chaux.

dem de magnésie ee RL "600 Carbonate de chaux.

ÉCART Eee "1000 0 Appareil de l'absorption et du cours de la lymphe.

Cet appareil a la plus grande analogie, pour la disposition et la structure, avec celui de l’absorption et du cours du chyle, ou plutôt, à ne les envisager que sous le rapport anatomique , ils ne forment qu’un même système. Il se compose des vaisseaux lymphatiques, des glandes ou ganglions Iymphatiques , et du canal thoracique, dont nous avons déjà parlé en traitant du cours du chYle.

Desvaisseaux Les vaisseaux lymphatiques existent dans pres- RE que toutes les parties du corps : ils sont peu volumineux , S'anastomosent fréquemment, et ont presque partout une disposition réticulaire. Aux

membres ils forment deux plans , l’un superficiel

DE PHYSIOLOGIE. | 199 et l’autre profond. Le premier est placé dans le tissu cellulaire ; entre la peau et les aponévroses d’enveloppe ; en général , il accompagne les veines sous-cutanées. Quand les vaisseaux qui forment ce plan sont remplis de mercure et que l'injection a bien réussi , ils représentent un réseau qui environne de ses mailles le membre tout entier.

Le plan profond des lymphatiques des membres se voit principalement dans les intervalles

des muscles, autour des nerfs et des gros vais-

seaux.

* Les lymphatiques superficiels et profonds se dirigent vers la partie supérieure des membres , diminuent de nombre, augmentent de volume, et s'engagent bientôt dans les glandes lymphatiques de l’aisselle, de l’aine , etc., d’où ils s’énfoncent aussitôt, soit dans Fahéosep soit dans la poitrine.

Au tronc, les vaisseaux iymphatiques forment de même deux couches, l’une sous - cutanée , l’autre placée à la face interne des parois des cavités splanchniques. Chaque viscère a aussi deux ordres de lymphatiques ; les uns occupent la surface, les autres semblent naître de son parenchyme.

… C’est en vain qu’on à cherché jusqu'ici ces vaisseaux dans le cerveau , la moelle épinière , leurs enveloppes, l'œil , l'oreille interne , etc.

Vaisseaux lymphatiques des membres.

Terminaison des vaisseaux lymphatiques.

Origine des vaisseaux Iymphatiques.

Les vaisseaux lymphatiques du tronc et des membres aboutissent au canal thoracique ; mais ceux de l'extérieur de la tête et du cou se terminent. savoir, ceux du côté droit dans un vaisseau assez volumineux, qui s'ouvre dans la veine sous-clavière droite, et ceux du côté gauche dans un vaisseau analogue, mais un peu plus petit, qui s'ouvre dans la veine sous-clavière gauche, un peu au-dessus de l'embouchure du canal thoracique.

On ignore la disposition que les Iymphatiques ont à leur origine ; on à fait à ce sujet beaucoup de pH es, également dénuées de fondement.

Ce qu’on peut dire de plus plausible , c’est qu'ils naissent par des racines extr émement fines dans l'épaisseur des membranes et du tissu cellulaire , et dans le parenchyme des organes, où ils paraissent continus aux dernières ramifications artérielles. f arrive souvent qu’une injection poussée dans une artère passe dans les Iymphatiques de la partie où elle se distribue.

Dans leur trajet, les lymphatiques n'ont rien de régulier ; ils augmentent et diminuent de volume , sont tantôt arrondis et cylindriques, et tantôt ils présentent un grand nombre de renflements placés très près les uns des autres. Leur structure ñe diffère pas sensiblement de celle des vaisseaux chylifères ; ils sont de même garnis de valrules. |

DE PHYSIOLOGIE. 109 Dans l’homme , chaque vaisseau lymphatique , avant d'arriver au système veineux , doit traverser une glande lymphatique (1). Ces organes, qui sont tres nombreux, et qui, pour la forme et la structure, ressemblent entièrement aux glandes mésentériques , se trouvent plus particulièrement aux aisselles , au cou, aux environs dé la mâchoire inférieure, au-dessous de la peau de la nuque, aux aines, dans le bassin du voisinage des gros vaisseaux. Les vaisseaux lymphatiques se comportent à leur égard absolument comme les vaisseaux chyliféres avec les glandes du mésentère.

De l'absorption de la lymphe.

Afin de nous livrer avec avantage à l’étude de l'absorption de la lymphe , il est indispensable d'examiner les idées recues relativement à l’origine de ce fluide , et à la faculté absorbante attribuée aux radicules des vaisseaux lymphatiques. Ici, nous avons besoin de beaucoup de réserve , et en même temps de sévérité ; car, indépendamment de la difficulté propre au sujet, nous aurons à discuter une opinion généralement admise ; et appuyée des autorités les plus respectables ; mais comme le seul désir de trouver la vérité

(1) Cette disposition n’existe pas dans les autres animaux qui ont des glandes lymphatiques.

Glanñdes

Iymphatiques.

Action des vaisseaux lymphatiques.

Origine de K lymphe, d’après les auteurs,

nous anime, et non celui d'innover, nous espérons qu'on ne nous saura pas mauvais gré d’avoir pris ce parti.

Voyons d’abord l'origine attribiéets à la lymphe. Si l’on en croit les meilleurs ouvrages , la Iymphe est le résultat de l’absorption qu’exercent les radicules lymphatiques à la surface des membranes muqueuses ; séreuses, synoviales, des lames du tissu cellulaire , de la peau, et même dans le parenchyme de chaque organe.

