‹ Précis élémentaire de physiologieChapitre 13 sur 69 · DE LA VISION · texte numérisé non relu

DE LA VISION

La vision est une fonction qui nous fait reconnaître la grandeur , la figure , la couleur, la distance , le mouvement des corps , etc.

Les organes qui composent l’appareil de la vision entrent en action sous l’influence d’un excitant particulier qu’on nomme lumière.

Nous apercevons les corps, nous prenons connaissance de plusieurs de leurs propriétés , quoique souvent ils soient fort' éloignés de nous ; il faut donc qu’il y ait entre eux et notre œil un agent intermédiaire : cet intermédiaire, nous le nommons lumière.

La lumière est un fluide excessivement subtil, qui émane des corps nommés lumineux , tels que le soleil, les étoiles fixes, les corps en ignition (i), ceux qui sont pliospliorescens , etc. (2).

La lumière est composée de molécules qui se meuvent avec une prodigieuse rapidité, puisque chacune d’elles parcourt environ 70 mille lieues par seconde.

On nomme rayon de lumière une série de molécules qui se succèdent sans interruption en ligne droite. Les molécules qui composent chaque rayon sont séparées par des intervalles considérables, relativement à leurs masses; ce qui permet à un très- grand nombre de rayons de se croiser en un même point, sans cpe les molécules puissent se choquer en se rencontrant.

La lumière qui part du corps lumineux forme des cônes divergens, qui, s’ils ne rencontraient point d’obstacles , se prolongeraient indéfiniment. Les physiciens ont conclu de là que l’intensité de la lumière qui se trouve dans un lieu quelconque, est en raison inverse du carré de la distance du corps lumineux d’où elle part. Les cônes que forme la lumière en sortant des corps lumineux sont en général nommés

(1) Tous les corps peuvent devenir lumineux quand leur température est élevée à'pl us de 500 degrés centig.

(2) En fait , on ne sait rien de la nature intime de la lumière ; on devrait tout simplement en convenir, et se borner à en étudier les propriétés; cette marche serait logique ; mais notre esprit ne procède point ainsi, il lui faut une supposition sur laquelle il semble se reposer et s’endormir; on suppose donc, d’après Newton, que la lumière émane, sous forme de molècxdes, des corps lumineux, etc. De'scartes avait fait une autre hypothèse ; il supposait l’espace rempli par un fluide très-subtil, l’éther ; il supposait^ en outre, que les corps lumineux mettaient en vibrations ou en ondulations cet éther onduleux, qui était la lumière. L’hypothèse des ondulations reprend force depuis quelque temps, parce qu’elle rend raison de phénomènes inexplicables dans l’hypothèse de l’émanation, et qu’elle se prête mieux à l’analyse mathématique.

faisceaux de lumière , et on désigne par le nom de milieux les eorps dans lesaiiels la lumière se meut.

Quand la lumière rencontre dans sa marche certains corps qu’on nomme opaques, elle est repoussée, et sa direction se trouve modifiée suivant la disposition de ces corps.

On appelle réflexion le changement que subit la marche de la lumière dans ce cas. L’étude de la réflexion constitue cette partie de la physique qui a été nommée cntoptriqiie.

Certains corps se laissent traverser par la lumière, par exemple le verre : on les transpare ns ou diaphanes. En les traversant, la lumière y subit un certain changement qui se nomme réfraction. Comme le mécanisme de la vision repose entièrement sur les principes de la réfraction, il est important que nous nous arrêtions quelques instans à leur examen.

Le point par lequel un rayon de lumière entre dans un milieu s’appelle point éè immersion , et celui par lequel il en sort , point éé émergence. Si le rayon rencontre perpendiculairement la surface d’un milieu , il continue sa route dans le milieu , en conservant sa direction première ; mais si l’incidence est oblique à la surface du milieu, le rayon se détourne de sa route, en sorte qu’il paraît rompu au point d’immersion.

U angle cV incidence est celui que fait le rayon incident avec une ligne perpendiculaire, menée par le point d’immersion sur la surface du milieu , et V angle de réfraction est celui que fait le rayon rompu avec la même perpendiculaire.

Le rayon de lumière passe-t-il d’un milieu plus rare dans un milieu plus dense , il se rapproche de la perpendiculaire au point de contact; il s’en écarte, au contraire, quand il passe d’un milieu plus dense dans un milieu plus rare. Le même phénomène a lieu, mais en sens opposé , lorsque le rayon rentre dans le premier milieu ; de façon que si les deux surfaces du milieu que le rayon traverse de part en part , sont parallèles entre elles, le rayon, en repassant dans le milieu environnant, prendra une direction qui sera elle-même parallèle à celle du rayon incident.

Les corps réfractent la lumière en raison de leur densité (i) et de leur combustibilité. Ainsi de deux corps d’égale densité , mais dont l’un sera composé d’élémens plus combustibles que l’autre, la force réfringente du premier sera plus considérable que celle du second.

Tous les corps diaphanes, en même temps qu’ils réfractent la lumière, la réfléchissent. C’est en raison de cette propriété que ces corps remplissent jusqu’à un certain point l’office de miroirs. Quand ils n’ont qu’une faible densité , comme l’air, ils ne sont visibles qu’autant que leur masse est considérable.

La forme du corps réfringent n’influe pas sur sa force réfringente , mais elle modifie la disposition des rayons réfractés les uns par rapport aux autres. En effet, les perpendiculaires à la surface du corps se rapprochant ou s’éloignant suivant la forme de ce corps, les rayons réfractés doivent en même temps se rapprocher ou s’éloigner.

Quand , par l’effet d’un corps réfringent , des rayons tendent à se rapprocher, le point où ils se réunissent se nomme foyer du corps réfringent. Les corps de forme lenticulaire (2) sont ceux qui présentent principalement ce phénomène.

Un corps réfringent à surfaces parallèles ne change pas la direction des rayons , mais les rapproche de son axe par une sorte de transport. Un corps réfringent, convexe des deux cotés (lentille), n’a pas une force réfringente plus grande qu’un corps convexe d’un côté et plane de l’autre ; mais le point où les rayons se réunissent derrière lui est plus rapproché.

