‹ Précis élémentaire de physiologie (volume 5)Chapitre 31 sur 64 · DE LA NUTRITION · texte numérisé non relu

DE LA NUTRITION

, Nous savons que le sang fournit à toutes les sé- Remarques crétions intérieures et extérieures : que lui-même Sete a ANT répare par l'absorption générale, et par celle du chyle et des boissons : il nous reste maintenant à étudier ce qui se passe dans le parenchyme des da organes et des tissus pendant toute la durée de la vie, c'est-à-dire la nutrition proprement dite. :

Depuis l’état d'embryon jusqu’à la vicillesse la . 4 plus avancée , le corps change presque continuellement de poids, de volume, etc.; les parenchymes et les tissus présentent des variations infinies dans leur consistance , leur couleur, leur élasticité, et quelquefois leur composition chimique. Le volume des organes augmiente quand ils sont fréquemment en action; leurs dimensions diminuent beaucoup, au contraire, quand ils restent longtemps en repos. Par l'influence de l’une ou l’autre de ces causes, leurs propriétés physiques et chimiques offrent des variations remarquables. Un

RES 4° A hs # Ed

grand nombre de maladies produisent souvent, 2 + dans un temps très court, des changements mar-

qués dans la conformation extérieure et dans la

structure d’un grand nombre de parties.

Si l’on mêle de la garance à la nourriture d’un animal , au bout de quinze ou vingt jours les os présentent une teinte rouge qui disparaît bientôt si l’on en cesse l'usage.

Il existe donc dans la profondeur des pr

un mouvement insensible qui produit toutes ces +. modifications. C’est ce mouvement intestin, inconnu dans sa nature, que l’on à nommé nutrilion, ou mouvement nutritif.

Remarques Ce phénomène, que l'esprit observateur des anla nutrition. Ciens n'avait pas laissé échapper, a êté pour eux l’objet de plusieurs suppositions ingénieuses qui : sont encore répandues aujourd’hui. On dit, par exemple, qu'au moyen du mouvement nutritif, le corps entier se renouvelle, de sorte qu'à une certaine époque il n’est plus formé d’une seule des molécules qui le composaient auparavant. On a même assigné des limites à cette rénovation totale : les uns l’ont établie après trois ans ; d’autres veulent qu'elle ne soit complète qu’au bout de sept; mais rien ne justilie ces conjectures, au contraire, quelques faits bien constatés semblent

devoir en éloigner l'idée. | Tout le monde sait que les soldats, les matelots, |

et plusieurs peuplades sauvages se colorent la peau Remarques avec certaines substances qu'ils introduisent dans , ile tissu même de cette membrane: les figures “tracées ainsi conservent leur forme et leur couleur toute la vie, à moins de circonstances particuliéres. Comment allier ce phénomène avec le renouvellement qui, d’après les auteurs ; arriveroit à la peau (1)?

En s'appuyant sur les suppositions dont nous venons de parler, il est recu, dans le langage métaphorique employé dans quelques ouvrages de

physiologie, que les molécules des organes ne peuvent servir qu'un certain temps à les composer, qu'elles s’usent à la longue, et finissent par devenir impropres à entrer dans leur composition, et qu'’alors elles sont absorbées et remplacées par des molécules neuves provenant des aliments.

On ajoute que les matières animales qui composent nos excrétions sont le détritus des organes,

(1) L'emploi récent du nitrate d’argent à l’intérieur, pour le traitement de l'épilepsie, a fourni un nouveau phénomène »: # de ce genre. Après quelques mois de l'usage de cette sub= stance , la peau de plusieurs malades s’est colorée en bleû grisâtre, probablement parceque le sel a été déposé dans le tissu de cette membrane, où il se trouve médiatement en contact avec l'air, Quelques individus sont dans cet état de puis plusieurs années, sans que la teinte se soit affaiblie; Chez d’autres, elle a diminué peu à peu, et a fini par disparaître au bout de deux ou trois ans.

