SÉCRÉTIONS FOLLICULAIRES
On appelle follicules de petits organes creux logés dans l’épaisseur de la peau ou des membranes muqueuses , et que , pour cela , on distingue en muqueux et en cutanés.
Les follicules sont en outre distingués en simples et en composés.
Sécrétions folliculaires muqueuses.
Les follicules muqueux simples se voient sur presque toute l’étendue des membranes muqueuses , où ils sont plus ou moins abondans ; il existe cependant des points assez étendus de ces membranes où on n’en aperçoit point.
Les corps qui portent le nom de papilles fongueuses de la langue , les amygdales , les glandes du cardia , les prostates, etc. , sont considérés par les anatomistes comme des amas de follicules simples : peut-être cette opinion n’est- elle pas suffisamment fondée.
On connaît peu le fluide qu’ils sécrètent ; il paraît être analogue au mucus et avoir les îuêmes usages.
Sécrétions folliculaires cutanées.
Dans presque tous les points de la peau il existe de petites ouvertures qui sont les orifices de petits organes creux, à parois membraneuses , habituellement remplis d’une matière albumineuse et grasse , dont la consistance , la couleur , l’odeur , et même la saveur , varient suivant les diverses parties du corps , et qui se répand continuellement à la surface de la peau.
Ces petits organes sont appelés les follicules de la peau ; il en existe au moins un à la base de chaque poil , et , le plus souvent , les poils traversent la cavité d’un follicule pour se porter au dehors.
Ce sont les follicules qui forment cette matière micacée et grasse qui se voit à la peau du crâne et à celle du pavillon de l’oreille ; ce sont aussi des follicules qui sécrètent le cérumen dans le conduit auditif ; c’est dans des follicules qu’est contenue la matière blanchâtre assez consistante que l’on fait sortir , sous la forme de petits vers , de la peau du visage en la comprimant ; c’est la même matière qui , par sa surface en contact avec l’air , noircit et produit les taches nombreuses qui se volent à la figure de quelques personnes , particulièrement aux ailes du nez et aux ]Oues , et qui rend une odeur variable suivant les individus.
Il paraît aussi que ce sont des follicules qui sécrètent la matière blanchâtre odorante qui se renouvelle continuellement à la surface des parties génitales externes.
En se répandant à la surface de l’épiderme , des cheveux , des poils , etc. , la matière des follicules entretient la souplesse et l’élasticité de ces parties ^ rend leur surface lisse et polie , favorise les glissemens qu’elles exercent les unes sur les autres : à raison de sa nature onctueuse , elle les rend moins perméables à l’humidité , etc.
Sécrétions glandulaires.
On nomme glande un organe sécréteur qui verse le fluide qu’il forme à la surface d’un membrane muqueuse , ou de la peau , par un ou plusieurs canaux excréteurs.
Le nombre des glandes est assez considérable; Faction de chacune porte le nom de sécrétion glandulaire- Il y a sept sécrétions de ce genre ; celle des larmes, celle de la salive, celle de la bile , celle du fluide pancréatique, celle de l’urine, celle du sperme, et enfin celle du lait; on peut y joindre l’action des glandes muqueuses et celle des glandes de Cowper,
Sécrétion des larmes.
La glande qui forme les larmes est fort petite ; elle est située dans l’orbite au-dessus et un peu en dehors de l’œil ; elle est composée de petits grains réunis par du tissu
celluleux; ses canaux excréteurs, petits et très-multiples, s’ouvrent derrière le côté externe de la paupière supérieure; elle reçoit une petite artère , branche de l’ophthalmique, et un nerf, division de la cinquième paire.
Dans l’état de santé, les larmes sont peu abondantes; le liquide qui les forme est limpide, sans odeur, d’une saveur salée. MM. Fourcroy et Vauquelln, qui l’ont analysé, l’ont trouvé composé de beaucoup d’eau , de quelques centièmes de mucus , de muriate et de phosphate de soude, d’un peu de soude et de chaux pures. Ce qu’on appelle larmes n’est point cependant le fluide sécrété en entier par la glande lacrymale; c’est un mélange de ce fluide avec la matière sécrétée par la conjonctive, et probablement avec celle des glandes de Meibomius.
Les larmes forment une couche au-devant de la conjonctive oculaire , et la défendent du contact de l’air; elles facilitent les frottemens des paupières sur l’œil , favorisent l’expulsion des corps étrangers , et s’opposent à l’action des corps irritans sur la conjonctive; dans ce cas, leur quantité augmente promptement. Elles sont aussi un moyen d’expression des passions : le chagrin , la douleur, la joie et le plaisir font couler les larmes : leur sécrétion est donc influencée d’une manière particulière par le système nerveux. Cette influence a lieu par l’intermédiaire du nerf qu’envoie à la glande lacrymale la cinquième paire des nerfs cérébraux (i).
Sécrétion de la salive.
