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Cause qui empêche les aliments d’être repoussés dans l’œsophage.
quantité de nerfs qui s’y rendent; il ne faut rien moins que cette disposition pour rendre raison de
da force avec laquelle les aliments distendent l'es- tomac. Pour plus de certitude, on n’a qu'à intro-
duire un doigt dans læsophage d’un animal par son orifice cardiaque , on sera frappé de Ja vigueur de sa contraction.
Mais si les aliments exercent une influence aussi marquée sur les parois de l'estomac et de l'abdomen, ils doivent éprouver eux-mêmes une réaction proportionnée , et tendre à s'échapper par les deux ouvertures de l'estomac. Pourquei cet effet n’a-t-il pas lieu ? On dit généralement que le cardia et le pylore se ferment, mais je ne vois nulle part que ce phénomène ait été soumis à des recherches spéciales.
Voici ce que més expériences m'ont appris à cet égard.
C’est .le mouvement alternatif de l’œsophage qui $ /oppose au retour des aliments dans sa cavité. Plus l'estomac est distendu, plus la contraction devient intense et prolongée, et le relâchement de courte durée. La contraction coincide ordinairement avec le moment de l'inspiration, où l'estomac est plus fortement comprimé. Le relâchement arrive le plus souvent dans l’instant de l'expiration.
On aura une idée de ce mécanisme en mettant
à nu l'estomac d’un chien , et en cherchant à faire
pénétrer les aliments dans l’œsophage , en cocee À
mant l'estomac avec les deux mains. Il sera à peu près impossible d'y réussir, quelque force qu’on emploie, si l’on agit dans l'instant de la contraction de Pœsophage ; mais le passage s'effectuera en quelque sorte de lui-même, si l’on comprime le viscère dans l'instant du relâchement. On peut encore faire l'expérience en distendant l'estomac avec de l'air: le fluide comprimé par les parois du viscère fait effort continu pour passer dans l’œsophage , il s’y engage et dilate ce conduit par intervalle; mais il est aussitôt repoussé dans l'estomac par la contraction du canal. Si l'animal est vigoureux ; à peine l'air a-t-il commencé à pénétrer l’œsophage , qu'il est refoulé ; mais si l'animal est faible, quelquefois l’air remonte jusque vers le cou avant que l'œsophage se contracte et le repousse
vers l'estomac.
La résistance qu’oppose le pylore à la sortie des aliments est d’une autre espèce. Dans les animaux vivants , que l'estomac soit vide ou plein, cette ouverture est habituellement fermée par le resserrement de son anneau fibreux et la contraction de ses fibres circulaires , et si exactement fermée, que, si on pousse de l’air par l’œsophage , il faut que l'estomac soit distendu et que l’on emploie un eflort considérable pour pouvoir surmonter la ré-
Cause pour laquelle les aliments ne traversent
pas le pylore.
Autres phénomènes regardées comme produits par la distension de
l'estomac. .
sistance du pylore. Il n’en est pas de même si on introduit l'air par l'intestin grêle en le dirigeant vers l'estomac. Dans,ce cas, le pylore n'offre aucune résistance, et laisse passer l’air sous la plus légère pression.
Indépendamment de ces deux ie on voit fréquemment à l'estomac un autre resserrement, à un ou deux pouces de distance (1),'qui paraît destiné à empêcher les aliments d'arriver jusqu'au pylore; on aperçoit des contractions irrégulières et péristaltiques, qui commencent au duodénum et se prolongent dans la portion pylorique de l'estomac, dont l'effet est de repousser les aliments vers la partie splénique.
D'ailleurs, quand le pylore ne serait pas naturellement fermé. les aliments auraient peu de tendance à s’y introduire; car ils ne cherchent à s’échapper que pour passer dans un lieu où la pression serait moindre; et elle serait tout aussi grande dans l'intestin grêle que dans l'estomac, puisqu’elle est à peu près également répartie dans toute ia cavité abdominale. |
Âu nombre des phénomènes produits par la présence des aliments dans l'estomac, il en est plusieurs dont l'existence, quoique généralement admise, ne paraît pas suffisamment démontrée : telle
(1) Cette disposition est très évidente dans les animaux carnassiers et dans les herbivores à un seul estomac.
æ dt,
est la diminution de volume de la rate et celle des
vaisseaux sanguins du foie , des épiploons, ete.; tel
est encore un mouvement de l'estomac nommé par les auteurs péristole, qui présiderait à la réception des aliments , les répartirait également, en exerçant sur euggrne pression douce , de manière que sa . dilatation. loin d’être passive, serait un phénomène essentiellement actif. J'ai souvent ouvert des animaux dont l'estomac venait d’être rempli d’aliments ; J'ai examiné des cadavres de supplieiés , peu de témps après la mort : je n’ai Pis rien vu qui füt en faveur de ces assertions. sd L'accumulation des aliments dans l’estomac s'accompagne de plusieurs sensations dont il faut tenir compte : c'est. d’abord, le sentiment agréable ou le plaisir d’un besoin satisfait. La faim s'apaise par degrés, la faiblesse générale qui l’accompagnait est remplacée.par un état dispos et un sentiment de force nouvelle. Si l'introduction des aliments continue, on éprouve un sentiment de plénitude et de satiété qui indique que l'estomac est suffisamment rempli ; et si, malgré cet avertissement instinctif, on persiste à faire usage d'aliments , le dégoût et les nausées ne tardent pas à survenir , et bientôt elles sont suivies elles-mêmes de vomissement. | Ce n’est pas seulement au volume des aliments qu’il faut rapporter ces diverses impressions : toutes
Sensations internes qui accompagnent l’accumulation des aliment:
dans Pestomac.
