DES EXHALATIONS
Les exhalations ont lieu, soit au dedans du corps, soit à la peau et aux membranes muqueuses ; de là leur distinction en intérieures et en extérieures.
Exhalations intérieures.
Partout où des surfaces , grandes ou petites , sont en contact , il se fait une exhalation ; partout où des fluides sont accumulés dans une cavité sans ouverture apparente, c’est par exhalation qu’ils y ont été déposés : aussi le phénomène de l’exhalation se manifeste-t-il dans presque toutes les parties de l’économie animale. Il existe dans les membranes séreuses, les synoviales, les muqueuses , le tissu cellulaire, l’intérieur des vaisseaux , les cellules graisseuses , l’intérieur de l’œil , de l’oreille , le parenchyme de beaucoup d’organes , tels que le thymus, la thyroïde, les capsules surrénales, etc., etc. C’est par l’exhalation que l’humeur aqueuse, l’humeur vitrée, le liquide labyrinthique , se forment et se renouvellent.
Les fluides exhalés dans ces diverses parties n’ont pas tous été analysés ; parmi ceux qui l’ont été, plusieurs se rapprochent plus ou moins des élémens du sang, et particulièrement du sérum : tels sont les fluides des membranes séreuses , du tissu cellulaire , des chambres de l’œil j d’autres en diffèrent davantage : tels sont la synovie, la graisse, etc.
Exhalation séreuse.
Tous les viscères de la tète , de la poitrine et de l’abdomen sont recouverts d’une membrane séreuse qui revêt aussi les parois de ces cavités , de manière que les viscères n’ont de contact avec les parois ou avec les viscères voisins que par l’intermédiaire de cette même membrane ; et comme la surface en est très-lisse , les viscères peuvent facilement changer de rapport entre eux et avec les parois.
La principale circonstance qui entretient le poli de leur surface, c’est l’exhalation dont elles sont le siège ; il sort continuellement de chacun des points de la membrane un fluide très-ténu , qui se mêle à celui des points voisins , et forme avec lui une couche humide qui favorise le glissement que les organes exécutent.
Il paraît que cette facilité de glisser les uns sur les autres est très-favorable à l’action des organes , car aussitôt qu’ils en sont privés par une maladie de la membrane séreuse , leurs fonctions sont troublées , et cessent même quelquefois entièrement.
Dans l’état de santé, le fluide sécrété par les membranes séreuses paraît être le sérum du sang, moins une certaine quantité d’albumine.
Exhalation séreuse du tissu cellulaire.
Le tissu qu’on nomme cellulaire est généralement répandu dans l’économie animale ; il y sert à la fois à isoler et à réunir les divers organes , et les parties des mêmes organes. Partout ce tissu est formé d’un très-grand nombre de petites lames très-minces qui, s’entrecroisant de mille manières, forment une sorte de feutre. La grandeur et l’arrangement des lames varient suivant les diverses parties du corps. Là , elles sont plus larges , plus épaisses, et forment de grandes cellules; ici, elles sont très-étroites, très-minces, et forment des cellules extrêmement petites; dans quelques points le tissu est extensible; dans d’autres il prête peu, et offre une résistance considérable. Mais quelle que soit la disposition du tissu cellulaire , ses lames exhalent par leurs deux surfaces un fluide qui a la plus grande analogie avec celui des membranes séreuses, et qui paraît avoir les mêmes usages, c’est-à-dire de rendre faciles les glissemens des lamelles les unes sur les autres , et par suite de favoriser les mouvemens réciproques des organes , et même les changemens de rapport des diverses parties qui les composent.
Exhalation graisseuse du tissu cellulaire.
Indépendamment de la sérosité, on trouve , dans un grand nombre d’endroits du tissu cellulaire , un fluide d’une nature très-différente , qui est la graisse.
Sous le rapport de la présence de la graisse , le tissu cellulaire peut être divisé en trois espèces: celui qui en contient constamment, celui qui en contient quelquefois, et enfin celui qui n’en contient jamais. L’orbite, la plante du pied, la pulpe des doigts , celle des orteils, présentent toujours delà graisse ; le tissu cellulaire sous-cutané , et celui qui revêt le cœur , les reins , etc. , en présentent souvent ; enfin , celui des paupières , du scrotum , de l’intérieur du crâne, n’en contient jamais.
