‹ Précis élémentaire de physiologieChapitre 16 sur 69 · ODORAT · texte numérisé non relu

ODORAT

La plupart des corps de la nature laissent échapper des particules excessivement ténues, qui se répandent dans l’air, et sont quelquefois portées, par ce véhicule , à une grande distance. Ces particules constituent les odeurs ; un sens est disposé à les reconnaître et à les apprécier: ainsi s’établit un rapport important entre les animaux et les corps.

Les corps dont toutes les molécules sont fixes sont nommés inodores.

Parmi les corps odorans , il est de grandes différences, relatives à la manière dont se développent les odeurs : les uns ne les laissent échapper que lorsqu’ils ont été chauffés ; ceux-ci, que lorsqu’ils ont été frottés; d’autres ne répandent que des odeurs faibles, d’autres n’en exhalent que de fortes. Telle est la ténuité des particules odorantes , qu’un même corps peut en dégager pendant un temps très-long sans changer sensiblement de poids .

Chaque corps odorant a une odeur particulière. Gomme ces corps sont très-nombreux , on a voulu classer les odeurs : toutes les tentatives qu’on a faites à cet égard ont été également infructueuses. On ne peut guère distinguer les odeurs qu’en faibles et fortes f agréables et désagréables. On reconnaît encore des odeurs masquées ^ aromatiques., fétides, vireuses , spermatiques , piquantes , muriatiques, etc. Il en est à.e fugitives , de tenaces. Dans la plupart des cas, on ne peut désigner une odeur qu’en la comparant à celle d’un corps connu.

Des propriétés nourrissantes , médicamenteuses , et même vénéneuses ont été attribuées aux odeurs ; mais , dans les cas qui ont donné lieu à ces opinions , n’aurait-on pas confondu l’influence des odeurs avec les effets de l ’absorption? un homme qui pile du jalap pendant quelque temps, sera purgé comme s’il avait avalé de cette substance. Cet effet ne dépend pas de l’action des effluves odorantes sur l’organe olfactif , mais bien des particules répandues dans l’air et qui se sont introduites dans la circulation, soit avec la salive, soit avec l’air que nous respirons; à cette même cause doit être attribuée l’ivresse des personnes exposées pendant quelque temps à la vapeur des liqueurs spiritueuses.

L’air est le véhicule ordinaire des odeurs , il les transporte au loin : cependant elles se produisent aussi dans le vide, et il y a des coi’ps qui semblent lancer des particules odorantes avec une certaine force. Cette question physique demande de nouvelles recherches; on ne sait pas s’il y a dans la marche des odeurs quelque chose d’analogue à la divergence ou à la convergence, à la réflexion ou à la réfraction des rayons lumineux. Les odeurs s’attachent ou se combinent à plusieurs liquides ainsi qu’à beaucoup de solides. On se sert de ce moyen , soit pour les fixer , soit pour les conserver.

Les liquides , les vapeurs , les gaz , plusieurs corps solides réduits en poudre impalpable ou même grossière , ont aussi la propriété d’agir sur les organes de l’odorat.

Appareil de V odorat.

L’appareil olfactif représente une espèce de crible placé sur le chemin que l’air parcourt le plus souvent pour s’introduire dans la poitrine , et destiné à retenir tous les cor2)s étrangers qui seraient mêlés avec l’air , et particulièrement les odeurs.

Cet appareil est extrêmement simple ; il diffère essentiellement de celui de la vue et de l’ouïe , en ce que l’on ne voit pas au-devant du nerf de parties destinées à modifier physiquement l’excitant : le nerf y est en quelque sorte à nu. L’apj)areil se compose de la membrane pituitaire , qui revêt les cavités nasales , de la membrane qui taj^isse les sinus , du nerf olfactif et de divers filets nerveux de la cinquième paire.

La membrane pituitaire recouvre toute l’étendue des fosses nasales , augmente beaucouj) l’épaisseur des cornets , se prolonge au-delà de leurs bords et de leurs extrémités, de manière que l’air ne peut traverser les fosses nasales que par des routes fort étroites et assez longues. Cette membrane est épaisse, adhère fortement aux os et aux cartilages qu’elle recouvre. Sa surface présente une infinité de j)etites saillies , que les uns ont considérées comme des papilles nerveuses , que les autres ont envisagées comme des cryptes muqueux , mais qui , selon toutes les apparences , sont vasculaires. Ces saillies donnent à la membrane un asjîect velouté. La jyituitaire est douce au toucher , molle , reçoit un très-grand nombre de vaisseaux et de nerfs.