Seusations internes qui résultent de l’accumulation des alimentsdans l'estomac.
ee) PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE
choses égales d’ailleurs, un aliment nutritif amène plus promptement le sentiment de satiété. Une substance peu nourrissante calme difficilement la faim , même lorsqu'elle à été prise en quantité considérable. |
La membrane muqueuse de l'estomac est donc douée d’une sensibilité assez développée, puisque nous pouvons acquérir quelques notions sur la nature des substances mises en contact avec elle.Gette propriété se manifeste d’unem anière bien évidente. si Fon a avalé une substance vénéneuse irritante : on ressent alors des douleurs intolérables. On sait aussi que l'estomac est sensible à la température des aliments.
À la rougeur de la membrane muqueuse, à fa quantité de fluide qu'elle sécrète , au volume des vaisseaux qui s y portent, on ne peut guère douter que la présence des aliments dans l'estomac n’y détermine une excitation très grande, mais utile pour le travail de la chymification. Cette excitation de l'estomac influe sur l’état général des fonctions, comme nous le dirons plus bas.
Le séjour des aliments dans l'estomac est assez long, ordinairementil est de plusieurs heures; c’est pendant ce séjour qu'ils sont transformés en chyme.
Étudions les phénomènes de cette transformation, sur laquelle on n’a que Je données fort incomplètes.
Altérations des aliments dans l'estomac.
Il se passe ordinairement plus d’une heure avant que les aliments subissent aucune autre altération apparente dans l'estomac que celle qui résulte de leur mélange avec les fluides perspiratoires et muqueux qui s'y trouvent et s’y renouvellent continuellement. bé
Pendant ce temps, l'estomac reste uniformé-
ment distendu ; mais ensuite la portion pylorique se resserre dans toute son étendue , tout dans le point le plus voisin de la portion HE ne , OÙ se trouvent repoussés les aliments. Dés lors on ne rencontre plus dans la portion pylorique que du chyme , mêlé à une très petite quantité d’aliments non altérés.
Mais qu'entend-on par chyme ? Les auteurs L.
plus recommandables s'accordent pour le regarder comme une substance homogène , pultacée, grisâtre , d’une saveur douceûtre , fade, légérement acide , et qui conserve quelques propriétés des aliments. Cette description laisse beaucoup à désirer.
En effet, dans quel cas a-t-on vu le chyme avec ces caractères ? quels étaient les aliments dont on avait fait usage ? On n'en fait aucune mention, et cependant il était très important de le déterminer. |
Formation du chyme.
De chyme.
Expériences sur la formation du chyme.
J'ai cru que de nouvelles expériences sur ce point pourraient être utiles : je ne puis consigner ici tous les détails de celles que j'ai faites; j'en rapporterai les résultats les plus importants.
À. Il y à autant d'espèces de chyme qu'il y a d'espèces d'aliments, si l’on en juge par la couleur, la consistance, l'aspect, etc, comme on peut aisément s’en assurer en faisant manger à des chiens différentes OS alimentaires simples, et en les tuant pendant le travail de la digestion. J’ ai plusieurs fois constaté le même résultat chez l'homme, sur des cadavres de suppliciés ou d'individus morts d'accidents.
B. En général, les substances animales sont plus aisément et plus complètement altérées que les substances végétales. Il arrive fréquemment que ces dernières traversent tout le canal intestinal en conservant leurs propriétés apparentes. J'ai plusieurs fois vu, dans le rectum et dans l'intestin srêle , les légumes qu'on ajoute au potage, les épinards , l’oseille , etc. , ayant conservé la plupart de leurs propriétés : leur couleur seule paraissait sensiblement altérée par le contact de la bile.
C’est particulièrement dans la portion pylorique que se forme le chyme. Il paraît que les aliments s'y introduisent peu à peu, et que, pendant le séjour qu'ils y font, ils subissent la transforma-
* LL DE PHYSIOLOGIE. 59 tion. Il m'rmblé cependant, vois usieurs fois paire : sur 1a de la matière chymeuse à la surface de la masse formation du
>. 1°. : À ar As : chyme.
d'aliments qui remplit la moitié splénique ; mais
le plus souvent les aliments conservent leurs propriétés dans cette partie de l’estomac.
Il serait difficile de dire pourquoi la portion pylorique est plus apte à la formation duchyme que le reste de l'estomac >; peut-être le grand nombre de follicules qu’on y observe apporte-t-il quelques modifications dans la quantité ou dans la nature du fluide qui y est sécrété. "
La transformation des substances alimentaires en chyme se fait , en général, de la superficie vers le centre. Il se forme, à la surface des portions d'aliments avalées , une couche molle, facile à détacher. Il semble que les substances soient attaquées , corrodées par un réactif capable de les dissoudre. Un morceau de blanc d'œuf durci , par exemple ; se comporte à peu près comme s’il était plongé dans du vinaigre faible ou dans une dissolution de potasse. Si la substance alimentaire est enveloppée d’une couche peu ou point digestible , on voit la dissolution s’opérer dans la cavité tandis que l'enveloppe reste intacte.
C. Quelle que soit la substance alimentaire dont .on ait fait usage, le chyme à toujours une odeur et une saveur aigres , et rougit fortement le papier de tournesol.
