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G4 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE

en plus forte jusqu’à la pointe de la langue , où elle est à' son maximum d’intensité.

Il y a des corps qui laissent long-temps leur saveur dans la bouche : ce sont particulièrement les corps aromatiques. Tantôt cet arrière-goût se fait sentir dans toute la bouche ; tantôt il n’en occupe qu’une région. Les corps âcres , par exemple , laissent une impression dans le pharynx ; les acides , sur les lèvres et sur les dents ; la menthe poivrée en laisse une qui existe à la fois dans la bouche et le pharynx, etc.

Il est nécessaire que les corps restent quelque temps dans la bouche pour que leurs saveurs soient appréciées : lorsqu’ils ne font que traverser rapidement cette cavité, l’impression qu’ils y produisent est presque nulle : c’est pourquoi nous avalons vite les corps dont la saveur nous déplaît , iious nous complaisons , au contraire, à laisser séjourner dans la bouche les corps dont le goût nous est agréable.

Lorsque nous dégustons une substance dont la saveur est forte et tenace, un acide végétal , par exemple , nous devenons , pour quelques instans , insensibles à la saveur plus faible d’autres corps. On fait usage de cette observation en médecine pour éviter aux malades la saveur désagréable de certains médicamens.

Nous pouvons percevoir plusieurs saveurs à la fois , distinguer leurs différens degrés d’intensité , comme le font les chimistes , les gourmets , les dégustateurs de boissons. Par ce moyen , nous parvenons quelquefois à des connaissances très-exactes de la nature chimique des corps ; mais le goût n’acquiert cette perfection que par un long exercice, ou, si l’on veut , par une véritable éducation.

Le nerf lingual est-il le nerf essentiel du goût? Cette question, naguère si obscure, n’cffre plus aujourd’hui aucune difficulté; les expériences physiologiques et la pathologie la résolvent complètement.

Si le nerf lingual est coupé sur un animal , la langue continue à se mouvoir , mais elle a perdu la faculté d’être sensible aux saveurs. Dans ce cas , le palais , les gencives , la face interne des joues , conservent leur sensibilité. Mais si le tronc de la cinquième paire est coupé dans le crâne, alors la propriété de reconnaître les saveurs est complètement perdue pour toute espèce de corps , même les plus âcres et les plus caustiques, dans la langue , les lèvres, les joues, les dents , les gencives, le palais, etc. {^Journal de Physiologie , t. IV ).

Cette abolition totale du goût existe chez les personnes qui ont le tronc de la cinquième paire comprimé ou altéré. Tons les corps cjue je mâche , me disait un malade dans ce cas , me paraissent de la terre.

Dans le sens du goût , la sensibilité générale est confondue avec celle qui paraît spéciale , et , ce qui est digne d’intérêt, les deux phénomènes semblent appartenir évidemment au même nerf.

Modifications du goût par Vâge.

Il est difficile de dire si le goût existe chez le fœtus , bien que l’organe principal en soit très-développé, ainsi que les nerfs qui s’y rendent. A coup sûr, ce sens existe chez l’enfant naissant , comme on peut s’en convaincre en lui mettant sur la langue une substance amère ou salée. Les impressions du goût paraissent très-vives chez les enfans ; on sait qu’ils répugnent en général à tous les mets dont la saveur est un peu forte.

Le goût se maintient jusque dans l’âge le plus avancé : il est vrai qu’il devient plus faible, et cju’il faut au vieillard des alimens ou des boissons dont la saveur soit trèsforte , mais cela est en harmonie avec les besoins de son organisme , qui réclament des excitans énergiques, nécessaires pour ranimer ses forces épuisées.

Le goût préside aux choix des alimens : réuni à l’odorat, il nous fait distinguer les substances qui peuvent nuire , d’avec celles qui nous sont utiles. Ce sens est celui qui flous donne les connaissances les plus certaines sur la composition chimique des corps.

DE PHYSIOLOOÏE.

Dü TOUCHER.

