DES ATTITUDES ET DES MOUVEMENS
La contraction musculaire n’est pas seulement la cause de la voix , elle préside encore à nos mouvemens et à nos attitudes.
L’explication des mouvemens et des attitudes de l’homme consiste dans l’application des lois de la mécanique aux organes qui les exécutent.
Nos attitudes et nos mouvemens étant extrêmement variés, si l’on voulait les exj)liquer tous, on y trouverait l’application de la plupart des lois de la mécanique.
Personne ne s’est encore occupé de ce travail d’une manière entièrement satisfaisante; en général on s’est borné aux attitudes et aux mouvemens les plus fréquens , et aux applications les plus simples des principes de la mécanique.
Principes de méeanique nécessaires pour V intelligence des moiwemens et des
attitudes.
a. Un corps est en mouvement quand ses parties occupent successivement dlffe- 1 ens points de l’espace.
b. On nomme force toute cause de mouvement.
c. Plusieurs forces peuvent être appliquées à un corps sans produire de mouvement , si leurs effets se détruisent mutuellement. On dit alors qu’il y a équilibre.
d. Quand deux forces appliquées en sens contraire à un même point ou aux extrémités d’une ligne droite se font équilibre, ces deux forces sont égales.
e. Une force A est double d’une force B , si la première peut être considérée comme la réunion de deux forces égales à B.
f. Deux forces seront entre elles comme deux nombres, 7 et 5 par exemple , si elles peuvent être considérées comme la réunion, la première de 7 , la seconde de 5, forces toutes égales entre elles.
Les rapports des forces pouvant ainsi être évalués en nombre ou en longueur, on pourra les soumettre, soit au calcul, soit aux constructions géométriques.
Quand un point matériel est sollicité par plusieurs forces qui ne se font point équilibre, il se meut dans une certaine direction. On conçoit que ce mouvement pourrait être produit par l’application d’une seule force. On nomme résultante cette force unique qui pourrait remplacer toutes les autres, et celles-ci, considérées par rapport à la résultante , sont nommées ses composantes.
g. Pour qu’un système de forces soit en équilibre, il faut que chacune d’elles détruise l’effet de toutes les autres, par conséquent qu’elle soit égale et directement opposée à leur résultante.
h. Si toutes les forces sont dirigées suivant une même ligne droite, leur résultante sera dirigée dans le même sens, et égale à leur somme, si elles tirent toutes du même côté. Si elles tirent de deux côtés opposés , elle sera égale à la différence de la somme des forces qui tirent dans un sens sur les forces qui tirent dans l’autre, et dirigée dans le sens de la plus grande somme.
PRÉCIS ÉLÉMENTzURE
i. D’après le rapport connu des trois lignes , si on nous donne la direction de deux forces P et O , celle de leur résultante R, nous pourrons facilement trouver le ra])port des deux forces : elles seront entre elles comme les côtés du parallélogramme construit, en menant d’un point quelconque de la direction de la résultante deux parallèles à la direction des autres forces.
De plus, si l’on a la valeur de la résultante, on aura aussi celle des composantes , puisque le rapport de chacune de ces forces à la résultante est connu par le moyen que je viens d’indiquer.
h. La résultante d’un nombre quelconque de forces parallèles jouit d’une propriété très-remarquable ; c’est que de quelque manière qu’on fasse varier la direction des forces, pourvu qu’elles restent parallèles entre elles, et que leurs points d’application ne soient pas changés, celui de la résultante sera toujours le même, puisque c’est uniquement du rapport de ces forces et de la distance de leurs points d’application que dépend celui de la résultante.
/. Si le corps auquel sont appliquées les forces n’est pas libre dans l’espace, mais assujéti à tourner autour d’un point iixe , on juge bien que pour qu’il y ait équilibre, il suffira que la résultante de toutes les forces passe par ce point , puisqu’alors son action , s’exerçant contre un obstacle invincible, restera nécessairement sans effet.
Si le corps soumis à l’action des forces est assujéti à se mouvoir autour d’une ligne droite, il suffira pour l’équilibre que la résultante passe par l’axe fixe qui rendra nul son effet.
n. La pesanteur agit sur chaque molécule des corps , et les sollicite toutes dans des directions sensiblement parallèles; on pourra donc appliquer à ces forces ce qu’on a dit généralement de tout système de forces parallèles, c’est que leur résultante passera toujours par un même point , de quelque manière qu’on fasse varier la direction des forces, c’est-à-dire, dans ce cas, de quelque manière qu’on incline le corps par rapport à la verticale, qui est la direction constante de. la pesanteur.
Ce point unique d’application de la résultante de toutes les pesanteurs partielles, est ce qu’on nomme centre de gravité.
O. Pour qu’un corps soumis à la seule action de la pesanteur reste en équilibre, il faudra que la verticale , passant par le centre de gravité, rencontre le point d’appui ou de suspension.
p. Si le corps repose sur un plan horizontal , il faut que cette résultante tombe en dedans de l’espace compris entre les points par lesquels il touche le plan : on nomme hase de sustentation l’espace ainsi circonscrit. Plus cet espace sera grand , toutes choses étant égales d’ailleurs , plus l’équilibre sera assuré.
q. L’équilibre sera stable quand le corps, dérangé infiniment peu de sa position, tendra à y revenir par une suite d’oscillations. Il sera instantané , si du moment que le corps est dérangé de sa position, il tend à s’en éloigner de plus en plus, jusqu’à ce qu’il ait trouvé une autre position d’équilibre.
r. L’équilibre sera stable quand le centre de gravité sera le plus bas possible , parce que tout changement ne peut que le faire monter contre la tendance qu’il a à descendre. L’équilibre sera instantané quand le centre de gravité sera le plus haut possible, parce que tout changement , ne pouvant que le faire descendre , sera favorisé par la tendance qu’il a déjà.
De deux colonnes creuses, formées d’une égale quantité de la même matière, et de même hauteur , celle qui présentera la cavité la plus considérable sera la plus forte.
t. De deux colonnes de même diamètre, mais de hauteur différente, la plus haute sera la plus faible.
V. Le plus grand poids que puisse supporter un ressort qui éprouve de petites flexions, est proportionnel au carré du nombre des flexions, plus un, en sorte que
si le ressort présente trois eourbures, il supportera un poids seize fois plus considérable que s’il n’en présentait qu’une
Des leviers.
On définit le levier une ligne inflexible qui tourne autour d’un point fixe.
On distingue dans un levier le point d’appui, le point où agit la puissance, celui où se fait la résistance, ou simplement le point d’appui, la puissance et la résistance.
Selon la position respective du point d’appui , de la puissanee et de la résistance , le levier est du premier, second ou troisième genre.
Dans le levier du premier genre, le point d’appui est entre la résistanee et la puissance; la résistance est à une extrémité, et la puissance à l’autre extrémité.
Le levier du deuxième genre est celui où la résistance est entre la puissanee et le point d’appui , et où le point d’appui et la puissance occupent chacun une extrémité.
Enfin, dans le levier du troisième genre, c’est la puissance qui est entre la résistance et le point d’appui, tandis que la résistance et le point d’appui sont aux extrémités.
On distingue encore dans un levier le bras de la puissance et celui de la résistance. Le premier comprend la portion du levier qui s’étend du point d’appui à la puissance ; le second est la portion de levier qui sépare le point d’appui de la résistance.
Lorsque dans le levier du premier genre le point d’appui occupe exactement le milieu du levier , on dit alors que le levier est à bras égaux ; quand le point d’appui se rapproche de la puissance ou de la résistance , on dit alors que le levier est à bras inégaux.
La longueur du bras de levier donne plus ou moins d’avantage, soit à la puissance, soit à la résistance. Si le bras de la puissance, par exemple , est plus long que celui de la résistance, l’avantage est pour la puissanee, dans la proportion de la longueur de son bras à celle du bras de la résistance; en sorte que si le premier de ces bras est double ou triple du second , il suffira que la puissance soit la moitié ou le tiers de la résistance , pour que les deux forces se fassent équilibre.
Dans le levier du second genre , le bras de la puissance est nécessairement plus long que celui de la résistance, puisque celle-ci est entre la puissance et le point d’appui, tandis que la puissance est à une extrémité. Ce genre de levier est toujours avantageux à la puissance.
C’est le contraire pour le levier du troisième genre, puisque dans ce levier la puissance est placée entre la résistance et le point d’appui , tandis que la résistance occupe une extrémité.
Le levier du premier genre est le plus favorable à l’équilibre ; le levier du second genre est le plus favorable pour vaincre une résistance , et le levier du troisième genre est celui qui favorise le plus la rapidité et l’étendue des mouvemens.
La direction selon laquelle la puissance s’insère sur un levier est importante à remarquer. L’effet de la puissance est d’autant plus considérable, que sa direction approche davantage d’être perpendiculaire à celle du levier. Lorsque cette dernière
(1) J’ai emprunté presque tout cet article ikwx Recherches sur la Mécanique animale , par M. Roulin , et insérées dans mon Journal de Physiologie.
rFxECIS ELEMENTAIRE
condition est: remplie, la totalité de la force est cm taudis que , dans les directions obliques, une partie voir le levier dans sa propre direction , et cette portion de force est eiétruite par la résistance du point d’appui.
Le princijm général d’équilibre des leviers consiste en ce f[ue , f[uelque direction fju’aicnt les forces , elles sont toujours entre elles en raison inverse des perpendiculaires abaissées du point fixe sur leur direction.
ployée à surmonter la résistance, ; de cette force tend à faire mou-
Fm'ce motrice.
On appelle inertie cette propriété générale des corps, en vertu de laquelle ils persévèrent dans leur état de mouvement ou de repos , tant qu’aucune cause étrangère n’agit sur eux.
La force qui produit le mouvement doit se mesurer par la quantité de mouvement produite. Cette quantité s’estime en multipliant la masse par la vitesse acquise.
Cette vitesse peut s’acquérir de deux manières différentes , ou par l’action continuée d’une force, comme celle de la pesanteur , ou par l’effet d’une force qui produit instantanément une vitesse finie.
Il est facile de conclure de ce qui précède , que tout effort exercé sur un corps libre produira un mouvement. La direction de ce mouvement, la vitesse acquise et l’espace parcouru par le corps, dépendront de l’effort ou de sa masse , 2° de l’intensité de l’action exercée sur lui , et 3® des forces qui le solliciteront pendant son mouvement.
/Ainsi, un corps lancé par la main acquiert instantanément une vitesse d’autant plus grande , que l’effort est plus grand et que la masse est moindre : l’action continuelle de la pesanteur modifie sans cesse et cette vitesse et la direction du mouvement, qui cesse lorsque le corps est tombé sur la surface de la terre. Le mouvement est encore ralenti par la résistance de l’air, dont l’effet augmente avee la vitesse du corps , l’étendue de la surface qui frappe continuellement l’air , et la légèreté spécifique du corps.
Un corps inorganique ne peut par lui-méme changer l’état dans lequel il se trouve. Immobile, il persiste à l’état du repos, jusqu’à ce qu’une force quelconque lui soit appliquée. Devenu mobile par l’action instantanée d’une certaine force , il persiste à l’état de mouvement uniforme et en ligne droite , jusqu’à ce qu’une force nouvelle vienne modifier ou détruire l’effet de la première.
On nomme mouvement uniforme celui dans lequel le mobile parcourt en des temps égaux des espaces toujours égaux. Le mouvement est accéléré quand les espaces parcourus deviennent de plus en plus grands; retardé , quand ils deviennent de plus en plus petits, les temps restant toujours égaux.
D’après ce que nous avons dit plus haut, on voit que le mouvement accéléré ou retardé nécessitera à chaque instant rapplication de forces nouvelles.
Dans le mouvement uniforme, l’espace parcouru dans un temps donné pourra être j)lus ou moins grand , suivant l’intensité de la force qui a été appliquée. Ce rapport du temps à l’espace parcouru par le mobile, détermine ce qu’on nomme sa vitesse.
Si dans le même temps qu’un corps A parcourt un espace de trois mètres , un autre corps B parcourt un espace de 5 mètres , on dira que la vitesse du premier est à celle du second comme 3 est à 5.
Il arrive souvent qu’on exprime une vitesse par un nombre absolu , mais ce nombre ne représente que le rapport de cette vitesse avec une autre qu’on n’énonce pas , mais qu’on est convenu de prendre pour unité.
Si un corps , dans l’unité du temps (la seconde par exemple) , parcourt l’unité d’espace , (|ue nous supposerons le mètre , sa vitesse est celle qu’on choisit pour terme de comparaison , et qu’on représente par l’unité. Si toujours dans le même
DE PHYSiOLOGIE.
temps un second corps parcourt 5 mètres, sa vitesse , 5 fois plus grande cpie celle du premier , sera représentée par 5. Si un troisième corps emploie trois secondes à parcourir ces 5 mètres , que le deuxième parcourait dans une, sa vitesse sera soustriple : ])ar conséquent la deuxième étant 5, celle-ci sera 5/3. On obtiendra donc l’expression de la vitesse en divisant le nombre qui représente l’espace par celui c|ui représente le temps , ce qu’on exprime ordinairement plus brièvement en disant que la vitesse est égale à l’espace divisé par le temps.
A masse égale les vitesses seront proportionnelles aux forces.
A vitesse égale les forces sont proportionnelles aux masses ; car l’effet d’une force qui met en mouvement un corps libre , est d’imprimer une meme vitesse à toutes les molécules de ce corps , et par conséquent l’intensité de la force sera proportionnelle au nombre de ces molécules ou à la masse du corps. La mesure d’une force est donc représentée par la somme des forces qui animent toutes les molécules , et comme on le dit ordinairement , l’effet d’une force a pour mesure la masse multipliée par sa vitesse.
A forces égales , les vitesses seront réciproquement proportionnelles aux masses. Ainsi, si à un corps mobile vient se joindre un corps immobile, de manière à ce que le premier ne puisse plus se mouvoir sans le second , le mouvement se répandra uniformément dans les deux , de manière à ce qu’ils puissent se mouvoir avec des vitesses égales ; il faudra donc qu’il s’y distribue proportionnellement aux masses , et la vitesse résultante sera à la vitesse du premier corps , comme la masse de ce premier corps est à la masse des deux réunis.