Gaz contenus dans l'estomac pendant la formation du chyme.
Mouvements de l'estomac pendant la formation du chyme.
D. On n'observe, qu'une très petite quantité de gaz dans l'estomac pendant la formation du chyme; quelquefois même il n’en existe pas. Ils y forment ordinairement une bulle peu volumineuse , à la partie supérieure de la portion splénique. Une seule fois, sur un cadavre de supplicié, et peu de temps après la mort, j'en ai recueilli, avec les précautions convenables, une quantité assez grande pour être analysée. M. Chevreul l’a trouvée composée de : :
CR CR SEE ES it 00 ACTE CATDONIUNE ae CT LU AO HYdroPelle: DORE 0 tee Me TOUR AOC SE ONG RS: ETAT NR CR E TES
Fofal tes. tree 10000
Il est rare que l’on rencontre des gaz dans l’estomac du chien. "
On ne peut donc croire, avec M. le professeur Chaussier, qu'à chaque mouvement de déglutition nous avalons une bulle d'air, poussée dans’ lestomac par le bol alimentaire. Sal en était ainsi, on devrait trouver dans cet organe une quantité considérable d’air après le repas : or on vient de voir le contraire.
E. Jamais une grande quantité de chyme ne} s’accumule dans la portion pylorique ; le plus que : j'en aie vu équivalait à peine , en volume , à deux
ou trois ontés d’eau. Il paraît que là contraction de l’estomac influe sur la production du chyme : voici ce que j'ai observé à cet égard. Après avoir été quelque temps immobile , l'extrémité du duodénum se contracte, le pylore et la portion pylorique en font autant; ce mouvement repousse le chyme vers la portion splénique ; mais ensuite il se fait en sens inverse, c’est-à-dire qu'après s'être distendue et avoir permis au chyme de rentrer de nouveau dans sa cavité, la portion pylorique se contracte de gauche à droite, et dirige vers le duodénum le chyme, qui franchit aussitôt le pylore et pénètre dans l'intestin. Le même phénomène se répète un certain nombre de fois, puis il s'arrête pour se montrer de nouveau au bout d’un certain temps. Quand l'estomac contient beaucoup d’aliments, ce mouvement est borné à la partie de l’organe la plus voisine du pylore; mais, à mesure quil se vide, le mouvement s'étend davantage, et se manifesté même dans la portion splénique quand l'estomac est presque entièrement vide. En général, il devient plus prononcé sur la fin de la chymification. Quelques personnes en ont distinctement la conscience à cet instant.
On à fait jouer au pylore un rôle très important dans le passage du chyme de l'estomac à l'intestin. ll juge, dit-on. du degré de chymification des ali-
ments ; il s'ouvre pour ceux qui ont les qualités re-
Usages du pylore.
92 PRÉGIS sean
quises, se féfme devant ceux qui nelle présentent pas. Cependant, comme on observe journellement que des substances non digérées et même non disestibles , telles que des noyaux de cerises , du verre pilé ou seulement concassé, le traversent facilement, on ajoute que, s’accoutumant à une substance non chymifiée qui se présente à plusieurs reprises , il finit par lui livrer passage. Ces considérations, en quelque sorte consacrées par la signification du mot pylore (portier), peuvent plaire à l'esprit, mais sont purement hypothétiques (1).
(1) Le pylore jouit si peu des fonctions imaginaires dont on l’a revêtu, que certains animaux n’ont jamais l’ouverture intestinale de l’estomac fermée. Le cheval est dans ce cas; son pylore est toujours largement ouvert : aussi les aliments séjournent peu dans ce viscère, et n’y sont que faiblement altérés. Le véritable pylore du cheval est à l'ouverture cardiaque de l’estomac ; son usage paraît être de s'opposer à ce que les aliments et les boissons remontent dans l’œsophage. Si l’on ne fait point attention à la libre communication de l'estomac avec les intestins > On ne pourrait pas comprendre Comment l'estomac du cheval, qui, dans sa plus grande extension, contient à peine douze litres d’eau, peut cependant recevoir, dans un temps très court, des masses volumineuses de fourrage et de liquide, une botte de foin et vingt-quatre litres d’eau; par exemple. Le phénomène de la digestion, dans le cheval, paraît se faire en même temps dans tout le canal intestinal, et mêm dansle gros intestin. Ce phénomène mériterait une attention
particulière et des recherches spéciales, ,
M DE PHYSIGHOGIE. 99
F. Toutes les substances alimentaires ne sont pas transformées en chyme avec la même promptitude. En général , les substances grasses , les tendons, les cartilages, l’albumine concrète, les végétaux mucilagineux et sucrés, résistent davantage à l’action de l'estomac , que les aliments caséeux, fibri-
neux , glutineux. Quelques substances paraissent.
même réfractaires : tels sont les os, l'épiderme des fruits, leurs noyaux, les graines entières, etc. Cependant il y a des faits bien constatés qui proutent que l'estomac de l’homme peut dissoudre des os.
G. Dans la détermination de la digestibilité des aliments, il faut avoir égard au volume des portions qui ont été avalées. J'ai souvent observé que les morceaux les plus gros, quelle qu'en füt d’ailleurs la nature, restaient les derniers dans l'estomac : au contraire , une substance même non digestible, pourvu qu’elle soit très divisée, comme des pepins de raisins, des grains de plomb, ne s'arrête pas dans l'estomac, et passe promptement, avec le chyme, dans l’intestin.