La graisse est contenue dans des cellules distinctes qui ne communiquent point avec les cellules voisines ; cette circonstance a fait penser que le tissu qui contient et qui forme la graisse était différent du cellulaire qui produit la sérosité; mais comme on n’a jamais pu montrer ees cellules graisseuses, à moins qu’elles ne fussent pleines de graisse , cette distinction anatomique me paraît encore douteuse.
Le grandeur, la forme, la disposition de ces cellules ne sont pas moins variables
que la quantité totale de graisse qu’elles contiennent. Chez quelques individus à peine en existe-t-il quelques onces , tandis que chez d’autres, on en trouve quelquefois plusieurs centaines de livres.
D’après les recherches de M. Chevreul , la graisse humaine est presque toujours colorée en jaune. Elle est inodore; elle se fige à des températures variables. Elle est composée de deux parties, l’une fluide et l’autre concrète, qui sont composées ellesmêmes, mais en proportions différentes, de deux nouveaux principes immédiats, découverts par M. Chevreul , Vélaïne et la stéarine.
C’est principalement par les propriétés physiques que la graisse paraît être utile dans l’économie animale ; dans l’orbite , elle forme une sorte de coussin élastique sur lequel l’œil se meut avec facilité; à la plante du pied, aux fesses, elle forme une couche qui rend moins défavorable à la peau et aux autres parties molles la pression qu’exerce le corps sur le sol ou les sièges , etc. ; sa présence au-dessous de la peau ^ concourt à arrondir les contours, à diminuer les saillies osseuses et musculaires, et à embellir les formes ; et comme tous les corps gras sont de mauvais conducteurs du calorique, elle contribue à conserver celui du corps. En général les personnes replètes souffrent peu en hiver par le froid.
L’âge, le genre de vie, ont beaucoup d’influence sur le développement de la graisse; les enfans très-jeunes sont ordinairement gras. Il est rare que la graisse soit abondante chez le jeune homme; mais vers l’âge de trente ans, surtout si la nourriture est succulente et la vie sédentaire, la quantité de graisse augmente beaucoup ; l’abdomen devient saillant, les fesses grossissent, ainsi que les mamelles chez les femmes.La graisse est d’autant plus jaune qu’on est plus avancé en âge.
Exhalation synoviale.
Autour des articulations mobiles , on trouve une membrane mince qui a beaucoup d’analogie avec les séreuses, mais qui en diffère cependant en ce qu’elle a de petits prolongemens rougeâtres contenant des vaisseaux sanguins nombreux ; on les nomme franges synoviales ; elles sont très-visibles dans les grandes articulations des membres. On a cru long-temps, et bien des anatomistes croyent encore que les capsules articulaires se replient sur les cartilages diarthrodiaux , et revêtent les surfaces par lesquelles ils se correspondent ; mais je me suis plusieurs fois assuré que les membranes ne vont point au-delà de la circonférence des cartilages.
Nous avons fait connaître les usages de la synovie en traitant des mouvemens.
Exhalation intérieure de VœiL
C’est aussi par exhalation que se forment les diverses humeurs de l’œil ; elles sont, chacune en particulier, enveloppées par une membrane qui paraît être destinée à les exhaler et à les absorber.
Les humeurs de l’œil sont l’humeur aqueuse , dont la formation est en ce moment attribuée aux procès ciliaires; l’humeur vitrée, sécrétée par l’hyaloïde; le cristallin; la matière noire de la choroïde , et celle de la face postérieure de l’iris.
La composition chimique de l’humeur aqueuse du cristallin et de l’humeur vitrée a été exposée à l’article Vision; la matière noire de l'iris et de la choroïde a été analysée par M. Berzélius : elle est insoluble dans l’eau et les acides; les alcalis caustiques la dissolvent, et les acides la précipitent de cette dissolution. Elle brûle comme une matière végétale, et laisse une cendre ferrugineuse. L’expérience a appris que les humeurs aqueuse et vitrée se renouvéllent avec rapidité ; quand du pus , du sang a été épanché dans l’œil , on le voit disparaître en quelques jours, et les humeurs reprendre peu à peu leur transparence. Il ne paraît pas que la matière de la choroïde puisse ainsi se reproduire ; rien du moins ne semble l’annoncer.
D’après les expériences de MM. Leroy d’Etiole et Coiteau, il paraît que le cristallin extrait de l’œil se reproduit par la voie de l’exhalation (Voyez Journal de Physiologie.)
Exhalation du Jlidde céphalo-rachidien.
