DES FLUIDES OU HUMEURS
Les fluides du corps des animaux , et particulièrement ceux du corps de l’homme, sont en proportions très-considérables, relativement aux solides : dans l’homme adulte il sont :: 9:1. Chaussier mit dans un four un cadavre pesant cent vingt livres ; après plusieurs jours de dessiccation, il se trouva réduit à douze livres. Des cadavres ensevelis depuis long-temps dans les sables brûlans des déserts de l’Arabie présentent une diminution de poids extraordinaire.
Les fluides du corps de l’homme sont tantôt contenus dans des vaisseaux , où ils se meuvent de diverses manières; tantôt dans des aréoles ou vacuoles, où ils semblent être en dépôt; d’autres fois ils sont placés dans de grandes cavités, où ils font un plus ou moins long séjour. Enlin dans le plus grand nombre des cas ils sont imbibés dans le tissu des solides , dont ils sont alors une partie essentielle.
Listes des liquides ou humeurs du corps de l’homme.
lo. Le sang.
2®. La/ymp/ie.
3®. Le liquide céphalo-spinal.
/Le plus utile de tous les liquides par sa quantité , sa V nature , ses propriétés vitales ; source de toutes / les autres humeurs ; sa privation entraîne immé- \ diatement la mort , et ses altérations sont suif vies de troubles graves dans l’exercice des fonc- \ lions.
(Sorte de sang imparfait qu’on trouve fréquemment en petite quantité dans un ordre particulier de vaisseaux, et dont les usages sont peu {. connus.
( Entoure le système nerveux central et en remplit les ( cavités.
4®. Les humeurs aqueuses et vitrées def
. /Servent à la vue, par leurs propriétés physiques
5®. Le cr'hsiallm. \
6®. Lhumeur noire de la choroïde. {
7®. Liquide labyrintique de l’oreille.
8®. La graisse.
9®. La moelle et le suc médullaire.
Usage inconnu.
j Entoure les'organes et les protège par ses propriétés ( physiques.
Remplit les cavités et les cellules des os.
10®, Synovie.
^ Favorise les mouvemens , en diminuant les frotte- ( mens des surfaces mobiles en contact.
1 Sérosité du tissu cellulaire.
12°. Sérosité des membranes séreuses.
Usage analogue à celui de la synovie.
Lubrifie la surface de ces membranes.
Le liquide qui s'' évapore à la surface iContrihae à maintenir égale la température du
( corps.
de la peau ou la sueur.
14°. lihumeur onctueuse de la peau.
15°. Le nmcus.
Ifio. Le suc gastrique.
(Favorise ses contacts répétés avec les corps exté- ( rieurs.
(Revêtles membranes muqueuses et les garantit des { contacts nuisibles.
Dissout les alimens dans l’estomac.
17o. Vhumeur de la transpiration pulmo- ) Concourt à la respiration. îiaire. i
18». Liqxiide qui remplit les cellules du^\ thymus.
19°. Liquide du corps thyroïde. )Usaae inconnu.
20°. Liquide qui remplit la cavité des capsules surrénales.
21°. Chassie.
22°. Cérumen.
23°. \?humeur de la racine des poils.
Facilite les mouvemens des paupières et de l’œil. Protège le conduit auditif.
Entretient leur flexibilité.
24°. Llumeur sébacée de la surface exté- ( Favorise les frottemens, s’oppose aux effets des pres-
rieure des organes de la génération.
25°. Les larmes.
26°. La bile.
27°. Le suc pancréatique.
28°. urine.
29°. Le chyle.
\ sions qu’ont à supporter les organes génitaux. Protègent l’œil, sont un moyen d’expression.
I Concourent à la digestion.
Résidu des opérations chimiques du corps. Fluide nutritif extrait des alimens.
Tous ces liquides et quelques autres qui ne sont pas indiqués sont communs aux deux sexes.
Les fluides propres à Fhomme sont :
1°. L’humeur de la prostate. Contribue à la fécondation.
2o. Le fluide des glandes sous-prostati-l^ ques. j ^
3°. Le sperme. Fluide fécondant.
Les fluides particuliers à la femme sont :
1°. Le lait. Ce fluide, nourricier de la première enfance, se voit quelquefois chez l’homme.
2°. Le fluide des vésicules de l’ovaire. |
3°. Le liquide du corps jaune. I
4°. Ld. du chorion. JUtiles à la génération.
