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DES FONCTIONS NUTRITIVES

Notre corps éprouve des changemens de dimensions , de forme, de structure, etc., depuis le moment de sa formation jusqu’à celui où nous cessons d’exister ; nous perdons incessamment, et par diverses voies, telles que la transpiration cutanée, l’urine , la respiration , etc., une partie des élémens qui nous eomposent; ces pertes, qui s’élèvent habituellement à plusieurs livres en vingt-quatre heures, nous affaiblissent ; et nous péririons bientôt si nous ne les réparions, ainsi que nos forces, au moyen des alimens et des boissons. D’autre part, notre température ne varie pas avec celle des corps qui nous environnent; nous résistons également au froid et à une forte chaleur : nous possédons ainsi une source propre de chaleur et des moyens particuliers de refroidissement ; et si nous ajoutons que notre corps n’éprouve point , durant la vie, la décomposition rapide qu’il éprouvera dès que la mort l’aura frappé, nous serons fortement portés à supposer qu’il se passe en nous un mouvement intime et <■ continuel par lequel nos organes semblent, d’un côté, s’user et se détruire, et de l’autre se réparer et acquérir une puissance nouvelle , et que ce renouvellement de nos élemens constitutifs est un des actes fondamentaux de la vie.

Ce mouvement intime existe en effet , non pas tel que l’imagination des physiologistes s’est plu à le créer , non pas que le corps se renouvelle en sept années , comme quelques anciens le croyaient ; mais sa réalité est établie sur un grand nombre de faits et d’expériences. On est encore loin toutefois de connaître entièrement ce phénomène, bien compliqué sans doute, puisqu’il préside à tous les changemens physiques de nos organes, dont la texture est si variée et si fine, et dont les élémens sont si nombreux et si divers.

Un tel phénomène fait supposer, lo des communications faciles toujours ouvertes entre les points les plus cachés de nos organes et les voies naturelles d’excrétions ou de réparations; 2° une force mécanique puissante tenant continuellement en mouvement nos divers élémens ; 3o il nécessite que notre corps soit le siège d’une foule de transformations chimiques, qui doivent suivre avec plus ou moins de rigueur les lois de l’affinité et des proportions.

Il est facile de pressentir les difficultés de tous genres que nous rencontrerons en étudiant les fonctions nutritives; à chaque instant il nous faudra faire des applications des principes de la chimie, de la physique , et de la mécanique ; ou , ce qui est peutêtre plus difficile, savoir quand il ne faut pas se livrer à de telles applications, c’està-dire distinguer les phénomènes purement vitaux de ceux qui sont simplement

])liysiqiies ; mais la difficulté pour ainsi dire insurmontable , se trouvera dans la manière dont tous les actes nutritifs sont liés et pour ainsi dire confondus. La classification arbitraire que l’on est obligé d’établir pour en faciliter l’étude , est d’autant moins avantageuse qu’elle ne repose point sur une connaissance complète des diverses fonctions , et que nous sommes encore fort loin même d’être arrivés à quelque chose d’entièrement satisfaisant par rapport aux principales.

Cependant , en suivant sans dévier la route de l’observation et de l’expérience , en repoussant toute idée systématique , pour nous en tenir à la simple expression des faits , nous arriverons à des résultats qui ne seront pas sans importance.

Les fonctions nutritives sont au nombre de six , savoir :

La digestion ou formation du chyle ,

'1^ L’absorption du chyle ,

3 Le cours du sang veineux ,

L\ La respiration ,

5° Le cours du sang artériel ,

6° Le cours de la lymphe.

Après la description de ces fonctions et celle des rapports qu’elles ont entre elles ainsi qu’avec les fonctions et relations , nous aurons encore à étudier les diverses sécrétions , et enfin à faire connaître ce qu’on sait du mouvement moléculaire qui a lieu dans la profondeur de nos organes , et qui dans un sens restreint est ce qu’on pourrait appeler la nutrition.

De la digestion.

La digestion a pour objet principal la formation du chyle , fluide réparateur des pertes habituelles que fait l’économie animale. Indépendamment de ce but spécial ^ cette fonction concourt encore à la nutrition , et même à la vie en général, de plusieurs autres manières.

Pour former le chyle , les organes digestifs agissent sur les alimens , les écrasent , les altèrent, les décomposent, en séparent une paitie inutile et grossière qui est rejetée en dehors , tandis que le suc nutritif , la partie utile , le chyle en un mot , est conservé et pénètre bientôt dans les replis les plus secrets des tissus.

L’objet de la digestion est donc chimique , puisqu’il s’agit d’extraire des alimens les élémens du chyle qui y sont contenus , et de former ce fluide par le mélange ou la combinaison de ces divers élémens.

Organes digestifs.

Les organes de la digestion représentent un appareil cbiniique qui serait monté avec beaucoup de soin et qui marcherait seul dès l’instant qu’il y recevrait les matières sur lesquelles il doit agir ; on y voit , en effet , une machine à broyer qui , par sa disposition, est supérieure, sous plus d’un rapport, à celles qui sont employées dans les arts industriels pour obtenir un résultat analogue. De grands vases extensibles et contractiles destinés à contenir les substances alimentaires durant un certain temps ; un long tube droit où les matières ne font que passer rapidement ; un autre tubo beaucoup plus long et contourné sur lui-même, où les alimens cheminent plus lentement ; et dans les diverses cavités de séjour ou de passage , les orifices de plusieurs canaux qui y versent les réactifs nécessaires à l’opération qui s’y effectue.

Il existe une relation évidente entre l’espèce d’aliment dont un animal doit se nourrir , et la disposition de son appareil digestif. Si ces alimens sont très-éloignés par leur nature des élémens qui composent l’animal , si , par exemple , celui-ci est herbivore ^ l’appareil aura des dimensions très-considérables, et sera plus compliqué;

si , au contraire , l’animal se nourrit de chair , ses organes digestifs seront moins nombreux et plus simples , comme on le voit chez les carnassiers. L’homme , appelé à faire usage également d’alimens végétaux et d’alimens animaux , tient le milieu , pour la disposition et la complication de son appareil digestif, entre les herbivores et les carnivores , sans que , pour cela , on puisse l’appeler omnivore. Chacun sait qu’un grand nombre de substances dont se nourrissent les animaux ne peuvent être d’aucune utilité à l’homme pour son alimentation.

Sous le rapport anatomique , on peut se représenter l’appareil digestif comme un long canal diversement contourné sur lui-même , large dans certains points , rétréci dans d’autres , susceptible de s’élargir et de se resserrer , et dans lequel sont versés une grande quantité de fluides au moyen de conduits particuliers.

Les anatomistes partagent le canal digestif en plusieurs portions : i» la bouche , 2® le pharynx , 3° l’œsophage , 4° Testomac , 5® l’intestin grêle , 6° le gros intestin , 7° l’anus.

Deux couches membraneuses forment les parois du canal digestif dans toute son étendue. La plus intérieure , qui est destinée à être en contact avec les alimens , consiste en une membrane muqueuse , dont l’aspect et même la structure varient dans chacune des portions du canal, en sorte qu’elle n’est plus au pharynx ee qu’elle était à la bouche , à l’estomac ce qu’elle était à l’œsophage , etc. Aux lèvres et à l’anus , cette membrane se confond avec la peau.

La seconde couche des parois du canal digestif est musculaire ; elle se compose de deux plans de fibres , l’un longitudinal , l’autre circulaire. L’arrangement , l’épaisseur, la nature des fibres qui entrent dans la composition de ces plans, sont différons, suivant qu’on les observe à la bouche, à l’œsophage, au gros intestin, etc.

Un grand nombre de vaisseaux sanguins se rendent au canal digestif ou en naissent; mais la portion abdominale de ce canal en reçoit une quantité beaucoup plus grande que la partie cjui est plus supérieure. Celle-ci n’en offre point au-delà de ce que comportent sa nutrition et la sécrétion peu considérable dont elle ést le siège , tandis que le nombre et le volume des vaisseaux qui appartiennent à la portion abdominale, indiquent qu’elle doit être l’agent d’une sécrétion considérable. Les vaisseaux chylifères prennent exclusivement naissance dans l’intestin grêle.

Quant aux nerfs, ils se distribuent au canal digestif dans un ordre inverse des vaisseaux; c’est-à-dire que les parties céphalique, cervicale et pectorale en reçoivent beaucoup plus que la portion abdominale, à l’exception de l’estomac, où se terminent les deux nerfs de la huitième paire. Le reste du canal ne reçoit presque aucune branche des nerfs cérébraux. Les seuls nerfs qu’on y observe proviennent des ganglions sous -diaphragmatiques du grand sympathique. On verra plus bas le rapport qui existe entre le mode de distribution des nerfs et les fonctions de la portion supérieure et de l’inférieure du canal digestif.

Les corps c[ui versent des fluides dans le canal digestif sont , la membrane muqueuse digestive elle-même; 2° des follicules isolés , qui sont répandus en grand nombre dans toute l’étendue de cette membrane; 3® les follicules agglomérés , qui se rencontrent à l’isthme du gosier, entre les piliers du voile du palais, à la jonction de l’œsophage et de l’estomac, et d’un nombre de points delà surface intestinale sous la forme de plaques; 4*^ les glandes muqueuses , qui existent en plus ou moins grand nombre dans les parois des joues, dans la voûte du palais, autour de l’œsophage; 5*^ les glandes parotides , sous-maxillaires et sublinguales , qui sécrètent la salive répandue dans la bouche; 6o le foie et le pancréas , qui versent , le premier la bile, le second le suc pancréatique, par des canaux distincts, dans la partie supérieure de l’intestin grêle , nommée duodénum.

Tous les organes digestifs contenus dans la cavité abdominale sont immédiatement recouverts, et d’une manière plus ou moins complète, par la membreine séreuse, éiiie péritoine. Cette membrane, par sa disposition anatomique et par ses propriétés physiques et vitales, sert très-utilement dans l’acte de la digestion, soit

<?n conservant aux organes leurs rapports respectifs, soit en favorisant leurs variations de volume, soit en rendant faciles les frottemens qu’ils exercent les uns sur les autres ou âur les parties voisines.

Nous donnerons les détails nécessaires sur l’appareil digestif, à mesure que nous en exposerons les fonctions; nous nous bornons ici à faire quelques remarques sur les organes de la digestion , considérés dans l’état de vie, mais dans le temps où ils ne servent pas à la digestion des alimens.

Remarques sur les organes digestifs de Vhomme et des animaux vivans.

La surface de la membrane muqueuse digestive est toujours lubrifiée par une matière visqueuse, filante, plus ou moins abondante , qu’on observe en plus grande quantité là où il n’existe pas de follicules ; circonstance qui semble indiquer que ces organes n’en sont pas les organes sécréteurs. Une partie de cette matière, à laquelle on donne généralement le nom de mucus , se vaporise, en sorte qu’il existe habituellement une certaine quantité de vapeurs dans chacun des points du canal digestif. La nature chimique de cette matière, prise à la surface intestinale, est encore peu connue. Elle est transparente, avec une teinte légèrement grisâtre; elle adhère à la membrane qui la forme; sa saveur est salée, et les réactifs apprennent qu’elle est acide; sa formation continue encore quelque temps après la mort. Celle qui se forme dans la bouche, dans le pharynx et dans l’œsophage, arrive, mêlée avec le fluide des glandes muqueuses et avec la salive, jusque dans l’estomac, par les mouvemens de déglutition qui se succèdent à des intervalles assez rapprochés. Il semblerait d’après cet exposé , que l’estomac doit contenir, lorsque depuis quelque temps il est vide d’alimens , une quantité considérable d’un mélange de mucus, de fluide folliculaire et de salive. C’est ce que l’observation ne constate pas, au moins chez la plupart des individus. Cependant , chez quelques personnes qui sont évidemment dans une disposition maladive, il existe le matin dans l’estomac plusieurs onces de ce mélange. Dans certains cas, il est écumeux , très-peu visqueux, légèrement trouble, tenant en suspension quelques flocons de mucus; sa saveur est franchement acide, point désagréable, sensible surtout à la gorge, agissant sur les dents de manière à diminuer le poli de leur surface, et à rendre moins faciles les glissemens qu’elles exécutent les unes sur les autres. Ce liquide rougit la teinture et le papier de tournesol (i).

Dans d’autres circonstances, chez le même individu, avec les mêmes apparences pour la couleur, la transparence, la consistance, le liquide retiré de l’estomac n’a point de saveur ni aucune propriété acide; il est tant soit peu salé : la dissolution de potasse, ainsi que les acides nitrique et sulfurique, n’y ont produit aucun effet apparent (2).

Un de mes anciens élèves, M. le docteur Pinel, qui jouit de la faculté de vomir à volonté, m’a remis, il y a quelques années, environ trois onces d’un liquide qu’il avait, le matin, retiré de son estomac. Ce liquide, qui présentait les mêmes propriétés physiques que le précédent , a été examiné par M. Thénard , qui l’a trouvé composé d’une très-grande quantité d’eau , d’un peu de mucus , de quelques sels à base de soude et de chaux ; il n’avait d’ailleurs aucune acidité sensible ni à la langue ni par les réactifs.

Le même médecin m’a remis ensuite environ deux onces d’un liquide obtenu de la même manière. M. Chevreul l’a analysé, et y a reconnu beaucoup d’eau, une assez grande quantité de mucus, de l’acide lactique de M. Berzélius, uni à une matière ani-

(1) Expériences sur lu digestion dans Phommej par S. de Montegre, lGd4.

(2) Idevi.

male soluble dans l’eau et insoluble dans l’alcohol , un peu d’hydrochlorate d’ammoniaque , d’hydrochlorate de potasse , et d’une certaine quantité d’hydrochlorate de soude (i).

Relativement à la quantité de ce liquide, M. Pinel a observé que si, avant de le rejeter en vomissant, il avale une gorgée d’eau ou une bouchée d’un aliment quelconque, il peut en obtenir en très-peu de temps jusqu’à une demi-livre. M. Pinel croit avoir observé que la saveur de ce même liquide, varie suivant l’espèce d’aliment dont il a fait usage la veille.

Lorsqu’on examine les cadavres de personnes mortes d’accident, l’estomac n’ayant pas reçu d’alimens ni de boissons depuis quelque temps , cet organe ne contient que très-peu de mucosités acides, adhérentes aux parois de l’estomac, et dont une partie, qui se trouve dans la portion pylorique du viscère , parait réduite en chyme. Il est dont extrêmement probable que le liquide qui devrait se trouver dans l’estomac est digéré par ce viscère comme une substance alimentaire , et que c’est la raison pour laquelle il ne s’y accumule point.

Dans les animaux dont l’organisation se rapproche de celle de l’homme , tels que les chiens et les chats, on ne trouve pas non plus de liquide dans l’estomac après un ou plusieurs jours d’abstinence absolue ; on n’y voit qu’un peu de mucosité visqueuse, adhérente aux parois de l’organe vers son extrémité splénique. Cette matière a la plus grande analogie, sous le rapport physique et chimique, avec celle qu’on trouve dans l'estomac de l’homme. Mais, si l’on fait avaler à ces animaux un corps qui ne soit pas susceptible d’être digéré , un caillou par exemple , il se forme , au bout de quelque temps, dans la cavité de l’estomac, une certaine quantité d’un liquide acide, muqueux , de couleur grisâtre , sensiblement salé, qui se rapproche par sa composition de celui qui se rencontre quelquefois chez l’homme , et dont nous venons de donner l’analyse approximative d’après M. Chevreul.

C’est au liquide résultat du mélange des mucosités de la bouche, du pharynx , de l’œsophage et de l’estomac, avec le liquide sécrété par les follicules des mêmes parties et avec la salive, que les physiologistes ont donné le nom de suc gastricjue , et auquel ils ont attribué des propriétés particulières.

Dans l’intestin grêle , il se forme de même une grande quantité de matière muqueuse, qui reste habituellement attachée aux parois de l’intestin; elle diffère peu de celle dont nous avons parlé plus haut ; elle est visqueuse , filante , a une saveur salée et est acide; elle se renouvelle avec une grande promptitude. Si l’on met à nu la membrane muqueuse de cet intestin sur un chien , et qu’on enlève la couche de mucosité qui s’y trouve en l’absorbant avec une éponge , il faut à peine une minute pour qu’elle reparaisse. On peut répéter autant qu’on veut cette observation, jusqu’à ce que l’intestin s’enflamme par suite du contact de l’air et des corps étrangers. La mucosité de l’estomac ne pénètre dans la cavité de l’intestin grêle que sous la forme d’une matière pulpeuse, grisâtre, opaque, qui a toute l’apparence d’un chyme particulier.

C’est à la surface de cette même portion du canal digestif que la bile est versée , ainsi que le liquide sécrété par le pancréas. Je ne crois pas qu’on ait jamais observé sur un homme vivant la manière dont se fait l’écoulement de la bile et du liquide pancréatique. Sur les animaux, tels que les chiens, l’écoulement de ces fluides se fait par intervalles, c’est-à-dire qu’environ deux fois dans une minute on voit sourdre de l’orifice du canal cholédoque ou biliaire une goutte de bile, qui se répand aussitôt

(1) Un habile chimiste anglais, M. W. Prout, a cru reconnaître dans l’acide du sac gastrique des animaux l’acide hydrochlorique libre, mais ses expériences sont contestées par M. Lassaigne. Il serait d’ailleurs extraordinaire qu’un corps aussi facile à reconnaître eût échappé à l’investigation de chimistes tels que Berzéliua , Thénard , Chevreul.

uniformément et en nappe sur les parties environnantes , qui en sont déjà imprégnées; aussi trouve-t-on toujours dans l’intestin grêle une certaine quantité de bile.