Parmi les exhalations, Tune des plus importantes, les plus abondantes, et cependant les moins connues, est sans doute celle du fluide qui remplit la grande cavité sous- arachnoïdienne , revêt de toutes parts le cerveau, remplit les creux que présente sa surface, et forme ainsi une couche continue, d’épaisseur variable, qui s’étend du crâne jusqu’à la pointe du sacrum. Nous avons déjà dit que le même fluide s’introduit dans les ventricules cérébraux et cérébelleux en traversant une ouverture constante , et qui se voit à l’extrémité inférieure du quatrième ventricule, à cet endroit que les anciens anatomistes ont nommé le hec de la plume.
La quantité du fluide céphalo-spinal varie suivant plusieurs circonstances; en général elle est , et cela est mécaniquement nécessaire , en raison inverse du volume du cerveau. Quand celui-ci vient à s’atrophier , le liquide céphalo-rachidien occupe à lui seul une grande partie de la cavité cranio-spinale. Un lobe vient-il à manquer, comme il arrive chez les individus qui ont un bras et une jambe contracturés et paralysés , c’est le liquide qui remplit l’espace qui aurait dû loger la partie du cerveau absente.
J’ai vu pareil remplacement chez une jeune fille de quinze ans, chez qui le cervelet et le pont manquaient complètement. (Voyez Journal de Physiologie.)
Ayant extrait moi-même d’un cheval qui venait d’être mis à mort le liquide céphalo-spinal, je le remis à M. Lassaigne, qui voulut bien en faire Tanalyse , et qui Ta trouvé composé ainsi qu’il suit :
Fluide ccphaîo - rachidien d’un cheval.
Pesanteur spécifique à la température de + 90,5 =* io,o65.
Composition pour parties.
Eau . * . 98, 180
Osniazôme . , . 1,104
Albumine . 0,035
Chlorure de sodium . 0,610
Sous-earbonate de soude . 0,060
Phosphate de chaux, et traces de carbonate , id . 0,009
On a cherché inutilement dans ce liquide le phosphore et les phosphates solubles.
L’agent principal de la sécrétion du liquide céphalo-spinal est le lacis vasculaire qui revêt le cerveau et la moelle épinière (pie-mère).
Exhalations sanguines.
Dans toutes les exhalations dont il vient d’être question , c’est seulement une partie des principes du sang qui sort des vaisseaux; le sang lui-même se répand dans plusieurs organes , y remplit l’espèce de tissu celluleux qui en forme le parenchyme ; tels sont les corps caverneux de la verge et du clitoris, Turèthre et le gland, la rate, le mamelon, la substance spongieuse de plusieurs os, et particulièrement le corps des vertèbres , etc. L’examen anatomique de ces divers tissus apprend qu’ils sont habituellement remplis de sang veineux , dont la quantité varie suivant diverses circonstances, particulièrement suivant Tétat d’action ou d’inaction des organes.
Il existe encore beaucoup d’autres exhalations intérieures, parmi lesquelles je
citerai celle des cavités de l’oreille interne, celle du parenchyme du thymus, de la thyroïde, celle de la cavité des capsules surrénales, etc. ; mais on connaît à peine les fluides qui sont formés dans ces diverses parties ; ils n’ont jamais été analysés et les usages en sont inconnus.
Plus d’une fois les physiologistes ont cherché à se rendre raison du phénomène de l’exhalation ; chacun a donné son explication : ceux-ci ont admis des bouches exhalantes ; ceux-là des pores latéraux, Bichat a créé des vaisseaux particuliers qu’il nomme les exhalans. Je dis créé , car il convient lui-même que ces vaisseaux ne peuvent point être vus. L’existence de ces pores, de ces bouches ou de ces exhalans ne suffisant point pour expliquer la diversité des exhalations , on leur suppose une sensibilité et des moiwemens particuliers , en vertu desquels ils ne laissent passer que certaines parties du sang et se refusent au passage des autres. Nous savons à quoi nous en tenir sur les explications de ce genre.
Ce qui paraît beaucoup plus certain, c’est que la disposition physique des petits vaisseaux influe sur l’exhalation, comme les faits suivans paraissent l’établir.
Quand on injecte, sur le cadavre, avec de l’eau tiède, une artère qui se rend à une membrane séreuse , dès que le courant est établi de l’artère à la veine , il sort de la membrane une multitude de petites gouttelettes qui se vaporisent promptement. Ce phénomène n’a-t-il pas beaucoup d’analogie avec l’exhalation.