Par le toucher nous connaissons la plupart des propriétés des corps; et parce que ce sens est moins sujet aux erreurs que les autres , que dans certains cas il nous sert à dissiper celles où ceux-ci nous ont conduits , il a été regardé comme le sens par excellence, premier des sens ; mais nous verrons qu’il faut beaucoup restreindre les avantages que lui ont attribués les physiologistes , et surtout les métaphysiciens.

Le toucher se distingue facilement du tact. Celui-ci est, à quelques exceptions près , généralement répandu dans nos organes , et particulièrement aux surfaces cutanée et muqueuse ; il existe chez tous les animaux , tandis que le toucher n’est exercé que par des parties évidemment destinées à cet usage ; il n’existe pas chez tous les animaux, et n’est autre chose que le tact réuni à la contraction musculaire, dirigée par la volonté. Enfin , dans l’exercice du tact , nous pouvons être considérés comme passifs , tandis que nous sommes essentiellement actifs quand nous exerçons le toucher.

Propriétés physiques des corps qui mettent en jeu le toucher.

Presque toutes les propriétés physiques des corps sont susceptibles de mettre en jeu les organes du toucher : la forme , les dimensions, les divers degrés de consistance , le poids, la température, les mouvemens de transport, ceux de vibration , etc. , etc. , sont autant de circonstances qui sont appréciées plus ou moins exactement par le toucher.

Appareil du toucher.

Les organes destinés au toucher n’exercent pas uniquement cette fonction : en sorte que, sous ce rapport, le toucher diffère des autres sens. Cependant comme, dans le plus grand nombre des cas , c’est la peau qui reçoit les impressions tactiles produites par les corps qui nous environnent , il est nécessaire de dire quelques mots de sa structure.

La peau forme l’enveloppe du corps; elle se confond avec les membranes muqueuses à l’entrée de toutes les cavités ; mais il est inexact de dire que ces membranes en sont une continuation.

La peau est formée principalement par le derme ou chorlon , couche fibreuse , d’épaisseur différente , suivant les parties quelle recouvre ; elle adhère à ces parties tantôt par du tissu cellulaire plus ou moins serré , tantôt par des brides fibreuses. Le chorion est presque toujours séparé des parties sous-jacentes par une couche plus ou moins épaisse, qui sert dans l’exercice du toucher.

Le côté externe du chorion est reeouvert par l’épiderme , matière solide , sécrétée par la peau. L’épiderme ne doit point être considéré comme une membrane ; c’est une couche homogène , adhérente par sa face interne au chorion , et percée d’un nombre infini de petits trous , dont les uns laissent passer les poils , et les autres la matière de la transpiration cutanée, en même temps qu’ils servent à l’absorption dont la peau est le siège. Ces derniers sont nommés les pores de la peau.

Il faut remarquer, l'elativement à l’épiderme, qu’il est insensible, qu’il ne jouit d’aucune des propriétés de la vie, qu’il n’est point sujet à la putréfaction, qu’il s’use et se répare continuellement, que son épaisseur augmente ou diminue selon le besoin; on le dit inattaquable par les organes digestifs.

La connexion de l’épiderme au chorion est intime, et cependant on ne peut douter qu’il n’y ait entre ces deux parties une couche particulière, dans laquelle se passent