On appelle frottement la résistance qu’on est obligé de vaincre pour faire glisser un corps sur un autre.
On nomme adhésion la force qui unit deux corps polis , appliqués l’un sur l’autre. Cette force se mesure par l’effort que l’on exerce perpendiculairement à la surface de contact pour séparer les deux corps.
Plus les surfaces en contact sont polies , plus l’adhésion est grande, et plus le frottement est faible : aussi , tant qu’il ne s’agira que de faire glisser un corps sur un autre , il y aura toujours de l’avantage à rendre les surfaces polies , ou à interposer entre elles un liquide.
Des os.
Les os , déterminant la forme générale du corps et ses dimensions , remplissent, à raison de leurs propriétés physiques , un usage très-important dans les différentes positions et mouvemens du corps : ce sont eux qui forment les différons leviers que présente la machine animale , et qui transmettent le 'poids de nos parties sur le sol. Comme leviers , ils sont employés tantôt comme du premier genre , tantôt comme du second ou du troisième. Quand il s’agit d’équilibre , c’est presque toujours le levier du premier genre qui est employé ; s’il y a une résistance considérable à surmonter , ils représentent un levier du second genre. Dans les autres mouvemens , ils sont employés comme leviers du troisième genre , lequel , comme on sait , désavantageux à la puissance , favorise l’étendue et la rapidité des mouvemens. La plupart des saillies et des éminences des os ont pour usage de changer la direction des tendons , et de faire qu’ils s’y insèrent dans une direction moins éloignée de la perpendiculaire.
Comme moyen de transmission du poids , les os représentent des colonnes superposées , presque toujours creuses, ce qui augmente de beaucoup la résistance générale que présente le squelette et celle de chaque os en particulier.
Forma des os.
On distingue les os en os courts , en os plats , et en os longs.
Les os courts se trouvent dans les parties où il faut beaucoup de solidité et peu de mobilité , comme aux pieds , à la colonne vertébrale.
Les os plats ont pour principal usage de former les parois des cavités ; cependant ils concourent aussi avantageusement aux mouvemens et aux attitudes par l’étendue de la surface qu’ils présentent pour l’insertion des muscles.
Les os longs sont principalement destinés à la locomotion *,113 ne se trouvent qu’aux membres. La forme de leur corps et celle de leurs extrémités méritent d’être remarquées. Le corps est la partie de ces os qui présente le moins de volume ; il est en général arrondi : les extrémités , au contraire , sont toujours plus ou moins volumineuses.
La disposition du corps de l’os concourt à l’élégance de la forme des membres ; le volume des extrémités articulaires , outre le même usage , assure la solidité des articulations, et diminue l’obliquité de l’insertion des tendons sur les os.
Les os courts sont presque entièrement composés de substance spongieuse , d’où il résulte qu’ils peuvent présenter une surface considérable sans être trop pesans. Il en est de même pour l’extrémité des os longs ; mais le corps de ceux-ci présente la substance compacte en très-grande quantité, ce qui lui donne une grande résistance, laquelle était nécessaire, puisque c’est dans le corps des os longs que viennent aboutir les efforts que supportent ces os.
Le tissu spongieux des os courts et de l’extrémité des os longs est rempli par le suc médullaire ou par le sang.
La cavité du corps des os longs est remplie par la moelle.
Articulations des os.
On les distingue en celles qui ne permettent pas de mouvemens et en celles qui en permettent.
La première division présente des sous-divisions, fondées sur la forme des surfaces articulaires.
Les secondes en présentent aussi qui sont fondées sur la disposition des surfaces articulaires et sur l’espèce de mouvement que les articulations permettent.
Dans les articulations mobiles, les os ne se touchent jamais immédiatement; il y a toujours entre eux une substance élastique diversement disposée selon les articulations , et destinée à supporter aisément les plus fortes pressions , à amortir les chocs et à favoriser les" mouvemens. Tantôt cette substance est unique, adhère également à la surface des deux os qui s’articulent , et constitue les articulations de continuité. Elle est alors dénaturé fibro-cartilagineuse. Tantôt cette substance forme une couche particulière à chaque surface articulaire : c’est ce qui se voit dans les articulations de cojîtiguité. Dans ce cas , la substance est cartilagineuse.
On dit que la substance qui , dans ce genre d’articulation, revêt les os , est formée de fibres disposées les unes à côté des autres, et perpendiculaires à la surface articulaire qu’elles revêtent : cette opinion nous paraît mériter de nouvelles recherches. Les cartilages ont plutôt l’apparence d’être formés d’une couche homogène.
Les articulations ainsi disposées présentent les dispositions les plus favorables au glissement. Les surfaces en contact sont très-polies , et un liquide particulier, la synovie , vient continuellement se placer entre elles. Pour les mêmes raisons, l’adhésion est très-grande, et cette circonstance ajoute à la solidité de l’articulation en contribuant à prévenir les déplacemens.
Dans certaines articulations mobiles on trouve entre les surfaces articulaires des substances fibro-cartilagineuses non adhérentes à ces surfaces. On leur a donné pour usage de former des espèces de coussins qui, cédant à la pression et revenant ensuite sur eux-mémes, protègent les surfaces articulaires auxquelles ils correspondent. Elles se trouvent, dit-on, à cet effet, dans les articulations, qui supportent les pressions les plus considérables. Nous pensons que cette opinion n’est pas suffisamment fondée. En effet, l’articulation de la hanche et surtout l’articulation du pied, qui supporte habituellement les efforts les plus considérables, n’en présentent point. N’ont-elles pas plutôt pour usage de favoriser l’étendue des mouvemens et de prévenir les déplacemens?
Autour et quelquefois à l’intérieur des articulations, on trouve des corps fibreux , nommés ligamens , et qui ont pour double usage de maintenir les os dans leurs rapports respectifs , et de limiter les mouvemens qu’ils exécutent les uns sur les autres.
Attitudes de l’homme.
Examinons l’homme dans les différentes positions qu’il peut prendre, et d’abord dans l’état de station le plus ordinaire, c’est-à-dire, sur ses pieds.
Nous voyons en premier lieu que la tête, unie intimement avec l’atlas, forme avec lui un levier du premier genre, dont le point d’appui est dans l’articulation des masses latérales de l’atlas et de l’axis , tandis que la puissance et la résistance occupent chacune une extrémité du levier, et sont placées l’une à la face, l’autre à l’occiput.
Le point d’appui étant plus près de l’occiput que de la partie antérieure de la face, la tête tend, par son poids , à tomber en avant ; mais elle est retenue en équilibre par la contraction des muscles qui s’attachent à sa partie postérieure. C’est donc la colonne vertébrale qui supporte la tête, et qui doit en transmettre le poids à son extrémité inférieure.
Les membres supérieurs, les parties molles du cou, du thorax, la plus grande partie de celles qui sont contenues dans la cavité abdominale, pèsent, soit médiatement , soit immédiatement , sur la colonne vertébrale.
A raison du poids considérable de ces parties , il était nécessaire que la colonne vertébrale présentât une grande solidité.
En effet, le corps des vertèbres , les fibro-cartllages intervertébraux , les divers ligamens qui les réunissent , forment un tout d’une grande solidité. Si l’on réfléchit ensuite que la colonne vertébrale est formée de portions .de cylindres superposées ; qu’elle a la forme d’une pyramide dont la base repose sur le sacrum ; qu’elle présente trois courbures en sens opposés, ce qui lui donne seize fois plus de résistance que si elle n’en présentait pas , on aura une idée de la résistance qu’offre la colonne vertébrale. Aussi on la voit supporter aisément non- seulement le poids des organes qui pèsent sur elle , mais même des fardeaux quelquefois très-lourds.
Le poids des organes que la colonne vertébrale soutient se faisant surtout sentir sur sa partie antérieure, des muscles placés le long de sa partie postérieure résistent à la tendance qu’elle aurait à se porter en avant. Dans cette circonstance, chaque vertèbre et les parties qui s’y attachent représentent un levier du premier genre, dont le point d’appui est dans le fibro-cartilage qui soutient la vertèbre ; la puissance, dans les parties qui l’attirent en avant ; et la résistance , dans les muscles qui s’attachent à ses apophyses épineuses et transverses.
La colonne vertébrale , dans son ensemble , représente un levier du troisième genre , dont le point d’appui est dans l’articulation de la cinquième vertèbre des lombes avec l’os sacrum , dont la puissance est dans les parties qui tendent à porter la colonne en avant , et la résistance dans les muscles postérieurs. Comme c’est à la partie inférieure du levier que la puissance agit principalement, c’est là que
la nature a placé les muscles les plus forts ; c’est là cjue la pyramide représentée par la colonne vertébrale a le plus d’épaisseur j que les apophyses des vertèbres sont plus prononcées et plus horizontales : c’est aussi là que se fait sentir la fatigue , lorsque nous restons long-temps debout.
La puissance musculaire agira d’autant plus efficacement pour rétablir l’équilibre nécessaire à la station , que les apophyses épineuses seront plus longues et plus rapprochées de la direction horizontale.
Le poids de la colonne vertébrale et des parties qui pèsent sur elle est transmis directement au bassin, qui, reposant sur les fémurs, représente un levier du premier genre, dont le point d’appui est dans les articulations iléo-fémorales , et dont la puissance et la résistance sont placées en avant ou en arrière.
Le bassin soutient aussi le poids d’une partie des viscères abdominaux.
Le sacrum soutient la colonne vertébrale, et, agissant à la manière d’un coin , il transmet également aux deux fémurs le poids dont il est chargé , par l’intermède des os des îles.
Le bassin est vraiment en équilibre sur les deux têtes du fémur ; mais cet équilibre résulte d’un grand nombre d’efforts combinés.
D’un côté, les viscères abdominaux , pressant sur le bassin incliné en avant, tendent à abaisser le pubis; d’un autre côté, la colonne vertébrale tend, par son poids, à faire faire au bassin un mouvement de bascule en arrière.
Le poids de la colonne vertébrale étant beaucoup plus considérable que celui des viscères abdominaux , il semblerait que pour rétablir l’équilibre il suffirait de puissances musculaires qui, partant du fémur, s’attacheraient vers les pubis, et seraient propres, par leur contraction, à contre- balancer l’excès de poids de la colonne vertébrale. Ces muscles existent en effet , mais ce ne sont point eux qui agissent principalement pour déterminer l’équilibre du bassin sur les fémurs ; car le bassin , bien loin de tendre à faire la bascule en arrière , tendrait plutôt à se porter en avant, parce que les muscles, qui résistent à la tendance qu’a la colonne vertébrale à s’incliner en avant , prenant leur point fixe sur le bassin , font un effort considérable pour le porter en haut. Ce sont donc les muscles qui du fémur se portent à la partie postérieure du bassin, qui empêchent celui-ci de s’élever, et qui sont les agens principaux de l’équilibre du bassin sur les fémurs : aussi la nature les a-t-elle faits très-nombreux et très-forts.
L’articulation du fémur avec les os des îles est plus près du pubis que du sacrum , d'où il résulte que les muscles postérieurs agissent par un bras de levier plus long; ce qui est une circonstance favorable à leur action.
Dans l’état de station ordinaire , les fémurs transmettent directement au tibia le poids du tronc. Ils remplissent aisément cet usage, attendu la solidité de leur articulation avec les os des îles.
Le col du fémur, outre les usages qu’il remplit dans les mouvemens, sert utilement à la station , en dirigeant la tête du fémur obliquement en haut et en dedans : d’où il résulte qu’elle supporte la pression verticale du bassin , et qu’elle résiste à l’écartement des os des îles , que le sacrum tend à produire.
Le fémur transmet le poids du corps au tibia ; mais , par la- manière dont le bassin presse sur lui , son extrémité inférieure tend à se porter en avant, tandis que le contraire a lieu pour son extrémité supérieure : d’où il suit que , pour le maintenir en équilibre sur le tibia, il faut que des muscles puissans s’opposent à ce mouvement. Ces muscles sont le droit antérieur et le triceps crural , dont l’action est favorisée par la présence de la rotule , placée derrière leur tendon. Les muscles de la partie postérieure de la jambe, qui s’attachent aux condyles du fémur, concourent aussi à maintenir cet équilibre.
C’est le tibia qui transmet au pied le poids du corps ; le péroné n’y concourt point. Mais pour que le premier de ces os remplisse convenablement cet office, il est nécessaire que des muscles s’opposent à la disposition qu’a son extrémité supérieure à être
portée en avant. Les jumeaux et le soléaire remplissent particulièrement cet usage; tous les autres muscles de la partie postérieure de la jambe y concourent.
Le pied soutient tout le poids du corps ; sa forme et sa structure sont en rapport avec cet usage. La plante du pied a beaucoup d’étendue, ce qui contribue à la soli * dite de la station. La peau et répidernie de cette partie sont fort épais. Au-dessus de la peau est une couclie graisseuse, assez épaisse, surtout aux endroits où le pied presse sur le sol. Cette graisse forme une sorte de coussin élastique , propre à amortir ou à diminuer les effets de la pression exercée par le poids du corps.
Le pied ne touche pas le sol par toute l’étendue de sa face inférieure : le talon , le bord externe, la partie qui correspond à l’extrémité antérieure des os du métatarse, l’extrémité ou la pulpe des orteils, sont les points qui touchent habituellement le sol et qui y transmettent le poids du corps : aussi trouve-t-on dans chacun de ces points des pac|uets élastiques de graisse , évidemment destinés à s’opposer aux inconvéniens d’une pression trop forte. Celui cjui est placé immédiatement au-dessous de la tête du calcanéum est très-remarquable : il est lisse par sa face supérieure, et seulement contigu à l’os ; il est d’ailleurs distinct du reste de la graisse que présente le talon. Les autres paquets ou coussinets de graisse sont moins volumineux, mais ils sont disposés d’une manière analogue à celui du talon.
C’est sur l’astragale que le tibia transmet le poids du corps, celui-ci le transmet à son tour aux autres os du pied : mais le calcanéum est celui qui en reçoit la plus grande partie; le reste est réparti entre les autres points du pied qui reposent sur le sol.