Si l’on se sert d’une dissolution de gélatine colorée avec du vermillon pour injecter un cadavre entier , il arrive fréquemment que la gélatine est déposée autour des circonvolutions et dans les anfractuosités cérébrales , sans que la matière colorante se soit échappée des vaisseaux; l’injection entière se répand, au contraire, à la surface externe et interne de la choroïde. Se sert-on d’huile de lin colorée aussi par le vermillon , souvent l’huile dépouillée de matière colorante se dépose dans les articulations à grandes capsules synoviales , tandis qu’il n’y a aucune transsudaîion à la surface du cerveau ni à l’intérieur de l’œil.
Ne sont-ce pas là de véritables sécrétions post mortem, qui dépendent évidemment de Indisposition physique des petits vaisseaux ; et n’est-il pas très-probable que cette même disposition doit, du moins en partie, présider à l’exhalation durant la vie?
La théorie de l’exhalation a dû nécessairement changer de face depuis que la propriété de s’imbiber est reconnue pour appartenir aux divers tissus; avant de chercher dans ce phénomène l’influence spéciale de la vie , ou , comme le veut le langage reçu , l’effet des propriétés vitales , il faut commencer par y étudier les influences physiques.
Or nous savons , par l’expérience , que les vaisseaux sanguins ou autres se laissent traverser de dedans en dehors, aussi bien que de dehors en dedans. M. Fodéra a fait plusieurs expériences qui ne laissent aucun doute à cet égard ; une substance véné-
après le poison s’était imbibé dans les parois du vaisseau , s’était répandu en dehors , et l’animal en a été promptement victime. S’il était possible de faire cette expérience sur de très-petits vaisseaux , nul doute qu’on aurait un résultat encore plus rapide. (Voyez, Journal de Physiologie , tome III, page 35, un travail de M. Fodéra, • ayant pour titre : Recherches expérimentales sur l’ absorption et V exhalation.
Une première cause physique de l’exhalation est donc justement la même que celle de l’absorption.
Une autre cause tout aussi physique que la première se trouve dans la pression r' que le sang éprouve dans le système circulatoire; cette pression doit contribuer puis- H samment à faire passer la partie la plus aéqueuse du liquide à travers les parois des M vaisseaux. Ce phénomène se voit aisément après la mort , et même durant la vie. n Quand, avec une seringue , on pousse avec force une injection d’eau dans une artl tére, alors toutes les surfaces où le vaisseau se distribue, ses branches et le tronc luiri même laissent de toutes parts sourdre le liquide injecté avec d’autant plus d’abondance P que l’injection est poussée avec plus de force.
Il est une autre manière de mettre ce curieux phénomène dans tout son jour: injectez dans les veines d’un animal assez d’eau pour doubler ou tripler le volume na* turel de son sang, vous produirez une distension considérable des organes circulatoires, et par suite vous augmenterez beaucoup la pression que le fluide qui circule éprouve. Alors, examinez une membrane séreuse, le péritoine, par exemple, et vous verrez s’écouler rapidement de sa surface de la sérosité qui s’accumulera dans la cavité , et y produira sous vos yeux une véritable hydropisie. J’ai vu quelquefois même la partie colorante du sang s’échapper de la surface de certains organes , tels que le foie, la rate, etc.
Ce qui arrive quand les veines sont comprimées ou obstruées , c’est-à-dire les oedèmes et les épanchemens séreux , dépend , sans aucun doute , de la cause physique qui vient d’être indiquée. Enfin , toute cause qui rend plus forte la pression que supporte le sang accroît l’exhalation. J’ai observé plusieurs fois cet accroissement d’exhalation dans le canal vertébral, sur la pie-mère de la moelle épinière , et voici dans quelles circonstances ; j’ai dit ailleurs que la cavité sous-arachnoïdienne est toujours, sur Tanimal vivant , remplie par le fluide céphalo-rachidien. J’ai remarqué plusieurs fois que dans certains momens où les animaux font des efforts violens, cette sérosité augmente sensiblement ; on la volt sourdre des ramifications vasculaires qui font l’enveloppe propre du prolongement rachidien ; la même chose peut être vue à la surface du cerveau , où il existe aussi habituellement une couche plus ou moins épaisse du même liquide.
Exhalations extérieures.
Elles secomposentseulement de l’exhalation des membranes muqueuses ^ et de celles delà peau , ou transpiration cutanée.
Exhalation des membranes muqueuses.