Les routes que l’air parcourt pour arriver dans l’arrière-bouche méritent quelque attention.

Elles sont au nombre de trois: on les distingue, en anatomie , par les noms de méats inférieur , moyen et supérieur. L’inférieur est le plus large et le plus long, le moins oblique, le moins tortueux ; le moyen est plus étroit , presque aussi long, mais plus étendu de haut en bas ; le supérieur est beaucoup plus court , plus oblique et plus étroit encore. Il faut ajouter à ces routes l’intervalle étroit qui sépare, dans toute son étendue , la cloison des fosses nasales de la paroi externe. Telle est l’étroitesse de tous ces canaux, que le moindre gonflement de la pituitaire rend difficile, et même quelquefois impossible , le passage de l’air à travers les fosses nasales.

Dans les deux méats supérieurs communiquent des cavités plus ou moins spacieuses, creusées dans l’épaisseur des os de la tête, et nommées Ces sinus sont le maxillaire , \e palatin^ le sphénoïdal , le h'ontal , et ceux qui sont pratiqués dans l’épaisseur de l’ethmoïde , plus connus sous le nom de cellules ethmoïdales .

Ces sinus n’ont de communication qu’avec les deux méats supérieurs. Le sinus frontal, le maxillaire, les cellules antérieures de l’ethmoïde s’ouvrent dans le méat moyen; le sinus sphénoïdal, le palatin, les cellules postérieures de l’ethmoïde, s’ouvrent dans le méat supérieur. Les sinus sont tapissés par une membrane mince , molle , peu adhérente à leurs parois , qui paraît du genre des muqueuses. Elle sécrète avec plus ou moins d’abondance une matière nommée mucus nasal , qui se répand continuellement sur la pituitaire , et paraît être utile dans l’olfaction. L’étendue considérable des sinus paraît coïncider avec une perfection plus grande de l’odorat : c’est au moins là un des résultats les plus positifs de la physiologie comparée.

Le nerf olfactif naît par trois racines distinctes de la partie postérieure , inférieure et interne du lobe antérieur du cerveau. D’abord prismatique, il marche vers la lame criblée de l’ethmoïde; là, il se gonfle tout-à-coup, puis il se divise en un trèsgrand nombre de filets qui se répandent sur la pituitaire , principalement dans la partie supérieure de cette membrane. Semblable aux nerfs de la vue et de l’ouïe, le nerf olfactif est insensible aux pressions , piqûres , etc. , et même au contact des corps dont les odeurs sont les plus fortes.

Il est important de remarquer que l’on ma pas encore pu suivre les filets du nerf olfactif sur le cornet inférieur, sur la face interne du moyen, ni dans aucun sinus. La pituitaire ne reçoit pas seulement le nerf de la première paire , elle reçoit encore un grand nombre de filets, nés de la face interne du ganglion sphéno-palatin ; ces filets se distribuent dans les méats et à la partie inférieure de la membrane. Elle recouvre aussi assez long-temps le filet ethmoïdal du nerf nasal , et en reçoit un assez grand nombre de filamens. N’omettons pas de rappeler que tous ces nerfs sont des branches de la cinquième paire. La membrane qui revêt les sinus reçoit aussi quelques rarnuscules nerveux.

Les fosses nasales communiquent au dehors par le moyen des narines , dont la forme, la grandeur et la direction varient beaucoup. Les narines sont intérieuremenl garnies de poils , et peuvent s’agrandir par l’action musculaire. Les fosses nasales s’ouvrent dans le pharynx par les narines postérieures.

Mécanisme de Vodorat.

L’appareil olfactif se présente d’une manière bien différente de l’appareil de la vue ou de l’ouïe; dan s ces derniers, la sensibilité générale est distincte, par son siège, de la sensibilité spéciale. A l’œil, la conjonctive offre l’une, la rétine l’autre ; à l’oreille, le conduit auditif exerce la première, et le nerf acoustique est l’organe de la seconde. Dans la pituitaire, si les deux propriétés existent, elles sont beaucoup plus difficiles à distinguer.