Sous le rapport de la facilité et de la promptitude de la formation du chyme, on observe presque autant de différences qu'il y a d'individus.
M. Astley Cooper a fait diverses expériences sur a digestibilité de plusieurs substances; il donna à
des chiens une quantité déterminée de porc, de mouton , de veau , de bœuf, en tenant compte de
Expériences sur la formation du chyme.
Remarques sur la formation du chyme.
RE
Expériences d’Astley Cooper surla digestion.
#re
94 PRECIS ÉLÉMENTAIRE, la figure des morceaux avalés , et de l’ordre d’intro- : duction dans l’estomac; en ouvrant les animauxau bout d’un certain temps , et réunissant avec soin ce qui restait dans leur estomac, il s’assura que le porc était la substance la plus vite digérée , ensuite vint le mouton, le veau ,enfn le bœuf,qui lui sembla être la substance la moins digestible. Dans quelques cas, le porc et le mouton étaient entièrement disparus , que le bœuf était encore intact. Il trouva, par d’autres expériences , que le poisson et le fromage sont aussi des substances très digestibles.—La pomme de terre l’est à un degré moindre; la peau qui recouvre ce légume passait dans le duodénum sans éprouver d’altération : il tenta aussi quelques essais avec la même substance , préparée de différentes manières, til vit que le veau bouilli est des deux tiers plus digestible que la même substance rôtie. Diverses autres substances furent aussi soumises aux mêmes expériences,etiltrouvaquelachair musculaire était plus tôt digérée que la peau ; que la peau l'était un peu plus que les cartilages ; ceux-ci plus que les tendons , ceux-ci enfin plus que les os. Quant à ces derniers il trouva que l’omoplate était un des plus digestibles; cent parties de cet os furent digérées en six heures , tandis que trente parties du fémur le. furent dans le même espace de temps. (Voyez Scu= damore, on gout, rheumatisme and gravelle ete. London, 1815, pag. 509, deuxième édition. )
D'après ce qui vient d’être dit, il est évident que, pour fixer le temps nécessaire à la chymification de tous les aliments contenus dans l’estomac, on doit tenir compte de leur quantité, de leur nature chimique, de la manière dont la mastication s’est exercée sur eux, et de la disposition individuelle. Cependant, quatre ou cinq heures après un repas ordinaire , il est rare que la transformation de la totalité des aliments en chyme ne soit pas effectuée.
On ignore la nature des changements chimiques que les aliments éprouvent dans l'estomac. Ce n’est pas qu’à différentes époques on n'ait tenté d'en donner des explications plus ou moins plausibles. D’anciens philosophes disaient que les aliments se putréfiaient dans l'estomac ; Hippocrate attribuaït la digestion à la coction; Galien donnait à l’estomac les facultés attractrice , rétentrice, concoctrice et expultrice ; et par leur secours il pensait expliquer la digestion. La doctrine de Galien a régné dans les écoles jusqu’au milieu du dix-septième siècle, où elle a été attaquée et renversée par les chimistes fermentateurs , qui établirent dans l’estomac une effervescence , une fermentation particulière, au moyen de laquelle les aliments étaient
acérés , dissous , précipttés, etc. Ce système n'eut pas une longue vogue; il fut remplacé par des idées beaucoup moins raisonnables. On établit
Systèmes sur la digestion.
# | h 90 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE Systèmes que la digestion n'était qu'une trituration, un écra- Ne sement, opéré par la contraction de l'estomac ; on supposa une multitude innombrable de petits vers qui attaquaient et divisaient les aliments. Boerhaave crut rencontrer la vérité en alliant les diverses opinions qui avaient régné avant lui. . Haller s’écarta des idées de son maître; il regarda la digestion comme une simple macération. Il savait que lés matières végétales et animales qui sont plongées dans l’eau ne tardent pas à se couvrir d’une couche molle et homogène; il crut que les. aliments éprouvaient des phénomènes analogues en macérant dans la salive et le fluide sécrété de l'estomac.
Si l’on applique à ces divers systèmes la logique sévère, qui seule.désormais doit régner en physioë logie , on ne peut y voir qu'un effet du besoin qu'a l'homme de satisfaire son imagination, et de se faire illusion sur les choses qu’il ignore. Était-on en effet beaucoup plus avancé pour avoir dit que la digestion était une coction , une fermentation, une macération, etc.? Non, puisqu'on n'attachaïit aucun sens précis à ces mots.
Ce n'est point en suivant cette méthode que
Expériences
de Réamur procédèrent Réaumur et Spallanzani. Ils firent des
Spallauzani expériences sur les animaux, et démontrèrent 148
sur la
formation du fausseté des anciens systèmes ; ils firent xoir que
chyme,
des aliments, renfermés dans des boules creuses ,
métalliques, et percées de petits trous , étaient digérés comme s'ils étaient libres dans la cavité de l'estomac. Ils constatèrent que l’estomac contient un fluide particulier, qu'ils nommérent suc gastrique , et que ce fluide était l’agent principal de la digestion ; mais ils en exagérèrent beaucoup les propriétés, et ils s’'abusèrent quand ils crurent avoir expliqué la digestion en la considérant comme une dissolution; car, n’expliquant point la dissolution , ils n'expliquaient point davantage l’altération des aliments dans l’estomac.