Voici le mode général de cette transmission. L’effort que soutient l’astragale est transmis, au calcanéum, 2° au scaphoïde. Le calcanéum, étant placé immédiatement au-dessous de l’astragale , reçoit la plus grande part de la pression; il la transmet lui-même en partie au sol et en partie au cuboïde. Ce dernier os et le scaphoïde, par l’intermédiaire des cunéiformes , pressent à leur tour sur les os du métatarse , f|ui , appuyant sur le sol , y transmettent presque toute la pression qu’ils supportent : le surplus se propage dans les orteils , et finit par aboutir de même sur la base de sustentation. Ce mode de transmission suppose que le pied touche le sol par toute l’étendue de la plante.
Comme la pression du tibia se fait sentir surtout à la partie interne du pied, celui-ci tend continuellement à se déjeter en dehors. Le péroné est destiné à maintenir le pied dans la rectitude nécessaire à la solidité de la station.
On a vu que les muscles qui , dans la station, empêchent la tête de tomber en avant , prennent leur point fixe au cou ; que ceux qui remplissent le même usage relativement à la colonne vertébrale, prennent le leur au bassin; que ceux qui maintiennent le bassin en équilibre s’attachent aux fémurs ou aux os de la jambe; que ceux qui s’opposent à la rotation des fémurs en arrière, s’insèrent aux tibias; qu’enfin ceux qui retiennent les tibias dans la position verticale, prennent leur point fixe aux pieds. C’est donc aux pieds qu’en dernier lieu viennent aboutir tous les efforts nécessaires à la station debout; il fallait donc que les pieds présentassent une résistance en rapport avec l’effort qu’ils avaient à supporter. Mais les pieds n’ont par eux-mêmes d’autre résistance que celle de leur pesanteur ; toute celle qu’ils présentent leur est communiquée par le poids du corps qu’ils supportent : en sorte que la même cause qui tend à produire la chute, est justement celle qui assure la solidité de la station.
L’espace que les pieds laissent entre eux, plus la surface qu’ils recouvrent, forment la base de sustentation. La condition d’équilibre pour la station debout est que la verticale , abaissée du centre de gravité , vienne tomber' sur un des points de la base de sustentation. La station sera d’autant plus solide que cette base sera plus large ; sous ce rapport , la largeur des pieds est loin d’être indifférente.
L’observation apprend que la station est aussi solide que possible quand les deux pieds, dirigés en avant et placés sur deux lignes parallèles, seront séparés par un espace égal à la longueur de l’un d’eux. Si l’on agrandit latéralement la base de sus*
tentation en écartant les pieds, la station devient plus solide dans ce sens, mais elle perd de la solidité d’avant en arrière. C’est l’opposé quand on place un pied en avant et l’autre en arrière.
Plus la base de sustentation est diminuée, moins la station est solide, et plus elle nécessite d’efforts musculaires pour être maintenue. C’est ce qui arrive quand on s’élève sur la pointe des pieds. Dans ce cas , les pieds ne touchent plus le sol que par l’espace compris entre l’extrémité antérieure des os du métatarse et l’extrémité des orteils : ce mode de station est fatigant et ne peut être long-temps soutenu. Quelques personnes, les danseurs, par exemple, peuvent s’élever jusque sur l’extrémité des orteils : on conçoit que cette position doit présenter encore plus de difficulté. Au reste, quelle que soit la partie du pied qui touche le sol, elle est toujours comprise parmi les quatre parties que nous avons désignées au commencement de cet article, et l’on ne peut méconnaître l’utilité des paquets de tissu cellulaire graisseux qui y correspondent.
La station deviendra de même très-pénible ou même impossible , si les pieds reposent sur un plan très-étroit, une corde tendue, par exemple.
En général, toute cause qui rétrécira la base de sustentation diminuera la solidité de la station dans la proportion delà diminution de cette base, comme le prouvent les individus qui ont accidentellement perdu les orteils par la congélation, ceux qui sont privés de la partie antérieure du pied à la suite de l’amputation partielle, ceux qui ont une ou deux jambes de bois, ceux qui font usage d’échâsses , et enfin , dans ce dernier cas, la station est encore rendue plus difficile par l’éloignement du centre de gravité de la base de sustentation.
La station sur deux pieds peut avoir lieu dans une infinité de positions différentes du corps, autres que la droite. Le tronc peut être penché en avant , en arrière, ou latéralement; les membres inférieurs peuvent être fléchis de diverses manières. Si l’on a bien compris ce que nous avons dit de la station debout , il sera facile de se rendre raison des attitudes dont il est ici question.
Station sur un seul pied.
Dans certaines circonstances , on se tient debout sur un seul pied. Cette attitude est nécessairement fatigante ; elle exige, de la part des muscles qui environnent Particulation de la hanche, une action forte et soutenue, d’où résulte l’équilibre du bassin sur un seul fémur; et comme le corps , et par conséquent le bassin , tend à s’incliner du côté de la jambe qui n’appuie pas sur le sol, il faut, de la part des muscles grand, moyen, et petit fessiers, dû fascia-lata, des jumeaux, du pyramidal, des obturateurs, du carré , une contraction telle, que le tronc soit retenu. Ne perdons pas l’occasion de remarquer ici l’usage du col du fémur et de la saillie du grand trochanter : il est clair qu’ils rendent beaucoup moins oblique l’insertion des muscles qui viennent d’être nommés, et que , par là, il y a moins de déchet dans la force avec laquelle ils se contractent.
Il n’est pas néeessaire d’ajouter que, dans la station sur un seul pied, la base de sustentation n’est représentée que par la surface du sol recouverte par le pied, et qu’ainsi elle est toujours moins solide que la station sur deux pieds, quelle que soit la position de ceux-ci. Elle deviendra encore plus difficile et plus chancelante, si, au lieu d’appuyer sur le sol par toute l’étendue de la face inférieure du pied , on ne le touche que par la pointe de cette partie. Il n’est guère possible de conserver une semblable attitude au-delà de quelques instans.
Station sur les genoux.
La base de la sustentation dans cette position semble, au premier abord, être fort, large; et comme le centre de gravité est baissé, on pourrait penser qu’elle est beaucoup plus solide que la station sur deux pieds : mais la largeur de la base qui soutient le poids du corps est loin d’étre mesurée par toute la surface des deux jambes qui touchent le sol. La rotule, à peu près seule, transmet la pression au sol; aussi la peau qui la recouvre se trouve-t-elle fortement comprimée, et n'étant point soutenue par de la graisse élastique, comme on le voit pour la peau du pied , elle serait bientôt blessées! cette position était prolongée. C’est pour diminuer les effets de cette pression que l’on place un coussin sous la rotule lorsqu’on doit rester long-temps à genoux, ou bien qu’on transmet au sol, par un corps intermédiaire sur lequel on appuie la partie supérieure du tronc , une partie du poids du corps. C’est dans la même vue, c’est-à-dire pour répartir sur une plus grande étendue la pression causée par le poids du corps, qu’on laisse les cuisses fléchir en arrière et se porter sur les jambes et les talons : alors la station devient très-solide et peu fatigante, parce que la base de sustentation et très-large est que le centre de gravité en est très-voisin.
Attitude assise.
On peut être assis de diverses manières : sur le sol, les jambes étendues en avant; sur un siège bas ; sur un siège ordinaire , les pieds touchant le sol ; enfin sur un siège élevé, les pieds ne touchant pas le sol, étant au contraire suspendus ; le dos étant ou n’étant pas appuyé.
Dans toutes les positions .assises où le dos n’est pas soutenu et où les pieds appuient sur le sol, le poids du tronc est transmis au sol par le bassin, dont la largeur en bas est plus considérable chez l’homme que dans aucun animal. La base de sustentation du tronc devient distincte de celle des membres inférieurs ; elle est représentée par l’étendue qu’occupent les fesses sur le plan résistant qui les soutient. Plus elles seront volumineuses, chargées de graisse, et plus l’attitude assise aura de solidité.
Lorsque dans l’attitude assise le dos n’est point appuyé, elle nécessite la contraction permanente des muscles postérieurs du tronc , qui s’opposent à la chute de celui-ci en avant : aussi ne laisse-t-elle pas d’être fatigante, comme pn peut le remarquer en restant long-temps assis sur un tabouret. Il n’en est pas de même lorsque le dos est soutenu par un corps solide , comme il arrive quand on est assis sur un fauteuil : alors les seuls muscles, qui soutiennent la tête ont besoin d’agir , et sont les seuls. qui se fatiguent. Les chaises longues sont disposées pour empêcher cet inconvénient , puisqu’elles soutiennent et le dos et la tête. Quelle que soit cependant la manière dont on est’ assis, on peut conserver assez long-temps cette attitude, lo parce qu’elle ne comporte que la contraction de peu de muscles ; 20 parce que la base de sustentation est large, et que le centre de gravité en est peu élevé ; 3o parce que les fesses , en raisoij de l’épaisseur de la peau et de la masse de graisse qu’elles contiennent, peuvent, sans inconvénient, supporter une pression forte et prolongée.
Du coucher.
Le coucher est la seule position du corps qui ne demande aucun effort musculaire; aussi est-ce l’attitude du rejios , celle des personnes débiles ou des malades qui ont une grande prostration de forces ; c’est aussi celle que l’on peut conserver
le plus long-temps. Le seul organe qui se fatigue dans cette position , c’est la peau qui correspond à la base de sustentation; la pression du poids du corps, quoique répartie sur une très-grande étendue et n’ayant que peu d’action sur chaque point en particulier, suffit pour déterminer de la gène d’abord, et bientôt de la douleur. Et si la position reste long-temps la môme , comme cela se voit dans certaines maladies , la peau s’excorie et se gangrène , particulièrement dans les points qui supportent la pression la plus forte, comme à la face postérieure du bassin, aux grands trochanters , etc. C’est pour éviter les inconvéniens de cette pression qu’on recherche, pour se coucher, les lits dont la mollesse et l’élasticité permettent un répartition plus égale de la pression sur tous les points de la peau correspondans à la base de sustentation.
Des moiivemens.
On reconnaît deux espèces de mouvemens : les premiers ont pour but de changer la position réciproque des parties du corps ; les seconds changent les rapports du corps avec le sol : les uns sont appelés partiels, les autres locomoteurs.
Des mouvemens partiels.
La plupart des mouvemens partiels font partie inhérente des diverses fonctions. Plusieurs ont déjà été décrits , d’autres le seront à leur tour. Nous ne traiterons ici que de ceux qui peuvent être isolés de l’histoire des fonctions. Nous allons successivement parler de ceux de la face, de ceux de la tête , de ceux du. tronc , de ceux des membres supérieurs , enfin de ceux des membres inférieurs. *
Mouvemens partiels de la face.
Il est aisé de remarquer que les mouvemens ont deux buts distincts : le premier , de concourir aux sensations de là vue , de l’odorat et du goût , ainsi qu’à la préhension des alimens , à la mastication , à la déglutition , à la voix et à la parole ; le second , d’exprimer les actes intellectuels et les passions.
Mouvemens des paupières.
Les mouvemens des paupières peuvent être rapportés au clignement, c’est-à-dire au mouvement par lequel les bords libres se rapprochent, se touchent , et quelquefois s’appuient avec plus ou moins de force l’un contre l’autre.
Les muscles qui exécutent ces mouvemens sont l’orbiculaire et l’élévateur de la paupière; les nerfs qui se distribuent dans l’orbiculaire sont le facial, et une partie des branches de la cinquième paire. Le nerf de l’élévateur de la paupière est une branche de la troisième paire.
M. Charles Bell a montré, par l’expérience, que la section du nerf facial fait cesser les mouvemens d’abaissement des paupières : l’œil reste en contact avec l’air, et l’animal ne cligne plus , soit spontanément , soit quand un corps étranger touche sa conjonctive ; j’ai répété plusieurs fois cette expérience , elle est parfaitement exacte.
J’ai trouvé , dans mes recherches sur la cinquième paire , que la section du tronc de ce nerf, faite dans le crâne, arrête aussi les mouvemens de clignement ; les muscles des paupières ne sont cependant pas paralysés , car la lumière du soleil , introduite brusquement dans l’œil , détermine le clignement ; il paraît donc que le
retour périodique du clignement est lié à la sensibilité de la conjonctive, et que la destruction de cette propriété entraîne la cessation du clignement. Ce mouvement paraît donc être produit par un acte assez compliqué du système nerveux. Nous voyons en effet que toute gène , toute irritation de la conjonctive , toute menace inattendue , nous fait cligner ; enfin si nous nous efforçons de ne pas cligner pendant quelque temps , nous ressentons une sensation pénible sur la conjonctive.
Nous pouvons en outre conclure de mes expériences que la cinquième paire exerce sur la septième une influence analogue à celle qu’elle a sur les nerfs des sens spéciaux.
Mouvemens de Vœil.
Aucun organe ne présente un appareil moteur aussi compliqué que l’œil , sous le rapport du nombre des muscles , et surtout par celui des paires de nerfs qui y concourent ; nous voyons dans l’orbite les quatre muscles droits de l’œil , les deux obliques ; la troisième , la quatrième et la sixième ; ces trois nerfs sont à peu près exclusivement destinés aux muscles , et , par conséquent , aux mouvemens du globe oculaire.
Avant de rechercher quel est le mécanisme des mouvemens de l’œil , et quels en sont les agens , il faut d’abord rechercher quels sont les mouvemens de cet organe.
M. Charles Bell a fait dernièrement remarquer que si on entr’ouvre les paupières d’une personne endormie , on reconnaît que la cornée et la pupille sont dirigées en haut et placées sous la paupière supérieure ; c’est encore ce qui se voit chez les personnes très-faibles et près de perdre connaissance : les yeux nç se dirigent plus sur rien , et , en général , le globe tend à s’élever et tourne de bas en haut. Le même phénomène se montre aux approches de la mort : alors la cornée opacjue , ou le blanc de l’œil , paraît seul dans l’écartement des paupières ; les médecins ont depuis long-temps signalé ce fait comme un des plus funestes présages.
Les attaches des muscles droits de l’œil indiquent assez leurs usages, et ce que l’anatomie annonçait a été confirmé par quelques expériences de M. Charles Bell.