Cette manière de voir comprend deux idées distinctes : savoir, 1° que la lymphe existe dans les diverses cavités du corps ; 2° que les vaisseaux lymphatiques sont doués de la faculté absorbante. De ces deux idées, la première est tout-à-fait inexacte, et l’autre mérite un examen particulier. En effet, quoiqu'il y ait de l’analogie en apparence entre les fluides qui se voient à la surface des membranes séreuses , du tissu cellulaire , des membranes synoviales, etc. , et la lymphe, nous ferons voir ailleurs que ces fluides en different sous les rapports physiques et chimiques ; et, comme ces divers fluides varient eux-mêmes entre eux , en admettant cette origine de la lymphe, on devrait en avoir observé de plusieurs espèces :

r, jusqu'ici, la lymphe a toujours été trouvée sensiblement la même dans toutes les parties du

Corps.

H est vrai que certains physiologistes, qui se

complaisent dans les subtilités, font une réponse

par laquelle ïls prétendent lever cette difficulté ; ils disent que ces fluides, au moment de leur absorption , subissent une élaboration particulière qui les transforme en lymphe; et la preuve qu’ils | , c'est que la Ilymphe diffère des fluides a sorbés.… Cette réponse pourrait avoir quelque valeur s’il était prouvé que les fluides sont absorbés ; or nous allons voir qu’on est loin d’être

arrivé à une telle conséquence (1).

Examinons maintenant la faculté absorbante

attribuée par les auteurs aux vaisseaux lymphatiques. | O

Les liquides introduits dans l'estomac et dans les intestins sont absorbés avec assez de promptitude ; le même effet arrive dans quelque cavité ‘le l’économie que l’on porte les liquides: la peau

(1) La logique employée dans cette circonstance est vraiment singulière. Il s’agit de savoir si les lymphatiques absorbent ou non. La question est tout entière là ; on semble ne s’en pas douter, et la propriété absorbante n’est pas un instant mise en doute. Après quoi on dit gravement qu’au moment où les vaisseaux absorbent, ils éaborent les fluides absorbés , et qu'ils les {transforment en lymphe. Or, dans les sciences de faits, dire qu’un phénomène existe sans le prouver équivaut à ne rien dire. D'ailleurs l’expérience prouve que beaucoup de substances , telles que l’eau , l’alcool, l’éther. le camphre, sont absorbées sans être élaborées.

Absorption des vaisseaux lymphatiques.

et la surface muqueuse du poumon jouissent aussi d’une propriété semblable. Les anciens , qui avaient remarqué plusieurs de ces phénomènes, et qui ne connaissaient point les vaisseaux lymphatiques , croyaient que les veines étaient les agents de l'absorption : cette croyance s’est maintenue jus-

qu'au milieu du siècle dernier, où la conpai sance de ces vaisseaux s’est beaucoup perfectionnée.

Guillaume Hunter, l’un des anatomistes qui ont le plus contribué à faire connaître ces vaisseaux , est aussi celui qui a le plus insisté pour leur faire reconnaître la faculté absorbante. Sa doctrine a été propagée et même étendue par son frère , par ses élèves, et en général par tous ceux qui se sont occupés de l'anatomie des vaisseaux lymphatiques.

T1 s’en faut beaucoup que les preuves sur lesquelles ils fondent leur doctrine aient la valeur qu'ils leur attribuent. À raison de l'importance du sujet, nous allons entrer dans quelques détails.

Pour établir que les vaisseaux lymphatiques sont absorbants et que les veines n’absorbent point, on a fait des expériences ; mais, en les supposant exactes ; Ce Qui, COMME On va le voir, est loin d’être vrai, elles sont en si petit nombre , qu'il est vraiment étonnant qu’elles aient sufli

pour renverser une doctrine très anciennement admise.

De ces expériences, les unes ont été Fay pour prouver directement que les vaisseaux lymphatiques absorbent , et les autres pour établir que les veines n’absorbent point. Nous nous occuperons ement ici des premières, nous renverrons les res à l’article de l’ Absorption des veines.

Jean Hunter, l’un des premiers qui aient fic

positivement l'absorption des veines et admis celle des lymphatiques, a fait l'expérience suivante, qui lui a paru très probante. |

Il ouvrit le bas-ventre à un chien ; il vida promptement quelques portions d’intestins des matières qu'elles contenaient, en les comprimant suffisamment : il y injecta aussitôt du lait chaud, qu'il retint au moyel

partenaient à ces portions d’intestins furent vidées par plusieurs piqûres faites à leur tronc ; il empêcha qu'elles ne reçussent du nouveau sang, en appliquant des ligatures aux artères "qui leur correspondaient, et il remit en cet état les parties dans le bas-ventre. Il les y laissa pendant environ une demi-heure , les retira ensuite , et, les ayant examinées scrupuleusement , il trouva que les veines étaient presque désemplies, comme quand il les avait retirées pour la premiére fois, et qu'elles ne contenaient pas une goutte de fluide

de ligatures. Les veines qui ap-

Expériences de J. Hunter sur labsorption lymphatique.

Objections à l'expérience de-

J. Hunter.

blanc, pendant que les lactés en étaient entiérement pleins (1).

L'état d’imperfection où était l’art des expériences physiologiques à l'époque où J. Hunter a fait celle-ci peut seul excuser ce célébre anatomiste de n’avoir pas senti combien il y manque |

de circonstances importantes pour que l’on puisse en la supposant exacte, en tirer quelques co: quences.