des phénomènes importans. L’organisation de cette couche est encore peu connue. Malpighi croyait qu’elle est formée par un mucus particulier , dont l’existence a été long-temps admise, et qui portait le nom de corps muqueux de Malpighi. D’autres auteurs l’ont considérée, avec plus de raison , comme un réseau vasculaire (i) ; Gall l’assimile , par un vrai paradoxe, à la matière grise qu’on remarque dans plusieurs endroits du cerveau. M. Gautier, en examinant avec attention la face externe du derme , y a remarqué de petites saillies rougeâtres , disposées par paires : on les aperçoit très-aisément quand le chorion est mis à nu par l’action d’un vésicatoire. Ces petits corps sont disposés régulièrement à la face palmaire de la main et à la plantaire du pied. Ils sont sensibles, et se reproduisent quand ils ont été arrachés. Ils paraissent essentiellement vasculaires. Ce sont ces corps que l’on a long-temps nommés , sans les avoir étudiés avec soin , les papilles de la peau. L’épiderme est percé, vis-à-vis leur sommet, d’une petite ouverture , par laquelle on volt s’échapper de petites gouttelettes de sueur lorsque la peau est exposée à une température un peu élevée. La peau contient un grand nombre de follicules sébacés ; elle reçoit beaucoup de vaisseaux, et une très-grande quantité de nerfs, particulièrement aux points de cette membrane qui doivent concourir au toucher. On ignore complètement la manière dont les nerfs se terminent dans la peau j tout ce qui a été dit des papilles nerveuses cutanées est hypothétique.

L’exercice du tact et du toucher est favorisé par le peu d’épaisseur du derme, une température un peu élevée de l’atmosphère , une transpiration cutanée abondante , ainsi qu’une certaine épaisseur et une certaine souplesse de l’épiderme. Lorsque les dispositions contraires existent , le tact et le toucher sont plus ou moins imparfaits.

Jusqu’ici les physiologistes avaient considéré tous les nerfs comme pouvant concourir au tact , et meme au toucher, cette idée est loin d’étre exacte; l’expérience montre, au contraire, qu’un grand nombre de nerfs ne paraissent pas doués de cette propriété , et , dans le même nerf, tous les filets ne la présentent pas ; par exemple : la plupart des nerfs qui naissent de la moelle épinière ont deux sortes de racines , les unes antérieures, et les autres postérieures; ces dernières seules paraissent servir au tact des organes du tronc et des membres.

Mécanisme du tact.

Le mécanisme du tact est extrêmement simple ; il suffit que les corps soient en contact avec la peau pour que nous acquérions aussitôt des données plus ou moins exactes sur les propriétés tactiles des corps.

Le tact nous fait particulièrement juger de la température. Lorsque les corps nous enlèvent du calorique , nous les nommons froids ; lorsqu’ils nous en cèdent , nous les disons chauds ; et selon la quantité de calorique dont ils nous privent ou qu’ils nous donnent, nous déterminons leurs différens degrés de chaleur ou de refroidissement. Cependant les jugemens que nous portons sur la température sont loin d’être rigoureusement en rapport avec la quantité de calorique que les corps nous cèdent ou nous enlèvent ; nous y mêlons à notre insu une comparaison avec la température, de l’atmosphère , en sorte qu’un corps plus froid que le nôtre, mais plus chaud que l’atmosphère , nous paraîtra chaud , quoique réellement il nous enlève du calorique quand nous le touchons. C’est la raison pour laquelle les lieux dont la température est uniforme, comme les caves, les puits, nous paraissent froids en été et chauds

(1) On voit distinctement sur les cadavres , à la face externe du chorion , des vaisseaux trèsnombreux , très-fins , et remplis de sang , dans les points où des vésicatoires ont été appliqués quelque temps avant la mort.

en hiver. La capacité des corps pour le calorique influe aussi sur les jugeraens que nous portons sur la température ; témoin la sensation différente que causent le fer et le bois , quoique à la même température.

Un corps assez chaud pour décomposer chimiquement nos organes produit la sensation de la brûlure. Un corps dont la température est assez basse pour absorber promptement une grande proportion du calorique d’une partie, produit une sen*sation analogue : on peut s’en assurer en touchant du mercure congelé.

Les corps qui ont une action chimique sur l’épiderme, ceux qui le dissolvent, comme les alcalis caustiques et les acides concentrés, produisent une impression facile à reconnaître , et qui peut servir à distinguer ces corps.

Tous les points de la peau ne sont pas doués du même degré de sensibilité; de manière qu’un corps , appliqué successivement sur divers points de la surface du système cutané, produira une série d’impressions différentes.