Le même physiologiste, désirant s’assurer si les muscles obliques ne font éprouver à l’œil que des mouvemens latéraux , a attaché au tendon de l’oblique supérieur un fil mince à l’extrémité duquel pendait un anneau de verre, dont le poids tirait hors de l’orbite le tendon. En touchant l’œil avec une plume , j’ai vu, dit-il , par la contraction du muscle, l’anneau tiré en haut et plusieurs fois avec assez de force pour qu’il échappât de mon doigt.
Le même auteur a coupé en travers le tendon de l’oblique supérieur d’un singe : l’animal a d’abord éprouvé quelque trouble, mais ensuite l’œil a repris son expression naturelle , comme s’il n’avait subi aucune opération. La section de l’oblique inférieur sur un autre singe n’a point eu d’autres résultats.
M. Bell, ayant coupé l’oblique supérieur sur un singe, agita sa main devant les yeux de l’animal : l’œil droit se dirigea d’une manière très-prononcée en haut et en dedans , tandis que le gauche offrait le même mouvement , mais moins étendu ; en outre, lorsque l’œil droit avait pris cette position, il s’abaissait avec difficulté.
La conclusion générale de ces expériences, est que la section des muscles obliques n’empêche pas les mouvemens de l’œil relatifs à la vue, et que l’usage principal de ces muscles est de présider aux mouvemens par lesquels l’œil se soustrait à Faction des corps étrangers, et que M. Bell regarde comme involontaires.
Malgré l’intérêt que présentent ces recherches , nous ne pouvons encore nous flatter de connaître parfaitement le mécanisme des mouvemens de l’œilj j’ai observé divers faits qui nous indiquent la nécessité de nouvelles expériences.
Si l’on blesse le pédoncule du cervelet, et surtout si on en fait une section complète sur un lapin, les yeux prennent une position fixe fort remarquable.
L’œil du côté blessé est porté en bas et en avant j celui du côté o])posé est fixé en
haut et en arrière, et, par conséquent, dans une position directement opposée à l’œil opposée
Le même résultat se montre par la section de la partie médullaire du cervelet , par celle du pont de varole, et par celle de la partie latérale de la moelle alongée.
La première fols que j’ai observé ce phénomène, je crus qu’il dépendait de quelque lésion que je faisais involontairement à la quatrième paire de nerfs, dont l’origine avoisine de si près le cervelet; mais je me convainquis bientôt qu’il n’en était rien : mes dissections, après la mort des animaux, ne me laissèrent aucun doute.
Mais pour mieux éclaircir cette idée, je coupai sur plusieurs animaux vivans la quatrième paire, soit d’un seul côté, soit des deux , et je n’ai pas vu sans surprise que cette section n’entraînait aucune modification dans la position des yeux. Je poursuis en ce moment cette recherche sur les autres nerfs de l’orbite; mais ce résultat nous suffit pour montrer que le cerveau influe sur la position et le mouvement des yeux d’une manière encore inexplicable.
Indépendamment des mouvemens de la face , qui concourent à la vision , il en est d’autres qui concourent à l’odorat, au goût, à la voix, à la parole, etc., et dont nous avons déjà parlé ; il en est qui servent à la préhension des alimens, à la mastication, à la déglutition, etc. , et dont nous parlerons en leur lieu.
Les muscles du visage déterminent , dans cette partie , des mouvemens qui ont pour usage d’exprimer certains actes intellectuels , les diverses dispositions de l’esprit, les désirs instinctifs et les passions. Le plaisir et la douleur, la joie et la tristesse, les désirs et la crainte, la colère, l’amour, etc., ont chacun une expression faciale qui les caractérise. Cependant les affections douloureuses ou tristes , les désirs violens, sont marqués en général par la contraction du visage : les sourcils sont froncés, la bouche rétrécie, ses commissures portées en bas; au contraire, dans les affections douces, gaies, dans les sensations agréables, les désirs satisfaits, la figure s’épanouit, les sourcils s’élèvent, les paupières s’écartent, les angles de la bouche sont tirés en haut et en dehors, ce qui produit le sourire. Le plus souvent les personnes chez lesquelles les diverses expressions sont le plus marquées, ou qui ont de la physionomie, comme l’on dit dans le langage du monde, sont douées d’une vive sensibilité. C’est ordinairement le contraire pour les personnes dont le visage est immobile ou qui n’offre que des expressions peu prononcées. Lorsqu’une certaine disposition d’esprit ou une passion devient continue pendant un certain temps , les muscles qui sont habituellement contractés pour l’exprimer, acquièrent plus de volume, prennent une prépondérance manifeste sur les autres muscles de la face : alors la physionomie conserve l’expression de la passion, même dans les momens où celle-ci ne se fait pas sentir, ou long-temps après qu’elle a cessé. Aussi la considération de la physionomie est-elle réellement un très-bon moyen de juger du caractère ou des passions habituelles d’un individu.
D’après les expériences de M. Charles Bell, confirmées aujourd’hui par plusieurs faits pathologiques péremptoires, il est prouvé que le nerf facial est celui qui préside aux divers mouvemens d’expression de la physionomie; si à la suite d’une opération ce nerf est coupé, ou^s’il est altéré par quelque maladie, toute expression du côté de la face dont le nerf est malade est perdue, bien que sa sensibilité soit intacte. Nous avons déjà dit que ce dernier phénomène dépend des branches de la cinquième paire.
La coloration ou la décoloration de la peau du visage est encore un puissant moyen d’expression de l'intelligence et des passions ; nous en traiterons à l’article Circulation capillaire,
Mouvemens de la tète sur la colonne vertébrale.
La tête peut s’incliner en avant, en arrière et latéralement; elle peut en outre exécuter des mouvemens de rotation , tantôt à droite, tantôt à gauche. Les mouvemens
par lescpiels la tête est inclinée, soit en avant, soit en arrière, soit sur les cotés, s’ils ont peu d’étendue, se passent dans l’articulation de la tête avec la première vertèbre cervicale; s’ils en ont davantage, toutes les vertèbres du cou y prennent part. Les mouvemens de rotation se passent essentiellement dans l’articulation de V atlas et de Vaxis , évidemment destinée à cet usage. Ces divers mouvemens, qui, se combinent fréquemment entre eux , sont déterminés par la contraction successive ou simultanée des muscles qui de la poitrine et du cou se portent à la tête.
Il est aisé de voir que les mouvemens de la tête favorisent la vue, l’oiAÏe et l’odcrat; ils sont aussi utiles pour la produetion des différens tons de la voix, eii permettant l’alongement ou le raccourcissement de la trachée et du tuyau vocal , etc. Ces mouvemens servent aussi comme moyen d’expression de l’intelligence : l’approbation, le consentement, le refus, se marquent par certains mouvemens.. de la tête sur le cou ; quelques passions entraînent aussi des mouvemens ou des attitudes particulières de la tête.
Mouvemens du tronc. . •
On ne parlera dans cet article que des mouvemens partieuliers à la colonne vertébrale; ceux qui sont propres à la poitrine, à l’abdomen, au bassin, seront exposés ailleurs.
Flexion, extension, inclinaisons latérales, circonduction et rotation, tels sont les mouvemens qu’exécute la colonne vertébrale en totalité , tels sont aussi ceux qu’exerce I chacune de ses régions et même chaque vertèbre en particulier.
Ces divers mouvemens se passent dans le fibro-cartilage inter-vertébral ; ils sont I d’autant plus faciles et plus étendus que ces corps sont plus épais et plus larges : pour I cette raison, les mouvemens des portions lombaire et cervicale de la colonne ver- ! tébrale sont évidemment plus libres et plus considérables que ceux de la portion dor- ■ sale. Chacun sait que les fibro-cartilages cervicaux, et surtout les lombaires, sont ; proportionnellement plus épais que les dorsaux.
Dans les mouvemens de flexion, soit en avant, soit en arrière, soit latéralement, j les fibro-cartilages sont affaissés dans le sens de la flexion et alongés du côté op- ; posé ; plus ils sont épais et mieux ils prêtent à un affaissement considérable. C’est une des raisons pour lesquelles la flexion en avant a beaucoup plus d’étendue qu’au- : cun autre mouvement de la colonne vertébrale.
i Dans la rotation, la totalité des cartilages inter-vertébraux doit supporter un : alongement dans le seïis même des lames qui les composent. Leur centre présente une i matière molle et à peu près fluide; la circonférence seule offre une résistance considérable, et cependant, dans les mouvemens par lesquels les vertèbres se rapprojehent, cette circonférence cède assez pour former une sorte de bourrelet entre les -deux os. La disposition des facettes articulaires des apophyses est une des circon- I stances qui influent davantage sur l’étendue et le mode des mouvemens réciproques i des vertèbres.
! Lorsqu’on envisage la colonne vertébrale dans ses mouvemens de totalité , elle re > -présente un levier du troisième genre, dont le point d’appui est dans l’articulation *de la cinquième vertèbre lombaire avec le sacrum; la puissance, dans les muscles ..qui s’insèrent aux vertèbres ou aux côtes; et la résistance, dans la pesanteur de la ftête, des parties molles du cou, de la poitrine, et en partie de l’abdomen. Chaque ■vertèbre, prise isolément, au contraire, représente un levier du premier genre, dont le point d’appui est au milieu, sur la vertèbre placée immédiatement au-dessous. La puissance et la résistance sont alternativement en avant ou en arrière, ou l’une a droite et l’autre à gauche, à l’extrémité des apophyses transverses.
Fréquemment , les mouvemens de la colonne vertébrale sont accompagnés de ceux du bassin sur les fémurs; ils paraissent alors avoir une étendue qu’ils sont loin d’a- ' voir réellement.
Les mouvemens de la colonne vertébrale ont le plus souvent pour usage de favoriser ceux des membres supérieurs et inférieurs, et de rendre moins fatigantes ou plus supportables les diverses attitudes ou positions que prend le corps en totalité.
Mouvemens des membres supérieurs.
Les membres supérieurs étant les agens principaux par lesquels nous imprimons directement ou indirectement aux corps qui nous environnent les cbangemens qui nous sont avantageux , devaient présenter une extrême mobilité, réunie à une solidité assez grande. On observe, en effet, que dans ces membres plusieurs os longs y ont une longueur considérable et qu’ils sont menus; les os courts^sont peu volumineux : les uns et les autres sont peu pesans; les surfaces articulaires ont de petites dimensions; les muscles sont très-nombreux, leurs fibres souvent très-longues. Les os représentent presque toujours des leviers du troisième genre, favorables, comme nous l’avons dit, à l’étendue et à la rapidité des mouvemens. Aussi, soit que l’on considère les membres supérieurs dans leurs mouvemens de totalité relativement au tronc , soit que l’on envisage leurs mouvemens partiels , on s’aperçoit aisément qu’ils réunissent à un haut degré l’étendue , la vitesse et la variété des mouvemens.
La solidité de ces membres n’est pas moins digne d’être remarcjuée. Dans une foule de cas , ils ont à supporter des efforts considérables , comme quand on s’appuie sur une canne, quand on tombe en avant et que les mains supportent tout le choc de la chute , etc.
Il nous est impossible d’entrer dans les détails de ce mécanisme merveilleux ; on peut lire sur ce point Y Anatomie descriptive de Bichat , dont le génie s’est exercé avec beaucoup d’avantage dans l’exposition de la mécanique animale.
Les membres supérieurs sont essentiellement utiles pour l’exercice du toucher, dont la main est le principal organe ; ils aident à l’action des autres sens, en rapprochant ou éloignant les corps , ou en les plaçant dans les circonstances favorables pour qu’ils puissent agir sur eux. Leurs mouvemens concourent puissamment à l’expression des actes intellectuels et instinctifs. Les gestes forment un véritable langage, qui est susceptible d’acquérir une grande perfection quand il devient de première utilité comme il arrive chez les sourds-muets. Dans ce cas , les gestes ne peignent pas seulement les sentimens, les besoins, les passions, mais ils expriment jusqu’aux moindres nuances de la faculté de penser.
Les membres supérieurs sont souvent utiles dans les différentes attitudes du corps. Dans quelques cas ils transmettent au sol une partie du poids de celui-ci, et ils agrandissent par conséquent la base de sustentation : c’est ce qui se voit lorsqu’on s’appuie sur un bâton , lorsqu’étant à genoux on pose les mains à terre , lorsqu’étant assis sur un plan horizontal , on s’appuie sur un ou sur les deux coudes , etc.
Ils peuvent encore assurer la solidité de la station en se portant dans le sens opposé à celui où le corps tend à tomber par l’effet de sa pesanteur. On verra tout-à-l’heure qu’ils ne sont pas inutiles dans les divers modes de progression.
Mouvemens des membres inférieurs.
Quoique l’analogie de structure soit manifeste entre les membres supérieurs et les inférieurs , il n’est pas moins évident que chez les derniers la nature a beaucoup plus fait pour la solidité et l’étendue des mouvemens, que pour la vitesse et la variété de ceux-ci ; cette disposition était bien nécessaire , car il est rare que ces membres se meuvent sans supporter le poids du corjfs ; et ce sont eux qui sont les principaux agens de notre locomotion.
Cependant , quand nous imprimons quelques modifications aux corps extérieurs par les membres inférieurs, ils se meuvent indépendamment du tronc : ainsi, quand nous changeons la forme d’un corps en le pressant avec le pied , quand nous le dé-
plaçons en le frappant avec cette partie; quand nous exerçons le toucher avec le pied pour juger , par exemple, de la résistance du sol sur lequel nous nous proposons de marcher , etc. , il est clair que les divers mouveinens qui se développent alors n’entraînent pas celui du tronc.
IVousnc décrirons pas ici en particulier les divers mouvemens généraux ou partiels ({ue peuvent effectuer les membres, nous traiterons seulement d’une manière abrégée des divers modes de locomotion , c’est-à-dire des mouvemens par lesquels le corps est transporté d’un lieu dans un autre , et qui sont la marche , la course , le saut , et le nager.
Mouvemens de locomotion.
De la marche.
L’action de marcher ne s’exécute pas toujours de la meme manière : on marche en avant , en arrière , sur les côtés , et dans les directions intermédiaires à celles-là; on marche sur un plan ascendant nu descendant , sur un sol solide ou mobile; la marche diffère aussi par la grandeur et la vitesse des pas , etc.