En effet, pour que cette expérience püt être de quelque utilité, il faudrait savoir si l'animal était à jeun lorsqu'on l’a ouvert, ou s’il était dans le travail de la digestion ; il aurait fallu examiner l'état des lymphatiques au commencement de l’expérience : étaient-ils ou n’étaient-ils pas pleins de chyle ? quels changements sont survenus au lait. pendant son séjour dans l'intestin ? enfin, sur quelles preuves établit-on que les lactés étaient remplis de lait à la fin de l'expérience ? le fluide qui les remplissait n’était-il pas plutôt du chyle ? Au reste, cette expérience à été répétée , à diverses reprises , par Flandrin, professeur à l'École vétérinaire d’Alfort, homme trés versé dans la pratique des expériences sur les animaux vivants , sans qu'il en ait obtenu aucun succès, c’est-à-dire sans quil ait aperçu de lait dans les vaisseaux

(1) Anatomie des vaisseaux absorbants , etc. , par Cruikshank, trad. par Petit-Radel.

DE PHYSIOLOGIE. 201 lymphatiques. J'ai moi-même fait plusieurs fois cette expérience, et les résultats que j'ai obtenus sont parfaitement d'accord avec ceux de Flandrin, et par conséquent opposés à ceux de Hunter.

Ainsi la principale expérience oùun auteur digne de foi ait dit avoir vu l'absorption d’un fluide autre

le chyle par les vaisseaux lactés paraît être, sinon illusoire, du moins insignifiante.

Les autres expériences de J. Hunter étant encore moins concluantes que celle-ci, je les passe sous silence. D'ailleurs, elles ont été infructueusement répétées par Flandrin , et elles ne m'ont pas mieux réussi (1).

J'ai cru nécessaire de faire quelques essais, afin de savoir si réellement les vaisseaux chylifères et les autres lymphatiques du canal intestinal absorbent d’autres fluides que lé chyle.

J'ai d’abord constaté que si l’on fait avaler à un

(1) Telle est l’aptitude de l'esprit humain à recevoir des erreurs : Hunter fait une fausse théorie sur l’une des fonctions les plus importantes de la vie, il l’étaie à peine de quelques expériences inexactes, et dans tous les cas insuffisantes ; ses idées sont aussitôt généralement admises; elles sont encore défendues aujourd’hui avec une chaleur et un zèle qu’inspire rarement la vérité. Harvey, qui a fait de si belles et de si nombreuses expériences pour démontrer la circulation du sang, a combattu trente ans pour ne pas passer pour un visionnaire, et pour faire admettre une des belles découvertes dont s’honore l'intelligence humaine.

202 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE chien quatre onces d’eau pure, ou mêlée à une certaine quantité d’alcool,dematièrecolorante, d'acide ou de sel, au bout d'environ une heure la totalité du liquide est absorbée dans le canal intestinal.

Il était évident que si ces différents liquides étaient absorbés par les vaisseaux lymphatiques

des intestins, ils devaient traverser le canal thor cique ; On devait donc en rencontrer une quanti plus ou moins considérable dans ce canal, en recueillant la lymphe des animaux une demi-heure ou trois quarts d'heure après l'introduction des liquides dans l'estomac.

1° EXPÉRIENCE. Un chien a avalé quatre onces d'une décoction de rhubarbe; une demi-heure ensuite, on a extrait la lymphe du canal thoracique. Ce fluide n’a présenté aucune trace de rhubarbe ; et cependant à peu près la moitié du liquide avait disparu du canal intestinal, et l’urine contenait sensiblement la rhubarbe.

2° EXPÉRIENCE. On a fait boire à un chien six onces d’une dissolution de prussiate de potasse dans l’eau; un quart d'heure après, lurine contenait, d’une manière très apparente, le prussiate : la lymphe extraite du canal thoracique n’en présentait point.

5° EXPÉRIENCE. Trois onces d'alcool étendu d’eau (1) furent données à un chien; au bout

(2) L'alcool pur tue promptement les chiens.

DE PHYSI0LOGIE. 203 d’un quart d'heure, le sang de l'animal avait une odeur d'alcool prononcée : la lymphe n'offrait rien de semblable. |

4° EXPÉRIENCE. Le canal thoracique ayant été lié au cou sur un chien, on lui fit boire deux onces d’une décoction de noix vomique, liquide très vénéneux pour ces animaux. L'animal mourut

Expériences

sur lPabsorp-

tion lymphatique.

tout aussi promptement que si l’on avait laissé le

canal thoracique intact. À l'ouverture du cadavre, on s’assura que le canal de la Iymphe n'était pas double , qu'il n’avait qu’un débouché dans la veine sous-clavière gauche, et qu’il avait été bien lié.

D° EXPÉRIENCE. On lia de même le canal thoracique à un chien, et on lui injecta deux onces de décoction de noix vomique dans le rectum : les effets furent semblables à ceux qui seraient survenus si le canal n’eût point été lié, c'est-à-dire que l’animal mourut très promptement. La disposition du canal était analogue à celui de l’expérience précédente.

6° ExPÉRIENCE. M. Delille et moi nous fimes sur un chien qui, sept heures auparavant, avait mangé une grande quantité de viande, afin que les lymphatiques chylifères devinssent faciles à apercevoir; nous fimes, dis-je, une ineision aux parois abdominales, et nous tirâmes au-dehors une anse d'intestin grêle, sur laquelle nous appliquâmes deux ligatures, à quatre décimetres l’une

Expériences

sur lPabsorp-

tion Iymphatique.