Les glandes salivaires sont , les deux parotides, situées au-devant de l’oreille et derrière le col et la branche de la mâchoire; 2.® les sous-maxillaires , situées au-dessous et à la face du corps de cet os ; 3® enfin les sublinguales, placées immédiatement au-dessous de la langue : les parotides et les sous-maxillaires n’ont chacune qu’un canal excréteur ; les sublinguales en ont plusieurs. Toutes ces glandes sont formées par la réunion de granulations de forme et de volume différens ; elles reçoivent des artères considérables relativement à leur masse; plusieurs nerfs provenant du cerveau ou de la moelle épinière s’y distribuent.
La salive que sécrètent ces glandes coule continuellement dans la bouche et va en occuper la partie inférieure; elle se place d’abord entre la partie antérieure et latérale de la langue et la mâchoire, et lorsque l’espace est rempli, elle se loge entre la lèvre inférieure, la joue et le coté externe de la mâchoire; en se déposant aussi dans la bouche ; elle se mêle avec les fluides sécrétés par la membrane et les follicules muqueux.
C’est ce fluide d’origine multiple , mais qui , à la vérité , est fourni presque entièrement par les glandes salivaires, qui a été plusieurs fois analysé sous le nom de salive. Il a été trouvé limpide, visqueux, sans couleur ni odeur, d’une saveur douce , un peu plus pesant que l’eau. M. Berzélius le dit formé de : eau , 992,9 ; matière animale particulière, 2,9; mucus, 1,4 ; muriate de potasse et de soude, 0,7; tartrate de soude et matière animale, 0,9; soude, 0,2. Il est probable que cette composition de la salive varie , car dans certaines circonstances elle est sensiblement acide.
Nous devons à M. Mitscherlich , savant médecin et chimiste habile, une analyse curieuse de la salive prise à une ouverture accidentelle de la glande parotide. Le même auteur a fait aussi plusieurs remarques intéressantes sur la sécrétion de la salive elle-même. Voici quelques-unes de ces remarques:
La quantité de salive sécrétée pendant le boire et le manger est très-considérable, et d’autant plus que les alimens, sont plus durs et plus excitans.
(l) Voxjez.^ pour les autres usages des larmes , l’article Vision.
La quantité de salive est d’autant moindre que l’on introduit à la fois plus d’alimens dans la bouclie.Les mouvemens de la mâchoire augmentent l’afflux de ce liquide.
Pendant le sommeil calme , la parotide sécrète si peu qu’il est impossible de rien recueillir.
Pendant la parole, M. Mitscherlich recueillit sur son malade, dans l’espace de queL ques minutes , plusieurs gouttes d’une salive très-limpide.
En vingt-quatre heures , la fistule fournissait de 65 à grammes de salive , plus ou moins selon la nature des alimens.
En comparant la quantité de salive sécrétée par la parotide avec celle que le malade produit expectorée, dans le meme temps, on a trouvé pour i5 minutes le rapport de 0,92 à 6,27.
La dureté des alimens peut apporter une variation de 3 à 9.
Quant à la composition chimique, M. Mitscherlich a trouvé le plus souvent la salive faiblement acide, quelquefois neutre, et d’autres fois fortement alcaline.
Hors le temps des repas, elle est acide.
Pendant la mastication elle est alcaline : l’acidité disparaît quelquefois dès la première bouchée d’aliment.
D’après MM. Tiedemann et Gmelln, la pesanteur spécifique de la salive fournie par un fumeur serait de i,oo43.
D’après M. Mitscherlich, la salive limpide provenant de la fistule varierait de 1,0061 , à 1,0088.
La salive contient les acides hydrochlorique , phosphorique et sulfurique, mais la quantité de ces acides ne suffit pas pour neutraliser l’alcali; il reste encore, après la saturation de ces acides, de 0,094 pour 100 de l’alcali le plus puissant et 0,024 pour 100 de natron, qui sont combinés à un acide organique, qui est l’acide lactique, dont M. Mitscherlich n’a pu déterminer exactement la proportion.
Une goutte de solution de chlorure de fer produit , dans une certaine quantité de salive crachée, une teinte rouge prononcée; le meme effet s’est fait remarquer sur la salive de la fistule. La propriété de rougir par le chlorure de fer est donc une propriété réelle de la salive.
La salive est un des fluides digestifs les plus utiles; elle favorise le broiement et la division des alimens, elle aide leur déglutition et leur transformation en chyme, elle rend aussi plus faciles les mouvemens de la langue dans la parole et le chant. La plus grande partie du fluide est portée dans l’estomac par les mouvemens de déglutition, une autre partie doit se vaporiser et sortir avec l’air expiré quand celui-ci traverse la bouche.
Sécrétion du suc pancréatique.
Le pancréas est situé transversalement dans l’abdomen, derrière l’estomac ; il a un canal excréteur qui s’ouvre dans le duodénum à côté de celui du foie : sa structure granuleuse l’a fait considérer comme une glande salivaire; mais il en diffère par la petitesse de ses artères, et en ce qu’il ne paraît recevoir aucun nerf cérébral.