Remarques et qu'elles sont principalement composées, des nutrition, molécules qui ne peuvent plus servir a la composition de ceux-ci, ete., eic. . ”

Au lieu de discuter ces hypothèses ou plutôt.ces, réveries, disons le peu de faits qui donnent quel= Ah notions sur le mouvement nutritif.

A. En ayant égard à la promptitude avec. laquelle les organes changent de propriétés physiques et chimiques dans les maladies et par l’âge, il paraît que la nutrition est plus ou moins rapide suivant les tissus. Les glandes, les muscles, la peau, etc., changent de volume , de couleur, de consistance, avec une très grande promptitude ; les tendons , les membranes fibreuses, les os, les ligaments, paraissent avoir une nutrition beaucoup moins active, car leurs propriétés physiques ne changent que lentement par l'effet de l’âge et des maladies.

B. Si l’on tient compte de la quantité d'aliments consommée, proportionnellement au poids du corps, il semble que le mouvement nutritif est plus rapide dans l’enfance et la jeunesse que dans Vâge adulte et la vieillesse ; qu'il s'accélère par l’aetion répétée des organes, et se ralentit par le repos. En effet, les enfants et les jeunes gens consomment davantage d'aliments que les adultes et les vieillards : ces derniers peuvent conserver toutes leurs facultés en n’usant que d’une très petite

quantité d’ ta Tous les exercices du COTps ,

les travaux de peine, nécessitent des aliments plus 1

abondants ou plus nutritifs ; un repos parfait, au contraire, permet une abstinence prolongée.

. G. Le sang paraît contenir la plupart des principes nécessaires à la nutrition des organes; la fibrine , l’albumine, la graisse, l’osmazome, la matière nerveuse, les sels , etc., qui entrent dans la composition des tissus et des organes, se trouvent dans le sang. Ils paraissent être déposés dans les parenchymes au moment où le sang les traverse : la manière dont se fait ce dépôt est entièrement ignorée. Îl existe un rapport évident entre l’activité de la nutrition d’un organe et la quantité de sang qu’il reçoit : les tissus à nutrition rapide ont de grosses artères ; quand l’action d’un organe a déterminé une accélération de nutrition, les artères et Is veines grossissent.

Quelques principes immédiats qui entrent dans la composition des organes ou des fluides ne se trouvent point dans le sang : tels sont la gélatine , l'acide urique, etc. Ils se forment done aux dépens des autres principes, dans le parenchyme des organes, par une action chimique dont le mode est inconnu , mais qui n'en est pas moins réelle, et qui doit nécessairement avoir pour effet un développement de chaleur et d'électricité.

D. Depuis que l'analyse chimique a fait con

Remarques sur a nutrition,

Remerques naître la nature des divers tissus de l économie anila nutrition. male, on a reconnu qu'ils contiennent tous une assez grande proportion d'azote. Nos aliments étant aussi composés en partie de ce corps simple > il est probable que c’est d'eux que vient l'azote des organes ; mais plusieurs auteurs estimés pensent qu'il a sa source dans la respiration,

et d’autres croient qu’il est formé de toutes pièces par l'influence de la vie. Les uns et les autres s'appuient sur l’exemple des herbivores, qui se nourrissent exclusivement de matières non azotées; sur l’histoire de certains peuples qui vivent seulement de riz et de maïs ; sur celle des nègres,

qui peuvent vivre long-temps en ne mangeant que du sucre; enfin sur ce qu’on raconte des caravanes, qui, en traversant les déserts , n'ont pendant plusieurs semaines que de la gomme pour toute nourriture. Si ces faits prouvaient en effet que des hommes peuvent vivre sans aliments azotés, il faudrait bien reconnaître que l'azote des organes à une autre origine que celui des aliments; mais il s’en faut de beaucoup que les faits cités conduisent à cette conséquence. En effet, pres= que tous les végétaux dont se nourrissent l’homme

= et les animaux contiennent plus ou moins d'azote; par exemple, le sucre impur que mangent les nègres en présente une assez grande proportion ;

et quant aux peuples qui se nourrissent ; dit-on ;

avec du riz ou du mais, des pommes de terre, il est ne connu qu ils: y äjoutent du lait ou du fromage : or ja nutrition. le caséum est, de tous les principes immédiats animaux, le plus azoté.