(1) La densité est le rapport de la masse au volume; en sorte que si tous les corps étaient sous le même volume, leurs densités pourraient être mesurées par leur poids.

(2) Les eorps lenticulaires sont des corps terminés par deux segmens de sphère.

L’étude de la réfraction conduit à reconnaître un fait extrêmement important , savoir, qu’un rayon de lumière est lui-méme composé d’une infinité de rayons diversement colorés et diversement réfrangibles , c’est-à-dire qu’à chaque rayon coloré correspond , dans ces mêmes corps et pour une même incidence, une réfraction qui varie avec la couleur des rayons.

Si l’on fait passer un faisceau de rayons lumineux à travers un prisme de verre, ou tout autre corps réfringent dont les surfaces ne sont pas parallèles, on voit le faisceau s’élargir; et si après sa sortie du corps on le reçoit sur un plan, tel qu’une feuille de papier, il y occupe une étendue considérable, et, au lieu d’y produire une image blanche, il j^araît sous la forme d’une image oblongue, peinte d’une infinité de couleurs qui se succèdent par des gradations insensibles , et parmi lesquelles on distingue les sept couleurs suivantes : le rouge , l’orangé, le jaune, le vert, le bleu , l’indigo et le violet. Chacune de ces couleurs est indécomposable ; leur ensemble forme le spectre solaire. Ainsi la lumière n’est j^as homogène, puisqu’elle est composée de rayons de couleurs très-différentes. C’est sur ce fait qu’est fondée l’explication de la coloration des corps. Un corps blanc réfléchit la lumière sans la décomposer; un corps noir ne réfléchit point la lumière et l’absorbe en totalité. Les corps colorés décomposent la lumière en la réfléchissant ; ils en absorbent une partie et réfléchissent l’autre. Ainsi un corps paraîtra vert lorsque la réunion des couleurs qu’il réfléchira formera du vert , etc.

Les corps transparens paraissent aussi colorés par la lumière qu’ils réfractent, et il arrive souvent que , vus par réfraction , ils paraissent d’une couleur différente de celle sous laquelle on les aperçoit par réflexion.

Si maintenant on voulait savoir pourquoi tel corps réfléchit certaine couleur, tandis que tel autre corps l’absorbe, les physiciens répondront que ce phénomène tient à la nature et à la disposition particulière des molécules des corps (i).

La découverte de l’action des corps réfringens sur la lumière n’a point été un objet de simple curiosité; elle a conduit à construire des instrumens ingénieux, au moyen desquels la sphère de la vision de l’homme s’est beaucoup agrandie, et s’est étendue à une foule de corps, qui, soit par leur grand éloignement , soit par leur extrême ténuité , ne semblaient pas destinés à être connus de l’homme. Mais ici , comme dans d’autres cas , son intelligence a suppléé à l’imperfection de ses sens.

On appelle dijfraction un genre de modification que subit la lumière, quand elle passe près des parties saillantes cjui terminent les corps; non -seulement, le rayon en entier éprouve une déviation, mais chacun des rayons colorés qui le composent éprouve cette déviation à un degré différent, et ils se séparent à peu près comme s’ils traversaient un prisme.

Appareil de la vision.

L’appareil de la vision est composé de trois parties distinctes.

La ])remière modifie la lumière. C’est une véritable lunette.

La deuxième reçoit l’impression du fluide.

La troisième transmet cette impression au cerveau.

L’appareil de la vision est d’une texture extrêmement délicate , que la moindre cause peut altérer ; aussi la nature a-t-elle placé au-devant de cet appareil une série d’organes dont l’usage est de le protéger et de le maintenir dans les conditions nécessaires à l’exercice libre et facile de ses fonctions.

(!) Cette explication ressemble beaucoup à celle des phénomènes de la vie par les propriétés vitales, c’est-à-dire qu’il sc pourrait bien qu’elle n’expliquât rien.

Ces parties protectrices sont les sourcils , les paupières, et l’appareil sécréteur et excréteur des larmes.

Les sourcils, parties propres à l’homme, sont formés ;

î Par des poils d’une couleur variable ;

Par la peau ;

3°. Par des follicules sébacés, placés à la base de chaque poil ;

4°. De muscles destinés à leurs mouvemens multipliés , savoir , la portion frontale de l’occipito-frontal , le bord supérieur de l’orbiculaire des paupières ( orbito-palpéhral ) , le surcilier ;

5‘>. De vaisseaux assez nombreux ;

6°. De nerfs.

Les sourcils ont plusieurs usages. La saillie qu’ils forment protège l’œil contre les violences extérieures; les poils, en raison de leur direction oblique, de la matière huileuse qui les enduit , s’opposent à ce que la sueur coule vers l’œil , et aille irriter la surface de l’organe ; ils la dirigent vers la tempe et la racine du nez. La couleur et le nombre des poils des sourcils influent sur leur usage. Ils sont ordinairement en rapport avec le climat. L’habitant des pays chauds les a très-épais et très-noirs; l’habitant des régions froides peut les avoir épais , mais il est très-rare qu’il les ait noirs. Les sourcils garantissent l’œil de l’impression d’une lumière trop vive, surtout lorsque celle-ci vient d’un lieu élevé : nous rendons cet effet plus marqué fronçant le sourcil.

Les paupières sont au nombre de deux chez l’homme , distinguées en supérieure et en inférieure , en grande et en petite , palpehra major , palpchra minor.

La forme des paupières est accommodée à celle du globe de l’œil , de manière qu’étant rapprochées, elles couvrent complètement la face antérieure de cet organe. Le lieu où. elles se rencontrent n’est point au niveau du diamètre transverse de l’œil; il est beaucoup au-dessous : c’est à tort que Haller le nomme œquator ocull.