L’écoulement du liquide formé par le pancréas se fait d’une manière analogue, mais il est beaucoup plus lent ; il se passe quelquefois un quart- d’heure avant que l’on voie sortir une goutte de ce fluide par l’orifice du canal qui le verse dans l’intestin. J’ai vu cependant, dans quelques cas, l’écoulement du fluide pancréatique se faire avec plus de rapidité.

Les différens fluides qui sont déposés dans l’intestin grêle , savoir, la matière chymeuse, qui vient de l’estomac, le mucus, le fluide folliculaire, la bile , et le liquide pancréatique, se mêlent; mais, à raison de ses propriétés et peut-être de sa proportion , la bile prédomine et donne au mélange sa couleur et sa saveur. Une grande partie de ce mélange descend vers le gros intestin et y pénètre; dans ce trajet, il prend de la consistance, et la couleur jaune clair qu’il avait d’abord devient jaune foncé et ensuite verdâtre. H y a cependant , sous ce rapport, 'des différences individuelles très-tranchées.

Dans le gros intestin, la sécrétion muqueuse et folliculaire paraît moins active que dans l’intestin grêle. Le mélange des fluides provenant de ce dernier y acquiert plus de consistance; il y contracte une odeur fétide, analogue à celle des matières fécales ordinaires : il en a d’ailleurs l’apparence , en raison de sa couleur , de son odeur , etc.

La connaissance de ces faits permet de concevoir comment une personne qui ne fait point usage d’allmens peut continuer à rendre des excrérnens , et comment , dans certaines maladies , la quantité de ceux-ci est très-considérable , quoique le malade soit depuis long-temps privé de toute substance alimentaire, même liquide.

Autour de l’anus il existe des follicules qui sécrètent une matière grasse et d’une odeur particulière assez forte.

On rencontre presque constamment des gaz dans le canal intestinal ; l’estomac n’en contient que très-peu. Leur nature chimique n’a point encore été examinée avec soin ; mais comme la salive que nous avalons est toujours imprégnée d’air atmosphérique , il est probable que c’est l’air de l’atmosphère, pins ou moins altéré , qui se trouve dans l’estomac ; du moins je me suis assuré , par l’expérience , c[u’on y rencontre de l’acide carbonique. L’intestin grêle ne contient aussi qu’une très-petite quantité de gaz ; c’est un mélange d’acide carbonique , d’azote et d’hydrogène. Le gros intestin contient de l’acide carbonique , de l’azote et de l’hydrogène , tantôt carboné , tantôt sulfuré. J’ai vu vingt-trois centièmes de ce gaz dans le rectum d’un individu récemment supplicié, dont le gros intestin necontenait point de matière fécale.

Quelle est l’origine de ces gaz? Viennent- ils du dehors? sont-ils sécrétés par la membrane muqueuse digestive, ou bien sont-ils le résultat de la réaction des élémens qui composent les matières contenues dans le canal intestinal? Cette question sera examinée plus tard; remarquons cependant qu’il y a des circonstances où nous avalons, sans le savoir, beaucoup d’air atmosphérique.

La couche musculeuse du canal digestif doit être remarquée sous le rapport des différens modes de contraction qu’elle présente. Les lèvres , les mâchoires , dans la plupart des cas la langue, les joues, se meuvent par une contraction entièrement semblable à celle des muscles de la locomotion. Le voile du palais, le pharynx , l’œsophage, et dans quelques circonstances particulières la langue , offrent bien des mouvemens qui ont une analogie manifeste avec la contraction musculaire, mais qui en diffèrent beaucoup , puisqu’ils s’exécutent sans la participation de la volonté. J’ai pourtant eu occasion de voir quelques personnes qui pouvaient mouvoir volontairement le voile du palais et la partie supérieure du pharynx.

Ceci ne veut pas dire que les mouvemens des parties que je viens de nommer soient hors de l’influence nerveuse , l’expérience prouve directement le contraire. Si, par exemple, on coupe les nerfs qui se rendent -à l’œsophage, ce conduit est aussitôt privé de sa faculté contractile.

PnÉCIS ÉLÉMENTAIRE

Les muscles du voile du palais, ceux du pharynx, les deux tiers supérieurs de rœsopliage , ne se contractent guère comme organes digestifs que lorsqu’il s’agit de faire pénétrer quelques substances de la bouche dans l’estomac. Le tiers inférieur de l’œsophage présente un phénomène particulier qu’il est important de connaître : c’est un mouvement alternatif de contraction et de relâchement qui existe d’une manière continue. La contraction commence à la réunion des deux tiers supérieurs du conduit avec le tiers inférieur ; elle se prolonge avec une certaine rapidité jusqu’à Tinsertloii de l’œsophage dans l’estomac ; une fois produite , elle persiste un temps variable ; sa durée moyenne est au moins de trente secondes. Contracté ainsi dans son tiers inférieur, l’œsophage est dur et élastique comme une corde fortement tendue. Le relâchement qui succède à la contraction arrive tout -à-coup et simultanément dans chacune des fibres contractées; dans certains cas cependant , il semble se faire des fibres supérieures vers les inférieures. Dans l’état de relâchement, l’œsophage jirésente une flaccidité remarquable, qui contraste singulièrement avec l’état de contraction.

Ce mouvement de l’œsophage est sous la dépendance des nerfs de la huitième paire. Quand on a coupé ces nerfs sur un animal , l’œsophage ne se contracte plus , mais il n’est pas non plus dans le relâchement que nous venons de décrire; ses fibres , soustraites à l’influence nerveuse , se raccourcissent avec une certaine forçe ; et le canal se trouve dans un état intermédiaire de la contraction et du relâchement. La vacuité ou la distension de l’estomac influent sur la durée et l’intensité de la contraction de l’œsophage (i).

Depuis l’extrémité inférieure de l’estomac jusqu’à la fin de l’intestin rectum, le canal intestinal présente un mode de contraction qui diffère, sous presque tous les rapports, de la contraction de la partie sus-diaphragmatique du canal. Cette contraction se fait toujours lentement et d’une manière irrégulière ; il se passe quelquefois une heure sans qu’on en aperçoive aucune trace, d’autres fois plusieurs portions intestinales se contractent à la fois Elle paraît très-peu influencée par le système nerveux; elle continue, par exemple, dans l’estomac après la section des nerfs de la huitième paire : elle devient plus active par l’affaiblissement des animaux, et même par leur mort; chez quelques-uns, elle prend , par cette cause, une accélération considérable ; elle persiste , quoique le canal intestinal ait été entièrement séparé du corps. La portion pylorique de l’estomac , l’intestin grêle , sont les points du canal intestinal où elle se présente le plus souvent et d’une manière plus constante. Ce mouvement, qui résulte de la contraction successive ou simultanée des fibres longitudinales et circulaires du canal intestinal , a été diversement désigné par les auteurs : les uns l’ont nommé vermicLilair^^ , ceux-ci péristaltique , ceux-là contractilité organique sensible , etc. Quoi qu’il en soit, la volonté ne paraît exercer sur lui aucune influence sensible (2).

(1) Le mouvement alternatif du tiers inférieur de Pœsophage n’existe pas chez le cheval ; mais chez cet animal les piliers du diaphragme ont sur l’extrémité cardiaque de ce conduit une action particulière qui n’existe point chez les animaux qui vomissent aisément. Voyez le détail des expériences que j’ai faites sur ce sujet, et le rapport des commissaires de l’Institut, dans le Bulletin de la Société philomatique , année 1815. Depuis cette époque j’ai observé avec plus de soin l’œsophage du cheval, et j’ai remarqué que son extrémité diaphragmatique, dans une étendue de huit ou dix pouces, n’est point contractile à la manière des muscles. L’irritation des nerfs de lahuilième paire , le galvanisme , la laissent immobile; mais elle est très-élastique, et maintient tellement fermé le bout inférieur de l’œsophage , que même long-temps après la mort il est difficile d’y introduire le doigt, et qu’il faut exercer une très-forte pression pour y faire pénétrer l’air. Cette disposition est, je crois, la véritable raison pour laquelle les chevaux vomissent si difficilement, et se rompent quelquefois l’estomac en s’efforçant à vomir.

(2) Dans le cheval , la moitié splénique de l’estomac est plus contractile que la portion pylorique; aussi les alimens séjournent peu dans l’estomac de cet animal , et la digestion se fait en

Ifil

Les muscles de l’anus se contractent volontairement.

La portion sus-diapliragmatique du conduit digestif n’est point susceptible d’éprouver une dilatation considérable; il est facile de voir , par sa structure et le mode de contraction de sa couche musculeuse, c[u’elle ne doit point laisser séjourner les alimens dans sa cavité, mais qu’elle est plutôt destinée à transporter ces substances des la bouche dans l’estomac. Ce dernier organe et le gros intestin sont au contraire évidemment disposés pour se prêter à une distension très-grande ; aussi les substances qui sont introduites dans le canal alimentaire s’accumulent-elles et font-elles un séjour plus ou moins long à leur intérieur.

Le diaphragme et les muscles abdominaux déterminent continuellernenit une sorte de ballottement des organes digestifs contenus dans la cavité abdominale; ils exercent sur ces mêmes organes une pression continuelle, qui devient cjuelquefois trèsconsidérable. Nous verrons plus bas comment ces deux causes, réunies ou séparées, concourent à différens actes de la digestion.

De la faim et de la soif.

La digestion nécessite de la part de l’homme et des animaux un certain nombre d’actions pour se procurer et saisir les alimens , et les introduire dans l’estomac : cette introduction doit cesser à l’époque où l’estomac est rempli, ou ne doit se faire qu’en raison des besoins de l’économie ; en général il est avantageux qu’elle ne se fasse qu’après que la digestion précédente est terminée; il est aussi d’autres circonstances où elle serait nuisible. Il était donc nécessaire que l’homme et les animaux fussent avertis du moment où il est nécessaire de porter des alimens solides ou liquides dans l’estomac, et des cas où il serait désavantageux de le faire. La nature est arrivée à ce but important en faisant développer plusieurs sentimens instinctifs qui nous avertissent des besoins de l’économie et de l’état particulier des organes digestifs. Ces sentimens indicateurs de nos besoins varient suivant l’espèce de ceux-ci : ils peuvent être divisés en ceux qui nous excitent à faire usage de telle ou telle substance , et en ceux c|ui nous en éloignent. Les premiers se rapportent à la faim et à la soif , les seconds à la satiété et au dégoût.

De la faim.

Le besoin des alimens solides est caractérisé par un sentiment particulier dans la région de l’estomac et par une faiblesse générale plus ou moins marquée. En général ce sentiment se renouvelle quand l’estomac est vide depuis quelque temps; il est trèsvariable pour l’intensité et pour la nature , suivant les individus , et même chez le même individu. Chez les uns , sa violence est extrême ; chez d’autres , il se fait à peine sentir ; quelques-uns même ne l’éprouvent jamais , et mangent seulement parce que l’heure des repas est arrivée. Plusieurs personnes éprouvent un tiraillement , un resserrement plus ou moins pénible dans la région épigastrique ; chez d’autres , c’est

grande partie dans les intestins. La panse des ruminans, le feuillet, la caillette , sont fort peu contractiles , mais le bonnet se contracte d’une manière très-active , bien que sa contraction ne prenne point le caractère de la portion siis-diapliragmatique du canal intestinal. Les oiseaux, les reptiles et les poissons n’ont de contraction brusque que dans les organes de la déglutition, tout le reste du canal digestif se contracte à la manière péristaltique. Ce phénomène est ti-èsfrappant pour le gésier des oiseaux , qu’on représente comme un muscle très-énergique ; l’irritation des huitièmes paires ne le fait point entrer en contraction.

une elialenr douce dans la même région , accompagnée de bâülemens , et d’un bruit particulier, produit par le déplacement des gaz contenus dans l’estomac , qui se contracte. Lorsqu’on ne satisfait pas à ce besoin , il s’accroît et peut se transformer en une vive douleur ; il en est de même de la sensation de faiblesse et de fatigue générale qu’on éprouve , et qui peut aller jusqu’au point de rendre les mouveinens difficiles ou même impossibles.

Les auteurs distinguent dans la faim des phénomènes locaux et des phénomènes généraux.

Cette distinction en elle-même est bonne et peut être avantageuse à l’étude ; mais n’a-t-on pas souvent décrit , comme phénomènes locaux ou généraux de la faim , des suppositions gratuites dont la théorie rendait l’existence probable ? Ce point de physiologie est un de ceux où le défaut d’expériences directes se fait le plus vivement sentir.

On compte parmi les phénomènes locaux de la faim , le resserrement et la contraction de l’estomac. « Les parois du viscère deviennent , dit-on , plus épaisses ; il a changé de forme , de situation , et tiré un peu à lui le duodénum ; sa cavité contient de la salive mêlée d’air , des mucosités , de la bile hépatique , qui a reflué par suite du tiraillement du duodénum : il y a d’autant plus de ces diverses humeurs dans l’estomac que la faim est plus prolongée. Labile cystique ne coule pas dans le duodénum ; elle s’amasse dans la vésicule biliaire , et y est d’autant plus abondante et d’autant plus noire, que l’abstinence dure dej)uis plus long-temps. Il y a un changement dans l’ordre de la circulation des organes digestifs ; l’estomac reçoit moins de sang, soit à cause de la fluxuosité de ses vaisseaux , plus grande alors , parce qu’il est resserré , soit à cause de la compression de ses nerfs , par suite de ce même resserrement , et dont l’influence sur la circulation serait alors diminuée. D’un autre coté , le foie , la rate , l’épiploon , en reçoivent davantage et font l’office de diverticulum ; le foie et la rate , parce qu’ils sont moins soutenus quand l’estomac est vide , et qu’ils offrent dès lors un abord plus facile au sang; et l’épiploon , parce qu’alors les vaisseaux sont moins flexueux , etc. ( i ). » La plupart de ces données sont conjecturales et à peu près dénuées de preuves ; mais elles ont déjà , en partie , été réfutées par Bichat : quelques-unes des objections de cet ingénieux physiologiste ne sont pas elles-mêmes à l’abri de toute critique. Ne pouvant entrer ici dans les détails de cette discussion , je dirai seulement les observations que j’ai faites à cette occasion.

Après vingt-quatre, quarante-huit et même soixante heures d’abstinence complète, je n’ai jamais vu la contraction et le resserrement de l’estomac dont parlent les auteurs; cet organe m’a toujours présenté des dimensions assez considérables, surtout dans son extrémité splénique : ce n’est que passé le quatrième ou cinquième jour qu’il m’a paru revenir sur lui-même, diminuer beaucoup de capacité , et changer légèrement de position; encore ces effets ne sont-ils très-marqués que lorsque le jeûne a été rigoureusement observé.

Bichat pense que la pression soutenue par l’estomac quand il est vide est égale à celle qu’il supporte quand il est distendu par les alimens, attendu, dit-il , que les parois abdominales se resserrent à mesure que le volume de l’estomac diminue. On peut aisément s’assurer du contraire en mettant un ou deux doigts dans la cavité abdominale , après avoir incisé ses parois ; il sera facile alors de reconnaître que la pression soutenue par les viscères est , en quelque sorte , en raison directe de la distension de l’estomac : si l’estomac est plein, le doigt sera fortement pressé, et les viscères feront effort pour s’échapper à travers l’ouverture; s’il est vide, la pression sera très* peu marquée, et les viscères auront peu de tendance à sortir de la cavité abdominale. On sent que dans cette expérience il ne faut pas confondre la pression exercée

(l) DlcHomialre des Sciences médicales ^ art. BicisSTioîf .

DE Physiologie.

par les muscles abdominaux lorsqu’ils sont relâchés , avec celle qu’ils exercent en se contractant avec force. Aussi, lorscjue l’estomac est vide, tous les réservoirs con¬

tenus dans l’abdomen se laissent-ils plus facilement distendre par les matières qu’i

nps. C’est, je crois, la principale raison pour laquelle

’ils

doivent retenir quelque temps. C’est, je crois, la principale raison pour laquelle la bile s’accumule dans la vésicule du fiel. Quant à la présence de la bile dans l’estomac, que quelques personnes regardent comme l’une des causes de la faim, je crois qu’à moins de circonstances maladives la bile ne s’y introduit point, quoique son écoulement continue dans l’intestin grêle, comme je m’en suis directement assuré.

La quantité de mucosité que présente la cavité de l’estomac est d’autant mo ns considérable, que l’abstinence se prolonge davantage. Mes expériences sur ce point sont entièrement d’accord avec celle de Dumas.

Relativement à la quantité de sang qui se porte à l’estomac dans l’état de vacuité, à raison du volume de ses vaisseaux et du mode de circulation qui existe alors, je suis tenté de croire qu’il reçoit moins de ce fluide que lorsqu’il est rempli d’alimens; mais , loin d’être sous ce rapport en opposition avec les autres organes abdominaux, cette disposition me parait être commune à tous les organes contenus dans l’abdomen.

Aux phénomènes généraux de la faim se rapporte un affaiblissement et une diminution de l’action de tous les organes ; la circulation et la respiration se ralentissent, la chaleur du corps baisse, les sécrétions diminuent, toutes les fonctions s’exercent avec plus de difficulté. On dit que l’absorption seule devient plus active, mais rien n’est rigoureusement démontré à cet égard.

La faim , l’appétit même, qui n’est que son premier degré, doivent être distingués du sentiment qui nous porte à nous nourrir de préférence de tel ou tel genre d’aliment, de celui qui nous fait, dans un repas, porter notre choix sur un mets plutôt que sur un autre, etc. Ces sentimens sont très-éloignés de la faim réelle, cjui exprime les besoins véritables de l’économie ; ils tiennent en grande partie à la civilisation , aux habitudes , à certaines idées relatives aux propriétés des alimens. Quelques-uns sont en rapport avec la saison, le climat; et alors ils deviennent tout aussi légitimes que la faim elle-même : tel est celui qui nous porte vers le régime végétal dans les pays chauds, ou durant les chaleurs de l’été.