Au lieu de nous arrêter à l'exposition et à la réfutation faciles de ces différentes hypothèses, ce qui d’ailleurs se trouve dans tous les ouvrages, nous ferons sur le phénomène de la formation du chyme les réflexions suivantes :
Ï faut avoir égard , dans la formation du chyme, 1° aux circonstances dans lesquelles se trouvent les aliments contenus dans l'estomac, 2° à la nature chimique des substances alimentaires.
Les circonstances au milieu desquelles se trouvent les aliments pendant toute la durée de leur séjour dans l'estomac , et qui doivent être remarquées , sont peu nombreuses. 1° [ls éprouvent une pression plus ou moins forte, soit de la part des pa-
is abdominales , soit de celle des parois de l’estomac ; 2° ils sont mus en totalité par les mouvements de la respiration ; J° ils sont exposés à une tempé-
Réflexions sur la formation du
chyme.
Réflexions sur la formation du chyme.
rature de trente à trente-deux degrés de Réaumur ; 4° ils sont exposés à l’action de la salive, des mucosités provenant de la bouche et de l’æsophage, ainsi qu'à celle du fluide sécrété par la membrane muqueuse de l'estomac.
On se rappelle que ce dernier fluide est légèrement visqueux, qu’il contient beaucoup d’eau , du mucus, des sels à base de soude et d’ammoniaque, et de l’acide lactique de M. Berzélius.
Quant à la nature des aliments , nous avons déjà vu combien elle est variable , puisque tous les principes immédiats, animaux ou végétaux, peuvent, sous des formes ou des proportions différentes , ètre portés dans l'estomac, et servir utilement à la formation du chyme.
Maintenant pouvons-nous, en tenant compte de la nature des aliments et des circonstances où ils sont placés dans l'estomac, arriver à nous rendre raison des phénomènes connus de la formation du chyme ? ,
La température de trente à trente-deux degrés, la pression et le ballottement que supportent les aliments , ne peuvent point être considérés comme causes principales de leur transformation en chyme; ilest probable seulement qu'elles y coopèrent : restent l’action de la sälive et celle du fluide sécrétéM dans l'estomac ; mais, d’après la composition connue de la salive, il n’est guère possible qu'elle at-
LS
taque et qu'elle change la nature des aliments : elle peut tout au plus servir à les diviser, à les imbiber , de manière à écarter leurs molécules (1):c'est done à l’action du fluide formé par la membrane interne de l'estomac qu'il faut s'arrêter. I] paraît certain que c’est ce fluide qui, agissant chimiquement sur des substances alimentaires , les dissout de la surface vers le centre.
Pour en donner une preuve palpable, on a tenté, avec le fluide dont nous parlons, ce qu’on appelle en physiologie , depuis Réaumur et Spallanzani , des digestions artificielles ; c’est-à-dire qu'après avoir mâché des aliments, on les mêle à du suc gastrique , puis on les expose dans un tube ou tout autre vase, à une température égale à celle de l’estomac. Spallanzani à avancé que ces digestions reussissaient, et que les aliments étaient réduits en chyme; mais, d’après les dernières recherches de M. Montègre, il paraît positif qu’il n’en est rien , et qu'au contraire les substances employées n’éprouvent aucune altération analogue à la chymifi-
(1) M. Krimer a tenu dans sa bouche un morceau de
jambon, pesant un gros, pendant trois heures. Après ce temps ce morceau était blanc à sa surface, et avait aug-
menté de douze grains. Le même physiologiste croit que les
larmes contribuent à la digestion , et coulent dans l’arritre-
bouche jusque dans l'estomac. ( V’ersuch einer Physiologie ti d
des Plutes, Leipsic, 1893.)
si
Digestions artificielles,
be db sn Lan ht > lite it
Digestions artificielles.
100" PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE cation; ce qui est conforme à quelques expériences faites par Réaumur.
Mais de ce que le suc gastrique ne dissout pas les aliments avec lesquels il est renfermé dans un tube, il n’en faut pas conclure, avec quelques personnes , que le même fluide ne peut point dissoudre les aliments quand ils sont introduits dans l'estomac : les circonstances sont loin en effet d'être les mêmes ; dans l'estomac , la température est égale . les aliments sont pressés et secoués , la salive et le suc gastrique se renouvellent continuellement; à mesure que le chyme est formé, il est emporté et poussé dans le duodénum. Rien de tout cela n'a lieu dans le tube ou dans le vase qui contient les aliments méêlés au suc gastrique ; par conséquent le non-succës des digestions artificielles ne prouve ni pour ni contre l'explication de la formation du chyme par l’action dissolvante du suc gastrique.
Mais comment se fait-il qu'un même fluide puisse agir d’une manière analogue sur le grand nombre des substances alimentaires , végétales ou animales? L'état de la chimie organique ne permet pas de répondre à cette question ; cependant, de tous les agents dissolvant des matières animales, l'acide acétique est celui qui paraitrait remplir le plus complètement cette condition : si l'on prend une portion de chacun des tissus du corps, et qu'on
les soumette ensemble ou séparément à l’action de l'acide acétique , ils se dissolveront tous.