De Graaf, anatomiste hollandais, a donné autrefois un procédé pour recueillir du suc pancréatique ; il eonsiste à introduire dans le canal excréteur du pancréas, par son extrémité intestinale, un petit tuyau de plume qui irait se rendre dans une petite bouteille attachée sous le ventre de l’animal. J’ai essayé plusieurs fois ce procédé, je le crois impraticable. Le tuyau de plume ou tout autre tube déchire la membrane muqueuse interne du canal , le sang coule , et le tube est bientôt bouché. Je me sers d’un moyen beaucoup plus simple : je mets l’orifice du canal à nu sur un chien, j’essuie avec un linge fin la membrane muqueuse circonvoisine , et j’attends qu’il sorte une goutte de liquide; sitôt qu’elle paraît, je l’aspire avec une pipette, instrument employé en chimie. De cette manière, je suis parvenu à recueillir quelques gouttes de suc pancréatique , mais jamais assez pour pouvoir en faire une analyse en règle. J’y
ai reconnu une couleur légèrement jaunâtre, une saveur salée, point d’odeur ; j’ai vu qu’il était alcalin, et qu’il était en partie coagulable par la chaleur (i). Ce qui m’a le plus frappé , en cherchant à me procurer du suc pancréatique, c’est la petite quantité qui s’en forme; le plus souvent à peine en sort-il une goutte en une demi-heure, et quelquefois j’ai attendu plus long-temps avant d’en voir paraître. L’écoulement n’en paraît pas plus rapide pendant la digestion ; au contraire, peut-être est-il en cet instant plus lent. En général, je le crois plus abondant dans les animaux très-jeunes.
MM. Leuret, Lassaigne et Watrin ont fait sur la sécrétion du suc pancréatique du cheval et sur sa nature chimique des recherches curieuses.
Ayant couché un cheval sur le côté gauche , ils ont incisé la paroi abdominale et mis le duodénum à découvert ; ayant coupé cet intestin selon sa longueur , et pénétré dans sa cavité, ils ont aperçu deux bourrelets, qui, étant incisés, ont laissé couler deux sortes de liquides: l’un jaune-verdâtre, et l’autre, moins abondant, incolore; le premier , on s’en doute bien , était la bile, le second le fluide du pancréas. Ils ont alors introduit une sonde de gomme élastique dans le canal du fluide incolore , et l’y ont fixée par une ligature. A Tautre bout de la sonde était une bouteille de gomme élastique fortement comprimée par un lien afin d’en expulser l’air. Quand la sonde fut bien fixée dans le canal pancréatique, le lien de la bouteille fut enlevé , et alors , en vertu de son élasticité , la bouteille exerçait sur le 'fluide du pancréas une aspiration utile au succès de l’expérience. Ayant été détachée au bout d’une demi-heure , la bouteille s’est trouvée contenir environ trois onces d’un fluide limpide et légèrement salé, et alcalin.
Sa pesanteur spécifique était de 1,0026.
Analysé avec soin , ce liquide contenait :
Eau .
Matière animale soluble dans l’aeobol
Id. dans l’eau .
Traces d’albumine .
Mucus , soude libre .
Chlorure de sodium , de potassium. .
Phosphate de chaux . .
Total. , . .
Les mêmes auteurs ont essayé sur des chiens l’emploi du procédé de Graaf et de Schuyl , mais ils n’ont pas été plus heureux que moi. Ils assurent qu’en appliquant des excitans , et particulièrement des acides faibles , sur l’orifice duodénal du canal pancréatique , on produit promptement une abondance considérable dans Texcrétion du fluide du pancréas.
MM. Tiedemann et Gmelin sont parvenus à se procurer le suc pancréatique du chien et de la brebis par un procédé fort analogue à celui de Graaf; le résultat le plus important auquel ils sont arrivés est que ce suc diffère beaucoup sous le rapport chimique de la salive, avec laquelle plusieurs physiologistes l’avaient confondu (2J.
Malgré l’importance des recherches qui viennent d’être citées , et les lumières qu’elles ont répandues sur ce sujet , je dirai, comme dans l’édition précédente de
(1) Dans les oiseaux, où il y a deux paneréas, j’ai remarqué que les canaux excréteurs sont doués d’un mouvement péristaltique presque continu ; le suc pancréatique est aussi beaucoup plus abondant : il est presque entièrement albumineux, du moins il durcit comme l’albumine par la chaleur.
(2) Voyez Recherches sur la Digestion, etc., t. I , p. 40 et suiv.
cet ouvrage : Il est impossible de décider aujourd’hui à quoi sert le liquide du pancréas.
Sécrétion de la hile.
La plus grosse de toutes les glandes est \e foie ; elle se distingue encore par la circonstance, unique parmi les organes sécréteurs, qu^elle est habituellement traversée par une très -grande quantité de sang veineux , indépendamment du sang artériel, qui y arrive comme partout ailleurs. Son parenchyme ne ressemble en rien à celui des autres glandes , et le fluide qu’elle forme ne diffère pas moins des autres fluides glandulaires.
Le canal excréteur du foie se rend au duodénum; près de s’y engager, il communique avec une poche membraneuse qui nomme vésicule du fiel ; la communication est établie au moyen d’un petit canal nommé cystique , qui est garni à l’intérieur par une petite valvule spiroïde découverte par M. Amussat. La vésicule du fiel est presque toujours remplie par la bile.