J'ai pensé qu’on pourrait acquérir quelques no= tions exactes sur ce sujet en soumettant des animaux , pendant le temps nécessaire, à une nourriture dont la composition chimique serait rigoureusement déterminée.

Les chiens étaient propres à ce genre d’expériences; ils se nourrissent , comme l’homme, également bien de substances végétales et animales.

Chacun sait qu'un chien peut vivre long-temps en ne mangeant que du pain; mais, en le nour- 5 rissant ainsi, on n’en peut rien conclure relativement à la production de l'azote dans l’économie animale, car le gluten que contient le pain est une substance très abondante en azote. Pour obtenir un résultat satisfaisant, il fallait nourrir un de ces animaux avec une substance réputée nutritive, mais Ta ne contint pas d'azote. |

À cet effet, j'ai mis un petit chien âgé de trois ans, gras et bien portant, à l’usage du sucre blanc et pur pour tout aliment, et de l’eau distillée pour boisson : il avait de l’un et de l’autre à discrétion. Les sept ou huit premiers jours il parut se bien trouver de ce genre de vie; il était gai, dispos, mangeait avec avidité et buvait comme de cou-

sur la nutrition,

tume., Il conrmença à maigrir dans la seconde semaine , quoique son appétit fût toujours fort bon, et qu'il mangeât jusqu'à six ou huit onces de sucre en vingt-quatre heures. Ses excrétions alvines n’étaient ni fréquentes ni copieuses; en revanche, celle de l'urine était assez abondante. :

La maigreur augmenta dans la troisième semaine ; les forces diminuèrent , l'animal perdit la gaieté , l'appétit ne fut pas aussi vif, À cette même époque il se développa, d’abord sur un œil, et ensuite sur l’autre, une petite ulcération au centre de la cornée transparente ; elle augmenta assez rapidement, et au bout de quelques jours elle avait plus d’une ligne de diamètre; sa profondeur sac crut dans la même proportion ; bientôt la cornée fut entièrement perforée, et les humeurs de l'œil s’'écoulèrent au dehors. Ce singulier phénomène fut accompagné d’une sécrétion abondante des glandes propres aux paupières.

Cependant l’amaigrissement allait toujours croissant, les forces se perdirent; et, quoique l'animal mangeât, par jour, de trois à quatre onces de sucre , la faiblesse devint telle, qu'il ne pouvait ni mâcher ni avaler; à plus forte raison tout autre mouvement était-il impossible, Il expira le trente-deuxième jour de l'expérience. Je l’ouvris avec toutes les précautions convenables; j'y reconnus une absence totale de graisse ; les muscles

DE PHYSIOLOGIE. 489 . “ étaient réduits de plus des cinq sixièmes de leur Expétiétic# | volume ordinaire ; l'estomac et les intestins étaient la ritiitiont aussi très diminués de volume et fortement contractés. |

La vésicule du fiel et la vessie urinaire étaient distendues par les fluides qui leur sont propres. * Je priai M. Chevreul de vouloir bien les examiner ; il leur trouva presque tous les caractères qui appartiennent à l’urine et à la bile des animaux herbivores , c’est-à-dire que l'urine, au lieu d’être acide comme elle l’est chez les carnivores, était sensiblement alcaline , n'offrait aucune trace d’acide urique ni de phosphates. La bile contenait une proportion considérable de picromel, caractère | particulier de la bile de bœuf, et en général de celle | ù des herbivores. Les excréments » qui furent aussi examinés par M. Chevreul, contenaient très peu d'azote, tandis qu’ils en présentent ordinairement beaucoup.