Les membranes muqueuses jouissent d’un tact très-délicat. Qui ne connaît la grande sensibilité des lèvres , de la langue , de la conjonctive , de la pituitaire , de la muqueuse , de la trachée artère , de l’urètre, du vagin, etc. ? Le premier contact des corps qui ne sont pas naturellement destinés à toucher ces membranes , est d’abord douloureux, mais cet effet change bientôt par le pouvoir de l’habitude.

Le taet de ces parties s’exerce même sur les vapeurs ; qui ne sait que les vapeurs ammoniacales ou acides affectent douloureusement la conjonctive, le larynx, etc.? Ce phénomène a une analogie évidente avec l’odorat.

Mécanisme du toucher.

Chez l’homme , la main est l’organe principal du toucher ; toutes les circonstances les plus avantageuses s’y trouvent réunies. L’épiderme y est mince , poli et très-souple , la transpiration cutanée abondante , ainsi que la sécrétion huileuse. Les bourgeons vasculaires y sont plus nombreux que partout ailleurs. Lechorion n’y a pas une épaisseur trop considérable ; il reçoit beaucoup de vaisseaux et de nerfs ; il est adhérent à l’aponévrose sous-jaeente par des brides fd3reuses , et il est soutenu par du tissu cellulaire graisseux , fort élastique. C’est à l’extrémité ou à la pulpe des doigts cjue toutes ces dispositions sont à leur plus haut degré de perfection ; les mouvemens de la main sont faciles , très-multipliés*, tels enfin c[ue cette partie peut s’appliquer à tous les corjDs , quelle que soit l’irrégularité de leur figure.

Tant que la main reste immobile à la surface d’un corps , elle n’agit que comme organe du tact. Pour exercer le toucher, il faut qu’elle se meuve , soit pour parcourir leur surface , afin de nous en indiquer la forme , les dimensions , etc. ; soit pour les comprimer, afin d’acquérir des notions sur leur consistance, leur élasticité, etc.

Quand un corps a des dimensions considérables, nous employons la main tout entière pour le toucher; si, au contraire, le corps est très-peu volumineux, nous le touchons avec l’extrémité des doigts. La faculté qu’a l’homme d’opposer les doigts par leur pulpe, lui donne, sous ce rapport , un grand avantage sur les animaux.

Pvelatîvement au toucher le calorique joue le même rôle que la lumière par rapport à la vue. Il nous fait connaître la présence et certaines propriétés des corps , bien qu’ils se trouvent souvent très-éloignés de nous ; et de même c^ue cela arrive pour la vue , nous reportons instinctivement à distance l’impression qui s’effectue au contact.

D ès la plus haute antiquité on a donné au toucher une grande prépondérance sur les autres sens; quelques philosophes ont été jusqu’à dire qu’il était la cause de la raison humaine. Cette idée s’est maintenue jusqu’à nos jours; elle a reçu même une extension remarquable dans les écrits de Gondillac, de Buffon et des physiologistes modernes. Buffon, en particulier, donnait au toucher une telle importance, qu’il croyait qu’un homme n’avait beaucoup plus d’esprit qu’un autre , que't pour avoir fait ,

dès sa première enfance , un plus prompt et plus grand usage de ses mains . On ferait bien , dit- il , de laisser aux enfans le libre usage des mains dès le moment de leur naissance (i].

Le toucher n’a réellement aucune prérogative sur les autres sens ; et si dans certains cas il aide à l’exercice de la vue ou de l’ouïe , dans d’autres ces sens lui sont aussi d’un grand secours ; il n’y a aucune raison de croire que les idées qu’il excite dans le cerveau soient d’un ordre plus relevé que celles qui y naissent par l’action des autres sens.

Modifications du tact et du toucher par Vâge.

Le fœtus Jouît-il du tact et du toucher ? La négative est probable , au moins en prenant ces mots dans leur acception la plus rigoureuse. On dit que le premier contact de l’air sur la peau de l’enfant naissant est la cause d’une douleur très-vive qui lui arrache les cris qu’il pousse : je crois cette idée peu fondée.