Plus l’ouverture qui sépare les paupières a d’étendue , plus l’œil nous parait grand r aussi le jugement que nous portons sur le volume de l’œil est-il souvent inexact : il n’exprime le plus souvent que l’étendue de l’ouverture des paupières (ij.

Le bord libre des paupières est épais , résistant , garni de poils plus ou moins longs, plus ou moins nombreux , d’une couleur ordinairement semblable à celle des cheveux; ces poils sont placés très-près les uns des autres. Ceux de la paupière supérieure forment une légère courbure, dont la concavité est en haut; ceux de la paupière inférieure en ont une en sens opposé. Nous attachons une idée de beauté à des cils longs et bien fournis, ce qui s’accorde avee l’utilité qui en résulte. Semblables à tous les autres poils, les cils sont enduits d’une humeur onctueuse, c[ui sort de petits follicules situés dans l’épaisseur des paupières , autour de leur bulbe.

Entre la ligne cju’occupent les cils et la face interne, il y a une surface plane , par laquelle les paupières se touchent quand elles sont rapprochées. Je nomme cette surface la marge de la paupière.

Les paupières sont composées d’un muscle à fibres semi-circulaires ( orhicidaire des paupières ) , d’un ûbro- cartilage ( cartilage tarse ) , d’un ligament ( ligament large de la paupière) , d’un grand nombre de follicules {^glandes de Meibomius) , d’une portion de membrane inuc]ueuse. Toutes ces parties sont liées entre elles par un tissu cellulaire, dont les lamelles sont très-minces et très-flexibles.

La peau des paupières, fine et demi- transparente , se prête aisément à leurs mouvemens; elle présente des plis transversaux. Le muscle orbiculaire des paupières,

(1) lîichal.

par sa contraction, les rapproche , ou , comme on dit ,Jerme les yeux , en même temps qu’il porte les paupières un peu en dedans.

Le fibro-cartilage s’appelle le cartilage tarse ^ celui de la paupière supérieure est beaucoup plus grand que celui de l’inférieure. Ils ont pour usage de maintenir les paupières tendues et toujours adaptées à la forme de l’œil ; en outre, ils soutiennent les cils , logent dans leur épaisseur les follicules et garantissent l’œil des chocs extérieurs. La présence du cartilage tarse dans les paupières n’est pas indispensable , puisqu’il manque chez plusieurs animaux, dont les paupières n’en remplissent pas moins bien leurs fonctions.

Le ligament large n’est autre chose que du tissu cellulaire , qui de la base de Torbite se rend au bord du cartilage tarse : il paraît destiné à limiter le mouvement par lequel les paupières se rapprochent.

Le tissu cellulaire, extrêmement fin et délicat, ne contient point de graisse, mais une sérosité limpide , qui , dans certains cas , s’accumule dans les aréoles de ce tissu ; les paupières sont alors gonflées et d’une couleur bleuâtre ; cette couleur et ce gonflement se voient à la suite des excès de tout genre , après les grandes maladies et pendant la convalescence, chez les femmes lorsqu’elles ont leurs règles , etc. La finesse, la laxité du tissu cellulaire des paupières , l’absence de la graisse de ses aréoles , étaient nécessaires pour le libre exercice de leurs mouvemens. Leur face oculaire est recouverte par la membrane muqueuse conjonctive.

Indépendamment des parties qui viennent d’être indiquées , la paupière supérieure a un muscle qui lui est propre, qu’on nomme élévateur de la paupière supérieure.

Les paupières couvrent l’œil dans le sommeil, le garantissent du contact des corps étrangers qui voltigent dans l’air; elles le préservent des chocs par leur rapprochement presque instantané ; leurs mouvemens habituels, qui reviennent à des intervalles à peu près égaux , s’opposent aux effets du contact prolongé de l’air sur la conjonctive; ce mouvement , nommé clignement dépend en partie du nerf facial , et en partie du nerf de la cinquième paire. Il cesse quand le nerf facial est coupé; il cesse ou ne se montre que très-rarement , et seulement par l’effet d’un rayon direct de lumière solaire , quand le nerf de la cinquième paire est divisé. La perte du mouvement des paupières par la section ou la paralysie du nerf facial s’entend facilement , puisque ce nerf envoie des filets au muscle orbiculaire. Il est beaucoup plus difficile de comprendre comment la section de la cinquième paire arrête le clignement , car ce nerf, presque entièrement destiné à la sensibilité, n’envoie aucune branche aux muscles qui font mouvoir les paupières.

Les paupières ont aussi l’usage de modérer l’effet d’une lumière trop vive sur l’organe de la vue: en se rapprochant, elles ne laissent passer que la quantité de ce fluide nécessaire à la vision, mais insuffisante pour blesser l’œil. Au contraire , lorsque la lumière est faible; nous écartons largement les paupières, afin d’en laisser pénétrer le plus possible dans l’intérieur de l’œil.

Lorsque les paupières sont rapprochées, les cils forment une espèce de grille, qui intercepte une partie de la lumière qui se dirige vers l’œil. Sont-ils humides , les petites gouttelettes placées à leur surface décomposent la lumière à la manière du prisme, et le point d’où part celle-ci paraît irisé. Divisant en faisceaux la lumière qui pénètre dans l’œil, les cils font paraître, pendant la nuit, les corps en ignition, comme s’ils étaient environnés d’une auréole lumineuse. Cette apparence disparaît dès qu’on renverse les paupières, ou seulement que les eils prennent une autre direction. Les eils écartent de l’œil les atomes de poussière qui voltigent dans l’air. La vision est toujours plus ou moins altérée chez les personnes qui sont privée: de cils.