Peu de fluides sont aussi composés et aussi différens du sang que la bile. La couleur en est verdâtre, la saveur très-amère; elle est visqueuse , filante, tantôt limpide et tantôt trouble. Elle contient de l’eau , de l’albumine , une matière que quelques chimistes nomment résineuse, un principe colorant jaune (i) , de la soude, des sels; savoir du muriate, du sulfate, du phosphate de soude , du phosphate de chaux, et de l’oxide de fer. Ces propriétés appartiennent à la bile contenue dans la vésicule du fiel ; celle qui sort directement du foie , et qu’on nomme bile hépatique , n’a jamais ôté analysée chez l’homme ; elle est en général moins foncée en couleur , moins visqueuse , et , dit-on, moins amère que la bile cystique.
M. Lassaigne, qui l’a examinée extraite d’un chien vivant, \ne l’a pas trouvée différente de celle de la vésicule.
D’après M. Thénard, la bile est composée, sur 800 parties :
Eau . 700
Matière résineuse verte. * . 15
Picromel . 69
Matière jaune quart, ver .
Soude . . . 4
Phosphate de soude . 2
Hydrochlorate de potasse et de soude. . . . 3,5
Sulfate de soude . 0,8
Phosphate de soude et magnésie . 1,2
Oxide de fer. — Traces . . .
M. Chevreul a trouvé dans le même fluide la cholestérine.
Le résultat d’un grand nombre d’expériences de MM. Tiedemann et Gmelin est que la bile de l’homme contient :
De là cholestérine.
De la résine ,
Du picromel.
De l’acide oléique ;
Une grande quantité d’une matière soluble dans l’eau , De la matière colorante ,
Du mucus, 1
et sans contredit, disent ces auteurs, plusieurs autres substances (ouv. cité).
(l) Il est probable que la matière jaune de la bile est aussi celle qui colore le sérum du sang^ l’urine , etc.
La formation de la bile paraît continue. Quelles que soient les circonstances dans lesquelles se trouve un animal, si l’orifice du canal cholédocjue est mis à découvert, on voit ce liquide couler goutte à goutte à la surface de l'intestin. Il paraît que la vésicule se remplit plus particulièrement quand l’estomac est vide et que la pression abdominale est moindre. Il m’a toujours semblé qu’elleétait plus distendue à cet instant ; mais elle ne se vide pas entièrement dans la distension de l’estomac. La cause qui contribue le plus à en expulser la bile est le vomissement. Je l’ai souvent trouvée liquide et flasque sur des animaux morts par l’effet d’un poison vomitif; mais dans aucun cas je n’ai aperçu de traces de contractilité , soit dans la vésicule, soit dans les conduits hépatiques ou cystiques : cependant j'ai essayé sur ces parties tous les excitans qui mettent en jeu les contractions intestinales , vésicales , etc. (i).
Quant à la raison pour laquelle la bile qui sort du foie chemine vers la vésicule et finit par la distendre en s’y accumulant , il paraît que cela tient à la disposition du canal cholédoque, qui se rétrécit beaucoup au moment qu’il perce les parois intestinales ; la bile, éprouvant ainsi quelque difficulté à couler dans le duodénum, reflue vers le canal cystique, qui offre moins de résistance. Cet effet se produit encore sur le cadavre quand on pousse doucement une injection par le canal hépatique, c’està-dire que le liquide passe en partie dans l’intestin et en partie dans la vésicule. Probablement que la valvule spiroïde dont nous avons parlé joue un rôle de quelque importance, soit pour l’entrée de la bile dans la vésicule, soit pour sa sortie de ce réservoir.
Le foie recevant en meme temps du sang veineux par la veine porte , et du sang artériel par l’artère hépatique , les physiologistes se sont fort inquiétés pour savoir quel est celui de ces deux sangs qui sert à la formation de la bile. Plusieurs ont dit que le sang de la veine porte, plus carboné et plus Jiydrogéné qne celui de l’artère hépatique , était plus propre à fournir les élémens de la bile. Bichat a combattu avec avantage cette opinion ; il a démontré que la quantité du sang artériel qui arrive au foie était plus en rapport avec la quantité de bile formée que celle du sang veineux ; que le volume du canal hépatique n’était point en proportion avec la veine porte; que la graisse, fluide très-hydrogéné, était sécrétée aux dépens du sang artériel, etc.; il aurait pu ajouter que rien ne prouve que le sang de la veine porte ait plus d’analogie avec la bile que le sang artériel. Nous ne prendrons point parti dans cette discussion : les deux opinions sont également dénuées de preuve. D’ailleurs , rien n’éloigne l’idée que les deux sangs servent à la sécrétion ; l’anatomie semble meme l’indiquer; car les injections montrent que tous les vaisseaux du foie, artériels , veineux, lymphatiques et excréteurs, communiquent ensemble.
La bile concourt à la digestion d’une manière très-utile, mais dont le mode est inconnu. Dans l’ignorance où nous sommes relativement aux causes des maladies , nous attribuons à la bile des propriétés malfaisantes que probablement elle est loin d’avoir.