Certaines circonstances rendent la faim plus intense et la font revenir à des Intervalles plus rapprochés : tels sont un air froid et sec , Fhiver , le printemps, les bains froids, les frictions sèches sur la peau, l’exercice du cheval, la marche, les fatigues du corps, et en général toutes les causes qui mettent en jeu l’action d^s organes et accélèrent le mouvement nutritif, avec lequel la faim est essentiellement liée. Quelques substances introduites dans l’estomac excitent un sentiment qui a de l’analogie avec la faim , mais f[u’il ne faut cependant pas confondre avec elle.

11 est des causes qui diminuent l’intensité de la faim et qui éloignent les époques auxquelles elle se manifeste habituellement : de ce nombre sont l’habitation des pays chauds et des lieux humides , le repos du corps et de l’esprit , les passions tristes , et enfin toutes les circonstances qui s’opposent à l’action des organes et diminuent l’activité de la nutrition. On connaît aussi des substances qui, portées dans les voies digestives, font cesser la faim, ou empêchent son développement, comme l’opium, les boissons chaudes, etc.

Que n’a-t-on pas dit sur les causes de la faim? Elle a été tour-à-tour attribuée à la prévoyance du principe vital , aux frottemens des parois de l’estomac l’une contre l’autre, au tiraillement du foie sur le diaphragme, à l’action de labile sur l’estomac, à l’âcreté et à l’acidité du suc gastrique, à la fatigue des fibres de l’estomac contractées, à la compression des nerfs de ce viscère, etc., etc. La faim résulte, comme toutes les autres sensations internes, de Faction du système nerveux; elle n’a d’autre siège que ce système lui-même, et d’autres causes que les lois générales de l’organisation. Ce qui prouve bien la vérité de cette assertion , c’est qu’elle continue quelquefois , quoique l’estomac soit rempli d’alimens ; c’est qu’elle peut ne pas se développer,

ICA

quoique l’estomac soit vide depuis long-tem])s ; enfin, c’est qu’elle est soumise à l’Iiabitude, au point de cesser spontanément quand l’heure habituelle du repas est passée. Ceci est vrai, non-seulement du sentiment qu’on éprouve dans la région de l’estomac, mais encore de la faiblesse générale qui l’accompagne, et qui par conséquent ne peut être considérée comme réelle, au moins dans les premiers instans où elle se manifeste.

Plusieurs auteurs confondent la faim avec les effets d’une abstinence complète et prolongée jusqu’à ce que la mort arrive : nous ne suivrons pas leur exemple. La faim, considérée comme phénomène instinctif, appartient à la physiologie; considérée comme cause de maladie, elle n’est plus du ressort de cette science et appartient à la séméiotique.

De la soif.

On nomme soifle désir de faire usage de boisson. Il varie suivant les individus, et il est rarement semblable chez une meme personne. En général il consiste en un sentiment de sécheresse, de constriction et de chaleur qui règne dans l’arrière-bouche, le pharynx, l’œsophage, et quelquefois dans l’estomac. Pour peu que la soif se prolonge, il survient de la rougeur et du gonflement à ces parties, la sécrétion muqueuse cesse presque entièrement; celle des follicules s’altère, devient épaisse et tenace; l’écoulement de la salive diminue, et la viscosité de ce fluide augmente sensiblement. Ces phénomènes s’accompagnent d’une inquiétude vague, d’une ardeur générale; les yeux deviennent rouges, l’esprit éprouve un certain trouble, le mouvement du sang s’accélère, la respiration devient haletante , la bouche est souvent et largement ouverte afin de mettre Tair extérieur en contact avec les parties irritées, et d’éprouver un soulagement instantané.

Le plus souvent l’envie de boire se développe quand , par une cause quelconque , la chaleur et la sécheresse de l’atmosphère par exemple, le corps a fait une perte abondante en liquide; mais élle se manifeste dans un grand nombre de circonstances différentes , telles que d’avoir parlé long-temps, mangé certains alimens, avalé une substance qui s’arrête dans l’œsophage, etc. L’habitude vicieuse de boire frécjuemment , et le désir d’éprouver la saveur de quelques liquides , comme le vin , l’eau-devie, etc., déterminent le développement d’un sentiment qui a la plus grande analogie avec la soif.

Il y a des personnes qui n’ont jamais ressenti la soif, qui prennent, en quelque sorte, des boissons par convenance, mais qui vivraient très-long-temps sans y songer et sans éprouver aucun inconvénient de leur privation; il en est d’autres chez qui la soif se renouvelle souvent et devient très-impérieuse, jusqu’à leur faire boire vingt ou trente litres de liquide dans vingt-quatre heures : on remarque sous ce rapport de nombreuses différences individuelles.

Remonterons-nous, avec certains auteurs, à la cause proclialne delà soif? dironsnous qu’elle est l’effet de la prévoyance de l’ame? placerons-nous son siège dans les nerfs du pharynx, dans les vaisseaux sanguins ou dans les vaisseaux lymphatiques? Ces considérations ne doivent plus désarmais trouver place que dans l’histoire de la physiologie. La soif est un sentiment instinctif; elle tient essentiellement à l’organisation ; elle ne comporte aucune explication de ce genre : le sentiment de sécheresse et de chaleur qui l’accompagne paraît l’expression naturelle de l’état qui suit l’évaporation de la partie aqueuse du sang ou simplement de son excrétion; car toutes les fois que nous perdons par une cause quelconque une grande partie de la sérosité du sang, nous sommes tourmentés par la soif.

Nous ne parlerons pas non plus des phénomèmes morbides qui accompagnent et qui précèdent la mort par la privation complète des boissons; cette étude appartient tout entière à la physiologie pathologique.

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Des alimcns.

On donne en général le nom à-'alimens à tonte substance qnî , soumise à l’action des organes de la digestion, peut seule nourrir. Dans ce sens, un aliment est nécessairement extrait des végétaux ou des animaux ; car il n’y a que les corps qui ont joui de la vie qui puissent servir utilement à la nutrition des animaux pendant un certain temps. Cette manière d’envisager les alimens est trop restreinte. Pourc{uoi refuser le nom à’ aliment à des substances qui, à la vérité, ne pourraient nourrir seules, mais qui concourent efficacement à la nutrition, puisqu’elles entrent dans la composition des organes et des fluides animaux ? Tels sont le muriate de soude , l’oxide de fer, la silice, et surtout l’eau , qui se trouve en si grande quantité dans le corps des animaux et y est si nécessaire. Il me paraît préférable de considérer comme aliment toute substance qui peut servir à la nutrition , en établissant toutefois la distinction importante des substances qui peuvent nourrir seules, et de celles qui ne servent à la nutrition que de concert avec les premières (ï). Encore est-ce une question qui n’est pas résolue, que de savoir s’il est possible de vivre long-temps en ne mangeant qu’une seule et même substance alimentaire , quelles que soient d’ailleurs ses cjualités nutritives. ( Voyez Nutrition.)

Quant à une idée nette de ce qu’on doit entendre par aliment , pour la donner il faudrait connaître à fond le phénomène de la nutrition ; or, la science n’en est point encore là.

Sous le rapport de leur nature, les alimens diffèrent entre eux par l’espèce de principe immédiat qui prédomine dans leur composition. On peut les distinguer en neuf classes :

Alimens fécideiLX : froment, orge, avoine, riz, seigle, épeautre, sarazin , maïs, pommes de terre, sagou, salep, pois, haricots, lentilles, etc.

Alimens miicilagineux : carotte, salsifis, betterave, navet, asperge, chou, laitue, artichaut, cardon , potiron, melon, etc.

3^^ Alimens sucrés : les diverses espèces de sucre, les figues, les dattes, les raisins secs, les abricots , etc.

Alimens acidulés : groseilles, cerises, pêches, fraises, framboises,

mûres , raisins , prunes, poires, pommes, oseille, etc.

5 O Alimens huileux et graisseux : cacao , olives , amandes douces , noisettes , noix , les graisses animales, les huiles, le beurre, etc.

6» Alimens caséeux : les différentes espèces de lait , toutes les variétés de fromage.

7® Alimens gélatineux : les tendons , les aponévroses , le chorion, le tissu cellulaire, les animaux très-jeunes , etc.

8° Alimens albumineux : le cerveau, les nerfs, les œufs, etc.

9® Alimens fibrineux : la chair et le sang des divers animaux.

J’ai proposé, il y a quelques années , une autre manière de distinguer les alimens entre eux; elle consiste à les partager en deux classes, l’une qui comprend les ali-

(1) Hippocrate dit : Il y a plusieurs espèces d’ alimens , mais il n’y a cependant qu’un seul aliment ; cette proposition souvent reproduite ne m’a jamais présenté un sens clair. En efiFet , veut-on dire que dans une substanee alimentaire il n’y a qu’une partie qui soit nutritive ? mais alors quelle est eette partie , et ne varie-t-elle pas pour chaque aliment? Veut-on dire que les alimens servent, en dernière analyse, à former une substance toujours la même , qui est le chyle ? on ne dira point encore vrai, car le chyle a des cjualités variables suivant les alimens. Pense-t-on que les alimens servent à renouveler dans le sang une substanee particulière qui seule peut nourrir, et qui serait le quodnutrit des anciens? mais cette substance existe-t-elle? Veut-on enfin supposer qu’il y a daiis tous les alimens un principe particulier , partout identique , essentiellement nutritif? rien n’est moins prouvé.

meus qui contiennent peu ou point d’azote, et ceux qui en contiennent une grande proportion.

Alimem peu ou point azotés.

Les diverses espèces de sucre ; les fruits sucrés , rouges , acides; les huiles, les graisses , le beurre , les alimens mucilagineux , les céréales, les riz, les pommes de terre , etc.

Alimens azotés.

Les graines légumineuses, telles que les pois, les haricots, les fèves, les lentilles, les épinards, les amandes douces et amères, les noix, les noisettes, les alimens gélatineux , les albumineux, les fibrineux, et surtout les divers fromages; car le caséum est de tous les principes immédiats azotés alimentaires, celui où l’azote se trouve en plus grande proportion.

Cette distinction des alimens en azotés et non azotés est très-utile dans ses applications au régime, surtout dans les maladies telles que la goutte, le rhumatisme et la gravelle (i).

On pourrait ajouter à cette liste un grand nombre de substances qui sont ein- ])loyées comme médicamens , mais qui , sans doute , sont nutritives , au moins dans quelques-uns de leurs principes immédiats: tels sont la manne, les tamarins, la pulpe de casse, les extraits et les sucs végétaux, les décoctions animales ou végétales vulgairement nommées tisanes , etc.

Parmi les alimens, il en est peu qui soient employés tels que la nature les offre ; le plus souvent ils doivent être préparés, disposés d’une manière convenable avant d’être soumis à l’action des organes digestifs. Les préparations qu’ils subissent varient à l’infini, suivant l’espèce d’aliment , suivant les peuples , les climats , les coutumes , le degré de la civilisation ; la mode même n’est pas sans influence sur Tart de préparer les alimens.

Entre les mains du cuisinier habile, les substances alimentaires changent presque entièrement de nature : forme , consistance, odeur, saveur, couleur, composition chimique , etc. , tout est tellement modifié , qu’il est souvent impossible au goût le plus exercé de reconnaître la substance qui fait la base de certains mets. Le but principal de la cuisine est de rendre les alimens agréables aux sens et de facile digestion ; mais il est rare qu’elle s’arrête là ; fréquemment , chez les peuples avancés dans la civilisation , l’objet qu’elle ambitionne est d’exciter des palais blasés et dédaigneux , de contenter des goûts bizarres , ou de satisfaire la vanité. Alors elle devient une véritable science, qui a ses règles et son empirisme, et qui exerce une grande influence sociale, contribue puissamment au bien-être, favorise le développement de l’intelligence , mais qui amène aussi quelquefois des maladies douloureuses , abrutit l’esprit , affaiblit le corps , et a causé plus d’une fois une mort prématurée.

Des boissons.

On entend par boisson un liquide qui, lorsqu’il est introduit dans les organes digestifs, étanche la soif, et répare les pertes que nous faisons habituellement delà partie fluide de nos humeurs. A ce titre, les boissons sont de véritables alimens.

(l) Voyez Mémoire sur les propriétés nutriiives des substances qui ne contiennent pas d'' azote f Annales de Chimie, 1816, ei Recherches phusioloqiques et médicales sur la qravelle . deuxième édition , Paris , 1829.

Les boissons se distinguent entre elles parleur composition chimique.

lo 'L'eau et ses différentes espèces : l’eau de source, de rivière, de puits , etc.

‘10 Les sucs et infusions des végétaux et des animaux ; sucs de citron , de groseille, le petit-lait, le thé, le café, etc.

3o Les liqueurs fermentées : le vin et ses nombreuses espèces , la bière , le cidre , le poiré , etc.

40 Les liqueurs alcoholiques : l’eau-de-vie, l’alcohol , l’éther , le kirsch-wasser , le rhum, lerack, les ratafias (i).

Des actions digestives en particulier.

Les actions digestives qui, par leur réunion, forment la digestion, sont, 1® la préhension des alirnens , la mastication , 3° V insalivation , 4° 1^ déglutition , 5“ l'action de l’estomac , 6® l'action de l'intestin grêle , 7® l'action du gros intestin , 8^ l'expulsion des matières fécales.

Toutes les actions digestives ne concourent pas également à la production du chyle ; l’action de l’estomac et celle de l’intestin grêle sont les seules qui y soient absolument indispensables.

La digestion des alirnens solides réclame le plus souvent les huit actions digestives ; celle des boissons est beaucoup plus simple : elle ne comprend que la préhension, la déglutition, l’action de l’estomac, et l’action de l’intestin grêle. Il est trèsrare que les boissons arrivent jusqu’au gros intestin.

Nous nous occuperons d’abord de la digestion des alirnens; nous traiterons ensuite de celle des boissons.

De la préhension des alirnens solides.

Les organes de la préhension des alirnens sont les membres supérieurs de la bouche. Nous avons parlé ailleurs des membres supérieurs ; disons quelques mots des différentes parties qui constituent la bouche.

Pour les anatomistes , la bouche est la cavité ovalaire formée , en haut , par le palais et la mâchoire supérieure ; en bas , par la langue et la mâchoire inférieure ; latéralement, par les joues; postérieurement, par le voile du palais et le pharynx, et antérieurement par les lèvres. Les dimensions de la bouche sont variables suivant les individus, et sont susceptibles de s’agrandir dans tous les sens; de haut en bas, par l’abaissement de la langue et l’écartement des mâchoires; transversalement, par la distension des joues ; et d’avant en arrière , par les mouvemens des lèvres et du voile du palais.

Ce sont les mâchoires qui déterminent plus particulièrement la forme et les dimensions de la bouche ; la supérieure fait partie essentielle de la face , et ne se meut qu’avec la tête; l’inférieure , au contraire, est douée d’une très-grande mobilité.

De petits corps très-durs nommés dents garnissent les mâchoires; ils sont envisagés généralement comme des os, mais ils en diffèrent sous les rapports les plus importans, et particulièrement sous ceux de la structure, du mode de formation, des usages , de l’inaltérabilité au contact de l’air ; ils s’en rapprochent sous ceux de la dureté et de la composition chimique.

Tout le monde sait qu’il y a trois espèces de dents: les incisives , qui occupent la

(1) Voyez V EncAjclop<'die mèthodiqtié et le Dictminaire des Sciences médicales^ article ali-

MEKT.

partie antérieure des mâchoires ; les molaires , qui en occupent la partie postérieure, et les canines , qui sont situées entre les incisives et les molaires.

On distingue deux parties dans les dents : l’une, extérieure, ou couronne ; l’autre, contenue dans les mâchoires, ou racine. Ces deux parties ont une disposition trèsdifférente. La couronne , appelée à remplir des usages particuliers dans chaque espèce de dents, a une forme qui varie. Elle est cubique dans les molaires, conique dans les canines, et sphénique (i) dans les incisives. Quelle que soit sa forme , la couronne est d’une dureté excessive; elle s’use avec le temps, à lamanière des corps inertes qui subissent des frottemens répétés.

Les racines remplissant, dans les trois espèces de dents, un usage commun, celui d’assurer la solidité de la jonction des dents avec les mâchoires, et de transmettre à celles-ci les efforts quelquefois très-grands que les dents supportent , devaient avoir, et ont en effet une forme commune. Elles sont reçues dans des cavités nommées alvéoles ; elles les remplissent exactement. Il paraît que les parois de ces cavités exercent sur les racines des dents une pression assez considérable; on peut du moins le conjecturer, car ces cavités se resserrent , s’effacent meme quand elles ne contiennent pas la racine des dents ou quelque chose qui en ait la forme et la résistance.

Les dents incisives et les dents canines n’ont qu’une racine; les molaires en ont ordinairement plusieurs. Mais , quel que soit leur nombre, les racines ont toujours la forme d’un cône, dont la base correspond à la couronne et le sommet au fond de l’alvéole; dans certains cas, elles présentent des courbures plus ou moins pronon cées [i).

Le bord alvéolaire est revêtu d’une couche épaisse , fibreuse , résistante , eju’on appelle Cette couche environne exactement la partie inférieure de la couronne des dents, y adhère avec force , et ajoute ainsi à la solidité de la jonction des dents avec les mâchoires. Elle peut supporter sans inconvénient des pressions très-fortes : on verra les avantages qui résultent de cette disposition.