On appelle glandes de Meihomius des follicules composés qui sont logés dans l’épaisseur des cartilages tarses. Il y en a de trente à trente-six à la paupière supérieure, et de vingt-quatre à trente à l’inférieure. Au centre de chaque follicule composé il existe un petit canal central, autour duquel sont placés les follicules simples.

et dans lequel est versée la matière qu’ils sécrètent. Ce canal central est toujours rempli par cette matière, nommée humeur de Meibomius, ou ehassie, A l’instant du réveil on en trouve souvent une certaine quantité desséchée et accumulée au grand angle de l’œil, ainsi que sur la marge des paupières. Cette matière est-elle de nature onctueuse ? Des recherches particulières me font croire qu’elle n’est qu’albumineuse. Chaque canal central s’ouvre par un orifice à peine visible sur la face interne de la paupière; près de sa jonction avec la marge. Ces ouvertures, très-rapprochées les unes des autres, régnent dans toute la longueur du bord de cette marge; une légère pression suffit pour en faire sortir l’humeur sécrétée ; or , comme il y a pression sensible des paupières quand elles se portent au-devant de l’œil , ce mouvement doit contribuer à l’excrétion de l’humeur. Son usage principal me paraît être de favoriser les frottemens réciproques des paupières et du globe de l’œil. La paupière supérieure , exerçant plus de frottemens que l’inférieure , devait avoir des follicules plus nombreux et plus considérables : c’est en effet ce qui existe.

Appareil lacrymal.

On vient de voir comment les sourcils et les paupières garantissent l’œil contre les corps étrangers, le contact trop prolongé de l’air, les effets nuisibles d’une lumière trop vive. L’œil avait besoin d’une autre sorte de protection. Il fallait que la surface par laquelle pénètre la lumière fût toujours lisse et d’un poli parfait, et que les mouvemens qu’il fait dans toutes les directions n’éprouvassent aucun empêchement. Un petit appareil, dont le mécanisme est fort curieux , est destiné à ce double usage; c’est l’appareil sécréteur des larmes. Il se compose de \di glande lacrymale , de ses canaux excréteurs , de la caroncule lacrymale, des conduits lacrymaux et du canal nasal.

Logée dans la petite fossette que présente la voûte de l’orbite, à sa partie antérieure et externe, la glande lacrymale est peu volumineuse; elle reçoit une branche de la cinquième paire, fait anatomique qui mérite , depuis mes derniers travaux sur ce nerf, une attention particulière. Son usage est de sécréter les larmes.

Cette glande était connue des anciens, mais ils en ignoraient la fonction ; ils la nommaient imiominée supérieure , par opposition à la coroncule , qu’ils nommaient innommée inférieure. Ils attribuaient la formation des larmes, les uns à la caroncule, les autres à une glande qui n’existe point chez l’homme, et qui se voit chez certains animaux [la glande de Hardérus).

Les canaux excréteurs des larmes sont au nombre de six ou sept. Ils naissent des petits grains glanduleux qui , par leur assemblage, forment la glande ; ils marchent quelque temps dans les intervalles des lobules qu’elle offre ; bientôt ils l’abandonnent, se placent sur la conjonctive, et viennent percer cette membrane très-près du cartilage tarse de la paupière supérieure , vers son extrémité externe. On peut les rendre sensibles , soit en les insufflant , soit en soulevant la paupière supérieure et comprimant la glande, ce qui donne lieu à la sortie des larmes par les orifices de ces canaux , soit en laissant macérer l’œil dans l’eau teinte par du sang, soit enfin en les injectant avec^du mercure. Les larmes sont versées par ces conduits à la surface de la conjonctive.

A l’angle interne de l’œil , on voit un corps saillant , dont la couleur rosée indique l’énergie des forces générales , dont la pâleur, au contraire, indique un état de débilité et de maladie : c’est la caroneule lacrymale. Ce corps , peu volumineux , a pour base de sa composition sept ou huit follicules , qui sont rangés suivant une ligne demi-circulaire , dont la convexité est en dedans. Ils ont chacun une ouverture a la superficie de la caroncule lacrymale; ils contiennent un petit poil : ces ouvertures sont tellement disposées qu’elles complètent , avec celles des glandes palpébrales ,

un cercle qui embrasse toute la partie antérieure de l’œil quand les paupières sont écartées.

A l’endroit où elle quitte le globe de l’œil pour se porter vers la caroncule, chaque paupière offre sur sa face interne, près de son bord libre, une petite ouverture nommée poù/t lacrymal, orifice externe des conduits lacrymaux. Les points lacrymaux sont continuellement ouverts ; ils sont tous deux dirigés vers l’œil. Sont-ils doués d’une faculté contractile qui se manifeste lorsqu’ils sont touchés par l’extrémité d’un stylet? Quelque soin que j’aie mis pour apercevoir ces contractions, je n’ai jamais pu y réussir : une circonstance aura pu en imposer à cet égard. Quand on renouvelle plusieurs fois le contact de l’extrémité d’un stylet , la membrane muqueuse qui revêt les points lacrymaux se gonfle, comme elle le ferait dans tout autre lieu, et alors l’ouverture est réellement rétrécie ; mais il ne faut pas confondre ce phénomène avec une contraction.

Par l’intermédiaire des conduits lacrymaux , les ouvertures dont nous venons de parler conduisent dans un canal qui règne depuis le grand angle de l’œil jusqu’à la partie inférieure des fosses nasales. Les canaux lacrymaux sont très-étroits ; ils laissent à peine passer une soie de cochon; ils* ont trois à quatre lignes de longueur ; ils sont placés dans l’épaisseur de la paupière, entre le muscle orbiculaire et la conjonctive. Ils s’ouvrent tantôt isolément , tantôt réunis , dans la partie supérieure du canal nasal .

C’est à tort que les anatomistes distinguent deux parties dans le conduit qui s’étend du grand angle de l’œil au méat inférieur des fosses nasales. Ce canal a partout à peu près les mêmes dimensions, et rien ne justifie le nom de sac lacrymal qu’on a donné à sa partie supérieure , pour réserver le nom de canal nasal au reste de sa longueur. Toutefois ce canal est formé par la membrane muqueuse des fosses nasales, qui se prolonge dans le conduit osseux , pratiqué le long du bord postérieur de l’apophyse montante de l’os maxillaire, et de la moitié antérieure de l’os unguis. Il a pour usage de verser les larmes dans les fosses nasales.