H y a deux’membranes muqueuses : l’une revêt la surface de l’œil , les voies lacry^ males, les cavités nasales, les sinus , l’oreille moyenne, la bouche, tout le canal intestinal , les canaux excréteurs qui s’y terminent , enfin le larynx , la trachée et les bronches.
L’autre membrane muqueuse recouvre la surface des organes de la génération et de l’appareil urinaire.
Ces deux membranes sont continuellement lubrifiées par un fluide quelles sécrètent , et qu’on nomme le mucus. Ce fluide est transparent, visqueux, filant, d’une saveur salée; il rougit le papier de tournesol , contient beaucoup d’eau , du muriale de potasse et de soude, du lactate de chaux, de soude, et du phosphate de chaux. Selon MM. Eourcroy et Vauquelin , le mucus est le même dans toutes les membranes muqueuses. M. Berzélius le croit au contraire variable , suivant les points d’où il est extrait. Beaucoup de personnes pensent que le mucus est formé exclusivement par les follicules que contiennent les membranes muqueuses; mais je me suis assuré, par des expériences récentes, qu’il s® forme même dans les lieux où il n’existe point de follicules. J’ai remarqué aussi qu’il se produit long-temps encore après la mort. Ce fait mérite une attention particulière de la part des chimistes.
Le mucus forme une couche plus ou moins épaisse à la surface des membranes muqueuses ; il s’y renouvelle avec plus ou moins de promptitude ; l’eau qu’il contient s’évapore sous le nom d’exhalation muqueuse ; il protège aussi ces membranes contre l’action de l’air, des alimens , des différens fluides glandulaires , etc. ; en un mot , il est véritablement , pour ces membranes , ce que l’épiderme est pour la peau, indépendamment de cet usage général , il en a encore d’autres particuliers , qui
varient suivant les parties des membranes muqueuses : ainsi le mucus nasal favorise l’odorat , celui de la bouche facilite le goût , celui de l’estomac et des intestins concourt à la digestion, celui des voies génitales et urinaires sert dans la génération et la sécrétion de l’urine, etc.
Il est probable qu’une partie du mucus est résorbée par les membranes mêmes qui la sécrètent; qu’une autre est portée au dehors, soit seule, soit mêlée avec la transpiration pulmonaire, soit enfin mêlée avec les matières fécales, l’urine, etc.
Transpiration cutanée.
Un liquide transparent, d’une odeur plus ou moins forte, salé, acide, sort habituellement à travers l’épiderme. Le plus souvent ce liquide est vaporisé dès qu’il est en contact avec l’air, et d’autres fois il coule à la surface de la peau. Dans le premier cas il est imperceptible à la vue, et porte le nom de transpiration insensible ; dans le second , on le nomme sueur.
Quelle que soit la forme qu’il affecte , le liquide qui s’échappe de la peau est com^ posé, d’après M. Thénard , de beaucoup d’eau , d’une petite quantité d’acide acétique, de muriate de soude et dépotasse, de très-peu de phosphate terreux, d’un atome d’oxide de fer et d’une trace de matière animale. M. Berzélius regarde l’acide de la sueur non comme l’acide acétique, mais comme l’acide lactique de Schéele. La peau exhale en outre une matière huileuse odorante et de l’acide carbonique.
Un grand nombre d’expériences ont été faites pour déterminer la quantité de transpiration qui se forme dans un temps donné , et les variations que cette quantité peut subir suivant les cireonstances. Les premières tentatives sont dues à Sanctorius , qui, pendant trente ans , pesa chaque jour, avec un soin extrême, ses alimens, ses boissons , sès excrétions solides ou liquides , et qui enfin se pesa lui-même avec autant de précautions. Malgré son zèle et sa persévérance, Sanctorius n’arriva qu’à des résultats peu précis. Depuis cet auteur , plusieurs médecins et physiciens s’occupèrent du même sujet avec plus de succès ; mais le travail le plus remarquable en ce genre est celui de Lavoisier et Séguin. Ces savans sont les premiers qui aient distingué la perte qui se fait par la transpiration pulmonaire , de celle qui a lieu par la peau. M. Séguin se renfermait dans un sac de taffetas gommé , lié au-dessus de la tête , et présentant une ouverture , dont les bords étaient collés autour de la bouche avec un mélange de térébenthine et de poix. De cette manière l’humeur seule de la transpiration pulmonaire était rejetée dans l’air. Pour en connaître la quantité, il lui suffisait de se peser avec le sac, au commencement et à la fin de l’expérience, dans une balance très-sensible. En répétant l’expérience hors du sac, il déterminait la quantité totale de l’humeur transpirée ; de sorte qu’en retranchant de celle-ci la quantité qu’il savait être sortie par le poumon , il avait la quantité de l’humeur exhalée par la peau; il tenait d’ailleurs compte des alimens dont il faisait usage, de ses excrétions solides et liquides, et en général de toutes les causes qui pouvaient avoir de l’influence sur la transpiration. Voici quels sont les résultats auxquels sont arrivés MM. Lavoisier et Séguin en suivant ce procédé (ij.