En général, l’action par laquelle le chyme se forme empêche la réaction des éléments constitutifs des aliments les uns sur les autres : mais cet effet n’a lieu que dans les bonnes digestions ; il parait que dans les mauvaises, la fermentation, ou même la putréfaction , peut avoir lieu : on peut le
soupçonner à la grande quantité de gaz inodores
Réflexions sur la formation du chyme.
quise développent dans certains cas, et à l’hydro-
ène sulfuré qui se dégage dans d’autres. Queilquefois ces gaz produisent un effet singulier durant le sommeil; ils remontent dans l’æsophage, le distendent, compriment le cœur par sa face postérieure, et nuisent assez à la circulation pour produire une anxiété très fatigante. Je connais une personne qui se débarrasse de ces gaz en mettant un doigt dans le pharynx , ouvre ce canal, et permet ainsi au gaz contenu dans l'œsophage de sortir avec une sorte d’explosion qui le soulage immédiatement.
Depuis long-temps on regarde les nerfs de la huitiéème paire comme destinés à présider à l'acte de la chymification : en effet, si on lie ou si l’on coupe ces nerfs au cou, les matières introduites
dans l'estomac n’y subissent en général qu'une:
altération bien inférieure à celle qu'ils éprouveraient si les nerfs étaient intacts. Cet effet se re-
Influence des nerfs de la huitième
paire sur la formation du chyme.
Influence des nerfs de la huitième paire sur la formation du
chyme.
marque plus volontiers chez les animaux herbivores et a été observé avec beaucoup de soin par M. Dupuy, professeur à l’école vétérinaire d’Alfort. La difficulté ou la diminution de la digestion stomacale dans ce cas paraît tenir à la diminution ou à la cessation de la sécrétion du suc gastrique. Mais on a conclu d’une manière générale que la section de la huitième paire abolissait le pouvoir chymi-
fiant de l’estomac.
Cette conséquence nous parait trop étendue ; car la section de la huitième paire apporte un tel trouble dans la respiration , une telle gêne dans la circulation pulmonaire , qu’il pourrait bien se faire que le dérangement de la digestion ne fût que l'effet du trouble de la respiration et de la circulation. (Voyez De l’ Influence de la huitième paire sur la respiration. )
Pour lever cette difficulté j'ai coupé ces nerfs, non pas au cou comme dans les expériences précédentes, mais dans le thorax, immédiatement audessus du diaphragme. Pour faire cette section, je coupe une des côtes sternales , je lie l’artère intercostale, et, introduisant mon doigt dans la poitrine , je soulève l’œsophage et les nerfs qui marchent à sa surface; il m'est facile alors de les couper sans crainte d'en laisser échapper.
Immédiatement après la section, je force l'animal à manger des aliments dont la chymification m'est
DE PHYSIOLOGIE. 103 connue, des corps gras par exemple , et je m’assure, après avoir laissé écouler le temps convenable, que les substances sont chymifiées, et qu'elles fournissent ultérieurement un chyle abondant. -
D'ailleurs, dans les oiseaux , la section desnerfs de la huitième paire n’influe pas d’une manière très apparente sur la chymification. Comme il ne parait pas que ces animaux aient un véritable chyle , on ne peut rien dire de l’influence nerveuse sur la production de ce fluide.
Quelques personnes ont prétendu que l’électricité pourrait bien avoir part à la production du chyme , et que les nerfs de l’estomac pourraient en être les conducteurs.
M. Wilson Philipp est celui qui a soutenu cette Opinion avec le plus de persévérance , en s'appuyant d'expériences nombreuses. Il coupe les nerfs pneumo-gastriques à deux animaux après les avoir fait manger. Îl abandonne l’un à lui-même , et soumet l'autre à un courant galvanique qui parcoure l’œsophage et l'estomac. Chez le premier la digestion est abolie , chez le deuxième elle se fait comme si les nerfs n'étaient pas coupés. Tels sont du moins les résultats qui se sont offerts à M. Wilson Philipp ; mais on doit observer que ces résultats ne sont pas constants, et qu'ils ont souvent manqué à M. Wilson lui-même, ce qui certes n’arriverait
Influence des nerfs de la huitième paire sur la formation du
chyme.
Sensatio® :
internes qui accompagnent la formation du chyme.
pas si la digestion était un simple phénomène physique. Ensuite la section simple des nerfs, même au cou, n’interrompt pas toujours la chymification. Des expériences qui viennent d’être faites récemment à Paris par MM. Breschet, H. Edwards et Vavasseur ont porté les auteurs à croire qu’elles ne faisaient que l’affaiblir.
L'influence de la huitième paire sur la chymification n’est donc pas encore bien connue, et la propriété galvanique de ce nerf plus que douteuse.
Un usage plus probable des nerfs de la huitième paire est d'établir des relations intimes entre l’estomac et le cerveau, d’avertir s’il s’est glissé quelques substances nuisibles dans les aliments, et s'ils sont
de nature à être digérés.
Chez une personne robuste , le travail de la formation du chyme se fait à son insu ; seulement elle s'aperçoit que le sentiment de plénitude et la sène de la respiration , produits par la distension de l'estomac, disparaissent par degrés : mais il est très fréquent , surtout parmi les gens du monde d’une complexion délicate, que la digestion s’accompagne d’affaiblissement dans l’action des sens, d’un froid général, avec de légers frissons ; l’intelligence elle-même diminue d'activité et semble s’'engourdir ; il y a disposition au sommeil : on dit alors que les forces vitales se concentrent sur l'or-
+ DE PHYSIOLOGLE. 109 gane qui agit, et qu'elles abandonnent momen- * 1
tanément les autres. À ces effets généraux s'ajoutent la production de gaz qui s’échappent par la bouche, un sement de poids , de chaleur , de tournoiement , et d’autres fois de brülure, suivi d’une sensation analogue le long de l’æsophage, etc. Ces
effets se font particulièrement sentir vers la fin de la chymification. Ils paraissent l'effet d’une véritable fermentation qui s'établit alors dans l'estomac. Des phénomènes analogues se développent quand 5 on laisse dans une étuve à trente-deux degrés des matières alimentaires. Il ne parait pas cependant que ces digestions laborieuses soient beaucoup moins profitables que d’autres.