On doit ranger parmi les organes de l’appareil lacrymal la conjonctive , membrane du genre des muqueuses , qui recouvre la face postérieure des paupières et la face antérieure du globe de l’œil. Cette membrane a plus d’étendue que le chemin qu’elle parcourt, ce qui est très-favorable aux mouvemens des paupières et de l’œil. La manière lâche dont elle adhère aux paupières ainsi qu’à la sclérotique est encore bien disposée pour se prêter à ces mouvemens. La conjonctive passe-t-elle au-devant de la cornée transparente , ou bien s’arrête-t-elle à la circonlérence de cette portion de l’œil pour s’unir avec la membrane qui la revêt? C’est ce qui n’est pas complètement démontré. On pense en général qu’elle recouvre la cornée; mais plusieurs anatomistes croient que la cornée est recouverte par une membrane particulière , unie à la conjonctive par sa circonférence sans en être une continuation.

La conjonctive garantit la face antérieure de l’œil; elle sécrète un fluide muqueux qui se mêle aux larmes; elle jouit de la faculté absorbante (i), supporte les frottemens quand l’œil se meut , et facilite même ce mouvement en raison de l’humidité et du poli de sa surface.

C’est à la conjonctive qu’appartient l’extrême sensibilité de l’œil, sensibilité qui se manifeste par la douleur que cause le moindre contact d’un corps irritant , même en vapeur. Cette sensibilité est de beaucoup aupérieure à celle de toutes les parties de l’œil, sans en excepter la rétine. Elle dépeLid delà branche ophthalmique de la cin-

(l) On empoisonne facilement iiîi animal en appliquant sur ses cozijonctives des substances vénéneuses , de Pacidc prussique , par exemple.

qiiième paire. Si ce nerf est coupé sur un animal vivant, la conjonctive devient entièrement insensible à toute espèce de contact, même à ceux qui la détruisent cliimiquement ; par exemple , quelques atomes d’ammoniaque , mis sur la conjonctive, déterminent immédiatement une rougeur et une inflammation des ])lus vives avecun écoulement abondant de larmes; au contraire, un œil dont le nerf opbtlialmique est coupé reste sec et insensible au contact de rammoniaque. Ce contact n’y produit aucun indice d’inflammation ( i).

De la sécrétion des larmes et de leurs usages.

Ce n’est point ici le lieu de décrire la sécrétion des larmes , de faire connaître en quoi elle se rapproche des autres sécrétions, en quoi elle en diffère ; il suffit de savoir que la glande lacrymale les forme sous l’influence de la cinquième paire (2), et qu’elle les verse, au moyen des conduits dont nous avons parlé, sur la conjonctives la partie externe et supérieure de l’œil. Mais comment se comportent-elles lorsqu’elles sont arrivées dans ce lieu.^ C’est ce que nous allons chercher à faire connaître : nous dirons d’abord qu’elles coulent pendant le sommeil autrement que pendant la veille ; en effet , dans ce dernier état, les paupières s’éloignent et se rapprochent alternativement l’une de l’autre; la conjonctive est exposée au contact de l’air, l’œil se meut continuellement; rien de tout cela n’existe dans le sommeil.

Les physiologistes supposent que les larmes coulent dans un canal triangulaire , qui est chargé de les transporter vers le grand angle de l’œil, où elles sont absorbées par les points lacrymaux. Ce canal est formé , disent-ils : « 1° par le bord des panw pières , dont les surfaces , arrondies et convexes, ne se touchent que par un point ; « 2° par la face antérieure de l’œil, qui le complète en arrière. Ce canal a son extrémité externe plus élevée que l’interne. Cette disposition , jointe à la contraction » du muscle orbiculaire, dont le point fixe est à l’apophyse montante de l’osmaxil- » laire, dirige les larmes vers les points lacrymaux. »

Cette explication est défectueuse. Les paupières se touchent, non par un bord arrondi, mais par leurs marges, qui sont planes : le canal dont on parle n’existe donc pas. En effet , lorsqu’on examine les paupières par leur face postérieure quand elles sont rapprochées, à peine voit-on la ligne qui indique leur point de contact. D’ailleurs, en admettant l’existence du canal, il ne pourrait servir à l’écoulement des larmes que durant le sommeil; il resterait toujours à savoir comment elles marchent pendant la veille.

Dans le sommeil, et dans tous les cas où les paupières sont rapprochées , les larmes , dont la sécrétion paraît moins active que pendant la veille , se répandent de proche en proche sur toute la surface de la conjonctive oculaire et palpébrale; elles

(1) J’ai observé un fait fort remarquable dans ces expériences [voyez mon Journal de Physiologie, tom. 4, 1824). La section du nerf ophlhalmique est constamment suivie chez les animaux d’une violente inflammation avec suppuration abondante de la conjonctive; plus tard il se forme une ulcération de la cornée avec écoulement des humeurs de l’oeil ; mais la surface de l’œil n’en reste pas moins complètement insensible. Les auteurs qui ont le courage de proposer des explications des phénomènes morbides devraient faire rentrer de pareils faits dans leurs doctrines : une inflammation des plus vives avec abolition complète de la sensibilité !

(2) J’ai eu plusieurs fois l’occasion de piquer sur l’homme vivant le nerf lacrymal au moyen d’une aiguille fine, à laquelle j’appliquais ensuite le galvanisme , et j’ai observé iconstamment qu’au moment où le nerf est touché par la pointe de l’aiguille, les larmes coulent en abondance, comme si on introduisait un corps irritant dans l’écartement des paupières sur la conjonctive , et peut-être plus abondamment encore. Un malade sur lequel je faisais cet essai, disait qu’avec mon aiguille Rouvrais le robinet des larmes.

se portent en plus grande quantité dans les points où elles éprouvent le moins de résistance. La route qui leur présente le moins d’obstacles , étant l’endroit où la conjonctive passe de l’œil aux paupières, elles arrivent aisément jusqu’aux points lacrymaux. Ainsi répandues sur la conjonctive, les larmes se mêlent avec le mucus de cette membrane , et sont soumises à l’absorption qu’elle exerce.