Quel que soit le mode de la marche , elle se compose nécessairement de la succession des pas ; en sorte que la description de la marche n’est que celle de la manière dont on fait une suite de pas. C’est donc le pas qu’il convient de faire connaître avec ses principales modifications.
En supposant l’homme debout , les deux pieds placés l’un à côté de l’autre , e^ devant marcher sur un plan horizontal , et d’un pas ordinaire pour l’étendue et pour la vitesse, il doit incliner. quelque peu le tronc de côté et en avant, fléchir en meme temps la cuisse opposée sur le bassin , et la jambe sur la cuisse , afin de détacher le pied du sol. La flexion de la cuisse entraîne le transport en avànt de tout le membre inférieur , qui bientôt s’appuie sur le sol ; c’est d’abord le talon qui pose , et successivement toute la plante. Pendant que ce mouvernent s’effectue , le bassin éprouve un mouvement de rotation horizontale sur la tête du fémur du membre qui est resté immobile. Cette rotation du bassin sur la tête du fémur a pour résultat: lo de porter en avant la totalité du membre qui s’est détaché du sol ; io de porter aussi en avant le côté du corps correspondant au membre qui se meut , tandis que le côté correspondant au membre iinmobile reste en arrière. Ces deux effets sont à peine sensibles dans les petits pas ; ils sont très-marqiiés dans les pas ordinaires , mais ils le sont bien davantage dans les grands Jusqu’ici il n’y a point eu de progression , la base de sustentation est seulement modifiée. Pour que le pas soit achevé , il faut que le membre resté en arrière se rapproche, se place sur la même ligne, ou dépasse celui qui a été porté eii avant. Pour cela, le pied qui est en arrière se détache du sol, successivement du talon vers la pointe, par un mouvement de rotation, dont le centre est dans l’articulation des os du métatarse avec les phalanges, de manière qu’à la fin de ce mouvement le pied ne touche plus le sol que par ces dernières. De ce mouvement du pied résulte un alongement du membre, dont l’effet est de porter le côté correspondant .du tronc en avant, et de déterminer la rotation du bassin sur la tête du fémur du membre primitivement porté en avant. Une fois ce mouvement produit, le membre se fléchit; le genou est dirigé en avant, le pied détaché du sol; puis, la totalité du membre exécute les mêmes mouvemens qu’a précédemment exécutés celui du côté opposé.
Par la succession de ces mouvemens des membres inférieurs et du tronc , s’établit la marche , dans laquelle les têtes des fémurs sont tour-à-tour les points fixes sur lesquels le bassin tourne comme sur un pivot , en décrivant des arcs de cercle d’autant plus étendus que les pas sont plus grands.
Pour que la marche se fasse en ligne droite, il faut que les arcs de cercle décrits par le bassin et que l’extension des membres, lorsqu’ils sont portés en avant , soient
égaux : sans quoi on se déviera de la ligne droite, et le corps sera dirigé du côté opposé du membre dont les mouvemens seront plus étendus; et comme il est difficile de faire exécuter successivement aux deux membres exactement la même étendue de mouvement, on tend toujours à se dévier , et l’on se dévierait réellement si la vue ne nous avertissait de la nécessité de corriger cette déviation. On peut se convaincre de cette vérité en marcliant quelque temps les yeux fermés.
Nous avons exposé le mécanisme du marcher en -avant , il ne sera pas difficile de se faire une idée de la marche en arrière et de la latérale.
Dans le pas que l’on fait pour reculer, l’une des cuisses se fléchit sur le bassin en même temps que la jambe se fléchit sur la cuisse; l’entension de la cuisse sur le bassin succède , et la totalité du membre est portée en arrière ; ensuite la jambe s’étend sur la cuisse , la pointe du pied touche le sol et bientôt toute sa surface inférieure. Au moment où le pied dirigé en arrière s’applique sur le sol, celui qui est demeuré en avant s’élève sur la pointe ; le membre correspondant se trouve alongé ; le bassin , poussé en arrière, fait une rotation sur le fémur du membre dirigé en arrière; le membre qui est en avant quitte entièrement le sol , et se porte lui-même en arrière , afin de fournir un point fixe à une nouvelle rotation du bassin , qui sera produite par la membre opposé. . . - .
Lorsque nous voulons exécuter le pas latéral, nous fléchissons d’abord légèrement l’une des cuisses sur le bassin , afin de détacher le pied du sol; nous portons ensuite tout le membre dans l’abduction, puis nous l’appuyons sur le sol; nous rapprochons immédiatement l’autre membre de celui qui a été d’abord déplacé, et ainsi de suite. Dans ce cas il ne peut y avoir de rotation du bassin sur les fémurs.
Si nous marchons sur un plan ascendant, la fatigue se fait bientôt sentir : c’est que, dans ce genre de progression, la flexion du membre porté d’abord en avant doit être plus considérable, et que le membre resté en arrière doit non-seulement faire exécuter au bassin le mouvement de rotation dont il vient d’être question, mais il faut encore qu’il soulève le poids total du corps , afin de le transporter sur le membre qui est en avant. La contraction des muscles antérieurs de la cuisse portée en avant. est la cause principale de ce transport du corps ; aussi ces muscles se fatiguent-ils beaucoup dans l’action de monter un escalier où tout autre plan ascendant.
Pour une raison opposée, la marche sur un plan d-escendant est aussi plus pénible que celle, qui se-fait sur un plan horizontal. Ici, ce sont les muscles postérieurs du tronc qui doivent se contracter avec force pour s’opposer à la chute du corps en avant.
Tous les modes de progression qüe nous venons de décrire rapidement, nécessitant dés mouvemens faciles de toutes les articulations des membres ’iliférieurs et une égale, action de la part de chacun de ces membres, la moindre gêne dans les glissemens des surfaces articulaires, la moindre différence dans la longueur ou dans la forme des os des deux membres , ainsi que dans la force de contraction des muscles , entraînent nécessairement des altérations s'ensibles dans la progression , et la rendent plus ou moins difficile,
Du saut.
Si l’on examine avec attention le mode de mouvement qui va nous occuper , on reconnaîtra que le corps de l’homme y devient un véritable projectile, et qu’il en suit toutes les lois. -
Le saut peut avoir lieu directement en haut, en avant, en arrière ou latéralement-,. etc.; mais, dans tous les cas, il faut y considérer les phénomènes qui le précèdent et ceux cjui l’accompagnent. Toute espèce de saut nécessite la flexion antécédente d’une ou de plusieurs articulations du tronc et des membres inférieurs; l’extension subite des articulations fléchies est la cause particulière du saut.
Supposons le saut vertical exécuté de la manière la plus ordinaire : la tète est un peu fléchie sur le cou ; la colonne vertébrale est courbée en avant ; le bassin est fléchi sur la cuisse, la cuisse sur la jambe, et celle-ci sur le pied; ordinairement le talon ne presse que légèrement le sol , ou l’a abandonné entièrement. A cet état de flexion général succède brusquement une extension de toutes les articulations fléchies ; les diverses parties du corps sont rapidement élevées avec une force qui surpasse leur pesanteur d’une quantité variable ; ainsi la tète et le thorax sont dirigés en haut par l’extension et le redressement de la colonne vertébrale; le tronc, en totalité, est dirigé dans le même sens par l’extension du bassin sur les fémurs; les cuisses, en se relevant rapidement , agissent de la même manière sur le bassin ; les jambes à leur tour poussent les cuisses. De tous ces efforts réunis résulte une force de projection telle que le corps en totalité est lancé en haut, et qu’il s’élève tant que cette force surmonte sa pesanteur; après quoi, il retombe sur le sol, en présentant les mêmes phénomènes que tout autre corps qui tombe en obéissant à son poids.
Dans la détente générale qui produit le saut , l’action musculaire ne se fait pas partout avec la même intensité : il est clair qu’elle doit être plus grande là où le poids à soulever est plus considérable ; c’est pourquoi les muscles qui déterminent le mouvement d’extension de la jambe sur le pied sont ceux qui développent le plus d’énergie, puisqu’ils ont à soulever le poids total du corps, et à lui imprimer une impulsion qui surmonte sa pesanteur. Ces muscles présentent aussi la disposition la plus favorable : ils sont extrêmement forts; ils s’insèrent perpendiculairement au levier qu’ils doivent mouvoir (le calcanéum) , et ils agissent par un bras de levier qui a une longueur considérable.
Il faut remarquer que le saut vertical ne résulte d’aucune impulsion directe , mais qu’il en a 'une moyenne entre les impulsions opposées qu’éprouvent le corps et les membres inférieurs dans l’instant du saut. En effet, le redressement de la tête, de la colonne vertébrale et du bassin, porte autant le tronc en arrière qu’en haut; le mouvement de rotation des fémurs sur les tibias porte au contraire le tronc autant en avant qu’en haut. C’est l’opposé pour le mouvement de la jambe, qui tend à diriger le tronc en haut et en arrière : quand le saut doit être vertical, les efforts qui portent le tronc en avant ou en arrière se détruisent les unes les autres; l’effort en haut est le seul qui ait son effet.
Le saut doit-il avoir lieu en avant, le mouvement de rotation de la cuisse prédomine sur les impulsions en arrière, et le corps est. transporté dans ce sens; le saut se fait-il en arrière, c’est le mouvement d’extension de la colonne vertébrale et du tibia sur le pied , qui l’emporte, etc.
La longueur des os des membres inférieurs est avantageuse pour l’étendue du saut. Le saut en avant, par lequel on franchit des espaces plus considérables qu’avec aucune des autres manières de sauter, doit cet avantage à la longueur du fémur.
Quelquefois on fait précéder le saut d’une course plus ou moins longue, on prend son élan y comme on dit; l’impulsion qu’acquiert le corps par cette course préliminaire s’ajoute à celle qu’il reçoit à l’instant du saut , d’où il résulte que celui-ci a plus d’étendue.
Les bras ne sont point inutiles à la production du saut ; ils sont rapprochés du corps dans le moment où les articulations sont fléchies; ils s’en écartent, au contraire , dans le moment où le corps abandonne le sol. La résistance qu’ils présentent aux muscles qui les élèvent donne occasion à ces muscles d’exercer sur le tronc une traction en haut, qui concourt au développement du saut. Les bras rempliront d’autant mieux cet usage, qu’ils présenteront une certaine résistance à la contraction des muscles qui les élèvent. Les anciens avaient fait cette remarque; ils portaient dans chaque main des poids nommés haltères , quand ils voulaient s’exercer au saut. Par le balancement préliminaire des bras , on peut aussi favoriser la production du saut horizontal, en imprimant une impulsion en avant ou en arrière de la partie supérieure du tronc. ’ ,
Un seul membre inférieur suffit pour produire le saut, comme il arrive quand on saute à clocJic-pied; mais on conçoit que le saut doit nécessairement être moins étendu que lorsqu’il est exercé simultanément par les deux membres inférieurs. Tantôt on saute les deux pieds rapprochés et parallèles, ou à pieds ; tantôt l’un des pieds
se porte en avant pendant la projection du corps : c’est alors ce pied qui reçoit le poids du corps à l’instant où il vient toucher le sol.
Aucune espèce d’impulsion ne peut être communiquée au corps par le plan qui le soutient au moment du saut, à moins que ce plan, étant très-élastique, ne joigne sa réaction à l’effort des muscles qui déterminent le mouvement de projection du corps. Dans les cas les plus fréquens , le sol ne sert au saut qu’en résistant à la pression qu’exerce sur lui le pied. Personne n’ignore qu’il est à peu près impossible de sauter quand le sol est mou et qu’il cède à la pression des pieds.
De la course.
La course résulte delà combinaison du pas et du saut, ou plutôt elle consiste dans une suite de sauts exécutés alternativement par un membre, tandis que l’autre se porte en avant ou en arrière pour aller s’appliquer sur le sol et bientôt produire le saut, aussitôt que le premier aura eu le temps de se porter en arrière ou en avant , selon que la course a lieu dans l’ime ou l’autre direction. On peut courir avec plus ou moins de rapidité; mais il y a toujours dans la course un moment où le corps est suspendu en l’ail', à raison de l’impulsion qui lui est communiquée par le membre resté en arrière , si l’on court en avant. Ce caractère distingue la course de la marche rapide, dans laquelle le pied porté en avant touche le sol avant que celui qui est derrière l’ait quitté.
Pour les mêmes raisons que nous avons indiquées à l’article cA la marche, la course la moins fatigante est celle qui se fait sur un plan horizontal; celle qui a lieu sur un plan incliné ascendant ou descendant est toujours plus ou moins pénible, et ne peut être continuée long-temps.
Nous ne décrirons pas, même d’une manière abrégée, les nombreuses modifications des mouvemens progressifs de l’homme , tels que le grimper, l’action de gravir, la marche avec des béquilles, des échâsses, des membres artificiels. Il en sera de même pour les divers mouvemens que comprend l’art de la danse , soit ordinaire , soit sur la corde tendue ou flexible; ceux qu’exécutent les sauteurs, ceux qui appartiennent à l’escrime , à l’équitation, aux différentes professions ou métiers, etc. : des considérations de ce genre seraient très-importantes, mais elles ne peuvent faire partie que d’un traité complet de mécanique animale, ouvrage qui est encore à faire, malgré ceux de Borelli et de Barthez : nous dirons seulement quelques mots de la natation.
De la natation.
Le corps de l’homme est en général spécifiquement plus pesant que l’eau ; par conséquent, abandonné au milieu d’une masse considérable de ce liquide, il tendra à aller se placer à sa partie inférieure : ce transport se fera d’autant plus facilement , que la surface par laquelle il pressera l’eau sera moins étendue. Si par exemple, le corps est placé verticalement les pieds en bas et la tête en haut , il arrivera beaucoup plus vite au fond que si le corps était placé horizontalement à la surface du liquide. Quelques nageurs à large thorax parviennent cependant à se rendre plus légers que l’eau, et, par conséquent, à rester sans aucun effort à sa surface! Leur procédé consiste à inspirer une grande quantité d’air, dont la légèreté comparative contrebalance la tendance de leurs corps à plonger dans le liquide.
