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Changemens qiC éprouve le chyme clans V intestin grêle.
Ce n’est guère qu’à la hauteur de l’orifice du canal cholédoque et pancréatique que le chyme commence à changer de propriétés. Jusque-là il avait conservé sa couleur, sa consistance demi-fluide, son odeur aigre, sa saveur légèrement acide; mais, en se mêlant à la bile et au suc pancréatique , il prend de nouvelles qualités : sa couleur devient jaunâtre, sa saveur amère , et son odeur aigre diminue beaucoup. S’il provient de matières animales ou végétales, qui contenaient de la graisse ou de l’huile, on voit se former çà et là, à sa surface, des filamens irréguliers, quelquefois aplatis,' d’autres fois arrondis, qui s’attachent promptement à la surface des valvules, et paraissent être du chyle brut. On n’aperçoit point cette matière quand le chyme provient d’alimens qui ne contenaient point de graisse ; c’est une couche grisâtre , plus ou moins épaisse, qui adhère à la membrane muqueuse, et qui paraît contenir les élémens du chyle. »
Les mêmes phénomènes s’observent dans les deux tiers supérieurs de l’intestin grêle; mais, dans le tiers inférieur, la matière chymeuse devient plus consistante, sa couleur jaune prend une teinte plus foncée; elle finit même quelquefois par devenir d’un brun verdâtre, qui perce à travers les parois intestinales, et donne à l’iléon un aspect distinct de celui du duodénum et du jéjunum. Quand on l’examine près du cæcum , on n’y voit plus ou très-peu de stries blanchâtres chyleuses ; elle semble, dans cet endroit, n’être que le résidu de la matière qui a servi à la formation du chyle.
D’après ce qui a été dit plus haut sur les variétés que présente le chyme, on doit pressentir que les changemens qu’il subit dans l’intestin grêle sont variables suivant ses propriétés : en effet, les phénomènes de la digestion dans l’intestin grêle varient avec la nature des alimens (i).
Cependant le ehyme y conserve sa propriété acide; et s’il contient des parcelles d’aliraens ou d’autres corps qui ont résisté à l’action de l’estomac, ceux-ci traversent l’intestin grêle sans y éprouver d’altération. Les mêmes phénomènes se manifestent quand on a fait usage des mêmes substances. J’ai pu m’assurer de ce fait sur les cadavres de deux suppliciés, qui, deux heures avant la mort, avaient fait un repas commun où ils avaient mangé des mêmes alimens à peu près en quantité égale : les matières contenues dans l’estomac, le chyme dans la portion pylorique et dans l’intes-’ tin grêle m’ont paru entièrement identiques pour la consistance, la couleur, la saveur, Fodeur, etc.
Le docteur Prout s’est occupé de la composition du chyme ; ses expériences ont été faites sur diverses espèces d’animaux. Il a comparé avec soin la digestion de deux chiens, dont l’un avait mangé uniquement des matières végétales, et le second des matières animales. Le résultat de ses analyses comparatives se voit dans le tableau qui suit :