On doit compter au nombre des parties qui concourent à la préhension des alimens , les muscles qui meuvent Tes mâchoires, et particulièrement l’inférieure. Il en est de même pour la langue, dont les nombreux mouvemens influent beaucoup sur les dimensions de la bouche.

Mécanisme de la préhension des edimens.

Pvien n’est plus simple c[ue la préhension des alimens ; elle consiste dans l’introduction des substances alimentaires dans la bouche. A cet effet, les mains saisissent les alimens, les partagent en petites portions susceptibles d’être contenues dans la bouche, et les y introduisent soit directement, soit par l’intermédiaire d’instrumens commodes pour cet usage.

Mais, pour qu’ils puissent pénétrer dans cette cavité, il faut que les mâchoires s’écartent, autrement' dit , que la bouche s’ouvre. Or , on a discuté long-temps pour savoir si dans l’ouverture de la bouche la mâchoire inférieure seule se meut , ou bien si les deux mâchoires s’éloignent en même temps l’une de l’autre. Sans entrer dans cette discussion , epi ne mérite peut-être pas toute l’importance qu’on y a attachée, nous dirons que l’observation la plus simple a bientôt fait voir que la mâchoire inférieure se meut seule quand la bouche s’ouvre médiocrement Quand elle s’ouvre largement , la supérieure s’élève, c’est-à-dire c[ue la tête se renverse légèrement sur la colonne vertébrale: mais, dans tous les cas , la mâchoire inférieure est toujours

(1) Eu forme de coin.

(’ij qriel({ues autres détails relatifs auxdeuiSjà Earlicle ^Jastivaiion.

celle dont les mouvemens sont le plus étendus, à moins qu'un obstacle physique ne s’oppose à son abaissement. Alors l’ouverture de la bouche dépend uniquement du renversement de la tête sur la colonne vertébrale, ou , ce qui est la même chose, de l’élévation de la mâchoire supérieure.

Dans beaucoup de cas, lorsque raliment est introduit dans la bouche, les mâchoires se rapprochent pour le retenir et prendre part à la mastication ou à la déglutition ; mais fréquemment l'élévation de la mâchoire inférieure concourt à la préhension des alimens. On en a un exemple quand on veut mordre dans un fruit : alors les dents incisives s’enfoncent, chacune en sens opposé, dans la substance alimentaire , et , agissant comme des branches de ciseaux , elles détachent une portion de la masse.

Ce mouvement est principalement produit par la contraction des muscles élévateurs de la mâchoire inférieure, qui représente un levier du troisième genre, dont la puissance est, à l’insertion des muscles élévateurs, le point d’appui dans l’articulation temporo-maxillaire , et la résistance dans la substance sur laquelle agissent les dents.

Le volume du corps placé entre les dents incisives influe sur la force avec laquelle il peut être pressé. S’il est peu volumineux , la force sera beaucoup plus grande , car tous les muscles élévateurs s’insèrent perpendiculairement à la mâchoire, et la totalité de leur force est employée à mouvoir le levier qu’elle représente ; si le volume du corps est tel qu’il puisse à peine être introduit dans la bouche, pour peu qu’il présente de résistance, les dents incisives ne pourront l’entamer, car les muscles masséters , crotaphites et ptérygoïdiens internes s’insèrent très-obliquement à la mâchoire, d’où résulte la perte de la plus grande partie de la force qu’ils développent en se contractant.

Quand l’effort que les muscles des mâchoires exercent, n’est pas suffisant pour détacher une portion de la masse alimentaire, la main agit sur celle-ci de manière à la séparer de la portion retenue par les dents. D’un autre côté , les muscles postérieurs du cou tirent fortement la tête en arrière , et de la combinaison de ces efforts résulte l’isolement d’une portion d’aliment qui reste dans la bouche. Dans ce mode de préhension, les dents incisives et canines sont le plus ordinairement employées ; il est rare que les molaires y prennent part (i).

Par la succession des mouvemens de préhension, la bouche se remplit, et, à raison de la souplesse des joues et de la facile dépression de la langue, une assez grande quantité d’alimens peut s’y accumuler.

Quand la bouche est pleine , le voile du palais est abaissé, son bord inférieur est appliqué sur la partie la plus-reculée de la base de la langue , en sorte cpie toute communication est interceptée entre la bouche et le pharynx.

Mastication et insalivation des alimens.

Indépendamment de ce que nous venons de dire sur la bouche, à l’occasion de la préhension des alimens , pour concevoir les usages qu’elle remplit dans la mastication et l’insalivation , il est utile de remarquer que des fluides provenant de diverses sources abondent dans la bouche. D’abord la membrane muqueuse qui en tapisse les parois sécrète une mucosité abondante ; de nombreux follicules isolés ou agglomérés, qu’on observe à l’intérieur des joues , à la jonction des lèvres avec les gencives , sur le dos de la langue, à la face antérieure du voile du palais et de la luette, versent cou-

(1) Dans les animaux carnassiers , où ce mode de préhension est fréquemment mis en usage , les trois espèces de dents y participent , mais surtout les canines.

oo

tiiiuellement le liquide qu’ils forment à la surface interne de la bouche. Il en est de meme des glandes muqueuses qui existent en grand nombre dans l’épaisseur du palais et des joues.

Enfin c’est dans la bouche qu’est versée la salive sécrétée par six glandes , trois de chaque côté, et qui portent les noms de parotides , de sous- maxillaires et de suhlinguales. Les premières, placées entre l’oreille externe et la mâchoire, ont chacune un canal excréteur qui s’ouvre au niveau de la seconde petite molaire supérieure; chaque glande maxillaire en a un qui se termine sur les côtés du filet de la langue; près de là s’ouvrent ceux des glandes sublinguales.

Il est probable que ces fluides varient de propriétés physiques et chimiques selon l’organe qui les forme; mais la chimie n’a pas encore pu en établir la distinction d’après des expériences directes : le mélange de ces trois fluides, sous le nom de salive, a été analysé d’une manière exacte, ainsi que le produit particulier de la glande parotide (i).

Parmi les substances alimentaires déposées dans la bouche , les unes ne font que traverser cette cavité , et n’y éprouvent aucun changement ; les autres , au contraire , y font un séjour assez prolongé et y éprouvent plusieurs modifications importantes. Les premières sont les alimens mous ou presque liquides , dont la température s’éloigne peu de celle du corps ; les secondes sont les alimens durs , secs , fibreux , et ceux dont la température est plus ou moins éloignée de celle qui est propre à l’économie animale. Les uns et les autres ont cependant ceci de commun , qu’en traversant la bouche ils sont appréciés par les organes du goût.

On peut rapporter à trois modifications principales les changemens que les alimens éprouvent dans la bouche: changement de température ; 2° mélange avec les fluides qui sont versés dans la bouche , et quelquefois dissolution dans ces fluides ; 3° pression plus ou moins forte , et très-souvent division , broiement qui détruit la cohésion de leurs parties. En outre , elles sont facilement et fréquemment transportées d’un point de cette cavité dans un autre. Ces trois modes d’altération ne s’effectuent pas successivement , mais simultanément et en se favorisant réciproquement.

Le changement de température des alimens retenus dans la bouche est évident ; la sensation qu’ils y excitent pourrait seule en fournir la preuve. S’ils ont une température basse , ils produisent une impression vive de froid , qui se prolonge jusqu’à ce qu’ils aient absorbé le calorique nécessaire pour approcher de la température des parois de la bouche ; le contraire a lieu si leur température est plus élevée que celle de ces parois.

Il en est des jugemens que nous portons dans cette occasion , comme de ceux qui ont rapport à la température des corps qui touchent la peau : nous y mêlons , à notre insu , une comparaison avec la température de l’atmosphère et avec celle des corps qui ont été antérieurement en contact avec la bouche ; de manière qu’un corps, conservant le même degré de chaleur , pourra nous paraître alternativement froid ou chaud , suivant la température des corps avec lesquels la bouche aura été précédemment en rapport.

Le changement de température que les alimens éprouvent dans la bouche n’est qu’un phénomène accessoire ; leur trituration et leur mélange plus ou moins intime avec les fluides versés dans cette cavité , sont ceux qui méritent une attention particulière.

Aussitôt qu’un aliment est introduit dans la bouche, la langue le presse en l’appliquant contre le palais ou contre telle autre partie des parois buccales. Si l’aliment a peu de consistance , si ses parties ont peu de cohésion , cette simple pression suffit, pour l’écraser ; la substance alimentaire est-elle composée d’une partie liquide et

(l) Voyez Sccrèlion de la salire.

tVune partie solide , par l’effel de cette pression le liquide se sépare , ce qui est solide reste dans la bouche. La langue détermine d’autant mieux l’effet dont nous parlons , que son tissu propre est contractile, et qu’un grand nombre de muscles sont destinés à la faire mouvoir.

On s’étonnera peut-être qu’un organe aussi mou que la langue puisse exercer une action assez forte pour écraser un corps même un peu résistant ; mais , d’une part , elle durcit en se contractant comme tous les muscles , et , en outre , elle présente audessous de la membrane muqueuse qui revêt sa face supérieure, une couche fibreuse , épaisse et très-résistante.

Tels sont les phénomènes qui se passent si les alimens ont peu de consistance ; mais s’ils en présentent davantage, ils sont alors soumis à l’action des organes masticateurs.

Les agens essentiels de la mastication sont les muscles qui meuvent les mâchoires , la langue , les joues et les lèvres : les os maxillaires et les dents y servent comme de simples instrumens.

Quoique les mouvemens des deux mâchoires puissent concourir à la mastication , presque toujours ce sont ceux de l’inférieure qui l’exercent. Cet os peut être abaissé, élevé et pressé très-fortement contre la mâchoire supérieure, porté en avant , en arrière, et même être dirigé un peu sur les côtés. Ces divers mouvemens sont produits par les muscles nombreux qui s’attachent à l’os maxillaire inférieur.

Mais les mâchoires n’auraient jamais pu remplir l’usage qui leur est confié dans la mastication , si elles n’avaient été garnies de dents , dont les propriétés physiques sont appropriées particulièrement à cette action digestive.

Quelques remarques sur ces corps sont nécessaires pour l’intelligence de ce qui suit.

Les dents molaires sont celles qui servent le plus à broyer les alimens ; elles sont au nombre de vingt , dix à chaque mâchoire , cinq à droite et cinq à gauche. La forme de leur couronne est celle d’un cube irrégulier , la face par laquelle elles se correspondent est hérissée d’aspérités pyramidales, en nombre variable, selon qu’on les examine dans les molaires antérieures ou petites , ou bien dans les postérieures ou grosses. Ces aspérités sont disposées de façon que celles des dents supérieures s’engrènent aisément entre celles des inférieures , et réciproquement.

A la partie inférieure et au centre de la couronne , il existe une cavité remplie par l’organe qui , dans le jeune âge , a sécrété la dent. La racine est creusée d’un canal que traversent une artère , un filet de nerf , une veine , destinés au bulbe de la dent.

La substance qui forme les dents est d’une dureté excessive , particulièrement la couche extérieure, ou émail (i) ; et cette disposition était bien nécessaire. D’abord , destinées à écraser des corps dont la résistance est quelquefois très-grande , il fallait qu’elles présentassent une dureté proportionnée ; de plus , comme elles exercent cet office pendant toute la durée de la vie , ou à peu prés , il fallait qu’elles ne s’usassent qu’avec beaucoup de lenteur. Sous ce dernier rapport , leur extrême dureté était indispensable ; car aucun corps , quelque dur qu’il soit , n’échappe à l’usure causée par des frottemens répétés ; à plus forte raison , les corps dont la dureté est moindre, à frottement égal , doivent-ils s’user promptement,

La matière qui forme le corps et la racine des dents parait homogène dans toutes ses parties; l’émail qui revêt la couronne, au contraire, présente des fibres disposées en général perpendiculairement à la surface de la dent et très-adhérentes entre elles. Le phosphate et le carbonate de chaux forment presque entièrement la dent de l’homme : sur loo parties on en trouve 95 de ces sels; le surplus est de la matière

(1) Celte couche est tellement dure, qu’elle fait feu au briquet.

animale (i). L’émail en est presque entièrement dépourvu : c’est à cette cause qu’on doit attribuer sa blancheur et sa dureté plus grandes.

Nous avons déjà fait voir combien est solide l’articulation des dents avec les mâchoires; les dents molaires , en raison de leur usage , devaient en présenter une plus solide encore : aussi ont-elles plusieurs racines, ou, si elles n’en ont qu’une, elle est plus grosse. Du reste, soit qu’elles soient simples ou multiples, leur forme est conique, et elles sont reçues dans des alvéoles de forme semblable. Chaque racine représente un coin qui serait enfoncé dans les mâchoires.

L’ensemble des dents propres à chaque mâchoire forme ce qu’on appelle , en anatomie , les arcades dentaires.

La forme de ces arcades est demi-parabolique; l’inférieure est un peu plus grande que la supérieure; la face inférieure de celle-ci est un peu inclinée en dehors , tandis que la face supérieure de l’Inférieure l’est en dedans. Ces faces présentent, dans la partie formée par les dents molaires, un sillon central, bordé par deux rangées d’éminences. Lorsque les mâchoires sont rapprochées, les dents incisives et canines inférieures sont placées en partie derrière les supérieures ; le bord saillant externe de l’arcade dentaire inférieure s’enfonce dans le sillon de l’arcade supérieure. Dans les circonstances où les incisives se rencontrent par leur bord, il reste un intervalle entre les molaires.

Pour ajouter à la solidité de la jonction des dents avec les mâchoires , la nature les a disposées de façon qu’elles se touchent presque toutes par leurs côtés, qui présentent à cet effet une facette particulière.

Il résulte de cette disposition que quand une dent supporte un effort quelconque , une partie de cet effort est transmise à toute l’arcade dont elle fait partie.

Ces faits étant connus , l’explication du mécanisme de la mastication ne présente plus de difficulté.

Mécanisme de la mastication.

Pour que la mastication commence , il faut que la mâchoire inférieure s’abaisse , effet qui est produit par le relâchement de ses muscles élévateurs et par la contraction des abaisseurs. Les alimens doivent être ensuite poussés entre les arcades dentaires, soit par la langue, soit par toute autre cause : alors la mâchoire inférieure est élevée par les muscles masséters , ptérygoïdiens internes et temporaux , dont l’intensité de contraction est mesurée sur la résistance que présentent les alimens. Ceuxci, pressés entre deux surfaces inégales, dont les aspérités s’engrènent, sont divisés en petites portions, dont le nombre est en raison de la facilité avec laquelle ils ont cédé.

Mais un seul mouvement de ce genre n’atteint qu’une partie des alimens contenus dans la bouche, et il faut qu’ils y soient tous également divisés. C’est ce qui arrive par la succession des mouvemens de la mâchoire inférieure, et par la contraction des muscles des joues , de ceux delà langue et des lèvres, qui portent successivement et avec promptitude les alimens entre les dents, pendant l’écartement des mâchoires, afin qu’ils soient écrasés lorsqu’elles se rapprocheront.

Quand les substances alimentaires sont molles et faciles à écraser, deux ou trois mouvemens de mastication suffisent pour diviser tout ce qui est contenu dans la bouche; les trois espèces de dents y prennent part. Il faut une mastication plus prolongée quand les substances sont résistantes , fibreuses , coriaces : dans ce cas , on ne

(1) Des expériences m’ont appris que la proportion de la matière animale est beaucoup plus grande dans les animaux herbivores, et plus grande encore dans les carnassiers. La quantité proportionnelle de carbonate de chaux est plus grande dans les herbivores que dans les carnassiers et dans l’homme.

mâche qu’avec les dents molaires , et souvent que d’un seul côté à la fois , comme pour permettre à l’autre de se reposer. En employant les dents molaires, on a l’avantage de raccourcir le bras de levier que représente la mâchoire , et de le rendre ainsi moins désavantageux pour la puissance qui le fait mouvoir.

Dans la mastication , les dents ont à supporter des pressions quelquefois trèsconsidérables , qui les auraient inévitablement ébranlées ou meme déplacées sans l’extrême solidité de leur articulation avec les mâchoires. Chaque racine agit comme un coin , et transmet aux parois des alvéoles la force avec laquelle elle est pressée.

L’avantage de la forme conique des racines n’est point douteux. En raison de cette forme, la force qui presse la dent, et qui tend à l’enfoncer dans la mâchoire, est décomposée; une partie fait effort pour écarter les parois alvéolaires, l’autre pour les abaisser ; et la transmission , au lieu de se faire à l’extrémité de la racine, ce qui n’aurait pas manqué d’arriver si elle eût été cylindrique, se fait sur toute la surface de l’alvéole. Les dents molaires, qui avaient des efforts plus considérables à soutenir, ont plusieurs racines , ou au moins une racine très-grosse. Les dents incisives et canines, qui n’ont qu’une seule racine assez grêle, n’ont jamais de pression très-forte à supporter.

Si les gencives n’avaient point offert une surface lisse et une tissu ferme , placées comme elles le sont autour du collet des dents , et remplissant leurs intervalles , à chaque instant elles auraient été déchirées ; car , dans la mastication des substances dures et de forme irrégulière , elles sont à tout moment exposées à être pressées fortement par les bords et les angles de ces substances. Cet inconvénient survient en effet chaque fois que leur tissu se ramollit , comme on le voit dans les affections scorbutiques.

Pendant tout le temps que dure la mastication , la bouche est close en arrière par le voile du palais, dont la face antérieure est appliquée contre la base de la langue; en avant, les alimens sont retenus par les dents et les lèvres.

Insalwatlon des alimens.