Ce n’est pas en suivant cette pratique que les nageurs se maintiennent ou se meu-
vent à la surface de Peau , mais par les mouvemens qu’ils font exécuter à leurs membres. Cesmouvemens ont le double but de maintenir le corps à la surface, et de déterminer sa progression. Quelle que soit son intention, le nageur doit agir sur l’eau de telle manière, qu’elle présente une résistance suffisante pour soutenir le corps ou pour permettre son déplacement : dans cette vue, il doit la frapper plus vite qu’elle ne peut fuir, et faire en sorte de porter rapidement l’action des mains ou des pieds sur un grand nombre de points différons , parce que la résistance est d’autant plus grande, que la masse d’eau déplacée est plus considérable. Les mouvemens des membres inférieurs dans la manière la plus ordinaire de nager, la brassée, ont beaucoup d’analogie avec ceux qu’ils exécutent dans le saut.
Il y a une multitude de façons de nager, mais dans toutes il est nécessaire de frapper ou de presser l’eau plus vite qu’elle ne peut se déplacer.
Du vol.
Il est impossible à l’iiomme de voler; sa pesanteur, comparée à celle de l’air, est trop considérable, et la force qu’il développe par la contraction de ses muscles est infiniment trop faible. Toutes les tentatives faites avec l’intention de se soutenir dans l’air à l’aide de machines plus ou moins analogues aux ailes des oiseaux, ont été à peu près également infructueuses.
Influence du cerveau sur les mouvemens.
Des recherches récentes ont donné des renseignemens très-curieux touchant l’influence du cerveau sur les mouvemens. La science s’est enrichie de faits entièrement neufs , et qui permettent d’envisager les mouvemens d’une manière très-différente de celle dont on s’était contenté jusqu’ici.
Je regrette que la nature de cet ouvrage ne me laisse pas la possibilité de présenter tous les détails des expériences; mais je tâcherai, dans le résumé que je vais en faire, de n’omettre rien d’important. Je renvoie d’ailleurs à mon Journal de Physiologie, où toutes ces recherches sont consignées.
Influence des hémisphères sur les mouvemens.
Les hémisphères cérébraux peuvent être coupés profondément dans les divers points de leur face supérieure sans qu’il en résulte d’altération dans les mouvemens.
Leur ablation totale même, si elle ne s’étend pas jusqu’aux corps striés, ne produit pas non plus d’effet bien appréciable , et qui ne puisse être facilement rapporté à la souffrance qu’entraîne une pareille expérience.
Les résultats ne sont pas semblables dans toutes les classes de vertébrés ; ceux que je viens de décrire, ont été observés sur les mammifères , et particulièrement sur les chiens , les chats , les lapins , les cochons d’Inde , les hérissons , les écureuils.
Sur les oiseaux , la soustraction , la destruction des hémisphères , les tubercules optiques restant intacts , donne lieu souvent à un état d’assoupissement et d’immobilité qui a été décrit pour la première fois par Rolando ; mais j’ai vu dans nombre de cas des oiseaux courir , sauter , nager , leurs hémisphères étant enlevés ; la vue seule paraissait éteinte , ainsi que je l’ai déjà dit.
Quant aux reptiles et aux poissons , sur lesquels j’ai agi , la soustraction des hémisphères ne semble avoir que très-peu d’effet sur les mouvemens de ces animaux : des carpes nagent avec agilité; des grenouilles sautent et nagent comme si elles étaient intactes, etc. , etc., et la vue ne paraît pas abolie.
La spontanéité des mouvemens n’appartient donc pas exclusivement aux hémi-
splières , comme un pliysiologiste français le prétend. Ce fait , vrai dans certains oiseaux , tels que les pigeons, les corneilles adultes , etc. , n’est déjà plus exact pour d’autres oiseaux , mais il est tout-à-fait inapplicable aux mammifères , reptiles et poissons , je veux dire aux espèces que j’ai soumises à l’expérience.
La section longitudinale du corps calleux , et sa soustraction , ne produisent non plus aucun effet apparent sur les mouvemens.
Influence des corps striés sur les mouveincns.
Tant que les hémisphères seuls sont lésés , les choses se passent comme je viens de le dire; mais si l’opération faite pour extraire ces organes se prolonge jusque derrière des corps striés, et si par conséquent ceux-ci se trouvent extraits du crâne, aussitôt l’animal s’élance en avant , et court avec rapidité; s’il s’arrête , il conserve l’attitude de la fuite ; ce phénomène est surtout remarquable chez les jeunes lapins : on dirait que l’animal est poussé en avant par une puissance intérieure à laquelle il ne peut résister ; dans cette course rapide , il passe quelquefois par-dessus des obstacles qu’il rencontre , mais il ne les voit pas.
Il est fort important de remarquer que ces effets n’arrivent qu’autant que la partie blanche et rayonnee des côrps striés est détachée. Si l’on se borne à enlever la matière grise qui forme le segment de cône recourbé , il ne se développe point de modification dans les mouvemens.
Ce qui n’a pas lieu par la soustraction de la matière grise commence à se montrer dès que la blanche est intéressée ; l’animal s’agite , marque de l’inquiétude , cherche à s’échapper ; cependant si un seul des corps striés est enlevé , il reste encore maître de ses mouvemens et les dirige en divers sens , s’arrête quand il lui plaît ; mais immédiatement après la section du second corps strié l’animal se pré-cipite en avant comme poussé par un pouvoir irrésistible.
Une maladie des chevaux paraît avoir la plus grande analogie avec ce singulier phénomène: on la nomme immobilité ; l’animal qui en est atteint, ou le cheval immobile , marche facilement en avant , trotte , et galoppe même avec rapidité ; mais il lui est impossible de reculer , et souvent il ne paraît pas maître d’arrêter son mouvement de progression.
J’ai ouvert plusieurs chevaux dans cet état , et j’ai trouvé dans tous une collection aqueuse dans les ventricules latéraux, collection qui devait comprimer les corps striés , et qui môme avait altéré leur surface.
Enfin, l’homme lui-même est quelquefois entraîné irrésistiblement à un mouvement en avant. M. Piedagnel a rapporté, dans le tome III de mon Journal , un fait de cette nature.
Après la description de divers symptômes cérébraux qu’éprouvait un malade , M. Piedagnel ajoute : « Au moment de la plus grande stupeur , tout-à-coup il se w levait , marchait d’une manière agilée , faisait plusieurs tours dans la chambre , » et ne s’arrêtait que lorsqu’il était fatigué. Un jour la chambre ne lui parut plus 5) suffisante, il sortit et marcha tant que ses forces le lui permirent ; il était resté M dehors environ deux heures , et fut rapporté sur un brancard; il était tombé dans w la rue sans force pour rentrer.
)) Le lendemain il partit de nouveau ; sa femme voulut l’en empêcher ; il se fâcha, » et voulut la battre ; dès lors elle le laissa aller , mais le suivit ; tout ce quelle put » lui dire pour savoir où il allait , pour l’engager à rester , fut inutile ; ce ne fut )) qu’au bout d’une heure et demie de marche sans but , et comme entraîné par une » force qu’il ne pouvait surmonter , que , se sentant fatigué , il s’arrêta. » A l’ouverture du corps , on trouva plusieurs tubercules qui intéressaient particulièrement la partie antérieure des hémisphères.
Il devient donc extrêmement probable qu’il existe chez les mammifères et chez
rhomme une force ou une impulsion toujours existante, qui tend à les porter en avant. Dans l’état sain, elle est dirigée par la volonté, et semble contrebalancée par une autre force qui agit en sens inverse, et dont nous allons parler.
Ce phénomène ne se montre point dans les autres classes des vertébrés.
Influence du cervelet sur les mouvemens généraux.
Depuis quelques années l’influence du cervelet sur les mouvemens a été étudiée expérimentalement par plusieurs personnes , mais plus spécialement par M. Rolando de Turin, qui regarde cet organe comme la source de toutes les contractions musculaires.
Cet auteur recommandable a enlevé le cervelet sur des mammifères et des oiseaux , et il a observé que les mouvemens diminuaient en raison de la quantité de cervelet enlevée ; il assure que tous les mouvemens cessent quand la totalité de l’organe est extraite.
Se fondant sur ce résultat, qu’il regarde comme général, M. Rolando a cherché à montrer comment le cervelet peut produire des contractions musculaires; le grand nombre de lames alternativement grises ou blanches qu’offre le cervelet , lui paraissent une pile voltaïque qui développe de l’électricité et excite les mouvemens.
Quoique le fait annoncé par M. Rolando se soit souvent présenté à mon observation , je ne puis en admettre l’explication ; car j’ai vu, et j’ai fait voir bien des fois, dans mes cours, des animaux privés de cervelet, et qui cependant exécutent des mouvemens très-réguliers.
J’ai vu, par exemple, des hérissons et des cochons- d’Inde privés, non-seulement du cerveau^ mais encore du cervelet, se frotter le nez avec leurs pattes de devant quand je leur mettais un flacon de vinaigre sous le nez.
Or, ici un seul fait positif l’emporte en valeur sur tous les faits négatifs; et qu’on ne croie point qu’il y ait eu du doute sur l’exactitude de l’expérience, et sur l’ablation entière du cervelet : l’opération avait été faite de manière qu’il ne pouvait y avoir aucune incertitude à cet énard.
Ces expériences répondent aussi à une autre idée proposée par un physiologiste déjà cité, M. Flourens, qui a donné au cervelet la propriété d’élre le régulateur, ou le balancier des mouvemens.
Un fait qui a été observé par toutes les personnes qui ont expérimenté sur le cervelet, c’est que les lésions de cet organe portent les animaux à reculer et même leur font exécuter ce mouvement évidemment contre leur volonté. J’ai vu souvent des animaux blessés au cervelet faire un effort pour avancer , mais immédiatement être forcés de reculer. J’ai conservé pendant huit jours un canard auquel j’avais emporté la plus grande partie du cervelet , et qui n’a pas fait d’autre mouvement progressif durant tout ce temps , encore était-ce seulement quand je le plaçais sur l’eau.
J’ai vu aussi des lésions de la moelle alongée produire le mouvement de reculer; en sorte qu’il ne faut pas, je lieuse, le rapporter exclusivement aux blessures du cervelet. Des pigeons auxquels j’avais enfoncé une épingle dans cette partie ont constamment reculé en marchant pendant plus d’un mois , et même volé en arrière, mode de mouvement des plus singuliers, et qui s’éloigne entièrement des allures habituelles de cet oiseau.
La conséquence à déduire de ces expériences se montre d’elle-même : il existe , soit dans le cervelet , soit dans la moelle alongée , une force d’impulsion qui tend à faire marcher en avant les animaux.
Il est fort probable que cette force existe aussi chez riiomme. M. le docteur Laurent, de Versailles, m’a montré il y a quelques années, et a fait voir à l’Académie royale de Médecine, une jeune fille qui, dans des attaques d’une maladie nerveuse,
est obligée de reculer assez rapidement sans pouvoir éviter les corps ou les creux vers lesquels elle se dirige, et sans éviter des chocs et des chutes. Cette force est en opposition directe avec celle dont nous avons parlé à l’occasion des corps striés.
Du reste , cette force de recul n’existe que dans les mammifères et les oiseaux ; j’ai souvent enlevé le cervelet à des poissons , et ce qu’on nomme cervelet chez certains reptiles , et je n’ai rien vu qui rappelât les phénomènes dont je viens de parler. Ces animaux continuent leur mouvement à peu près comme s’ils étaient intacts.
Nous venons, par les résultats rapportés, de rendre fort probable l’existence de deux forces ou puissances intérieures qui se feraient équilibre dans l’animal sain , et qui se montreraient dès qu’au moyen d’une lésion des corps striés ou du cervelet , on aurait rendu l’une ou l’autre prépondérante.
Ces deux forces ne paraissent pas les seules qui prennent leur source dans le système cérébro-spinal; il en existe très-probablement deux autres, qui président aux mouvemens latéraux et de rotation du corps.
Influence des pédoncules du cervelet sur les mouvemens.
Si l’un des pédoncules du cervelet est coupé sur un animal vivant , aussitôt l’animal se met à rouler latéralement sur lui-méme, comme s’il était poussé par une force assez grande ; la rotation se fait du côté où le pédoncule est coupé , et quelquefois avec une telle rapidité , que l’animal fait plus de soixante révolutions dans une minute.
Le même genre d’effet se produit par toutes les sections verticales du cervelet qui intéressent d’avant en arrière l’épaisseur entière de l’arcade médullaire qu’il forme au-dessus du quatrième ventricule; avec cette circonstance remarquable, que le mouvement est d’autant plus rapide, que la section est plus près de l’origine des pédoncules , c’est-à-dire de leur communication avec le pont de varole.
Ces effets ne sont pas bornés à quelques heures : je les ai vus continuer jusqu’à huit jours , sans s’arrêter , pour ainsi dire, un seul instant; les animaux ne semblaient pas souffrir. Ils restaient en repos quand un obstacle mécanique s’opposait à leur rotation ; souvent alors ils avaient les pattes en l’air , et mangeaient dans cette altitude.
Une expérience des plus curieuses est celle où j’ai coupé le cervelet en deux moitiés latérales parfaitement égales ; alors l’animal paraît alternativement poussé à droite et à gauche, sans conserver aucune situation fixe; s’il roule un tour ou deux d’un côté , bientôt il se relève, et toùrne autant de fois du côté opposé.
Influence du pont de varole sur les mouvemens.
Chacun sait que les pédoncules du cervelet se continuent avec le pont de varole , et qu’il existe ainsi un cercle complet autour de la moelle alongée , cercle dont la moitié supérieure est formée par l’arcade que représente le cervelet, et dont la moitié inférieure est représentée par le pont , et plus exactement par cette partie c{ue l’on nomme aujourd’hui la commissure du cervelet. Je viens de faire connaître ce qui arrive par la section verticale du demi-cercle supérieur, j’ai trouvé, par l’expérience, qu’il en est de même pour le cercle inférieur.
Toutes les sections verticales d’avant en arrière faites sur le pont de varole produisent le mouvement de rotation qui vient d’être décrit , et, d’une manière semblable; les sections faites à gauche de la ligne médiane , déterminent la rotation à gauche, et vice versa. Je n’ai jamais pu réussir à faire une section exactement sur la ligne médiane , en sorte que j’ignore s’il en est du pont comme du cervelet.