5°. /c/. del’amnios. t 1
6°. Id. de la vésicule ombilicale. 1
rrvÉcîs élëmejNTaire
De tout temps, on a mis une grande Importance à classer méthodiquement les fluides ; et selon que telle ou telle doctrine florissait dans les écoles, on créa des classifications, fondées sur ces doctrines. Les anciens, qui donnaient une grande importance aux quatre élemens, disaient qu’il y avait quatre humeurs principales, le sang, la lymphe ou pituite , la hile jaune , la hile noire ou Vatrahile ; ces quatre humeurs correspondaient aux quatre élémens , aux quatre saisons de l’année , aux quatre parties du jour, aux quatre tempérameus.
A différentes époques , on a substitué d'autres divisions à cette classification des anciens. Ainsi on a établi trois classes de liquides: \e chyme et \e chyle ; le sang;
3o les humeurs émanées du sang. Quelques auteurs se sont contentés de former deux classes : 1“ liqueurs premières , alimentaires ou utiles ; nd liqueurs secondaires ou inutiles. Par la suite ou distingua : 1° des humeurs récré mentitielles , c’est-à-dire des humeurs destinées , après leur formation , à servir à l’alimentation du corps ; 2° excrémentitielles , ou humeurs qui doivent être chassées de l’économie ; 3° des humeurs qui ont à la fois les deux caractères participant des deux classes, et que, pour cette raison, on nomma excrémento-récrémentitielles. Plusieurs habiles chimistes ont classé les humeurs d’après la considération de leur nature intime : ils ont établi des humeurs alhumineuses , fibrineuses , savonneuses , aqueuses, alcalines , acides , etc. L’une des meilleures classifications des liquides du corps de l’homme est celle de Chaussier (1) : elle est particulièrement fondée sur le mode de leur formation.
Voici cette classification :
lo Le s an".
2 La lymphe.
3® perspiratoires , qui comprennent les humeurs delà transpiration
cutanée , la transpiration des membranes muqueuses , séreuses, synoviales , du tissu cellulaire, des cellules graisseuses , des membranes médullaires , de l’intérieur de la thyroïde , du thymus , de l’œil , de l’oreille.
4 O Les Ÿim.à.e.'& folUculaires : l’humeur graisseuse de la peau , le cérumen , la chassie , le mucus des glandes et des follicules muqueux , celui des amygdales, des glandes du cardia et des environs de l’anus , celui de la prostate , etc.
5o Les fluides glandulaires : les larmes, la salive , le fluide pancréatique , la bile , l’urine, le fluide des glandes de Cowper , le sperme, le lait ,1e liquide contenu dans les capsules surrénales, celui des testicules et des mamelles des nouveau-nés.
^ Le chyme et le chyle.
M is le nombre ne nos humeurs n’est pas assez grand pour qu’une classification soit indispensable , il n’y a aucune difficulté à les étudier isolément; une fois connues individuellement , toute classification devient superflue; caries classifications ne sont utiles qu’en facilitant l’étude des détails particuliers.
Propriétés physiques des fluides.
Les propriétés physiques des fluides sont pour beaucoup dans la vie ; nous devons V donner une attention spéciale, et nous ne manquerons pas de le faire dans l’exposé de chaque fonction. Les propriétés que nous signalerons ici comme devant être remarquées sont la viscosité , la transparence ,\dL couleur, ïodeui:
(1) Voyez la Table synoptique des Fluides, par Chaussier,
DE PÏÏYSIOLOGÎE.
Les fluides visqueux se rencontrent partout où il y a des membranes à préserver, des frottemens à diminuer et des surfaces polies à lubrifier.
La transparence se voit particulièrement dans les fluides de l’organe au moyen duquel nous agissons sur la lumière; cependant plusieurs autres fluides présentent aussi ce caractère à un degré plus ou moins prononcé.
Les couleurs des fluides sont peu variées, plusieurs même n’en ont point. Le rouge, plus ou moins foncé, le jaune et le noir , telles sont les couleurs les plus généralement répandues ; encore ces couleurs appartiennent-elles seulement à deux matières colorantes, qui, par leurs diverses modifieations , produisent toutes les autres nuanees.
Les odeurs des fluides sont au contraire très-nombreuses et très-variées.