Lorsqu’on éprouve l’appétit, la vue des alimens détermine un afflux plus considérable de salive dans la bouche; chez quelques personnes il est assez fort pour que la salive soit lancée à plusieurs pieds de distance. J’ai eu sous les yeux , il y a quelques années, un exemple de ce genre. La présence des alimens dans la bouche entretient , excite encore cette abondante sécrétion.

Tandis que les alimens sont broyés et triturés par les organes masticateurs, ils sont imbibés, pénétrés de toutes parts par les fluides qui sont continuellement versés dans la bouche, et particulièrement par la salive; leur division et les nombreux déplacemens qu’ils éprouvent durant la mastication, favorisent singulièrement leur mélange avec les sucs salivaires et muqueux. A leur tour, ces sucs facilitent la mastication en ramollissant les alimens.

La plupart des substances alimentaires soumises à l’action de la bouche se dissolvent ou se suspendent, en tout ou en partie, dans la salive; et dès ce moment elles deviennent propres à être introduites dans l’estomac , et ne tardent pas à être avalées.

A raison de sa viscosité , la salive absorbe de l’air , avec lequel elle est en quelque manière battue dans les divers raouvemens qu’exige la mastication; mais la quantité d’air absorbée dans cette circonstance est peu considérable et a été en général exagérée.

De quelle utilité est la trituration des alimens et leur mélange avec la salive? Est-ce une simple division ou un mélange qui les rendra plus propres aux altérations qu’ils doivent subir dans l’estomac, ou bien éprouvent-ils dans la bouche un premier degré de dissolution? On ne sait rien de positif à cet égard , mais ces deux suppositions n’oni rien d’invraisemblable.

Ilemarquons que la mastication et l’insalivation cliangent la saveur et l’odeur des aliiuens ; qu’une mastication suffisamment prolongée rend, en général, la digestion plus prompte et plus facile ; qu’au contraire , les personnes qui ne mâclient point leurs alimens ont souvent, par cette seule cause, des digestions lentes et pénibles.

Nous sommes avertis que la mastication et l’insalivation sont poussées assez loin, ])ar le degré de résistanee que présentent les alimens et la saveur qu’ils excitent ; d’ailleurs les parois de la bouclie étant douées du tact , et la langue d’un véritable toucher , peuvent très-bien apprécier les changemens physiques qui surviennent aux alimens.

Quelques auteurs attribuent cet usage à la luette (i); je doute que leur opinion soit fondée , car la luette, par sa situation, n’a aucun, rapport avec les alimens pendant la mastication. J’ai observé plusieurs fois des personnes qui avaient perdu entièrement la luette, soit par un ulcère vénérien, soit par une excision , et je n’ai jamais remarqué que leur mastication éprouvât le moindre dérangement, ni qu’elles avalassent hors de propos.

De la déglutition des alimens.

On entend par déglutition le passage d’une substance solide , liquide ou gazeuse , de la bouche dans Testomac. La déglutition des alimens solides est la seule qui doive nous occuper en ce moment.

Fort simple en apparence , la déglutition est cependant la plus compliquée de toutes les actions musculaires qui servent à la digestion. Elle est produite par la contraction d’un grand nombre de muscles, et exige le concours de plusieurs organes importans.

Tous les muscles de la langue, ceux du voile du palais, du pharynx, du larynx, et la couche musculaire de l’œsophage, prennent part à la déglutition. Il faut en avoir une connaissance exacte et détaillée, si l’on veut se faire une juste idée de cet acte. La nature de cet ouvrage ne nous permet pas d’exposer des détails anatomiques de ce genre; nous nous contenterons de présenter quelques observations sur le voile du palais, le pharynx et l’œsophage.

Le voile du palais est une sorte de soupape attachée au bord postérieur de la voûte palatine; sa forme est à peu près quadrilatère; son bord, libre ou inférieur, se prolonge en pointe, et forme la luette. Semblable aux autres valvules du canal intestinal, le voile du palais est essentiellement formé par une duplicature de la membrane muqueuse digestive; il entre dans sa composition beaucoup de follicules muqueux, surtout à la luette. Huit muscles le meuvent : les deux ptérygoïdiens internes l’élèvent; les deux ptérygoïdiens externes le tendent transversalement ; les deux pharyngo-staplijlins et les éLÇ.\rsL glosso-staphylins le portent en bas. Ces quatre derniers s’aperçoivent au fond de la gorge, où ils soulèvent la membrane muqueuse , et forment les piliers du voile du palais, entre lesquels sont situées les tonsilles ou amygdales , amas de follicules muqueux. L’ouverture comprise entre la base de la langue en bas, le voile du palais en haut, et les piliers latéralement, s’appelle isthme du gosier.

Au moyen de cet appareil musculaire , le voile du palais peut éprouver plusieurs changemens de position. Dans l’état le plus ordinaire, il est placé verticalement, l’une de ses faces est antérieure et l’autre postérieure ; dans certains cas , il devient horizontal : il a alors une face supérieure et une inférieure, et son bord libre correspond à la concavité du pharynx. Cette dernière position est déterminée par la contraction des muscles élévateurs.

(1) C’est, disent-ils, une sentinelle vigilante , qui juge de l’instant où le bol alimentaire peut être avalé sans inconvénient ; elle tient en éveil les organes de la déglutition et l’estomac , qui, selon l’impression qu’il en a reçue , se dispose à les bien recevoir ou à les rejeter.

liichat dit que l’élévation du voile peut aller au point qu’il s’applique contre l’ouverture des narines postérieures : ce mouvement me paraît impossible ; aucun muscle n’est disposé de manière à pouvoir le produire, et la situation des piliers s’y oppose évidemment. L’abaissement du voile se fait par la contraction des muscles qui forment les piliers. Nous avons déjà énoncé que ces mouvemens n’étaient pas , chez le plus grand nombre des individus , soumis à la volonté.

Le pharynx est une cavité dans laquelle viennent s’ouvrir les fosses nasales , les trompes d’Eustaclie, la bouche, le larynx et l’œsophage , et qui remplit des fonctions importantes dans la production de la voix , dans la respiration, l’audition et la digestion.

Le pharynx s’étend, de haut en bas, depuis l’apophyse basilaire à l’occipital , à laquelle il s’attache , jusqu’au niveau de la partie moyenne du cou. Ses dimensions transversales sont déterminées par l’os hyoïde, le larynx et l’aponévrose ptcrygnmaxillaire , où il est fixé. La membrane muqueuse qui le revêt intérieurement est remarquable par le développement de ses veines , qui forment un réseau très-apparent. Autour de cette membrane est la couche musculeuse , dont les fibres circulaires forment les trois muscles constricteurs du pharynx , et dont les fibres longitudinales sont représentées par les muscles stylo-pharyngiens et pharyngo-staphylins. Les contractions que présentent ces différens muscles ne sont pas , en général, soumises à la volonté.

U œsophage fait suite immédiate au pharynx , et se prolonge jusqu’à l’estomac , où il se termine. Sa forme est cylindrique ; il est uni aux parties environnantes par du tissu cellulaire lâche et extensible, qui se prête à sa dilatation et à ses mouvemens. Pour pénétrer dans l’abdomen , l’œsophage passe entre les piliers du diaphragme , avec lesquels il est intimement uni.

La membrane muqueuse de l’œsophage est blanche , mince et lisse ; elle forme des plis longitudinaux , propres à favoriser la dilatation du canal. En haut , elle se confond avec celle du pharynx. M. le docteur Rullier a , il y a quelques années , rappelé à l’attention des anatomistes qu’en bas elle forme plusieurs dentelures, terminées par un bord frangé, libre dans la cavité de l’estomac (i).

On rencontre dans son épaisseur un assez grand nombre de follicules muqueux , et l’on aperçoit à sa surface l’orifice de plusieurs canaux excréteurs de glandes muqueuses.

La couche musculeuse de l’œsophage est assez épaisse, son tissu est plus dense que celui du pharynx ; les fibres longitudinales sont les plus externes et les moins nombreuses; les circulaires sont placées à l’intérieur, et sont très-multipliées.

Autour de la portion pectorale etinférieure de l’œsophage, les deux nerfs delahuitième paire forment un plexus qui embrasse le canal et y envoie beaucoup de filets.

La contraction de l’œsophage se fait sans la participation de la volonté ; elle est susceptible d’acquérir une grande énergie.

Mécanisme de la déglutition.

Pour en faciliter l’étude, divisons la déglutition en trois temps. Dans le premier , les alimens passent de la bouche dans le pharynx; dans le second , iis franchissent l’ouverture de la glotte, celle des fosses nasales , et arrivent jusqu’à l’œsophage; dans le troisième , ils parcourent ce conduit et pénètrent dans l’estomac (2).

(1) Il y a entre la muqueuse de Fœsophage et celle de l’estomac, chez l’homme , une différence aussi frappante que celle qui existe pour cette même membrane, a moitié entre Isplénique et la moitié pylorique de l’estomac du cheval.

(2) Voyez, pour la division de la déglutition par temps , ma Thè^e soutenue à l’Ecole de Médecine de Paris, 1808.

Supposons le cas le plus ordinaire, celui où nous avalons en plusieurs fois les alimens qui sont dans la bouclie, et à mesure que la mastication s’effectue.

Aussitôt qu’il y a une certaine quantité d’alirnens suffisamment mâchés , ils sont , par l’effet meme des mouvemens de mastication, placés en partie sur la face supérieure de la langue , sans qu’il soit nécessaire, comme quelques-uns le croient, que la pointe de cet organe parcoure les différens recoins de la bouche pour les rassembler. Alors la mastication s’arrête; la langue est élevée et appliquée à la voûte du palais , successivement de la pointe vers la base. La portion d’alimens placée sur sa face supérieure , ou le hol alimentaire , n’ayant pas d’autre voie pour échapper à la .force qui le presse, est dirigé vers le pharynx; il rencontre bientôt le voile du palais appliqué sur la base de la langue, et en détermine l’ascension; le voile devient horizontal, de manière à faire suite au palais. La langue, continuant de presser les alimens , les porterait vers les fosses nasales , si le voile ne s’y opposait par la tension qu’il reçoit des muscles péristaphylins externes, et surtout par la contraction de ses piliers : il devient ainsi capable de résister à l’action de la langue , et de contribuer à diriger les alimens vers le pharynx.

Les muscles qui déterminent plus particulièrement l’application de la langue à la voûte palatine et au voile du palais, sont les muscles propres de l’organe, aidés par les mylo-hyoïdiens.

Ici se termine le premier temps de la déglutition. Les mouvemens y sont volontaires , à l’exception de ceux du voile du palais. Les phénomènes y arrivent successivement et avec peu de promptitude; ils sont en petit nombre et faciles à saisir.

Il n’en est pas de même du second temps : là, les phénomènes sont simultanés, multipliés, et se produisent avec une promptitude telle que Boërrhaave les considérait comme une sorte de convulsion.

L’espace que le bol alimentaire franchit dans ce second temps est très-court, car il doit seulement passer de la partie moyenne du pharynx à sa partie inférieure ; mais il devait éviter l’ouverture de la glotte et celle des fosses nasales , où sa présence serait nuisible. En outre, son passage devait être assez prompt pour que la libre communication entre le larynx et l’air extérieur ne fût que momentanément interrompue.

Voyons comment la nature est parvenue à ce résultat important;

Le bol alimentaire n’a pas plus tôt touché le pharynx, que tout entre en mouvement. D’abord le pharynx se contracte , embrasse et serre le bol ; le voile du palais , tiré en bas par ses piliers, agit de même. D’un autre côté , et toujours dans le même instant, la base de la langue, l’os hyoïde , le larynx , sont élevés et portés en avant, et vont à la rencontre du bol, afin de rendre plus rapide son passage sur l’ouverture de la glotte. En même temps que l’os hyoïde et le larynx s’élèvent, ils se rapprochent l’un de l’autre, c’est-à-dire que le bord supérieur du cartilage thyroïde s’engage derrière le corps de l’os hyoïde ; la glande épiglottique est poussée en arrière; l’épiglotte s’abaisse, s’incline en arrière et en bas, de manière à couvrir l’entrée du larynx. Le cartilage cricoïde fait un mouvement de rotation sur les cornes inférieures du thyroïde, d’où il résulte que l’entrée du larynx devient oblique de haut en bas, et d’avant en arrière. Le bol glisse à sa surface, et, toujours pressé par la contraction du pharynx et du voile du palais, il parvient à l’œsophage.

Il n’y a pas encore long-temps que l’on considérait la position que prend dans ce cas l’épiglotte comme le seul obstacle qui s’opposât à l’entrée des alimens dans le larynx au moment de la déglutition ; mais j’ai fait voir , par une série d’expériences , que cette cause ne devait être considérée que comme accessoire. On peut en effet enlever en totalité l’épiglotte à un animal, et la déglutition n’en souffre aucun dommage.

Quelle est donc la raison pour laquelle aucune parcelle d’aliment ne s’introduit dans le larynx au moment où l’on avale? La voici : dans l’instant où le larynx .s’élève et s’engage derrière l’os hyoïde, la glotte se ferme avec la plus grande exacîi-

tuclc (i). Ce mouvement est produit par les memes muscles qui resserrent la glotte dans la production de la voix; en sorte que si l’on coupe à un animal les nerfs laryngés et récurrens, en lui laissant l’épiglotte intacte, on rend sa déglutition très-difficile, parce qu’on a éloigné la cause principale qui s’oppose à l’introduction des alimens dans la glotte.

Immédiatement après que le bol alimentaire a franchi la glotte , le larynx descend, l’épiglotte se relève , et la glotte s’ouvre pour donner passage à l’air (2).

D’après ce qui vient d’être dit, il est facile de concevoir pourquoi les alimens avalés arrivent à l’œsophage sans pénétrer dans aucune des ouvertures qui aboutissent au pharynx. Le voile du palais, qu’embrasse en se contractant le pharynx, protège les narines postérieures et les orifices des trompes d’Piustache ; l’épiglotte, et surtout le mouvement par lequel la glotte se ferme , garantit le larynx.

Ainsi s’accomplit le deuxième temps de la déglutition , par l’effet duquel le bol alimentaire parcourt le pharynx et s’engage dans la partie supérieure de l’œsopha^ge. Tous les phénomènes qui y coopèrent se passent simultanément et avec une grande promptitude : ils ne sont pas soumis à la volonté; ils diffèrent donc, sous plusieurs rapports , des phénomènes qui appartiennent au premier temps.

Le troisième temps de la déglutition est celui qui a été étudié avec le moins de soin, probablement à cause de la situation de l’œsophage, qui n’est facile à observer que dans sa portion cervicale.

Les phénomènes qui s’y rapportent n’ont rien de compliqué. En se contractant , le pharynx pousse le bol alimentaire dans l’œsophage avec assez de force pour dilater convenablement la partie supérieure de cet organe; bientôt ses fibres circulaires supérieures, excitées par la présence du bol, se contractent , et poussent l’aliment vers l’estomac, en déterminant la distension de celles qui sont plus inférieures. Celles-ci se contractent à leur tour, et la même chose se répète jusqu’à ce que le bol parvienne à l’estomac.

Dans les deux tiers supérieurs de l’œsophage, le relâchement des fibres circulaires suit immédiatement la contraction par laquelle elles ont déplacé le bol alimentaire. Il n’en est pas de même pour le tiers inférieur ; celui-ci reste quelques instans contracté après l’introduction de l’aliment dans l’estomac.

On s’abuserait si l’on croyait rapide la marche du bol alimentaire dans l’œsophage; j’ai été frappe, dans mes expériences , de la lenteur de sa progression. Quelquefois il met deux ou trois minutes avant d’arriver dans l’estomac; d’autres fols il s’arrête à diverses reprises, et fait un séjour assez long à chaque station. Je l’ai vu, dans d’autres circonstances, remonter à l’extrémité inférieure de l’œsophage vers le col, pour redescendre ensuite. Lorsqu’un obstacle s’oppose à son entrée dans l’estomac, ce mouvement se répète un grand nombre de fois avant que l’aliment soit rejeté par la bouche. N’est-il pas arrivé à tout le monde de sentir distinctement les alimens s’arrêter dans l’œsophage, et d’être obligé de boire pour les faire descendre dans l’estomac.^

Quand le bol alimentaire est très -volumineux , sa progression est encore plus lente et plus difficile. Elle est accompagnée d’une douleur vive, produite par la distension des filets nerveux qui entourent la portion pectorale du canal. Quelquefois le bol s’arrête et peut donner lieu à des accidens graves.

(1) Voyez mon Mémoire sur V Epiglotte ^ lu à l’Institut ; Paris , 1814.

(2) J’ai deux observations d’individus qui manquaient entièrement d’épiglotte, et chez qui la déglutition se faisait sans aucune difficulté. Si dans les phlhisies laryngées ou autres maladies . avec destruction de l’épiglotte , la déglutition est laborieuse et imparfaite , c’est que les cartilages aryténoïdes sont cariés , et les bords de la glotte ulcérés, au point de ne plus pouvoir fermer exactement la glotte au moment où les substances avalées franchissent celte ouverture.

I"eii le professeur llallé a observé sur une femme atteinte d’une maladie qui permettait devoir l’intérieur de l’estomac, que l’arrivée d’une portion d’aliment dans ce viscère était immédiatement suivie de la formation d’une sorte de bourrelet à l’orilice cardiaque. Ce bourrelet était produit par le déplacement de la membrane muqueuse de l’œsophage, que poussait devant elle la contraction des fibres circulaires de ce conduit.