Quoi c{u’il en soit, nous pourrons conclure de ces faits, fju’il existe deux forces qui se font écjuilibre en passant à travers le cercle formé par le pont de varole et
le cervelet. Pour le mettre hors de doute , il faut faire l’expérience suivante : coupez un pédoncule , aussitôt l’animal roulera sur lui-même, comme nous l’avons dit ; eoupez ensuite celui du côté opposé , et immédiatement le mouvement cessera , et l’animal aura même perdu le pouvoir de se tenir debout et de marcher.
.Te ne prétends pas ici exprimer avec la rigueur nécessaire la nature des phénomènes qui viennent d’être décrits; mais comme notre esprit a besoin de s’arrêter à certaines images , je dirai qu’il existe dans le cerveau quatre impulsions spontanées ou quatre forces qui seraient placées aux extrémités de deux lignes qui se couperaient à angle droit; l’une pousserait en avant , la deuxième en arrière, la troisième de droite à gauche, en faisant rouler le corps, la quatrième de gauche à droite en faisant exécuter un mouvement semblable de rotation.
Dans les diverses expériences d’où je tire ces conséquences, les animaux deviennent des espèces d’automates montés pour exécuter tels ou tels mouvemens , et incapables d’en produire aucun autre.
Ces quatre mouvemens généraux ne sont pas les seuls qui se produisent par des lésions déterminées du système nerveux. Un mouvement en cercle à droite ou à gauche, semblable à celui du manège , se montre par la section de la moelle alongée, faite de manière à intéresser la portion de cette moelle qui avoisine en dehors les pyramides antérieures; pour faire cette expérience je me sers d’un lapin de trois ou quatre mois ; je mets à découvert le quatrième ventricule; puis , soulevant le cervelet, je fais une section perpendiculaire à la surface du ventricule, et à trois ou quatre millimètres en dehors de la ligne médiane. Si je coupe à droite , l’animal tournera à droite , et à gauche si j’ai coupé de ce côté.
Voilà donc deux nouvelles impulsions qui portent à des mouvemens différens des quatre principaux que j’ai décrits d’abord.
Toutes ces données expérimentales sur les fonctions du cervelet et du pont de varole font sentir la nécessité de nouvelles recherches. Ce besoin si pressant le devient encore plus par un fait pathologique des plus extraordinaires et qui a clé observé l’année dernière.
Une jeune fille a vécu jusqu’à l’âge de onze ans avec l’usage de ses sens et de ses mouvemens, faibles, il est vrai, mais ayant suffi à ses besoins et même à sa progression. Dans les derniers mois de son existence ses membres inférieurs étaient paralysés du mouvement, mais non de la sensibilité.
A l’ouverture du corps et à l’autopsie minutieuse du cerveau , que j’ai faite moi-même, avec tous les soins dont je suis capable , il s’est trouvé absence complète du cervelet et de sa commissure , c’est-à-dire du pont de varole. ( T'oyez les détails très-curieux de cette observation unique, dans mon Journal de Physiologie , t. XT.)
Influence des pyramides sur les mouvemens.
En faisant ces expériences j’ai constaté un fait qui est d’une grande importance pathologique : il est généralement connu, et les médecins cliniques le constatent tous les jours , que la compression d’un hémisphère détermine la paralysie de la moitié du corps opposée à l’hémisphère comprimé. Cet effet croisé porte le plus souvent suite mouvement et le sentiment, mais dans certains cas il ne paralyse que l’un ou l’autre de ces deux phénomènes. Les recherehes anatomiques de Gall et de Spurzlieim, en faisant mieux connaître l’entrecroisement des pyramides à la face antérieure de la moelle , et leur continuation apparente avec les fibres rayonnées des corps striés, rendaient très-probable que la transmission des effets nuisibles de la compression avait lieu par les racines entrecroisées des pyramides.
J’ai voulu savoir par l’expérience si cette idée était fondée; pour cela j’ai coupé directement une pyramide sur des animaux vivans, en l’attaquant par le quatrième ventricule, et je n’ai point remarqué de lésion sensible dans les mouvemens, et sur-
tout je n’ai aperçu aucune paralysie , soit du côté lésé, soit du côté opposé; j’ai fait plus , j’ai coupé entièrement et en travers les deux pyramides vers le milieu de leur longueur, et il ne s’en est suivi aucun dérangement bien apparent dans les inouve- * mens ; j’ai cru remarquer seulement un peu de difficulté dans la marche en avant.
La section des pyramides postérieures ne produit non plus aucune altération visible desmouvemens généraux; et pour obtenir la paralysie de la moitié du corps il faut couper la moitié de la moelle alongée , et alors le côté correspondant devient non Immobile, car il offre des mouveraens irréguliers , non insensible , car l’animal meut ses membres quand on les pince, mais cette moitié du corps devient incapable d’exécuter les déterminations de la volonté.
Des attitudes et des mouvemens dans les difjérens âges.
Depuis l’état d’embryon jusqu’à dix-huit ou vingt ans, les os changent continuellement de forme, de grandeur, de volume, etc. ; par conséquent , pendant tout le temps que dure l’ossification , les attitudes et les mouvemens doivent présenter des changemens en rapport avec ceux qu’éprouve le squelette. Nous avons déjà vu que les muscles et la contraction musculaire sont aussi très-modifiés par l’état de fœtus, d’enfance, de jeunesse, etc.; les memes circonstances influent beaucoup sur les mouveniens. Ordinairement, à vingt ou vingt-deux ans , l’accroissement des os en longueur est terminé; mais ils continuent de croître en épaisseur jusqu’au-delà de l’âge adulte ; alors toute espèce d’accroissement cesse, et les changemens qu’éprouvent les os jusqu’à la vieillesse décrépite, ne portent plus que sur la nutrition de ces organes et leur composition chimique.
La position du fœtus dans l’utérus dépend de circonstances encore peu connues; le plus souvent la tête est tournée en bas, ce qui dépend probablement de sa pesanteur plus considérable; mais pourquoi l’occiput correspond-il presque toujours audessus de la fosse cotyloïde gauche ? pourquoi arrive-t-il quelquefois que le fœtus est posé d’une toute autre manière, par exemple, les fesses en bas, dirigées «oit à droite, soit à gauche ? On l’ignore.
Les cuisses du fœtus sont fléchies sur l’abdomen , les jambes sont appliquées sur les cuisses, les bras sont croisés sur la partie antérieure du tronc , et le plus souvent la tête est baissée sur la poitrine, en sorte que le fœtus occupe le moins d’espace possible. Cette position ne dépend point d’une contraction musculaire soutenue , elle est l’effet de la tendance qu’ont tous les muscles à se raccourcir; dans un âge plus avancé , l’homme prend quelquefois cette même position quand il veut mettre tous ses muscles dans un état de repos complet.
A quatre mois de conception , le fœtus commence à exécuter des mouvemens partiels, et peut-être quelques légers mouvemens qui déplacent le corps en totalité. Ces mouvemens sont irréguliers, se montrent à des distances variables, durent jusqu’à la fin de la grossesse, et sont fréquemment exercés parles membres inférieurs , à en juger par les points où ils se font sentir. On ne peut croire qu’ils dépendent de la volonté, car rintelligence n’existe point encore, et les fœtus acéphales, c’est-à-dire dépourvus de cerveau, les présentent comme des fœtus bien conformés.
L’enfant naissant ne peut prendre de lui-même de position, il conserve celle qu’on lui donne; cependant le coucher sur le dos est l’état qu’il préfère, et qui est en effet plus en rapport avec la faiblesse de son système musculaire. Ses membres inférieurs et supérieurs offrent des mouvemens assez prononcés ; sa physionomie est à peu près sans expression.
Au bout de deux ou trois mois, l’enfant change de lui-même d’attitude quand on veut bien le laisser libre; il se couche sur le côté, sur le ventre, il tourne sa tête; les mouveraens de ses membres sont plus multipliés et plus énergiques; il saisit plus fortement les corps qui lui sont présentés, il les porte à sa bouche; quand il tette,
il comprime avec force la mamelle de sa mère , etc. : mais il ne saurait se tenir sur ses deux pieds ni meme assis. En voici les raisons principales. La tête est très-volumineuse et très-pesante , proportionnellement ; elle tombe en avant , n’étant pas maintenue par l’effort musculaire convenable ; le poids des viscères pectoraux , et surtout des viscères abdominaux, est énorme; la colonne vertébrale ne présente qu’une courbure dont la convexité est en arrière. Les muscles postérieurs du tronc sont de beaucoup trop faibles pour résister à la disposition qu’a la colonne vertébrale à se porter en avant; mais en outre les apophyses épineuses n’existent pas, en sorte que le bras de levier par lequel ils agissent se trouve très-court, circonstance défavorable à leur action. Le bassin , très-petit et très-incliné en avant , ne soutient presque pas le poids des viscères abdominaux. Les membres inférieurs sont peu développés, et leurs muscles sont trop faibles pour balancer un seul instant le mouvement du tronc en avant. Toute espèce de station est donc impossible.
Cependant il arrive bientôt que l’enfant peut , en se servant de ses membres supérieurs et inférieurs, se déplacer et parcourir de petits espaces; et parce que ce mode de progression a de l’analogie avec celui de certains animaux , des sophistes ont soutenu que l’homme était naturellement quadrupède, et que la station sur deux pieds était une acquisition dépendante de la vie sociale. Pour que cette idée ait quelque fondement, il faudrait que les organes du mouvement de l’adulte fussent disposés comme ceux de l’enfant : or je viens de faire voir qu’il en est tout autrement.
Vers la fin de la première année, quelquefois au commencement de la deuxième, plus tôt ou plus tard, par l’effet du développement des os, des muscles, etc., par la diminution du volume et du poids proportionnel de la tête, des viscères abdominaux, etc., l’enfant parvient à se tenir debout, mais il ne peut encore marcher; bientôt il y parvient , en s’attachant aux corps qui l’avoisinent ; enfin il marche seul , mais c’est en chancelant, et la moindre cause détermine sa chute. Le pas est d’abord le seul genre de locomotion qu’il puisse exercer ; il faut ordinairement assez long-temps avant que l’enfant parvienne à courir, et surtout à faire des sauts un peu considérables; mais une fois qu’il est bien affermi dans les divers moiivemens progressifs, il est d’une agitation continuelle; il acquiert de l’agilité, de l’adresse : c’est alors qu’il contracte le goût des différens jeux, qui , presque tous, surtout chez les garçons, servent à exercer les organes de la locomotion et ceux de l’intelligence.
Sous le point de vue physiologique, les jeux des enfans sont dignes de remarque. Qu’on les étudie avec attention, et l’on verra qu’ils sont le simulacre des actions de l’homme adulte; on peut établir le même rapprochement pour les jeux des jeunes animaux, qui sont aussi en quelque sorte la répétition des actions qu’ils seront appelés à exercer par la suite.
Dans les jeux des enfans, il ne faut pas confondre ceux qui sont purement instinctifs avec ceux cjui dépendent de l’imitation.
Depuis la jeunesse jusqu’à l’âge adulte, et même au-delà, tous les phénomènes qui se rapportent aux attitudes et aux mouvemens sont dans toute leur perfection; ils gagnent seulement de l’énergie avec l’âge , mais, à la vieillesse , ils subissent une altération notable, qui dépend de l’affaiblissement de la contraction musculaire : comme el'e ne se fait plus qu’avec une certaine peine, qu’elle est tremblotante, les attitudes et les mouvemens doivent s’en ressentir. Le vieillard , soit qu’il marche ou qu’il se tienne debout, est ordinairement courbé en avant; le bassin fléchit sur les cuisses, celles-ci sur les jambes, et enfin les jambes sont inclinées en avant sur les pieds. Cet état de demi-flexion général tient à l’affaiblissement de la force des muscles, qui n’ont plus assez d’énergie pour maintenir la rectitude du corps.
Le vieillard a aussi un grand avantage à se servir d’un bâton, au moyen duquel il agrandit sa base de sustentation et transmet directement sur le sol le poids des parties supérieures du corps.
Dans la décrépitude, les mouvemens sont d’une difficulté extrême, quelquefois même entièrement impossibles.^
Rapports des sensations avec les attitudes et les moavemens.
Les sensations Influent sur les attitudes et les mouvemens; réciproquement ceux-ci ont une influence manifeste sur les sensations.
La vue contribue beaucoup à la fixité de la plupart de nos attitudes ; par elle , nous jugeons de la position de notre corps en la comparant à celle des corps environnans. Aussi, quand nous sommes privés de ce moyen de notre équilibre, comme lorsque nous sommes au sommet d’une édifice, ou sur un lieu élevé c[uelconque, où nous ne sommes entourés que par Pair, notre station sur deux pieds est mal assurée, et même il peut arriver que nous ne puissions pas la maintenir.
L’utilité de la vue est encore des plus grandes , si la base de sustentation est trèsétroite. Un danseur de corde ne pourrait point soutenir la station debout , si sa vue ne l’avertissait continuellement de la position qu’il faut conserver pour que la per- ])endiculaire abaissée de son centre de gravité passe par sa base de sustentation. Quelle que soit en général l’attitude que nous prenions, elle est peu stable si nous ne pouvons faire usage de la vue. Pour s’en assurer il ne faut qu’examiner un moment la station et les attitudes d’un aveugle.
Si la vue est d’un aussi grand secours pour les attitudes, à plus forte raison doitelle être utile pour les diverses espèces de mouvemens partiels et locomoteurs. En effet, la vue éclaire, favorise nos mouvemens; c’est elle qui leur donne la précision, la rapidité nécessaires : dans presque tous les cas, elle les dirige. Pandez les yeux à un homme agile et adroit, il perd aussitôt presque tous ses avantages : sa démarche est craintive, surtout si le lieu où il se trouve ne lui est pas parfaitement connu; tous ses mouvemens porteront le même caractère. Les mêmes phénomènes existent chez les aveugles, qu’il est très-facile de reconnaître aux moindres mouvemens qu’ils exécutent, à moins qu’ils ne leur soient très-familiers. L’absence de la vue dispose donc à l’immobilité ; l’usage de ce sens excite au contraire à se mouvoir : tout le monde connaît la tendance instinctive qui nous porte à toucher les objets que nous voyons pour la première fois.
fia considération des rapports de la vue avec les mouvemens donne lieu de remarquer que ceux qui sont destinés à exprimer nos actes intellectuels et instinctifs , et qu’on peut comprendre sous le nom générique de gestes , peuvent être distingués en ceux qui sont intimement liés à l’organisation, et par conséquent existent toujours chez l’homme, dans quelque condition qu’il se trouve, et en ceux qui naissent avec l’état social et se perfectionnent concurremment.
liCS premiers sont destinés à exprimer les besoins les plus simples , les sensations internes vives, comme la joie, la douleur, la crainte, etc., ainsi que les passions animales; ils sont aux mouvemens ce que le cri est à la voix. Ils se voient chez l’idiot, le sauvage, l’aveugle de naissance, aussi bien que chez l’homme civilisé jouissant de tous ses avantages physiques et moraux.