Sécrétion de V urine.
La sécrétion dont nous allons nous occuper diffère à plus d’un égard des précédentes : le liquide qui en est le résultat est beaucoup plus abondant que celui d’aucune autre glande ; au lieu de servir à quelques usages intérieurs, il doit être expulsé ; sa rétention aurait les suites les plus fâcheuses. Nous sommes avertis de la nécessité de son expulsion par un sentiment particulier , qui , semblable aux phénomènes instinctifs de ce genre, devient très-vif et douloureux s’il n’est point assez promptement satisfait.
(l) Dans les oiseaux la vésicule et les conduits biliaires sont contractiles»
Peu d’appareils de sécrétion sont aussi compliqués que celui de Purine : il est composé des deux reins , des calices , des bassinets , des uretères , de la vessie et de l’urètre ; en outre , les muscles abdominaux concourent à l’action de ces diverses parties , parmi lesquelles les reins seuls forment l’urine ; les autres servent à son transport et à son expulsion.
Situés dans l’abdomen , sur les côtés de la colonne vertébrale , au-devant des dernières fausses côtes et du muscle carré des lombes , les reins sont peu volumineux relativement à la quantité de fluide qu’ils sécrètent. Ils sont ordinairement entourés de beaucoup de graisse ; leur parenchyme est composé de deux substances , l’une extérieure, vasculaire ou corticale ;VdiU.tve, nommée tubuleuse , disposée en un certain nombre de cônes dont la base correspond à la surface de l’organe, et dont les sommets se réunissent dans la cavité membraneuse appelée bassinet. Ces cônes paraissent formés par une grande quantité de petites fibres creuses , qui sont des canaux excréteurs d’un genre particulier , et qui sont habituellement remplies d’urine.
Aucun organe ne reçoit, en ayant égard à son volume, autant de sang que le rein. L’artère qui s’y porte est grosse, courte, et nait immédiatement de l’aorte; elle a des communications très-faciles avec les veines et avec la substance tubuleuse, comme on peut s’en assurer au moyen des injections les plus grossières, qui, poussées dans l’artère rénale, passent dans les veines et dans le bassinet, après avoir rempli la substance corticale.
Les filets du grand sympathique sont les seuls qui se distribuent au rein.
Les calices, le bassinet, l’uretère, forment ensemble un canal qui part du rein , où il embrasse le sommet des mamelons, et va se rendre, placé sur les côtés de la colonne vertébrale, dans le fond du bassin, à \di vessie, où il se termine. Ce dernier organe est une poche extensible et contractile , destinée à être remplie par le fluide que sécrète le rein, et qui communique avec l'extérieur par un canal assez long chez l’homme, très-court chez la femme, nommé V urètre.
L’extrémité postérieure de l’urètre est, chez l’homme seulement, entourée par la glande prostate , que certains anatomistes considèrent comme un amas de follicules muqueux. Deux petites glandes , placées au-devant de i’anus, versent un fluide particulier dans ce canal. Deux muscles, qui descendent du pubis vers le rectum, passent sur les côtés de la partie de la vessie cpii s’abouche à l’urètre, se rapprochent l’un de l’autre en arrière, et forment ainsi une arcade qui embrasse le col de la vessie , et le porte plus ou moins en haut.
Si l’on incise le bassinet sur un animal vivant, on voit l’urine suinter lentement par le sommet des cônes excréteurs. Ce liquide se dépose dans la cavité des calices, puis dans celle du bassinet, et peu à peu s’engage dans l’urètre, qu’il parcourt dans toute sa longueur. Il arrive ainsi jusque dans la vessie, où il pénètre par un suintement continuel, comme il est facile de l’observer chez les personnes affectées du vice de conformation nommé rétroversion de la vessie, où la face interne de cet organe est accessible à la vue.
Une légère compression sur les cônes urinifères en fait sortir l’urine en quantité assez considérable : mais , au lieu d’être limpide comme lorsqu’elle sort naturellement, elle est trouble et épaisse. Elle paraît donc être filtrée par les fibres creuses de la substance tubuleuse.
Le passage de l’urine de l’uretère dans la vessie n’est pas continu; à des intervalles réguliers et courts, l’uretère, dilaté par l’urine, s’entr’ouvre à son orifice vésical, et donne passage à l’urine. La dilatation de l’uretère se fait de haut en bas d’arrière en avant, et s’annonce à la surface muqueuse de la vessie par une saillie qui indique le trajet oblique de ces conduits entre les membranes de l’organe. Quelquefois rurine coule par un petit jet en commençant , mais ensuite elle se répand en nappe. Vient après l’affaissement de l’uretère et de son orifice, et l’écoulement de l’urine cesse
pour quelques secondes, pour recommencer de la meme manière. En général l’écoulement de l’urine dans la vessie coïncide avec l’inspiration (i).