Toute l’étendue de la surface muqueuse que le bol alimentaire doit parcourir dans les trois temps de la déglutition, est lubrifiée par une mucosité abondante. Chemin faisant le bol presse plus ou moins les follicules qu’il rencontre sur sa route; il en exprime le fluide qu’ils contiennent, et glisse d’autant plus facilement sur la membrane muqueuse. Remarquons qu’aux endroits où le bol doit passer rapidement et être pressé avec plus de force, les organes sécréteurs de la mucosité sont beaucoup plus abondans. Par exemple , dans l’étroit espace où le second temps de la déglutition a lieu, on trouve les tonsillcs , les papilles fongueuses delà langue, les follicules du voile du palais et de la luette, ceux de l’épiglotte, et les glandes aryténoïdes. Dans ce cas , la salive et la mucosité remplissent des usages analogues à ceux de la synovie.

Le mécanisme par lequel nous avalons les autres bouchées d’alimens ne diffère point de celui que nous venons d’exposer.

Rien de plus aisé que d’exécuter la déglutition, et cependant presque tous les actes qui la composent sont hors de l’influence de la volonté et du domaine de l’instinct. 11 nous est impossible de faire à vide un mouvement de déglutition. Si la substance contenue dans la bouche n’est pas suffisamment mâchée, si elle ii’a point la forme, la consistance et les dimensions du bol alimentaire, et si l’on n’a point fait les moiivemens de mastication qui précèdent immédiatement la déglutition, quelque effort que nous fassions, il nous sera souvent impossible de l’avaler. Combien ne rencontre-t-on pas de personnes qui ne peuvent avaler une pilule ou un bol médicamenteux, et qui sont obligées de recourir à divers moyens pour parvenir à les introduire jusque dans l’œsophage, et suppléer ainsi artificiellement aux deux premiers temps de la déglutition , devenus impossibles ?

Pour prendre une idée de la part que peut avoir la volonté dans la déglutition , on peut faire sur soi-mémc l’expérience suivante : Cherchez à exécuter de suite cinq ou sixmouvemens de déglutition , dans lesquels vous avalerez la salive contenue dans la bouche : le premier et même le second se feront facilement ; le troisième sera plus difficile, car il ne restera que très-peu de salive à avaler; le quatrième ne pourra être exécuté qu’au bout d’un certain temps, quand il sera arrivé de nouvelle salive dans la bouche; enfin le cinquième et le sixième seront impossibles parce qu’il n’y aura point de salive à avaler. On peut se rappeler d’ailleurs combien la déglutition est difficile toutes les fois que la bouche et le pharynx sont peu ou point humectés.

De V abdomen.

I^es actions digestives qui nous restent à examiner se passent dans la cavité de l’abdomen, dont la disposition mérite d’être étudiée avec attention.

L’abdomen est la plus spacieuse des cavités du corps , et elle peut , plus qu’aucune autre, augmenter ses dimensions. Elle loge un grand nombre d’organes destinés à des fonctions importantes, telles que la génération j la digestion, la sécrétion de l’urine , etc. Ses parois sont en grande partie musculaires , et ont une action très-marquée sur les organes qu’elle contient.

La forme de la cavité abdominale est irrégulièrement ovoïde. A cause de ses dimensions considérables, et afin de donner de la précision au langage, on la partage en plusieurs régions, qui ont reçu chacune un nom particulier.

Pour comprendre cette division purement artificielle, il faut supposer deux plans horizontaux, dont l’iin couperait l’abdomen au niveau de la crête des os des îles.

et l'autre à la hauteur du rebord des fausses côtes. La partie de rabdomeii placée au-dessous du premier plan se nomme région hypogastrique , celle (jul se trouve au*< dessus du second est appelée région épigastrique , et celle qui est comprise entre les deux plans se nomme la région ombilicale.

Supposons maintenant deux autres plans qui, au lieu d’étre horizontaux, comme les premiers, seraient verticaux, et qui, partant des deux côtés de la tête, viendraient tomber vers les épines antérieures et inférieures des os des îles en partageant l’abdomen d’avant en arrière : il est clair que chacune des trois régions abdominales dont nous venons de parler se trouverait partagée en trois compartimens de dimensions à peu près égales, dont un serait moyen, et les deux autres latéraux. On est convenu de désigner ces subdivisions par les noms suivans. On nomme épigastre la partie moyenne de la région épigastrique, et hypochondres ses parties latérales; on appelle ombilicldi partie moyenne de la région ombilicale, et flancs les divisions latérales; enfin, on donne le nom à’hypogastre à la division moyenne de la région hypogastrique , tandis qu’on appelle ses côtés régions iliacques.

Au moyen de ces divisions artificielles, on peut fixer avec exactitude la position et les rapports respectifs des organes contenus dans l’abdomen; et ce résultat, utile en physiologie, l’est bien davantage en médecine.

En haut, l’abdomen est séparé de la poitrine par le diaphragme y muscle disposé en forme de voûte, et dont la contraction a une influence très-grande sur la position et même sur l’action des organes contenus dans l’abdomen. La circonférence du diaphragme est attachée au rebord des fausses côtes et à la colonne vertébrale. Dans l’état de relâchement, son centre s’élève jusqu’au niveau des sixième et septième vraies côtes : il en résulte que , dans l’instant où ce muscle se contracte avec énergie, il peut opérer une diminution très- considérable de la cavité abdominale , comprimer tous les organes qu’elle contient , et distendre les parties molles qui en forment ailleurs les parois.

La partie inférieure de l’abdomen est formée par le bassin , dont les os immobiles supportent le poids d’une partie des viscères, servent d’insertion aux muscles, et ne se prêtent que dans des circonstances extrêmement rares à des variations de capacité de l’abdomen. Il faut remarquer que l’espace compris entre le coccyx , les tubérosités de l’ischion et l’arcade du pubis, n’est rempli c[ue par des parties molles, et particulièrement par les muscles ischio-coccygiens ; releveur de V anus y et sphincter externe.

En avant et latéralement , les parois abdominales sont formées par les muscles abdominaux. Ces muscles, que nous avons déjà vus concourir puissamment aux diverses attitudes et aux mouvemens du tronc, ont aussi une action efficace dans la digestion.

Parmi ces muscles, ceux qui sont larges et situés sur les côtés , sont destinés à resserrer l’abdomen et à comprimer les viscères qui y sont renfermés.

Les muscles longs , situés antérieurement , sont le plus souvent Içs antagonistes des premiers. Ils résistent à leur action , et peuvent, dans certains cas, augmenter les dimensions de l’abdomen et diminuer la pression que supportent les viscères.

Depuis l’appendice sternal jusqu’au pubis, il existe un cordon fibreux , formé par rentrecroisement des aponévroses des muscles abdominaux ; c’est la ligne blanche des anatomistes ; ses usages seront exposés ailleurs.

Le plus souvent , les muscles qui entrent dans la composition des parois abdominales sont dirigés par la volonté ; mais il y a aussi des circonstances où ils entrent instinctivement en contraction , et alors ils ont une énergie supérieure à celle qu’ils développent dans les cas ordinaires.

Action de V estomac sur les edimens.

Jusqu’ici nous n’avons vu que des actions physiques de la part des organes digestifs

sur les alimeus; maintenant ce sont des altérations cliimiques qui s’offriront presque toujours à notre examen.

Dans l’estomac , les alimens sont transformés en une matière propre aux animaux, qui est le chrine ; mais, avant de traiter des pliénomènes que présente sa formation, disons quelques mots de l’estomac lui-méme.

De Vestoînac.

L’estomac est intermédiaire à l’œsophage et au duodénum ; il occupe, dans l’abdomen , l’épigastre et une partie de l’hypochondre gauche ; sa forme, quoique variable, est en général celle d’un coiioïde recourbé sur lui-méme. La moitié gauche de l’estomac a toujours des dimensions beaucoup plus grandes que la moitié droite; et comme la part que prennent ces deux moitiés dans la formation du chyme est différente, je crois utile de nommer l’une la partie splénique , parce qu’elle est appuyée sur la rate, et l’autre partie pylorique , parce quelle correspond au pylore. Ces deux parties sont le plus souvent séparées l’une de l’autre par un rétrécissement particulier.

L’estomac étant destiné à laisser accumuler les alimens dans sa cavité, il est évident que ses dimensions, sa situation dans l’abdomen, et ses rapports avec les organes voisins, doivent éprouver de grandes variations.

Cet organe a deux orifices : l’ün correspond à l’œsophage ; c’est Y orifice cardiaque ou œsophagien ; l’autre communique avec l’intestin grêle ; il se nomme orifice intestinal, ou pylore,

lies trois membranes ou tuniques qui composent l’estomac présentent les dispositions les plus favorables aux variations de volume de l’organe. La plus extérieure, ou la péritonéale , est formée de deux lames peu adhérentes au viscère, qui se prolongent sans s’unir le long de ses bords, où elles forment les épiplopns, dont l’étendue est par conséquent en raison inverse du volume de l’estomac.

La membrane muqueuse de l’estomac est d’un rouge blanchâtre et marbré; elle présente un grand noml^re de plis irréguliers, situés particulièrement le long des bords inférieurs et supérieurs de l’organe; on en voit aussi à son extrémité spléni- ({ue : ils sont d’autant plus nombreux et marqués, que l’estomac est plus resserré sur lui-méme.

Aucune partie de la membrane muqueuse digestive ne présente des villosités aussi abondantes et aussi fines que celles de l’estomac. Elle est habituellement recouverte, surtout dans la partie splénique , d’une mucosité adhérente à sa surface. On rencontre beaucoup de follicules dans son épaisseur mais il est important de remarquer qu’ils sont très-abondans dans la portion pylorique; on en voit un certain nombre au voisinage de l’orifice cardiaque ; ils sont très-rares dans le reste de la membrane.

Au pylore, la membrane muqueuse forme un repli circulaire, nommé valvule pylorique. Entre ses deux lames, on trouve un tissu assez dense, fibreux, désigné par quelques auteurs par le nom de muscle pylorique.

Quant à la couche musculaire de l’estomac , elle est très-mince. Ses fibres circulaires et longitudinales sont écartées les unes des autres, surtout dans la partie splénique. Cet écartement augmente ou diminue avec le volume de l’estomac.

Il est peu d’organes qui reçoivent autant de sang que l’estomac ; quatre artères , dont trois considérables , y sont presque exclusivement destinées. Ses nerfs ne sont pas moins nombreux ; ils se composent des deux huitièmes paires, et d’un grand nombre de filets provenant du plexus soléaire du grand sympathique.

Accumulation des alimcns dans Vestomac.

Avant d’exposer les cliangemens que les alimens éprouvent dans l’estomac, il est nécessaire de connaître les phénomènes de leur accumulation dans ce viscère, ainsi que les effets locaux et généraux qui en résultent.

Les premières bouchées d’alimens avalées se logent facilement dans l’estomac. Cet organe est peu comprimé par les viscères environnans ; ses parois s’écartent aisément, et cèdent à la force qui pousse le bol alimentaire; mais, à mesure que de nouvelles portions d’alimens arrivent, sa distension devient plus difficile, car elle doit être accompagnée du refoulement des viscères abdominaux et de l’extension des parois abdominales. C’est surtout vers l’extrémité droite et la partie moyenne que se fait l’accumulation : la moitié pylorique s’y prête plus difficilement.

En même temps que l’estomac se laisse distendre , sa forme , ses rapports , sa position même , subissent des modifications. Au lieu d’être aplati sur ses faces , de n’occuper que l’épigastre et une partie de l’hypochondre gauche, il prend une forme arrondie ; son grand cul-de-sac s’enfonce dans cet hypochondre , et le remplit presque en totalité ; la grande courbure descend vers l’ombilic , surtout du côté gauche ; le pylore seul , fixé par un repli du péritoine , conserve sa position et ses rapports avec les parties environnantes.

A cause de la résistance cju’offre en arrière la colonne vertébrale , la face postérieure de l'estomac ne peut se dilater de ce côté ; il en résulte que ce viscère , en totalité, est porté en avant; et comme le pylore et l’œsophage ne peuvent être déplacés dans ce sens , il fait un mouvement de rotation par lequel sa grande courbure est dirigée un peu en avant ; sa face postérieure s’incline en bas , et la supérieure en haut.

Tout en éprouvant ces cliangemens de rapports et de position , il conserve cependant la forme conoïde recourbée qui lui est propre. Cet effet dépend de la manière dont les trois tuniques contribuent à sa dilatation. Les deux lames de la séreuse s’écartent et font place à l’estomac. La musculeuse éprouve une véritable distension ; ses fibres s’alongent , mais de manière à conserver la forme particulière à l’organe. Enfin , la membrane muqueuse cède , surtout dans les points où les rides sont multipliées. On se rappelle que celles-ci se rencontrent particulièrement le^ long de la grande courbure , ainsi cju’à l’extrémité splénique.

La seule dilatation de l’estomac produit dans l’abdomen des cliangemens importans. Le volume total de cette cavité augmente; le ventre devient saillant; les viscères abdominaux sont comprimés avec plus de force ; souvent le besoin de rendre l’urine ou les matières fécales se fait sentir. Le diaphragme est refoulé vers la poitrine, il s’abaisse avec quelque difficulté ; de là plus de gêne dans les mouvemens de la respiration et dans les phénomènes qui en dépendent , comme la parole , le chant , etc.

Dans certains cas , la dilatation de l’estomac peut être portée au point que les parois abdominales soient douloureusement distendues et que la respiration devienne réellement difficile.

Pour produire de pareils effets , il faut que la contraction de l’œsophage , qui pousse les alimens dans l’estomac , soit très-énergique. Nous avons fait remarquer plus haut l’épaisseur considérable de la couche musculeuse de ce canal , et la grande quantité de nerfs qui s’y rendent ; il ne faut rien moins que cette disposition pour rendre raison de la force avec laquelle les alimens distendent l’estomac. Pour plus de certitude , introduisez un doigt dans l’œsophage d’un animal vivant par son orifice cardiaque , vous serez frappé de la vigueur de sa contraction.

Mais si les alimens poussés par l’œsophage exercent une influence aussi marquée sur les parois de l’estomac et de l’abdomen , ils doivent éprouver eux-mêmes une réaction proportionnée^ et tendre à s’échapper par les deux ouvertures de l’estomac.

Pourquoi cet effet ii’a-t-11 pas lieu? On dit généralement que le cardia et le pylore se ferment, mais je ne vois nulle part que ce phénomène ait été soumis à des recherches spéciales.

Voici ce que mes expériences m’ont appris à cet égard.

C’est le mouvement alternatif de l’œsophage qui s’oppose au retour des alimens dans sa cavité. Plus l’estomac est distendu, plus la contraction de l’œsophage devient intense et prolongée, et le relâchement de courte durée. La contraction coïncide prdinairement avec le moment de l’inspiration , où l’estomac est plus fortement comprimé. Le relâchement arrive le plus souvent dans l’instant de l’expiration.

On aura une idée de ce mécanisme en mettant à nu l’estomac d’un chien, et en cherchant à faire pénétrer les alimens dans l’œsophage, en comprimant l’estomac avec les deux mains. Il sera à peu près impossible d’y réussir, quelque force qu’on emploie , si Ton agit dans l’instant de la contraction de l’œsophage ; mais le passage s’effectuera en quelque sorte de lui-raéme , si l’on comprime le viscère dans l’instant du relâchement. On peut encore faire l’expérience en distendant l’estomac avec de Pair : le fluide comprimé par les parois du viscère fait effort continu pour passer dans l’oesophage, il s’y engage et dilate ce conduit par intervalle; mais il est aussitôt repoussé dans l’estomac par la contraction du canal. Si l’animal est vigoureux, à peine l’air a-t-il commencé à pénétrer l’œsophage, qu’il est refoulé; mais si l’animal est faible, quelquefois l’air remonte jusque vers le cou avant que l’œsophage se contracte et le repousse dans l’estomac.

La résistance qu’oppose le pylore à la sortie des alimens est d’une autre espèce. Dans les animaux vivans, que l’estomac soit vide ou plein, cette ouverture est habituellement fermée par le resserrement de son anneau fibreux et la contraction de ses fibres circulaires, et si exactement fermée, que, si l’air est poussé par l’œsophage, il faut que l’estomac soit distendu et que l’effort soit considérable pour parvenir à surmonter la résistance du pylore. Il n’en est pas de meme si l’air est introduit par l’intestin grêle en le dirigeant vers l’estomac. Dans ce cas, le pylore n’offre aucune résistance, et laisse passer l’air sous la plus légère pression.

Indépendamment de ses deux orifices , on voit fréquemment à l’estomac un resserrement médian (i), qui paraît destiné à empêcher les alimens d’arriver jusqu’au pylore; on y aperçoit des contractions irrégulières et péristaltiques, qui commencent au duodénum et se prolongent dans la portion pylorique de l’estomac, dont l’effet est de repousser les alimens non chymifiés vers la partie splénique.

D’ailleurs, quand le pylore ne serait pas naturellement fermé, les alimens auraient peu de tendance à s’y introduire ; car ils ne cherchent à s’échapper que pour passer dans un lieu où la pression serait moindre ; et elle serait tout aussi grande dans l’intestin grêle que dans l’estomac, puisqu’elle est à peu près également répartie dans toute la cavité abdominale.

Au nombre des phénomènes produits par la présence des alimens dans l’estomac, il en est plusieurs dont l’existence, quoique généralement admise, ne paraît pas suffisamment démontrée : telle est la diminution de volume de la rate et celle des vaisseaux sanguins du foie, des épiploons, etc. ; tel est encore un mouvement de l’estomac nommé par les auteurs péris tôle , qui présiderait à la réception des alimens , les répartirait également , en exerçant sur eux une pression douce , de manière que sa dilatation , loin dêtre passive, serait un phénomène essentiellement actif. J’ai souvent ouvert des animaux dont l’estomac venait d’être rempli d’alimens ; j’ai examiné des cadavres de suppliciés, peu de temps après la mort : je n’ai jamais rien vu qui fut en faveur de ces assertions.