1° La quantité lapins considérable de transpiration insensible (y compris la pulmonaire) est de 82 grains par minute, et par conséquent 3 onces 2 gros 48 grains par heure, et de 5 livres en 24 heures.
2® La perte la moins considérable est de ii grains par minute, conséquemment 1 livre II onces 4 gros en 24 heures. '
(1) Annales de Chimie, tom. XG.
C’est pendant la digestion que la perte de poids occasionée par la transpiration insensible est à son minimum.
4^ C’est immédiatement après le dîner que la transpiration est à son maximum.
5^ Le terme moyen de la transpiration insensible est de i8 grains par minute; sur les i8 grains, terme moyen, ii dépendent de la transpiration cutanée, et 7 de la pulmonaire.
6° La transpiration cutanée est la seule qui varie pendant et après les repas.
7° Quelque qualité d’aliment que l’on prenne, quelles que soient les variations de Tatmosplière , le même individu, après avoir augmenté en poids de toute la nourriture qu’il a prise, revient tous les jours après 24 heures au même poids à peu près qu’il avait la veille , pourvu toutefois qu’il ne soit pas dans un état de croissance et qu’il n’ait pas fait d’excès.
Il aurait été bien à désirer que ce beau travail fût continué, et que les auteurs ne se fussent pas bornés à étudier la transpiration insensible, mais étendissent leurs observations sur la sueur.
Toutes les fois que l’humeur de la transpiration n’est point réduite en vapeur aussitôt qu’elle est en contact avec l’air, elle paraît à la surface de la peau sous la forme d’une couche liquide, plus ou moins épaisse. Or cet effet peut arriver, soit parce que la transpiration est trop abondante , soit parce que la force dissolvante de l’air a diminué : nous suons facilement dans un air chaud et humide, par l’influence des deux causes réunies; nous suerions bien plus difficilement dans un air aussi chaud, mais sec. Certaines parties du corps transpirent plus abondamment et suent plus facilement que d’autres : telles sont les mains et les pieds, les aisselles, les aines, le front, etc. En général la peau de ces parties reçoit proportionnellement une plus grande quantité de sang, et dans quelques-unes, l’aisselle, la plante du pied et les intervalles des orteils, le contact avec l’air n’est point facile.
La sueur ne paraît point avoir partout la même composition ; chacun sait que son odeur varie suivant les diverses parties du corps ; il en est de même de son acidité, qui paraît beaucoup plus forte aux aisselles et aux pieds qu’ailleurs.
Nous avons vu quelle influence le volume du sang, sa composition et même la pression qu’il éprouve dans les vaisseaux, exercent sur les exhalations intérieures ; les mêmes circonstances agissent d’une manière analogue sur la transpiration cutanée ; les personnes replètes et celles qui ont beaucoup de sang transpirent abondamment. Après l’usage d’une boisson chaude qui, facile à absorber, devra également être exhalée facilement, la transpiration augmente. Enfin les efforts soutenus, la marche rapide, la course, sont bientôt suivis de la sueur si la saison est chaude. Je connais une personne qui se fait suer à volonté dans son lit , en contractant avec force et pendant quelques inslans son système musculaire.
La transpiration cutanée a des usages multipliés dans l’économie animale ; elle entretient la souplesse de l’épiderme et favorise ainsi l’exercice du tact et du toucher. En se vaporisant , elle est, avec la transpiration pulmonaire, le moyen de refroidissement principal par lequel le corps se maintient dans de certaines limites de tem-' pérature; il paraît en outre que son expulsion de l’économie est très-importante , car, chaque fois qu’elle est diminuée ou suspendue, des dérangernens plus ou moins graves en sont la suite , et beaucoup de maladies ne cessent qu’au moment où une grande quantité de sueur a été expulsée.