Dans la veille, les choses ne se passent pas de cette manière. La portion de conjonctive qui est en contact avec l’air laisse évaporer les larmes qui la recouvrent ; elle se sécherait bientôt si, par le mouvement des paupières, les larmes n’étaient pas renouvelées : c’est là, je crois, le principal usage du clignement. Les larmes , étendues ainsi sur la partie de la conjonctive exposée à l’air, y forment une couche uniforme qui donne à l’œil son poli et son brillant ; l’augmentation ou la diminution d’épaisseur de cette couche influe beaucoup sur l’expression des yeux : dans les regards passionnés , où les yeux brillent d’un vif éclat , elle paraît sensiblement plus épaisse.

De faibles courans de larmes s’établissent quelquefois sur la cornée ; pour les voir il faut regarder un ciel pur mais peu éclairé ; elles entraînent des parcelles d’humeur sébacée que M. Ribes nomme globules des larmes.

Dans l’état ordinaire de la sécrétion , les larmes n’ont aucune tendance à couler sur la face externe de la paupière inférieure. Je ne sais sur quoi l’on se fonde pour attribuer à l’humeur de Meibomius d’agir comme une couche d’huile , qui , mise au bord d’un vase, s’oppose à l’écoulement du fluide aqueux qui en dépasse le niveau. Je doute que cette humeur puisse remplir cet usage , car elle paraît soluble dans les larmes.

Les larmes qui ne s’évaporent point ou qui ne sont point reprises par la conjonctive, sont absorbées parles conduits lacrymaux , et transportées dans le méat inférieur du nez par le canal nasal. Comment se fait ce transport , on l’ignore. On a voulu tour à tour en donner l’explication par la théorie du siphon , des tubes capillaires , des propriétés vitales, etc. : ces explications sont incertaines (i). L’absorption des larmes par les points lacrymaux est bien évidente lorsqu’elles sont très-abondantes ou qu’elles roulent dans les yeux ; alors le transport se fait avec une telle promptitude cpi’il oblige presque immédiatement à se moucher : cet effet se remarque au théâtre dans les instans pathétiques.

Appareil de la visioii.

L’appareil de la vision se compose de l’œil et du nerf optique.

La position de l’œil à la partie la plus élevée du corps; la possibilité qu’a l’homme d’apercevoir en même temps des deux yeux un même objet; la coupe oblique de la base de l’orbite; la protection que l’œil trouve dans cette cavité contre les chocs extérieurs; la présence d’une grande abondance de tissu cellulaire graisseux, qui forme un coussin élastique au fond de l’orbite, etc. , sont autant de circonstances qu’il ne faut pas négliger , mais que nous ne pouvons qu’indiquer.

L’œil est composé de parties c|ui servent différemment à la vue. On peut les distinguer en parties réfringentes et en parties qui ne jouissent pas de cette propriété.

Les parties réfringentes sont :

A. La cornée transparente^ corps réfringent, convexe- concave, qui, par sa forme, sa

(l) L’explication de l’absorption des larmes par la capillarité des conduits lacrymaux est celle qui réunit le plus de probabilités en sa faveur. En effet , puisque l’orifice des conduits lacrymaux est formé par un orifice toujours ouvert , le liquide doit être attiré dans le conduit par la seule capillarité.

transparence et son insertion sur la sclérotique, a beaucoup de ressemblance avec le verre qu’on place au-devant du cadran des montres.

B. U hume Lir aqueuse , qui remplit les chambres de l’œil ; liquide qui n’est point purement aqueux , comme son nom l’indique, mais qui est composé d’eau et d’un peu d’albumine ( i).

C. Le cristallin, que l’on compare à tort à une lentille. La comparaison serait exacte si l’on ne s’en rapportait qu’à la forme; mais elle est complètement défectueuse dès l’instant que l’on a égard à la structure. En effet , le cristallin est composé de couches superposées, mais non régulièrement concentriques, dont la consistance va croissant depuis la surface jusqu’au centre, et qui ont des épaisseurs, des courbures , et par conséquent des puissances réfringentes différentes. En outre , le cristallin est enveloppé d’une membrane qui n’est pas sans influence sur la vision. Une lentille, au contraire, est partout homogène, à sa surface comme dans chacun des points de son épaisseur; elle a partout la même puissance de réfraction; aussi n’a-t-elle qu’un seul foyer , tandis que par sa structure le cristallin peut en avoir un grand nombre. Toutefois remarquons que la courbe de la face antérieure du cristallin n’est pas semblable à celle de sa face postérieure. Cette dernière appartiendrait à une sphère plus petite que celle à laquelle appartiendrait la courbe de la face antérieure. On avait cru le cristallin composé en grande partie d’albumine; mais, d’après une nouvelle analyse de M. Berzélius, il n’en contient pas: il est formé presque entièrement d’eau et d’une matière particulière qui a la plus grande analogie (la couleur exceptée), par ses propriétés chimiques , avec la partie colorante du sang.

D. Derrière le cristallin se trouve V humeur vitrée , ainsi appelée à cause de sa ressemblance avec du verre fondu (2).

Chacune des parties que nous venons d’indiquer est enveloppée par une membrane très-mince et transparente comme elle ; au-devant de la cornée se voit la conjonctive ; derrière elle , existe la membrane de l’humeur aqueuse , qui tapisse toute la chambre antérieure de l’œil , c’est-à-dire la face antérieure de l’iris et la face postérieure de la cornée. Le cristallin est entouré de la capsule cristalline , qui adhère par sa circonférence à la membrane qui revêt l’humeur vitrée. Celle-ci , en passant de la circonférence du cristallin sur les faces antérieure et postérieure de cette partie, laisse entre ses deux lames un intervalle qui a éxô, nommé, cancü goudronné. Jusqu’ici l’on avait pensé que ce canal ne communiquait point avec la chambre de l’œil; mais M. J acobson assure qu’il présente un grand nombre de petites ouvertures par lesquelles l’humeur aqueuse peut y entrer et en sortir. Nous avons inutilement cherché à voir ces ouvertures.