(1) Celte disposition est très-évidente dans les animaux carnassiers et dans les herbivores à un seul estomac.

L’accumulation des allmens dans l’estornac s’accompagne de plusieurs sensations dont il faut tenir compte : c’est, d’abord, le sentiment agréable ou le plaisir d’un besoin satisfait. La faim s’apaise par degrés, la faiblesse générale cpii l’accompagnait est remplacée par un état dispos et un sentiment de force nouvelle. Si l’introduction des alimens continue , on éprouve un sentiment de plénitude et de satiété cjui indique que l’estomac est suffisamment rempli; et si, malgré cet avertissement instinctif, on persiste à faire usage d’alimens, le dégoût et les nausées ne tardent pas à survenir, et bientôt elles sont suivies elles-mêmes de vomissement.

Ce n’est pas seulement au volume des alimens qu’il faut rapporter ces diverses impressions : toutes choses égales d’ailleurs , un aliment nutritif amène plus promptement le sentiment de satiété. Une substance peu nourrissante calme difficilement la faim , même lorsqu’elle a été prise en quantité considérable.

La membrane muqueuse de l’estomac est donc douée d’une sensibilité assez développée , puisque nous pouvons acquérir quelques notions sur la nature des substances mises en contact avec elle. Cette propriété se manifeste d’une manière bien évidente, si l’on a avalé une substance vénéneuse irritante: onressent alors des douleurs intolérables. On sait aussi que l’estomac est sensible à la température des alimens.

A la rougeur de la membrane muqueuse, à la quantité du fluide qu’elle sécrète , au volume des vaisseaux qui s’y portent , on ne peut guère douter que la présence des alimens dans l’estomac n’y détermine une excitation très-grande , mais utile pour le travail de la chymification. Celte excitation de l’estomac influe sur l’état général des fonctions , comme nous le dirons plus bas.

Le séjour des alimens dans l’estomac est assez long , ordinairement il est de plusieurs heures; c’est pendant ce séjour qu’ils sont transformés en chyme.

Étudions les phénomènes de cette transformation, sur laquelle on n’a que des données fort incomplètes.

Altération des alimens dans l’estomac.

Il se passe ordinairement plus d’une heure avant que les alimens subissent aucune autre altération apparente dans l’estomac que celle qui résulte de leur mélange avec les fluides perspiratoires et muqueux qui s’y trouvent et s’y renouvellent continuellement.

Pendant ce temps , l’estomac reste uniformément distendu ; mais ensuite la portion pylorique se resserre dans toute son étendue , surtout dans le point le plus voisin de la portion splénique , où se trouvent repoussés les alimens. Dès lors on ne rencontre plus dans la portion pylorique que du chyme, mêlé à une très-petite quantité d’alimens non altérés.

Mais qu’entend-on par chyme ? Les auteurs les plus recommandables s’accordent pour le regarder comme une substance homogène, pultacée , grisâtre, d’une saveur douceâtre, fade, légèrement acide, et qui conserve quelques propriétés des alimens. Cette description laisse beaucoup à désirer.

En effet, dans quel cas a-t-on vu le chyme avec ces caractères? quels étaient les alimens dont on avait fait usage? On n’en fait aucune mention , et cependant il était très-important de le déterminer.

J’ai cru que de nouvelles expériences sur ce point pourraient être utiles: je ne puis consigner ici tous les détails de celles que j’ai faites ; j’en rapporterai les résultats les plus importons.

A.W y di autant d’espèces de chyme qu’il y a d’espèces d’alimens , si l’on en juge par la couleur , la consistance, l’aspect , etc. , comme on peut aisément s’en assurer en faisant manger à des chiens différentes substances alimentaires simples, et en les tuant pendant le travail de la digestion. J’ai plusieurs fois constaté le même résultat chez l’homme , sur des cadavres de suppliciés ou d’individus morts d’accidens.

PllÉCIS ÉLÉMENTAIRE

B. En général , les substances animales sont plus aisément et plus complètement altérées que les substances végétales. Il arrive fréquemment que ces dernières traversent tout le canal intestinal en conservant leurs propriétés apparentes. J’ai plusieurs fois vu dans le rectum et dans l’intestin grêle, les légumes qu’on ajoute au potage, les épinards, l’oseille , etc. , ayant conservé la plupart de leurs propriétés ; leur couleur seule paraissait sensiblement altérée par le contact de la bile.

C’est particulièrement dans la portion pylorique que se forme le chyme. Il paraît que les alimens s’y introduisent peu à peu, et que, pendant le séjour qu’ils y font, ils subissent la transformation. Il m’a semblé cependant voir plusieurs fois de la matière chyineuse à la surface de la masse d’alimens qui remplit la moitié splénique ; mais le plus souvent les alimens conservent leurs propriétés dans cette partie de l’estomac.

Il serait difficile de dire pourquoi la portion pylorique est plus apte à la formai tion du chyme que le reste de l’estomac; peut-être le grand nombre de follicules qu’on y observe apporte-t-il quelques modifications dans la quantité ou dans la nature du fluide qui y est sécrété. •

La transformation des substances alimentaires en chyme se fait, en général , de la superficie vers le centre. Il se forme , à la surface des portions d’alimens avalées , une couche molle, facile à détacher. Il semble que les substances soient attaquées , corrodées par un réactif capable de les dissoudre. Un morceau de blanc d’œuf durci , par exemple , se comporte à peu près comme s’il était plongé dans du vinaigre faible ou dans une dissolution de potasse. Si la substance alimentaire est enveloppée d’une couche peu ou point digestible, on voit la dissolution s’opérer dans la cavité tandis que l’enveloppe reste intacte.

C. Quelle que soit la substance alimentaire dont on ait fait usage, le chyme a toujours une odeur et une saveur aigres , et rougit fortement le papier de tournesol.

D. On n’observe qu’une très-petite quantité de gaz dans l’estomac pendant la formation du chyme; quelquefois même il n’en existe pas. Ils y forment ordinairement une bulle peu volumineuse, à la partie supérieure de la portion splénique. Une seule fois, sur un cadavre de supplicié, et peu de temps après la mort, j’en ai recueilli, avec les précautions convenables, une quantité assez grande pour être analysée. M. Chevreul l’a trouvé composée de :

Total . . 100,00

11 est rare que l’on rencontre des gaz dans l’estomac du chien.

On ne peut donc croire, avec feu le professeur Chaussier , qu’à chaque mouvement de déglutition nous avalons une bulle d’air, poussée dans l’estomac par le bol alimentaire. S’il en était ainsi, on devrait trouver dans cet organe une quantité considérable de gaz après le repas : or on vient de voir le contraire.

E. Jamais une grande quantité de chyme ne s’accumule dans la portion pylorique; le plus que j’en ai vu équivalait à peine, en volume, à deux ou trois onces d’eau. La contraction de l’estomac semble influer sur la production du chyme : voici ce que j’ai observé à cet égard. Après avoir été quelque temps immobile, l’extrémité du duodénum se contracte, le pylore et la portion pylorique en font autant; ce mouvement repousse le chyme vers la portion splénique; mais ensuite il se fait en sens inverse, c’est-à-dire qu’après s’être distendue et avoir permis au chyme de rentrer de nouveau dans sa cavité, la portion pylorique se contracte de gauche à droite, et dirige vers le duodénum le chyme, qui franchit aussitôt le pylore et pénètre dans l’intestin.

Oxigène .

Acide carbonique Hydrogène pur. .

Azote .

Le meme phénomène se répète un certain nombre de fois, puis il s’arrête pour se montrer de nouveau au bout d’un certain temps. Quand l’estomac contient beaucoup d’alimens, ce mouvement est borné à la partie de l’organe la plus voisine du pylore; mais, à mesure qu’il se vide, le mouvement s’étend davantage, et se manifeste même dans la portion splénique quand l’estomac est presque entièrement vide. En général , il devient plus prononcé sur la fin de la chymification. Quelques personnes en ont distinctement la conscience à cet instant.

On a fait jouer au pylore un rôle très-important dans le passage du chyme de l’estomac à l’intestin. Il juge , dit-on , du degré de chymification des alimens; il s'oiwrc pour ceux qui ont les qualités requises , se ferme devant ceux qui ne les présentent pas. Cependant , comme on observe journellement que des substances non digérées et même non digestibles, telles que des noyaux de cerises, du verre pilé ou seulement concassé, le traversent facilement, on ajoute que, s’accoutumant à une substance non chymifiée qui se présente à plusieurs reprises, \\ finit par lui livrer passage. Ces considérations , en quelque sorte consacrées par la signification du mot pylore [poi'tier) , peuvent plaire à l’esprit, mais sont purement hypothétiques (i).

F, Toutes les substances alimentaires ne sont pas transformées en chyme avec la même promptitude.

En général , les substances grasses , les tendons , les cartilages , l’albumine concrète, les végétaux mucilagineux et sucrés, résistent davantage à l’action de l’estomac, que les alimens caséeux, fibrineux, glutineux. Quelques substances paraissent même réfractaires : telles sont les os, l’épiderme des fruits, leurs noyaux, les graines entières , etc. Cependant il y a des faits bien constatés qui prouvent que l’estomac de l’homme, à l’instar de celui des chiens, peut dissoudre des os.

G. Dans la détermination de la digestibilité des alimens , il faut avoir égard au volume des portions qui ont été avalées. J’ai souvent observé que les morceaux les plus gros , quelle qu’en fût d’ailleurs la nature , restaient les derniers dans l’estomac : au contraire, une substance même non digestible, pourvu qu’elle soit très-divisée , comme des pépins de raisins, des grains de plomb, ne s’arrête pas dans l’estomac, et passe promptement, avec le chyme, dans l’intestin.

Sous le rapport de la facilité et de la promptitude de la formation du chyme , on observe presque autant de différences qu’il y a d’individus.

M. Astley Cooper a fait diverses expériences sur la digestibilité de plusieurs substances; il donna à des chiens une quantité déterminée de porc, de mouton, de veau, de bœuf, en tenant compte de la figure des morceaux avalés, et de l’ordre d’introduction dans l’estomac ; en ouvrant les animaux au bout d’un certain temps , et réunissant avec soin ce qui restait dans leur estomac , il s’assura que le porc était la substance la plus vite digérée, ensuite vint le mouton, puis le veau, enfin le bœuf, qui lui sembla être la substance la moins digestible. Dans quelques cas, le porc et le mouton étaient entièrement disparus, que le bœuf était encore intact. Il trouva, par d’autres expériences , que le poisson et le fromage sont aussi des substances très-

(l) Le pylore jouit si peu des fonctions imaginaires dont les physiologistes l’ont revêtu , que certains animaux n’ont jamais l’ouverture intestinale de l’estomac fermée. Le cheval est dans ce cas ; son pylore est toujours largement ouvert : aussi les alimens séjournent peu dans ce viscère , et n’y sont que faiblement altérés. Le véritable pylore du cheval est à l’ouverture cardiaque de l’estomac ; son usage paraît être de s’opposer à ce que les alimens et les boissons remontent dans l’œsophage. Si l’on ne fait point attention à la libre communication de l’estomac avec les intestins, on ne pourrait pas comprendre comment l’estomac du cheval, qui, dans sa plus grande extension , contient à peine douze litres d’eau , peut cependant recevoir , dans un temps très-court , des masses volumineiîsesde fourrage et de liquide , une botte de foin et vingtquatre litres d’eau , par exemple. Le phénomène de la digestion, dans le cheval , paraît se faire en même temps dans tout le canal intestinal , et même dans le gros intestin. Ce phénomène mériterait une attention particulière et des recherches spéciales.

digestibles. — La pomme de terre l’est à un degré moindre ; la peau qui recouvre ce légume passait dans le duodénum sans éprouver d’altération ^ il tenta aussi quelques essais avec la même substance, préparée de différentes manières, et il vit que le veau bouilli est des deux tiers plus digestible que la même substance rôtie. Diverses autres substances furent aussi soumises aux mêmes expériences , et il trouva que la chair musculaire était plus tôt digérée que la peau; que la peau Tétait un peu plus que les cartilages; ceux-ci plus que les tendons, ceux-ci enfin plus que les os. Quant à ces derniers, il trouva que l’omoplate était un des plus digestibles ; cent parties de cet os furent digérées en six heures, tandis que trente parties du fémur le furent dans le même espace de temps. ( F oyez Scudamore , on Gout, Rheumatisme and Gravelle, etc. London, 1817, pag. 609, deuxième édition.)

D’après ce qui vient d’être dit , il est évident que , pour fixer le temps nécessaire à la chymification de tous les alimens contenus dans l’estomac , on doit tenir compte de leur quantité , de leur nature chimique , de la manière dont la mastication s’est exercée sur eux, et de la disposition individuelle. Cependant , quatre ou cinq heures après un repas ordinaire , il est rare que la transformation de la totalité des alimens en chyme ne soit pas effectuée.

La science ne possède point encore de théorie satisfaisante des changemens chimiques que les alimens éprouvent dans l’estomac. Ce n’est pas qu’à différentes époques on n’ait tenté d’en donner des explications plus ou moins plausibles. D’anciens philosophes disaient que les alimens se putréfiaient dans l’estomac ; Hippocrate attribuait la digestion à la coction ; Galien donnait à l’estomac les facultés attractrice , rétentrice , concoctrice et expiiltrice ; et par leur secours il pensait expliquer la digestion. La doctrine de Galien a régné dans les écoles jusqu’au milieu du dix -septième siècle , ou elle a été attaquée et renversée par les chimistes fermentaleurs , qui établirent dans l’estomac une effervescence , une fermentation particulière , au moyen de laquelle les alimens étaient macérés , dissous , précipités , etc. Ce système n’eut pas une longue vogue ; il fut remplacé par des idées beaucoup moins raisonnables. On établit que la digestion n’était qu’une trituration , un écrasement , opéré par la contraction de l’estomac ; on supposa une multitude innombrable de petits vers qui attaquaient et divisaient les alimens. Boërrhaave crut rencontrer la vérité en alliant les diverses opinions qui avaient régné avant lui. Haller s’écarta des idées de son maître ; il regarda la digestion comme une simple macération. Il savait que les matières végétales et animales qui sont plongées dans l’eau ne tardent pas à se couvrir d’une couche molle et homogène ; il crut que les alimens éprouvaient des phénomènes analogues en macérant dans la salive et le fluide sécrété de l’estomac.

Si Ton applique à ces divers systèmes la logique sévère , qui seule désormais doit régner en physiologie , on ne peut y voir qu’un effet du besoin qu’a Thomme de satisfaire son imagination , et de se faire illusion sur les choses qu’il ignore Etait-on en effet beaucoup plus avancé pour avoir dit que la digestion était une coction , une fermentation, unemacération, etc. ? Non, puisqu’on n’attachait aucun sens précis à ces mots.

Ce n’est point en suivant cette méthode que procédèrent Réaumur et Spallanzani. Ils firent des expériences sur les animaux , et démontrèrent la fausseté des anciens systèmes ; ils firent voir que des alimens , renfermés dans des boules creuses , métalliques , et percées de petits trous , étaient digérés comme s’ils étaient libres dans la cavité de Testomac. Ils constatèrent que l’estomac contient un fluide particulier , qu’ils nommèrent suc gastrique , et que ce fluide était Tagent principal de la digestion ; mais ils en exagérèrent beaucoup les propriétés , et ils s’abusèrent quand ils crurent avoir expliqué la digestion en la considérant comme une dissolution ; car , n’expliquant point cette dissolution , ils n’expliquaient point davantage l’altération des alimens dans Testomac.

Au lieu de nous arrêter à l’exposition et à la réfutation faciles de ces différentes Jiypothèses, ce qui d’ailleurs se trouve dans tous les ouvrages, nous ferons sur le phénomène de la formation du chyme les réflexions suivantes :

Il faut avoir égard , dans la formation du chyme , i® aux circonstances dans lesquelles se trouvent les alimens contenus dans Pestomac, 20 à la nature chimique des substances alimentaires.

Les circonstances au milieu desquelles se trouvent les alimens pendant toute la durée de leur séjour dans l’estomac , et qui doivent être remarquées, sont peu nombreuses, 1° Ils éprouvent une pression plus ou moins forte, soit de la part des parois abdominales , soit de celle des parois de l’estomac ; 2° ils sont mus en totalité par les mouvemens dé la respiration ; 3o ils sont exposés à une température de trente à trente-deux degrés de Réaumur ; 4» ils sont exposés à l’action de la salive , des mucosités provenant de la bouche et de l’œsophage , ainsi qu’à celle du fluide sécrété par la membrane muqueuse de l’estomac.

On se rappelle que ce dernier fluide est légèrement visqueux , qu’il contient beaucoup d’eau , du mucus , des sels à base de soude et d’ammoniaque , et de l’acide lactique , qui , d’après M. Berzélius , a la plus grande analogie de propriétés avec Tacide acétique. D’après M. Prout de Londres et M. Gmelin , ce suc contiendrait aussi , mais en petite quantité , l’acide hydrochlorique.

Quant à la nature des alimens , nous avons déjà vu combien elle est variable, puisque tous les principes immédiats, animaux ou végétaux, peuvent, sous des formes et des proportions différentes, être portés dans Testomac, et servir utilement à la formation du chyme.

Maintenant pouvons-nous’, en tenant compte de la nature des alimens et des circonstances où ils sont placés dans l’estomac , arriver à nous rendre raison des phénomènes connus de la formation du chyme?