Un semblable résultat méritait bien d’être vé- | … rifié par de nouvelles expériences : je soumis donc . un second chien au même régime que le précé- | dent, c’est-à-dire au sucre et à l’eau distillée. Les e phénomènes que j'observai furent entièrement ? analogues à ceux que je viens de décrire ; seulement les yeux ne commencèrent à s’ulcérer que + vers le vingt-cinquième jour, et l'animal mourut !

avant qu'ils eussent eu le temps de se vider , à >

Expériences comme cela était arrivé chez le chien sujet de la : PAS 10 première expérience : du reste, même amaigrisi sement, même faiblesse , suivis de la mort le trente-quatrième jour de l'expérience ; et, à l’ouverture du cadavre , même état des muscles et des

| . viscères abdominaux, et surtout même caractère ; des excréments, de la bile et de l'urine. L Une troisième expérience me donna des résultats tout-à-fait semblables, et je considérai dès lors le ‘ sucre comme incapable, seul, de nourrir les chiens. , Ce défaut de qualité nutritive pouvait être parñ i ticulier au sucre ; il était important de s'assurer si

d’autres substances non azotées, mais considérées généralement comme nourrissantes, produiraient des effets pareils.

Je pris deux chiens jeunes et vigoureux, quoi- » que de petite taille; je leur donnai pour toute nourriture de très bonne huile d'olive et de l’eau distillée ; ils parurent s’en bien trouver pendant + environ quinze jours ; mais ensuite ils éprouvèrent la série d'accidents dont j'ai fait mention en par- à

L lant des animaux qui mangeaient du sucre. Ilss n'éprouvérent point cependant d’ulcération de la cornée ; ils moururent tous deux vers le trentesixième jour de l'expérience ; ils présentèrent, sous

, le rapport de l'état des organes et sous celui de la

; composition de l'urine et de la bile, les mêmes

} phénomènes que les précédents. ‘4

} wi F à

Ds à

La gomme est une autre substance qui ne con- Expériences à:

tient pas d’azote, mais qui passe pour être aussi Ja nutrition, nourrissante. On pouvait présumer qu’elle agirait comme le sucre et l'huile, mais il fallait s’en as surer directement.

Dans cette vue, j'ai nourri plusieurs chiens avec de la gomme, et les phénomènes que j'ai observés n’ont pas différé sensiblement de ceux \ dont je viens de rendre compte.

J'ai tout récemment répété l’expérience en nourrissant un chien avec du beurre, substance ani- male privée d’azote : il a d’abord, comme les ani- . maux précédents, très bien supporté cette nour- | riture ; mais, au bout d'environ quinze jours, il à ä - commencé à maigrir, et a perdu ses forces : il est

nort le trente-sixième jour, quoique , le trente- } Li s1\ > ° . e . » Î deuxième je lui aie fait donner de la viande # é |; discrétion, et quoiqu'il en ait mangé pendant #4

deux jours une certaine quantité. L’œil droit de cet animal m'a offert l’ulcération de la cornée “dont j'ai parlé à l’occasion de ceux qui ont été nourris avec du sucre. L'ouverture du cadavre m'a présenté les mêmes modifications de la bile et de l'urine.

Quoique la nature des excréments rendus par les différents animaux dont je viens de parler an- “

nonçât bien qu'ils digéraient les substances dont ‘ils faisaient usage, j'ai voulu m'en assurer plus

LL nét= - -arnnsn tee mit,

Ca

ME 0e

Expériences sur la nutrition,

492 PRÉCIS ÉLÉMENTAÎRE positivement; c’est pourquoi , après avoir fait manger séparément à plusieurs chiens de l'huile, de. la gomme où du sucre, je les ai ouverts, et j'ai reconnu que ces substances étaient réduites chacune en un chyme particulier dans l'estomac, et qu'ensuite elles fournissaient un chyle abondant : celui qui provient de l'huile est d’un blanc laiteux*. prononcé; le chyle qui provient de la gomme où du sucre est transparent, opalin et plus aqueux que celui de l'huile. 11 est done évident que si ces diverses substances ne nourrissent point, on ne 4 doit point l’attribuer à ce qu’elles ne sont pas digérées. ;

Ces résultats paraissent importants sous plus | d’un rapport; d’abord ils rendent très probable que # l'azote des organes a primitivement sa source dans. les aliments :'ils sont en outre propres à éclairer. les causes et le traitement de la goutte, de la gra-t velle , etc. (1).

Depuis la publication de ces faits dans la pre-

Page 1