Cependant il semble cjue les deux phénomènes s’isolent quelquefois ; il existe des

hommes qui n’ont point d’odorat, et qui ont la pituitaire très-sensible au contact de certains corps jusqu’au point d’en distinguer les propriétés physiques; par exemple, celle des diverses sortes de tabac.

L’expérience m’a démontré que la sensibilité générale de la pituitaire cesse par la section de la cinquième paire dans les quatre classes des vertébrés ; dès que cette section est faite, aucun contact, aucune piqûre, aucun corrosif meme, ne produisent d’impression appréciable sur la membrane du nez; sous ce rapport, la pituitaire est semblable à la conjonctive. Mais ce qui n’est pas moins remarquable, meme insensibilité se manifeste pour les odeurs les plus fortes et les plus pénétrantes, telles que celle d’ammoniaque ou d’acide acéticjue.

Il semble donc c|ue le nerf olfactif est dans le même cas que les nerfs optique et acoustique : il ne peut agir si la cinquième paire n’est point intacte.

Voici un fait qui s’éloigne encore davantage des idées généralement répandues touchant les fonctions des nerfs de la première paire :

J’ai détruit ces deux nerfs sur un chien ; j’ai présenté à l’animal des odeurs fortes, il les a parfaitement senties , et s’est comporté comme s’il eût été dans son état ordinaire. J’ai voulu faire les mêmes essais pour des odeurs faibles , telles que celles des alimens ; mais je n’ai pu obtenir de résultats assez prononcés pour affirmer que ce genre d’odeurs agissaient sur le nez de l’animal. 11 serait donc possible que le nerf olfactif ne fût pas le nerf de l’odorat, et que la sensibilité olfactive fût confondue avec la sensibilité générale dans le même nerf. [T' oyez mon Journal de Phys., t. IV).

Plusieurs faits pathologiques qui , sans doute, auraient passé inaperçus avant la publication de ces expériences , sont venus en confirmer les résultats. On a vu des individus dont les nerfs olfactifs étaient complètement détruits conserver l’odorat jusqu’au dernier instant de leur vie, prendre du tabac avec plaisir et en distinguer les diverses qualités, tout en se plaignant de la mauvaise odeur répandue dans leur voisinage, {y oyez Journal de Physiologie , tom. V, Observation de M. Bérard communiquée par M. Béclard.) D’une autre part , des malades , dont la cinquième paire était altérée , bien que les nerfs olfactifs fussent intacts , avaient perdu entièrement l’odorat , et toute sensibilité de la pituitaire.

Ne dirait-on pas que ces cas authentiques, recueillis publiquement dans les hôpitaux de la capitale, sont la répétition exacte de mes expériences , et n’en rendentils pas les résultats beaucoup plus probables ?

L’odorat s’exerce ordinairement dans le moment où l’air traverse les fosses nasales en se dirigeant vers les poumons. Il est rare que nous percevions les odeurs dans le moment où l’air s’échappe de ce viscère ; cependant cela se rencontre quelquefois , par exemple dans les maladies organiques du poumon.

Le mécanisme de l’odorat est des plus simples : il faut seulement que les molécules odorantes soient arrêtées sur la pituitaire, particulièrement dans les endroits où elle reçoit les filets du nerf olfactif. Comme c’est précisément dans la partie supérieure des fosses nasales que les routes de l’air sont les plus étroites et les plus enduites de mucus, il est naturel que ce soit là que les molécules s’arrêtent. Quant à l’utilité du mucus, ses propriétés physiques paraissent telles, qu’il a une plus grande affinité avec les molécules odorantes qu’avec l’air ; il les sépare de ce fluide , et les arrête sur la pituitaire, où elles produisent l’impression des odeurs : aussi est-il trèsimportant pour l’exercice de l’olfaction, que le mucus nasal conserve les mêmes propriétés physiques; toutes les fois qu’elles sont changées , comme on le remarque dans les différens degrés du coryza, l’odorat ne s’exerce point , ou se fait d’une manière incomplète (i). D’après ce que nous avons dit sur la distribution des nerfs ol-

(l) Cette explication est, au premier aperçu, satisfaisante : cependant, en l’examinant de près, on voit qu’elle repose sur plusieurs suppositions gratuites ; telle est l’affinité des odeurs pour le mucus nasal, le dépôt des molécules odorantes sur la pituitaire, etc.