20/4 PRÉGIS ÉLÉMENTAIRE

de l’autre. Les lymphatiques qui naissaient de cette portion d’intestin étaient très blancs et trés apparents, à raison du chyle qui les distendait. Deux nouvelles ligatures furent placées sur chaeun de ces vaisseaux, À un centimètre de dis-

iance, et nous coupâmes ces vaisseaux entre les

deux ligatures. Nous nous assurâmes en outre,

par tous les moyens possibles, que lanse d’intes-

tin sortie de l’abdomen n'avait plus de communication avec le reste du corps par les vaisseaux lymphatiques. Cinq artères et cinq veines mésentériques se rendaient à cette portion intestinale ; quatre de ces artères et autant de veines furent liées et coupées de la même manière que les Iymphatiques; ensuite les deux extrémités de notre anse d’intestin furent coupées et séparées entièrement du reste de l’intestin grêle. Ainsi nous eûmes une portion d’intestin grêle longue de quatre décimètres, ne communiquant plus avec le reste du corps que par une artère et une veine mésentériques. Ces deux vaisseaux furent isolés dans une longueur de quatre travers de doigt; nous enlevaines même la tunique celluleuse, de peur que des lymphatiques n’y fussent restés cachés. Nous injectâmes alors dans la cavité de l’anse intestinale environ deux onces de décoction de noix vomique, et une ligature fut appliquée pour s'opposer à la sortie du liquide injecté. L’anse, enve-

loppée d’un linge fin, fut replacée dans l’abdomen. [l'était une heure précise; à une heure six minutes , les effets du poison se manifestèrent avec leur intensité ordinaire : en sorte que tout se passa comme si l’anse d’intestin eût été dans son état naturel.

M. le docteur Ségalas vient de faire la contreépreuve de cette expérience ; je transcris littéralement les faits suivants de son mémoire.

«1 Expérience. J'ai pris une anse intestinale, que j'ai isolée des parties intestinales voisines par deux incisions; j'ai lié les artères et les veines qui s’y rendaient, avec la précaution de ne pas embrasser dans mes ligatures les vaisseaux chylifères rendus apparents par la présence du chyle ; j’ai appliqué

Expériences

sur l’absorp-

tion lymphatique.

Expériences de

M. Ségalas sur

Pabsorption.

une ligature à une extrémité de l’anse intestinale,

j'ai injecté dans sa cavité le poison dont je m'étais déjà servi, une dissolution aqueuse d’extrait alcoolique de noix vomique ; je l’ai maintenue dans

cette cavité par une seconde ligature ; jai replacé

l'anse intestinale dans le ventre, et je n’ai pas obtenu d’empoisonnement pendant une heure entière que j'ai observé l'animal. Cependant j'avais employé un demi-gros d'extrait, préparé avec soin par M. Labarraque, et éprouvé déjà par plusieurs expériences antérieures, où quelques grains de cette substance avaient suffi pour faire périr les animaux sur lesquels j'opérais , les chiens.

Expériences de

M. Ségalas sur

l'absorption.

» À cette expérience , on peut objecter que la circulation étant interrompue dans l’anse intestinale, l’absorption à pu y être suspendue par le défaut seul de l’excitation sanguine ; et qu’en conséquence le non-empoisonnement , en ce cas, ne prouve pas la non-absorption, dans l’état naturel , par les vaisseaux chylifères.

» Sans m'arrêter ici à examiner l'influence de la circulation sur l'absorption, influence qu’on ne peut du reste apprécier au juste sans déterminer antérieurement quels sont les véritables agents de l'absorption, je me bornerai à faire observer que les partisans de l’absorption par les vaisseaux lymphatiques citent plusieurs expériences analogues, faites par Hunter, et dans lesquelles ce physiologiste dit avoir reconnu, après l’isolement de l’anse intestinale et la ligature des artères et des veines, le passage, dans les vaisseaux chylifères, d’une: certaine quantité de lait, d’eau tiède , d’eau musquée, de dissolution d’empois coloré, etc. ; et que si mon expérience est rejetée à cause de la mort présumée de l’anse intestinale, les expériences : semblables de Hunter doivent l'être aussi par la! même raison. D'ailleurs ces expériences, qui parais-: sent être les plus favorables de toutes à l'absorption! par les vaisseaux lymphatiques, sont susceptibles : chacune d’objection particulière : on peut dire, : par exemple, que le fluide blanc que Hunter à!

DE PHYSIOLOGIE. 207 vu dans les vaisseaux chylifères un quart d’heure après avoir mis du lait dans l’anse intestinale , n’é-

Evo es

M. Ségala s

sur

tait que du chyle, préparé avec ce lait, ou du mu- Pabsorption.

cus intestinal, déposé antérieurement dans les radicules chylifères , dans l'espèce de tissu spongieux que constitue leur ensemble; on peut dire que les vaisseaux chyliféres vides présentant, à cause de leur transparence , une couleur variable, selon celle des corps que lon voit au travers, Hunter a pu s’en laisser imposer, et croire gratuitement à la présence , dans ces vaisseaux, de l’eau tiède Es l’eau colorée, etc.

» 2° Expérience. Pour éviter l’objection , assez fondée, de la mort de l’anse intestinale , j'ai, sur un second chien, pris une autre intestinale, que j'ai de même isolée du reste du tube digestif et du système circulatoire, en laissant seulement une grosse artère pour y porter le sang. Le résultat à été le même que dans le cas précédent ; il n’y a pas eu d’empoisonnement.

» Mais encore ici on peut objecter que la stase du sang veineux dans l’anse d'intestin a pu donner lieu à une sorte d’asphyxie locale qui, relativement à l'absorption , équivaut peut-être à la mort réelle ; et qu'il n’est pas étonnant que cette absorption n'ait pas eu lieu. à

» 9° Expérience. Pour répondre à cette nouvelle objection , j'ai, sur un troisième chien, pris une

Expériences de

M. Ségalas sur

Pabsorption,

nouvelle anse intestinale , que j’ai disposée comme la précédente , avec cette différence, que j'ai isolé la veine correspondante à l'artère conservée, et que je l’ai maintenue au-dehors, après lavoir détachée du mésentére avec les précautions convenables. Par cette veine , jai donné issue à l’excédant du sang veineux, et cependant le poison porté dans l’anse intestinale n’a pas agi.