Le tact et le toucher se détériorent avec les années. Dans le vieillard , ils sont sensiblement altérés ; mais à cet âge la peau a subi des changemens désavantageux : l’épiderme n’est plus aussi souple, la transpiration de la peau ne se fait plus qu’imparfaitement ; la graisse , qui auparavant soutenait le chorioii , ayant le plus souvent disparu , celui-ci se plisse , devient flasque. On conçoit que toutes ces causes doivent nuire à l’exercice du tact et du toucher , surtout lorsqu’on sait que la faculté de sentir , elle-même , a éprouvé chez le vieillard une diminution considérable.

Par l’exercice , le toucher peut arriver à un degré de perfection très-élevé, comme on l’observe dans un grand nombre de professions. Un toucher très-exercé est indispensable pour un chirurgien, et surtout pour un médecin.

Bu tact interne}

La plupart des organes jouissent, comme la peau, de la faculté de transmettre au cerveau des impressions quand ils sont touchés par les corps extérieurs , ou simplement quand ils sont médiatement comprimés, foissés, etc. On peut dire qu’ils jouissent généralement du tact.

Les os, les tendons, les aponévroses, les ligamens, ne sont pas dans ce cas, etc. ; à l’état sain , ils sont insensibles , et peuvent même être coupés , brûlés , déchirés sans que nous en soyons avertis par aucune sensation.

Un fait pour ainsi dire incroyable , d’après les idées admises, c’est que plusieurs nerfs paraissent être dans le même cas que les tendons , aponévroses, etc. Ils sont insensibles à tous les excit ans mécaniques ; tels sont la première , la seconde, la troisième, la quatrième, la sixième et la portion molle de la septième paire de neifs , les branches et les ganglions du sympathique (2). {Voy. le détail de mes expériences à ce sujet dans mon Journal de Physiologie, tom. IV.)

(1) Il existe en ce moment, à Paris, un jeune artiste peintre , qui n’a aucune trace de bras , d’avant-bras , ni de main ; ses pieds n’ont que quatre orteils (le second manque) , et cependant son intelligence ne le cède en rien à celle d’un homme de son âge 5 il annonçait il y a quelques années et il possède aujourd’hui un talent distingué. Il dessine et peint avec les pieds. Ajoutons cependant que ces parties ont une flexibilité et une sensibilité qui paraît beaucoup plus développée que dans les pieds ordinaires. N’est-ce pas un phénomène bien remarquable que le goût et le talent de peintre d’histoire chez un homme aussi peu favorisé de la nature !

(2) Quant à la portion dure de la septième paire ou nerf facial, il est dans une position toute particulière; il ne paraît pas être sensible par lui-même; cependant s’il est rais h nu sur un

L’Insensibilité des organes fibreux n’étaît point connue des anciens ; ils envisageaient toutes les parties blanches comme nerveuses , et leur attribuaient les propriétés que nous savons maintenant n’appartenir qu’à un ordre distinct de nerfs. C’est aux expériences de Haller et à celles de ses disciples que nous sommes redevables de savoir qu’entre tous les tissus fibreux blancs les nerfs seuls sont sensibles (i) ; cet utile résultat devait avoir une grande influence sur les progrès récens de la chirurgie. En effet , avant de connaître cette conséquence inattendue d’expériences directes , ce que redoutaient le plus les opérateurs, c’était de léser des parties blanches. Aujourd’hui elles sont intéressées sans aucune crainte. N’eussions-nous que cette preuve de la grande utilité des expériences physiologiques sur les animaux vivans, il me semble qu’il serait difficile de ne pas l’accorder. Combien de malheureux ont dû la vie à cette sécurité des chirurgiens !

Le fait que j’ai été assez heureux pour découvrir, savoir que , parmi les nerfs , il en est qui égalent les tendons, les aponévroses, les cartilages pour l’insensibilité complète, n’aura pas, je l’espère, une moindi’e influence sur les progrès futurs de la chirurgie.

Sensations spontanées.