Action de l’intestin grêle.
L'intestin grêle est la portion la plus longue du De Pintestin l
canal digestif; il établit une communication entre ne |
l'estomac et le gros intestin. Peu susceptible de
distension , il est contourné un grand nombre de
fois stlr lui-même , ayant une longueur beaucoup
plus considérable que le trajet qu’il doit parcourir.
Il est fixé à la colonne vertébrale par un repli du
péritoine , qui se prête à ses mouvements, tout
en y donnant des limites ; ses fibres longitudi--
nales et circulaires ne sont point écartées comme à
l'estomac; sa membrane muqueuse , qui présente
Sécrétion de lintestitu grêle.
beaucoup de villosités et une assez grande quantité de foilicules muqueux , forme des replis irrégulièrement circulaires, dont le nombre est d'autant plus grand , qu'on examine l'intestin plus près de l’orifice pylorique. On nomme ces replis valoules conniventes.
L'intestin grèle reçoit beaucoup de vaisseaux sanguins ; ses nerfs naissent des ganglions du grand sympathique. À sa surface interne , s’ouvrent les orifices très nombreux des vaisseaux chyliferes.
On a divisé cet intestin en trois parties, distinguées par les noms de duodénum, de jéjunum , et d’iléum; mais cette division est peu utile en physiologie.
De même que la membrane muqueuse de l’estomac , celle de l'intestin grêle sécrète une mucosité abondante : je ne crois pas qu'elle ait jamais éte analysée. Elle m'a paru visqueuse, filante, d’une saveur salée , et rougissant fortement le papier de tournesol ; toutes propriétés que nous avons déjà remarquées dans le fluide sécréte par l'estomac. Haller donnait à ce fluide le nom de suc intestinal ; il estimait à huit livres la quantité qui s'en forme en vingt-quatre heures.
Non loin de l'extrémité stomacale de l'intestin qui nous occupe , on remarque l'orifice commun des canaux biliaire et pancréatique , par lequel cou-
de. à .
| DE PHYSIOLOGIE. 107 lent dans la cavité de l'intestin les fluides sécrétés par le foie et le pancréas (1).
Si la formation du chyme estencore un mystère, la naturé*des phénomènes qui se passent dans l’intestin grêle n'est pas mieux connue. Ici nous suivrons encore notre méthode habituelle , c’est-à-dire que nous nous bornerons à décrire ce que l’observation fait connaitre.
Nous allons d’abord parler de l'introduction du chyme et de son trajet dans l'intestin grêle ; nous traiterons ensuite des altérations qu'il y éprouve.
Accumulation et trajet du chyme dans l'intestin grêle.
J'ai eu plusieurs fois l’occasion de voir, sur des chiens , le chyme passer de l’estomac dans le duodénum. Voici les phénomènes que j'ai observés. À des intervalles plus ou moins éloignés, on voit un mouvement de contraction se développer vers le milieu du duodénum ; il se propage assez rapidement du côté du pylore : cet anneau lui-même se resserre, ainsi que la partie pylorique de l’estomac ; en vertu de ce mouvement, les matières contenues dans le duodénum sont poussées vers le
(1) Voyez Sécrétion de la bile et Sécrétion du fluide pancréatique.
Accumula-
tion du chyme dans l'intestin grêle.
Mouvement
du pylore.
LA
pylore , où elles sont arrêtées par la valvule , et celles qui se trouvent dans la partie pylorique sont
| repoussées en partie vers la partie splénique ; mais
ce mouvement, dirigé de l'intestin vers l'éstomac , est bientôt remplacé par un mouvement en sens opposé, c'est-à-dire qui se propage de l’estomac vers le duodénum, et dont le résultat est de faire franchir le pylore à une quantité de chyme plus où moins considérable.
Le mouvement qui vient d’être décrit se répète ordinairement plusieurs fois de suite, avec des modifications pour la rapidité, l'intensité de la contraction , etc. ; puis il cesse pour reparaitre au bout de quelque temps. Il est peu marqué dans les premiers moments de la formation du chyme ; l'extrémité seule de la partie pylorique y participe. I augmente à mesure que l'estomac se vide, et, vers la fin de la chymification , j'ai plusieurs fois vu tout l’estomac y prendre part. Je me suis assuré qu'il n’est point suspendu par la section des nerfs de la huitième paire ; et ce fait est d’une haute importance relativement à l’action nerveuse. li montre que les fonctions de ces nerfs ne peuvent être comparées , comme On le fait sénéralement, à celles des nerfs moteurs ordinaires. La paraiysie suit immédiatement la section de ceux-ci; rien de semblable n’a lieu pour l'estomac, les contractions de cet organe ne perdent rien de
leur activité, du moins dans les premiers moments. Li
Ainsi, l'entrée du chyme dans l'intestin grêle n’est point continue. À mesure qu’elle se répète , le chyme s’accumule dans la première portion de l'intestin, il en distend un peu les parois et s'enfonce dans les intervalles des valvules ; sa présence excite bientôt l'organe à se contracter, et, par ce moyen, une partie s’avance dans l'intestin ; l’autre reste attachée à la surface de sa membrane et prend ensuite la même direction. Le même phénomène se continue jusqu’au gros intestin ; mais comme le duodénum recoit de nouvelles portions de chyme, il arrive un moment où l'intestin grêle, dans toute sa longueur, est rempli de ceite matière. On observe seulement qu'elle est beaucoup moins abondante dans le voisinage du cæeum qu'à l'extrémité pylorique.