»On pouvait soupçonner que quelque circonstance accidentelle ou individuelle s'était opposée à l'absorption ; j'ai, pour éloigner cette idée, fait une dernière épreuve.

»4° Expérience. Après avoir vainementilessayé d’empoisonner un chien, comme dans le cas précédent, et avoir attendu pendant une heure entière, j'ai rétabli la circulation naturelle en déliant une veine , et l'empoisonnement a eu lieu au bout de six minutes.

» Ces résultats , qui d’ailleurs écartent l’objection que l’on prétendait tirer contre votre expérience de l’anse intestinale (1), des anastomoses entre les radicules veineuses et Iymphatiques , me semblent annoncer que l’absorption intestinale est opérée exclusivement par les veines, du moins sur la substance que j'ai employée. »

Ces expériences ont toutes été répétées devant

(1) Ces recherches m'ont été adressées, sous forme de lettre, dans mon Journal de physiologie , tom. IL.

moi; je les ai fait varier de diverses manières, et les résultats ont toujours été les mêmes. Réunies à celles que j'ai rapportées plus haut, elles me semblent suflire pour établir positivement que les vaisseaux lymphatiques ne sont pas les seuls agents de labsorption intestinale, et qu’elles doivent rendre au moins douteux que l’absorption de ces vaisseaux s’exerce sur d’autres substances que le chyle (1).

C’est plutôt par analogie que sur des faits positifs que l’on à admis l'absorption lymphatique dans les surfaces muqueuses génito-urinaires et pulmonaires , dans les membranes séreuses et synoviales, dans le tissu cellulaire, à la surface de la peau et dans le tissu des organes. Toutefois nous allons examiner le petit nombre de preuves sur lesquelles les auteurs se sont appuyés.

Les vaisseaux lymphatiques du canal intestinal os sont les seuls organes de l'absorption qui s’y mphatique opère ; donc les vaisseaux lymphatiques du reste ee du corps, qui présentent une disposition semblable ou irès analogue aux chylifères, doivent jouir de la même faculté : tel est le raisonnement des partisans de l’absorption par les Iymphatiques;

(1) Ces diverses expériences viennent d’être récemment répétées et variées par MM. Tiedmann et Gmélin, avec des résultats tout-à-fait identiques.

Absorption lymphatique des membranes séreuses.

et comme il est connu que toutes les surfaces extérieures et intérieures de l’économie absorbent, on en a conclu que les vaisseaux lymphatiques étaient partout les instruments de l’absorption.

Si la faculté absorbante des lymphatiques du canal intestinal était bien démontrée pour d’autres substances que le chyle, ce raisonnement aurait en effet beaucoup de force; mais, comme on a vu tout à l’heure que rien n’est moins certain, nous ne pouvons l’admettre, et nous sommes obligés de recourir aux autres faits ou aux expériences qui, à ce qu'on croit généralement, démontrent l'absorption lymphatique. or

Sur des animaux morts à la suite d’hémorrhagie pulmonaire ou abdominale, Mascagni a trouvé les lymphatiques des poumons et du péritoine remplis de sang ; il en a conclu que ces vaisseaux avaient absorbé le fluide qui les remplissait : mais j'ai souvent rencontré, soit sur des animaux, soit chez l’homme, des lymphatiques distendus par du sang, dans des cas où il u’y avait aucun épanchement de ce fluide ; et d’ailleurs, dans certains cas, il y a si peu de différence entre la lymphe et le sang, qu'il serait difficile de les distinguer. Ainsi le fait de Mascagni est peu important pour la question.

J. Hunter, après avoir injecté de l’eau colorée

par de l’indigo dans le péritoine d’un animal, dit avoir vu les Iymphatiques, peu de temps ensuite, remplis d’un liquide de couleur bleue (1); mais ce fait a été démenti par les expériences de Flandrin sur les chevaux. Cet auteur a injecté dans la plèvre et dans le péritoine, non seulement une dissolution d’indigo dans de l’eau, mais d’autres liqueurs colorées , et jamais il ne les a vues passerdansles lymphatiques, quoique les unes et les autres aient été promptement absorbées.

Nous avons, M. Dupuytren et moi, fait plus de cent cinquante expériences, dans lesquelles nous avons soumis à l'absorption des membranes séreuses un grand nombre de fluides différents, et jamais nous ne les avons vus s’introduire dans les vaisseaux lymphatiques.

Les substances qu’on introduit ainsi dans les cavités séreuses produisent des effets très prompts, à raison de la rapidité avec laquelle elles sont absorbées. L’opium assoupit, le vin produit l’ivresse, etc. Je me suis assuré, par plusieurs expériences , que la ligature di canal thoracique ne

(1) M. Herbert Mayo, qui publie un ouvrage périodique fort intéressant sur l'anatomie et ‘la physiologie, a trouvé

récemment la cause de l'illusion de Hunter. Dans l’état or- :

dinaire, et sans qu’un animal ait pris d’indigo, les lymphatiques chylifères prennent une teinte bleuâtre peu de temps

après la mort.