Les gestes de la seconde espèce ne peuvent exister que dans l’état de société, ils supposent la vue et l’intelligence; ils n’existent donc point chez l’aveugle de naissance, l’idiot, l’individu qui aura toujours vécu isolé. Ils pourraient être nommés gestes acquis ou sociaux , par analogie avec la voix acquise. Il serait curieux de savoir si, en donnant la vue à un aveugle de naissance , on lui procurerait en même temps l’acquisition des gestes particuliers dont nous parlons.
On peut dire que les gestes de l’aveugle-né sont absolument dans le même cas que la voix du sourd de naissance. Ces deux phénomènes se suppléent mutuellement : le sourd-muet fait un usage continuel des gestes, et les porte à un haut degré de perfection; c’est la voix au contraire qui seule sert de moyen d’expression à l’aveugle : de là son goêit pour le chant , la parole , et l’accent qu’il sait leur donner.
I/ouïe n’est pas sans influence sur les mouvemens; ce sens concourt quelquefois
avec la vue pour les diriger el surtout pour les mesurer, les faire revenir à des intervalles égaux, et les produire un certain nombre de fois dans un temps donné, comme dans la danse ou les marches militaires. On a remarqué depuis long-temps que les mouvemens cadencés exécutés au son de la musique ou au bruit du tambour, étaient moins fatigans que d’autres : c’est parce cjue chaque muscle se contracte et se relâche alternativement , et que le temps du repos est égal à celui de l’action. Il faut ajouter que la musique et meme le bruit excitent à se mouvoir.
Les rapports de l’odorat et du goût avec les attitudes et les mouvemens sont trop peu importans , pour que nous en fassions mention. Quant au toucher , comme la contraction musculaire y est inhérente, que sans elle la sensation ne peut avoir lieu, ce sens est intimement lié avec tous les phénomènes qui dépendent de la contraction des muscles.
Les sensations internes n’influent pas moins sur les diverses attitudes et les mouvemens du corps que les externes. Qui ne reconnaît à sa démarche ou à sa pose un homme qui éprouve une douleur vive ou une sensation d’un autre genre ? On peut ■ même , jusqu’à un certain point , déterminer le siège particulier de l’affection douloureuse par l’espèce de position ou le genre de mouvement qu’exerce le malade. Chacun sait qu’une forte colicjue porte à fléchir la poitrine sur le bassin et à porter les mains sur l’abdomen j qu’un violent point de côté excite à se coucher sur le côté douloureux ; ejue la présence d’un calcul dans la vessie force le patient à prendre des . attitudes particulières.
On vient de voir l’influence des sensations sur les attitudes et les mouvemens. Ceux-ci réagissent de meme sur l’action des sens ; les diverses attitudes sont favorables ou défavorables au développement des sensations externes , les mouvemens n ’y prennent pas une moindre part. Il y a des mouvemens partiels propres à chaque sens ) et qui favorisent son action ; en outre , presque tous les sens ont des muscles particuliers qui font partie essentielle de l’appareil sensitif, comme on le remarque pour l’œil , l’oreille , la main , etc.
Rapports des attitudes et des mouvemens avec la volonté.
Les attitudes et les mouvemens cpie nous venons de décrire sont en général nommés volontaires , parce que , dit-on , ils sont sous l’influence immédiate de la volonté. Cette assertion est vraie sous un point de vue ; elle ne l’est pas sous d’autres : il est donc nécessaire de s’entendre à cet égard.
A la suite d’une détermination de la volonté, un mouvement est produit; nul doute qu’elle n’ait été l’occasion du développement de celui-ci : mais tous les phénomènes qui se passent pour la production même du mouvement ne sont plus sous la puissance de la volonté. Je puis faire mouvoir mon bras ou ma main, mais il m’est impossible de faire contracter isolément ou en totalité les muscles de ces parties , si je n’ai pas l’idée d’un mouvement à produire. Il en est de même pour la contraction de tous les muscles , que l’on regarde comme entièrement soumis à la volonté. Comment s’y prendrait-on pour faire contracter isolément l’obturateur externe ou tout autre muscle qui ne produit pas à lui seul un mouvement déterminé ? Cela serait impossible.
On peut donc affirmer c[ue la cause déterminante du mouvement est la volonté ; mais la production même de la contraction musculaire nécessaire pour qu’il se fasse , n’est pas sous la dépendance de cette action cérébrale : elle est purement Instinctive.
D’après ces considérations , on serait en droit de conclure que la volonté et l’action du cerveau , qui produisent directement la contraction des muscles , sont deux phénomènes distincts; mais les expériences directes des physiologistes modernes , et celles que nous avons rapportées à l’article de l’influence du cerveau et du cervelet sur les mouvemens, ont mis cette vérité dans tout son jour. Ces expériences ont démontré que chez l’homme et les animaux mammifères la volonté a plus particulière-
ment son siège dans les hémisphères cérébraux. La cause directe des mouvemcns paraît , au contraire , siéger dans la moelle épinière. Si l’on sépare la moelle du reste du cerveau par une section faite derrière l’occipital, on empêche bien la volonté de déterminer et de diriger les mouvemens ; mais ceux-ci n’en sont pas moins produits : il est vrai qu’aussitôt que la séparation est faite ils deviennent très-irréguliers pour l’étendue , la rapidité , la durée, la direction , etc. J’ai eu dernièrement sous les yeux une maladie qui offrait le singulier spectacle de la séparation complète de la volonté et des forces qui président directement aux mouvemens ; je vais en rapporter un exposé rapide. *
, âgé de trente-six ans , d’un physique agréable , d’un esprit cultivé , d’un commerce doux et facile , mais d’une grande susceptibilité nerveuse , a mené la vie des gens du monde jusqu’à son mariage , qui eut lieu il y a dix ans. A dater de cette époque , il fut obligé de s’adonner aux affaires ; il éprouva de vives contrariétés , puis il fut atteint d’un violent chagrin causé par une maladie mentale qui survint à sa femme , au moment de son premier accouchement. Il ne la quitta pas un instant durant toute cette maladie ; il l’accompagna dans un voyage , et fut ainsi témoin , pendant près d’une année , des divagations et des mouvemens convulsifs d’un être pour lequel il avait l’attachement le plus tendre. La guérison complète de madame’^** mit un terme aux tortures morales qu’éprouvait son mari ; mais au lieu de se livrer à la joie que devait naturellement lui causer un aussi heureux événement , il resta triste et taciturne , et peu à peu il offrit tous les signes d’une véritable mélancolie , croyant sa fortune inévitablement perdue , se persuadant qu’il était l’objet de l’animadversion de l’autorité , des recherches de la police et des railleries du public. Son esprit conservait sa justesse sur tout autre sujet. On le fit voyager , prendre les eaux , on le soumit à divers traitemens , sans aucun succès.
Les choses étaient dans cet état , lorsqu’au mois de septembre dernier il fut pris d’une certaine raideur dans la jambe et la cuisse droites, raideur qui le faisait boiter en marchant. Peu de jours après une raideur semblable s’empara de la cuisse et de la jambe opposées;* puis il perdit toute influence de sa volonté sur ses mouvemens. Ceux-ci étaient loin cependant d’être paralysés; mais ils étaient livrés en quelque sorte à eux-mêmes pendant des heures entières; ce malheureux jeune homme était alors obligé d’exécuter les mouvemens les plus déréglés, de prendre les attitudes les plus bizarres , de faire les contorsions les plus extraordinaires. Il est impossible de peindre par le langage la multiplicité, Y étrangeté de ses mouvemens et de ses poses. S’il eut vécu dans des temps d’ignorance, il aurait sans doute passé pour possédé, car ses contorsions étaient tellement éloignées des mouvemens propres à l’homme , qu’elles auraient pu aisément être regardées comme diaboliques. Il fut digne de remarque qu’au milieu de ces contorsions, dans lesquelles son corps grêle et souple était tantôt porté en avant , tantôt renversé sur le côté ou en arrière , à l’instar de certains bateleurs, il ne perdait point l’équilibre, et que dans la multiplicité d’attitudes et de mouvemens singuliers qu’il a exécutés pendant plusieurs mois, il ne lui est jamais arrivé de tomber.
Dans certains cas , ses mouvemens rentraient dans la classe des mouvemens ordinaires; ainsi, sans que sa volonté y participât le moins du monde, on le voyait se lever et marcher rapidement , jusqu’à ce qu’il rencontrât un corps solide qui s’opposât à son passage ; quelquefois il reculait avec la même promptitude , et ne s’arrêtait que par la même cause.
On l’a vu souvent reprendre l’usage de certains mouvemens , sans pouvoir en aucune manière diriger les autres. C’est ainsi que ses bras et ses mains obéissaient fréquemment à sa volonté, plus fréquemment encore les muscles de son visage et de la parole. Il lui était quelquefois possible de reculer dans l’instant où la marche en avant lui était interdite, et il se servait alors de ce mouvement rétrograde pour se diriger vers les objets qu’il voulait atteindre.
Du reste, ces mouvemens, qu’on pourrait appeler automatiques, ne duraient ja-
mais un jour entier : il avait d’assez longs intervalles paisibles entre ses accès : ses nuits étaient toujours tranquilles.
Bien que ses contractions fussent extrêmement violentes , jusqu’au point de suer abondamment, quand elles avaient cessé , il n’éprouvait pas de sentiment de fatigue , en rapport avec l’intensité des efforts qu’il avait faits; comme si l’action intellectuelle que nous faisons pour exciter nos mouvemens était ce qui se fatigue davantage en nous.
Si l’action du cerveau qui produit la contraction musculaire est un phénomène distinct de la volonté, on peut aisément concevoir pourquoi, dans certains cas, les mouvemens ne sont pas produits, quoique la volonté les commande, et pourquoi, dans quelques circonstances opposées, des mouvemens très-étendus et très-énergiques se développent sans aucune participation de la volonté, comme on le voit fréquemment dans plusieurs maladies. Par la même raison , on conçoit pourquoi il nous est très-difficile, quelquefois même impossible, de prendre une attitude nouvelle pour nous, ou d’exécuter un mouvement pour la première fois; pourquoi tous les arts, tels que la danse, l’escrime 9 etc., qui sont fondés sur la rapidité et la précision de nos mouvemens , ne s’acquièrent que par un long exercice ; pourquoi enfin il arrive fréquemment que nous exécutons un mouvement d’une manière plus parfaite en en détournant notre attention , que si nous voulons la concentrer sur ce point (1).
Rapports des attitudes et des mouvemens avec V instinct et les passions.
On vient de voir qu’une grande partie de ce que l’on appelle mouvemens et attitudes volontaires est du domaine de l’instinct ; il existe un très-grand nombre d’attitudes et de mouvemens partiels ou généraux qui en dépendent.
Tous les sentimens instinctifs essentiellement attachés à l’organisation , tels que la tristesse, la crainte, la joie , la faim, la soif, portées à un certain degré, ont des attitudes et des modes de mouvemens qui leur sont propres et qui font reconnaître leur existence : il en est de même pour les passions naturelles et pour tous les phénomènes instinctifs qui se développent dans l’état social.
Plusieurs passions excitent à se mouvoir, augmentent beaucoup l’intensité de la force musculaire, comme on en a des exemples dans la joie excessive, la colère, dans certains cas la peur, etc. D’autres passions stupéfient et rendent toute espèce de mouvement impossible , telles que le chagrin violent , certain genre de terreur ; souvent la joie extrême produit le même effet : aussi voyons-nous l’art de la pantomime s’exercer avec succès dans la peinture des passions violentes.
Rapports des mouvemens avec la voix.
Les relations des mouvemens avec la voix sont intimes, et cela devait être , puisque ces deux genres de phénomènes sont l’effet immédiat de la contraction musculaire, avec cette différence que pour la voix on entend l’effet, et qu’on le voit dans les mouvemens.
Il y a des mouvemens essentiellement attachés à l’organisation ; le cri est dans le i même cas. Il y a une voix qui s’acquiert par la vie sociale ; un grand nombre de mouvemens s’acquièrent de la même manière. La voix et les mouvemens se réu-
(I) Celte théorie est confirmée par les expériences d’un médecin anglais, — Voyez les Transactions ‘philosophûpies . année 1815.
M. Wilson Philip.
nissent pour la production de la parole. Ces deux phcuomèiies sont nos principaux etpresqiie nos seuls moyens d’expression ; ils s’aident et quelquefois se suppléent mutuellement : un homme qui s’exprime avec difficulté gesticule beaucoup ; c’est le contraire pour une personne dont l’élocution est facile. Dans les grandes passions , les deux moyens d’expression se réunissent : il est rare qu’en exprimant un sentiment vif on ne joigne pas le geste à la parole.
On a dû remarquer que les modifications qu’éprouvent les mouvemens et la voix par l’âge ont la plus grande analogie; on aurait un résultat semblable si l’on étudiait les changemens qu’ils subissent par le sexe, le tempérament, l’habitude, etc.
Nous terminons par ces considérations la description des fonctions de relations. Ces fonctions ont pour caractère commun d’être périodiquement suspendues, ou, en d’autres termes, d’être plongées par intervalles dans l’état de sommeil. Il pourrait donc paraître convenable que l’histoire du sommeil suivît immédiatement celle des fonctions de relations; mais comme les fonctions nutritives et génératrices sont aussi très-influencées par le sommeil, nous préférons renvoyer l’étude de eelui-ci à l’époque où nous aurons terminé la description de ces fonctions : c’est ce qui sera fait plus loin.