Le bassinet et l’uretère n’étant pas contractiles , il est probable que la force qui y détermine la marche de l’urine est, d’une part, celle par laquelle elle est versée dans le bassinet (a), et de l’autre, la pression des muscles abdominaux, à quoi peut se joindre , quand on est debout, la pesanteur du liquide. Sous l’influence de ces causes , l’urine s’introduit dans la vessie, et peu à peu distend cet organe, quelquefois à un degré considérable, l’extensibilité des diverses membranes permettant cette accumulation (3).
Comment l’urine s’accumule-t-elle dans la vessie? pourquoi ne coule-t-elle pas immédiatement par l’urètre ? et pourquoi ne reflue-t-elle point dans les uretères? La réponse est facile pour les uretères : ces conduits font un trajet assez long dans l’épaisseur des parois de la vessie. A mesure que l’urine distend cet organe , elle aplatit les uretères, et les ferme d’autant plus exactement qu’elle est plus abondante. Cet effet a lieu sur le cadavre comme sur le vivant ; aussi un liquide, ou meme de l’air, poussé avec force dans la vessie par l’urètre , ne peut jamais s’introduire dans les uretères. C’est donc par un mécanisme analogue à celui de certaines soupapes que l’urine ne remonte pas vers les reins.
Il n’est pas aussi facile d’expliquer pourquoi l’urine ne coule pas par l’urètre ; plusieurs causes paraissent y concourir : les parois de ce canal , surtout vers la vessie, tendent continuellement à revenir sur elles-mêmes et à effacer sa cavité ; M. Amussat a démontré , par des recherches anatomiques et physiologiques fort curieuses , que la partie de l’urètre que l’on nomme membraneuse est formée à l’extérieur par des fibres musculaires , et que ces fibres sont douées d’une contractilité très-énergique. Je me suis assuré de l’exactitude de ces faits.
Mais la cause qui doit être la plus efficace pour retenir l’urine dans la vessie , c’est la contraction des muscles releveurs de l’anus (4) , qui , soit par la disposition des fibres musculeuses à se raccourcir , soit par leur contraction sous l’influence cérébrale , pressent de bas en haut l’urètre , appliquent avec plus ou moins de force contre elles-mêmes ses parois , et ferment ainsi son orifice postérieur.
Excrétion de Vurine.
Dès que l’urine est accumulée en certaine quantité dans la vessie, nous éprouvons
(1) Blandin, Journal hebdomadaire, t. VII , p. 271.
(2) Puisqu’il est prouvé que le eœur elle resserrement des artères ont une influenee marquée sur le cours du sang dans les capillaires et dans les veines, pourquoi ces mêmes causes n’agiraient-elles pas sur le mouvement des fluides dans les canaux excréteurs ?
(3) Depuis long-temps les physiologistes comparent l’introduction de l’urine dans la vessie à celle d’un liquide dans une cavité à parois résistantes , par un canal étroit, vertical et inflexible 5 mais la comparaison n’est point exacte. Dans le canal supposé , le liquide coule , et presse continuellement le liquide contenu dans le vase qui le reçoit. L’urine ne coule point dans l’uretère ; elle y suinte , et , sous ce rapport , son influence sur la distension de la vessie ne peut être comparée à celle que produirait le poids d’un liquide. La pression abdominale doit avoir une grande part dans la dilatation de la vessie par l’urine. Si la vessie et les uretères sont également pressés, cette cause suffit pour que l’urine s’introduise dans la vessie. En supposant la pression égale dans tous les points de l’abdomen, si la surface du bassinet et des uretères est supérieure à celle de la vessie , l’urine doit entrer encore plus facilement dans cette dernière; mais la pression, abdominale paraît être beaucoup plus faible dans le bassin que dans l’abdomen proprement dit; en sorte qu’il est facile de concevoir comment l’urine passe des uretères dans la vessie.
Cependant la distension delà vessie par l’abord de l’urine a des bornes. Quand elle est portée au point que l’organe contient un litre et plus d’urine , la distension s’arrête , et les uretères se dilatent à leur tour de la partie inférieure vers la supérieure.
(4) Je comprends dans le releveur de l’anus le faisceau musculaire qui embrasse directement l’urètre, et qui, dans ces derniers temps , a été nommé muscle de Wilson.
le besoin de nous en débarrasser. Le mécanisme de cette expulsion mérite une atten' tion particulière, et n’a pas été toujours bien compris.
Si l’urine n’est pas plus fréquemment expulsée , il ne faut pas l’attribuer à la vessie, car cet organe tend toujours , plus ou moins, à se rétrécir ; mais , par l’influence des causes qui viennent d’être indiquées , l’orifice interne de l’urètre résiste avec une force que la contraction habituel] e de la vessie ne saurait surmonter : la volonté amène ce résultat , en ajoutant à la contraction de la vessie celle des muscles abdominaux ; 2^ en relâchant les releveurs de l’anus qui fermaient l’urètre. Une fois la résistance de ce canal vaincue, la contraction de la vessie suffit pour l’expulsion complète de l’urine qu’elle contenait ; mais l’action des muscles abdominaux peut s’y ajouter , et alors le jet de l’urine devient beaucoup plus considérable. Nous pouvons aussi arrêter tout-à-coup l’écoulement de l’urine , en faisant contracter les releveurs de l’anus.