Certains fluides offrent au microscope un spectacle remarquable : ce sont des myriades de globules dont la forme est régulière, et la grandeur sensiblement constante. Ces globales se rencontrent particulièrement dans le sang, la lymplie, le cbyîe et le lait. Un autre fluide, le sperme , présente un phénomène encore plus étonnant : si on en place une goutte au foyer d’un microscope , on y voit un grand nombre de petits animaux qui s’y meuvent avec agilité; mais l’existence de ces êtres singuliers est loin d’être aussi constante que celle des globules dont nous venons de parler. Ils ne se rencontrent que durant un certain temps de la vie , et en général pendant l’état de santé.
Propriétés chimiques des fluides.
Il II est d’un haut intérêt pour le physiologiste de connaître les qualités chimiques !'[ des fluides : plusieurs actes principaux de la vie dépendent immédiatement de ces propriétés; malheureusement cette partie de la science est encore peu avancée. Cependant la chimie nous a déjà fourni un assez bon nombre de renseignemens précieux sur cette question capitale.
Nous savons que la composition des fluides ne diffère pas essentiellement de celle des solides : on y trouve les mêmes principes immédiats et les mêmes élémens. En • chassant par l’évaporation une partie de l’eau que contiennent plusieurs fluides , on obtient une matière demi-solide qui a la plus grande analogie de composition avec I les solides véritables ; ceci n’a rien qui doive surprendre, puisque l’un des phénomènes propres aux corps vivans est la continuelle transformation des fluides en solides, et des solides en fluides.
La plupart des fluides exhalent de l’acide carbonique et absorbent l’oxigène de l’air ;. en général les élémens des fluides ont une plus grande tendance à la décomposition que les solides ; aussi est-ce parmi les principes immédiats des fluides que se rencontrent ceux qui contiennent le plus d’azote, tels que le caséum , l’urée, et qui se décomposent le plus rapidement.
PROPRIETES VITALES.
Outre les propriétés physiques et chimiques que présentent les solides et les fluides de l’e'conomie, plusieurs phénomènes dont on n’observe aucune trace dans les corps inertes, s’y laissent aisément remarquer et forment les caractères essentiels de la vie. Il eût été sage d’étudier isolément chacun de ces phénomènes, et d’acquérir ainsi une notion exacte des attributs spéciaux des corps vivans ; mais pour obtenir un pareil résultat, qui aurait été la source d’une infinité d’utiles applieations, il aurait fallu que l’on eût séparé avec soin dans l’être vivant ce qui est physique ou chimique , de ce
qui est purement vital; or, cette distinction n’ajamais pu être faite, en raison de l iinperfection des moyens d’analyse physique; et même aujourd’hui que ces moyens ont acquis une certitude et une précision plus grandes C[u’à aucune autre époque , cette distinction serait encore d’une très-grande difficulté, et demanderait, pour être exécutée, un esprit doué d’un génie particulier. Cette marche n’a donc pas été suivie : on a établi ou plutôt imaginé des propriétés vitales , et on n’a rien moins qu’affirmé qu’au moyen de ces propriétés les corps vivans étaient en lutte perpétuelle avee les lois générales de la nature ; absurdité des plus fortes qu’ait jamais enfantées l’esprit humain.
Comment les anciens, qui ont admis cette prétendue lutte du microeosme ou petit monde contre le macroeosme ou grand monde, pouvaient- ils en avoir la moindre notion , eux qui ignoraient à la fois et les lois de la nature inorganique et celles de la nature vivante? Aujourd’hui que les sciences physiques existent , et qu’elles nous enseignent plusieurs lois naturelles très-importantes, nous voyons au contraire que ces lois exercent évidemment leur influence sur les animaux. A la vérité les organes vivans présentent des phénomènes qui ne peuvent point s’expliquer parles lois physiques ; mais il ne s’ensuit pas qu’il y ait lutte entre les uns et les autres; qu’y a-t-il d’opposé entre la sensibilité et la pesanteur , entre la contractilité et l’affinité chimique ? Ces choses sont différentes , voilà tout.
Les propriétés vitales , généralement admises, ont reçu des noms différens :
lo. Sensibilité organique , végétative, nutritive, moléculaire.
2,0. Contractilité organique m5e.nsih\e ^ nutritive, fibrillaire, ton, tonicité.
3o. Sensibilité cérébrale , animale, percevante , de relation , etc.
4o. Contractilité organique sensible , irritabilité , mouvement vermiculaire.
5°. Contractilité volontaire y animale, de relation, etc.
De ces propriétés, les unes sont présentées comme si elles étaient communes à tous les corps vivans , les autres sont particulières à quelques parties des animaux.