L’humeur vitrée est entourée d’une membrane nommée hyaloïde. Cette membrane n’est pas une simple enveloppe ; elle s’enfonce dans la masse , la partage en diverses portions en formant des cellules. Les détails que l’anatomie apprend touchant la disposition de ces cellules , n’ont jusqu’ici rien ajouté à ce que l’on sait des usages de l’humeur vitrée.

L’œil n’est pas seulement composé de parties réfringentes ; il présente encore des membranes qui ont chacune une destination particulière , et qui sont :

K..h3.scléroticiue, enveloppe extérieure de l’œil, membrane de nature fibreuse : elle

(1) D’après M. Berzélius, l’humeur aqueuse est composée d’eau , 98,10; albumine, un peu ; rauriates et lactates , 1,15; soude, avec une matière soluble seulement dans l’eau, 0,75 : total , 100,0.

(2) D’après M. Berzélius, l’humeur vitrée contient : eau, 98,40; albumine, 0,16; muriates et lactates, 1,42; soude, avec une matière animale soluble seulement dans l’eau, 0,02 : total , 100,0.

est épaisse et résistante ; elle a évidemment pour usage de protéger les parties intérieures de l’organe; elle sert en outre de point d’insertion aux divers muscles qui donnent le mouvement à l’œil.

B. La choroïde y membrane vasculaire et nerveuse, formée de deux lames distinctes; elle est imprégnée d’une matière noire, nécessaire à l’exercice complet de la vision.

C. Uiris y qui se voit derrière la cornée transparente, est diversement coloré selon les individus; il est percé, dans son centre, d’une ouverture nommée pupille y qui s’agrandit et se resserre suivant certaines circonstances que nous indiquerons. L’iris adhère, par sa circonférence, à la sclérotique au moyen d’un tissu cellulaire d’une nature particulière , qu’on nomme le ligament ciliaire ou irien. La face postérieure de l’iris est recouverte d’une matière noire assez abondante.

Derrière la circonférence de l’iris il existe un grand nombre de lignes blanches , disposées en manière de rayons qui tendraient à se réunir au centre de l’iris , si on les prolongeait : ce sont les procès ciliaires. On n’est d’accord ni sur la structure ni sur les usages de ces corps : les uns les croient nerveux , les autres musculaires , les autres glandulaires ou vasculaires. Le fait est qu’on ne sait pas encore à quoi s’en tenir sur leur véritable structure. Nous verrons plus bas c^u’il en est de meme pour leurs usages.

La couleur de l’iris dépend de celle de son tissu , qui est variable , et de celle de la couche noire de sa face postérieure , dont la couleur perce à travers l’iris. Dans les yeux bleus, par exemple, le tissu de l’iris est blanc; c’est la couche noire postérieure qui paraît à peu près seule, et détermine la couleur des yeux.

Les anatomistes varient sur la nature du tissu de l’iris : les uns le croient semblable à celui de la choroïde , c’est-à-dire principalement composé de vaisseaux et de nerfs ; les autres ont cru y voir un grand nombre de fibres musculaires : ceux-ci envisagent cette membrane comme un tissu sui generis y ceux-là la confondent avec le tissu érectile. M. Edwards a démontré cjue l’iris est formé de quatre couches faciles à distinguer , et dont deux sont la continuation des lames de la choroïde ; une troisième appartient à la membrane de l’humeur aqueuse , et une quatrième , qui forme le tissu propre de l’iris.

D’apres les dernières recherches sur l’anatomie de l’iris , il paraît certain que cette membrane est muculaire, et qu’elle est composée de deux plans de fibres, l’un extérieur , rayonné , qui dilate la pupille , l’autre circulaire , concentrique , qui la resserre. Les fibres circulaires externes paraissent être soutenues par une espèce d’anneau que forme chaque fibre rayonnée, et dans lequel elles glissent dans les mouvemens de contraction et de resserrement de la pupille. L’iris reçoit les vaisseaux et les nerfs ciliaires, les derniers viennent de deux sources : le ganglion

ophthalmique , le nerf nasal de la cinquième paire.

Entre la choroïde et l’hyaloïde existe une membrane nerveuse, connue sous le nom de rétine; elle offre une légère opacité et une teinte lilacée ; elle est formée par l’épanouissement des filets qui composent le nerf optique (i ). La rétine présente, en dehors et à deux lignes du nerf optique, une tache jaune, et à côté un ou plusieurs plis. Ces choses ne se voient que chez l’homme , chez les singes et quelques reptiles.

L’œil reçoit un grand nombre de vaisseaux {^artères et -veines ciliaires), et beaucoup de nerfs , dont la plupart viennent du ganglion ophthalmique.

(1) Plusieurs auteurs ayant récemment élevé des doutes sur la nature nerveuse de la rétine, j’ai prié M. Lassaigne d’en faire l’analyse. Ce savant chimiste a trouvé qu’il existe une grande analogie entre cette membrane et la pulpe blanche du cerveau ; qu’elle en difiFère cependant par une plus grande proportion d’eau, et par moins de matière grasse phosphorée et d’albumine.

Nerf optique.

Ce nerf paraît le principal moyen de communication de l’oeil et du cerveau. 11 ne naît pas de la couche optique , comme on le professait il n’y a pas encore longtemps ; mais il tire son origine, i® delà paire antérieure des tubercules quadrijumeaux; 2° à\i corpus geiiiciilatum externum , éminence qui se volt au-devant et un peu en dehors de ces mêmes tubercules ; 3o et enfin de la lame de substance grise, placée entre l’adossement des nerfs optiques et les éminences mamillaires , et que l’on connaît sous le nom de tiiher cinereiirn.