factifs et branches de la cinquième paire dans les cavités nasales, il est évident que les odeurs qui parviendront à la partie supérieure de ces cavités, seront plus aisément et plus vivement perçues : aussi modifions-nous l’inspiration de manière que l’air se dirige vers ce point lorsque nous voulons sentir plus exactement l’odeur d’un corps. C’est pour la même raison que les priseurs de tabac cherchent à porter cette substance vers la voûte des fosses nasales. Il semble que la face interne des cornets est très-bien disposée pour arrêter les odeurs au moment du passage de l’air; et, comme la sensibilité y est très-grande, nous sommes portés à croire que l’olfaction s’y exerce, quoiqu’on ne puisse suivre jusque-là les filets de la première ni de la cinquième paire.

Les physiologistes n’ont point encore déterminé les usages du nez dans l’odorat; il paraît destiné à diriger l’air chargé d’odeurs vers la partie supérieure des fosses nasales. Les personnes dont le nez est difforme , surtout celles qui l’ont écrasé , celles qui ont des narines petites , dirigées en avant , ont ordinairement l’odorat presque nul. La privation du nez , par maladie ou par accident, entraîne le plus souvent la perte de l’odorat. Suivant la remarque intéressante de Béclard, on rétablit ce sens chez les individus qui sont dans ce cas , en leur adaptant un nez artificiel.

Quel est l’usage des sinus? Celui de fournir en partie le mucus nasal est le seul qui soit généralement connu. Les autres usages qu’on leur a attribués, savoir de servir de dépôt à l’air chargé d’effluves odorantes, d’augmenter l’étendue de la surface sensible aux odeurs , de recevoir une portion d’air quand nous inspirons , pour mettre en jeu l’odorat , etc., ne sont rien moins que certains. Il est positif du moins que ces cavités ne sont pas aptes à recevoir des impressions de la part des odeurs ; des lésions maladives l’ont montré pour ITiomme , et l’expérience directe sur les animaux donne le même résultat.

Les vapeurs et les gaz paraissent agir à la manière des odeurs sur la pituitaire. Le mécanisme en doit être cependant un peu différent. Les corps réduits en poudre assez grossière ont aussi une action très-forte sur cette membrane , leur premier contact même est douloureux ; mais l’habitude finit par changer la douleur en plaisir, comme on le voit pour le tabac. On se sert , en médecine , de cette propriété de la pituitaire pour exciter instantanément une douleur très-vive.

Il ne faut pas négliger , dans l’iiistoire de l’odorat , l’usage des poils qui garnissent les narines et l’entrée des fosses nasales ; peut-être sont-ils destinés à s’opposer à ce que les corps étrangers répandus dans l’air parviennent jusque dans les fosses nasales. Ils auraient ainsi beaucoup d’analogie de fonctions avec les cils et les poils qui garnissent le conduit auditif.

Modifications de V odorat par l’âge ,

L’appareil olfactif est peu développé à la naissance ; les cavités nasales , les divers cornets existent à peine, les sinus n’existent pas, et cependant il paraît que l’olfaction a lieu. Je crois avoir reconnu' que les enfans , peu après leur naissance, exercent l’odorat sur les alimens qu’on leur présente. Avec les progrès de l’âge, les cavités nasales se développent , les sinus se forment, et, sous ce rapport, l’appareil olfactif se perfectionne jusqu’à la vieillesse. L’odorat se maintient jusqu’aux derniers momens de la vie, à moins de lésions particulières de l’appareil , telles que des modifications dans la sécrétion du mucus, modifications qui surviennent assez souvent.

L’odorat nous donne des notions sur la composition des corps, et surtout sur celle des alimens. En général , un corps dont l’odeur est désagréable est un aliment peu utile, souvent même dangereux. La répugnance extrême que nous inspirent les odeurs nées des matières végétales ou animales en putréfaction, est un avertissement bien salutaire, puisque ces matières et surtout les animales sont puissamment délétères , et sont fréquemment la cause de maladies épidémiques et meurtrières.

Ce sens est en outre la source d’une foule de sensations agréables , qui ont une influence marquée sur l’état de l’esprit et l’énergie des organes générateurs. Beaucoup d’animaux paraissent avoir l’odorat plus fin que le nôtre.

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