Expériences sur lPabsorption des membranes séreuses,

lymphatique :

fe <ÿ a

Absorption

du tissu cellulaire.

diminue en rien la promptitude avec laquelle ces effets se manifestent. x

Il est donc très douteux que les vaisseaux lymphatiques soient les organes qui absorbent dans les cavités séreuses. Ajoutons que l’arachnoïde, la membrane de l’humeur aqueuse, l’hyaloïde, dont

la disposition et la structure sont très analogues à

celles des membranes séreuses, et dans lesquelles on n’a jamais aperçu aucun vaisseau lymphatique, jouissent d’une faculté absorbante tout aussi active que celle des autres membranes du même genre.

Quand on applique une ligature fortement serrée sur un membre, la partie de celui-ci la plus éloignée du cœur se gonfle, et la sérosité s’accumule dans le tissu cellulaire. Il arrive un phénomène analogue après certaines opérations du cancer de la mamelle, où l’on à été obligé d’emporter toutes les glandes lymphatiques de l'aisselle. On a expliqué ce phénomène en disant

que la ligature ou l’ablation des glandes de l’ais-

selle s'oppose à la circulation de la lymphe, et surtout à son absorption dans le tissu cellulaire. Voyons jusqu'à quel point cette explication est satisfaisante. D'abord, la lymphe est un fluide très différent de la sérosité cellulaire ; ensuite, l'accumulation de cette sérosité ne peut-elle pas dépendre d’autres causes que de l’empêchement

de l’action absorbante des lymphatiques, de la gêne de la circulation ou du cours du sang veineux , par exemple? En outre, la soustraction des glandes de l’aisselle ne produit pas constamment l'effet dont nous venons de parler, et l’on voit fréquemment des engorgements squirrheux, et même des désorganisations complètes de glandes de l’aisselle ou de l’aine, qui ne sont accompagnées d'aucun œdème (1).

On donne des preuves plus nombreuses de l’ .

sorption des vaisseaux lymphatiques à la peau.

Une personne se pique le doigt en disséquant un cadavre putréfié;, deux ou trois jours après, la piqûre s’enflamme , les glandes de l’aisselle correspondante se gonflent et deviennent douloureuses. Dans quelques circonstances assez rares , ces effets sont accompagnés d’une rougeur vive et d’une petite douleur dans tout le trajet des troncs lymphatiques du bras. On dit alors que la matière animale putréfiée à été absorbée par les lymphavues du doigt, qu’elle est transportée par eux jusqu'aux glandes de l’aisselle, et que son passage a été partout marqué par l’irritation et l’inflammation des parties qu’elle à traversées.

Il est certain que cette explication a pour elle ‘toutes les apparences , et je ne prétends pas nier

(1) Nous verrons tout à l'heure que l’œdème des membres dépend de l’oblitération totale ou partielle des veines,

Absorption lymphatique de la peau.

Objections aux preuves de

l'absorption lymphatique de la peau.

Obiections aux preuves de l'absorption lymphatique de la peau.

qu’elle ne soit bonne ; je veux croire même qu'un jour l'exactitude en sera reconnue : mais quand on réfléchit qu’elle est en ce moment l’une des bases de la thérapeutique, et que souvent elle décide de l'emploi de médicaments énergiques , je pense qu’on ne saurait porter trop loin le doute à son égard. Je ferai donc sur cette explication les réflexions suivantes : Dans un grand nombre de cas on se pique avec un scalpel imprégné de matière putréfiée , sans qu'il en résulte aucun accident. Il arrive fréquemment qu'une piqüre faite avec une aiguille parfaitement nette produit exactement les phénomènes décrits ; un coup qui à légèrement contus l'extrémité du doigt amène

quelquefois des effets semblables. La simple im-

pression du froid aux pieds détermine souvent le gonflement des glandes de laine, et la rougeur des lymphatiques de la partie interne de la jambe et de la cuisse; il en est de même d’une chaussure trop étroite. On peut ajouter encore qu'il est fréquent de voir les veines s’enflammer à la suite des piqres, et même concurremment avec Îles lymphatiques. J'en ai vu un exemple frappant et bien malheureux sur le cadavre dü professeur Leclerc. Cet estimable savant mourut des suites de labsorption de miasmes putrides, qui se fit par une petite écorchure qu'il avait à l’un des doigts de la main droite. Les lymphatiques et les glandes de

+ u + DE PHYSIOLOGIE. 219

l’aisselle étaient enflammeés ; ces glandes avaient

une couleur brunâtre , évidemment maladive ;

mais la membrane interne des veines du bras droit présentait des traces non équivoques d’inflammation , et les glandes lymphatiques de tout le corps offraient la même altération que celles de l’aisselle droite.

On rapporte encore comme preuve de l’absorption lymphatique plusieurs faits de pathologie. Après un coït impur, il se développe un ulcère sur le gland , et, quelques jours plus tard , les

glandes de l’aine s’engorgent et deviennent dou-.

loureuses , ou bien ces mêmes glandes s’enflamment sans qu'il y ait eu précédemment d’ulcération sur la verge. Ce gonflement arrive fréquemment dans les premiers jours d’un écoulement blennorrhagique. On attribue, dans ces différents cas , l’'engorgement des glandes à l’absorption du virus venérien , qui a été pris, dit-on, par les orifices lymphatiques et transporté jusqu'aux glandes. De même , parceque des glandes de l’aine engorgées reviennent quelquefois à leur état naturel après des frictions mercurielles sur la partie interne de la cuisse correspondante, on a conclu que le mercure est absorbé par les lymphatiques de la peau, et qu’il va traverser les glandes de l'aine. Ces différents faits sont, il est vrai, de nature à faire soupçonner l'absorption par les vais-

Absorption lymphatique de la peau.