La contraction de la vessie n’est point volontaire , quoique nous puissions , en agissant sur les muscles abdominaux et les releveurs de l’anus , la produire quand nous voulons.
Cette contraction suffit pour expulser l’urine. J’ai vu souvent des chiens uriner l’abdomen ouvert et la vessie hors de la portée d’action des muscles abdominaux. Si même on détache sur un chien mâle la vessie avec la prostate et une petite portion de la partie de l’urètre dite membraneuse, après quelques instans , la vessie se con^ tracte et lance Furine avec un jet prononcé jusqu’à ce que le liquide soit entièrement expulsé.
Ce qui reste d’urine dans l’urètre quand la vessie cesse d’y en pousser est expulsé par la contraction des muscles du périnée, et particulièrement par celle des hulbocaverneax.
Quoique la quantité d’urine soit très-abondante , et que ce fluide contienne plusieurs principes immédiats qui ne se trouvent pas dans le sang, et que par conséquent il se passe une action chimique dans le rein , la sécrétion de l’urine est cependant très-rapide.
Dans l’état de santé, l’urine a une couleur jaune plus ou moins foncée; sa saveur est salée et un peu âcre , son odeur lui est particulière. Elle est composée d’eau , de mucus provenant probablement de la membrane muqueuse des voies urinaires, d’une autre matière animale, d’acide urique, d’acide phosphorique , d’acide lactique, de muriate de soude et d’ammoniaque, de phosphate de soude, d’ammoniaque, de chaux, de magnésie, de sulfate de potasse, de lactate d’ammoniaque , et de silice. Ses principales propriétés sont dues à l’urée, matière très-azotée et putréfiable à un trèshaut degré.
Les propriétés physiques de l’urine sont sujettes à de grandes variations. Si l’on a fait usage de rhubarbe ou de garance, elle devient jaune très-foncé ou rouge sanguin ; si l’on a respiré un air chargé de vapeurs d’essence de térébenthine, ou si l’on a avalé un peu de résine , elle prend une odeur de violette : chacun connaît l’odeur désagréable qu’elle acquiert par l’usage des asperges.
Sa composition chimique n’est pas moins variable. Plus on fait usage de boissons aqueuses , et plus la quantité totale et la portion d’eau deviennent considérables ; le contraire arrive si l’on boit peu. L’acide urique devient plus abondant quand le régime est très-substantiel et l’exercice peu considérable ; cet acide diminue et peut même disparaître totalement par l’usage soutenu et exclusif d’alimens non azotés, tels que le sucre, la gomme, le beurre, Fhuile, etc. Certains sels portés dans l’estomac , même en petite quantité , sont retrouvés au bout de très-peu de temps dans l’urine.
La promptitude extrême avec laquelle se fait ce transport a donné lieu de croire qu’il existait une voie directe de communication de l’estomac à la vessie; aujourd’hui même cette opinion compte un assez grand nombre de partisans.
Il n’y a pas long-temps encore qu’on supposait l’existence d’un canal qui irait de
PestoiTiac à la vessie , mais ce canal n’exisle point ; d^autres ont pensé , mais sans en donner aucune preuve, que le passage s’effectuait par le tissu cellulaire , par les anastomoses des vaisseaux lympliatiques , etc.
Darwin , ayant fait prendre à un de ses amis quelques grains de nitrate de potasse , recueillit son urine au bout d’une demi-heure , et le fit saigner: le sel fut reconnu dans l’urine et ne put l’être dans le sang. M. Brande a fait des observations analogues avec du prussiate de potasse ; il en conclut que la circulation n’est pas la seule voie de communieation entre l’estomac et les organes urinaires , sans s’expliquer sur le moyen qui pourrait exister. Everard Home était aussi de ce sentiment.
J’ai fait des expériences dans la vue d’éclaircir cette importante question , et j’ai reconnu, i® que toutes les fois que l’on injecte du prussiate de potasse dans les veines , ou qu’on le fait absorber dans le canal intestinal ou dans une membrane séreuse , il passe bientôt dans la vessie , où il est facile de le reconnaître mêlé à l’urine; 2^ que si la quantité de prussiate injectée est très-considérable, les réactifs peuvent le démontrer dans le sang; mais que si la quantité est petite, il est impossible d’y reconnaître sa, présence par les moyens usités; 3^ que la même chose a lieu en mélangeant dans un vase du prussiate et du sang ; 4^ Ton reconnaît le sel en toute proportion dans Turine. Il n’y a jlonc rien d’extraordinaire que Darwin et M. Brande n’aient point retrouvé dans le sang la substance qu’ils apercevaient distinctement dans l’urine.
Quant aux organes qui transportent les liquides de Testomac et des intestins dans le système circulatoire, d’après ce que nous avons dit en parlant des vaisseaux chylifères et de l’absorption des veines, ils est évident que ce sont les veines qui absorbent directement les liquides , et qui les transportent aussitôt au foie et au cœur ; en sorte que la route que suivent ces liquides pour arriver aux reins est beaucoup plus courte et plus directe qu’on ne le pensait , c’est-à-dire les vaisseaux lymphatiques, les glandes mésentériques et le canal thoracique.