Sans l’intervention d’aucune cause externe, tous les organes peuvent spontanément développer en nous un grand nombre d’impressions diverses. Elles sont de trois espèces. Les premières naissent quand il est nécessaire que les organes agissent; on les nomme besoins , désirs instinctifs : telles sont la faim, la soif, le besoin d’uriner, celui de respirer, les appétits vénériens, etc., etc.

Les secondes ont lieu pendant l’action des organes; elles sont souvent obscures, quelquefois très-vives. De ce nombre sont les impressions qui accompagnent les diverses excrétions, comme celle du sperme, de l’urine, du lait. Telles sont encore les impressions qui nous avertissent de nos mouvemens , des périodes de la digestion : les rêves , la pensée elle-même se rattachent à ce genre d’impression.

La troisième espèce de sensations internes se développe quand les organes ont agi. A cette espèce appartient le sentiment de la fatigue , variable dans les différens appareils de fonctions.

Il faut ajouter à ces trois espèces d’impressions celles qui se font sentir dans les maladies : celles-ci sont infiniment nombreuses et variées; leur étude approfondie est indispensable au médecin.

Toutes les sensations venant du dedans, naissant presque toujours indépendamment de l’action des corps extérieurs, ont été désignées collectivement par la dénomination de sensations internes , ou sentimens.

Leur considération avait été négligée par les métaphysiciens du siècle dernier; mais

animal vivant , il donne des indices non équivoques de sa sensibilité; mais un de mes anciens collaborateurs , maintenant professeur de physiologie à Copenhague, M. Eschriht , a prouvé , par plusieurs expériences très-finement conduites , que si ce nerf est sensible il le doit , comme toutes les parties de la face , à l’intégrité de la cinquième paire ; ce fait remarquable découlait aussi d’une expérience que j’ai faite , et qui consiste à couper le tronc des deux cinquième paire dans le crâne : alors toute la face perd sa sensibilité ; par conséquent celle de la septième paire y est comprise; mais l’idée de faire ressortir cette conséquence ne m’était pas venue. Il est heureux pour la science que mon savant confrère y ait songé , et qu’il en ait fait un sujet spécial de recherches. Cela nous a valu un bon mémoire. ( Voyez mon Journal de Physio^ logie. )

(1) J’ai remarqué cependant plusieurs fois, dans mes expériences, que la partie de la duremère qui forme les parois du sinus longitudinal supérieur , était d’une sensibilité non douteuse.

cette étude a été, de nos Jours, l’objet des méditations de plusieurs auteurs distingués, particulièrement de Cabanis et de MM. Destutt-Tracy et Tburot ; leur histoire est une des parties les plus curieuses de l’idéologie.

Du prétendu sixième sens.

Buffon , en parlant de la vivacité des sensations agréables qui sont produites par le rapprochement des sexes , a dit, dans un langage figuré , qu’elles dépendaient d’un sixième sens.

Les magnétiseurs, et surtout ceux d’Allemagne, parlent beaucoup d’un sens qui est présent dans tous les autres, qui veille quand ceux-ci dorment, qui est surtout développé dans les individus somnambules : il donne à ces personnes le pouvoir de prédire les événemens. Ce sens, qui forme V instinct des animaux, leur fait pressentir les dangers prochains. Il réside clans les os , les viscères , les ganglions et les plexus nerveux. Répondre à de semblables rêveries, serait à coup sûr perdre son temps.

Ayant découvert dans l’os incisif des animaux un organe particulier, M. Jacobson a soupçonné qu’il pouvait être la source d’un ordre distinct de sensations , sans en donner d’ailleurs aucune preuve.

Enfin la faculté qu’ont les chauves-souris de se diriger, en volant dans les lieux les plus obscurs, avait fait penser à Spallanzani et à M. Jurine , de Genève, que ces animaux étaient doués d’un sixième sens; mais M. Cuvier a fait voir que cette faculté de se conduire ainsi dans l’obscurité devait être attribuée au sens du toucher.

Il n’existe donc pas de sixième sens.

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