Absorption lymphatique de la peau.

er. D 216 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE

seaux lymphatiques mais ils ne la démontrent certainement pas. Elle ne sera jamais réellement démontrée que lorsqu'on aura trouvé dans ces vaisseaux la substance qi on supposera avoir été absorbée ; et comme on n’a jamais vu, dans les cas cités, ni le pus des ulcères vénériens et des blennorrhagies , ni le mercure dans les vaisseaux lymphatiques, il est clair qu'ils ne donnent pas une preuve démonstrative de l'absorption lymphatique. Il y a plus, quand même an rencontrerait, par la suite ; soit du pus, soit de l’onguent mercuriel , ou toute autre substance administrée en friction, dans les vaisseaux dont nous parlons, il faudrait encore s'assurer si elles y ont pénétré par la voie de l'absorption. Nous verrons plus bas avec quelle facilité les substances mêlées au sang passent dans le système lymphatique.

Mascagni cite une expérience qu'il fit sur luimême et qui lui paraît des plus concluantes ; ie la traduis textuellement. « Ayant conservé pendant quelques heures mes pieds plongés dans l’eau , j'ai observé sur moi-même un gonflement un peu douloureux des glandes inguinales et de la transsudation d’un fluide à travers le gland. Je fus saisi ensuite d’une fluxion de la tête ; un fluide âcre et salé s'écoula de mes narines. Voici comment j'explique ces phénomènes : lorsqu'une quantité ex-

traordinaire de fluide remplissait les lymphatiques

DE PHYSIOLOGIE.. . 217 des pieds , et que les glandes inguinales en étaient gonflées , les lymphatiques du pénis s’en chargeaient plus difficilement. Les vaisseaux sanguins continuaient à séparer la même quantité de fluide ; mais les vaisseaux lymphatiques ne pouvaient pas l'emporter en entier, car le mouvement de leur propre fluide était retardé : c’est pourquoi le reste du fluide sécrété transsudait à travers le gland. De même, par l'absorption abondante des lymphatiques des pieds, le canal thoracique se trouvait distendu avec une grande force , les lymphatiques de la pituitaire ne pouvaient plus absorber librement les fluides déposés sur la surface ; et de là coryza. » Cette expérience apprend que Mascagni eut les glandes de laine gonflées aprés avoir laissé quelque temps ses pieds dans l’eau : l'explication qui la suit est tout-à-fait hyÿpothétique. J

C’est encore l'induction seule qui à fait admettre l'absorption par les vaisseaux lymphatiques dans la profondeur des organes : aucune expérience ne vient à l'appui; et les faits que l’on donne comme preuve , tels que les métastases , la résolution des tumeurs, la diminution de volume des organes, etc. , établissent bien qu'il y a une absorption intérieure, mais ils ne prouvent nullement que les vaisseaux lymphatiques l’exécutent.

Je dois enfin citer un fait qui, à mon avis, est

Absorption lymphatique de la peau.

Observation

relative à l'absorption lymphatique.

Réflexions.

beaucoup plus favorable à la doctrine de l’absorption par les vaisseaux lymphatiques qu'aucun de ceux que j'ai rapportés jusqu'ici : on le doit à M. Dupuytren. |

Une femme qui portait une tumeur énorme à la partie supérieure interne de la cuisse , avec fluctuation, mourut à l’Hôtel-Dieu en 1810. Peu de jours avant sa mort, une inflammation s’était montrée dans le tissu cellulaire sous-cutané, à la partie interne de la tumeur.

Le lendemain, M. Dupuytren fit l'ouverture du cadavre. À peine eut-il divisé la peau qui reyêtait la tumeur, qu’il vit se former des points blancs sur les lèvres de l’incision. Surpris de ce phénomène , il dissèque avec soin la peau dans une certaine étendue , et voit le tissu cellulaire sous-cutané parcouru par des lignes blanchâtres , dont quelques unes étaient grosses comme des plumes de corbeau. C'étaient évidemment des vaisseaux lymphatiques remplis par une matière puriforme. Les glandes de l’aine auxquelles ces vaisseaux allaient se rendre étaient injectées de la même matière ; les lymphatiques étaient pleins du même liquide, jusqu'aux glandes lombaires ; mais ni ces glandes, ni le canal thoracique , n'en présentaient aucune trace. x

Il s’agit maintenant de savoir si l'on peut conclure de ce fait que les lymphatiques ont absorbé

DE Bnxsrorocus. 219 le fluide qui les remplissait : cela est probable; mais, pour le rendre évident , il aurait fallu que l'identité du fluide que contenaient les 1; mphatiques ét du pus qui remplissait le tissu cellulaire eût été constatée : or on s’en est tenu à l'apparence. M. Cruveilhier, qui rapporte ce fait, s'exprime ainsi : « J'ai dit que le liquide était du pus ; il en avait l’opacité , la couleur blanche , la consistance. » Or, dans de semblables circonstances,

la simple apparence est si trompeuse, qu’on risque

beaucoup à s’en contenter. N’a-t-on pas , en suivant cette méthode, confondu long-temps deux liquides très différents , le lait et le chyle, par la seule raison qu'ils avaient tous deux unemême apparence ? D’ailleurs , s’est-on assuré si le pus ne provenait pas des lymphatiques eux-mêmes, qui auraient été enflammés, Car C’esi ce qui arrive quelquefois aux veines ?

Dans beaucoup de circonstances analogues au cas que je viens de citer, c’est-à-dire à la suite d’inflammation érysipélateuse avec suppuration du tissu cellulaire des membres , je n’ai aperçu aucune trace de matière purulente dans les vaisseaux lymphatiques; et d’ailleurs il n’est pas rare que l’on trouve, dans les cas de ce genre , les veines qui naissent de la partie malade remplies d’une matière trés analogue au pus (1).