Si elles existaient réellement, les premières mériteraient seules le nom de propriétés vitales , puisqu’elles signaleraient la vie partout où elle existe; mais, bien loin d’avoir ce caractère , les propriétés vitales , dites sensibilité organique ou moléculaire, contractilité organique, sensible, n’existent point. Elles ont été imaginées par les physiologistes pour donner raison de phénomènes hors de la portée de nos sens, et par conséquent inconnus. Nos organes se nourrissent ; nous ignorons comment cet acte vital est accompli: pour le savoir, il faudrait faire des expériences, et inventer des instrumens qui soumettraient à notre examen des choses que nos sens n’atteignent pas ; on a trouvé plus simple et surtout plus facile de faire un roman. « Les organes, » dit-on, sont composés de molécules; ces molécules sont sensibles (supposition gra- » tuite) ; elles distinguent dans les fluides nourriciers qui les approchent les élémens » qui peuvent réparer les pertes (voilà les molécules n’étant plus seulement sensi- « blés, mais doués de discernement). Mais en supposant les molécules capables de discerner les matériaux réparateurs , il n’y avait que la moitié des phénomènes expliqués; il fallait qu’elles pussent s’en emparer. La difficulté a été levée en inventant la contractilité insensible. Au moyen de cette seconde propriété, la molécule complète sa nutrition, bien qu’il ne soit pas facile de comprendre par quels genres de mouvement une molécule peut saisir des élémens nutritifs.
Qui ne voit dans cette petite histoire une simple métaphore de l’histoire d’un animal ou de l’homme lui -même. C’est l’anthropomorphisme des philosophes appliqué
aux molécules: le plus curieux, c’est que l’esprit puisse se contenter de semblable mystification.
Ce n’est pas tout, le roman va plus loin : il faut expliquer les maladies, qui ne sont que \ exaltation des propriétés vitales ou leur affaiblissement ou leur perturbation ; de là la thérapeutique, qui a pour objet de ramener les propriétés vitales à leur type nor-^ mal. Et voilà sur quels fondemens repose la médecine systématique. Les jeunes gens appelés par leur génie à perfectionner la science ne sauraient trop , en débutant dans les études , se garantir de pareilles erreurs. Il faut qu’ils s’accoutument de bonne heure à savoir se dire à eux-mêmes, ne sais pas: c’est le premier pas de la plupart des découvertes.
Les autres propriétés vitales sont particulières à quelques animaux, et même seulement à quelques-unes de leurs parties: telle est la contractilité organicpie sensible , qui se voit au cœur , au canal intestinal, à la vessie, etc., mais qui ne s’observe point dans d’autres parties de l’économie.
La sensibilité cérébrale ou animale , comme disait Bichat , ainsi que la contractilité volontaire , n’ont été comptées au nombre des propriétés vitales que par un abus de mots ; il est évident que ce sont des fonctions ou des résultats de l’action de plusieurs organes, qui ont, en agissant, un but commun.
Nous ne disons rien de la force de résistance vitale , de situation fixe , de V affinité vitale, de la caloricité , parce que ces prétendues propriétés, quoique proposées par des hommes de mérite , n’ont point excité l’attention des physiologistes , et qu’elles n’ont pas d’ailleurs plus de réalité que la plupart de celles dont nous venons de parler.
On n’a point heureusement appliqué aux fluides la doctrine des propriétés vitales, et cependant on est d’accord maintenant pour les considérer comme vivans. Mais on a été beaucoup plus sage pour les fluides que pour les solides ; car on n’a établi qu’ils étaient doués de la vie , que sur les phénomènes sensibles qu’ils présentent. Ainsi, la fluidité qu’ils conservent tant qu’ils font partie du corps de l’animal; la manière dont quelques-uns s’organisent aussitôt qu’on les extrait des vaisseaux ; la faculté de produire de la chaleur, etc. : tels sont les principaux phénomènes qui, suivant les physiologistes modernes, dénotent que les fluides sont vivans, 11^ faut ajouter que tous les fluides animaux n’offrent point ces caractères. Le sang, le chyle, la lymphe, et quelques autres fluides destinés à la nutrition, sont les seuls qui les présentent. Les fluides excrémentitiels , tels que la bile, l’urine, l’humeur de la transpiration cutanée , etc. , ne présentent rien d’analogue ; aussi tout ce qu’on dit de fa vie des fluides ne doit pas s’entendre de ces derniers.