La température de trente à trente-deux degrés , la pression et le ballottement , et les déplacemens que supportent les alimens, ne peuvent point être considérés comme causes principales de leur transformation en chyme, mais nul doute qu’elles n’y coopèrent : restent l’action de la salive et celle du fluide sécrété dans l’estomac ^ d’après la composition connue de la salive , il n’est guère probable qu’elle change beaucoup la nature des alimens; elle les mouille, les imbibe, de manière à écarter leurs molécules, en dissout peut-être une très-petite partie (i), mais c’est à l’action du fluide formé par la membrane interne de l’estomac qu’il faut s’arrêter. Ce fluide , agissant chimiquement sur les substances alimentaires , les altère et les chimifie de la surface vers le centre.

Pour en donner une preuve palpable, on a tenté, avec le fluide dont nous parlons, ce qu’on appelle en physiologie, depuis Réaumur et Spallanzani, des digestions artificielles; c’est-à-dire qu’après avoir mâché des alimens on les mêle à du suc gastrique , puis on les expose dans un tube ou tout autre vase, à une température égale à celle de l’estomac. Spallanzani a avancé que ces digestions réussissaient, et que les alimens s’y transformaient en chyme; mais, d’après les dernières recherches de Montègre, il paraît positif qu’il n’en est rien, et qu’au contraire les substances employées n’éprouvent aucune altération analogue à la chymification (2); ce qui est conforme à quelques expériences faites par Réaumur.

Mais de ce que le suc gastrique ne dissout pas les alimens avec lesquels il est renfermé dans un tube, il n’en faut pas conclure, avec quelques personnes, que leinêine fluide ne peut point dissoudre les alimens quand ils sont introduits dans l’estomac : les circonstances sont loin en effet d’être les mêmes; dans l’estomac, la température

(1) M. Krimer a tenu dans sa bouche un morceau de jambon^ pesant un gros, pendant trois heures. Après ce temps ce morceau était blanc à sa surface , et avait augmenté de douze grains. Le même physiologiste croit que les larmes contribuent à la digestion , et coulent dans Farrière-bouchc jusque dans Festomac. {Versuch einer Physiologie des Blutes, Leipsick , 1823.)

(2) Ce défaut d’altération se fait surtout remarquer quand les alimens n’ont pas été suffisamment soumis à la mastication , et ne sont pas imprégnés de salive.

est égale , les alimens sont pressés et secoués , la salive et le suc gastrique se renouvellent continuellement; à mesure que le chyme est formé , il est emporté et poussé dans le duodénum. Rien de tout cela n’a lieu dans le tube ou dans le vase qui contient les alimens mêlés au suc gastrique ; par conséquent le non-succès des digestions artificielles ne prouve ni pour ni contre l’explication de la formation du chyme par Faction dissolvante du suc gastrique.

Mais comment se fait-il qu’un même fluide puisse agir d’une manière analogue sur le grand nombre des substances alimentaires, végétales ou animales? L’état de la chimie organique ne permet pas de répondre à cette question; cependant, de tous les agens dissolvant des matières animales, l’acide acétique est celui qui paraîtrait remplir le plus complètement cette condition; pour vous en convaincre, faites Fexpérience suivante : prenez une portion de chacun des tissus du corps, et soumettez-les ensemble ou séparément à Faction de Facide acétique, ils se dissolveront tous. Or ce qui se passe dans une fiole avec Facide acétique doit encore plus facilement s’effectuer dans l’estomac au moyen de Facide lactique , dont la ressemblance avec l’acétique est telle que les chimistes hésitent encore à affirmer qu’ils forment deux corps distincts. En outre , la dissolution des alimens dans l’estomac est encore favorisée par Faction de l’eau et par les propriétés dissolvantes des hydrochlorates de soude et d’ammoniaque.

Faisons ici une remarque importante; nous comprenons facilement qu’au moyen d’un réactif acide ou alcalin, des substances animales ou végétales se dissolvent dans un vase de verre sans que les parois de ce vase soient attaquées par l’agent dissolvant, mais comment les membranes de l’estomac résistent -elles à Faction du suc gastrique ? Les physiologistes à explications vagues ne sont guère embarrassés de répondre; ils n’hésiteront pas à dire : Si les parois du ventricule ne sont point atteintes par l’actif dissolvant des alimens, c’est qu’elles sont vivantes et que la vie repousse toute action chimique. Il y a dix ans une pareille explication pouvait satisfaire, mais aujourd’hui personne n’y verra autre chose qu’un jeu de mots. Chacun sait qu’un agent chimique appliqué sur nos organes y produit son effet, qu’ils soient moi’ts ou vivans , et le plus souvent même l’existence de la vie en favorise Faction.

Ce ne peut donc être là une explication de la non-activité du suc gastrique envers la muqueuse de l’estomac; je la trouverais plutôt, mais je ne prétends pas l’affirmer, dans la sécrétion du mucus sans cesse renouvelée durant la chymification , et qui s’interpose continuellement entre le dissolvant gastrique et les parois de l’estomac : ce qui semble le prouver, c’est qu’ aussitôt la sécrétion arrêtée par la mort, ou tout au moins de beaucoup diminuée, le suc gastrique tourne son activité dissolvante contre l’estomac, ramollit d’abord la membrane muqueuse, et finit bientôt par dissoudre la musculeuse et la péritonéale de manière à produire des perforations que l’ignorance des médecins a long-temps prises pour des maladies auxquelles ils attribuaient la mort. J’ai vu plusieurs fois des dissolutions de ce genre dans des estomacs de suppliciés. Ayant une fois perforé et dissous l’estomac , le suc gastrique porte souvent son action sur les organes circonvoisins , ramollit et dissout la rate , le diaphragme, une partie du foie, etc. (i).

L’un des effets de cette action chimique est de colorer le sang des artères et des veines, ou même celui qui serait épanché dans l’estomac , en noir plus ou moins foncé.

En général. Faction par laquelle le chyme se forme empêche la réaction des élémens constitutifs des alimens les uns sur les autres : mais cet effet n’a Heu que dans les bonnes digestions; il paraît que dans les mauvaises, la fermentation, ou même la putréfaction , peut avoir lieu : on peut le soupçonner à la grande quantité de gaz inodores qui se développent dans certains cas, et à l’hydrogène sulfuré qui se dé-

(1) Voyez sur ces phénomènes curieux un très-beau travail de mon ami le docteur Carswell , dans le tome YII du Journal heldomadaire de Médecine , année 1829.

gage dans d’autres. Quelquefois ces gaz produisent un effet singulier durant le sommeil; ils remontent dans l’oesopliage , le distendent, compriment le cœur par sa face postérieure, et nuisent assez à la circulation pour produire une anxiété très- fatigante. Je connais une personne qui se débarrasse de ces gaz en mettant un doigt dans le pharynx, ouvre ce canal, et permet ainsi aux gaz contenus dans Pœso^Hiage de sortir avec une sorte d’explosion qui le soulage immédiatement.

Depuis long-temps on regarde les nerfs de la huitième paire comme destinés à présider à l’acte de la chymification : en effet , si on lie ou si l’on coupe ces nerfs au cou, les matières introduites dans l’estomac n’y subissent en général qu’une altération bien inférieure à celle qu’ils éprouveraient si les nerfs étaient intacts. Cet effet se remarque plus volontiers chez les animaux herbivores et a été observé avec beaucoup de soin par M. Dupuy, professeur à l’école vétérinaire d’Alfort. La difficulté ou la diminution de la digestion stomacale dans ce cas paraît tenir à la diminution ou à la cessation de la sécrétion du suc gastrique. Mais on a conclu d’une manière générale que la section de la huitième paire abolissait le pouvoir chymifiant de l’estomac.

Cette conséquence me paraît trop étendue; car la section de la huitième paire apporte un tel trouble dans la respiration , une telle gêne dans la circulation pulmonaire , qu’il pourrait bien se faire que le dérangement de la digestion ne fut que l’effet du trouble de ces deux fonctions vitales. (Voyez : De V Influence de la huitième paire sur la respiration. )

Pour lever cette difficulté , j’ai fait la section de ces nerfs, non pas au cou comme dans les expériences précédentes , mais dans le thorax , immédiatement au-dessus du diaphragme. Pour y réussir, je coupe une des côtes sternales , je lie l’artère intercostale , et, introduisant mon doigt dans la poitrine, je soulève l’œsophage et les nerfs qui marchent à sa surface; il m’est facile alors de les couper sans crainte d’en laisser échapper.

Quelque temps après la section je force l’animal à manger des alimens dont la chymification m’est connue , des corps gras par exemple, et je m’assure, après avoir laissé écouler le temps convenable , que les substances sont chymifiées , et qu’elles fournissent ultérieurement un chyle abondant.

D’ailleurs, dans les oiseaux, la section des nerfs de la huitième paire n’influe pas d’une manière très-apparente sur la chymification. Gomme il ne paraît pas que ces animaux aient un véritable chyle, on ne peut rien dire de l’influence nerveuse sur la production de ce fluide.

Quelques personnes ont prétendu que l’électricité pourrait bien avoir part à la production du chyme, et que les nerfs de l’estomac pourraient en être les conducteurs.

M. YVilson Philipp est celui qui a soutenu cette opinion avec le plus de persévérance, en s’appuyant d’expériences nombreuses. Il coupe les nerfs pneumo-gastriques à deux animaux après les avoir fait manger. Il abandonne l’un à lui-même , et soumet l’autre à un courant galvanique qui parcourt l’œsophage et l’estomac. Chez le premier la digestion est abolie , chez le deuxième elle se fait comme si les nerfs n’étaient pas coupés. Tels sont du moins les résultats qui se sont offerts à M. YVilson Philipp ; mais on doit observer que ces résultats ne sont pas constans , et qu’ils ont souvent manqué à M. Wilson lui-même , ce qui certes n’arriverait pas si la digestion était un simple phénomène physique. Ensuite la section simple des nerfs , même au cou, n’interrompt pas toujours la chymification. Des expériences qui viennent d’être faites récemment à Paris par MM. Breschet, H. Edwards et Vavasseur ont porté les auteurs à croire qu’elles ne faisaient que l’affaiblir.

L’influence de la huitième paire sur la chymification n’est donc pas encore bien connue, et la propriété galvanique de ce nerf plus que douteuse.

Un usage plus probable des nerfs de la huitième paire est d’établir des relations intimes entre l’estomac et le cerveau, d’avertir s’il s’est glissé quelques substances nuisibles dans les alimens, et s’ils sont de nature à être digérés.

Chez une personne robuste , le travail de la formation du chyme se fait à son insu ; seulement elle s’aperçoit que le sentiment de plénitude et la gêne de la respiration , produits par la distension de l’estomac , disparaissent par degrés : mais il est trèsfréquent , surtout parmi les gens du monde d’une complexion délicate , que la digestion s’accompagne d’affaiblissement dans l’action des sens , d’un froid général avec de légers frissons; l’intelligence elle-même diminue d’activité et semble s’engourdir; il y a disposition au sommeil : on dit alors que les forces vitales se concentrent sur Torgane qui agit , et qu’elles abandonnent momentanément les autres. A ces effets généraux s’ajoutent la production de gaz qui s’échappent par la bouche, un sentiment de poids, de chaleur, de tournoiement, et d’autres fois de brûlure, suivi d’une sensation analogue le long de l’œsophage , etc. Ces effets se font particulièrement sentir vers la fin de la chymification. Ils paraissent l’effet d’une véritable fermentation qui s’établit alors dans l’estomac. Des phénomènes analogues se dévelopjient quand on laisse dans une étuve à trente-deux degrés des matières alimentaires. 11 ne paraît pas cependant que ces digestions laborieuses soient beaucoup moins profitables que d’autres.

Action de Vintestin grêle.

L’intestin grêle est la portion la plus longue du canal digestif; il établit une communication entre l’estomac et le gros intestin. Peu susceptible de distension , il est contourné un grand nombre de fois sur lui-même , ayant une longueur beaucoup plus considérable que le trajet qu’il doit parcourir. Il est fixé à la colonne vertébrale par un repli du péritoine , qui se prête à ses mouvemens , tout en y donnant des limites : ses fibres longitudinales et circulaires ne sont point écartées comme à l’estomac ; sa membrane muqueuse, qui présente beaucoup de villosités et une assez grande quantité de follicules muqueux , forme des replis irrégulièrement circulaires , dont le nombre est d’autant plus grand , qu’on examine l’intestin plus près de l’orifice pylorique. On nomme ces replis valvules conniventes.

L’intestin grêle reçoit beaucoup de vaisseaux sanguins ; ses nerfs naissent des ganglions du grand sympathique. A sa surface interne, s’ouvrent les orifices très- nombreux des vaisseaux chylifères.

On a divisé cet intestin en trois parties, distinguées par les noms de duodénum , de jéjunum et à'iléum ; mais cette division est peu utile en physiologie.

De même que la membrane muqueuse de l’estomac , celle de l’intestin grêle sécrète une mucosité abondante : je ne crois pas qu’elle ait jamais été analysée. Elle m’a paru visqueuse, filante, d’une saveur salée, et rougissant fortement le papier de tournesol; toutes propriétés que nous avons déjà remarquées dans le fluide sécrété par l’estomac. Haller donnait à ce fluide le nom de suc intestinal ; il estimait à huit livres la quantité qui s’en forme en vingt- quatre heures.

Non loin de l’extrémité stomacale de l’intestin qui nous occupe, on remarque l’orifice commun des canaux biliaire et pancréatique, par lequel coulent dans la cavité de l’intestin les fluides sécrétés par le foie et le pancréas (i ).

Si la formation du chyme est encore un mystère , la nature des phénomènes qui se passent dans l’intestin grêle n’est pas mieux connue. Ici nous suivrons encore notre méthode habituelle , c’est-à-dire que nous nous bornerons à décrire ce que l’observation fait connaître.

Nous allons d’abord parler de l’introduction du chyme, et de son trajet dans l’intestin grêle ; nous traiterons ensuite des altérations qu’il y éprouve.

(1) Voyez Sécrétion de la hile et Sécrétion du fluide ^'pancréatique.

Accumulation et trajet du chyme dans l’intestin grêle.

J’ai eu plusieurs fois l’occasion de voir, sur des chiens , le chyme passer de l’esloinac dans le duodénum. Voici les phénomènes que j’ai observés ; A des intervalles plus ou moins éloignés, on voit un mouvement de contraction se développer vers le milieu du duodénum ; il se propage assez rapidement du côté du pylore : cet anneau luiméme se resserre, ainsi que la partie pylorique de l’estomac; en vertu de ce mouvement, les matières contenues dans le duodénum sont poussées vers le pylore, où elles sont arrêtées par la valvule, et celles qui se trouvent dans la partie pylorique sont repoussées en partie vers la partie splénique; mais ce mouvement , dirigé de l’intestin vers l’estomac, est bientôt remplacé par un mouvement en sens opposé, c’est-à-dire qui se propage de l’estomac vers le duodénum , et dont le résultat est de faire franchir le pylore à une quantité de chyme plus ou moins considérable.

Le mouvement qui vient d’être décrit se répète ordinairement plusieurs fois de suite, avec des modifications pour la rapidité, l’intensité de la contraction, etc.; puis il cesse pour reparaître au bout de quelque temps. Il est peu marqué dans les premiers momens de la formation du chyme; l’extrémité seule de la partie pylorique y participe. Il augmente à mesure que l’estomac se vide, et, vers la fin de la chymification , j’ai plusieurs fois vu l’estomac tout entier y prendre part. Je me suis assuré qu’il n’est point suspendu par la section des nerfs de la huitième paire; et ce fait est d’une haute importance relativement à l’action nerveuse. Il montre que les fonctions de ces nerfs ne peuvent être comparées, comme on le fait généralement, à celles des nerfs moteurs ordinaires. La paralysie suit immédiatement la section de ceux-ci; rien de semblable n’a lieu pour l’estomac, les contractions de cet organe ne perdent rien de leur activité , du moins dans les premiers momens.

Ainsi, l’entrée du chyme dans l’intestin grêle n’est point continue. A mesure qu’elle se répète, le chyme s’accumule dans la première portion de l’intestin, il en distend un peu les parois et s’enfonce dans les intervalles des valvules ; sa présence excite bientôt l’organe à se contracter, et, par ce moyen, une partie s’avance dans l’intestin ; l’autre reste attachée à la surface de sa membrane et prend ensuite la même direction. Le même phénomène se continue jusqu’au gros intestin; mais comme le duodénum reçoit de nouvelles portions de chyme , il arrive un moment où l’intestin grêle, dans toute sa longueur, est rempli de cette matière. On observe seulement qu elle est beaucoup moins abondante dans le voisinage du cæcum qu’à l’extrémité pylorique.

Le mouvement qui détermine la progression du chyme à travers l’intestin grêle a la plus grande analogie avec celui du pylore : il est irrégulier, revient à des époques variables , se fait tantôt dans un sens et tantôt dans un autre , se manifeste quelquefois dans plusieurs parties à la fois. Il est toujours plus ou moins lent; il détermine des changemens de rapport entre les circonvolutions intestinales. Il est entièrement hors de l’influence de la volonté.

On s’en formerait une fausse idée si l’on se bornait à examiner l’intestin grêle sur un animal récemment mort ; il a alors une activité qu’il est loin d’offrir pendant la vie. Cependant, dans les mauvaises digestions , il paraît acquérir une vitesse et une énergie qu’il n’a pas ordinairement.

Quelle que soit la manière dont ce mouvement s’exécute, le chyme paraît marcher très-lentement dans l’intestin grêle : les valvules nombreuses qui s’y remarquent et qui ont, dans l’état de santé, un relief et une épaisseur qu’elles sont loin de conserver après la mort par maladie, la multitude d’aspérités qui hérissent la membrane muqueuse, les courbures multipliées du canal, sont autant de circonstances qui contribuent à ralentir sa progression , mais qui favorisent son mélange avec les fluides contenus dans l’intestin, et la production du chyle, qui en est le résultat.

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