(1) Dans un cas récemment observé à l'Hôtel-Dieu de Paris, on a trouvé, à la suite d’une fracture compliquée .

ë 220 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE

En nous résumant sur la faculté absorbante des lymphatiques , nous pensons qu'il n'est pas impossible qu'elle existe, mais qu’elle est loin d’être démontrée ; et, comme nous avons un grand nombre de faits qui nous paraissent établir d’une manière positive l'absorption par les radicules veineuses, nous renvoyons l’histoire des différentes absorptions à l’époque où nous traiterons du cours du sang veineux.

Les connaissances acquises aujourd’hui sur l’imbibition des tissus vivants nous permettent d’ajouter une considération nouvelle etimportante à celles qui viennent d'être présentées , et quise trouvent en grande partie dans la première édition de cet ouvrage.

Nul doute qu’une substance solide ou liquide, susceptible d’être absorbée, ne puisse s’imbiber dans les parois des vaisseaux lymphatiques, et arriver, par une action purement physique, à l'intérieur de ces vaisseaux; mais l’absorption ne se compose pas uniquement d'un pareil phénomène , il faut encore que la substance qui à pénétré dans la ‘cavité des vaisseaux soit transportée dans le torrent de la circulation : or, le plus souvent les lymphatiques sont vides, ils n'offrent aucun courant qui puisse entraîner les matières

d’abcès considérable, du pus dans les veines et dans les vaisseaux lymphatiques qui naissaient du lieu malade.

qu'ils pourraient absorber. Ce défaut de courant pourrait seul s'opposer à ce qu’on regardât le système lymphatique comme le système absorbant.

Revenons maintenant à l’origine de la lymphe, admise par les physiologistes.

Si, d’un côté, les fluides qu’on suppose absorbés par les vaisseaux Jymphatiques s’éloignent de la lymphe par leurs propriétés physiques et chimiques ; si, d’un autre côté, la faculté absorbante des vaisseaux lymphatiques est un phénomène dont l'existence est fort douteuse, que penser de l’opinion reçue touchant l'origine de la lymphe ? N'est-il pas évident qu'elle à été bien légèrement admise , qu'elle réunit en sa faveur bien peu de probabilité ? R

D'où vient donc le fluide qu’on rencontre dans les vaisseaux lymphatiques?ou, en d’autrestermes, quelle est l’origine , sinon véritable , du moins la plus probable , de la lymphe ?

En considérant, 1° la nature de la lymphe, qui a la plus grande analogie avec le sang , 2° la communication que l'anatomie démontre entre la terminaison des artères et les radicules des lymphatiques, 3° la facilité et la promptitude avec laquelle les substances colorantes ou salines s’introduisent dans les vaisseaux de la lymphe (1), il

(1) J'ai constaté ce fait par des expériences directes dont je rendrai compte plus bas.

Origine probable de ‘la lymphe.

Absorption de

Ja lymphe.

devient, selon moi, très probable que la lymphe est une partie du sang, qui, au lieu de revenir au cœur par les veines , suit la route des vaisseaux lymphatiques. Cette idée n’est pas entièrement neuve ; elle se rapproche beaucoup de celle des anatomistes qui les premiers décoùvrirent les vaisseaux lymphatiques , et qui pensaient que ces vaisseaux étaient destinés à rapporter au cœur une partie du sérum du sang.

Cette idée prend une probabilité plus forte quand on sait que la pléthore artificielle du système sanguin augmente beaucoup la quantité de lymphe que contient le système lymphatique. (Voyez les considérations générales sur la circulation du sang.)

Cette discussion sur l’origine de la lymphe a pu paraître un peu longue; mais'elle était indispensable pour faire éviter les opinions fausses sur l’absorption de ce fluide.

Il est clair qu’il faut s’en former une idée tout autre que celle qui se trouve consignée dans les ouvrages de physiologie , et se borner à la considérer comme l'introduction de la Iymphe dans les radicules Iymphatiques. Mais quelle obscurité environne ce phénomène ! On ignore sa cause , son mécanisme , la disposition des instruments qui l’exécutent, et jusqu'aux circonstances dans lesquelles il a lieu. En effet, comme nous le dirons tout à l'heure, il paraît que c’est seulement dans

des cas particuliers que les lymphatiques contiennent de la lymphe.

Cette obscurité n’a rien qui doive nous surprendre ; nous avons déjà vu et nous aurons encore plus d’une fois l’occasion de voir qu'elle règne sur tous les phénomènes de la vie auxquels on ne peut appliquer les lois de la physique , de la chimie ou de la mécanique, par conséquent sur tous ceux qui se rapportent aux actions vitales et à la nutrition.

Cours de la lymphe.

Nous n'avons que peu de mots à dire sur le cours de la lymphe ; les auteurs en font à peine mention, encore est-ce d’une manière très vague , et nos observations sur ce sujet sont loin d’avoir été assez multipliées. Ce serait un sujet de recherches bien intéressant et tout-à-fait neuf.

D'après la disposition générale de l'appareil lymphatique , la terminaison du canal thoracique et des troncs cervicaux aux veines sous-clavières, la forme et l’arrangement des valvules, on ne peut douter que la lymphe ne coule des diverses parties du corps d’où naissent les lymphatiques , vers le système veineux ; mais les phénomènes particuliers de ce mouvement , ses causes , ses variations , ete. d n'ont point été jusqu'ici étudiés.

Cours de la lymphe,

Observations sur le cours de

* la lymphe.

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