* Le mouvement qui détermine la progression du chyme à travers l'intestin grêle a la plus grande analogie avec celui du pylore : il est irrégulier , revient à des époques variables, se fait tantôt dans un sens et tantôt dans un autre, se manifeste quelquefois dans plusieurs parties à la fois. Il est toujours plus ou moins lent ; il détermine des changements de rapports entre les circonvolutions intestinales. Il est entièrement hors de l'influence de la volonte.
Passage du chyme
à travers le pylore.
Progression du chyme dans l'intestin grêle.
Progression du chyme dans l’intestin grêle.
AN, 1 On s’en formerait une fausse idée si l’on se borà . 3 pe :l x + : | nait à examiner l'intestin grêle sur un animal. récemment mort ; il a alors une activité qu'il est loin d'offrir pendant la vie. Cependant , dans les:
mauvaises digestions , il paraît acquérir une vitesse.
et une énergie qu'il n’a pas ordinairement.
Quelle que soit la manière dont ce mouvement s'exécute, le chyme paraît marcher très lentement dans l'intestin grêle : les valvules nombreuses que l’on y remarque et quiont, dans l’état de santé, un relief etune épaisseur qu’elles sont loin de conserver après la mort par maladie, la multitude d’aspérités qui hérissent la membrane muqueuse, les courbures multipliées du canal, sont autant de circonstances qui doivent contribuer à ralentir sa progression, mais qui doivent favoriser son mélange avec. lesfluides contenus dans l'intestin, et la production du chyle , qui en est le résultat.
Changements qu’éprouve le chyvme dans l'intestin 5 3% grêle.
Ce n’est guère qu'à la hauteur de l’orifice du canal cholédoque et pancréatique que le chyme commence à changer de propriétés. Jusque là il avait conservé sa couleur, sa consistance demifluide, son odeur aigre, sa saveur légèrement acide ; mais. en se mélant à la bile et au suc pan-
“ # # créatique , il prend de nouvelles qualités : sa couleur deviént jaunatré, sa saveur amère, ét son odeur aigre diminue beaucoup. S'il provient de matières animales ou végétales, qui contenaient de la graisse ou de l’huile, on voit se former cà et là, à sa surface, des filaments irréguliers, quelquefois aplatis, d’autres fois arrondis, qui s’attachent promptement à la surface des Valvules , et paraissent être du chyle brut. On n’aperçoit point cette nd" le chyme provient d'aliments qui ne contenaient point de graisse; c’est une coûche grisâtre, plus ou moins épaisse, qui adhère à la membrane muqueuse, et qui parait contenir les éléments du chyle. METR Les mêmes phénomènes s’observent dans les deux tiers supérieurs de l'intestin grêle; mais. dans le tiers inférieur, la matière chymeusé devient plus consistante , sa couleur jaune prend une teinte plus foncée ; elle finit même quelquefois par devenir d’un brun verdâtre, qui perce à travers les parois intestinales, et donne à l’iléon un aspect distinct de celui du duodénum et du jéjunum. Quand on l’examine près du cœcum , on n'y voit plus ou très peu de stries blanchâtres chyleuses ; elle semble, dans cet endroit, n'être que le résidu de la matière qui a servi à la formation du chyle.
D'après ce qui a été dit plus haut sur les variétés
Âltérations du chyme dans lintestin grêle,
Altérations du chyme dans lintestin grêle.
# trs
% . d 112 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE
que présente le chyme , on doit pressentir que les changements qu'il subit dans l’intestin grêle sont variables suivant ses propriétés : en effet, les phénomènes de la digestion dans l'intestin grêle varient avec la nature des aliments (1).
Cependant le chyme y conserve sa propriété acide ; et s’il contient des parcelles d'aliments ou d'autres corps quiront résisté à l’action de l’estomac, ceux-ci traversent l'intestin grêle sans y éprouver d’altération. Les mêmes phénomènes se manifestent quand on a fait usage des mêmes substances. J'ai pu récemment m'assurer de ce fait surles cadavres de deux suppliciés, qui, deux heures avant la mort, avaient fait un repas commun, où ils avaient mangé des mêmes aliments à peu près en quantité égale : les matières contenues dans l'estomac, le chyme dans la portion pylorique et dans l'intestin grêle m'ont paru entièrement identiques pour la consistance , la couleur, la saveur, l'odeur. etc. |
Le docteur Prout s’est occupé récemment de la composition.du chyme; ses expériences ont éte : faites sur diverses espèces d'animaux. Il a comparé avec soin la digestion de deux chiens, dont lun avait mangé uniquement des matières végétales
(1) Nous avons fait sur ce point beaucoup d'expériences ; mais il aurait été peu utile d’en consigner les détails dans un
ouvrage élémentaire.
et le second des matières animales. Le résultat de
ses analysés comparatives se voit dans le tableau qui suit.