L’expérience a donné relativement à la sécrétion de Turine plusieurs résultats que je ne dois pas passer sous silence.
La soustraction d’un rein sur un chien n’altère pas la santé de l’animal; il semble seulement que la sécrétion de Turine est augmentée et qu’elle se fait avec plus de promptitude.
La soustraction des deux reins fait périr immanquablement les animaux dans Tespace de 2, 3, 4 ou 5 jours ; j’ai remarqué il y a fort long-temps que dans ce cas la sécrétion de la bile augmente dans une proportion vraiment extraordinaire : Testomac et les intestins en sont remplis.
Un fait de la plus haute importance qui a été découvert par MM. Prévost et Dumas, c’est qu’ après l’extraction des deux reins on trouve une quantité notable d’urée dans le sang, de sorte que les reins ne sont pas les organes créateurs de cette substance, comme on le croyait généralement, mais cpTils la séparent simplement du sang, où elle se forme. Ce fait a été vérifié par MM. Vauquelin et Ségalas ; ce dernier a de plus observé que l’introduction de Turée dans le sang excite la sécrétion de Turine, au point qu’il regarde Turée comme un excellent diurétique (i).
(1) Les personnes qui voudront connaître de très-curieuses expériences sur la sécrétion de l’urine, et particulièrement sur les variations des rapports respectifs de la partie aqueuse et de la partie solide de ce fluide, liront avec intérêt un travail de M. le docteur Chaussât, médecin à Pise, inséré dans letom. V Aemon Journal de Physiologie. Ces recherches continuées plusieurs années avec une persévérance digne de Sanctorius , et faites avec le soin et les précautions que comportent aujourd’hui l’état de la chimie et de la physiologie , ont été couronnées par l’Académie des Sciences de Paris.
Remarque générale sur les sécrétions glandulaires.
C’est pour expliquer les sécrétions glandulaires, que les physiologistes ont donné toute liberté à leur imagination. Les glandes ont été successivement envisagées comme des cribles , des filtres , des foyers de fomentation. Bordeu et Bichat ont attribué à leurs molécules une sensibilité et un mouvement particulier, par lesquels elles choisissent dans le sang qui les traverse les particules propres à entrer dans les fluides qu’elles sécrètent (i). On leur a donné des atmosphères , des départemens ; on les a crues susceptibles à' érection, de sommeil, etc. Malgré les efforts d’un grand nombre d’hommes de mérite , la vérité est que nous ignorons tout-à-fait ce qui se passe dans une glande quand elle agit.ïl s’y développe nécessairement des phénomènes chimiques. Plusieurs fluides sécrétés sont acides, tandis que le sang est alcalin; quelquesuns contiennent des principes immédiats qui n’existent pas dans le sang, et qui semblent formés dans les glandes : mais le mode particulier de ces combinaisons est inconnu.
Ne confondons pas cependant parmi ces hypothèses sur l’action des glandes une conjecture ingénieuse de Wollaston. Cet illustre savant soupçonne que l’électricité, meme très-faible, peut avoir une influence marquée sur les sécrétions; il s’appuie sur une expérience curieuse que nous allons rapporter :
Ayant pris un tube de verre, haut de deux pouces , et de trois quarts de pouce de diamètre , il en ferma une extrémité avec un morceau de vessie. Il versa dans le tube un peu d’eau , avec 1/240® de son poids de muriate de soude ; il mouilla la vessie en dehors , et la posa sur une pièce d’argent ; il courba ensuite un fil de zinc , de manière qu’une de ses extrémités touchait la pièce de métal et l’autre pénétrait dans le liquide , à la profondeur d’un pouce. Au même instant la face externe de la vessie indiqua la présence de la soude pure ; en sorte que , sous cette influence électrique très-faible, il y eut décomposition du sel marin, et passage de la soude , séparée de l’acide, à travers la vessie, Wollaston pense qu’il n’est pas impossible que quelque chose d’analogue arrive dans les sécrétions ; on sent que, pour admettre cette idée, il faudrait beaucoup d’autres preuves (2).
La découverte de M. Dutrochet sur \ endosmose et \exosmose pourra sans doute jeter de la clarté sur la théorie des sécrétions ; mais jusqu’à présent elle n’a point encore produit cet heureux résultat ; elle ne nous fournit tout au plus que quelques conjectures plus ou moins probables.
Plusieurs organes , tels que la thyroïde , le thymus , la rate , les capsules surrénales , ont été nommés glandes par beaucoup d’anatomistes. Chaussier a substitué à cette dénomination celle de ganglions glandiforrnes. On ignore entièrement les usages de ces parties. Gomme elles sont en général plus volumineuses chez le fœtus , on pense qu’elles y ont quelques fonctions importantes, mais il n’en existe aucune preuve. Les ouvrages de physiologie contiennent un grand nombre d’hypothèses faites dans la vue d’expliquer leurs fonctions; mais cette abondance même dans les suppositions confirme notre ignorance complète sur ce point important de la physiologie.