Les deux nerfs optiques se rapprochent , et paraissent se confondre sur la face supérieure du corps du sphénoïde. Se croisent-ils , ne font-ils que s’adosser, ou se confondent-ils réellement ? Wollaston supposait que l’entrecroisement n’existe que pour leur moitié interne : l’anatomie n’éclaircit pas la question. La pathologie fournit des preuves en faveur de chacune de ces opinions : ainsi , l’œil droit étant atrophié depuis long-temps , le nerf optique du même côté a été vu atrophié dans toute sa longueur. Dans d’autres cas , où le même œil droit était atrophié , c’était la portion antérieure du nerf de ce côté et en même temps la portion postérieure du nerf gauche qui présentaient une atrophie évidente. Quelques-uns ont pensé que l’entrecroisement des nerfs optiques qui a lieu chez les poissons , pouvait lever tous les doutes; ce fait fournit tout au plus quelque probabilité. Mais l’expérience directe est péremptoire : j’ai coupé sur un lapin le nerf optique droit derrière l’entrecroisement , la vue s’est perdue de l’œil gauche. J’ai coupé le nerf gauche , la vue a été totalement abolie. Sur un autre animal j’ai séparé en deux portions égales Tentrecroisement sur la ligne médiane, l’animal a immédiatement perdu la vue : l’entrecroisement est donc total et non partiel (i), comme l'avait supposé le savant Wollaston. Ici, comme dans nombre d’autres circonstances, la physiologie expérimentale parle un langage clair et positif, quand l’anatomie la plus minutieuse ne peut élever que des doutes.

Le nerf optique n’est point formé d’une enveloppe fibreuse et d’une pulpe centrale, comme les anciens le croyaient ; il est composé de filets très-fins, placés les uns à côté des autres , et communiquant entre eux à la manière des autres nerfs. Cette disposition est surtout apparente dans la portion du nerf qui s’étend de la selle turcique à l’œil.

Mécanisme de la vision.

La lumière qui arrive sur la cornée peut seule servir à la vue; celle qui tombe sur le blanc de l’œil, les cils, les paupières, ne peut y contribuer; elle est réfléchie ou absorbée par ces parties ; suivant leur couleur. La cornée elle-même ne reçoit pas la lumière dans toute son étendue , car elle est ordinairement recouverte en haut et en bas par le bord libre des paupières.

Pour faciliter l’étude de la marche de la lumière dans l’œil, supposons un seul cône lumineux partant d’un point placé dans la prolongation de l’axe antéro-postérieur de l’œil :

(t) Sur des oiseaux le fait de l’entrecroisement se prouve d’une autre manière. Je vide l’œil d’un pigeon ; quinze jours après j’examine l’appareil optique , et je trouve la matière nerveuse disparue et le nerf atrophié en avant de l’entrecroisement du côté de l’œil \ide, et du côté opposé derrière l’entrecroisement. L’atrophie se prolonge jusqu’au tubercule optique , point où le nerf optique prend son origine.

Usages de la cornée.

La forme convexe- concaoe de la cornée indique l’influence qu’elle doit avoir sur la lumière qui entre dans l’œil : elle rapproche les rayons de l’axe du faisceau avec d’autant plus d’efficacité qu’il y a une plus grande différence entre son pouvoir réfringent et celui de l’air. Pour cette raison , la cornée contribue puissamment à la réfraction de l’œil; en d’autres termes, elle accroît l’intensité de la lumière qui va pénétrer dans la chambre antérieure.

La cornée étant très-polie à sa surface, la lumière qui y arrive est en partie réfléchie et concourt à former le brillant de l’œil. Cette même lumière réfléchie, produit les images qui se forment derrière la cornée. Dans ce cas , la cornée remplit l’office de miroir convexe (i).

Usages de Vhnmeur aqueuse.

En traversant la cornée, les rayons ont passé d’un milieu plus rare dans un milieu plus dense; par conséquent ils ont dû se rapprocher de la perpendiculaire au point de contact. Si , en entrant dans la chambre antérieure , ils la trouvaient rem»* plie d’air, ils s’écarteraient autant de la perpendiculaire qu’ils s’en étaient rapprochés : par conséquent ils reprendraient leur première divergence; mais ils entrent dans l’humeur aqueuse, milieu plus réfringent que l’air; ils s’écartent à peine de la perpendiculaire, et par conséquent divergent beaucoup moins que s’ils avaient passé de nouveau dans l’air.

De toute la lumière qui est entrée dans la chambre antérieure , celle qui traverse la pupille sert seule à la vision; le surplus est réfléchi, repasse à travers la cornée, et va faire connaître au dehors la couleur et l’aspect de l’iris.

En traversant la chambre postérieure , la lumière ne subit aucune nouvelle réfraction, puisqu’elle marche toujours dans le même wâXïeu. {l’ humeur aqueuse^

Usages du cristallin.

En passant à travers le cristallin la lumière subit une nouvelle modification. Les physiciens comparent l’action de ce corps à celle d’une lentille qui aurait pour usage de rassembler tous les rayons d’un cône quelconque de lumière sur un certain point de la rétine. Mais , ainsi que nous l’avons dit plus haut , il s’en faut de beaucoup que le cristallin soit une lentille. En outre, quand meme cet organe en aurait toutes les propriétés , il ne pourrait en remplir les fonctions , ou du moins ne pourrait-on en comparer l’effet à celui des lentilles qui sont employées dans l’air; car son pouvoir réfringent est à peu près semblable à celui de l’humeur aqueuse et de l’humeur vitrée igi). Tout ce qu’on peut dire de positif , c’est que le cris-

(1) J’ai trouvé, par l’expérience, que les propriétés physiques de la cornée dépendent de

l’intégrité de la cinquième paire. Cette membrane devient opaque et s’ulcère après la section de ce nerf. Nutrition.)

(2) MM. Brewster et Gordon donnent les résultats suivans sur les pouvoirs réfringens des

humeurs de l’oeil. L’eau étant . 1,3358.

Humeur aqueuse . 1,3365.

- vitrée . 1,3394.

Couches extérieures du cristallin. . • . 1,3767.

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